Notre bilan du candidat Nicolas Sarkozy continue :
Le vrai bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur
Il m'est souvent arrivé de citer le nombre de policiers blessés en service quand j'exerçais les fonctions de ministre de l'Intérieur : 5000 par an. C'était dans les années 1997-2000. Or, j'apprends de source officielle que ce nombre a atteint 11000 en 2006.
Chiffre impressionnant qui correspond à presque 10% de l'effectif des fonctionnaires de la police nationale.
Qu'il y ait dans notre société une montée de la violence, c'est malheureusement une évidence comme le manifeste la montée continue des agressions gratuites ou crapuleuses exercées contre les personnes et bien sûr les policiers.
Mais il y a une autre explication qui est dans la doctrine d'emploi de la police : en supprimant la police de proximité et en privilégiant la police d'intervention qui par définition ne connaît pas la population et interpelle souvent à l'aveuglette, M. Sarkozy a contribué à la montée des tensions urbaines. Son expression, à travers des mots qui portent une forte charge de violence, a aussi favorisé ce climat d'intolérance et de non-respect.
Le bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur est lourd. Rien ne l'illustre mieux que les violences urbaines de novembre 2005 ou l'émeute à la gare du Nord qui a pris hier en otage des milliers de passagers. Ce climat d'extrême tension entre la police et certaines catégories de la population n'est pas normal.
Rien ne démontre mieux la nécessité d'un « ordre juste » fondé sur des valeurs républicaines : égalité des droits – respect de la loi – police citoyenne connaissant la population et connue d'elle.
La tâche de maintien de l'ordre public n'est certes pas une chose facile : il est évident que les passagers du RER doivent payer leur billet et qu'une interpellation policière ne doit pas, si elle est effectuée correctement, entraîner une rébellion. Mais ce qui suscite la réflexion, c'est la solidarisation contre la police, en plein Paris, dans une gare hyperprotégée, de dizaines de jeunes dont il faudrait savoir s'ils se trouvaient là par hasard. De toute évidence, des paramètres plus généraux sont en cause : la dégradation du rapport entre la police et certaines catégories de la population est révélatrice du vrai bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur.
Mercredi 28 Mars 2007
Jean-Pierre Chevènement
Après l'ex ministre, l'avis d'un utilisateur :
La Gare du Nord et la goutte d’eau
Urbanisme et urbanité
mercredi 28 mars 2007, par Lionel Labosse
Les échauffourées du 27 mars 2007 à la Gare du Nord ne m’ont pas surpris, et elles sont amenées à se reproduire de plus en plus fréquemment parce que des décideurs à mon avis incompétents ou vénaux ont laissé faire ou organisé un environnement aliénant et criminogène. Voici un certain nombre de gouttes d’eau qui, emplissant jour après jour le vase des usagers de cette gare, ne peuvent que déborder. Il m’est arrivé d’avoir envie de « tout casser » dans ce trou à rats inhumain, alors comment s’étonner qu’avec des jeunes un peu plus nerveux que moi, on en arrive à ces extrémités !
1. Observez un plan du métro de Paris, et comptez le nombre de stations de RER B au nord de Paris et au sud de Paris. Tout au sud, la station Cité internationale dépose les honnêtes citoyens directement auprès du riant Parc Montsouris ; un peu plus au nord, les stations Denfert-Rochereau, puis Port-Royal au nom si prophétique, puis Luxembourg, enfin Saint-Michel, déposent l’usager au pied de son appartement cossu. Le RER est comme un métro. Au centre de Paris, Châtelet permet de changer de ligne ou de profiter du centre commercial que naguère le maire de Paris Jacques Chirac a installé au centre de la plus belle ville du monde ; puis on a Gare du Nord pour déverser ses foules de pauvres, et point barre. 5 stations au sud, une au centre, une seule au nord. L’habitant des quartiers populaires (10e, 18e, 19e) n’a pas la chance du bourgeois des 14e et 5e arrondissements : il lui faut entamer ou terminer son trajet biquotidien dans des bus ou métros bondés, mais surtout, les centaines de milliers d’habitants de ces quartiers s’ajoutent à ceux des banlieues nord et est pour se fondre dans une des plus grandes gares du monde. Comment s’étonner alors des conséquences inévitables d’une telle concentration de personnes issues pour une grande part des classes populaires ?
