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Mardi 25 septembre 2007

 

Petite franchise médicale deviendra grande...sauf intervention populaire d'ampleur ! Un bon début, ce 29 septembre...

Un extrait du Quotidien du médecin

 
"Jean-Marie Le Guen est persuadé que le gouvernement a un « plan caché » pour l'assurance-maladie, qui sera dévoilé à l'issue des élections municipales de mars 2008. «Nous aurons un choc brutal à la fin du 1er semestre 2008, affirme le responsable socialiste. Cette majorité prépare un plan de déremboursement massif du petit risque par l'instauration d'une superfranchise de plusieurs centaines d'euros.»
 
 
----- Original Message -----
Sent: Tuesday, September 25, 2007 8:33 PM
Subject: Aux signataires du manifeste contre la franchise

CONTRE LES FRANCHISES MÉDICALES,
POUR L'ACCÈS AUX SOINS POUR TOUS
MOBILISONS-NOUS LE 29 SEPTEMBRE !
A partir de 14h
Gymnase Japy,
2, rue Japy
75011 Paris
métro Voltaire

Nicolas Sarkozy a annoncé la création de franchises médicales au prétexte de financer les plans « cancer » et « Alzheimer » ainsi que les soins palliatifs.

Plus ça va, plus on fait payer les malades

D'abord présentées pour combler le déficit de la Sécu, aujourd'hui proposées pour traiter des maladies graves, aujourd'hui, proposées pour financer le plan Alzheimer, les franchises se rajouteraient à ce que les assurés sociaux doivent déjà payer. De lois en décrets, sous des prétextes variables - responsabilisation, trou de la sécu. - les assurés sociaux doivent payer toujours plus pour se soi-gner. 1967 déjà : le ticket modérateur - partie non remboursée par la sécurité sociale - devait diminuer la surconsommation médicale. Depuis, du forfait hospitalier au forfait par consultation en passant par les dépas-sements, ce qui reste à payer pour se soigner est de 240 euros en moyenne par personne et par an. Et pour 900 000 personnes cela atteint même 1 000 euros ! Pour beaucoup, c'est impossible. De plus, les franchises pour-raient remettre en cause la prise en charge à 100 % dont bénéficient les personnes atteintes de pathologies graves.

Avec les franchises, les malades paient pour les malades

Les gens qui n'ont pas les moyens renonceront à certains soins comme c'est déjà le cas pour les lunettes et pour les dents. Nous refusons l'instauration de telles franchises, socialement injustes, économiquement inefficaces et dan-gereuses pour la santé publique. Pour ceux qui ont une mutuelle, le ticket modérateur et le forfait hospitalier peuvent, dans certaines limites, être pris en charge. Mais les franchises ne le seront pas. La fran-chise au début c'est 50 euros, mais après. On voit ce qui se passe : le forfait de 1 ? par consultation qui - promis juré - ne devait pas augmenter et était plafonné à 1 ? par jour quel que soit le nombre d'actes peut aller depuis le 1er août jusqu'à 4 ? par jour. Les dépassements d'honoraires, ces franchises occultes, devaient rester « raisonnables », mais aujourd'hui peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros pour une opération. Peu à peu les dépenses non remboursées augmentent.

Les franchises, c'est la fin de la solidarité et la remise en cause des principes fondateurs de la Sécu

Parce que - riches ou pauvres, jeunes ou vieux. - nous devons tous être égaux dans l'accès aux soins, la France a créé la Sécurité sociale en 1945. Le principe en est simple : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.À l'opposé de ce système solidaire, celui des assurances : selon le niveau - et donc le prix - du contrat, la couverture varie. Ainsi, se développe une médecine à plusieurs vitesses.

Le financement solidaire, condition indispensable pour améliorer notre système de santé

Il faut d'abord améliorer la prévention des maladies. Transformer les conditions de vie, de travail, d'environ-nement, d'alimentation. autant de pistes pour réduire la venue des maladies, comme le cancer, le diabète, et peut-être même l'Alzheimer. Notre pays n'a jamais été aussi riche. Il faut donc exiger un débat sur la part des richesses dévolue à la santé. C'est un choix de société. Alors, il faut choisir. Soit, comme l'a fait Nicolas Sarkozy, multiplier les cadeaux fiscaux (13 milliards d'euros) aux plus favorisés et les exonérations de cotisations pour les employeurs soit partager les richesses pour maintenir une Sécu fondée sur la solidarité. Là est le coeur du débat.

PAS DE LOI SUR LES FRANCHISES
SUPPRESSION DE TOUTES LES FRANCHISES
LE 29 SEPTEMBRE, DANS TOUTE LA FRANCE, NOUS EN DISCUTERONS.
NOUS SOMMES TOUS PROPRIÉTAIRES DE LA SÉCU.
ALORS, PENSONS SON AVENIR ENSEMBLE !

Act up ; Aides ; Alter Ekolo ; Association des Médecins Urgentistes de France (AMUF) ; Appel contre la Franchise ; Association Nationale des Médecins Référents (AMedRef) ; ATTAC France ; CADAC ; Collectif « La Santé n'est pas une marchandise » ; CGT de l'administration centrale des Affaires sociales ; CNDF ; Confédération paysanne ; Convergence Citoyenne ; Convergence Nationale des Collectifs de Défense et de Développement des Services publics ; Collectif des Médecins Généralistes pour l'Accès aux Soins (CoMéGas) ; Coordination des Collectifs unitaires anti-libéraux ; Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité ; Fondation Copernic ; FSU ; LCR ; Les Alternatifs ; Les Verts ; LMDE ; Mars-Gauche répu-blicaine ; MRC ; ONSIL ; Parti Socialiste ; PCF ; Résistance sociale ; Syndicat de la Médecine Générale (SMG) ; SNES-FSU ; SNUipp-FSU ; Syndicat national des Infirmier(e)s conseiller(e)s de Santé-FSU (SNICS-FSU) ; Sud Education ; Union des Familles laïques (UFAL) ; Union Nationale Alternative Mutualiste (UNAM) ; UNEF ; Union Syndicale Solidaires ; Union Fédérale Sud Protection Sociale ; Union fédérale Sud Santé Sociaux ; Union Nationale des Groupements Mutualistes Solidaires (UNGMS) ; Union Nationale des Retraités et des personnes âgées (UNRPA) ; Union Syndicale de la Psychiatrie (USP)

 

Samedi 29 septembre, 14 heures
CONTRE LES FRANCHISES MÉDICALES
POUR L'ACCÈS AUX SOINS POUR TOUS

4 heures de débat et de mobilisation

FRANCHISES OU SOLIDARITÉ
Débat introduit par le professeur Grimaldi

INÉGALITÉS SOCIALES ET ENVIRONNEMENTALES DANS LA SANTÉ
Débat introduit par l'économiste Pierre Volovitch

AMPLIFIER LA MOBILISATION
Débat introduit par Françoise Nay, gérontologue et Christian Lehmann, initiateur de l'Appel contre la franchise

Gymnase Japy,
2, rue Japy
75011 Paris
métro Voltaire

...et pour les grenoblois, c'est 14h30 Place Félix Poulat ...

