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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

4 Juillet 2013

Le Plan B, la renaissance.

Une lumière encore faible mais un entretien lumineux, comme souvent sur

Bastille-République-Nations

Les liens, en fin d'entretien, l'éclairent également.

Le 17 juin 2012, les élections grecques accordaient au parti Nouvelle Démocratie (ND, droite) une courte victoire. Son chef, Antonio Samaras, dirige depuis lors le gouvernement soutenu par une coalition qui associe deux autres forces : le Parti socialiste (PASOK), et la Gauche démocratique, issue d’une scission du mouvement de gauche SYRIZA.

SYRIZA avait connu une rapide ascension (et avait même failli devancer ND) en se prononçant contre les « mémorandums » (plans d’austérité imposés par la Commission européenne, la BCE et le FMI – la « Troïka »). Mais, à l’instar du Front de gauche en France, SYRIZA entend garder la monnaie unique.

Alekos Alavanos, qui fut l’un des principaux dirigeants de SYRIZA, a décidé de rompre en lançant un nouveau parti, baptisé Plan B, en référence à sa proposition-phare : sortir de la zone euro.

Le congrès fondateur a eu lieu les 18 et 19 mai, avec un écho au-delà même du pays. Il répond aux questions de BRN.

BRN – Vous venez de lancer un nouveau parti, Plan B. Dans quelles circonstances avez-vous pris cette décision ?

Nous nous sommes décidés après les événements de Chypre. Les Chypriotes avaient engagé leurs négociations avec la Troïka apparemment en position de force : le 19 mars, leur parlement rejetait à l’unanimité la position que les ministres des finances de l’eurogroupe avaient prise trois jours plus tôt. Or en une semaine, tout a explosé. La seconde décision prise par l’eurogroupe s’est vite avérée pire encore que la première. Et la Banque centrale européenne a exercé un chantage pour que Nicosie accepte les conditions dictées en menaçant de bloquer les liquidités vers les banques de l’île.

BRN – Une brutalité qui n’est pas pour surprendre…

…Mais qui a confirmé que, décidément, il n’y a aucun espace de négociation au sein de la zone euro pour des pays comme la Grèce, le Portugal ou Chypre. Pour nous, c’est clair : le retrait de la zone euro est une condition préalable à tout programme qui vise à sortir la Grèce de cette grande dépression.

BRN – C’est ce qui explique votre rupture avec SYRIZA ?

En effet, nous sommes en total désaccord avec SYRIZA qui prétend pouvoir refuser les « mémorandums » tout en restant au sein de la zone euro. C’est une illusion totale. Ainsi, une semaine après Chypre, le Portugal dut à nouveau subir les foudres de la de la Troïka : la Cour constitutionnelle de ce pays venait d’abolir certaines mesures d’austérité, notamment la réduction des retraites et des traitements des fonctionnaires. Eh bien, qu’a fait la Troïka ? Elle a imposé des coupes du même montant sur l’éducation, la santé et les entreprises publiques. En fait, la politique de SYRIZA n’est qu’une option du « Plan A » que met en œuvre le gouvernement actuel.

BRN – D’où votre insistance pour sortir de l’euro…

Il y a à cela deux raisons. D’une part, la Grèce connaît une récession dramatique, comme en témoignent la chute continue de l’emploi et du PIB – pire qu’aux Etats-Unis dans les années 1930 !... On ne pourra pas sortir d’une telle situation avec une devise forte comme l’est la monnaie unique. Il nous faut une dévaluation sans inflation incontrôlée, des liquidités, des investissements publics. D’autre part, la structure des politiques dans la zone euro, notamment les politiques budgétaires restrictives, sont totalement négatives pour un pays où le chômage officiel a atteint 27%, et même 67% pour les jeunes. Nous avons besoin immédiatement d’une politique expansive.

BRN – Que répondez-vous à ceux qui affirment qu’une telle sortie mènerait à la catastrophe ?

La catastrophe, c’est maintenant ! Chômage, insécurité, salaires de misère abolissant toute dignité… Cela se traduit par la faim qui s’installe parmi les enfants de certaines écoles, le manque de médicaments, la montée de la violence, l’apparition de forces fascisantes… Qu’est-ce que vous voulez de pire ?

BRN – Le premier ministre Antonios Samaras dirige le pays depuis un an. Avec quel premier bilan ?

Ce n’est pas le premier ministre grec qui dirige, c’est la sainte alliance zone euro, BCE, et FMI. Rien ne peut être mis en place ici sans leur accord – de la TVA sur les restaurants au nombre d’enseignants par école. Les élections ont eu lieu il y a un an, et la récession perdure (une chute de 4 à 5% encore cette année, prédisent la Commission et le FMI) avec le chômage croissant que j’ai évoqué.

BRN – Mais les dirigeants de l’UE tentent de présenter une image plus rose…

Le déficit primaire du budget se réduit en effet, et l’on pourra peut-être un jour atteindre l’équilibre budgétaire, voir dégager des excédents… Mais ce n’est ni une solution, ni d’ailleurs une amélioration. Car le syndrome japonais nous guette : l’installation dans une stagnation durable, et qui plus est, pour la Grèce, à un niveau effroyable.

BRN – Comment appréciez-vous les responsabilités respectives des dirigeants grecs et ceux de la Troïka ainsi que de l’Union européenne ?

La classe dirigeante nationale, qui avait notamment alimenté une dette publique galopante, porte la responsabilité du fait que, au démarrage de la crise, notre pays fut le premier à être mené de force dans cet hospice aux pratiques si barbares envers les patients. Du fait de ses intérêts, de ses structures, de ses principes et de ses politiques, la zone euro a, quant à elle, exacerbé les contradictions entre le capital et le travail au détriment de ce dernier, et entre le Nord et le Sud. Du coup, après la Grèce, il y a eu l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, Chypre. Comme dans les Dix petits nègres, d’Agatha Christie, qui sait qui sera le suivant ?

