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Mercredi 28 mai 2008

Au coeur de la nuit sarkozyste, une lueur d'espoir !


Reçu ce jour le communiqué du Mouvement Politique d'Education Populaire (mais n'hésitez à disséquer leur site www.m-pep.org  qui montre ce que serait, sera, une gauche à la hauteur de ses responsabilités) :


Le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) a tenu son congrès fondateur le 24 mai 2008 en Seine-Saint-Denis. Au moment de sa création, le M’PEP était composé de militants ou anciens militants de partis de gauche, d’associations, de mouvements altermondialistes ou de syndicats, ayant mené la bataille victorieuse du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, et qui veulent donner un débouché politique à leur engagement.

Trois ans après cette victoire historique, le paysage politique français est un champ de ruines. L’incroyable élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, il y a tout juste un an, fait honte à la France. Elle n’a été permise que par la faillite de la gauche : renoncements, calculs politiciens, sectarismes, jeux des egos, ont provoqué l’échec et ne semblent plus avoir de fin.

Toute la gauche française est à reconstruire. Elle est en haillons et n’a plus de fondements idéologiques solides. Une partie d’entre elle s’est même inscrite dans le cadre intellectuel du néolibéralisme, ne cherchant, timidement, qu’à freiner les conséquences de la mondialisation capitaliste. Elle s’est résignée. Elle a capitulé. Fascinée par le martèlement idéologique de la droite et du Medef, cette gauche a perdu l’initiative et se retrouve impuissante à s’engager sur la voie d’un projet de société libéré de l’emprise du capitalisme. Elle croit que c’est en tournant ses regards vers le « centre » qu’elle pourra se « moderniser ».

L’élection présidentielle de 2007 a marqué une rupture dans la vie politique française. Alors que la droite affiche ses convictions, souvent avec mépris et arrogance, la gauche rase les murs. Elle ne croit plus à ce qui lui a donné sa raison d’être : la lutte pour l’égalité et contre le capitalisme, pour la République sociale et laïque et le socialisme.

La création du M’PEP répond à une double finalité : contribuer aux débouchés politiques des activités d’éducation populaire et des luttes sociales ; participer à la création d’une grande force politique de gauche.

C’est pourquoi le M’PEP considère qu’il faut engager dès à présent une bataille de fond pour ouvrir un nouveau cycle idéologique, culturel, philosophique et politique : celui de l’épuisement de la pensée néolibérale et de l’avènement d’un socialisme du XXIe siècle. Il faut organiser le réarmement idéologique et culturel de la gauche. La gauche doit se décomplexer et renouer avec son ancrage populaire. Il faut faire grandir l’idée et construire une nouvelle force politique de gauche, à vocation majoritaire et internationaliste.

Après avoir mené un intense travail collectif pendant un an, disponible sur son site Internet (www.m-pep.org), le M’PEP s’est fixé six objectifs :

  • agir pour repolitiser les citoyens
  • démystifier la mondialisation qui vise à établir définitivement la domination du capitalisme
  • contribuer à la construction d’une grande force politique de gauche
  • placer la souveraineté des peuples au centre du débat politique
  • sortir de l’eurolibéralisme
  • lutter contre l’emprise du capitalisme et ouvrir la voie à un socialisme du XXIe siècle

Ses autres travaux portent notamment, pour l’instant, sur les questions suivantes qui sont mises au débat public :

  • Mettre un terme à la financiarisation de l’économie.
  • Stopper le vandalisme sur l’environnement et le pillage des ressources naturelles.
  • Dynamiser les principes de la République qui lient les citoyen-ne-s entre eux : démocratie, intérêt général, laïcité, égalité, services publics…
  • Remettre en cause l’existence du FMI, de la Banque mondiale, de l’OCDE et de l’OMC.
  • Inciter la France à lancer une vaste offensive diplomatique pour un nouvel ordre politique, économique, social, démocratique et environnemental mondial, basé sur la Charte de La Havane, outil de lutte contre le libre-échange favorisant la coopération internationale.
  • Prélever sur les flux et stocks de capital et les hauts revenus les moyens nécessaires aux politiques sociales.
  • Baisser, à moyen terme, la TVA.
  • Appliquer le droit constitutionnel à l’emploi en le rendant opposable à partir du financement de plusieurs millions d’emplois.
  • Créer un service public national décentralisé de l’aide aux familles et aux personnes seules.
  • Etablir un pôle public de l’énergie.

Le 28 juin, au cœur du département de la Haute-Savoie frappé par les délocalisations, le M’PEP organise une journée d’étude sur le thème « Face aux délocalisations, faut-il sortir de l’Union européenne ? ». Lors de son université d’été à Poitiers, le 23 août, il rendra publique sa plateforme politique. Après les élections européennes de 2009, le M’PEP diffusera son programme de gouvernement. Dans l’immédiat, dans la perspective des élections européennes de 2009, le M’PEP lance une campagne intitulée « Faire bouger l’Europe ou sortir de l’Union européenne ».

Le M’PEP est présent dans chaque département. Il est prêt à accueillir tous ceux et toutes celles qui souhaitent mettre de l’éducation populaire dans la politique et de la politique dans l’éducation populaire pour reconstruire une gauche courageuse, prête à affronter les intérêts du capitalisme et à ouvrir la voie à un socialisme du XXIe siècle.

Le 24 mai 2008.

Siège social : 168, rue Cardinet – 75017 Paris - contact@m-pep.org

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Lundi 26 mai 2008
Lu sur : http://www.legrandsoir.info/

La science politique progresse tous les jours en France grâce à Sarkozy. Lui et sa bande s’attaquent à ce point à la République, aux fondements de notre société qu’ils suscitent des réflexions radicales, des mises en perspective originales, des questionnements dont l’urgence ne peut que stimuler les esprits lucides.