 

 

 

 

 

Droit de suite, mis en ligne le 13 10 2007

 

 

 

 

 

 

"Avec les franchises médicales, l'inégalité devant les soins va s'accroître"

 

LEMONDE.FR | 05.10.07 | 18h19  •  Mis à jour le 09.10.07 | 16h39

 


L'intégralité du débat avec Pierre Volovitch, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales, mardi 9 octobre, à 14 h 30.


pseite : N'est-on pas déjà devant une santé à deux vitesses ?

 

 

Pierre Volovitch : Si on parle de l'état de santé, on est déjà dans un système au moins à plusieurs vitesses, puisqu'on sait que l'espérance de vie d'un travailleur manuel est inférieure à celle d'un cadre de sept ans. Et pour l'ensemble des pathologies, l'état des populations modestes est moins bon que celui des populations plus privilégiées. Si c'est sur l'accès aux soins, on a des données qui montrent que plus la personne appartient à une catégorie modeste, et plus l'accès aux soins est tardif, et plutôt orienté vers l'hôpital que vers la médecine de ville. Le service statistique du ministère de la santé publie régulièrement des données qui confirment ce constat. On a aussi mesuré que la durée de la consultation est plus courte quand la personne appartient à une catégorie plus modeste. On est donc déjà dans un système où il n'y a pas d'égalité, ni d'état de santé ni d'accès. La question est de savoir si l'on diminue ces inégalités ou si on les renforce encore.

 

EM : Je voudrais savoir quels changements les réformes de M. Sarkozy vont-ils avoir sur l'égalité devant les soins ?

 

Pierre Volovitch : On peut être assez pessimiste. Aujourd'hui, les catégories les plus modestes se font soigner plutôt plus tard. Une partie de la cause de ce retard est une cause financière, et, en mettant en place des franchises, on va renforcer l'obstacle financier.

 
dod : Pourquoi la dimension de service public ou de service rendu semble-t-elle abandonée (astreintes non assurées, renvoi vers l'hôpital, choix des spécialités sur leur caractère lucratif...) ?

 

Pierre Volovitch : Historiquement, l'assurance-maladie a été mise en place pour rembourser les soins. Mais pas pour organiser un système de soins. Sauf pour une partie du système, personne en France, aucune autorité n'a réellement une fonction d'organisation de ce système. Dans ce pays, on a laissé aux médecins – et parfois aux parties les plus rétrogrades des médecins, je pense à l'Ordre national des médecins – le rôle d'organiser le système. Et la question est bien là : plutôt que de mettre en place des pénalités financières, le vrai sujet serait : comment organiser aujourd'hui en France un service public de soins ? Mais ce n'est malheureusement pas du tout cette question que se posent les politiques en mettant des taxes sur les boîtes de médicaments.

 

interne en médecine : Le déconventionnement des nouveaux médecins dès juin 2008, lié à la suppression de la liberté d'installation, ne va-t-il pas favoriser l'émergence d'un système d'assurance 100 % privé et à deux vitesses ?

 

Pierre Volovitch : Il y a plusieurs questions. La première est : aujourd'hui, la répartition des médecins sur le territoire est très inégalitaire. Un des aspects de l'inégatlité des soins, c'est que suivant le lieu où vous êtes, les professionnels disponibles varient de un à quatre. Donc il faut faire quelque chose, c'est sûr. Ce dont vous avez peur, c'est que les jeunes médecins qui s'installeraient là où l'on ne veut pas qu'ils s'installent ne seront plus conventionnés par la Sécurité sociale. Mesure qui s'inspirerait d'un système qui existe aujourd'hui en Allemagne. Sans doute rapidement, car c'est tout un sujet en soi, il me semble que poser la question de l'installation des médecins uniquement en termes de rémunération n'est pas la bonne solution. Pourquoi les jeunes médecins ne s'installent-ils pas dans certaines zones ? En gros, on sait que c'est pour des raisons de conditions de travail, de solitude, de mode de travail. Donc c'est plutôt vers d'autres modes d'organisation, en particulier ce qui est proposé par certaines organisations de médecins, la mise en place de maisons médicales qui permettraient, par un travail plus coopératif entre médecins, de résoudre les problèmes de surcharge de travail, de liberté en termes d'horaires. C'est plutôt vers ce type de solution qu'il faudrait aller.

 

 

 

LES FRANCHISES NE SERVIRONT PAS À FINANCER LA LUTTE CONTRE CERTAINES MALADIES

 

oubliette : Se focaliser sur des maladies comme Alzheimer et en faire des sujets médiatiques, est-ce réellement positif ?

 

Pierre Volovitch : Non. D'autant plus qu'on voit bien ici que l'idée de départ était de mettre en place des franchises. Devant l'impopularité de la mesure, on a dit que les franchises serviraient à financer certaines maladies. Techniquement, c'est impossible, il n'y a aucun système financier qui peut assurer que les franchises serviront à financer ceci ou cela. Et plus au fond, on est dans l'absurde si l'idée est de faire payer certains malades atteints de certaines maladies pour financer la prise en charge d'autres maladies. L'assurance-maladie, c'était les bien-portants qui payaient pour des malades. Veut-on vraiment passer à un système où certains malades paieront pour d'autres malades ?

 

aurelie : La mise en place de la franchise médicale n'a-t-elle pas pour but de favoriser l'automédication ?

 

Pierre Volovitch : Cela peut y conduire. Et ça renvoie à un autre sujet qui est celui de l'éducation à la santé. Derrière les franchises, il y a l'idée que des gens iraient chez le médecin pour des choses pas graves et pourraient ne pas y aller. C'est la logique qui est derrière la franchise. Si l'on croit que c'est le problème, la solution est plus dans une éducation à la santé qui permettrait aux gens de mieux comprendre ce qui leur arrive, plutôt que d'instaurer une taxe qui évidemment ne va gêner que les plus modestes, car ceux qui ont des revenus plus importants paieront la taxe et continueront à avoir le même type de rapport avec leur médecin.

PATRICE : Le système de soins coordonné est-il une mauvaise idée ?

 

Pierre Volovitch : C'est une très bonne idée. La question est : comment coordonne-t-on un système de soins ? Est-ce qu'on le fait de manière administrative en obligeant les gens à passer par un médecin traitant ? Ou est-ce qu'on se pose la question sur la manière de favoriser, entre professionnels du soins – et une fois de plus, c'est aussi les infirmières, les kinés ou les travailleurs sociaux –, un travail en commun ?

