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Samedi 23 décembre 2006

 

 Lu sur http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=18933, une analyse très intéressante de Nicolas Cadène

 
Une campagne médiatique aux ordres de Nicolas Sarkozy ?
 
Après les propos de Ségolène Royal dénonçant les "conglomérats de la finance et des médias" qui, pour la candidate socialiste, soutiennent Nicolas Sarkozy, analysons de plus près la relation entre le candidat UMP et ces conglomérats.

 
La campagne présidentielle 2007 en France a commencé très tôt. Dès la fin de l’été 2006, l’attention était portée sur l’éventuel(le) candidat(e) du Parti socialiste, force politique de premier ordre. Dès la désignation de Ségolène Royal à l’automne 2006, la population connaissait le nom des autres principaux candidats bien que pas toujours déclarés officiellement : Nicolas Sarkozy pour l’UMP, François Bayrou pour l’UDF, Jean-Marie Le Pen pour le FN.
Michel Rocard a sans doute raison de considérer comme perdue une campagne commencée trop tôt. Elle l’est en termes qualitatifs (pour le moment). Et si nous ne connaissons rien du résultat de mai prochain, nous pouvons craindre les pires éventualités. Par ailleurs, les instituts de sondages qui annoncent des 28 à 35 % des voix au premier tour à l’avantage des deux principaux protagonistes sont à prendre avec prudence.
Les médias ne semblent pas respecter cette circonspection et sont largement demandeurs de ces « prévisions » alors que l’élection est encore très éloignée.
 
Il faut dire que, depuis quelques semaines, ces sondages sont plutôt favorables au candidat de la droite sortante. Leur publication va dans son sens et il ne cache pas son intérêt pour ces statistiques très relatives. Dernièrement, le ministre de l’Intérieur, président de l’UMP et candidat, a donc commenté avec enthousiasme un sondage qui ne devait paraître que plusieurs jours plus tard.
Cela est facile lorsqu’on a accès aux résultats avant tout le monde, grâce à quelques amitiés journalistiques, mais également grâce à quelques relations de proximité entretenues avec... les dirigeants de ces instituts de sondage. Ce qui en dit long sur leur crédibilité.
 
Pourtant, la presse, mais aussi la télévision, la radio et leurs relais sur Internet ne se lassent pas de diffuser ces chiffres (parfois sur le second tour : ce qui a encore moins de sens), sans aucun avertissement quant à leur pertinence éventuelle. Cette diffusion peut toutefois se voir bloquée, dès lors que les résultats ne sont pas satisfaisants pour le candidat UMP. Le directeur de la rédaction de La Tribune a ainsi fait empêcher la publication d’un sondage qui avait le tort de placer la candidate socialiste en tête pour « résoudre les problèmes économiques et sociaux de la France ».
 
Mais la complaisance des médias (en tout cas de la part de leurs dirigeants, les journalistes tendant au contraire à s’opposer de plus en plus à ce genre de bienveillance) vis-à-vis du chef des renseignements généraux, de la DST et des polices de ce pays, ne se limite pas à ce genre de diffusion.
 
Comme M. Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy est bien déterminé à contrôler l’opinion grâce à un mélange de marketing politique, d’intérêts croisés avec la presse et l’édition, et de mainmise directe ou indirecte sur le paysage audiovisuel. Pour autant, cela n’a pas suffi au « Cavaliere » de prolonger son mandat en avril 2006, et sa défaite a porté un coup au système clanique italien. Rappelons aussi qu’un an plus tôt, en France, le référendum sur le traité constitutionnel européen établissait qu’il ne suffisait pas de disposer de la quasi-totalité de l’espace médiatique pour convaincre une majorité de citoyens.
 
