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Rupture tranquille

Jeudi 29 novembre 2007

C'est marqué là :

http://www.traite-simplifie.org/Que-faire.htm

Mais ils oublient aussi 2 pétitions en ligne :  

 

 

 

Justement, après avoir signé, comme vous j'espère, www.nousvoulonsunreferendum.eu 

j'ai reçu et lu avec intérêt du Comité Valmy le communiqué suivant :

Déclaration du Comité Valmy- 26/11/07

Un comité s’autoproclamant immodestement CNR, a lancé, suivant en cela l’exemple de beaucoup d’autres, un appel pour un référendum sur le nouveau traité européen. Le texte, assez banal en lui-même, ne peut qu’emporter l’adhésion, mais il vaut surtout par une liste impressionnante de signataires qui se caractérisent, pour la grande majorité d’entre eux, par leur volonté habituelle de soutenir le PS au deuxième tour des élections, voire dès le premier.Ainsi semblent se reconstituer les collectifs des « antilibéraux » dont la pratique a aidé à torpiller la crédibilité politique du non au référendum après le 29 mai 2005, notamment lors de l’élection présidentielle. Ils ont alors fait preuve de confusion, étalé leur absence de projet politique crédible et privilégié les jeux tactiques par rapport aux questions de fond.Bien sûr, il faut mobiliser les partisans du non ; bien sûr, il faut donner une signification politique au rejet d’une Europe antisociale et antidémocratique. Mais les rassemblements ne sont pas qu’une occasion de faire masse. Ils sont aussi le moment où doivent se clarifier les positionnements, s’annoncer les relations politiques.

A l’heure où le soi-disant principal parti d’opposition, reniant tout principe démocratique et ses propres engagements, vote oui au nouveau traité néo-libéral et supranational, on ne peut faire l’impasse sur l’attitude à adopter à son égard. C’est pourquoi le comité Valmy qui a, un des premiers, exigé un nouveau référendum, ne peut cautionner cette démarche qui peut apparaître comme un des nombreux visages de la conservation d’une prétendue gauche de plus en plus coupée du peuple.

Comité Valmy, 4 impasse de la Grosse Bouteille 75018 Paris 06 11 96 51 08 . www.comite-valmy.org

Voici le texte de leur pétition:

NON à la Constitution européenne maquillée

 

Nous contacter : admin@petitionreferendum2007.fr

Faire ratifier le nouveau traité européen par les Assemblées, et cela dès le mois de décembre si possible, tel est le projet de Nicolas Sarkozy. Le Président veut aller vite et priver le peuple français du droit élémentaire de décider souverainement de son avenir. Son clan prétend que le vote majoritaire qui l’a élu en mai tient lieu de referendum ! Comme si les électeurs lui avaient donné un blanc-seing sur un texte qui n’était pas, alors, rédigé et donc inconnu ! En fait, les commentateurs politiques doivent reconnaitre que le refus de donner la parole au peuple est motivé par la « prudence », c’est-à-dire la crainte d’un nouveau scrutin de rejet. Une fois suffit, considère l’oligarchie qui accapare le pouvoir et qui est hostile à une France libre
La propagande officielle, relayée par les médias, presque tous aux mains de la finance mondialisée, avance un second argument : cette fois, il ne s’agit plus de constitution. L’accord signé à Lisbonne par les dirigeants des 27 Etats de l’Union européenne ne serait plus qu’un ‘mini traité’, ‘simplifié’ par surcroît (le texte compte 256 pages …), qui ne porterait que sur son organisation administrative. Ses symboles, tels le drapeau étoilé et son hymne, ont disparu. Pour rassurer davantage, on prétend mensongèrement que la référence au «marché libre et non faussé » est passée à la trappe. Cette mise en scène vise à détourner l’attention des citoyens et à semer la confusion : ‘Circulez, il n’y a rien à voir !’.
La vérité est autre. Tous ceux qui refusent la souveraineté populaire et qui avaient encensé le projet de constitution (Giscard d’Estaing, en tête), se déclarent plus que satisfaits du texte élaboré à Lisbonne. Ils ne cachent pas qu’ils y voient une revanche aux Non français et néerlandais de 2005. De leur point de vue, ils ont raison. Tous les traités signés depuis l’Acte unique -Maastricht, Amsterdam et Nice- demeurent la pierre angulaire de la politique économique et anti-sociale de l’Union européenne. Le « marché libre », « la concurrence » à tout va, la réduction du coût du travail et toute l’idéologie néo-libérale restent le fondement du nouveau traité, véritable constitution européenne en contrebande. Tous les peuples d’Europe en font les frais : la pauvreté, la misère même, gagnent chaque année du terrain. L’accord de Lisbonne permettrait, s’il était appliqué, d’accentuer le processus : par une centralisation accrue (un Président de l’Union qui parlerait au nom de tous), et un système de vote majoritaire au sein des instances qui serait imposé aux nations récalcitrantes.

Ainsi, le Pouvoir en France, chaque jour plus autoritaire, voudrait priver les citoyens de leur droit imprescriptible de décider de leur avenir. La souveraineté du peuple, celle de la République, est inaliénable.
La voie parlementaire dans ce cas précis, ne serait qu’un substitut inacceptable visant à contourner l’obligation d’une nouvelle consultation populaire et serait illégitime.

Forces républicaines et progressistes fidèles à la souveraineté populaire et nationale, nous tous Français au delà de nos votes précédents exigeons un débat public et le respect de la volonté populaire. Unissons-nous pour exiger un referendum !