 

On a eu en France des réseaux de santé qui ont été mis en place et qui ont beaucoup de mal à survivre, parce que les pouvoirs publics les financent très mal et ne leur donnent pas les moyens au moins d'exister. Mais la question des coordinations, du suivi est centrale. Une des caractéristiques de la situation c'est que dans ce pays, les maladies chroniques ont une place de plus en plus importante dans les pathologies qu'on prend en charge. Et cette prise en charge des maladies chroniques suppose une meilleure coordination entre professionnels. Là-dessus, il y a des déclarations, mais on a mis en place très, très peu de choses.

 

alanbee : Ne croyez-vous pas que Nicolas Sarkozy, grand admirateur des Etats-Unis, ne va pas nous conduire progessivement vers un système de santé à l'américaine où les citoyens sont à la merci des grandes assurances ?

 

Pierre Volovitch : Si c'est son objectif, c'est catastrophique, car tout le monde, y compris les gens qui travaillent sur le sujet aux Etats-Unis, est persuadé que le système de santé américain est le contre-exemple absolu. Parce que c'est le pays où l'on dépense le plus pour la santé, pour des résultats sanitaires mauvais. Dans le classement de l'OMS, les Etats-Unis se trouvaient autour de la 30e place, et avec un niveau d'inégalité dans l'accès à la santé tout à fait important.

 

Mais pour répondre à la question qu'on devine dans la question posée, ce qui est peu compréhensible, c'est qu'on espère agir sur les dépenses de santé en faisant payer le premier accès aux soins. C'est peu compréhensible parce que les dépenses de santé sont extraordinairement concentrées sur un petit nombre de grands malades, donc en termes de résultat économique, pénaliser le premier accès aux soins n'a tout simplement pas de sens.

 

laurent : Les cliniques privées sont plus rentables et mieux organisées que les hopitaux publics plétoriques dans chaque ville. Ne faut-il pas restructurer les hôpitaux ?

 

Pierre Volovitch : S l'on va chercher des données, une partie des cliniques privées sont rentables, et une autre partie, environ un tiers, est dans une situation financière catastrophique. L'idée qu'il suffirait d'être privé pour être rentable est donc au moins une simplification. Autre aspect : les cliniques privées se spécialisent, justement parce qu'elles sont privées, sur la partie des pratiques médicales qui sont rentables. En gros, les activités où on va pouvoir programmer l'utilisation du matériel. Et l'hôpital public a en charge ce que les cliniques privées ne prennent pas.

 

Troisième élément : bien sûr qu'il faudrait réfléchir beaucoup plus qu'on ne le fait à la répartition des lits hospitaliers dans ce pays, qui elle aussi est tout à fait inégalitaire. Mais la réflexion sur l'hôpital ne peut pas être séparée de la réflexion sur la médecine de ville. Donc c'est bien la question à se poser : comment organiser notre système de soins, quelle place pour la médecine de ville, pour la médecine hospitalière, quels liens entre les deux ? Ce sont des questions difficiles, mais on ne se les pose pas. Pour reprendre ce que je disais au début sur les inégalités géographiques : les zones en France où il y a le moins de lits hospitaliers sont celles où il y a aussi le moins de médecins. Donc les problèmes sont renforcés.

 

dod : Vous avez évoqué les cliniques privées rentables sur les secteurs de soins rentables : quel serait le rôle ou la contribution de l'initiative privée dans un système coordonné de soins ?

 

Pierre Volovitch : Si l'initiative privée est le fait que les professionnels de santé doivent garder une autonomie importante, il faut évidemment que cette autonomie reste forte. Si initiative privée veut dire qu'un investisseur de capitaux doit pouvoir intervenir, cela pose une question : nous sommes dans un pays où la dépense de santé est prise en charge collectivement. Le fait qu'un entrepreneur privé - je pense par exemple à certaines sociétés de cliniques cotées en Bourse - fasse du profit grâce à un financement collectif, il me semble qu'il y a là une contradiction importante, pour le moins.

 

samiska : Y-a-t il vraiment un risque que les hôpitaux sélectionnent les malades "rentables" avec la généralisation de la tarification à l'activité (T2A) ?

 

Pierre Volovitch : Rentables, je n'utiliserais pas ce mot. Un malade, c'est un problème médical et une situation sociale. Aujourd'hui, heureusement, on sait que la durée d'hospitalisation dépend de la situation sociale du malade. Heureusement, dans les hôpitaux, on garde plus longtemps la personne dont on sait que les conditions de logement ou de revenus font qu'elle est plus fragile. La T2A est une tarification qui prend en compte l'aspect médical et ignore totalement la dimension sociale. Donc une application non réfléchie – et malheureusement c'est plutôt vers cela qu'on va – de la T2A, cela veut dire que l'hôpital qui continuera à prendre en compte la situation sociale des malades se mettra en danger financièrement.

 

oubliette : Les maisons de retraite et leurs prix. Qu'en pensez-vous ?

 

Pierre Volovitch : Le vieillissement et le fait qu'il y a de plus en plus de personnes âgées dépendantes pose le problème de la prise en charge de ces populations. L'ensemble des associations du secteur demande la mise en place de ce qu'on appelle le cinquième risque, un risque de protection sociale financé par des cotisations et avec accès moins inégalitaire qu'aujourd'hui. La dernière déclaration de M. Sarkozy sur la question préconisait la mise en place d'assurances privées. Donc malheureusement, les inégalités dans le domaine de l'accès aux maisons de retraite risque de perdurer, voire de se renforcer, entre ceux dont les retraites leur permettront d'accéder à des établissements corrects et les plus pauvres, qui relèveront d'établissements qui auront moins de moyens, donc seront de moins bonne qualité.

 

Mais puisqu'on parle des personnes âgées, il faut dire quelque chose que tout le monde peut deviner, mais autant le dire clairement : si l'on met en place des franchises, si l'on veut faire financer certaines maladies par d'autres maladies, cela veut dire que ce sont les vieux qui vont payer, car bien évidemment, les personnes les plus malades dans notre société sont en particulier les personnes les plus âgées.

 

"UN DES GRAVES PROBLÈMES EST CELUI DES DÉPASSEMENTS D'HONORAIRES"

 

progres,_protégeons_le : Notre système de Sécurité sociale n'a pas toujours été en déficit. Il était excédentaire au début des années 2000. Comment expliquer que le "trou" soit revenu ensuite ?

