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Rupture tranquille

Mardi 5 juin 2007

 Article actualisé le 20 octobre 2007 

Chevènement: adopter le nouveau traité sans référendum, «un coup d'Etat»

 

Jean-Pierre Chevènement estime que le nouveau traité européen qui doit remplacer la Constitution européenne doit être soumis à référendum et que le faire "ratifier par le Parlement" constituerait "un véritable coup d'Etat"

 
"Le président de la République a-t-il le droit de faire ratifier par le Parlement un traité reprenant l'essentiel d'une Constitution qui a été rejetée par référendum par le peuple français?" s'interroge M. Chevènement dans
une interview au quotidien Le Parisien.

 
"Seul le peuple peut revenir sur un référendum populaire". "Le président de la République n'a pas le droit d'interpréter seul la volonté du peuple français. C'est un véritable coup d'Etat!", estime le président d'honneur du MRC.

 
Selon lui, le nouveau texte n'est pas un traité simplifié, c'est un texte qui "compte 256 pages de modifications aux traités de Rome et de Maastricht" et qui est d'"une complexité effarante". "Il est totalement inaccessible".

 
"Toutes les critiques qui étaient faites à la Constitution peuvent l'être au traité simplifié", résume-t-il.

 

 

Jeudi 18 Octobre 2007

Chevenement.fr

AFP

 

 

Le traité simplifié ou le retour de l'européisme

M. Sarkozy ne paraît avoir rien de plus pressé que de faire adopter son « traité simplifié », succédané de Constitution européenne, par le sommet européen des 20 et 21 juin prochains.

Cette fébrilité qui le fait rencontrer successivement et précipitamment les principaux chefs de gouvernement européens interpelle : ce traité institutionnel qui devrait être ratifié par la voie parlementaire (et non par referendum comme l'aurait voulu la règle du parallélisme des formes et comme l'avait d'ailleurs proposé Ségolène Royal) vise paraît-il, à remédier à la « panne » de l'Europe. Mais cette « panne » n'existe que dans la pensée unique qui domine l'esprit de nos dirigeants. Ceux-ci éprouvent un fort sentiment de culpabilité, après le « non » retentissant par lequel le peuple français, le 29 Mai 2005, a rejeté le projet de constitution européenne. Le « traité simplifié » de M. Sarkozy est un rite de purification ou plutôt d'expiation. Il ne répond en aucune manière à la nécessité de redresser la construction européenne. M. Sarkozy, pendant sa campagne, avait lui-même fustigé l'euro fort et l'absence de préférence communautaire qui nous affaiblissent dans la mondialisation.

 

En quoi le « trait simplifié » permet-il de remédier à ces handicaps ? En rien ! Au contraire nous accepterions, par la voie de ce traité, des dispositions hautement contestables :

 
-La création d'un ministre européen des affaires étrangères qui dans le rapport de forces interne de l'Union à 27 nous mettrait systématiquement en minorité c'est-à-dire à la remorque de la diplomatie américaine.


-L'extension du vote à la majorité qualifiée à des sujets ultrasensibles comme la politique de l'immigration sonnerait le glas de notre indépendance en la matière.

 
-Enfin la pondération démographique des votes du Conseil romprait la traditionnelle égalité de la France et de l'Allemagne dans les institutions européennes. Cette parité qu'avaient voulue les « pères fondateurs » pour des raisons d'équilibre politique, serait évidemment rompue au bénéfice de l'Allemagne (82 millions d'habitants). Cette modification figurait dans le projet de Constitution rejeté en 2005. Elle peut, certes, se discuter. Mais il est frappant de voir que M. Sarkozy la réintroduit sans aucune contrepartie : il aurait pu par exemple négocier un complément aux statuts de la Banque Centrale européenne : que celle- ci soit chargée de soutenir la croissance et l'emploi et pas seulement de lutter contre une inflation aujourd'hui jugulée. La concession -énorme- faite par M. Sarkozy aurait pu être mise dans le paquet d'une négociation franco-allemande particulièrement difficile (problèmes industriels sur EADS et Galileo, positions de négociation à l'OMC sur les droits de douane agricoles etc..).

 
Rien de tout cela ! M. Sarkozy commence son quinquennat sous les auspices de l'idéologie « boniste », en « grand seigneur » qui jugerait de mauvais goût de défendre d'abord les intérêts de la France tels qu'ils les avaient lui-même reconnus (à moins que ce ne fût par la plume de M. Guaino !). Vieille tradition européiste de notre diplomatie qui va à rebours de nos intérêts… Comme M. Jouyet doit être content !

 

Samedi 02 Juin 2007

Sur le traité « simplifié » : silence et désinformation

 

 

...sur un point essentiel, Nicolas Sarkozy s'est révélé incapable de desserrer les contraintes européennes. Dans le projet de traité baptisé par antiphrase « simplifié », il a fait toutes les concessions : Haut représentant pour la politique extérieure, Charte des droits fondamentaux d'essence fédéraliste, qui va donner d'immenses pouvoirs à la Cour de Justice de l'Union européenne, pondération des votes au Conseil par la démographie, rompant ainsi la parité entre l'Allemagne, la France et les autres « grands pays ».

 
En échange de ces concessions, quelle contrepartie a-t-il obtenu, sur le gouvernement économique de la zone euro, par exemple ? Rien ! A la timide demande exprimée par Jean-Pierre Jouyet d'une discussion de la politique de change par les gouvernements, avec quelle hauteur M. Trichet n'a-t-il pas répondu ! Sur ce sujet capital, le silence quand ce n'est pas la désinformation règnent en maîtres.

 
On nous explique ainsi dans la presse que les bénéfices des entreprises françaises explosent, et que, par conséquent, elles n'ont pas besoin d'un euro plus faible. Ces commentateurs oublient de rappeler que nos entreprises font, pour l'essentiel, leurs bénéfices à l'étranger. Le monde du travail en France est le grand oublié… Mais au bout du chemin, il se rappellera au bon souvenir de ces messieurs… et de M. Sarkozy, s'il ne fait rien.

 

 

 

01 Août 2007

 

 

 

 

                               __________________________________________________________

Eh oui, on voit mal en quoi le candidat du capital financier mondialisé devenu Président de la République respecterait le peuple français.

Les français s'apercevront rapidement de la trahison avec la revanche, pardon la relance, de la déconstruction républicaine, communément appelée "construction européenne".

 

Ci-après, un point de vue de Georges Gastaud.

 

 

Lettre aux républicains qui ont voté non à la constitution européenne,

ainsi qu’à toutes les organisations progressistes ayant appelé à voter non le 29 mai 2005 !

Ne laissons pas Sarkozy et Barroso

violer le vote souverain du 29 mai 2005 !

Mini ou maxi, non à toute constitution supranationale !

Les médias à la botte de l’Elysée, de Bruxelles et du MEDEF font comme si l’élection à 53% de Sarkozy réglait son compte au vote souverain émis en mai 2005 par 55% des Français à l’issue de plusieurs mois de débats sur la constitution européenne. Les valets de plume et d’antenne du Berlusconi français font comme s’il fallait prendre pour argent comptant les déclarations du président qui prétend que son « mini-traité » n’est pas une constitution. Tous font comme s’il était légitime que le parlement, simple mandataire révocable du peuple, puisse approuver et valider par un vote de commande ce que le peuple souverain a lui-même refusé il y a moins de deux ans. De leur côté, bon nombre d’ « opposants » de surface au néo-libéralisme font comme si le problème de la constitution était résolu dès lors que Sarkozy déclare vouloir borner le futur traité européen aux « aspects institutionnels » sans constitutionnaliser les politiques néo-libérales résumées par la partie III du TCE. Enfin, la plupart des commentateurs autorisés ignorent sciemment les déclarations du Baron Seillières, ex-chef de file du MEDEF et patron des patrons européens ; celui-ci a attendu que l’élection soit passée pour déclarer au  Monde que l’état-major patronal européen était tout entier depuis toujours derrière Sarkozy, ce dernier étant le seul à pouvoir sauver l’Europe politique en évitant un nouveau référendum à haut risque (nouveau référendum que Royal, non moins « ouiste » que Sarko, avait été obligée de concéder à l’électorat de gauche, majoritairement « noniste »).