Collaboratrice du Monde Diplomatique, Mona Chollet vient de publier un ouvrage roboratif sur l’imaginaire sarkozyste (celui du président et de ceux qui le suivent), et la fascination « béate et complaisante » par laquelle répondent les médias et une grande partie de la classe politique à l’exercice de sa pratique et de son pouvoir présidentiels.

Une des raisons du succès de Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle (on ne parlera pas ici de la faiblesse idéologique de son antagoniste) est qu’il est parvenu, relayé évidemment par un matraquage médiatique qui a pris, à persuader quantité de gens – en particulier de condition modeste – qu’ils étaient entourés de cossards et de parasites. En outre, et sans que ce soit jamais explicite, il s’est arc-bouté sur le slogan des années quatre-vingt de Margaret Thatcher selon lequel « la société n’existant pas », le salut ne peut être qu’individuel, dans l’acceptation des règles et de l’organisation socio-économique telle qu’elle est. La vie en groupe, en bande, en communauté selon Sarkozy s’inscrit dans un monde sans solidarité, un monde d’ambitions individuelles, l’univers pré-darwinien du « survival of the fittest ». D’où ce slogan de lutte des classes, de guerre civile ; «  travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire, pour les salariés, de « produire toujours plus de richesses qui retombent de moins en moins dans leurs poches ». Mona Chollet rappelle que, selon les chiffres de l’OCDE, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, après avoir augmenté de 1971 à 1983, de 57% à plus de 64%, n’a plus cessé de diminuer depuis. Les facteurs quantitatifs ne sauraient faire oublier les données qualitatives. D’après une étude du collectif Autres Chiffres du Chômage (ACDC) publiés le 29 mars 2007, 11,4 millions de salariés français occupaient en 2005 des « emplois inadéquats » (bas salaires, précarité, sous-emploi, pénibilité, dangerosité, déclassement professionnel selon les normes du BIT (http://acdc2007.free.fr/acdc4.pdf). Pour répondre aux exigences du capital financier, les entreprises flexibilisent les contrats pour pouvoir ajuster leurs effectifs en temps réel. Complices, les pouvoirs publics, de droite comme de gauche, se sont, depuis un quart de siècle, attaqués aux normes préexistantes de l’emploi. En 2008, trois embauches sur quatre se font en CDD, alors que la loi ne prévoit ce type de contrat que pour des motifs très précis. C’est pourquoi plus de quatre millions de salariés sont en situation de « travail insoutenable », c’est-à-dire dans des emplois qui ne permettent pas de préserver leur santé.

Pour faire rêver ces millions de travailleurs, les programmes de TF1 ne suffisent plus, même si Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne de Sarkozy, pour qui « la réalité n’a aucune importance, il n’y a que la perception qui compte », fut nommé, quinze jours après l’élection présidentielle, directeur général adjoint de la grande chaîne privée. Pour alimenter le rêve, le nouveau président a propulsé, tel un metteur en scène, le spectacle de personnages qui, tels Rachida Dati, ont été capables de « forcer leur condition ». Mona Chollet écrit des pages presque aussi savoureuses que la caricature ( ?) qu’en font les Guignols sur cet ovni de la politique dont le parcours peut nous amener à nous demander « s’il ne faudrait pas encore ajouter des obstacles à l’intégration, plutôt que de chercher à les supprimer. » Qu’il y ait une Arabe au gouvernement ou, en la personne de Ramatoulaye Yade, une Noire issue de la bourgeoisie sénégalaise, cela occupe sans doute jusqu’à saturation l’espace médiatique mais, observe Chollet, permet de faire oublier que la présidentielle s’est largement gagnée à l’extrême droite, sans rien changer à la condition ordinaire des Noirs et des Arabes en France. Ce qui pose problème à propos de Rachida Dati, ce n’est pas son obstination à frapper à toutes les portes, son ambition étalée avec complaisance. Ses motivations, explique Chollet, « ne se sont jamais accompagnées de la moindre réflexion, du moindre recul critique sur le sens qu’elle voulait donner à son engagement dans le monde. » Dati dit refuser de « lire son parcours de façon ethnique », mais sa nomination a été accompagnée d’un message fallacieux de Sarkozy aux descendants d’immigrés qui ont subi les premières foudres du nouveau ministre de la Justice (abaissement de la majorité pénale à seize ans, peines plancher). Dati ne fut rien d’autre, selon l’expression de Claude Askolovitch, que son « propre projet ».

Vivant en contiguïté avec le personnel politique, les médias jouent ce jeu en réduisant la politique à un diaporama, à l’affrontement d’ambitions et de stratégies rivales qu’ils se complaisent à « décrypter et arbitrer, à des conflits de personnes, des incidents, des ragots. »

Cela permet de faire oublier aux travailleurs les agissements de ceux et celles qui cognent réellement. Mona Chollet s’intéresse tout particulièrement à Christine Lagarde, qui, c’est sûr, le mérite bien. Quand elle se pique d’idéologie, Lagarde affiche son souverain mépris pour ceux qui ne pensent pas comme elle, pour ceux qui souffrent : «  La lutte des classes est bien sûr une idée essentielle … essentielle pour les manuels d’histoire. Il faudra certainement un jour en étudier les aspects positifs [comme si on avait attendu que s’en préoccupe cette avocate d’affaires "américaine" – présidente du grand cabinet Baker et McKenzie – ayant raté le diplôme de Sciences-Po et l’entrée à l’ENA], mais elle n’est aujourd’hui d’aucune utilité pour comprendre notre société. » On ne sait pas assez qu’en bonne adepte de la lutte des classes, l’ancienne championne de natation synchronisée, mit sur pied, lorsqu’elle travaillait chez Baker et McKenzie, un département parisien de droit social suite au vote, en 1982, des lois Auroux sur les libertés des travailleurs dans l’entreprise. Elle se spécialisa dans le bétonnage de plans sociaux de grands groupes (Hoover, Levi’s). L’obsession de Lagarde est que la France continue à s’aligner sur le modèle anglo-saxon, ce qui permettra, à l’effarement de l’économiste Camille Landais, de retrouver rapidement les écarts de revenus et de patrimoine de la France des rentiers du début du XXe siècle.