 

Pierre Volovitch : Parce qu'un déficit, c'est la combinaison de dépenses et de recettes, et les recettes de l'assurance maladie sont directement liées au niveau de croissance économique. Et on voit bien que les années où il y a une bonne croissance économique, où les salaires progressent, où le chômage diminue, les comptes de l'assurance maladie s'équilibrent mieux. Reste que nous avons devant nous une question sérieuse : les dépenses d'assurance maladie augmentent à un rythme général plus élevé que la croissance.

 

Ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle, puisque dépenser de l'argent pour soigner des gens est peut-être plus intelligent que d'autres formes de dépenses. Reste qu'il faut trouver les financements nécessaires à cette progression.

 

dod : Pourquoi parle-t-on si peu du rôle de l'évolution des rémunérations des professions médicales dans la dérive des comptes ?

 

Pierre Volovitch : Parce que la question des revenus des professionnels est en France une question taboue. Cette question est très importante. Il faut savoir que plus des deux tiers des dépenses de santé correspondent à des revenus de professionnels. Evidemment pas que les médecins. La santé est une activité de main-d'œuvre. Or cette question ne fait pas partie du débat public. On a des données incomplètes sur les revenus des professionnels, et quand on en a, on voit bien que l'on est dans un domaine où il n'y a pas de politique. Aujourd'hui, un radiologue a un revenu quatre fois supérieur à celui d'un généraliste. Qu'est-ce qui justifie cet écart ? On est dans un domaine où il n'y a pas de pilote dans l'avion. Et évidemment, la question des revenus des professionnels est centrale. Et si l'on parle d'accès aux soins, un des graves problèmes en ce moment est celui des dépassements d'honoraires. Des médecins qui font payer des tarifs qui n'ont plus rien à voir avec ceux de l'assurance-maladie. On a des dépassements justement parce que nulle part on n'a de débat collectif, avec des objectifs. Je viens de participer à un numéro de la revue pratique, Les cahiers de la médecine utopique, où justement on essaie d'aborder ce débat sur les revenus des professionnels de santé.

 

plume : Comment financer aujourd'hui le système de soins ?

 

Pierre_Volovitch : On sait bien que depuis une grosse vingtaine d'années la part des salaires de l'ensemble des rémunérations dans la richesse nationale a diminué. Or l'assurance-maladie est financée sur les salaires, sous forme de CSG par exemple. Et un système solidaire d'assurance-maladie aura du mal à être financé dans une société où globalement les inégalités, en particulier entre revenus du travail et revenus du capital, augmentent.

 

Gab : En quoi les réformes de Nicolas Sarkozy diffèrent-elles de celles qui ont été faites dans les autres pays de l'Union européenne ?

 

Pierre Volovitch : Il n'y a pas un seul type de réforme dans les autres pays de l'Union européenne. D'ailleurs il y a beaucoup de systèmes de santé. Ce qui est certain, c'est que nous sommes, parmi les pays européens, celui dans lequel il y a le moins de politique d'organisation du système. Notre système est très peu organisé par les pouvoirs publics. Et la politique conduite actuellement ne va vraiment pas dans le sens d'une réduction de cet écart avec des pays comme ceux d'Europe du Nord d'un côté, ou nos voisins allemands d'un autre, où c'est plus organisé que chez nous.

 

Chat modéré par Raphaëlle Besse Desmoulières 

 

 

 

 

Le Monde

 

Contre la franchise médicale, par Dr. Elie Arié

 

LE MONDE | 21.07.07 | 13h20  •  Mis à jour le 21.07.07 | 13h20

 

 

 

 

 

Lors de l'instauration de la franchise de 1 euro en 2004, le Conseil constitutionnel avait estimé qu'une somme aussi faible ne portait pas atteinte au droit à l'égalité des soins mais avait émis les plus expresses réserves au cas où cette somme viendrait à être augmentée : ce qui est bien le cas avec ce nouveau projet de franchises.

 

 

Chacun peut vérifier sur le site du Conseil constitutionnel la teneur de la décision n° 2004-504 DC du 12 août 2004, liée à la réforme Douste-Blazy instituant la franchise de 1 euro, dans laquelle on peut lire : "Considérant, en troisième lieu, que le montant de la majoration de la participation de l'assuré devra être fixé à un niveau tel que ne soient pas remises en cause les exigences du onzième alinéa du préambule de la Constitution de 1946." A savoir : "La nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs."

 

 

Quant à l'idée de Martin Hirsch, que j'ai connu mieux inspiré dans le passé, de moduler le montant des franchises en fonction du revenu, elle constitue à la fois une usine à gaz qui obligera à communiquer aux caisses chaque année les revenus du ménage (dont les membres peuvent appartenir à des régimes différents), un archaïsme au moment où la notion de ménage est en pleine révolution dans notre société et un bouleversement de la Sécurité sociale, qui ne connaît pas des "ménages", mais uniquement des assurés et des ayants droit.

 

 

Il faut rajouter que l'idée initiale d'interdire aux complémentaires de rembourser ces franchises est contraire aux conventions de l'UE sur les assurances, selon lesquelles on ne peut pas interdire à un assureur d'assurer ce qu'il veut. Le gouvernement semble d'ailleurs s'être rendu compte de cette difficulté, puisqu'il n'est plus question de cette disposition... Tout comme il a abandonné depuis longtemps le prétexte de "responsabilisation" qui se voulait la justification de cette mesure.

 

 

Les franchises médicales sont une idée improvisée à la va-vite pendant la campagne électorale, sans aucune réflexion juridique, économique, sociale ni sanitaire préalable, et le gouvernement serait bien inspiré d'abandonner ce piège dans lequel il a été s'enferrer tout seul. Reste à trouver le moyen de ne pas perdre la face.

 

 

 

 

 

Dr. Elie Arié

 

 

Cardiologue, enseignant-associé à la Chaire d'économie et gestion des services de santé au Conservatoire national des arts et métiers

 

 

 

 

 

Article paru dans l'édition du 22.07.07.

 

 

 

 

 

 

 

 

 
par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Samedi 22 septembre 2007

 

Le titre est emprunté au très pertinent mensuel Bastille République Nations "journal progressiste eurosceptique" . Disponible uniquement par abonnement, renseignez vous sur http://lereseaubrn.free.fr/.

Un sac de riz dans la main, des missiles dans l'autre ? La définition de "l' humanitaire comme service après vente des marchands d'armes" (qui, au demeurant, me choque) lui sied bien. Sur le sujet, je relève ci-après une analyse d'Emmanuel Todd et un communiqué du MRC.