Pétition basée sur l’Appel du Comité Valmy lancé à Paris le 21.10.2007


Cette liste des premières signatures souligne que les diverses sensibilités politiques de l’arc républicain peuvent converger sur une démarche de large rassemblement progressiste, pour la démocratie et le droit du peuple de France à maîtriser son avenir .

• Anicet Le Pors, ancien ministre ;
• Amiral Michel Debray, ancien président de l’Institut Charles de Gaulle ;
• Maxime Grémetz, militant communiste, Député de l'Assemblée Nationale ;
• Georges Hage, ancien doyen de l’Assemblée Nationale, Président du PRCF,
• Claude Beaulieu, militant communiste, président du Comité Valmy ;
• André Bellon, Comité Valmy, ancien Député socialiste et ancien président de la Commission des affaires étrangères ;
• Gilles Bachelier, Comité Valmy, Collectif des gaullistes de Gauche ;
• Jean Yves Autexier, MRC, ancien Député, ancien Sénateur ;
• Henri Alleg, ancien directeur d’Alger républicain, militant anticolonialiste ;
• Gilberte Alleg-Salem, militante anticolonialiste ;
• Etienne Chouard, Enseignant ;
• Alexandre Dorna, Comité Valmy, universitaire, professeur Université de Caen ;
• Claude Gaucherand, Contre-amiral ( 2s) républicain ;
• Albert Salon, gaulliste, ancien Ambassadeur de France ;
• Jean Claude Ramos, Comité Valmy, ancien Député socialiste ;
• Léon Landini, ancien résistant FTP – MOI, président du PRCF ;
• Danielle Bleitrach, militante communiste ;
• Pierre Lévy, Rédacteur en chef de Bastille République Nations ;
• Jacques Nikonoff, ancien président d’Attac ;
• Robert Charvin, Professeur à l'université de Nice
• Paul Violet, prs, ancien maire-adjoint Paris, ancien vice pdt conseil régional Ile de France ;
• Nicolas Pomiès Secrétaire National de l’UFAL, Directeur de Mutuelles Solidaires ;
• Georges Labica, professeur honoraire des universités ;
• Jacques Dauer, président de l’Académie du gaullisme ;
• Guy Poussy, conseiller général honoraire du Val de Marne, ancien du CC du PCF ;
• Bertrand Renouvin, directeur politique du bimensuel « royaliste » ;
• Bernard Hugo,Sénateur-Maire honoraire de Trappes ;

• Christine Tasin, militante du MRC, professeur ;
• Erik Blondin, gaulliste de gauche, policier, syndicaliste ;
• Gérard Euzenot, Comité Valmy, militant communiste, responsable CGT ;
• Anne Casanova-Euzenot, militante communiste, syndicaliste CGT de la recherche ;
• Gérard Schmitz, militant communiste, ancien résistant ;
• Jean-Marie Matisson, président d'honneur du Comité Laïcité République ;
• Michel Redjah, Comité Valmy, ex-maire adjoint de Sarcelles, militant associatif ;
• Sébastien Nantz, militant gaulliste ;
• Georges Gastaud, responsable du PRCF ;
• Yvon Grinda, militant du MRC, co-fondateur du Comité Valmy ;
• Etienne Tarride, militant gaulliste de gauche, avocat ;
• Jules Molina - vétéran du PCF - militant anticolonialiste ;
• Mathieu Brétillard, Comité Valmy, responsable de République et démocratie ;
• Gilbert Legay, Comité Valmy, militant socialiste ;
• Guy Gibout, maire honoraire de Joinville le Pont ;
• Jean Pierre Page, Syndicaliste ;
• Christophe Chastanet, militant gaulliste de progrès ;
• Isabelle Voltaire, militante associative ;
• Jean Lévy, militant communiste et syndical ;
• Claude et François Roddier, astrophysiciens, militants républicains ;
• Serge Cattet, enseignant, responsable syndical ;
• Ali Abchiche, Comité Valmy, militant socialiste ;
• Maxime Vivas, écrivain ;
• Denis Griesmar, gaulliste de progrès, militant associatif ;
• Véronique Thisse, Comité Valmy, militante républicaine ;
• Jean Pierre Hemmen, militant communiste, PRCF ;
• Louis Dalmas, Comité Valmy, Directeur de Balkans-Infos ;
• Noria ChaÏb, déléguée nationale pour la prévention de la délinquance au parti socialiste ;
• Emile Tornatore, Maire du Broc 06 ;
• Danielle Bourdier-Aubert, militante républicaine, Dreux ;
• Dominique Jamet, journaliste et écrivain ;
• Gérard Jonckheere, Fédération des citoyens du Nord ;

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Jeudi 15 novembre 2007

Si vous ne supportez pas, comme moi, la vulgarité, essayez donc ceci : 

 http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2007-11-15-Regimes-speciaux-ou-defense-des

et, comme moi, abonnez-vous !!!

1/Nique le peuple ?

« Cécilia ne veut plus se faire niquer par Sarkozy. NOUS NON PLUS ! »

Salir si vulgairement l’acte amoureux. Jamais, avant ce 18 octobre, ici ou ailleurs, je n’aurais utilisé ce type d’argument si :

 

-         je ne l’avais pas vu inscrit sur une pancarte aux mains d’un manifestant très respectable,

-         si les médias aux ordres ne faisaient pas profession de « publiciser des questions privées » pour mieux privatiser, nous priver, et de biens et de débats publics,

-         si un petit détour par l’obscénité médiatique du moment ne s’avérait pas nécessaire pour mieux la combattre.

 

Qu’est-il donc arrivé ce 18 octobre 2007 ?