 

En fait, et même sur un strict terrain formel, l’élection de Sarkozy ne règle pas la question de la constitution européenne ; chacun sait qu’en élisant un président, le corps électoral se prononce sans entrer dans le détail sur un homme et sur le paquet de propositions qu’il propose et dont les différents éléments sont inégalement connus et présentent une importance très inégale aux yeux des électeurs (combien d’électeurs sarkozystes, et même, combien de députés UMP, sauraient-ils préciser aujourd’hui ce qu’est le « mini-traité » européen de Sarko ? Pour combien d’électeurs cette question a-t-elle déterminé leur choix du 6 mai ?). Tous les journalistes courtisans ont feint de déplorer que les deux principaux candidats fissent profit bas sur l’Europe, au point que Sarko s’est cru obligé de préciser mensongèrement que son « mini-traité » ne serait pas constitutionnel. D’ailleurs, si c’est un traité constitutionnel que Sarko veut faire passer, il faut élire une constituante, et non une législative ; en revanche, s’il ne s’agit pas d’un traité constitutionnel mais d’un simple règlement intérieur jetable, comment expliquer que Sarkozy soit aujourd’hui traité par l’ensemble des « élites » européennes comme le Rédempteur de la sacro-sainte « construction européenne » ? Comment expliquer que tout le patronat européen voie en Nagy-Bocsa le sauveur du processus constituant ? Oui il s’agit bien de violer, de bafouer, d’enterrer le Non du 29 mai, comme le confirme lourdement le choix fait par Sarkozy, pour la 1ère fois dans l’histoire française, d’apparaître sur la photo officielle devant le drapeau tricolore et le drapeau européen, au grand dam des gogos qui prenaient au sérieux son bavardage électoral sur « l’identité nationale »...

 

En réalité, « mini » ou « maxi », c’est bien la constitution européenne chassée par la « porte » référendaire que le « mini-traité » ferait rentrer par la « fenêtre » parlementaire sur la base d’une forfaiture juridico-politique. Peut-être le « mini-traité » n’emploiera-t-il pas, dans un premier temps, les expressions contestées de « constitution » européenne, d’« Etat » européen ou de « lois européennes ». Mais ce « mini »-traité « institutionnel » installerait définitivement un président, une justice, une armée, une législation, un ministre des Affaires étrangères européens, ainsi qu’un « sujet international » européen ; comme le prévoyait déjà l’article principal du TCE, les « lois communautaires » l’emporteraient juridiquement sur les « lois nationales », si bien que les parlements nationaux deviendraient officiellement les chambres d’enregistrement des décisions européennes (qu’elles sont déjà, d’ailleurs, officieusement !). Bref, juridiquement et politiquement, la souveraineté se déplacerait de manière décisive de l’échelon national à l’échelon européen. Il suffirait pour cela, quitte à modifier provisoirement quelques expressions gênantes, de conserver l’essentiel des parties I et II du TCE. En clair, il suffirait d’adopter les dispositions du TCE consacrant la suprématie du supranational sur le national pour créer sans le dire, et en trompant les peuples souverains, la base juridico-politico-militaire du nouvel Etat fédéral européen (du nouvel « Empire » comme dirait D. Strauss-Kahn, qui est le partisan le plus cynique de « l’Empire européen »). Bref, donnez au capital européen la « suprématie institutionnelle des décisions européennes sur les lois nationales » (quel que soit le vocabulaire utilisé pour faire avaler cela aux peuples), et vous lui donnerez indirectement la « concurrence libre et non faussée » du néolibéralisme… puisque la grande majorité des Etats européens est acquise au néo-libéralisme (notamment à l’Est) et que la chasse aux sorcières institutionnelle qui a cours contre les communistes en Pologne, en Roumanie, en Tchéquie, dans les pays baltes, en ex-RDA, etc., garantit de facto (et de jure si le parlement européen institutionnalise la criminalisation du communisme) la mise en application des politiques néolibérales.

 

On mesure ici l’irresponsabilité des organisations dites « anti-libérales », PCF compris, qui ont milité pour la « renégociation de la constitution européenne ». Une « renégociation » que Sarko entend mener tambour battant en piétinant ses adversaires « anti-libéraux » sur leur propre terrain, celui du « fédéralisme » européen. Ces organisations anti-libérales ne nous expliquaient-elles pas il y a peu, que le nationalisme n’étant pas leur fort, elles ne combattaient le TCE qu’en raison de son contenu néo-libéral, sans rejeter en principe l’Europe fédérale et sa mise à l’encan de l’Etat-nation. Quel manque de dialectique ! comme s’il n’y avait pas un lien politique fort entre la forme supranationale de l’Europe en construction, qui écrase les nations et les institutions démocratiques (bourgeoises !) construites par chaque peuple au cours de son histoire, et le contenu néo-libéral, capitaliste, impérialiste, fascisant même, des politiques menées ! C’est bien pour mener des politiques antisociales, anti-populaires, anti-communistes, contre-révolutionnaires, néo-coloniales, que la grande bourgeoisie européenne et ses pseudopodes « français » (ces jet-setters apatrides dont Sarko est la caricaturale émanation) veut mettre en place un Etat européen supranational qui balaiera les institutions représentatives nationales ! Celles-ci sont en effet devenues un frein à la quête de profit du profit maximal dans la mesure où elles reposent sur un compromis faisant une certaine place aux classes moyennes et à certains éléments supérieurs du salariat. Encore une fois, donnez au grand capital l’échelon supranational qu’il désire, camarades « euroconstructifs » de la « gauche anti-libérale », et il aura tôt fait, avec 29 gouvernements de droite sur 30 (qui peut d’ailleurs croire que le fade Zapatero fera échec à ses 29 acolytes de droite.) d’obtenir par surcroît toutes les « lois » néo-libérales dont il a besoin pour dévaster les acquis sociaux dans chacun des pays affiliés à l’Europe de Maastricht !

 

Car le fond de la supranationalité, c’est le « tous contre un, un contre tous » : tous les pouvoirs bourgeois coalisés attaquent ensemble UN prolétariat national ; et chaque prolétariat national est laissé seul, par le syndica-lisme jaune « européen » (CES) et « mondial » (CSI) et par la fausse gauche européiste (on l’a vu en décembre 95 ou en 2003) face à l’ensemble des bourgeoisies européennes coalisées. Voilà en réalité à quoi aboutit aujourd’hui la politique réformiste de la LCR, de LO, d’ATTAC, du PCF, tous acquis au mensonge social-impérialiste de « l’Europe sociale » et de la « renégociation de la constitution européenne » : ces gens aident Sarko à balayer le 29 mai, en sauvant le néo-libéralisme de fait par l’adoption parlementaire de la supranationalité institutionnelle (les fameuses « règles de fonctionnement » de l’Europe).

Mais alors, que peuvent faire pour riposter les défenseurs conséquents du vote du 29 mai, qui sont aussi les adversaires les plus résolus du nouveau gouverneur de la Franceurope, désormais installé à l’Elysée ?

D’abord, cesser de reconnaître béatement la « légitimité démocratique » de Sarko comme le font les dirigeants du PS et du PCF. Comme marxistes et comme républicains nous contestons catégoriquement la légitimité de ce candidat fascisant, patronal, manipulateur, truqueur, qui menace mortellement la démocratie dans notre pays et ailleurs. Nous y reviendrons dans un article ultérieur.

 

Ensuite, cesser d’être dupes de l’idée qu’en se faisant élire, un candidat a du même coup validé toutes les propositions que les dispositifs électoraux antidémocratiques (bipolarisation artificielle, vote utile, second tour binaire de l’élection présidentielle propre à la 5ème « république », bref tous les trucages qui viennent d’amener 55% de nonistes à départager au second tour deux ouistes) permettent de faire avaler au peuple (car à supposer qu’ils aient à choisir au second tour entre un candidat dont les cent propositions promettraient entre autres d’éviter la guerre mondiale et d’obliger tous les citoyens à se raser le crâne, et un autre, dont les cent propositions promettraient entre autres de déclencher la guerre mondiale tout en les laissant libres de garder leurs cheveux, les citoyens qui voteraient majoritairement pour le premier seraient-ils tous tenus pour autant de passer à la tondeuse ?).