Mona Chollet s’appuie, à juste titre, sur un des ouvrages séminaux de 2007, Storytelling de Christian Salmon (La Découverte). Salmon explique que les grands récits de l’histoire humaine « racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations passées […]. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l’espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l’expérience passée, il trace les conduites, oriente les flux d’émotions, synchronise leur circulation. Il met en place des engrenages narratifs, suivant lesquels les individus sont conduits à s’identifier à des modèles et à se conformer à de protocoles. » (http://www.dailymotion.com/video/x3...). Alors, l’histoire de France, revisitée par Sarkozy et sa plume pensante Guaino, est plus proche de Jean-Pierre Pernaud que de De Gaulle : la Lorraine est « une terre sainte », le Languedoc est « une bien vieille terre », l’Auvergne « un vieux pays volcanique ». L’appel à Guy Môcquet (voir ma note d’octobre 2007 http://blogbernardgensane.blogs.nou...) se fait en taisant que les fusillés de Chateaubriand sont morts en criant « Vive la France » ET « Vive le communisme », et que le leader des métallos CGT parisiens, Jean-Pierre Timbaud, est mort en criant « Vive le parti communiste allemand ». L’assassinat de Timbaud décidera Aragon à entrer dans la Résistance active : « Le nom de Timbaud, parmi ceux des otages de Châteaubriant, devait être », écrira le poète, « ma raison directe, ma raison individuelle d’accepter la tâche clandestine qui m’incombait alors. »

Alors, comme disait Vladimir Oulianov, que faire ?

Pour Mona Chollet, la réponse des socialistes à cette question est misérable et vouée à l’échec : « En dépit des gamelles électorales qui ont toujours sanctionné ses stratégies d’alignement sur le centre et la droite, ses représentants conjuguent, sans crainte du ridicule, les discours volontaristes sur la nécessaire reconstruction de la gauche et l’alignement systématique – par souci d’apparaître crédibles – sur les valeurs de la droite. » Valls, Moscovici, Strauss-Kahn et autres défendent cette posture avec acharnement. Bertrand Delanoë les a récemment rejoints dans son dernier ouvrage De l’audace (il en faut, en effet, quand on se dit de gauche, pour conforter le système capitaliste en place). Fasciné par l’entrepreneur comme figure centrale de la mythologie libérale, le maire de Paris se qualifie de « manager progressiste » doté de « l’esprit d’entreprise ». Nous sommes alors, soutient Mona Chollet, « dans un « totalitarisme soft » qui subordonne la valeur des êtres humains – réduits à des ressources humaines –, donc à des utilitaires, et leur droit à la vie à leur productivité, leur fonctionnalité, leur conformisme, leur docilité, leur adaptabilité. » Les néo-libéraux à la rose ont tort de croire dans le mythe du "self-made man". Il n’est pas innocent que ce concept soit étatsunien : le self-made man est né de l’imaginaire du capitalisme américain. Ce mythe occulte presque toujours, rappelle Chollet, une sous-estimation des moyens disponibles au départ. Ces moyens (matériels et culturels) peuvent être très inférieurs à la fortune finale. En tout état de cause, Bolloré, Seillières et autres ne viennent pas du caniveau. Les grands capitalistes français n’ont pas fait fortune grâce à l’économie de marché, mais grâce à l’État : subventions de toutes sortes, énormes prêts du temps ou les grandes banques étaient nationalisées, exploitation des failles du système, évasion fiscale etc. Chollet cite l’exemple, très parlant, du fondateur d’Ikea dans la Suède social-démocrate. Ingvar Kamprad eut la bonne idée, en pleine guerre froide, de confier la fabrication de ses meubles à un organisme d’État polonais, avec des coûts de main-d’œuvre quatre fois plus faibles qu’en Suède. Pour une bonne part, il doit sa fortune (la septième au monde, la première en Europe) à l’économie planifiée socialiste.

J’ai été frappé par l’attitude des ouvriers d’une usine de Vienne en Isère, ville assiégée lors de la venue de Sarkozy (un policier pour trente habitants, des tireurs d’élite sur les toits). Il n’y eut point d’échanges du style « enculé », « casse-toi, pauv’ con » mais, chez Sarkozy, la gêne, comme on dit en anglais, d’une cheville carrée dans un trou rond, d’un pantin pas du tout dans son élément qui s’agitait en tentant d’expliquer que tout n’était pas « foutu » et, chez les ouvriers, un regard noir adressé au représentant "bling-bling" d’une société de casinotiers (http://in.truveo.com/Sarkozy-Vienne...).

Rêves de droite : Défaire l’imaginaire sarkozyste
de Mona Chollet
Paris : Éditions La Découverte, 2008.
présentation du livre :
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

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Dimanche 25 mai 2008


Nous, on veut vivre


Jeudi 15 Mai 2008, Grenoble : le centre-ville est le théâtre de plusieurs heures d'affrontements entre quelques milliers de manifestants et les forces de l'ordre. Manifestations sauvages à répétition, lancer de canettes, de pommes pourries, ou de caillasses d'un côté, contre flashballs et grenades lacrymogènes à outrance (plus de 250 tirées dans la journée) de l'autre. L'énergie, l'entêtement et l'endurance des manifestants ont marqué les esprits et notamment ceux des tenants de l'ordre établi, qu'ils soient policiers, journalistes ou syndicalistes. Et de s'indigner plus ou moins ouvertement contre "ces pratiques qui ne mènent à rien", cette "routine des affrontements", de stigmatiser des "militants anarcho-libertaires manipulateurs". Avec, au bout, toujours les même questions : "mais pourquoi vous faites ça ? "; "qu'est-ce que vous voulez ?".

