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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

4 Juillet 2014

Mondial : Adieu Rio ! Exit les Bleus !

Mondial : Adieu Rio ! Exit les Bleus !
C'est triste. Pour un malheureux but marqué d'une tête blonde !
C'est heureux, le peuple supporter va enfin avoir le temps de lire...
Comment ils nous ont volé le football
et comprendre enfin ce qui lui arrive!

Avant le Mondial, Fakir Éditions publie un petit bouquin, « Comment ils nous ont volé le football ». Décennie après décennie, nous retraçons l’histoire de ce hold-up, de la télé et du pognon sur le ballon. Et c’est à une nana, Nadia, qu’on a confié la relecture : une sacrée corvée.

Comment ils nous ont volé le football, de Antoine Dumini et François Ruffin, Fakir Éditions, 120 pages, 6 euros (+2€ de frais de port)

À commander dans toutes les bonnes libraires, directement sur notre boutique ou en nous retournant un bon de commande !

« Tiens, tu pourrais relire ça pour lundi ? »
Je m’apprêtais à quitter ce local, ce vendredi soir, quand le rédac’chef m’a tendu une liasse de feuilles.
Je l’ai glissée dans mon sac, j’ai filé prendre mon train, toutes les places assises étaient prises, et là, les fesses à terre, repliée dans un coin, avec plein de monde autour, j’ai sorti les papelards :
« Comment ils nous ont volé le football »... C’était une blague ? Ça faisait partie du bizutage, ou quoi ? Manger du pâté et des chips à midi, vendre des Fakir en manif avec un tee-shirt pyjama, et maintenant corriger un bouquin sur le foot ? Mais j’en ai pas grand-chose à foutre, moi, du foot, des fois je fais semblant, pour m’intéresser, pour être sociable, mais au fond, non.
Oh la corvée du week-end ! Je pestais contre ces enfoirés.
Les années 60, c’est la préhistoire du foot-business : y a bien de l’argent, évidemment, un peu, mais sans les droits télé, sans les grandes marques. et c’est plutôt la géopolitique qui mène le jeu.

Dès les premières pages, je me suis dit : « Oh, c’est cool ! » Ça racontait la Coupe du monde 1966, et ça m’a rappelé mes cours de terminale sur la guerre froide :

On assiste, pour de bon, cet été-là, à un affrontement géopolitique entre le nord et les pays du sud et de l’est. Comment ? Dès les qualifications, déjà, les dés semblent pipés : dix places sont réservées aux équipes européennes. Une seule aux continents Afrique-Asie-Océanie. Du coup, les quinze pays africains boycottent l’épreuve.

Reste le plus dur : éliminer les meilleurs, les sud- Américains. Là, durant la Coupe, les arbitres vont jouer à plein. Stanley Rous a sélectionné les plus fidèles, dont sept Britanniques.

Lors du premier match, le bulgare Jetchev matraque impunément Pelé – qui ne pourra pas participer au second match. Lors du troisième, c’est le portugais Morais qui agresse le prodige brésilien – sans recevoir le moindre carton : réduit à dix joueurs valides, le Brésil est sorti de la compétition.

Il fallait alors écarter l’Uruguay : l’arbitre anglais Finney s’en charge. Lors du quart de finale Uruguay-Allemagne, il ignore une main flagrante d’un arrière allemand, ne sifflant pas le pénalty et soulevant un tollé parmi les quarante mille spectateurs. deux uruguayens protestent : l’homme en noir leur offre des cartons rouges et un retour prématuré aux vestiaires. À onze contre neuf, la tâche devient plus aisée : les Allemands l’emportent sans gloire. Le même jour, dans le match Angleterre-Argentine, l’arbitre allemand Kreitlin renvoie l’ascenseur aux Britanniques : il expulse le capitaine argentin, coupable de protestations.

Le sud liquidé, il faut abattre l’URSS : en demi-finale, les Soviétiques perdent un joueur sur blessure, un autre sur carton rouge. de quoi affaiblir les équipiers du mythique gardien Yachine... Grâce à la collaboration croisée de leurs arbitres, l’Angleterre et l’Allemagne se retrouvent en finale. et deux buts ultra litigieux sont alors accordés au pays organisateur.