 

Il faut également débarrasser la gauche radicale de l’allergie francophobe qui la conduit à abandonner Marianne, le drapeau tricolore, la Marseillaise (ces emblèmes Sans-Culotte !) aux ennemis euro-capitalistes de notre classe ouvrière. Il faut cesser de confondre le supranationalisme européen, cet impérialisme continental, ce chauvinisme de super-puissance continentale, avec l’internationalisme prolétarien et avec le cosmopolitisme progressiste. Les ouvriers révolutionnaires n’ont jamais chanté, que je sache, « la Supranationale sera le genre humain ! ».. Et en 43, quand les Francs-Tireurs et Partisans partaient au poteau d’exécution, ils le faisaient aux accents mêlés de l’Internationale et de la Marseillaise, en criant « vive la France ! » et « vive le prolétariat international ! » (Jean-Pierre Timbaud).

 

Il faut ainsi méditer l’exemple de Cuba, du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur qui brisent les traités néo-libéraux et supranationaux imposés par Washington, et qui créent de nouveaux traités internationaux progressistes, tels l’Alternative bolivarienne des Amériques (ALBA) qui permettent aux nations égales et souveraines d’échanger sur leurs points forts sans se mener une concurrence impitoyable et dévastatrice.

 

Enfin, dans l’immédiat, il faut unir tous les mouvements susceptibles de dire ensemble, contre Sarko, Seillère, Kouchner et Barroso, non à toute constitution supra-nationale, donc néo-libérale, non à tout « mini-traité » adopté dans le dos du peuple par un parlement non mandaté pour cela ! Non aux traités néo-libéraux et supranationaux de Rome, Maastricht et Nice, que le peuple a invalidés en votant non à la constitution européenne ! Oui à la rupture progressiste et républicaine de la France avec l’UE des traités supranationaux ! Dans l’esprit du Conseil National de la Résistance, constituons une nouvelle République française sociale, souveraine, démocratique, militant pour de nouveaux traités internationaux respectueux des peuples et des travailleurs !

 

Organisations progressistes qui refusez toute constitution européenne, toute sarko-rupture libéral-fascisante avec 45 et 89, fédérez-vous ! N’ergotons pas, ne musardons pas, l’euro-fascisation de notre pays, sa dénaturation mortelle avancent à grand pas, et comme disait Marx, « l’histoire ne repasse pas les plats ».  

Georges Gastaud

                 EXIGEONS UN REFERENDUM SUR LE ”TRAITE SIMPLIFIE”

 Le projet de constitution européenne a été rejeté le 29 mai et le 3 juin 2005 par le peuple français et le

peuple néerlandais. Il l’a été parce que l’Europe communautaire ne protège pas de la mondialisation financière, parce qu’elle fait l’impasse sur les nations, lieux de l’expression démocratique des citoyens, et parce qu’elle aligne l’Europe sur la politique guerrière des Etats-Unis.

Un projet de “traité simplifié” a été adopté au Conseil européen du mois de juin, sous l’impulsion d’Angela Merkel, la chancelière allemande, et de Nicolas Sarkozy, le président français.

Après avoir été mouliné par les “spécialistes”, il est proposé pour être adopté au Conseil européen des 18 et 19 octobre 2007 à Lisbonne.

LE PROJET DE TRAITE SIMPLIFIE N’EST PAS SIMPLIFIE DU TOUT.

Ce sont près de 1000 pages de modifications et d’ajouts aux traités existants qui constituent le projetdit de “traité simplifié”. Le projet de constitution européenne était difficile à comprendre pour les citoyens des pays européens, malgré un effort de certaines organisations pour en expliquer le contenu : le projet de traité simplifié est tout simplement illisible. Il suffit d’en consulter le texte sur le site de la Communauté Européenne pour s’en apercevoir.

LE NOUVEAU PROJET DE TRAITE A LES MEMES DEFAUTS QUE LE PROJET DE CONSTITUTION EUROPEENNE.

On y retrouve tout : un nouveau calcul des droits de vote des Etats membres qui place la France en minorité et permet des majorités contre elle ; des dispositions économiques qui restent très favorables intérêts de ceux qui spéculent au détriment des intérêts

de ceux qui travaillent ; la création d’un ministre desaffaires étrangères autonome, qui s’alignera nécessairement sur la politique américaine.

Et, bien sûr, il ne comporte rien qui amorce une réorientation de la politique européenne : rien qui permette de lutter contre le dumping social, la concurrence par les bas salaires et la régression des droits des travailleurs; rien qui permette de protéger les entreprises européennes contre les excès des pays émergents qui inondent nos marchés ; rien qui rende possibles des coopérations renforcées entre les Etats volontaires pour préparer l’avenir, par exemple sur l’énergie ; rien qui permette aux citoyens des Etats membres et à leurs représentants de peser sur les décisions prises.

 

 

CE QU’UN REFERENDUM A DEFAIT, SEUL UN REFERENDUM PEUT LE REFAIRE.

Deux pays fondateurs de la Communauté Européenne ont vu leurs peuples rejeter clairement le projet de Constitution Européenne par référendum : la France et les Pays-Bas.

Mais le projet des chefs d’Etat et de gouvernement est d’éviter la ratification par le referendum, pour

contourner les peuples. Que vous ayez voté “OUI” ou voté “NON” au référendum du 29 mai 2005, vous devez exiger qu’un débat ait lieu et que la question soit à nouveau posée par référendum. Le peuple français doit, comme les autres peuples européens, être consulté.

L’EUROPE MERITE MIEUX QU’UN TRAITE RATIFIE DANS LE DOS DE SES PEUPLES.

 Pour donner un nouveau dynamisme à la construction européenne.

Pour l’orienter vers les besoins exprimés par les peuples d’Europe.

Pour peser sur l’avenir de l’Europe.

 

EXIGEZ UN REFERENDUM SUR LE TRAITE SIMPLIFIE

A retourner à : MOUVEMENT RÉPUBLICAIN ET CITOYEN. 9 rue du Faubourg Poissonnière 75009 Paris.

Tél : 01 44 83 83 00 - Fax : 01 44 83 83 10 - www.mrc-france.org - www.chevenement.fr

 

 

o Je rejoins le Mouvement Républicain et Citoyen

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par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Lundi 21 mai 2007

 

Travailler plus pour gagner plus ?

Salarié ou fonctionnaire, je dois déjà travailler plus, depuis 1993 ou 2003, pour gagner autant, voire moins ! Je serai prêt à en rajouter mais voilà :

Je ne veux pas travailler plus pour m'acheter une voiture surpuissante, je veux un vrai droit à la mobilité écologique, y compris dans le cadre d'un service public de haut niveau.

Je ne veux pas gagner plus pour m'acheter un logement à des prix exhorbitants, je veux une action collective à la hauteur contre l'inflation qui touche l'immobilier (on a bien vaincu l'inflation du couple salaires- prix, non?) par, et avec, un service public du logement qui réponde aux besoins.

Je ne veux pas travailler plus pour mettre mes enfants à l'école privée ou leur offrir du soutien scolaire défiscalisé, je veux une école gratuite et obligatoire qui, dans un cadre méritocratique, développe les talents de chacun.

Je ne veux pas gagner plus pour m'offrir des services de domestiques, mais avoir le temps d'assumer mon petit univers privé.

Je ne veux pas travailler plus pour assumer des hausses de tarifs consécutives à la privatisation de services publics (eau, santé, énergie, postes et Banque Postale...).