Pour le savoir, rien de plus simple que de regarder le journal de TF1, première source, faut-il le rappeler, d’information en France.

Par bonheur, mon cerveau était rendu disponible non POUR Coca Cola mais PAR une belle journée de grève, reconnue comme la première riposte d'envergure à Nicolas Sarkozy. Avec un pourcentage de grévistes à la SNCF inconnu depuis 1968 (impliquant également les cadres)...le gouvernement ne pouvait prendre le risque d'un débat sérieux. Il fallait donc, selon le principe du FAIT DIVERS POUR FAIRE DIVERSION, que cette journée soit choisie pour dévoiler le secret de Polichinelle du moment (donc, j'espère, l'humanité entière se contrefout) : SARKOZY DIVORCE.

Voici donc comment TF1 a fait ce 18 octobre écran de fumée pour masquer la politique réactionnaire du "candidat du capital financier mondialisé"  :

20H00 : énoncé des titres

-         jusqu’à 20h10 : divorce de Nicolas Sarkozy. Ce sujet épique, épineux, cette épopée en somme, se termine à l’avantage du personnage : malgré cette épreuve, M. Sarkozy n’a rien changé à son agenda. ET QUEL AGENDA!

-          durant 15 secondes : la preuve, au lieu de noyer son chagrin dans l’alcool ou de fêter sa liberté retrouvée, IL SE REND MALGRE TOUT AU SOMMET DE LISBONNE POUR RATIFIER LE TRAITE SIMPLIFIE (un sujet de15 secondes !). On se souvient que pour mener à bien un coup d’état dans une république bananière, il fallait vite prendre le contrôle de la radio d’Etat. Sous la 5ème République de Sarkozy, les médias étant déjà sous contrôle, un coup d’état, puisque c’est de cela qu’il s’agit, prend moins de temps qu'un spot publicitaire pour Coca Cola. Soit15 secondes.

-         20H10 – 20H15 : 5 minutes sur les conséquences de la grève des transports. Rien sur les enjeux.

-         20H15-20H25 : agréable surprise, Bernard Thibault interrogé en duplex (seul un chien de garde quelconque avait la chance d'être en studio)…Je déchante vite, il est essnetiellement  interrogé, cuisiné serait plus juste, sur le caractère reconductible ou non de la grève. Traduction : ce bordel va-t’il donc durer ?

      Si vous vouliez en savoir plus sur les enjeux du financement des retraites et les alternatives à ce qu’ils appellent une réforme incontournable, fallait pas regarder TF1.

La réforme alternative, elle est là, entre autres (liste non exhaustive, appelée à être allongée mais l'heure est plus au combat qu'au débat) :

http://www.gabrielperi.fr/article.php3?id_article=301

http://www.economie-politique.org/0212/retraite%20mills.pdf

http://www.economie-politique.org/0308/retraite.pdf

 

 

Et merci au Grand soir pour ce dessin, l'article de fond est également très pertinent : http://www.legrandsoir.info/article.php3?id_article=5730 ...

 

 

 

 

3433 milliards d’euros, dont 1234 milliards sous forme de contrats d’assurance-vie : c’est le montant du patrimoine financier des ménages français, hors immobilier et sans considérer celui des entreprises.

 

Ce patrimoine se valorise plus rapidement que le taux de croissance de l’économie française (4% par an au bas mot pour n’importe quel contrat d’assurance-vie…).

 

La besoin de financement annuel de la sécurité sociale, branches vieillesse et maladie confondues, s’établit cette année à moins de 12 milliards d’euros. Le budget de la sécurité sociale est essentiellement assis sur les revenus du travail.

 

Quand on considère ces données, (il y en a évidemment d’autres), on comprend que le gouvernement fasse le choix de la « réforme non négociable et donc de l’affrontement avec les syndicats.

 

Impulser une forme de Grenelle de l’emploi et des retraites, où ces éléments pourraient être débattus publiquement, sans tabous ni préalable, ne lui serait effectivement pas favorable. Et, plus grave, bousculerait les intérêts de la minorité de privilégiés pour laquelle il travaille.

 

Le candidat Sarkozy en campagne assurait (avec son art consommé de promettre tout et n’importe quoi à n’importe qui pourvu que le prolétariat soit trompé sous l’œil complaisant des journalistes – aux ordres-), je le cite, que « le minimum vieillesse serait augmenté de 25 % et que les petites retraites et pensions de réversions seraient revalorisées » (dans la même mesure ?)…  « grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite ».

 

Désormais élu, l’hyperprésident Sarkozy, qu’on dit pourtant habile communicant, fait preuve d’un silence assourdissant sur cette question. Un oubli peut-être ?

 

Or, dès lors qu’on pose la baisse du coût du travail comme principe directeur de l’action économique, on ne peut que refuser d’assurer un financement correct des régimes de retraites, spéciaux ou pas.

 

Imitant les réformes antérieures, la réforme des régimes spéciaux est présentée comme un acte de solidarité : il s’agissait en 1993 d’être solidaires avec les générations futures,  désormais on somme leurs bénéficiaires d’être solidaires avec d’autres catégories de salariés.

 

Ne s’agit-il pas plutôt d’un acte de solidarité envers les marchés financiers ? Envers les exigences patronales ? Ne s’agit-il pas d’être solidaire du chaudron de la Bourse qui demande plus de combustible ? Que ce soit en privatisant les entreprises concernées ou en gonflant un peu plus le marché de l’assurance-vie, et autres mode d’épargne-retraite défiscalisée ?

 

Autant de questions auxquelles seul un Grenelle des retraites pourrait répondre.