Cette parodie de compétition sera aussitôt célébrée comme la « World Cup des arbitres ». Jamais aussi clairement le football n’est apparu comme la continuation de la guerre par d’autres moyens : alors que la décolonisation s’est achevée, les européens à l’orgueil blessé ne doivent pas, au moins, perdre cette bataille-là. Fût-elle symbolique, avec un ballon et un bout de métal pour enjeu. et en pleine Guerre froide, aucun triomphe ne sera laissé au bloc communiste...

J’ai oublié mon wagon à bestiaux, et que j’avais mal au cul, et même, presque, que ce bouquin causait de football. Je suivais les pages comme le récit d’un hold-up, avec des vrais gangsters qui complotent dans l’ombre : les dirigeants de la Fifa.

« Si ce n’est pas assez, n’hésite pas à me le dire... »
Le même mot est glissé dans chaque enveloppe à bulle, discrète. elles sont déposées dans les chambres des dirigeants de fédérations, à l’hôtel Steingenberger de Francfort, ce 10 juin 1974 en soirée. et c’est Horst Dassler, le richissime patron d’Adidas, qui se charge des cadeaux.

Le lendemain se déroule l’élection à la présidence de la Fifa, l’organisme qui dirige le monde du football et sa Coupe. entre le conservateur anglais Stanley Rous et son challenger Joao Havelange, Horst Dassler a choisi son poulain : l’homme nouveau, un businessman qui a déjà fait ses preuves au Brésil.

Sitôt élu, Havelange annonce la couleur : « Je suis là pour vendre un produit appelé football. » La Fifa signe alors, évidemment, un partenariat avec Adidas, puis avec Coca-Cola dès 1976, les deux « sponsors obligatoires ». Toutes les fédérations, même en Chine, même au Maghreb, même dans les pays socialistes, sont contraintes d’arborer ces logos à la moindre Coupe des Juniors : de quoi s’ouvrir des marchés jusqu’alors fermés. surtout, grâce à la télévision, le football devient un spectacle planétaire... Qu’une société de Horst Dassler, ISL, commercialise avec profit. À la fin des années 70, la mécanique est en place. Avec les années 80 et l’ère libérale qui approche, le moteur va bientôt tourner à plein.

Il y a, dans tout ça, comme une ruse de l’histoire : qu’un Anglais, conservateur et raciste, soit vaincu par un Brésilien, hostile à l’apartheid en Afrique du Sud, on se dit « Chouette ! » Sauf que c’est lui, le « gentil », qui va pourrir le foot avec le fric. Et pareil : jusqu’aux années 1960, comme le dénonce Raymond Kopa, « Aujourd’hui, en plein XXe siècle, le footballeur professionnel est le seul homme à pouvoir être vendu et acheté sans qu’on lui demande son avis », avec des joueurs liés à leur club, comme les serfs l’étaient à leurs terres, jusqu’à leur 35 ans, pour un « contrat à vie ». Alors quand, en Mai 68, les « enragés du football » entrent dans les locaux marbrés de la Fédération, accrochent une banderole réclamant « le football aux footballeurs » et obtiennent, un an plus tard, en janvier 1969, l’abrogation du « contrat à vie », on pense « Super ! » Sauf que la suite amène à d’autres conclusions :

La domination paternaliste des dirigeants est mise à mal. Le moyen âge du football prend fin. On entre alors dans l’ère moderne, avec des professionnels qui pourront voler de club en club, au mieux- disant, sans attachement au maillot. La voie est ouverte au marché.

Au fil des chapitres, les verrous sautent, pour transformer ce sport en business. Et c’est marrant de suivre la mondialisation à travers, juste, le ballon rond, ça en révèle des acteurs, de mécanismes, des intérêts, ça illustre bien des phénomènes économiques – les fonds de pension, la libre circulation en Europe, la main d’œuvre au sud, la privatisation des chaînes – parce que sinon, quand on dit « globalisation » en général, tout paraît tellement imbriqué, tellement compliqué, ça reste assez abstrait. Le football rend ça concret.