Je ne veux pas travailler plus pour gagner plus et m'offrir un yatch à, peu importe, 200 000 ou 2 millions d'euros, ou passer le reste de mon temps libre à admirer, envier ou critiquer ceux qui y vivent. Je préfèrererai vivre dans une société où tous les jeunes se construisent autour de vacances heureuses. Pas devant des halls d'immeubles désertés ni devant une télévision qui vend "du temps de cerveau disponible à Coca Cola"...comme l'a joliment exprimé un responsable d'une grande chaine de télévision. Qui au passage gagne, comme ses actionnaires, de quoi s'offrir des vacances de luxe en exploitant l'audience provoquée tant par les drames que par les espoirs d'une jeunesse sans boussole (eh oui, tout se vend!).

Si malgré tout, je dois gagner plus en travaillant, héritant, spéculant plus... alors je suis prêt à payer des impôts selon mes facultés contributives pour mettre en oeuvre celà.

Je me classe donc, vous l'aurez compris, dans le camp des républicains plutôt tristes.

 

 Ajout du 12 juin.

Au-delà de la pétition de principe, une mise en perspective internationale :

http://pros.orange.fr/reverdy.associes/travaillerplus.pdf

 

 

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Samedi 12 mai 2007

 

L'essentiel n'est pas d'entrer dans le décompte, infini, des liens symbiotiques entre pouvoirs politiques, économiques et médiatiques.

Ce travail sera utile, nécessaire mais pas suffisant.

L'essentiel pour les années à venir sera de donner à voir au peuple quels intérêts ces liens servent. 

Et ce ne sont pas les siens.

Nicolas Sarkozy a gagné car il a le mieux incarné (disons dévoyé, pour être plus précis) le désir d'une rupture nécessaire.

Forte participation, score sans appel : cette élection présidentielle n'est pas sans ressemblance avec le référendum sur le traité constitutionnel européen.

 De 2005 à 2007,  la France qui a dit  Non au Traité constitutionnel européen, refusant notamment d'avoir pour seul idéal "la construction d'une économie ouverte où la concurrence est libre" (art 3A du traité de Maastricht), s'est massivement donnée à Sarkozy.

Vous remarquerez que le parti de la presse et de l'argent fait preuve de la même (quasi)unanimité dans les 2 cas. 

En 2005, les français se sont trompés. En 2007, ils ont raison: VOX POPULI VOX DEI !

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire! Ce n'est pas céder au mensonge triomphant qui passe". Comme Sarkozy , je cite Jaurès de mémoire.

Ce qui va nous demander beaucoup de courage, c'est de démontrer aux français qu'en réalité, c'est bien VOX POPULI, VOX NEUILLY . 

En attendant le (grand) soir de la République, je reproduis un article d'Edwy Plenel paru dans le soir, quotidien belge (eh oui, il n'y a pas que des exilés fiscaux en Belgique!) en date du 11 mai 2007, qui évoque les petits matins chantants de la France d'en Haut.

La France vue d'en dehors

La grande loterie du bonapartisme

 Avec Nicolas Sarkozy, la France croyait avoir élu un président. En quelques jours à peine, elle a découvert un gagnant du Loto. De sa nuit victorieuse dans une suite de palace à son escapade méditerranéenne sur un yacht de milliardaire, elle a soudain compris qu'elle n'avait pas seulement changé de tête mais qu'elle était entrée dans une autre époque.

Jusqu'alors, en cet Hexagone-là, l'argent posait problème à la politique. Il pouvait l'infiltrer, la séduire, voire la corrompre - et le second septennat de François Mitterrand (1988-1995), tout comme le long règne parisien de Jacques Chirac (1977-1995), l'a amplement illustré. Mais ce mariage incestueux n'était pas assumé. Il fallait ruser, cacher, biaiser, tromper, mentir, jurer du contraire, protester de son honneur. Beaucoup d'hypocrisie et de faux-semblant, mais comme un tribut obligé à une tradition qui sacralise trop la politique pour la vendre à l'encan.

 

De Gaulle pouvait certes avoir fait d'un ancien banquier un Premier ministre - Georges Pompidou, qui lui succédera à la présidence - et veiller aux intérêts bien compris du capitalisme national, il n'en tenait pas moins à distance ce petit monde et son principal argument, l'argent. La légende en témoigne, qui dit son exigence tatillonne de payer de sa poche les goûters qu'il offrait à ses petits-enfants au palais de l'Elysée. Avec le sixième président de la V e République, c'en est fini de ces précautions et de ces prudences. Désormais, l'argent est installé dans la place, sans vergogne.

Dans sa longue marche vers le podium présidentiel, pavée de ressentiments recuits et de revanches macérées, Nicolas Sarkozy a été porté par une petite société de conjurés, une bande d'amis en quelque sorte. Constituée autour de son fief de Neuilly-sur-Seine - ce ghetto de riches dont la paisible insolence illustre notre fracture sociale - et confortée par les attentions qu'il a su lui accorder dans ses ministères - notamment au Budget (1993-1995) et à l'Economie (2004-2005) -, cette amicale clanique a cette particularité de rassembler les milliardaires français. Non pas les intérêts de la bourgeoisie, comme l'on disait autrefois à gauche, mais les appétits voraces des plus grandes fortunes.

Le nouveau président est leur homme. Non seulement leur ami, mais aussi leur représentant, voire leur obligé. Les gazettes boursières n'hésitent d'ailleurs pas à parler, depuis l'élection de dimanche, de « valeurs Sarkozy », jouant à la hausse les groupes qui pourraient profiter de la nouvelle présidence - par exemple, Bolloré (le propriétaire du jet et du yacht de l'escapade maltaise), qui pourrait reprendre TF1 à Bouygues (l'ami le plus proche), qui, lui-même, reprendrait le nucléaire à Areva, etc. Ces spéculations pour joueurs de Monopoly éclairent les particularités de ce capitalisme français dont le nouveau président est le fondé de pouvoir : un « capitalisme de la barbichette » - je te tiens, tu me tiens -, comme l'a surnommé récemment un confrère (Laurent Mauduit, Petits conseils, Stock), décrivant un système où la concurrence est souvent faussée et pas toujours libre.

Adossé à une économie très ouverte et accueillante aux flux financiers de la mondialisation, il s'est renforcé en préservant farouchement le pouvoir d'une caste endogamique, dont quelques entremetteurs sont les gardiens incestueux, au risque permanent du conflit d'intérêt. C'est ainsi qu'à l'époque des fonds de pension et des droits des actionnaires, s'est paradoxalement reconstitué un capitalisme familial, d'héritiers et de patrimoines - d'où la promesse du candidat à propos de l'impôt sur les successions -, dont les représentants étaient tous autour du président élu dimanche soir.

L'autre paradoxe, à rebours du credo libéral, c'est que ces fortunes se sont construites ou rétablies dans une relation de clientèle avec la politique, ses réseaux et ses intérêts. Nul hasard, de ce point de vue, si le secteur des médias, quels que soient les protagonistes de ce capitalisme, figure toujours en bonne place dans leur portefeuille.

Comme tout pouvoir, celui-ci rencontrera un jour sa part d'ombre, ses secrets et ses remords. Mais, pour l'heure, il a le temps devant lui, ce temps qu'offre une élection incontestable. D'où cette arrogance assumée d'une retraite prétendument monacale qui se transforme en promenade flambeuse de nouveau riche, aux frais des amis. C'est le début d'un berlusconisme à la française, jusque dans ces réflexes culturels où l'argent n'a pas forcément bon goût, s'affichant tape-à-l'oeil au point de confondre le luxe et le clinquant. L'anti-intellectualisme est la vulgate d'un tel univers. Car, hier instrument commode et moyen utile, l'argent y est devenu une fin en soi et un but ultime, la mesure de toute chose, de la « vraie » réussite comme du « vrai » pouvoir, avec pour argument un dédain affiché envers la pensée critique et l'idéal rigoureux.