BRN – Une double responsabilité, donc…

Oui, l’Union européenne, parce qu’elle a inventé un traitement aussi catastrophique et pervers. Et les gouvernements des pays sous tutelle, parce qu’ils se sont comportés comme des larbins de la Troïka, et non comme des dirigeants de peuples fiers et de pays souverains.

BRN – Comment voyez-vous l’avenir pour votre pays si la situation politique n’évolue pas ?

Les perspectives sont dangereuses. Très dangereuses. Durant l’occupation allemande, il y a certes eu des collabos. Mais ils n’ont pu former un mouvement nazi à proprement parler. Il y a encore quelques années, qui aurait imaginé que, sept décennies plus tard, un mouvement agressif et quasi-ouvertement nazi deviendrait le troisième parti représenté au parlement ?

BRN – Un « œuf du serpent » qui serait couvé par la situation économique et sociale…

Absolument. Nous avons été les cobayes des politiques économiques de l’UE et du FMI. Il faut espérer que nous ne devenions pas les cobayes d’une évolution vers une nouvelle sorte de régime européen particulièrement réactionnaire.

BRN – Il y a un an, beaucoup de Grecs avaient mis certains espoirs dans l’élection de François Hollande en France. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Pour SYRIZA, la défaite de Nicolas Sarkozy et l’élection de son adversaire devaient constituer un véritable tournant pour l’Europe. Nous, nous étions très réservés. Car ce qu’il faut, ce n’est pas une « correction » modérée de l’orientation de l’UE, mais une confrontation avec cette dernière. Or il n’y a même pas eu le moindre petit changement.

BRN – Avec une déception à la clé…

Désormais, en Grèce, personne ne parle plus de François Hollande. Mais c’est la France qui nous manque, dans nos cœurs comme dans nos têtes. Nous manquent ses idées radicales, son esprit des Lumières, son dynamisme social, son imagination…

BRN – Quel est aujourd’hui l’état d’esprit de vos compatriotes : colère, exaspération, désespoir, résignation, combativité ?...

Tout cela à la fois, même si ça paraît contradictoire. En fait, une grande confusion. Cela peut paraître étrange, mais ND reste en tête dans plusieurs sondages. Et l’attitude envers l’Union européenne n’est devenue vraiment critique que lors des derniers mois. Je pense que notre initiative, proposant un « Plan B », y a quelque peu contribué…

BRN – Où en sont les luttes sociales ?

Elles ne sont pas au plus haut. Il y a chaque mois une grève, mais, faute d’objectif politique radical, cela ressemble de plus en plus à un rite sans débouché. En outre, il faut imaginer ce que coûte à chaque salarié une journée de grève dans le contexte actuel… Il y a enfin une grande amertume, un an après que le peuple grec descendait dans les rues et se rassemblait massivement sur les places… mais sans soutien décisif d’une force parlementaire.

BRN – Il y a pourtant le Parti communiste grec (KKE)…

En effet. Ses analyses et prévisions sur la zone euro et sur l’Union européenne se sont confirmées. Mais mon sentiment est que, en refusant toute unité d’action avec d’autres forces, il a fermé portes et fenêtres et, de ce fait, n’a pas l’influence populaire qu’il pourrait avoir.

BRN – Alors, c’est l’encéphalogramme plat ?

Non, il y a tout de même des luttes. Mais ce qui manque de manière la plus cruciale pour l’émergence d’un mouvement populaire et social d’ampleur, c’est la confiance en un programme politique proposant une sortie radicale de la crise.

BRN – Avec quelles priorités, quels espoirs populaires ?

Des choses très simples : une assiette garnie sur la table au déjeuner et au dîner ; trouver un travail ; être soumis à des impôts qu’on est en état de payer ; voir ses enfants sourire… Autant de besoins quotidiens qui, s’ils sont ignorés par la classe dominante, finissent par conduire à de grandes révolutions.

BRN – Vous proposez de sortir la Grèce de la monnaie unique, mais pas de l’Union européenne…

Nous ne prenons pas ces deux questions de la même façon. Il y a des priorités immédiates qu’il faudrait imposer : réintroduire la monnaie nationale, arrêter le remboursement de la dette publique, nationaliser les banques grecques, mettre en place une restructuration et une planification économiques de rupture, lancer de grands investissements publics.

BRN – Autant de sujets de confrontation avec l’UE…

Oui, nous en sommes conscients. Dès lors, toutes les options devront être ouvertes. Malheureusement, il n’y a pas beaucoup d’études qui éclairent sur une possible sortie de la Grèce hors de l’Union. Or il y a de nombreux aspects complexes. Et il y a différentes options possibles, comme le retrait de certaines politiques européennes, une hypothèse bien connue des Anglais et de quelques autres pays. Par ailleurs, même en dehors de l’UE, des contraintes peuvent être imposées par l’OCDE, l’OMC.

BRN – Envisagez-vous des contacts avec des forces qui mettent en cause l’euro dans d’autres pays ?

Notre mouvement politique est âgé… d’une semaine ! L’interview que j’accorde à BRN est l’une des premières auprès de la presse étrangère, en tant que Plan B. J’espère qu’elle nous portera chance…

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur la situation grecque, BRN recommande le blogue (en français) que tient au jour le jour l’ethnologue Panagiotis Grigoriou : www.greekcrisis.fr

Publié par Frédéric Maurin à 23:52pm
Avec les catégories : #europe , #grèce , #hollande , #euro , #le plan b , #syriza , #front de gauche

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