Que s’est-il passé pour que le football britannique s’exporte au bout du monde ? Deux catastrophes, au départ. Le Heysel, d’abord, le 29 mai 1985 : lors de la finale Juventus-Liverpool, les hooligans tuent 39 personnes. Les clubs anglais sont alors exclus de l’UEFA pour six ans. Et rebelote à Sheffield, le 15 avril 1989 : suite à un mouvement de foule, les supporters s’écrasent contre les grilles qui bordent la pelouse. Bilan : 96 morts et 766 blessés. de rapports en commissions, Margaret Thatcher va profiter de ces drames pour « moderniser » ce sport.

Éliminer les classes populaires, primo : dans des stades sécurisés, vidéo-surveillés, le prix d’une place passe de 5 livres (7,5 € en 1990) à 40 en 2010 (60 €). Les loges VLP, avec hôtesses, petits fours, repas gastronomique, écrans de télévision, remplacent les tribunes debout : dans le club londonien de Chelsea, les dix-sept espaces « Millenium » sont loués aux sponsors pour dix millions par an.

Privatiser le football, surtout. Le 27 mai 1992, les grands clubs anglais démissionnent de la ligue, font sécession, et créent leur propre championnat : la premier League. Qui devient une entreprise privée, indépendante de la Fédération, libre de négocier ses droits télés et ses contrats de sponsoring. Dès la saison suivante, d’ailleurs, le championnat est renommé la « Carling Premier League », associant la marque de bière, puis la « Barclays Premier League », du nom de la banque d’affaires, durant cette décennie où la City prospère.

La finance se mondialise, dans le football aussi. Les aventuriers nationaux, à la tapie – Berlusconi, modèles des années 80, sont remplacés par la Bourse. Manchester United y entre dès 1991, accompagné d’une vingtaine de clubs anglais. Et bientôt viendront les milliardaires américains (George Gillett et Tom Hicks à Liverpool), les oligarques russes (Roman Abramovitch à Chelsea), les affairistes israéliens (Alexandre Gaydamak à portsmouth), et les émirs du Golfe (Abu Dhabi United Group pour Manchester City).

Une phrase m’a marquée – qui résume combien ballon rime avec pognon, un propos énervé de Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique lyonnais :

« L’année dernière à Bordeaux, on perd le titre sur erreur d’arbitrage de Monsieur Bré. Ce soir, erreur d’arbitrage à nouveau. Et à l’arrivée, c’est vingt millions d’écart. »

Tout se chiffre, désormais, avec une nuée d’analystes financiers qui, match après match, dressent les statistiques des joueurs – et valorisent leur potentiel sur le marché.

Que reste-t-il d’humain, alors ? Dans chaque décennie, Antoine et François concluent sur une « Lumière » : Carlos Caszely, l’attaquant chilien, qui refuse de serrer la main de Pinochet et qui mènera campagne contre lui, le brésilien Socrates et sa démocratie corinthienne, ou plus modestement Ruby Fowler, à Liverpool, enfant du pays qui affiche un tee-shirt en soutien aux dockers de sa ville, et ça m’émeut, moi, comme les Noirs qui dressent le poing aux Jeux olympiques de Mexico, ça me donne envie de pleurer ce genre de trucs, qu’on rappelle que ces gens ont un cœur, une vraie famille, un pays.

Comment ça se fait qu’autant d’hommes, bon, jouent au foot, ça à la rigueur je pourrais le comprendre, mais qu’en plus ils regardent des matches, et qu’ils en parlent autant, qu’ils retiennent des noms, des stades, des clubs ? C’est un mystère pour moi. Et le texte final, « Le miracle des maillots pliés », qui raconte la vie ordinaire d’un tout petit club, c’est comme une porte entrouverte et on jette un coup d’œil à travers. Pas trop sur ce que fabriquent les garçons dans les vestiaires, mais sur ce qui les meut, en vrac, l’enfance, les pères, le peuple, en un genre de socio-psychanalyse des mâles occidentaux du XXIe siècle.

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Publié par Frédéric Maurin à 23:52pm
Avec les catégories : #football , #mondia , #france-allemagne , #médias , #pognon , #manipulation

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