"Le goût de la vérité n'empêche pas de prendre parti" (Albert Camus)

 

Emmanuel Todd : « Kouchner est passé de Médecins du monde à Militaires sans frontières »

 

 

Emmanuel Todd vient de publier, avec Youssef Courbage, un ouvrage, Le rendez-vous des civilisations (1), qui tord le cou à la thèse du choc des civilisations. Pour ces deux démographes, la montée de l'islam radical n'est que l'un des signes, nombreux, de la modernisation du monde musulman dont l'aspect démographique est d'ailleurs le plus éclatant. Les sociétés du monde musulman sont entrées dans une transition démographique qui voit progresser l'alphabétisation des hommes puis des femmes, avant que le nombre d'enfants par femme se rapproche de celui de l'occident. Tout cela évoque selon eux une montée de l'individualisme dans ces sociétés. L'analyse démographique les conduit ainsi à rejeter l'idée d'une différence de nature entre les sociétés anciennement chrétiennes et les sociétés musulmanes.

 

Que penser de la déclaration musclée de Bernard Kouchner sur l'Iran?

 
Emmnuel Todd : Son intervention ravive une interrogation personnelle qui date de la guerre d'Irak, où il s'était déjà prononcé en faveur de l'intervention américaine : quelle peut être la psychologie d'un médecin qui manifeste une préférence stable pour la guerre ? Nous passons trop vite de Médecins du monde à « Militaires sans frontières ».

 
Plus sérieusement Bernard Kouchner n'a fait qu'exprimer maladroitement la ligne Sarkozy, qui de fait est la ligne de Washington. Avant la présidentielle, j'avais suggéré que les Américains attendaient l'élection de Nicolas Sarkozy pour s'attaquer à l'Iran.

 
Le Quai d'Orsay propose une autre lecture de cette déclaration : il ne s'agirait pas, en fait, de menacer l'Iran mais de montrer à ses dirigeants actuels le coup économique de leur refus d'obtempérer aux recommandations de la communauté internationale.


On peut dire ce qu'on veut, mais le mot guerre a été prononcé, et le Quai d'Orsay apprendra d'autres nouvelles par la presse.

 
L'Iran inquiète davantage certains observateurs que l'Irak avant l'intervention américaine.

La question de l'Iran se présente sous la forme d'un flot d'images et de faits difficiles à interpréter vu de France. Il y a les propos absurdes du président Ahmadinejad, les images de femmes couvertes de noir, et l'islamophobie ambiante. Tout cela masque la réalité profonde de l'Iran : une société en développement culturel rapide, dans laquelle les femmes sont plus nombreuses que les hommes à l'université, un pays dans lequel la révolution démographique a ramené le nombre d'enfants par femme à deux, comme en France ou aux Etats-unis. L'Iran est en train de donner naissance à une démocratie pluraliste. C'est un pays où, certes, tout le monde ne peut pas se présenter aux élections, mais où l'on vote régulièrement et où les basculements d'opinion et de majorité sont fréquents. Comme la France, l'Angleterre ou les Etats-unis, l'Iran a vécu une révolution qui se stabilise et où un tempérament démocratique s'épanouit.

Tout cela est à mettre en rapport avec une matrice religieuse dans laquelle la variante chiite de l'islam valorise l'interprétation, le débat et, éventuellement, la révolte.

 
Pour un simple observateur occidental, l'assimilation du chiisme au protestantisme n'est pas une évidence qui tombe sous le sens.

 
Il serait absurde de pousser à l'extrême la comparaison. Mais il est clair que de même que le protestantisme a été, dans l'histoire européenne, un accélérateur de progrès et le catholicisme un frein, le chiisme apporte aujourd'hui une contribution positive au développement, notamment dans le domaine du contrôle des naissances : l'Azerbaïdjan, certes postcommuniste, mais également chiite, est à 1,7 de taux de fécondité, les régions alaouites de Syrie rattachées au chiisme, ont terminé leur transition démographique contrairement aux régions majoritairement sunnites. Au Liban, la communauté chiite, base sociale du Hezbollah, était en retard sur le plan éducatif et social, mais elle est en train de rattraper les autres communautés, comme on le voit dans l'évolution du taux de fécondité.

 
L'Iran est aussi une très grande nation qui manifeste une conscience réaliste de ses intérêts stratégiques dans une région où la majorité de ses voisins possède l'arme nucléaire : le Pakistan, l'Irak et l'Afganistan (via la présence de l'armée américaine), Isräel. Dans ce contexte, l'attitude européenne raisonnable serait d'accompagner l'Iran dans sa transition libérale et démocratique et de comprendre ses préoccupations de sécurité.

 
Dans votre livre, vous faites l'hypothèse tout à fait surprenante d'une possible laïcisation des sociétés musulmanes.


Dans la mesure où dans les mondes catholique, protestant, orthodoxe et bouddhiste, la baisse de la fécondité a toujours été précédée d'un affaiblissement de la pratique religieuse, on doit se demander si des pays musulmans dans lesquels le nombre d'enfants par femme est égal ou inférieur à 2 ne sont pas en train de vivre aussi, à notre insu – et peut-être même à l'insu de leurs dirigeants – un processus de laïcisation. C'est le cas de l'Iran.

 
Pourquoi les Américains et Sarkozy ont-ils adopté cette stratégie de confrontation avec l'Iran ?


Les services diplomatiques américains sont parfaitement au fait de la réalité iranienne, de la montée de la démocratie et de la modernisation du pays. Mais ils veulent abattre une puissance régionale qui menace leur contrôle de la zone pétrolière. C'est un pur cynisme utilisant l'incompréhension actuelle du monde musulman. Dans le cas de Sarkozy, je pencherais plus pour l'idée d'incompétence ou de sincère ignorance, qui le conduit néanmoins à amorcer une politique extérieure contraire à la morale et à l'intérêt de la France.

 

D'éventuelles sanctions économiques françaises contre l'Iran feraient rire les Américains qui n'ont plus d'intérêts dans ce pays, et sourire les Allemands, qui ont comme nous en ont beaucoup, mais semblent pour le moment plus réalistes.

 
(1) Le rendez-vous des civilisations, Emmanuel Todd et Youssef Courbage, Le Seuil, 2007

 Source : Marianne2.fr Lundi 17 Septembre 2007 - 17:11

 Communiqué de presse

 

Contre l’Iran, la guerre : une sanction efficace ?

 Après les déclarations de Nicolas Sarkozy sur le « bombardement de l’Iran », reprises quelques jours plus tard par Georges Walker Bush qui a parlé d’un « holocauste nucléaire contre l’Iran », c’est au tour de monsieur Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères d’évoquer la possibilité d’une guerre contre l’Iran si ce dernier ne met pas un terme à ses activités d’enrichissement et de retraitement nucléaire.

La multiplication de déclarations de ce genre ne doit pas être prise à la légère.  Outre le fait qu’elles décrivent l’état d’esprit d’un certain nombre de dirigeants (je rappelle que Nicolas Sarkozy n’avait pas vraiment désavoué l’intervention de Georges Bush en Irak, tandis que Bernard Kouchner l’avait approuvé), elles possèdent leur propre dynamique. C'est-à-dire qu’il faudra se résoudre à faire la guerre si on veut conserver notre crédibilité.