 

L'équité et la solidarité invoquées pour harmoniser les régimes spéciaux de retraites doivent être jugées à l'aune de la déclaration de François Fillon qui indique que des "ajustements" étaient probables pour le dispositif "carrières longues", une des mesures phares de la réforme des retraites de 2003.

 

En 2003, au nom de la solidarité, le régime de retraite des fonctionnaires était calé sur la durée de cotisation du secteur privé. La seule "compensation" était de permettre aux travailleurs ayant commencé entre 14 et 16 ans et totalisant 42 annuités de partir avant 60 ans. Eh bien, François Fillon a été clair, il entend revenir sur cette unique mesure "sociale".

 

37,5 ou 40 ans est déjà un débat dépassé : même 42 annuités n'y suffiront pas…à moins de consolider le mode de financement des retraites par répartition!

 

Alors oui à la réforme des régimes spéciaux fiscaux des stock-option, de l’assurance-vie, de l'épargne retraite individuelle, des plus-value sans cause dans l'immobilier…

 

Un peu d’équité que diable !

 

 

 

 2/... et la France ?

Et quand on vous dit que Sarkozy nique la France, c’est bien car le traité européen «est un viol politique», qui se réalise sous les yeux et avec l’assentiment d’une opposition sarko-compatible (le qualificatif est un peu court, j'espère l'affiner...mais pour le moment la rénovation du PS me le rend inhabitable).

2 Illustrations :  

 

Le traité européen "est un viol politique"

 

Déjà pourfendeur du projet de Constitution européenne rejeté par les français en 2005, l'économiste et professeur d'informatique Etienne Chouard dénonce violemment le nouveau traité de Lisbonne. Une copie conforme du texte précédent, estime-t-il.

 

François VIGNAL

 

Etienne Chouard s'était fait connaître en 2005 grâce à son site internet qui décortiquait et dénonçait la Constitution européenne. Il revient aujourd’hui à la charge contre le nouveau traité européen de Lisbonne. Pour ce professeur d’économie, de droit et d’informatique d’un lycée du sud de la France, il s’agit sur le fond de la même Constitution, pourtant rejetée par les Français et les Hollandais. Et appelle à la combattre. Entretien.

 

Le nouveau traité européen a été adopté vendredi à Lisbonne. Ce texte ressemble-t-il à la Constitution rejetée en 2005 ?

 

Ce n’est pas une version édulcorée, c’est la même version et je la combats violemment. On a retiré trois détails sans importance : le drapeau, l’hymne, la référence à la monnaie, le mot Constitution, comme si le fait de retirer l’étiquette retirait le danger. Et puis on nous impose par voie parlementaire ce qu’on vient de refuser par référendum. Pour moi, c’est un viol. Un viol politique, c’est une cause de guerre civile. Et les journalistes qui défendent cela sont subordonnés. Ils ne font pas leur boulot de journaliste.

 

Pour vous, un nouveau référendum est un minimum ?

 Oui, ça me paraît évident, pour cinq raisons. Parce que sur le fond, tout ce qui est dangereux est là : la confusion des pouvoirs dans les mains de l’exécutif, avec les «procédures législatives spéciales» ou les «actes non législatifs». Le Parlement ne les contrôle pas et ce sont des normes obligatoires qui s’appliquent à tout le monde. C’est incroyable. Et cela peut concerner la concurrence, le marché intérieur, la circulation de capitaux, des choses très importantes, qui sont hors contrôle !

 

 

Deuxième point : la dépendance des juges européens vis-à-vis de l’exécutif pour leur carrière. Ils sont nommés pour six ans par les gouvernements, et renouvelables. Dans les démocraties, ça ne se fait pas comme ça. L’indépendance des magistrats est l’un des fondements de la démocratie.

Troisièmement : l’article 104 de Maastricht, c’est-à-dire l’interdiction pour les Etats de créer la monnaie. On est fou d’accepter ça. Les Etats l’ont accepté à Maastricht, c’est toujours là aujourd’hui. Maintenant, ils doivent s’endetter quand ils ont besoin d’argent et payer un intérêt aux banques. Mais on est fou ! C’est contraire à l’intérêt général. La souveraineté politique dépend de la souveraineté monétaire. Si vous l’abandonnée, vous avez tout perdu.

Autre point : la révision de la Constitution. Elle se fait sans les peuples.

Et enfin, dans cette Constitution, aucun organe n’est responsable de ses actes. A part la motion de censure, qui est théorique, parce qu’à la majorité des 2/3, il n’y a pas de mécanisme de responsabilité. Le Conseil des ministres, le Conseil européen, le Parlement ne peuvent être renversés ou dissous par personne. La Banque centrale n’a de compte à rendre à personne. Mais qui est responsable de ses actes là-dedans ?

L’article sur la concurrence libre et non-faussée ne figure plus dans le traité. Mais dans les annexes sur les dispositions pour le marché intérieur, il est toujours dit que la concurrence doit être non-faussée. Pensez-vous que les gouvernements veulent contourner les «non» français et hollandais ?

 

Ils ne les contournent pas, ils les violent. Ils ont retiré le mot Constitution et la partie III. Mais en réalité, elle est encore en œuvre. C’est le royaume de l’hypocrisie. C’est de la violence.

Pensez-vous que la chancelière allemande Angela Merckel a pris l’ascendant sur Nicolas Sarkozy ?

 

Non, pour moi, ils sont en collusion parfaite. Ils ont convenu du jeu que Sarkozy allait jouer. Il a dit du mal d’eux, mais il sait très bien qu’il ne peut rien faire. Il n’a qu’une envie, c’est de passer son traité en force, comme les autres dirigeants européens.