2. Pourquoi traîne-t-on les pieds pour entamer les travaux pour créer des stations intermédiaires qui réduiraient cette concentration et soulageraient les usagers d’un quart d’heure à une heure de trajet par jour ? La future station de la porte d’Aubervilliers sur la ligne E est enfin programmée pour 2012 je crois, alors qu’elle est envisagée depuis une dizaine d’années. Je n’ai jamais entendu un seul politicien parisien évoquer un pendant de la station Cité Internationale au nord de la ligne B, à la Porte de la Chapelle. Les habitants des quartiers populaires et populeux du XVIIIe et du XIXe, qui fournissent pourtant un grand nombre des travailleurs à bas salaire de la zone de Roissy (ou de la Plaine Saint-Denis, etc.), sont obligés de descendre Gare du Nord, puis de remonter sur Roissy. Ce sont peut-être leurs enfants qui ont causé les émeutes. Il est vrai que ces parents qui rentrent tard et épuisés du travail, et pour cause, ont sans doute moins le temps de s’occuper de leurs enfants que les riverains de la station Port-Royal.
3. Les récents travaux d’aménagement de la Gare du Nord, en sous-sol puis en surface, n’ont pas consisté en l’amélioration de la vie des usagers, mais à créer de toutes pièces un immense centre commercial souterrain, avec entre autres un Monoprix et la litanie des franchisés qui pourrissent déjà tous les centre-ville de toutes les villes de France ; avec sans doute dans le cahier des charges secret, de retarder au maximum la création d’autres stations, pour pourvoir aux actionnaires de ces magasins le maximum de clientèle. J’ai tendance à ne pas les plaindre, et si je ne me réjouis pas des émeutes, parce que j’en serai forcément la victime un jour ou l’autre, je constate tous les jours ce qu’on aurait dû faire pour éviter cette situation, et qu’on a fait exactement le contraire. Comment peut-on avoir tout fait pour retenir un maximum de gens dans ce sous-sol glauque, pour enrichir les actionnaires des chaînes de distribution, et s’étonner que des jeunes aiment s’y réunir ? Les travaux qu’aurait engagés un véritable service public, au lieu de créer un centre commercial, auraient consisté par exemple à créer une sortie directe à l’extrémité nord des quais. (Je ne parle pas de la belle vitrine du parvis, mais de ce qui se cache en sous-sol, la où grouillent les banlieusards des lignes B, D, E). Au lieu de cela, l’usager est obligé d’emprunter le couloir interminable de correspondance avec la station La Chapelle de la ligne 2. Un couloir avec des angles morts, où les caméras n’empêchent pas les agressions. Les flux ainsi créés permettent de transformer l’usager de la SNCF en client captif. La sortie par ascenseurs côté rue du Faubourg Saint-Denis, propose des appareils inadaptés, en verre, à fonctionnement manuel, donc constamment cassés et en panne pendant des semaines, voire des mois. On peut se demander pourquoi, dans un lieu de passage si intense, la SNCF n’a pas installé des ascenseurs à fonctionnement automatique, avec habillage métallique et non en verre, beaucoup moins fragiles, comme il y en a par exemple à la station Auber (RER A).
4. On peut évoquer encore le type de rames choisi pour le RER D : longues rames à deux étages, avec seulement 2 portes, qui créent des bousculades quotidiennes et ralentissent le trafic et les voyageurs. Erreur rattrapée pour les rames plus modernes du RER B (un seul étage et 4 portes) et du RER E (deux étages et 3 portes), mais pendant combien d’années les usagers de la ligne D (la ligne la plus populaire et la plus bondée de toutes, comme par hasard) vont-ils supporter ces bousculades créées par un matériel inadapté ?
5. Il faudrait aussi réfléchir à un moyen pour que tous les clochards et toxicomanes du nord de Paris n’investissent pas les escaliers et quais de cette immense gare. On réfléchirait utilement à la décision à mon avis stupide de la RATP de supprimer les sièges des stations de métro des quartiers nord de Paris. Par exemple à la station Marx-Dormoy, il n’y a pas un seul siège, soi-disant pour éviter les personnes indésirables. La RATP n’aurait jamais osé agir de cette manière dans le XVIe arrondissement. Comme si, dans les quartiers nord, il n’y avait pas non plus de personnes âgées et de femmes enceintes qui auraient besoin de sièges. Mieux, savez-vous comment s’appellent ces appuie-fesses inconfortables qui prolifèrent dans nos stations de métro pour empêcher qu’on puisse s’asseoir confortablement ? Des « appuis ischiatiques » (sic !). Je l’ai su pour avoir écrit à la RATP à l’époque où une adresse courriel était affichée. Maintenant, ce n’est plus possible, il faut se perdre dans des « FAQ » (lire à l’anglaise) ou des numéros de téléphone surtaxés. Le problème est qu’en agissant ainsi, toutes ces personnes se concentrent à Gare du Nord. Les habitants des quartiers populaires sont toujours plus mal servis que les autres. Par exemple la station citée ci-dessus est actuellement en travaux pour remplacer l’escalier mécanique, ceci jusqu’en juin 2007 (alors qu’elle avait déjà été fermée pour rénovation il y a trois ans !) L’unique escalier d’accès, réduit à 1m50 de large, engendre des bousculades tous les jours, parce que cette station est une des plus fréquentées de Paris, mais jamais on n’a investi dans la création je ne dis pas d’une sortie à l’autre bout de quai, pourtant fort nécessaire, mais simplement d’un autre escalier qui éviterait de traverser le carrefour gris et dangereux baptisé ironiquement « Place Paul Eluard ». On pourrait faire un effort, quand on compare avec le luxe inouï que la RATP a déployé pour creuser d’immenses tunnels déserts pourvus de luxueux trottoirs roulants pour créer des accès directs aux Galeries Lafayette depuis le RER E à Saint-Lazare.