Ce qu'on veut ?

Nous, on veut pas finir policier.

Lors de la dernière manif' lycéenne, Jean-Claude Borel-Garin, directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central de Grenoble, a fait la morale aux manifestants pour leur expliquer comment réaliser une manif' "réussie". C'est normal, il s'y connaît : c'est un homme qui a tout "réussi". Ancien numéro 2 du Raid, il vient d'être nommé "contrôleur général", un des plus hauts grades de la Police. Ayant grandi dans la cité ouvrière et populaire de Jean Macé, parmi les pauvres; il est maintenant bien installé parmi les dominants, habitant une maison chic dans les hauteurs embourgeoisées de Corenc. On comprend donc tout l'intérêt qu'il a à ce que les manifs soient "réussies", c'est-à-dire inoffensives pour les dominants.
Sans doute un modèle pour Amin Boutaghane, directeur des Renseignements Généraux de l'Isère et chevalier de la Légion d'honneur, ou Dorothée Celard, 26 ans et Commissaire-adjoint de sécurité-proximité de Grenoble à la tête de 400 policiers.
Ces différents exemples de "réussite" nous font vomir. Une vie passée à la défense de l'ordre établi, de l'Etat et des dominants. Une vie à ficher, interpeller, réprimer les pauvres, les fouilles-merdes, les pas normaux, les engagées, les enragés. Merci, très peu pour nous.
Nous, on ne veut ni de piscine à Meylan, ni de Légion d'honneur, ni de salaires mirobolants. Nous ne cherchons pas à avoir une vie "réussie" mais à réfléchir à comment la vie pourrait valoir le coup d'être vécue
.


Nous, on veut pas finir au Daubé (ni à Libé).

Le Daubé, qui ajoute ses notes au concert médiatique nauséabond sur les "évènements" de mai 68, mais qui dénigre la page d'après les manifestations de colère actuelles.
Le Daubé qui ne manque jamais d'enthousiasme et d'entrain pour relater telle inauguration, tel match de rugby, tel débat chiant à mourir. Mais qui à propos des manifestations sauvages parle, avec dédain, de "routine".
Non, ce n'est pas ça la routine. La routine, c'est le travail quotidien des Denis Masliah ou Vanessa Laime, "journalistes" au Daubé en faits divers. Être obligé de se torturer l'esprit pour trouver quelques traits d'humour afin d'agrémenter les informations brutes - jamais vérifiées - de la Police; voilà bien un triste métier. On comprend dès lors qu'ils méprisent celles et ceux qui tentent de sortir d'une routine, de vivre intensément.
La routine, c'est aussi "Grenews", dernier rejeton du Daubé, qui court après les "jeunes qui bougent" qu'ils soient footeux, artistes ou contestataires pour tenter de grappiller de nouveaux lecteurs et ainsi satisfaire les publicitaires. Vendre du temps de cerveau disponible à Ikea, Renault, ou au Summum, voilà toute l'ambition politique du Daubé.
La routine, c'est l'inverse de ce que devrait faire des journalistes. Un travail d'enquêtes et d'investigations pétri d'esprit critique bien loin de la production de lèche-cul-des-autorités du Daubé. Nous, on a soif de véritables informations. On veut comprendre le monde dans lequel on vit. Pas celui des élites, le vrai.


Nous, on veut pas finir à la CGT

Quelle tristesse que le spectacle de ces cortèges mous, transpirant la certitude d'être entrain de tout perdre. Quelle désolation que de s'apercevoir que les intérêts du pouvoir et des responsables syndicaux sont liés; et qu'ils s'entendent très bien pour ne pas faire déborder les luttes des cadres établis, pour qu'elles ne remettent pas trop en cause le système. Quelle consternation que de voir les ex-responsables syndicaux lycéens ou étudiants rejoindre les structures du pouvoir (par exemple, au niveau local, Laure Masson et Hélène Vincent, anciennes responsables de l'Unef, aujourd'hui adjointes au maire de Grenoble).
Nous, on veut pas, dans 20 ans, se retrouver à défiler pour s'indigner contre le passage à 53 années et demi de cotisations, puis remballer nos autocollants et banderoles deux manifs plus tard, après que nos dirigeants aient obtenu des "garanties" du gouvernement. Nous, si l'on sort dans la rue, c'est parce que l'on étouffe dans les règles et normes de cette société; et qu'on veut la changer, ici et maintenant.
"Discours, merguez et traditions. Elle est pour quand, la révolution ?"


N'en déplaise à ceux qui aimeraient bien nous catégoriser ("jeunes radicaux", "révolutionnaires", "anarcho-libertaires", "ultra-gauchistes", "casseurs", "adolescents attardés", "totos"....), nous ne rentrons pas dans des cases. Différents, multiples, non réductibles à une appellation, nous sommes unis par le refus de la fatalité et la volonté d'essayer d'ouvrir des possibles, loin des trottoirs battus.
Pas naïfs pour autant, nous sommes bien conscients que coincés entre la BAC et le Bac, ce mouvement-ci va peut-être mourir petit-à-petit. Mais ce sera pour mieux revenir plus tard. "Back dans les bacs".
Avec toujours la même volonté de relancer l'économiste le plus loin possible et de libérer nos vies du culte du fric, de la marchandise, et de la nouvelle-réalité--mondiale-à-laquelle-il-faut-s'adapter.
Avec toujours la même volonté de résister avant que les dernières "innovations" technologiques (vidéosurveillance, biométrie, puces implantables sous la peau, drônes...) rendent suicidaires toute opposition au pouvoir
.

