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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

24 Avril 2014

De Jean Jaurès, sur François Hollande

Sous la plume de Pascal Riché, Rue 89 interroge Jaurès sur Hollande

Original et pertinent.

Jaurès : « Hollande veut gouverner, mais pas réformer »

Les mots de Jaurès

Toutes les réponses de cette interview imaginaire sont tirées de l’introduction, rédigée par Jaurès en janvier 1904, au recueil de ses discours parlementaires. Il revient sur l’histoire du socialisme et du radicalisme (jusqu’en 1885), et règle des comptes avec les pensées et les actions de Ferry, Guesde, Blanqui, Clémenceau.

Les propos visant Hollande sont en réalité pointés vers Jules Ferry.

Nous avons prélevé quelques extraits, sans modifier le texte. Nous avons remplacé deux expressions :

  • « Politique d’expansion coloniale » est devenu « politique d’aventures post-coloniales » ;
  • « Il y a un siècle » est devenu « Il y a plus de deux siècles ».

Quelques temps de verbes, enfin, ont été modifiés.

Pascal Riché

François Hollande a salué, ce mercredi à Carmaux, la mémoire de Jean Jaurès, dont on fête le centenaire de la mort. Il a rendu hommage à cette « figure consensuelle ». Consensuel ? Nous avons interrogé le socialiste sur la question.

Rue89 : Le président François Hollande vous a rendu hommage, ce mercredi à Carmaux. Quels sont, parmi vos discours, ceux que vous auriez aimé voir cités par le chef de l’Etat ?

Jean Jaurès : L’homme politique qui, mêlé à d’incessants combats, s’attarderait avec quelque complaisance littéraire à l’expression oratoire des luttes passées, serait bien frivole.

OK, OK. Que pensez-vous de son action ?

L’essentiel à ses yeux n’est pas de réformer : c’est de gouverner. Et il ne voit guère d’autre horizon aux gouvernements que leur propre durée.

Ce n’est pas que cet homme remarquable manque de philosophie et de vues générales. Mais il se refuse de parti pris aux perspectives lointaines, et l’idée qu’il se fait du rôle dominant de la bourgeoisie brise presque tout essor.

En sa haine de toute « utopie », il fait bon accueil à des pauvretés. Et l’autre chimère, selon lui, grossière et tyrannique celle-là, c’est le socialisme, c’est le collectivisme.

François Hollande est un ex-socialiste passé au centre, vous êtes un ancien centriste devenu socialiste. Ce chassé-croisé vous rapproche-t-il ?

Depuis que je suis dans la vie publique, la direction essentielle de ma pensée et de mon effort a toujours été la même. J’ai toujours été un républicain, et toujours été un socialiste : c’est toujours la République sociale, la République du travail organisé et souverain, qui a été mon idéal. Et c’est pour elle que dès le premier jour, avec mes inexpériences et mes ignorances, j’ai combattu.

Je n’espère point détruire la légende qui fait de moi un ancien « centre-gauche » passé brusquement au socialisme. Les légendes créées par l’esprit de parti sont indestructibles, et celle-ci a pour elle une sorte d’apparence ; car si, dans la législature de 1885 à 1889, je n’étais inscrit à aucun groupe, si je votais souvent avec la gauche avancée, si je manifestais en toute occasion ma tendance toujours plus nette au socialisme, je siégeais géographiquement au centre ; et cela a suffi, pour bien des hommes, à me classer.

Mais j’étais dès lors, profondément et systématiquement, un socialiste collectiviste. Et dans toutes les paroles que j’ai dites, l’inspiration socialiste est évidente.

« Collectiviste », dites-vous ? Le mot est fort ! Au XXIe siècle, toute la classe politique, y compris la droite et l’extrême droite, se réclame pourtant de vous !

J’ai fait appel aux véhémentes énergies du prolétariat, comme j’y ferais appel demain, si les pouvoirs constitués prétendaient interdire la libre évolution légale au collectivisme et à la classe ouvrière.

Le socialisme veut abolir théocratie, monarchie, capitalisme, et substituer la libre coopération des esprits et des forces à l’autorité du dogme, à la tyrannie du monarque, au despotisme de la propriété.

Si chaque citoyen avait l’instruction du lycée, par quel procédé s’établirait l’égalité absolue, moyen unique de concilier les impérieuses prétentions de tous ? Par le communisme, sans ombre de doute. Le communisme est la seule organisation possible d’une société savante à l’extrême, et dès lors puissamment égalitaire.

Votre ennemi, est-ce la finance ?

Il est inévitable que dans un système social fondé sur la propriété privée, la classe qui détient les grands moyens de production exerce sur les affaires publiques et sur la destinée des gouvernements une influence profonde ou même décisive.

Aujourd’hui encore, malgré les progrès de la démocratie et du prolétariat, la démocratie et la République subiraient une terrible crise si toute la grande bourgeoisie en toutes ses variétés, bourgeoisie de finance, bourgeoisie industrielle, bourgeoisie de négoce, bourgeoisie rentière, bourgeoisie terrienne, se coalisait contre le régime républicain, et engageait contre lui non pas une lutte partielle, incohérente, passagère, mais une lutte totale, systématique, continue.

Grande difficulté à coup sûr et grand problème pour ceux qui, comme nous, veulent conduire la démocratie politique sans secousses à sa forme sociale, et transformer légalement la République semi-démocratique et semi-bourgeoise en République populaire et socialiste.