Je laisse aux psychanalystes le soin de décider si cette nouveauté relève, comme on l'écrit ces temps-ci, d'une « droite décomplexée » ou, au contraire, d'une droite qui masque ses anciens complexes sous un appétit insatiable de pouvoir. Mais ce qui est d'ores et déjà certain, c'est que ce radicalement neuf évoque de vieux souvenirs. Cette citation, par exemple : « Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités s'assouvissant dans l'auge du 2 décembre ! Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemins de fer, gagnons de l'argent ; c'est ignoble, mais c'est excellent ; un scrupule de moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte, et si l'on ne peut avoir une concession de chemins en France ou de terrains en Afrique, on demande une place. (...) Partager son ignominie, qu'est-ce que cela leur fait, pourvu qu'ils partagent sa fortune ? »

Il faut bien sûr oublier les excès d'époque - Nicolas Sarkozy n'est l'auteur d'aucun coup d'État. Mais il n'est pas inutile, avant l'intronisation du 16 mai, de relire en résonance ce bréviaire républicain qu'est Napoléon le Petit, le seul livre belge de Victor Hugo, écrit en 1852 dans les premiers mois bruxellois d'un exil qui allait durer autant que le Second Empire, soit dix-huit ans. Car cette nouvelle présidence s'annonce comme un concentré de ce « bonapartisme » que la France a donné aux siens comme au monde entier et, depuis, à la science politique. L'Europe le sait, qui nous regarde et compare : plus monarchique que les monarchies parlementaires, c'est un pouvoir extrêmement personnel que la République française confie, depuis bientôt un demi-siècle, à l'homme qui a gagné ses suffrages. S'il n'est pas absolu, ce pouvoir n'en est pas moins une forteresse, tant il est déséquilibré et omnipotent.

On verra bien si Nicolas Sarkozy réussit à tenir sa promesse de ne faire que deux quinquennats, renonçant à battre les records de Mitterrand (quatorze ans) ou de Chirac (douze ans)... voire de Napoléon III ! Mais l'on sait déjà qu'il verra rapidement venir à lui, comme ses prédécesseurs, toutes sortes de volontés et de ralliements qui exprimeront l'empreinte culturelle de ce bonapartisme sur la vie publique française - toutes ces carrières, tous ces postes, toutes ces fortunes qui dépendent de cette fidélité archaïque à un seul, au pouvoir d'un seul. Est-ce un hasard si, malgré les haines accumulées avec le clan chiraquien, le nouveau président l'a déjà presque tout entier à son service et si, malgré une campagne droitière sans précédent, il a rallié à lui nombre des courtisans qui accompagnèrent le mitterrandisme finissant, du biographe au beau-frère en passant par le publicitaire et certains conseillers ?

Pour l'heure, les législatives de juin détiennent la clé de ce pouvoir, de son ampleur et de ses certitudes. On parierait volontiers qu'elles le conforteront, mais les lecteurs du Soir en sont témoins : si je ne crois pas m'être trompé en tendance durable, je ne suis pas bon pronostiqueur au jour le jour... En attendant de revisiter, dans une chronique prochaine, l'échec de Ségolène Royal, je m'en console en relisant Napoléon le Petit. Et Victor Hugo, l'exilé de Bruxelles, me confie ceci : « La notion du bien et du mal est insoluble au suffrage universel. Il n'est pas donné à un scrutin de faire que le faux soit le vrai et que l'injuste soit le juste. On ne met pas la conscience humaine aux voix. »

...un petit saut dans le temps, nous voilà au 25 septembre 2007 :  

 

Première rentrée scolaire sous Sarkozy, des professeurs ne sont pas dupes en relevant, je cite « une méthode qui consiste à privilégier un discours très contrôlé avec les médias qui se substitue à tout échange réel. Il nous dit qu'il veut débattre avec nous, mais il a déjà annoncé qu'il allait supprimer des postes : où est le débat s'il a préparé toutes les réponses ? »

Discours très contrôlé ou medias sous, auto-, contrôle ???

Lettre aux éducateurs : dans la précipitation, Sarkozy oublie les profs !

 

 

Trop impatient de livrer sa Lettre aux éducateurs, le président Sarkozy s'est précipité dans les médias... oubliant les principaux intéressés qui, une semaine après, ne l'ont toujours pas reçue !

 

 

Des mots pour excuser des retards, les profs en lisent tous les jours... mais rares sont ceux qui proviennent du ministère de l'Education nationale ! Pourtant, lundi 10 septembre, tout le corps enseignant a reçu un mail les assurant qu'ils recevraient « prochainement » la fameuse « lettre aux éducateurs » que le président de la République leur avait lu depuis Blois le 5 septembre dernier. En attendant, conseille le communiqué, ils peuvent toujours aller la lire sur le site de l'Elysée.

Il faut dire que
mercredi 5 septembre, les choses avaient été un peu vite. Lundi 3, Xavier Darcos avait commencé à déballer une série de mesures dans un entretien au Parisien. Or l'annonce avait vite fait tâche d'huile : du sport en plus, les samedis chômés et l'augmentation des heures de soutien... tous les médias s'arrachaient la polémique de cette réforme de l'éducation nationale. Devant l'intérêt suscité par l'affaire, Nicolas Sarkozy a voulu frapper fort au coeur de l'électorat enseignant, qui est loin de lui être acquis, en tenant de rééditer - l'ex-ministre de l'Education Luc Ferry avait fait la même opération voici quelques années - la « lettre aux instituteurs » de Jules Ferry. Convoquant la presse à Blois, le président de la République avait donc lu la lettre en direct sur les chaines d'info continue et à la radio. L'Elysée avait expédié le document par mail aux médias, l'avait fait amené par porteur aux syndicats. Il ne manquait qu'un détail : la « lettre aux éducateurs » n'avait pas été envoyée aux enseignants !

 
Oh rage, oh désespoir, oh logistique ennemie !

 

 

 
Vendredi 14 septembre, soit 9 jours après le discours de Blois, la lettre n'était pas encore parvenue à ses premiers destinataires. Le service de la communication du ministre explique qu'il s'agit d'un « problème logistique », le fascicule de 32 pages devrait parvenir aux profs sous une semaine. Il faut dire que, d'un point de vue purement pratique, l'impression, le conditionnement et l'expédition d'un tel document aux 1 250 000 enseignants concernés nécessite plusieurs jours, pour un coût total d'un peu plus de 500 000€. Sans compter le fait que, pour un gouvernement qui revendique une préoccupation constante du développement durable, l'impression de ce document sur papier non recyclé fait mauvais genre. Même si le secrétariat d'Etat à l'Ecologie n'y trouve rien à redire.

 
Résultat de l'opération : au lieu d'être rassurés par la verve d'Henri Guaino, les enseignants se sentent encore plus mis à l'écart par Sarkozy. « A la lire, cette lettre est plus un discours qu'un courrier : nos collègues ne sont pas très friands de ce genre de démonstration, explique Gilles Mandrot, secrétaire général du syndicat SNUipp. Les problèmes qui y sont énoncés sont réels, mais quelles mesures compte-t-il mettre en place pour y remédier ? » Annick Merrien, secrétaire générale du SNETAP, principal syndicat de l'enseignement agricole, dénonce « une méthode qui consiste à privilégier un discours très contrôlé avec les médias qui se substitue à tout échange réel. Il nous dit qu'il veut débattre avec nous, mais il a déjà annoncé qu'il allait supprimer des postes : où est le débat s'il a préparé toutes les réponses ? » N'est pas Jules Ferry qui veut !

 

 

 

 

 

Lundi 17 Septembre 2007 - 11:33

 

 

Sylvain Lapoix 

http://www.marianne2.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mercredi 2 mai 2007

 

2 petites déclarations d'un ministre de l'Intérieur à propos d'un autre :

M. Sarkozy retarde de 40 ans

Les parachutes dorés et les patrons voyous seraient, selon M. Sarkozy, les fruits tardifs de la contestation soixante-huitarde. Mais Mai 68 n'a quand même pas inventé le capitalisme financier mondialisé !

 

 

M. Sarkozy oublie de dire que l'autorité, le travail, le mérite sont des valeurs républicaines que la droite a laissé choir.


En 1968, c'est la droite (à l'époque Edgar Faure) qui a supprimé l'éducation civique. C'est la gauche en 1985 (moi-même en tant que ministre de l'Education Nationale) qui l'a rétabli dans les écoles et les collèges.