6. Les usagers de la Gare du Nord habitant ou travaillant dans le quartier n’ont pas digéré l’escroquerie dont ils ont été victimes il y a une dizaine d’années, quand les billets terminus en gare du Nord (pareil pour les autres gares) ont été supprimés, avec obligation d’acheter un billet couplé train + métro dit « section urbaine ». En outre, ces billets obligent à utiliser le métro et non le bus. Dans le cas de Marx-Dormoy, au lieu de prendre le 65, direct et rapide aux heures creuses, il faut prendre le métro n°4 pour 3 stations, puis emprunter l’interminable couloir de Marcadet-Poissonniers, puis la ligne 12 pour une station, tout ça pour ne pas se faire arnaquer d’un billet qu’on nous a forcé à acheter. Autre escroquerie, quand vous avez une carte orange et que vous voulez dépasser votre zone, depuis quelques années, il faut payer le trajet entier. Avant, on ne payait que le dépassement. Les adultes des classes populaires ont accepté ça sans broncher, mais sans doute leurs enfants ont-ils entendu leurs récriminations, jour après jour, depuis des années…
7. Enfin, cerise sur le gâteau, depuis plusieurs années, sur les quais des stations de RER E et B, depuis la gare du Nord ou Haussmann jusqu’en terminus de réseau, est diffusé sans aucune interruption, le programme d’une radio commerciale privée, informations et publicité comprises, en l’occurrence RFM. Le volume est suffisamment élevé pour qu’une personne normalement constituée ne puisse plus se concentrer sur aucune autre activité intellectuelle, par exemple lire un livre. Vous me direz : « Quelle importance, puisqu’il s’agit uniquement de l’attente du train ? » Je vous répondrai que, si l’on rate un train en soirée, et que le train suivant est annulé, ce qui, si l’on est un utilisateur quotidien, vous arrive au moins une fois par semaine, cela entraîne entre quinze et trente minutes d’attente sur le quai. Trente minutes, quand on a entre les mains un livre passionnant et dans les oreilles une ritournelle dont on n’a aucun moyen de se protéger, certains spécialistes de la torture n’auraient guère imaginé plus sadique comme conditionnement. De plus, la radio choisie est RFM, une radio privée qui appartient sans doute encore au groupe Lagardère.
Les gens qui ont décidé d’obliger les usagers de la Gare du Nord à écouter la radio d’un vendeur d’armes, ou qui ont laissé faire, sont sans doute parmi les premiers à s’offusquer des émeutes. Quant à moi, quand on me parle de violence et de délinquance, j’ai tendance à étendre le concept, et à chercher des solutions. Je sais bien que l’on va me traiter de doux rêveur politiquement correct. Je ne nie pas que nous sommes dans une époque de brumisation. Je me souviens du drame du stade du Heysel en 1985. Certes, on peut, au café du Commerce, gloser sur la sauvagerie des supporters de football comme sur celle des jeunes usagers de la Gare du Nord. Un commentaire pourtant m’avait marqué : si les sorties du stade avaient été protégées par des larges colonnes de béton situées devant et non sur le côté des portes, les gens ne se seraient pas écrasés les uns les autres. Du lien entre urbanisme et urbanité… À voir s’accumuler ces gouttes d’eau, on ne s’étonne pas que le vase déborde. En résumé, après avoir laissé hurlé les loups, si vous voulez réduire le nombre d’émeutes, construisez de nouvelles gares plus respectueuses des flux de voyageurs, de nouvelles sorties, utilisez un matériel plus adapté, encouragez la SNCF et la RATP à rester des fournisseurs de transports et non des fournisseurs de clients pour des centres commerciaux.
Par Lionel Labosse, le 28 mars 2007.
tiré du site http://www.altersexualite.com/
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