Quel est votre moteur idéologique ?

C’est le même souci fondamental de rattacher le socialisme à la République, de compléter la démocratie politique par la démocratie sociale. C’est le même appel à la force de la légalité républicaine, si seulement cette légalité n’est pas violentée par l’audace des partis rétrogrades ou déformée par leur perfidie.

C’est la même passion pour la haute culture humaine en même temps que pour l’organisation croissante et la libération économique du prolétariat. C’est la même préoccupation incessante de clore la période de pure critique et de faire apparaître en des projets de loi positifs le caractère organique du socialisme.

C’est le même optimisme à utiliser, au profit du parti socialiste et du mouvement ouvrier, tous les dissentiments de la bourgeoisie, toutes les forces de liberté ou toutes les chances de moindre oppression que nous a léguées la tradition démocratique et révolutionnaire de la France. C’est la même volonté d’aboutir à ces réformes immédiates qui préparent ou même qui commencent la décisive transformation sociale.

Comment résumer le bilan de l’alternance de 2012 ?

Une politique de vexation religieuse sans audace et sans grandeur, une gestion financière imprévoyante qui avait converti en déficit les excédents résultant de la merveilleuse activité de la France, une politique d’aventures post-coloniales incohérente, dispersée, impuissante.

Aussi le pays lassé a-t-il soudain demandé secours aux vieilles forces conservatrices et traditionnelles. Encore un effort, et l’union conservatrice va remettre la main sur la France désabusée.

Quand vous parlez d’aventures post-coloniales, vous faites manifestement allusion aux interventions au Mali et en Centrafrique. S’agit-il selon vous de tentatives de diversion ?

S’il était vrai que la politique coloniale dissipe en entreprises lointaines les énergies démocratiques et suspend ou refoule l’effort intérieur du peuple vers l’égalité politique et sociale, qui aurait plus d’intérêt que les privilégiés à seconder cette diversion ?

Craignez-vous la montée du populisme en France et du FN en particulier ?

Elle habitue le pays à ces confusions déplorables où les partis les plus contraires semblent groupés sous les mêmes formules, et qui préparent les peuples à la confusion suprême, à la suprême tricherie du césarisme démagogue et réacteur.

Nul n’a le droit d’oublier que ce pays a été condamné il y a plus de deux siècles à une révolution extrême de liberté et de démocratie, sans avoir été préparé par une lente éducation et par des institutions progressives à la plénitude de la souveraineté et à la continuité de l’action légale. D’où l’incessante possibilité de rechutes déplorables, d’où le fréquent réveil et l’intermittente maîtrise des forces hostiles que la France nouvelle n’a pas au le temps d’assimiler ou d’éliminer tout à fait.

Comment aller vers le collectivisme ? Par la force ?

Non. Il n’y a pas de classe, même celle des opprimés et des exploités, qui puisse imposer à l’ensemble des hommes son credo social, qui ne pourrait être qu’anticipation chimérique et hasardeuse. La dictature prolongée et systématique du prolétariat serait aussi vaine et peut-être aussi désastreuse que la dictature d’un César philanthrope.

C’est par une évolution de démocratie, c’est selon la loi du suffrage universel, c’est sans coup de force et sans intervention autoritaire des minorités violentes, que s’accomplira lentement d’ailleurs et comme à tâtons la définitive transformation communiste.

La Révolution, ce n’est pas l’organisation autoritaire et dictatoriale d’une société, c’est la remise en liberté du mouvement humain. Le pouvoir révolutionnaire ne doit avoir d’autre fonction que de veiller sur cette liberté.

Il vaut mieux mettre la continuité gouvernementale et parlementaire au service d’un clair idéal : un programme de réformes successives doit préparer et consommer l’ordre nouveau.

L’abstention est de plus en plus forte. Certains intellectuels considèrent que l’élection est un piège, qu’elle n’est plus essentielle à la démocratie. Comprenez-vous leur position ?

Le peuple a tout intérêt à la pleine lumière. C’est en pleine lumière que le prolétariat assurera sa victoire, qui est la victoire de la civilisation. Or, le suffrage universel, malgré ses incertitudes, malgré ses erreurs et ses surprises, c’est la lumière, c’est le plein jour.

La dette publique atteint des sommets. Pensez-vous possible de décider de ne pas la rembourser ?

Je sais bien que la rente, parce qu’elle est servie au rentier sans celui-ci ait le moindre effort à faire, est le symbole le plus pur et l’exemplaire le plus parfait du prélèvement capitaliste.

Mais quelle chimère et quelle contradiction, tout en déclarant que la Révolution ne touchera pas au principe de la propriété, d’inscrire à son programme immédiat la suppression du grand-livre de la dette publique !

Pourquoi abolir cette forme de propriété ? Pourquoi exproprier les uns, selon le hasard des placements faits par eux, et maintenir les autres en possession ?

Quelle que soit l’importance, signalée aussi par Marx, de la rente dans l’évolution de l’économie capitaliste, elle n’est pas tout le système capitaliste ; elle n’en est même pas la base. Et les autres prélèvements du capital sont, du point de vue socialiste, aussi iniques et aussi funestes.

Publié par Frédéric Maurin à 10:20am
Avec les catégories : #jean jaurès , #françois hollande , #Parti Socialiste , #Ps , #p

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