Nous on a des rêves


De grèves sans trêves où l'on trouve du groove
D'instants intenses dépassant les interdits installés
Face à la morne mélancolie, on veut remplir nos vies de poésie
Même dans les tracts et pouvoir aux bas mots
Casser la barack, comme Obama.

Nous avons toute la vie pour ne pas nous contenter de notre sort
Nous aurons toute la mort pour ne pas avoir de remords



Nous, on veut vivre.



Premiers signataires :
Association "Place de Verdun : J'y suis, j'y reste"; groupe "La Rue Kinousappartient"; A l'Attac 38; Solidarité Bande de Gazage; Union "Touche pas à ma rue"; Comité pour un gazage sans OGM; mouvement "Guerre sociale et amour fou"; comité "Passe sur la BAC d'abord"; club "GF 38" (Gazs vs Fumigènes 38); Michel et Olivier (Derniers Poilus de la Bataille de Verdun); parti NPA (Noix et Pommes Avariées), Michael scofield de Prison Break, union syndicale CRS (Citron, Rage et Sérum phy); groupe-Facebook "Salut, ça gaze ? ", collectif unitaire "Un jour, j'irai au Rectorat avec toi..."; Ligue des Droits des Pommes, Association "Arrêté, crie ton nom" (ACTN), Réseau FTC (Fous Ta Cagoule), FIDL Gastro, Front de Libération des Rues, fan-club de Magali Coppere...

 
Voilà l'état d'esprit des participants aux "manifestations illégales".
Au delà des mises en cause personnelles et des lieux qui échapperont aux lecteurs, je juge utile d'écouter ceux "qui veulent vivre", à un moment où le débat est saturé de ceux qui veulent liquider ou simplement  commémorer Mai 68.



Une lettre de Michel ARDIN :

Une question agite préfecture et services de police, rédactions, rectorat, inspection académique et proviseur(e)s: que se passe-t-il donc dans les lycées de l'agglomération grenobloise? "Tous n'en mouraient point, mais tous étaient touchés"...
Le Dauphiné Libéré, dans son édition du 24 mai, prend peur:

"MOUVEMENT LYCEEN Un défilé annoncé aujourd'hui.
 QUAND LES MANIFS TOURNENT A L'EMEUTE"      

On nous rassasie des sempiternels milieux "anarcho-libertaires" et de leurs sites web auxquels se greffent ... Ce que je vois comme parent :
Des jeunes, qui ont une reflexion sur la société, largement non-violents, mais qui ont compris que ce n'est pas avec des manifs bien gentilles et respectueuses que l'on fera reculer le pouvoir sur ses projets les plus néfastes. Alors, ils bloquent les lycées, et occupent les rues, les places, les rails du tram, jusqu'à ce que les forces de l'Ordre les en dégagent par la force. De toute façon, projectiles (pommes avariées au début) ou pas, ils auront droit aux lacrymos et au charges. Bien sur, les niveaux de conscience et de participation sont très divers, mais ce n'est pas un jeu. Il y a des blessés et des arrestations; pour certains, c'est l'année scolaire, le bac, qui est compromis, et "c'est pas évident". Mais "on ne va pas s'arrêter".
Ce qui se passe en ce moment à Grenoble est impressionnant. On a le sentiment que la jeunesse est entrée en guerre, une guerre contre "ce dont Sarkozy est le nom", une guerre de l'humain contre l'inhumain.
Au delà de la nécessaire prudence qui nous commande de ne pas encourager des jeunes à griller leur avenir, ne devons-nous pas nous laisser interpeller, être aussi de ce combat qui nous concerne tous?
"Nous, on veut vivre" disent-ils. Et nous?
 
Michel Ardin
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Mardi 13 mai 2008

En attendant sa démission...un arrêt de travail ! Tel est l'avis des médecins de la revue Pratiques...


Citoyens ! Vous êtes persuadés que la bonne santé des institutions d’un pays démocratique est le capital commun de la Nation ? Alors, aux côtés de Pratiques, Les Cahiers de la Médecine Utopique, exigez :

1. Que le Président de la République et son gouvernement bénéficient de l’arrêt de travail réparateur auquel ils ont droit, de par leur dévouement au service de la dite Nation,

2. Que soient supprimées, en conséquence, les mesures prises par l’article 103 de la loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2008.

En effet, l’une de ces mesures, inique parmi bien d’autres, prévoit l’invalidation de tels arrêts par des médecins, désormais directement rémunérés par l’employeur du sujet, avec suspension totale des indemnités correspondantes.

Tout le monde conviendra, en cas d’invalidation de cet arrêt de travail par des médecins commis par l’« employeur » du Président et de son gouvernement, et comme ce projet de loi leur en donne latitude :

- Qu’il serait indécent de voir les faibles revenus de nos dirigeants amputés de cette façon mesquine, à l’instar de ceux de la plus humble des caissières de supermarché harcelée par son employeur,

- Qu’une reprise prématurée de leur activité par les intéressés, si elle devait s’accompagner d’une médication lourde - cas du commun des mortels -, pourrait s’avérer dramatique tant pour le déficit de l’Assurance Maladie que pour la santé des susdits - notre souci principal, cela va sans dire.

En conséquence, nous convions l’ensemble de nos concitoyens, à s’associer à l’initiative :

UN ARRET DE TRAVAIL POUR SARKO ET SON GOUVERNEMENT !

Signez cette pétition, diffusez-là, par la parole, le papier, la Toile !

Rendez-vous sur le site www.pratiques.fr pour en suivre le développement.

Madame, Monsieur,

 

Vous avez signé la pétition : « Un arrêt de travail pour Sarko et son gouvernement », qui totalise actuellement 2100 signatures. La revue Pratiques vous en remercie et donne la parole au Collectif des Médecins du Travail de Bourg-en-Bresse, qui a bien voulu s'associer à cette initiative, suite à la publication d'un communiqué de presse du SMG consacré aux arrêts de travail.