La contestation peut-elle monter, notamment par Internet, comme en 2005 ?

 

Ça dépend des journalistes. En 2005, il a pu y avoir une contestation car il y avait une perspective, un référendum. Mais si les gens qui vous gouvernent ont décidé de vous violer, c’est-à-dire de ne plus vous demander votre avis, de remettre le bâillon à la victime, eh bien elle ne peut plus crier. On ne nous demande plus notre avis, là. Pourquoi les gens se mobiliseraient dans ce cas ? Les visites sur mon site n’ont pas augmenté pour le moment. Mais je compte sur les journalistes pour être les sentinelles du peuple et l’alerter.

 

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/286518.FR.php

 

Nouveau traité européen: Chevènement appelle le PS à s'opposer ou s'abstenir

Dépêche AFP, mercredi 24 octobre 2007, 19h08.

Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, a appelé mercredi le PS à voter contre, ou du moins à "ne pas prendre part au vote" sur le nouveau traité européen, dont l'adoption par voie parlementaire serait, selon lui, un "viol de la souveraineté populaire".

 
"Le président de la République, son gouvernement, sa majorité et ceux qui viendraient à la rejoindre vont commettre un viol de la souveraineté populaire", a affirmé l'ancien ministre
sur France 5.

 
"Si certains socialistes veulent rejoindre M. Sarkozy, libre à eux, mais je pense que le PS s'honorerait à voter contre ou en tout cas à ne pas prendre part à un vote qui a toutes les apparences d'une mascarade", a-t-il dit, à la suite du soutien apporté au texte par le maire de Paris Bertrand Delanoë.

 
Il a aussi épinglé la position de Ségolène Royal en faveur du traité: "elle fait preuve d'une excessive flexibilité" (1), a-t-il dit, estimant que pour reconstruire la gauche "il ne faut pas faire preuve de trop de flexibilité, il faut avoir des convictions et des principes".

 
M. Chevènement avait soutenu la campagne de la candidate socialiste à la présidentielle.
"M. Sarkozy - voilà l'entourloupe, le subterfuge - veut nous faire accepter par la lucarne parlementaire ce que le peuple a choisi de sortir par la grande porte du suffrage universel", a-t-il ajouté.

 
Le président "parlait de mini-traité, une petite souris", mais "c'est un éléphant qu'on nous propose", a affirmé l'ancien ministre, en brandissant les quelque 250 pages du nouveau traité. Il s'agit d'"un texte illisible, il faut être Vichnou avec ses mille bras pour comprendre ce dont il s'agit", a-t-il ironisé.

 

Mercredi 24 Octobre 2007

Chevenement.fr

 

 (1) Et quelle flexibilité !  La tenue d'un référendum pour tout nouveau traité institutionnel européen était clairement établie par l'accord PS-MRC (signé le 10 décembre 2006, aimablement rappelé sur http://www.mrc38.com/ ) : 

"En Europe, une relance sera proposée à nos partenaires, fondée sur une action concertée de retour à la croissance (gouvernement économique de la zone euro, réforme de la BCE et du pacte de stabilité). Si des avancées institutionnelles sont possibles en accord avec nos partenaires, elles feront l’objet d’un traité institutionnel soumis à referendum mais qui ne saurait en aucun cas prévaloir sur la constitution nationale".
Il suffisait d'y croire !
 

Ce site recense les divers appels pour un référendum en cours (du PC au Modem !) :

 http://www.traite-simplifie.org/Que-faire.htm

 

Bientôt réunis dans un Comité National pour un Référendum ? CNR, celà sonne bien, non ?
 
 

 

 Tellement bien que celà existe désormais (livré le 23 novembre) :

 

Appel du

 

Comité National pour un Référendum

Un nouveau traité -dit traité de Lisbonne- vient d'être approuvé par les dirigeants européens suite au rejet du projet de traité constitutionnel refusé majoritairement par les Français et les Néerlandais lors des référendums de mai et juin 2005.

 

C'est donc à nouveau le suffrage universel qui doit trancher par référendum.
Sur un sujet qui a tant d'influence sur la vie de chacun et l'avenir de
la France , l'organisation d'un nouveau référendum est une exigence démocratique majeure pour notre pays. C'est aussi une nécessité pour la construction européenne qui doit être fondée sur l'adhésion des peuples et la souveraineté populaire.

 

Seule une mobilisation sans précédent des citoyens peut obliger le président de la République à organiser un référendum. Il y sera contraint s'il n'obtient pas, début 2008, 3/5 des suffrages exprimés des parlementaires pour la modification préalable de la Constitution française, nécessaire à la ratification du nouveau traité européen. Ainsi les députés et les sénateurs ont le pouvoir d'imposer le référendum, en votant contre cette révision de notre Constitution.

 

C'est pourquoi des personnalités diverses, les signataires de différents appels déjà lancés sur ce sujet, ont décidé de rassembler leurs efforts au sein d'un Comité National pour un Référendum.

 

Nous appelons en urgence toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la démocratie et à une Europe fondée sur l'adhésion des peuples, qu'ils soient pour ou contre ce nouveau traité, à nous rejoindre pour empêcher un déni de démocratie et exiger la tenue d'un référendum.