C'est sous Valéry Giscard d'Estaing qu'on a institué les retraites anticipées à cinquante ans, dans la sidérurgie notamment. Casse que M. Sarkozy déplore aujourd'hui. Mais qui a fait d'Usinor une société luxembourgeoise, Arcelor aujourd'hui achetée par le groupe indien Mittal, sinon M. Mer, et les gouvernements auxquels appartenait M. Sarkozy ? Celui-ci ferait bien d'en revenir à son bilan de 2002 à 2007.


La droite n'a aucun titre pour revendiquer le travail, le mérite, l'autorité. Elle a donné trop de mauvais exemples, à commencer par M. Sarkozy lui-même quand il a déclaré revenir au ministère de l'Intérieur en 2005 pour mieux se protéger de ses amis. Ce n'était pas là donner une grande leçon de ce qu'est le service de l'Etat !


M. Sarkozy fait diversion sur le terrain idéologique et croit pouvoir donner des leçons de morale républicaine à Ségolène Royal. Il retarde en fait de 40 ans. Il se croit en juin 1968 quand la droite pouvait gagner les élections en agitant l'épouvantail de quelques voitures brûlées à la télévision. Grâce à M. Sarkozy, le nombre d'incendies de voitures a doublé de 2002 à 2007 (de 22 000 à 45 000 par an). Si ce n'est la faute de mai 68, c'est celle de Voltaire et de Rousseau ! Permanence des vieux schémas réactionnaires…

 

Dimanche 29 Avril 2007

Jean-Pierre Chevènement

 

« Démocratie irréprochable »

Dans cette fin de campagne, la violence de la posture de Nicolas Sarkozy est ce qui me frappe le plus : il va en Corse et traite de « lâches » les poseurs de bombes encagoulés. Personnellement, cela ne me gêne pas du tout !

Mais dans sa bouche, c'est un langage tout à fait nouveau : on se souvient que Nicolas Sarkozy a longuement négocié avec Talamoni et le FLNC pour proposer aux Corses en juillet 2003 un statut dérogatoire avec pouvoir législatif. La majorité de nos compatriotes corses a rejeté la proposition de Nicolas Sarkozy par référendum.


Mais les poseurs de bombes encagoulés jouent aujourd'hui un tout autre rôle dans la bouche de Nicolas Sarkozy. Il les mets du côté de Mme Royal avec en prime les casseurs de la gare du Nord : « je ne sollicite ni leur approbation, ni leurs applaudissements ». Théâtralise-t-il, insinuant que Mme Royal leur courrait après ?


Outrance, manipulation, imposture, nous sommes là en présence de la démagogie traditionnelle d'une certaine droite. La pire. Celle qui fait peur à juste titre. Où est donc la « démocratie irréprochable » dont Nicolas Sarkozy ose encore se targuer ?

 

Jean-Pierre Chevènement le Mardi 01 Mai 2007

 

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Samedi 28 avril 2007

 

Un grand merci à Denis Kessler, idéologue du MEDEF d'indiquer clairement le projet de Nicolas Sarkozy : 

Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance

 

 

Denis KESSLER est de retour. L’ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF au côté d’Ernest-Antoine Seillières de 1994 à 1998, apôtre du projet de “refondation sociale” d’alors, signe un éditorial dans le journal “Challenge” du 4 octobre 2007. Il éclaire avec le plus grand cynisme la cohérence globale du projet SARKOZY : liquider le modèle social construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base des rapports de force issus de la Résistance et de la Libération. Il s’agit bien d’une contre-révolution. Bon à savoir pour mieux combattre!

 

CD

 

 

++++++++++++++

 

 

   ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE !

 

 

par Denis KESSLER

 

 

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

 

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…

 

A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

 

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d'historiques - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

 

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc.

 

Cette architecture singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.

 

Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les tabouise en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.

 

Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce.

 

Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

 

 

par Denis Kessler

 


“Challenge” - 4 octobre 2007

 

 

 

 

 

 

Malgré une actualité dense, prenons le temps d'examiner la position des "gaullistes de progrés" et une analyse du journal Libération :  

APPEL DE GAULLISTES DE PROGRÈS

CONTRE SARKOZY, POUR LE VOTE ROYAL

(...)

Dimanche 6 mai, nous engagerons la France et son histoire pour les années à venir.

Bien qu'ils se soient exprimés pour des candidats différents le 22 avril, soit pour François Bayrou, soit pour Ségolène Royal, les rédacteurs de cette lettre appartiennent à la mouvance des gaullistes de progrès et appellent, à ce titre, à voter pour Madame Ségolène Royal. Plus qu'à toute autre élection, il s'agit d'un véritable choix de société entre un réformisme dans la tradition républicaine et une rupture totale, tournant le dos à notre République et à ses valeurs démocratiques et sociales.

Soyons clairs !(...)
- Nous ne pouvons accorder notre confiance à un candidat qui a comme modèle Georges Bush et soutient l'hégémonie mondiale des Etats-Unis notamment leur guerre en Irak dont nous voyons le lamentable résultat aujourd'hui.

- Nous ne pouvons accorder notre confiance à un candidat qui ne conçoit l'action qu'à tra
vers une agressivité permanente, le conflit et la lutte contre tous ceux qui lui déplaisent.

- Nous ne pouvons accorder notre confiance à un ancien ministre de l'Intérieur qui a constamment privilégié à des fins purement électoralistes le tout-répressif et le tout-carcéral, actions qui conduisent à une impasse totale. (...) Or une véritable politique de sécurité efficace passe par une politique de prévention ce qui n'empêche nullement la sanction et la fermeté.

- Nous ne pouvons accorder notre confiance à un candidat qui s'est révélé incapable de résoudre la crise des banlieues autrement que par le recours à la seule répression policière et à la stigmatisation de populations défavorisées.
(...)

- Nous ne pouvons accorder notre confiance à un candidat qui croit au déterminisme des gènes et à des thèses eugéniques que l'on croyait dans les poubelles de l'Histoire, ces propos ayant suscité la réprobation unanime de la communauté scientifique.

Même si nous n'accordons pas de blanc-seing à Madame ROYAL, ne partageant pas l'ensemble de ses idées... nous portons à son crédit :

- Une conception de l'action s'inscrivant dans la concertation et oeuvrant en faveur du rassemblement, (...) Une volonté affirmée de consulter le peuple sur tout éventuel traité européen à l'opposé de Nicolas Sarkozy qui se refuse à tout nouveau référendum sur ce sujet

- Une volonté de maintenir notre modèle social, l'un des meilleurs du monde, tout en le réformant et en luttant contre les abus susceptibles de le décrédibiliser (...) Une volonté de défendre les valeurs de la République qui reposent sur la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité et la volonté de vivre ensemble sans distinction d'origine, de race ou de religion. (...)
Il s'agit en tout état de cause de remettre l'Homme et non plus le profit au centre du projet républicain.
(...)
Notre Identité Nationale, c'est LA REPUBLIQUE
C'est pour ces raisons que nous voterons Ségolène RO
YAL

Premiers signataires : Ali Abchiche- conseiller municipal de Sarcelles, Amir Alfarge, (...) Gilles Bachelier de l'Internationale Gaulliste, Erik Blondin - syndicaliste,  (...) Etienne Tarride - avocat à la Cour d'Appel de Paris, Paul Violet - ancien adjoint à la Mairie de Paris.

(...) INTELLECTUEL-militant du souverainisme historique, fort de la conviction que "le peuple, le peuple seul, est le créateur de l'Histoire", et donc "mao-gaulliste de progrès", je m'associe avec enthousiasme à cet appel de haute tenue, (...) preuve vivante de la vitalité d'un authentique gaullisme - que le honteux ralliement de quelques renégats, appâtés par quelques bols de soupe, ou l'abstention coupable et lâche de sectaires aveuglés par leur irresponsable dogmatisme, ne suffit pas à démentir. Et j'appelle tous mes amis authentiquement souverainistes à le faire circuler, à le signer, et à voter pour barrer la route à SARKOZY, et donc, sans la moindre hésitation, pour SEGOLENE!
Jean-Paul CRUSE
Texte intégral de l’Appel et liste complète des premiers signataires
http://www.lemondereel.fr/

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Les dix fractures programmées de Sarkozy

 

Par SERVICE POLITIQUE, SERVICE SOCIETE

QUOTIDIEN : mercredi 25 avril 2007

Que serait la France de Nicolas Sarkozy s'il accédait, le 6 mai, à la présidence de la République ? Quelles sont ses volontés de réforme, ses mesures prioritaires ? En meeting, il répète que ses adversaires veulent le «diaboliser» et lui vouent de la «haine». Loin de nourrir de tels sentiments, Libération décrypte en 10 points les projets du candidat UMP qui fâchent.