Il est en tout cas incroyable d’entendre que la guerre puisse être considérée comme une « sanction » qui plus est « efficace ».

Certes l’Iran doit respecter sa signature notamment celle qu’il a donné sur le traité de non prolifération nucléaire, ce point là ne saurait faire l’objet de tergiversation. Mais il me semble qu’après les dernières sanctions votées par l’ONU, les inspecteurs de l’AIEA peuvent à nouveau faire leur travail dans de bonnes conditions. L’Iran se méfie ? On ne peut lui donner tort : il se souvient du sort réservé à l’Irak, les fameuses observations internationales pour découvrir des armes de destructions massives n’ont servi à rien si ce n’est qu’à décrédibiliser l’ONU. Et ce d’autant plus que la CIA a instrumentalisé a de nombreuses reprises les inspections pour espionner l’Irak. Partout la guerre extérieure est à ses frontières.

En abattant le régime iranien, les Etats Unis d’Amérique et la France pensent calmer la situation en Irak, au Liban et en Palestine et rassurer leurs alliés dans la région ? La guerre en Irak est un désastre, une tragédie et un crime, une guerre contre l’Iran le sera à la puissance 10 car le sentiment national verra le peuple soutenir le régime. Il ne s’agira pas d’une « guerre de libération » mais comme pour l’Irak on aboutira à un démantèlement du pays. La démocratie ne viendra que de l’intérieur du pays et de sa société, riche, diverse, variée et qui n’aspire qu’à la normalité. En aucun cas elle ne sera imposée de l’extérieur en venant par « les wagons de l’étranger ».

Si le Pakistan qui lui possède déjà l’arme nucléaire, bascule et échappe au contrôle du Président Musharaf, que faudra t-il faire ? Envahir le Pakistan ? Que faire de l’arsenal nucléaire de l’Etat d’Israël, qui n’adhère pas au traité de non prolifération ?

Il faut laisser à la négociation toute sa place. Je sais que l’utilisation de la menace peut faire partie de cette dernière, mais brandir le spectre de la guerre aux côtés des Etats Unis d’Amérique est une erreur d’analyse majeure.

C’est contre l’avis de l’ONU que Bush a envahi l’Irak qui n’avait rien à voir avec les attentats du 11 septembre, provoquant la mort de centaine de milliers de personnes. Cela ne relèverait-il pas de la justice internationale ?

 Paris, le 17 septembre 2007

 Claude NICOLET

 Secrétaire national aux Relations internationales du MRC

 

 

 

 

  http://www.mrc-france.org/

 

 ...lu également le propos de Jean-Pierre Chevènement :

« Se préparer à faire la guerre » à l'Iran comme vient de le dire Bernard Kouchner témoigne d'une désinvolture dangereuse. La France pourrait-elle sans renier les acquis de son indépendance s'aligner sur les vues des faucons de Washington ? A-t-on mesuré les conséquences d'un tel revirement de notre politique étrangère, alors qu'après l'invasion américaine en Irak, tout le Moyen-Orient s'enfonce dans une crise profonde ?

 
Le langage archaïque de la canonnière est inapproprié face à l'Iran. Il est contraire à nos intérêts les plus élémentaires. Inviter nos entreprises à ne pas investir en Iran c'est évidemment laisser libre cours à leurs concurrentes. L'Iran comme la Russie disposent des immenses réserves gazières sans lesquelles l'avenir énergétique de l'Europe est compromis. Le ministre des affaires étrangères dispose-t-il d'une stratégie approvisionnement de rechange ou rêve-t-il de réduire l'Iran, comme George Bush rêvait d'anéantir l'Irak, afin de disposer de ses ressources en hydrocarbures ?

 
La France n'a rien à gagner à épouser docilement les vues les plus agressives de la politique étrangère américaine. Nos intérêts sont différents. Bernard Kouchner ne l'avait pas vu lors de la guerre d'Irak qu'il approuva. Il ne doit pas recommencer la même erreur avec l'Iran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Jeudi 6 septembre 2007

Pour ceux qui en douteraient, le Grenelle de l'environnement est aussi une question sociale. Pour ceux qui ne le sauraient, la CGT y participe.

Ci-après, lu sur le site de la CGT http://www.cgt.fr/ (bonne liste de diffusion au demeurant), syndicat utilement dépeint comme inutilement protestaire par tant de journalistes aux ordres.

                                                                               Montreuil, le 11 septembre 2007

                                                                               Monsieur Jean-Louis BORLOO

 Au regard des exigences du développement, la situation en matière de pollution, de changement climatique, de préservation de la biodiversité et de prévention sanitaire est aujourd’hui insoutenable.

Les salariés sont, depuis longtemps, sensibles à ces questions dont ils mesurent l’impact dans leur vie et dans leur activité professionnelle. Le travail au sens large est la médiation principale entre l'homme et la nature. Les salariés sont, dès lors, des acteurs essentiels et légitimes pour mettre en oeuvre « une nouvelle croissance dans le cadre d’un développement durable, conciliant progrès social, respect de l’environnement et efficacité économique ». Cette ambition de transformation des modèles de production et de consommation que la CGT a de nouveau réaffirmée lors de son dernier Congrès - au même titre que la Confédération Européenne des Syndicats et que la Confédération Syndicale Internationale – nécessite l’intervention de tous les acteurs sociaux. Elle peut permettre de créer des centaines de milliers de nouveaux emplois, de développer de nouveaux secteurs d’activité, de conforter une nouvelle politique industrielle. C’est un enjeu national et européen qui implique de nouvelles relations économiques et sociales à l’échelon international.

C’est le sens de la forte implication de notre Confédération dans les travaux préparatoires du « Grenelle de l’environnement » dont la tenue est programmée dans la deuxième quinzaine d’octobre.

Cette conférence doit, selon nous, déboucher sur des mesures tout à la fois « concrètes, réalisables et socialement justes ». Des mesures « concrètes », tout simplement parce que la situation environnementale nous oblige à ne pas en rester aux constats, aux formules incantatoires ou, pire, aux effets de communication. Des mesures « réalisables », car il ne s’agit pas d’afficher des objectifs louables sans prendre les mesures pour les faire aboutir, c’est-à-dire sans organiser les transitions sociales nécessaires en termes d’emploi, de formation, de financement. Des mesures « socialement justes » parce que si la préservation de l’environnement, la promotion d’un développement durable dépend de tous, les efforts doivent être proportionnels aux capacités contributives de chacun. Sur ce point nous insistons pour que l’accent soit mis sur une véritable « responsabilité sociale des entreprises ».