 


Premiers signataires : ABERGEL Gilbert, Ancien grand maître GODF; AGUIRRE Léonce, LCR; AMARA Jean-Claude, Droits devant!; ARIES Paul, Politologue; ATTAR Michèle, Gauche Avenir; AUTAIN Clémentine, Mensuel Regards; AUTAIN François, Sénateur MRC; AZAM Geneviève, Attac France; BACQUET Jean-Paul, Député PS; BATAILLE Christian, Député PS; BAVAY Francine, Les Verts; BEN HIBA Tarek, Alternative citoyenne; BEN SADIA Hamida, Alternative citoyenne; BERGE-LAVIGNE Maryse, Sénatrice PS; BEYNEL Eric, Syndicaliste douanier; BOISLAROUSSIE Jean-Jacques, Les Alternatifs; BORE Jean-Paul, Membre du comité des régions d'Europe, PCF; BORVO-COHEN SEAT Nicole, Sénatrice PCF; BOUMEDIENE Alima, Sénatrice Les Verts; BOURGAIN Michel, Les Verts; BOVE José, ; BRAY Florence, Cactus/La gauche!; BUFFET Marie-George, Secrétaire nationale du PCF; CABANES Claude, Journaliste, Gauche Avenir; CANDAR Gilles, Historien; CARASSUS Pierre, MARS - Gauche Républicaine; CASSEN Bernard, Journaliste, association Mémoire des Luttes; CHERFI Madjid, Chanteur de Zebda ; CHEVENEMENT Jean-Pierre, Ancien ministre, président d'honneur du MRC; CHOMBEAU Christiane, Journaliste; CIRERA Daniel, PCF; COCQ François, MARS - Gauche Républicaine; COLLOMBAT Pierre-Yves, Sénateur PS; COQUEREL Eric, MARS - Gauche Républicaine; CORCUFF Philippe, Sociologue; COTTA Jacques, Journaliste et réalisateur; COUPE Annick, Union syndicale Solidaires; COURS-SALIES Pierre, Coordination des collectifs antilibéraux; DAURIAC Jean-Francis, Observatoire de la Démocratie ; DEBONS Claude, Ancien animateur du Collectif du 29 mai; DEBREGEAS Georges, Sauvons la Recherche ; DEFROMENT René, Syndicaliste; DELAPIERRE François, PRS; DELUCHAT André, Ancien responsable syndical national; DELY Renaud, Journaliste; DENIS Ariel, Mouvement de la Paix ; DESALLANGRE Jacques, Député; DESESSARD Jean, Sénateur Les Verts; DETHYRE Richard, Sociologue; DIEHLMANN Françoise, Forum de la Gauche Citoyenne ; DOLEZ Marc, Député PS; DOUAT Rémy, Mensuel Regards; DREYFUS-SCHMIDT Michel, Sénateur PS; ECKERT Christian, Député PS; FERREIRA Anne, Député européen PS; FILOCHE Gérard, D&S; FOURNEYRON Valérie, Député PS; FOURRE Jacques, Responsable associatif; FRANCO Hélène, Magistrate ; GADREY Jean, Economiste; GARRIDO Raquel, PRS; GARROUSTE Laurent, Inspecteur du travail; GAUTHIER Elisabeth, Transform!; GAYSSOT Jean-Claude, Ancien ministre; GENEREUX Jacques, Economiste; GIRAUD Joel, Député PRG; GONNEAU Jean-Luc, Cactus/La gauche!; GUERIN Julien, D&S; HALPHEN Eric, Magistrat, écrivain; HARRIBEY Jean-Marie, Attac France; HEBERT Jean-Paul, Economiste; HUSSON Michel, Economiste; HUTIN Christian, Député MRC; JANQUIN Serge, Député PS; JOURNET Alain, Sénateur PS; KHALFA Pierre, Union syndicale Solidaires; KRIVINE Alain, LCR; LAIGNEL André, Député européen PS; LAMBERT Jérôme, Député PS; LANGLOIS Bernard, Journaliste; LE NEOUANNIC Pascale, PS; LE STRAT Claire, Politiste; LE STRAT Anne, Les Verts; LEFEBVRE Rémi, Universitaire; LEFORT Jean-Claude, Député honoraire; LEMAIRE Gilles, Ecologiste, faucheur volontaire; LIENEMANN Marie-Noëlle, Député européen PS; LORAND Isabelle, Médecin; MANDRAUD Isabelle, Journaliste; MANGENOT Marc, Economiste-sociologue; MANGEOT Philippe, Enseignant; MARQUAILLE Jeaninne, Forces Militantes; MARTELLI Roger, Fondation Copernic; MASSIAH Gus, CEDETIM-IPAM; MAUREL Emmanuel, Parti Pris; MELENCHON Jean-Luc, Sénateur PS, président de PRS; MERIEUX Roland, Les Alternatifs; MERME Henri, Les Alternatifs; MESQUIDA Kleber, Député PS; MEXANDEAU Louis, Ancien ministre, Forces Militantes; MICHEL Jean-Pierre, Sénateur PS; MICHEL Jean, Député PS; MLATI Fatiha, Cactus/La gauche!; NAÏR Sami, MRC; NATHANSON Jean-Michel, Union syndicale Solidaires; NAUDY Michel, Journaliste; NERI Alain, Député PS; PELLETIER Willy, Sociologue, coordinateur géneral de la Fondation Copernic ; PICQUET Christian; QUILES Paul, Ancien ministre, Gauche Avenir; REVOL René, Vice-président de PRS; REYNAUD Marie Line, Député PS; ROGEMONT Marcel, Député PS; ROUSSEAU Michel, Marches Européennes; ROUSSEL Roselyne, D&S; SALESSE Yves, ; SANDRIER Jean-Claude, Député PCF; SARRE Georges, MRC; SIEFFERT Denis, Journal Politis; SIRE-MARIN Evelyne, Magistrate, co-présidente de la Fondation Copernic ; SOUDAIS Michel, Journaliste; SPIZZICHINO Robert, Forces Militantes; TEPER Bernard, UFAL; TRICOT Catherine, Mensuel Regards; TROUVE Aurélie, Attac France; VACHERON Raymond, Syndicaliste; VACHETTA Roselyne, LCR; VENTURA Christophe, Mémoire des Luttes; VIDALIES Alain, Député PS; ZARKA Pierre, OMOS