 

« Forts de nos constats faits auprès des salariés de l'immense coût humain qu'ils ont à payer face à un travail massivement dégradé, face à une fréquente sous-prise en charge de leurs problèmes de santé dans un contexte de fort soupçon ambiant de la société vis-à-vis des malades, nous avons rapidement relayé l'appel du SMG : notre mission nous confère le devoir d'alerte sur cette menace qui pèse lourdement sur ce qui donnait jusqu'à présent à la personne malade une minimale prise en charge en indemnités journalières.


Et si la pétition, dans un mode un peu inhabituel, a pu faire prendre conscience à un grand nombre de personnes de l'extrême danger d'une telle réforme, nous en sommes satisfaits. Dans le même temps, nous restons soucieux du maintien de l'état d'alerte au niveau que requiert la gravité d'une telle atteinte à la qualité de la prise en charge et au droit pour les malades et les médecins d'avoir accès à ce nécessaire aspect central des soins qu'est le repos.


L'exigence de vérité est toujours plus que jamais nécessaire vis-à-vis de l'extraordinaire mensonge qui est à l'oeuvre, faisant peser sur les malades, et les soupçons d'abus et la responsabilité du déficit de la sécurité sociale. »


Le Collectif des Médecins du travail de Bourg-en-Bresse

 

Pour notre part, à Pratiques, notre pétition continue. Faites la connaître en renvoyant vos amis, connaissances, proches, collègues de travail sur notre site http://www.pratiques.fr/ ou directement à l'Edito introduisant la pétition : http://www.pratiques.fr/Edito-Un-arret-de-travail-pour.html .

 

Continuez le combat. Nous en ferons le point de départ de nouvelles initiatives.

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Samedi 3 mai 2008

 

L’habit de fait pas le moine pourrait-on dire suite à l’entretien télévisé du jeudi 24 avril 2008. Et de fait, le travestissement des formes n’y change rien, Nicolas Sarkozy reste le président qui détruit la République. Pourtant tout a été fait pour séduire : apparat des décors, cadre solennel, jeu d’acteur et tentative de réinvestissement du costume traditionnel de président... il serait faux de dire que le président pétainiste n’a pas fait des efforts pour « changer la donne ».

(cf lettre http://www.gaucherepublicaine.org/2,article,1900,,,,,_l-De-quoi-Badiou-est-il-le-nom-r.htm)

Mais hélas, en matière de donne, c’est bien exclusivement de la sienne dont il s’est préoccupé, et non celle des individus vivant sur le sol de ce pays. Car sous le fard de l’apparat, le message délivré est limpide : rien ne sera changé. Pire ! En se réinstallant dans une posture présidentielle, le sarkozysme propose une confusion encore plus grande dans les valeurs de la République et, de ce fait, participe encore plus activement à la destruction de ces valeurs.
Ce principe de destruction, ce travail de sape, contribue toujours davantage à vulgariser les valeurs républicaines ; c’est à dire à la vider de leur sens, à les rendre confuses, imprécises, à faire en sorte que les individus puissent y voir tout et n’importe quoi. À l’évidence, « les valeurs républicaines » ne voudra plus rien dire, ne présentera plus aucun repère, ne tracera plus aucune ligne idéologie forte sur laquelle il serait possible de s’appuyer. Cette vulgarisation éthique, cette attaque du savoir, signe toutes les périodes de décadence politique depuis l’effondrement de la Rome républicaine jusqu’à l’avènement de la France de Vichy. En ce sens, Sarkozy est à combattre, non pas uniquement comme un ennemi politique, mais avant tout comme un ennemi culturel et éthique. Les lignes éthiques, «  la sienne  » et «  la notre  », ne sont pas même opposées, elles sont orthogonales.

Un travail de surface

Le discours du président était clair : augmentation de la durée de cotisations à 41 ans pour la retraite à taux plein, suppression effectives des postes dans l’enseignement, pas de régularisation globale des travailleurs « sans-papiers », mesures superficielles pour le pouvoir d’achat, et toujours « travailler plus pour gagner plus » (sans préciser s’il s’agit bien de la même personne qui travaille plus... et qui gagne plus !). Et la critique pourrait sans peine s’en tenir là. Elle serait conforme à l’usage politique dans un monde où la politique devient de plus en plus une affaire superficielle et reléguée aux calculs électoralistes (dans lesquels se sont engouffrés Mme Royale et M Fabius, mettant en évidence une fois de plus la médiocrité politique des dirigeants du PS).
La vulgarisation des idéaux républicains menée par le sarkozysme contribue à rendre floue toute fondation sur laquelle appuyer une politique. Le problème est que la gauche ne dispose plus d’une ligne éthique forte, c’est à dire d’une assise sur laquelle fonder des analyses et un projet alternatif. Car penser et concevoir une politique ne se fait pas sans rien. Il faut des idées claires, précises, reliées les unes aux autres par des articulations logiques fortes (par exemple Respublica a toujours présenté une ligne claire et cohérente de ce qu’est le principe de laïcité). Sur une base éthique claire – précisant ce qu’est la culture, ce qu’est une richesse, ce qu’est une valeur marchande, ce qu’est un individu – il est alors possible d’élaborer un projet global comme la République. Sarkozy est un acteur pétainiste au sens où il mine cette base rendant ainsi impossible la réflexion politique des citoyens.