Ces mesures doivent combiner : règles publiques d’application obligatoire, fiscalité et incitations financières ainsi qu'outils de régulation. Elles prendront en compte le cadre européen et les accords internationaux existants.

Nous vous avons déjà fait parvenir, courant juillet, les propositions détaillées de la CGT sur plusieurs thèmes abordés par les 6 groupes de travail préparatoires au « Grenelle », notamment sur les questions de l'énergie, des transports, de l'eau, de la biodiversité, et des droits et pouvoirs d'intervention des salariés. Avant l’achèvement des travaux des 6 groupes, nous souhaitons vous préciser la cohérence de nos propositions.

Concernant ce qui est appelé « gouvernance environnementale », nous revendiquons l’élargissement des droits des salariés et des populations leur permettant d’intervenir efficacement sur les enjeux environnementaux et les choix économiques et sociaux.

Pour les salariés, cet élargissement passe par la combinaison de plusieurs mesures.

Nous proposons ainsi :

 

 

 

 

 

 

 

�� que les institutions représentatives des personnels soient dotées de

prérogatives nouvelles en matière environnementale. Nous demandons, en

particulier, l’instauration d’une compétence « environnement » explicite des

CHSCT qui deviendraient CHSCTE ;

 

 

 

�� que les Comités d’entreprise soient dotés de moyens pour réaliser des

expertises environnementales et que soient inclues dans les plans de

formation des salariés des thématiques environnementales ;

 

 

 

�� que soit institué un droit d’alerte environnementale pour tous les salariés

(voire un droit de refus dans certaines situations). Un droit d’alerte garanti

collectivement (débat en CHSCT ou CE) et assorti d’une protection réelle du

salarié lanceur d’alerte (sur le modèle des protections des délégués syndicaux

et/ou du personnel). Ce droit d’alerte, de caractère suspensif, pourrait

concerner en particulier toute décision des employeurs contrevenant à

l’objectif de réduction des émissions de CO2 ;

 

 

 

�� que les rapports environnementaux annuels des entreprises, obligatoires

aujourd’hui au titre de la loi NRE, fassent l’objet d’une consultation formalisée

et d’un avis public du Comité d’entreprise. Nous proposons également

l’extension du périmètre d’application de la loi NRE.

Pour les populations, nous voulons assurer la transparence sur les conséquences des choix de gestion des entreprises. Ceci suppose à nos yeux :

 

 

 

 

�� que soit garanti l'exercice d'un véritable droit à l’information environnementale

des populations. Cette exigence démocratique, qui s’adresse tout autant aux

entreprises qu’aux pouvoirs publics, passe par exemple par l’accès à

l’information et la consultation sur les conséquences des activités de ces

organismes, sur les rejets des établissements industriels, sur les changement

de site ou de mode de fonctionnement des entreprises à risques ;

 

 

 

�� que les populations, les associations et collectivités territoriales concernées

par l’activité d’une entreprise soient périodiquement consultées en participant

à des conférences citoyennes organisées par les Comités d’établissement.

La mise en place d’une « gouvernance environnementale » exige cependant d’aller au delà de l’entreprise et de la localité. Elle passe par des réformes institutionnelles.

Nous proposons, en particulier, l’extension des compétences du Conseil Economique et Social aux questions environnementales. Cette proposition – qui nécessite une concertation approfondie – devrait s’accompagner d’un renforcement des compétences et attributions du CES (possibilité de saisine par le Parlement, obligation pour le Gouvernement de rendre compte des suites données aux avis,…) et d’une refonte de sa composition pour tenir compte des évolutions de la société et de l’influence des organisations participantes. Une démarche parallèle devrait concerner les CESR. Dans ce cadre, nous demandons le renforcement du nombre de conseillers issus du monde syndical et, parallèlement de ceux issus du monde associatif, afin de permettre une représentation significative des associations de l’environnement.

Concernant l’énergie, nous insistons sur la nécessité d’une politique énergétique publique qui intègre une forte dimension environnementale. Cette politique énergétique publique doit être calée sur l’objectif d’une réduction très significative des émissions de CO2. Cela passe notamment par :

 

 

 

�� le développement d’un bouquet énergétique à faible taux d’émission de CO2,

s’appuyant sur les atouts de la France et optimisant les moyens financiers

disponibles au regard du critère du prix de la tonne de CO2 évitée

(hydroélectricité, énergies renouvelables, nucléaire, charbon propre) ;

 

 

 

�� l’accroissement des économies d’énergie dans le domaine de l’habitat, des

transports et de l’industrie avec l’objectif d’augmenter l’efficience énergétique

et favoriser la consommation finale d’énergies limitant les rejets de CO2 ;

 

 

 

�� le renforcement conséquent de la recherche sur les technologies les plus

performantes pour réduire les émissions de CO2 et assurer le captage et la

séquestration du CO2 émis par les installations industrielles.

Sous réserve des résultats d’études d’impact à réaliser dans les meilleurs délais, nous sommes favorables à une mise à plat de la fiscalité énergétique actuelle et à la mise en place d’une taxe sur les émissions de carbone. Nous récusons, par contre, l’idée d’une nouvelle taxe générale sur l’énergie qui serait inefficace et inégalitaire.

Dans le domaine de l’habitat, nous sommes partisans de la mise en place d’un

programme ambitieux d’isolation thermique notamment dans l’habitant ancien,

parallèlement à l’effort pour atteindre les objectifs BBC (bâtiments basse consommation) pour les logements neufs. Le chiffrage exact en nombre de bâtiments par an de ce programme est toujours en débat. Toutefois, nous attirons d’ores et déjà votre attention sur le fait que la réalisation d’un tel programme nécessite, d’une part que soient intégrés les besoins correspondant d’emplois et de formation dans un secteur du bâtiment déjà en déficit de main d’oeuvre et que, d’autre part, des moyens adéquats de financement pour les ménages et organismes du logement social soient précisés (crédits bonifiés par exemple). Sur ce dernier point, il nous apparaît essentiel que les organismes financiers, remarquablement discrets dans les groupes de travail préparatoires, soient largement mis à contribution.

Dans le domaine des transports – premier émetteur de gaz à effet de serre, deuxième consommateur d'énergie dont 67% d'énergie fossile –, nous considérons qu’il faut s’engager résolument dans :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

�� une politique publique multimodale favorisant le fret ferroviaire, fluvial et

maritime, avec les équipements et financements correspondants ;

 

 

 

�� une politique de développement des transports collectifs et la mise en place

rapide des syndicats mixtes régionaux d’organisation des transports

collectifs ;

 

 

 

�� la mise en oeuvre d’une tarification sociale et environnementale obligatoire

pour les transports routiers, assumée par les donneurs d’ordre et chargeurs,

permettant d’internaliser les coûts externes et réduire les nuisances (réforme

de la taxe à l’essieu et euro vignette) ;

 

 

 

�� la réforme de la fiscalité des carburants pour en faire un outil efficace en

matière de préservation de l’environnement ;

 

 

 

�� la généralisation et l’élargissement de la prise en charge par les employeurs

des frais de transport collectif domicile/travail des salariés.