Signez- Faites signer- Diffusez… www.nousvoulonsunreferendum.eu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Vendredi 19 octobre 2007

 

Des professeurs refusent de lire à leurs élèves la lettre d’adieu de Guy MÖQUET, jeune militant communiste fusillé durant l’occupation. Leurs motivations sont diverses : « le texte n’a pas d’intérêt historique, sorti de son contexte… », « ni le parcours ni la fonction d’un Nicolas Sarkozy ne l’autorise à bouleverser l’enseignement de l’histoire selon ses impulsions… » etc…

 

Certains jugeront ce front du refus dommageable : pourquoi bouder ce signe d'ouverture de Sarkozy, une des premières décisions "à haute valeur symbolique" prises aux lendemains de l'élection du 6 mai?

 

En fait, le meilleur signe d’ouverture serait de lire du Kessler. Lui explique parfaitement notre histoire présente au regard de ce passé-là.

Evidemment le style n'est pas émouvant mais il a le mérite d’ouvrir des perspectives : par exemple relire le programme du Conseil National de la Résistance.

 

Quand les membres du MEDEF (1) ne spéculent pas, n’accumulent pas des centaines de millions d’euros, ne corrompent pas des syndicalistes bureaucratisés pour "fluidifier les relations sociales" (dixit Yvon Gattaz : ah la bataille des mots!), ne pratiquent pas des licenciements boursiers, ne privatisent pas les profits en socialisant les pertes  …ils leur arrivent d’écrire des choses intéressantes.

C’est bien le cas de Denis Kessler : il parle clair, n'est pas en campagne électorale, n'a pas peur des élections municipales.

Le projet SARKOZY, c’est bien le MEDEF qui en parle le mieux : liquider le modèle social construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base des rapports de force issus de la Résistance et de la Libération...en bref, « …défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance »

                                           +++++++++++++

Texte intégral :

   ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE ! 

 

 

 

par Denis KESSLER

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

 

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d'historiques - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette architecture singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les tabouise en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

 

 

 Source : “Challenge” - 4 octobre 2007 par Denis Kessler : ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF au côté d’Ernest-Antoine Seillières de 1994 à 1998, apôtre du projet de “refondation sociale” d’alors. 

 

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Vous trouverez ci-après une réaction aimablement relayée par Antoine Manessis (contact : a.manessis@wanadoo.fr  /  http://www.initiative-communiste.fr/ )

 Construire un front de résistance contre leur volonté de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »

 

Denis Kessler est un homme du pouvoir. Ancien numéro 2 du Medef aujourd’hui président du groupe Scor (un des plus grands groupes mondiaux de réassurance), membre du Conseil économique et social, de la Commission des comptes de la nation, il exerce plusieurs mandats d’administrateur, notamment au sein de BNP Paribas, Bolloré Investissement, Dassault Aviation… Il sévit en outre depuis peu en tant qu’éditorialiste dans le magazine économique Challenges. Voici ce qu’il y a écrit le 4 octobre, avec le parfait cynisme des « grands » de ce monde :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… (…) La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.

Ce compromis (entre les communistes et les gaullistes) forgé dans une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux.»

Kessler rend ici un hommage – aussi éloquent qu’involontaire - au mouvement communiste et aux syndicats de classe, fers de lance de la lutte des travailleurs pour un progrès social qui a toujours été le « sous-produit » des combats des organisations révolutionnaires. Il souligne le lien entre leur défaite ou leur mutation et la régression sociale : dans sa course folle au profit maximum, le pouvoir du capital - et son gouvernement aux ordres - se sent désormais en position de détruire purement et simplement toutes les avancées sociales et démocratiques de l’après-guerre imposées contre les grands groupes capitalistes parrains du fascisme et du nazisme. Retraites par répartition, Sécu solidaire, fonction publique au service des usagers mais aussi droit du travail, services publics, conventions collectives, droit de grève, durée du travail… tout doit disparaître !

C’est dire l’importance du recul de civilisation programmé et l’urgence de répondre à cette offensive de classe par la construction d’un front de résistance populaire dont le cœur se situe dans la mobilisation des travailleurs et la convergence des luttes qui se développent contre la régression sociale tous azimuts. Comme l’écrit la CGT-Chimie : « Plus que jamais l’heure est à la résistance et à l’unité de toutes les luttes face à la politique de casse du pouvoir ». La journée de grève du 18 octobre contre la casse des retraites et des services publics (SNCF ; EDF-GDF ; RATP ; fédérations de fonctionnaires CGT et Solidaires ; CGT, FO et Sud Education ; CGT et Sud PTT ; SNU, CGT, FO et Sud ANPE ; …) est une étape importante dans cette circonstance même s’il est préoccupant que la direction FSU ait choisi de temporiser en n’appelant pas ouvertement à la grève au motif que la CFDT ne voulait pas en entendre parler, alors même que l’inquiétude des personnels de l’Education Nationale est grande et que leur volonté de lutter s’affirme ainsi qu’en témoignent les nombreux appels à la grève des sections départementales FSU pour le 18.