Au delà de la politique, il y a l’éthique

Que disent « éthiquement » les propos de Nicolas Sarkozy ? L’augmentation de la durée de cotisation fait fi de toutes les données concernant notre société : l’emploi des seniors est de 54 % pour les plus de 55 ans, et de 13 % pour les plus de 60 ans. Or, seuls ceux qui travaillent peuvent cotiser, et allonger la durée de cotisation prend alors un tout autre sens : réduire les pensions. A cela vient s’ajouter la baisse des remboursements de santé par notamment le système des franchises médicales. De telles mesures vont conduire à une augmentation de la misère. On assiste donc à une absence de redistribution des valeurs marchandes. Or, cette redistribution permet une création de richesses qui n’ont rien de monnayables, car il s’agit de véritables richesses. La réduction de la misère, l’assurance d’être soigné convenablement, l’assurance de pouvoir profiter d’une retraite méritée, tout cela contribue à la réduction de la tension sociale, à l’apaisement, à la vie sereine des individus, c’est à dire des gens qui composent la société. Cette tranquillité, cette assurance et cette paix qui permettent le développement, voilà une richesse que le libéralisme n’introduit jamais dans ces comptes de valeurs marchandes. Toute l’installation du libéralisme sur le plan culturel et éthique (c’est à dire comme « évidence » normale et naturelle) repose sur l’indistinction entre ce qui est une « richesse » et une « valeur marchande monnayable ». Or rien n’est plus faux ! La totalité du Pacte Républicain repose précisément sur la distinction claire du fait qu’une richesse n’est pas une valeur marchande et que c’est la redistribution des valeurs marchandes qui permet la création et le développement des richesses.

La suppression des postes dans l’enseignement en est un autre exemple. Sous prétexte de réduction des coûts, de rentabilité, d’efficacité comptables (c’est à dire sur le plan des valeurs monnayables), les moyens d’instruction sont amputés. Or l’éducation nationale œuvre à armer des individus qui seront avant 15 ans appelés à être des acteurs dans ce pays. Cette réduction de moyens, à travers le nombre d’enseignants et de classes, va se traduire directement par une amputation du capital culturel reçu par chaque élève, en terme de savoirs théoriques mais aussi en terme d’expériences sociale (un enfant ne grandit pas de la même manière dans une classe surchargée ou dans une classe tranquille, il n’a pas la même expérience de la socialisation dans un établissement soumis à des tensions ou dans un établissement où règne un climat paisible). Les conséquences en terme d’agressivité ou de tranquillité des rapports sociaux, de facultés à travailler et créer, de capacités à s’investir dans un projet et à faire confiance aux autres individus-citoyens, tout cela constitue autant de richesses qui vont être directement impactées par cette économie des valeurs, la seule que reconnaisse le libéralisme, la seule qu’il impose à grand renfort de média. Le libéralisme est triomphant parce que cette manière de parler des richesses est devenue anecdotique : il a réussi à effacer jusqu’à la conception même de ce qu’est une richesse. Richesse et valeur ne font plus qu’un. Notre lutte est fondamentalement culturelle et éthique.

Dernier point, presque caricatural : la régularisation des travailleurs sans-papiers. Tout le monde a noté l’amalgame fait par Nicolas Sarkozy entre « naturalisation » (obtention de la nationalité française) et « régularisation » (obtention des papiers autorisant à travailler légalement en France). Impossible de s’arrêter au simple calcul électoral visant les électeurs du Front National. En période de crise, toujours la droite a fait alliance avec l’extrême droite. Aujourd’hui, le nom de cette alliance s’appelle le « sarkozysme », et en cela on reconnaît qu’il s’agit bien d’un pétainisme. La peur redevient l’argument subordonnant toute réflexion politique. Le cerveau ne sert à rien, la mœlle épinière suffit, voilà les pseudo-citoyens dont rêve tout pétainisme. Sur le plan éthique, imposer une distinction entre les employés français (« normaux ») et les employés sans-papiers (de fait « a-normaux ») fait passe pour une évidence ce qui est une orientation politique nationaliste. De ce point de vue, cette sous-catégorisation d’une partie des gens vivant sur le sol de notre pays vise, d’abord, à diviser des individus qui, de part leurs conditions de vie (tous travaillent pour vivre), sont susceptibles de se reconnaître solidaires. Ensuite, cette vision nationaliste détruit toute une partie de la richesse française qui peut s’enorgueillir d’être pluriculturelle de part les vagues d’immigration qui ont fait son histoire et ont construit la tradition de ce pays depuis deux millénaires. La laïcité française est le contraire d’un hasard. Elle émane d’un héritage, d’une richesse, que tous les nationalismes visent à détruire. N’oublions jamais que le libéralisme a besoin de murs pour séparer les individus, c’est à dire pour les dominer, pendant que ses capitaux, eux, sont libres d’aller et venir pour que son économie des valeurs marchandes pille et détruise les richesses.

Pour cela, le libéralisme combat jusqu’à l’idée même de richesses, et dans cette œuvre, le pétainisme d’un Sarkozy est son meilleur allié.

Tiré de la lettre : http://www.gaucherepublicaine.org/index.html 

Bon, le sarkozysme, vous connaissez. Mais comment en sortir ? Quelques pistes...

Un grand parti de gauche pour un New Deal

L'électrochoc dont a besoin le Parti socialiste pour se reconstruire et l'emporter passe par une critique approfondie du capitalisme.

Certains, à gauche, comptent sur la puissance du rejet du pouvoir en place : il suffirait, à leurs yeux, que le Parti socialiste désigne demain un candidat crédible, en cohérence avec le projet social-libéral qu'il porte depuis 1983, éventuellement corrigé à la marge. Pour d'autres, les trois échecs successifs du candidat socialiste à l'élection présidentielle (1995, 2002, 2007) ne sont pas l'effet du hasard, mais la conséquence d'une rupture profonde avec les couches populaires que Ségolène Royal n'a comblé qu'en partie en 2007.

 
La reconquête de l'électorat populaire n'est pas possible à partir de l'existant. Elle passe par l'organisation d'un électrochoc puissant, débouchant sur la création d'un grand parti de toute la gauche, à condition bien entendu qu'il porte un projet à la hauteur des défis de la crise qui vient. Le mouvement socialiste, depuis les origines, n'a jamais fait l'économie d'une critique du capitalisme de son temps. La refondation de la gauche aujourd'hui ne peut davantage faire l'économie d'une critique approfondie de la globalisation.