Dans le transport routier, toutes les mesures doivent être socialement accompagnées de façon à empêcher tout impact de celles-ci sur les conditions de travail déjà désastreuses des salariés du secteur.

La CGT ne voit pas sans inquiétude la multiplication des propositions de créations de taxes et de prélèvements, qu'ils soient ou non affectés à des finalités précises. Nous récusons toute mesure qui aboutirait à réduire le pouvoir d’achat des salariés (en particulier celui des plus modestes) par l’accroissement des prélèvements sur la consommation.

En vous rappelant l’attachement de la CGT à une fiscalité qui tienne effectivement

compte de la faculté contributive des foyers, nous demandons :

 

 

�� que la priorité soit donnée à des prélèvements qui incitent les entreprises à

adopter des combinaisons productives favorables à l’environnement et à la

sécurité des travailleurs et des consommateurs ;

 

 

�� que les profits spéculatifs ou exagérés, liés aux rentes d'exploitation des

énergies fossiles, soient taxés ;

�� que soit mis en place un contrôle public et collectif des fonds spécifiques

dédiés à telle ou telle action en faveur du développement durable.

Nous considérons indispensable de faire de la santé au travail et dans la société un axe fort du Grenelle. Cela devrait se concrétiser par un renforcement des moyens de recherche en épidémiologie et toxicologie selon les 4 priorités que sont les effets des faibles doses (et des nanoparticules), les effets différés, les multi-facteurs agissant en synergie, les inégalités des individus devant les polluants industriels (amiante, éthers de glycol…) et agricoles (pesticides,…).

Pour engager un grand pas en matière de santé publique il faut, selon nous :

 

 

 

 

 

 

�� étendre les droits des salariés (droits des CHSCT évoqués plus haut et mettre

en place de véritables CHSCT dans l’agriculture) et des populations

(accroissement par exemple des compétences des CLIC) ;

 

 

 

�� garantir l’indépendance des experts (statut de l’expert à promulguer) et le

pluralisme des évaluations.

Pour protéger la biodiversité et adapter les modes de production agricole plusieurs

axes s’imposent :

 

 

 

 

 

 

�� engager une révision en profondeur de la PAC au profit d'une agriculture

économe en consommations intermédiaires. La priorité de l’agriculture, dans

le cadre d'un objectif de « souveraineté alimentaire », doit être l’alimentation

et non les productions industrielles type agro carburants sur lesquels nous

exprimons les plus fortes réserves ;

 

 

 

�� faire des salariés les acteurs d’une agriculture de qualité, de la sécurité

alimentaire, de la protection de la biodiversité, ce qui impose qu’un effort

considérable soit réalisé pour réduire drastiquement la précarité des emplois

dans ce secteur de l’agriculture (800 000 salariés en contrats précaires) ;

 

 

 

�� initier un programme d’inventaire et de suivi de la biodiversité, la mise en

oeuvre d’un plan national (et de plans régionaux) de restauration des

 

 

 

continuités écologiques, un renforcement des moyens humains et financiers

affectés à la gestion du réseau Natura 2000, une relocalisation de

l’approvisionnement en bois (limiter les importations de bois exotiques à celles

offrant des garanties de durabilité) et une gestion durable des forêts sont

indispensables ;

 

 

 

�� poursuivre les recherches, notamment publiques, sur les OGM tout en

excluant les cultures en plein champ tant que les conséquences sur la santé

et la biodiversité de ces organismes n’auront pas été pleinement évaluées.

Dans un souci de cohérence et de développement solidaire des territoires, nous estimons indispensable de préserver les services publics de proximité et de renforcer les moyens humains et les compétences des organismes publics chargés de missions environnementales. Dans ce contexte, nous refusons la perspective de voir s’installer un plan de « rigueur » dans la Fonction publique et, évidemment, la réduction drastique des moyens du Ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement Durables ainsi que des établissements publics concernés par ces problématiques (ONF, Météo- France, IGN…).

Dans le domaine de l’eau, nous demandons que notre pays se dote des moyens

nécessaires afin de retrouver une eau de qualité en quantité suffisante à l’objectif 2015 -

objectif qu’il s’est fixé en signant la directive cadre en 2000 - ce qui suppose de :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

�� renforcer la gestion publique de la ressource en eau (Onema), de son

renouvellement et de sa qualité (réduction des nitrates, pesticides,…) ;

 

 

 

�� prévenir les inondations et les pollutions des eaux, protéger les zones

littorales notamment en accroissant les moyens de surveillance, le nombre

des personnels de la Sécurité civile et en élargissant les compétences des

agences de l'eau et du conservatoire de l’espace littoral et rivages

lacustres.

En matière de déchets nous considérons que, dans un contexte de raréfaction des

ressources, ceux-ci sont une matière première secondaire. Nous souhaitons privilégier la réduction à la source, l'éco-conception des produits, le tri et le recyclage.

Enfin, nous considérons que dans tous ces domaines une attention particulière doit être apportée à la résolution des problèmes posés dans les départements et territoires d'outre-mer.

Pour conclure ce résumé des propositions que nous avons eu l’occasion de présenter dans les groupes préparatoires du « Grenelle » de l’environnement, nous souhaitons insister sur un point : le levier essentiel pour affronter les défis d’aujourd’hui tient au développement, au renouvellement de la démocratie sociale et environnementale dans notre pays. Pour que les citoyens, les salariés soient les acteurs des transformations profondes, ils doivent disposer de droits d’intervention accrus. En ce sens, il serait inconcevable que, parmi les mesures retenues lors du « Grenelle », ne figure pas cette exigence. C’est la condition, pour que la réunion d’octobre passée, les chantiers lancés à cette occasion puissent se concrétiser dans les meilleurs délais.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma considération distinguée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bernard THIBAULT

 

Sans la signer des deux mains, une initiative intéressante pour ceux qui craignent, comme moi, que la nécessaire restructuration écologique de la production soit jouée, avant tout, contre les prolétaires. Comme toute restructuration...
 
http://www.contre-grenelle.org/ (on note la participation du Plan B et de Christian Jacquiau, un signe de sérieux)
 
 
Ecrivant celà, j'ai en tête le remarquable article d'Alternatives économique de juin 2007, sur l'essence de la faim. Pour parer à la fin de l'essence, la montée en puissance  des agro-carburant destabilisent déjà fortement les marchés agricoles...tout en ne représentant que 2% de la consommation d'essence.
Manger ou conduire, le business vert est-il en train de choisir?
par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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