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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

26 Octobre 2014

GATTAZ l'enfumage

C’est le 24 septembre que le président du Medef, Pierre Gattaz, a publié un petit livre jaune intitulé « 1 million d’emplois… C’est possible ! ». Parmi les mesures les plus emblématiques qui permettraient – soi-disant – de créer ces emplois, figurent la suppression de jours fériés, l’autorisation, entreprise par entreprise, de déroger à la durée légale du travail ou encore des dérogations concernant le salaire minimum pour certaines catégories de demandeurs d’emplois.

La famille Gattaz est habituée à l’escroquerie intellectuelle puisque le père de Pierre, Yvon, ancien président du Conseil national du patronat français (CNPF), ancêtre du MEDEF, avait sous la cohabitation Mitterrand-Chirac promis la création de centaines de milliers d’emplois si l’autorisation administrative de licenciement était supprimée. Celle-ci a bien été supprimée, mais depuis, le chômage n’a pas cessé de monter.

Pour Pierre Gattaz, les salariés français ont trop d’avantages, ils seraient des paresseux et s’ils travaillaient plus, il y aurait moins de chômage. Le chômage ne cesse d’augmenter depuis la mise en place de la politique de rigueur d’abord par Valéry Giscard d’Estaing (son Premier ministre Raymond Barre lance le premier plan d’austérité en 1976), puis par un gouvernement PS en 1983. Depuis 2012, comme les gouvernements de droite qui les ont précédés, les gouvernements « socialistes » ont abreuvé le patronat de cadeaux censés faire baisser le chômage. Les milliards ponctionnés sur les services publics n’ont fait que faire monter régulièrement la courbe du chômage, tandis que la cote de popularité du président de la République est la plus basse depuis le début de la 5e République. Cette politique est désastreuse sur tous les plans, sauf celui des dividendes distribués par les groupes français qui ont été de 40 milliards d’euros au 2e trimestre 2014, soit une hausse de 30% en un an.

L’échec historique des politiques de déflation salariale pour lutter contre le chômage.

Après la crise de 1929, les libéraux des années 1930 avaient cru résoudre le problème de la dépression et du chômage qui en était la conséquence en pratiquant la déflation salariale avec la réduction des avantages liés au salaire et du salaire lui-même. Cette politique fut un échec. Mise en œuvre en Allemagne par le chancelier social-démocrate Brüning, elle provoqua une telle explosion du chômage que Hitler fut appelé au pouvoir en janvier 1933. En France, mise en œuvre par Pierre Laval en 1934, elle accentua le chômage et suscita les grandes grèves ouvrières de juin 1936. Quelles que soient leurs conséquences, ces politiques n’ont jamais atteint le but qu’elles revendiquaient et on ne peut que s’étonner que les leçons de l’Histoire n’aient pas servi.

Dans les années 1930, les pays réagissaient individuellement à la crise ; aujourd’hui, ils agissent collectivement sous la direction de la Commission européenne, mais le résultat n’est pas meilleur. L’Allemagne présentée comme un modèle parce qu’elle pratique depuis plus de 10 ans une politique de déflation salariale connaît un fort ralentissement économique et les autres pays européens ont une croissance nulle, alors que la croissance marchande est le moteur et le but du système capitaliste car c’est elle qui génère les profits. Dans tous les pays européens, le mot d’ordre est la diminution du coût du travail, entendons la baisse du salaire direct ou indirect. Mais elle est inefficace pour créer de l’emploi, elle ne fait que réduire la demande et bien sûr enfoncer les sociétés dans la récession. Elle est également inefficace vis-à-vis de pays émergents comme la Chine dont le coût du travail est encore plus d’une dizaine de fois inférieur à celui de la France.

Le patronat ne veut pas faire baisser le chômage.

Comme l’économiste anglais Keynes l’avait préconisé dans les années 1930, la solution est l’augmentation de la demande qui ne peut être que le fruit de l’augmentation des salaires et du plein emploi. Mais il y a une condition à cela : la mise en place de mesures protectionnistes unilatérales à l’échelle nationale pour éviter que le développement de la demande augmente les importations et donc le déficit commercial de la France déjà très élevé. Depuis sa création, le M’PEP préconise la suppression de toutes les aides patronales à la création d’emplois que le patronat ne crée pas et l’utilisation par l’Etat des quelques 200 milliards d’euros qui seraient libérés. Le M’PEP a calculé en 2008 qu’il serait possible de financer 3.300.000 emplois payés au salaire moyen dans le secteur non-marchand (http://www.m-pep.org/spip.php ?article700). Les sommes dilapidées dans le CICE et les 50 milliards du pacte de responsabilité ne sont évidemment pas prises en compte dans le calcul. La vérité est que le patronat encourage le chômage de masse parce qu’il met en concurrence les travailleurs entre eux et pousse les salaires à la baisse.