 

Succédant à l'ère du New Deal (1945-1979), la globalisation libérale, voulue de longue date par les Etats-Unis, n'est pas qu'un phénomène économique - l'ouverture généralisée des marchés -, elle est aussi politique : elle ne marche qu'avec l'hégémonie des Etats-Unis, qui ont imposé le dollar comme monnaie mondiale et contrôlent, à travers leurs multinationales, l'essentiel des flux de richesses et notamment de matières premières. La globalisation, à travers la libération des mouvements de capitaux, a débouché sur la domination sans partage du capital financier. La crise financière actuelle trouve son origine dans le surendettement des ménages américains et dans les dérives de la sphère financière.

 
En réalité, les Etats-Unis n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Leur politique de fuite en avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien qu'en politique étrangère, avec l'invasion de l'Irak, rencontre ses limites. La chute du dollar et l'enlisement militaire au Moyen-Orient rendent manifeste la "surextension impériale", dont l'historien Paul Kennedy avait eu l'intuition dès 1987. Les Etats-Unis cherchent en Europe des supplétifs, mais rien ne saurait enrayer la marche vers un monde multipolaire, avec la montée des grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil, etc.) et le retour de la Russie.

 
La seule question qui se pose est de savoir si nous prétendons contrarier cette évolution en nous mettant, au nom d'un "occidentalocentrisme" à courte vue, à la remorque de la politique néoconservatrice américaine, au risque de tensions et de conflits multipliés, ou si, au contraire, nous voulons que la France et l'Europe tiennent leur rôle pour faire prévaloir le dialogue des cultures et l'autorité du droit international sans lequel il ne peut y avoir de paix durable dans ce monde multipolaire. Ce choix est crucial. Il ordonne toute la politique française. Il n'est pas moins décisif pour la réussite d'un processus de refondation de toute la gauche.

Celle-ci, en effet, doit s'appuyer sur la crise de la globalisation financière pour dessiner les contours du monde nouveau. Les institutions internationales, qui sont au coeur de la globalisation (FMI, OMC), sont en pleine crise : le FMI, contrôlé en fait par les Etats-Unis qui y disposent d'un droit de veto, est frappé d'impuissance et personne n'imagine plus qu'une relance de la croissance puisse résulter d'une nouvelle libéralisation du commerce international. Les pays les plus libéraux aujourd'hui n'hésitent plus à recourir à l'intervention publique, comme si les nationalisations redevenaient légitimes, dès lors qu'il ne s'agit plus que de nationaliser des pertes.

 
La grande crise qui vient amènera un réexamen critique de tous les postulats libéraux (libre-échangisme, effacement de l'Etat, rejet des politiques industrielles au nom de la "concurrence"). Les règles de l'organisation monétaire et du commerce international sont à revoir. Un grand parti de toute la gauche, en France, doit se donner pour visée l'organisation d'un nouveau New Deal à l'échelle mondiale. Cette nouvelle donne monétaire, sociale, environnementale, implique la réunion de grandes conférences internationales entre pays industrialisés et pays émergents. Encore faut-il pour cela qu'une volonté politique s'exprime. Sinon à quoi servirait la gauche ? Et à quoi servirait la France ?

 
C'est cette visée qui donnera toute sa puissance et sa légitimité à l'effort de conviction que la gauche devra déployer aussi bien en France vis-à-vis du monde du travail qu'au plan international vers les formations progressistes et vers les pays émergents. C'est ainsi que la gauche française pourra donner une juste perspective aux luttes sociales, particulièrement en ce qui concerne les délocalisations et la préservation, en France et en Europe, d'un tissu productif moderne. La gauche française doit construire autour d'elle une vaste "alliance des productifs".

Les institutions européennes auront à se réformer au feu de la crise. Le recentrage de l'Allemagne sur l'Europe, auquel nous devons contribuer, sera déterminant. Pour maintenir le tissu industriel, l'Etat ne devra se priver d'aucun moyen. Cette nouvelle donne suppose que la gauche française se réapproprie la tradition généreuse de Jaurès qui n'a jamais opposé l'internationalisme et la nation.

 
Ainsi, c'est à travers la conscience d'une tâche historique exceptionnelle qu'on relèvera la gauche. Je suis convaincu que l'organisation, dans tout le pays, de "forums de l'unité", dès lors que seront abordés les débats de fond, permettra d'attirer des milliers de sympathisants aujourd'hui encore sur le reculoir. Nous créerons ainsi un mouvement irrésistible vers cet "événement-électrochoc" que serait une nouvelle refondation de la gauche, à l'image de celles qui, de 1905 à 1971, ont rythmé son histoire.

 
Un tel parti doit s'ouvrir à toutes les sensibilités. En effet, un "parti révolutionnaire" dressé contre un parti "social-libéral" ouvrirait un boulevard à la droite. Les communistes, dont l'histoire a eu sa grandeur, trouveront mieux qu'un rôle d'appoint au PS dans la création d'un grand parti de toute la gauche. L'expérience montre que le dialogue entre des sensibilités radicales, voire utopiques, et des sensibilités plus gestionnaires peut être fécond au sein d'une même organisation.

 
Une phase intérimaire de type fédéral ou confédéral entre les parties constitutives est peut-être inévitable, mais le temps presse. Les échéances sont proches. Ne sous-estimons pas les capacités de rebond de Nicolas Sarkozy. Créons, pendant qu'il en est temps, l'élan nécessaire. Construisons une véritable alternative en prenant appui sur les intérêts indissociables de la France et du monde du travail.

 

Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans l'édition du Monde du 24 avril 2008.

 

 

 

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