Une certaine idée de la justice

Ce qu'il veut faire. Il a promis de «lutter contre la récidive en instituant des peines plancher pour les multirécidivistes». La dernière loi visant à réprimer plus sévèrement la récidive (élargissement des critères de la récidive, limitation des sursis...) remonte à décembre 2005. Nicolas Sarkozy veut qu'au bout de trois fois le condamné écope de la peine maximale prévue. Ce qui malmène le principe de l'individualisation de la peine inscrit dans la tradition juridique, la Constitution et la Convention européenne des droits de l'homme. Tous les spécialistes estiment qu'une telle mesure fera exploser la population pénitentiaire.

Sarkozy veut aussi supprimer l'excuse de minorité pour les récidivistes de plus de 16 ans, et aligner progressivement la justice des mineurs sur celle des majeurs. Il tient aussi à «expérimenter» une séparation entre les mineurs dont s'occupent les juges des enfants : d'un côté les victimes, de l'autre les délinquants. Sachant que les frontières sont totalement perméables.

Ce qu'il a fait. Il a beaucoup joué avec le principe de la séparation des pouvoirs, en mettant en cause personnellement des magistrats, notamment ceux du tribunal des enfants de Bobigny, accusés de «démissionner» face aux délinquants. Au point que Guy Canivet, le premier président de la Cour de cassation, avait été reçu par Jacques Chirac, en septembre 2006, après avoir exprimé sa colère pour dénoncer «les termes provocants» de Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, «mettant en cause le fonctionnement de l'institution judiciaire». Le haut magistrat se montrait alors désireux d'exposer au chef de l'Etat «la gravité de ces atteintes réitérées à la répartition des pouvoirs prévue par la Constitution et le malaise ressenti par les juges». 

Sarkozy a aussi multiplié le fichage en étendant notamment le fichier national automatisé des empreintes génétiques créé sous la gauche pour pister les délinquants sexuels à quasiment tous les délits. Contre l'avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, ce fichier ne contient pas que des condamnés mais aussi des suspects.

Une certaine idée de la police

Ce qu'il veut faire. Le ministre de l'Intérieur en avait rêvé contre l'avis de Jacques Chirac, et cette fois le candidat à l'Elysée est bien décidé à la mettre en place : une direction unique du renseignement qui réunirait Renseignements généraux (RG) et Direction de la surveillance du territoire (DST). Officiellement, il s'agit de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Une direction unifiée aurait également l'avantage d'être plus facilement contrôlable pour le pouvoir politique avec un homme idoine à sa tête. Nicolas Sarkozy veut également faire voter une nouvelle loi de programmation afin de «combler» les poches de retard des forces de l'ordre en matière de cryptologie, de biométrie et d'équipements. Lors de ses deux précédents passages place Beauvau, Nicolas Sarkozy avait déjà largement communiqué sur les technologies (pistolet à décharge électrique, caméras...) au service de la police.

Ce qu'il a fait. Dès son arrivée au ministère de l'Intérieur au printemps 2002, Nicolas Sarkozy s'est attaché à galvaniser des policiers et des gendarmes qui avaient manifesté leur blues dans la rue à l'automne 2001. Il leur a garanti moyens et effectifs dans une loi de programmation votée durant l'été 2002. Le deuxième étage de la fusée sécuritaire Sarkozy a été la mise en place de la «culture du résultat», aujourd'hui largement décriée dans les commissariats. Lors de leurs dernières élections professionnelles, les policiers ont dénoncé, la «chasse aux crânes», c'est-à-dire l'inflation des interpellations et des gardes à vue. Enfin, il est le ministre de l'Intérieur qui a enterré la police de proximité mise en place par ses prédécesseurs de gauche.

Une certaine idée de l'immigration

Ce qu'il veut faire. L'objectif de Sarkozy est affiché : limiter l'immigration «subie». Le candidat de l'UMP a annoncé la création d'un «ministère de l'Intégration et de l'Identité nationale» regroupant les attributions confiées aujourd'hui à trois ministères. Il a également promis, dès juillet, une troisième loi sur l'immigration et précisé que les immigrés souhaitant venir en France au titre du regroupement familial devraient apprendre des «rudiments» de la langue française.

Ce qu'il a fait. Alors ministre de l'Intérieur, il a fait adopter deux lois sur l'immigration, en 2003 puis en 2006. La première comprenait une disposition plutôt favorable aux immigrés avec la suppression partielle de la «double peine». La seconde a durci les conditions de régularisation des immigrés en situation irrégulière, et celles d'entrée et de séjour des étrangers. Hautement symbolique, la suppression de la régularisation de plein droit après dix ans de séjour, même clandestin, en France. La lutte de Sarkozy contre l'immigration clandestine s'est accompagnée d'une augmentation des reconduites à la frontière : 24 000 en 2006, un chiffre toutefois inférieur aux objectifs fixés aux préfectures. La loi de 2006 était également censée ouvrir la porte à une immigration «choisie». Malgré quelques accords signés avec des pays comme le Mali, ce système tarde à prendre forme.

Une certaine idée de l'individu

Ce qu'il veut faire. Nicolas Sarkozy pourrait revenir à la charge en proposant le dépistage des signes avant-coureurs de délinquance chez les enfants de moins de 3 ans. Il s'était déjà appuyé sur un rapport de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale qui préconisait «le repérage des perturbations du comportement dès la crèche et l'école maternelle». A trop scruter les «susceptibilités génétiques», il risque de considérer qu' «un sujet "est" délinquant avant même d'entrer dans l'existence», comme le regrettait alors le docteur en psychopathologie Rodolphe Adam.

Ce qu'il a dit. Dans un entretien avec Michel Onfray, publié par Philosophie magazine d'avril, Nicolas Sarkozy déclarait : «J'inclinerais à penser qu'on naît pédophile», et, plus loin : «Il y a 1 200 ou 1 300 jeunes qui se suicident en France chaque année [...] parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable [...]. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense.» 

Une certaine idée du social

Ce qu'il veut faire. Le candidat Sarkozy veut encadrer le droit de grève en imposant un vote à bulletin secret au bout de huit jours d'arrêt de travail. Dans le secteur public, il souhaite l'organisation d'un service minimum instauré par la loi dès juillet. Il veut réduire le nombre de fonctionnaires en ne remplaçant pas les départs à la retraite. Pour les salariés du secteur privé, il veut remplacer le CDI et le CDD par un contrat de travail unique, sur le modèle du contrat nouvelle embauche (CNE) ou du contrat première embauche (CPE), ce qui permettrait à tout employeur de se séparer d'un salarié sans avoir à se justifier, en contrepartie d'une indemnité de licenciement revalorisée. Sa proposition d'exonérer totalement de charges sociales et fiscales les heures supplémentaires, payées 25 % plus cher, signerait la fin des 35 heures avec un effet négatif sur l'emploi, les entreprises ayant intérêt à allonger la durée du travail plutôt qu'à embaucher.

Ce qu'il a fait. 

Du fait de ses fonctions ministérielles, Sarkozy n'a jamais eu à intervenir directement dans le domaine social. Son passage au ministère de l'Economie, de mars à novembre 2004, fut bref. Le budget 2005, qu'il a préparé et fait voter, se traduisait essentiellement par le non-remplacement d'une partie des départs à la retraite de fonctionnaires. Il a soutenu la création du CNE à l'été 2005, mais quand Dominique de Villepin a lancé le CPE en janvier 2006, il a prudemment laissé le Premier ministre s'enferrer avant de plaider comme président de l'UMP pour un repli stratégique.