Face à un pouvoir décidé à taper vite et fort, le temps est désormais compté : soit nous réussirons à avancer dans la convergence de luttes que tout rapproche (sans oublier les luttes contre la baisse des salaires, l’augmentation du temps de travail et les délocalisations, la chasse aux travailleurs dits immigrés…) soit le gouvernement vaincra des luttes morcelées et nous assisterons à la ruine des espérances formulées il y a un demi-siècle par le CNR. C’est pourquoi partout, dans les lieux de travail, dans les facs, avec et dans les syndicats, doivent se multiplier les discussions, les réunions et AG inter-pro pour faire grandir, à partir des revendications des travailleurs, l’exigence d’un « tous ensemble » durable contre la régression sociale généralisée et pour la satisfaction des besoins populaires, seul capable de stopper Sarko-Medef et le pouvoir du capital.

                 ________________________________________________________________________

 

 

Qu'importe-t'il de défaire méthodiquement au nom de leur merdonité libérale ? Le programme du Conseil National de la Résistance, d'une actualité troublante, notamment dans ses "mesures à appliquer dès la libération du territoire".

 

 Le CNR se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, clandestinement, dans un appartement parisien, sous la présidence de Jean Moulin, représentant en France occupée du Général de Gaulle (installé à Londres puis à Alger comme chef de la France libre). Jean Moulin sera arrêté par les nazis en juin de la même année. Lui ont succédé Georges Bidault, démocrate chrétien, puis, à la Libération, le 15 septembre 1944, Louis Saillant, CGT.

Le CNR regroupait :

    • huit mouvements de RÉSISTANCE intérieure : "Combat", "Libération zone Nord", "Libération (Sud)", "Francs-tireurs partisans (FTP)", "Front national" (rien à voir avec le Front national actuel), "Organisation civile et militaire" (OCM), "Ceux de la Résistance" (CDLR), "Ceux de la Libération" (CDLL),
    • les deux grandes confédérations syndicales de l'époque : CGT (réunifiée) et CFTC,
    • six représentants des principaux partis politiques reconnaissant la France Libre, dont le parti communiste, le parti socialiste, les radicaux, la droite républicaine et les démocrates-chrétiens.

 

LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la RÉSISTANCE n'a pas d'autre raison d'être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n'est, en effet, qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. ,

délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s'unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d'action immédiate contre l'oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I - PLAN D'ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l'oppresseur hitlérien poursuit avec l'aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d'un million de prisonniers, par la déportation d'ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l'emprisonnement de 300.000 Français et par l'exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l'armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d'abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l'avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l'envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l'espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l'Europe, a placés dans leur volonté d'abattre l'Allemagne nazie, par le déclenchement d'opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l'épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu'il mette tout en oeuvre afin d'obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la RÉSISTANCE ne veulent pas et d'ailleurs ne peuvent pas se contenter d'une attitude passive dans l'attente d'une aide extérieure, mais qu'ils veulent faire la guerre, qu'ils veulent et qu'ils doivent développer leur RÉSISTANCE armée contre l'envahisseur et contre l'oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la RÉSISTANCE Française doit ou se battre ou disparaître; qu'après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l'offensive des Français contre l'ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l'ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l'union des patrons et des ouvriers, l'échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l'appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l'armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu'il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c'est seulement par l'organisation, l'intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l'union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l'a dit le Général De Gaulle, de l'insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l'autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d'assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l'espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l'état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l'aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l'ennemi commun, ainsi que l'a démontré l'exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l'armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

***

Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n'existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l'autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l'échelon communal, local et d'entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l'ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l'assistance active à l'égard des patriotes sous l'impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d'entraîner les Français qu'ils auront su grouper à l'action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d'oppression et d'exploitation imposées par l'ennemi, de l'extérieur et de l'intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l'ennemi et augmentant le potentiel humain de la RÉSISTANCE ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l'esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d'une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d'autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d'obtenir l'augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l'ennemi, de façon à rendreà la population un minimum de vital en matière d'alimentation, de chauffage et d'habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers,des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d'installations industrielles pour le compte de l'ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l'ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l'intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l'Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l'appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d'entreprises devront en outre:

a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l'Intérieur par l'accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l'encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l'ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l'établissement effectif de l'autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l'autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l'état major national des Forces Françaises de l'Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l'ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d'armes et de munitions afin d'en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d'armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l'avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l'échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d'efficacité ;

4) Coordonner l'action militaire avec l'action de RÉSISTANCE de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d'appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d'empêcher les réquisitions de vivres et d'installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l'occupant provisoire.

***

Ainsi, par l'application des décisions du présent programme d'action commune, se fera, dans l'action, l'union étroite de tous les patriotes, sans distinction d'opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l'insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l'effort et les sacrifices de tous, sera avancée l'heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d'immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d'entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu'ils sont décidés à rester unis après la Libération :

1 ) Afin d'établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l'éviction dans le domaine de l'administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l'ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3 ) Afin d'exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l'établissement d'un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d'occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l'armistice par les gouvernements de l'Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4 ) Afin d'assurer :

·        l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

·        la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression ;

·        la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères ;

·        la liberté d'association, de réunion et de manifestation ;

·        l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

·        le respect de la personne humaine ;

·        l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

    • l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;
    • une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes ;
    • l'intensification de la production nationale selon les lignes d'un plan arrêté par l'État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
    • le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;
    • le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
    • le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.

b) Sur le plan social :

    • le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;
    • un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;
    • la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
    • la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;
    • un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ;
    • la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;