Un Etat responsable devant la Nation et non devant le patronat ne devrait avoir aucune hésitation à faire cesser le scandale qui consiste à garder dans les difficultés et improductifs plus de cinq millions de nos concitoyens. Que de richesses non créées, que de besoins non satisfaits notamment dans les services publics, que de compétences sous-utilisées ou pas utilisées du tout ! Plutôt que de laisser dire que les Français ne travaillent pas assez, disons qu’ils ne sont pas assez à travailler. S’ils étaient plus nombreux, on pourrait diminuer le temps de travail de chacun, mais le patronat se plaindrait de la diminution de ses profits.

Depuis plus de 30 ans, les grandes entreprises délocalisent leurs activités pour augmenter leurs bénéfices. La réindustrialisation ne se fera pas sur la base de discours moralisateurs sur le patriotisme économique mais en créant ou en recréant des industries avec des fonds d’Etat.

Une telle orientation est évidement à l’opposé de la politique suivie par les gouvernements de droite comme de gauche depuis 30 ans.

La sortie de l’euro est indispensable pour résoudre la question du chômage.

Supprimer le chômage et la précarité nécessite l’indépendance monétaire, par conséquent la sortie de l’euro. L’économiste Jacques Sapir a calculé que la sortie de la France de l’euro créerait mécaniquement un million d’emplois car la France pourrait exporter et redresser ainsi la balance commerciale largement déficitaire. Même le Premier ministre reconnaît que l’euro est surévalué et bride nos exportations. L’Allemagne qui fait fabriquer beaucoup de ses produits chez ses voisins, Pologne, Hongrie, République tchèque, pays à faible coût du travail, n’est pas gênée par l’euro fort. Si la France revenait au franc, elle n’aurait pas à implorer l’Allemagne de faire baisser l’euro, elle serait libre de dévaluer sa monnaie de façon à pouvoir exporter.

La sortie de l’Union européenne et du libre-échange.

L’orientation antilibérale ainsi amorcée nécessiterait la sortie de l’Union européenne qui, en application des traités, nous interdit l’imposition de droits de douane et de quotas d’importations à nos frontières. Comment pouvoir résister à la concurrence de produits fabriqués par une main-d’œuvre sous-payée et dans des conditions ne respectant ni le droit du travail, ni l’environnement ? La réindustrialisation est impossible dans un monde de libre-échange. N’oublions pas que les Etats-Unis et l’Allemagne au XIXe siècle se sont industrialisés derrière des barrières douanières (jusqu’à 100% pour les Etats-Unis) pour se prémunir de la concurrence de l’Angleterre, alors le pays le plus avancé techniquement au monde. De même, les dragons asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Taïwan, etc.) ont créé dans les années 1950 une industrie à partir de zéro derrière des barrières douanières.

On nous répondra que le protectionnisme économique est préconisé par l’extrême-droite. Soyons clairs : les nationalistes veulent favoriser l’industrie française aux dépens des autres dans la mondialisation. Tel n’est pas notre but, nous voulons que le peuple français puisse choisir ses conditions de vie sans que sa décision soit orientée par les objectifs du capitalisme national et international. Nous voulons simplement rendre la démocratie possible, non seulement pour nous mais pour tous les peuples. La charte de la Havane de 1948, qui n’a malheureusement jamais été appliquée, prévoyait des accords économiques entre les pays de façon à favoriser l’emploi et l’autosuffisance alimentaire dans chacun d’eux. Sous l’égide d’une organisation internationale, l’Organisation internationale du commerce qu’elle préconisait de mettre en place, dépendant de l’ONU, les balances commerciales de tous les pays devaient être équilibrées.

En attendant qu’une organisation de ce type remplace l’actuelle Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le but est le libre-échange, quels que soient les dégâts sociaux qu’il crée, les Etats qui le désireraient pourraient signer des accords bilatéraux. La coopération internationale serait initiée par un pays, le nôtre par exemple qui instaurerait le protectionnisme pour lui-même.

Défense des dominés et restauration de l’idée de Nation.

Ces propositions du M’PEP sont moins utopiques qu’elles le paraissent. Pendant les trente glorieuses (1945-1975), tous les pays ont pratiqué le protectionnisme et cette période est la plus longue de l’histoire du capitalisme à ne pas avoir connu de crise économique. Même s’il n’est pas possible de revenir à une époque révolue, revenons aux principes qui en ont fait la vitalité. Détruisons cette plaie qu’est le libre-échange.

En nous battant pour la défense des dominés et la restauration de l’idée de nation, nous combattrons le néolibéralisme du Capital et nous préparerons le socialisme du XXIe siècle.


Pour aller plus loin sur les propositions du M’PEP :

Publié par Frédéric Maurin à 21:21pm
Avec les catégories : #medef , #emploi , #pierre gattaz , #chômage , #m'pep

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