Une certaine idée du logement

Ce qu'il veut faire. Alors que la France compte 1,3 million de demandeurs de HLM, Nicolas Sarkozy, entend fixer «une obligation annuelle de vente de 1 % du parc social, soit 40 000 logements» sociaux par an. Cela permettrait «de rendre le rêve de propriété accessible à beaucoup de personnes qui en sont exclues actuellement», argumente le candidat UMP. Mais ces ventes risquent de concerner les plus beaux morceaux des HLM (les immeubles les mieux situés, les mieux construits), laissant dans le champ du parc social les cités ou les bâtiments les plus excentrés, accentuant ainsi les phénomènes de ghettoïsation. La mise en oeuvre d'un tel programme risque aussi de réduire l'offre d'habitat social, au moment même où les loyers du privé flambent et deviennent inaccessibles aux ménages à petits revenus, voire moyens en région parisienne et dans les grandes métropoles régionales.

Ce qu'il a fait. Président du conseil général des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy a décidé en 2005 de vendre 4 000 HLM dans son département en cinq ans (soit 800 par an en moyenne). Pour faire taire les critiques, il a promis de les remplacer par des constructions nouvelles, devant s'ajouter aux 3 300 logements sociaux nouveaux déjà programmés annuellement par le département. Ce qui fait un total de 4 100 logements HLM à réaliser chaque année. Mais sur le terrain ça ne suit pas : seulement 2 590 ont été construits en 2006 et à peine plus de 1 500 en 2005. Autre fait d'armes : maire de Neuilly pendant neuf ans, Nicolas Sakozy n'a jamais accordé une quelconque priorité au logement social. Sa ville compte moins de 3 % de HLM. C'est l'une des pires élèves parmi les communes de France, bien en deçà des objectifs de la loi SRU qui impose 20 % de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France).

Une certaine idée de la santé

Ce qu'il veut faire. Son programme Ensemble réaffirme les grands principes du modèle français de Sécurité sociale, pour «garantir l'égalité et l'équité de l'accès aux soins pour tous». Mais Nicolas Sarkozy veut «également que chacun se sente responsable du financement de notre système de santé». Aussi propose-t-il «un système avec quatre franchises : les premiers euros annuels sur les examens biologiques, les premiers euros annuels sur les médicaments, les premiers euros annuels sur les visites médicales et même sur l'hospitalisation». Ces sommes, inscrites sur un «compte annuel», ne seraient «pas remboursées» par la Sécurité sociale. Leur montant ferait l'objet d'un «débat chaque année devant le Parlement» et serait fonction de la santé financière de l'assurance maladie. Cette logique strictement comptable de rééquilibrage des comptes de la Sécurité sociale reviendrait à rembourser de moins en moins les malades, les contraignant à souscrire des assurances complémentaires de plus en plus onéreuses.

Ce qu'il a fait. Ministre de l'Economie en 2004, au moment où ses homologues à la Santé, Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand, préparaient et faisaient voter la réforme de l'assurance maladie, Sarkozy ne leur a pas permis de puiser dans les recettes fiscales pour renflouer la Sécurité sociale. Défenseur de l'orthodoxie budgétaire et partisan d'une réduction des prélèvements obligatoires, il ne connaît que la baisse des dépenses pour équilibrer les comptes, qu'il s'agisse du budget de l'Etat ou des comptes sociaux.

Une certaine idée de la fiscalité

Ce qu'il veut faire. Nicolas Sarkozy a prévu d'abaisser encore le «bouclier fiscal» (qui permet de plafonner le total des impôts payés par un contribuable) à 50 %, alors qu'il est actuellement de 60 %. Surtout il souhaite supprimer jusqu'à 95 % des «droits de donation et de succession pour tous les patrimoines petits et moyens». Or, en France, grâce à la législation fiscale existante, 80 % des patrimoines transmis en ligne directe échappent déjà à toute imposition. Avec cette nouvelle proposition, 15 à 20 % des Français les plus riches échapperaient à nouveau aux successions. L'impôt sur la fortune pourrait de fait disparaître. Le candidat promettant une déduction de 50 000 euros de l'impôt contre un tel investissement dans une PME. La politique fiscale, au final, devrait profiter aux citoyens les plus aisés.

Ce qu'il a fait. En cinq ans, la droite a mené une étrange politique fiscale. Que jamais Sarkozy n'a désavouée. Baissant de manière drastique l'impôt sur le revenu (IR), dont le taux marginal a progressivement été abaissé à 40 %. Aujourd'hui l'IR ne représente plus que 25 % des recettes fiscales de l'Etat. Mais dans le même temps, la majorité a réussi la prouesse de faire augmenter le taux des prélèvements obligatoires : l'ensemble des taxes fiscales et sociales atteint 44,4 %. Elle a aussi inventé le «bouclier fiscal» . Autant de mesures fiscales au service des plus aisés.

Une certaine idée des médias

Ce qu'il veut faire. Il prévoit un superministère rassemblant les médias, la culture et l'éducation, et un renforcement des missions culturelles de France Télévisions. En matière de médias, le programme de Nicolas Sarkozy est maigre. Il faut dire qu'il en a déjà tellement fait...

Ce qu'il a fait. Dernier incident en date : il pète les plomb en coulisses de l'émission France Europe Express sur France 3 parce que monsieur n'a pas de loge. Sarkozy n'aime rien tant que mettre sa patte dans les médias, où il compte beaucoup d'amis : Arnaud Lagardère, patron du groupe éponyme qui a gentiment viré Alain Genestar, patron de Paris-Match coupable d'avoir publié une une présentant Cécilia Sarkozy et son nouvel amoureux ou encore Martin Bouygues, qui possède TF1. Sarkozy aime aussi beaucoup passer des coups de fil. A Robert Namias (TF1) et Arlette Chabot (France 2) pour les remercier d'avoir levé le pied sur le soulèvement des banlieues fin 2005. A Bertrand Méheut, patron de Canal +, pour, en juin 2005, défendre Karl Zéro dont l'émission est menacée. A Edouard de Rothschild pour se plaindre de la façon dont Libération le traite. Le zélé Jean-Pierre Elkabbach cherche-t-il à Europe 1 un journaliste politique pour suivre l'UMP qu'il demande conseil à... Nicolas Sarkozy. «Normal, répond celui-ci, j'ai été ministre de la Communication.» 

Une certaine idée du pouvoir

Ce qu'il veut faire. Comme souvent en la matière, les postulants à l'Elysée oublient rapidement leur promesse de partager les pouvoirs du chef de l'Etat qu'ils viennent de se voir attribuer par le peuple. Lorsqu'il dit vouloir un «président fort», nul doute que Nicolas Sarkozy le sera. Et surtout, quinquennat oblige, plus engagé dans la conduite de la politique quotidienne. Dans ce cadre, le Premier ministre ne sera plus qu'un chef d'équipe gouvernementale. Logique dans ces conditions que le Président vienne s'expliquer en personne devant le Parlement, ce qui lui était interdit jusqu'à présent par la tradition républicaine. Tout aussi logique qu'il ne puisse plus se prévaloir d'aucun «domaine réservé» (politique étrangère et défense). Pour mettre en oeuvre ces réformes, Nicolas Sarkozy a annoncé qu'il désignerait avant l'été une commission de révision de la Constitution dont les conclusions seront soumises au Parlement en septembre

Ce qu'il a dit. L'ancien ministre de l'Intérieur défend les institutions de la Ve République : «Ce régime, avec son président fort et son gouvernement doté des moyens d'agir, est fait pour la France», expliquait-il ainsi début avril. Mais, pour lui, «le président de la République devra gouverner». S'il entend conserver l'essentiel des institutions créées par le général de Gaulle en 1958, il veut les amender sur deux points : en limitant le nombre de mandats présidentiels à deux et renforçant les pouvoirs du Parlement, qui aura un droit de regard sur les nominations dans les grandes institutions (Conseil constitutionnel, Conseil supérieur de l'audiovisuel, etc.).
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/249806.FR.php

 

 

par Frédéric Maurin publié dans :