L’élection présidentielle 2007 va donc permettre d’apprécier si ce laborieux travail de domestication des médias de la part du candidat UMP ne finit pas, malgré tout, par se révéler payant.
Comme le rappelle Marie Bénilde du Monde diplomatique : « N’est-ce pas ainsi que certains ont interprété la réélection à la tête de l’Etat de M. Jacques Chirac en 2002, sur fond de campagne de presse matraquant le thème de l’insécurité ? » M. Sarkozy dispose d’un atout spécial. Jamais dirigeant politique français n’a bénéficié autant que lui de l’appui des patrons de presse.
 
Aujourd’hui, on le constate, toute phrase de Ségolène Royal, même sans importance, est transformée en prétendue « bourde » et relayée par l’ensemble des médias. Du côté du ministre-candidat, peu importe qu’il se trompe ou qu’il se contredise, dès lors que nul ou presque dans la presse ne le souligne (ce qui est le cas). Si on ne pardonne pas à Mme Royal d’avoir des sympathies pour la souveraineté du Québec, personne n’ose interroger le candidat se disant parfois « gaulliste » (sic) sur son atlantisme... N’a t il pas trahi son propre gouvernement à l’étranger sans que personne ne s’en émeuve ? Même traitement différencié sur le patrimoine. Alors que tous les médias relaient un e-mail anonyme accusant sans fondement le couple Royal-Hollance de fraude fiscale, on peut s’étonner de la facilité avec laquelle la presse à accepter l’idée selon laquelle cet homme fortuné ne paie l’ISF que depuis un an.... Comme le souligne un journal... suisse (Le Courrier), "qu’il ait refusé d’exhiber sa déclaration d’impôt -contrairement à Mme Royal- n’a pas empêché la presse de croire en ses saintes paroles."
 
Il y a pire. Aux Etats-Unis, lorsqu’un responsable gouvernemental avait été accusé d’espionner ses rivaux, cela avait donné le Watergate et la démission du président Nixon. En France, aujourd’hui, avec l’espionnage de Mme Royal, de son entourage, et le suivi de bien d’autres citoyens par les RG dirigés par le ministère de l’Intérieur, "cela vaut trois entrefilets, vite enterrés sous des tombereaux d’ordures", note le même journal. Loin de démissionner, M. Sarkozy compte rester aux commandes jusqu’au 9 avril 2007, soit seulement deux semaines avant le scrutin (notons par ailleurs qu’il n’y a pas lieu de comparer à Lionel Jospin, qui était en cohabitation avec le président Jacques Chirac, son adversaire).
 
D’ici là, Nicolas Sarkozy compte bien tout organiser et imposer son image. On pense d’ailleurs à un vrai culte de la personnalité, tant il apprécie et encourage la publication de ses photos.
Mais les dix couvertures que Le Point lui a consacrées en vingt mois (contre quatre à Ségolène Royal), ou ce Nicolas Sarkozy en majesté à la une de Paris Match - « Un destin en marche » - ne lui suffisent pas.
 
Alors France 2 a fait un effort pour le satisfaire, avec, comme l’a appelé Le Nouvel Observateur, un « Sarkothon » (« A vous de juger », pour le vrai titre) de près de trois heures. Programmé juste avant que les règles du CSA n’empêchent de donner autant de temps à un seul candidat. Déjà, après les émeutes en banlieue de 2005, Sarkozy avait eu droit à une émission spéciale mettant en scène des contradicteurs qui ne risquaient pas de le mettre en difficulté.
 
Egalement, M. Sarkozy apprécie le « tape-à-l’œil » et veut faire croire qu’il agit sur le terrain. C’est pourquoi, par exemple, on a pu voir, en ouverture de tous les journaux télévisés de fin septembre 2006, un montage vidéo montrant 220 policiers faire une descente dans la cité des Tarterêts pour arrêter douze personnes (plus de dix-huit agents pour un individu) suspectées d’avoir tabassé deux CRS.
 
Trois jours plus tard, le « guet-apens » invoqué au début est récusé par les enquêteurs et sept des douze personnes arrêtées sont disculpées. Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, l’expédiera en huit secondes exactement et Patrick Poivre d’Arvor attendra sept jours -à l’occasion d’une autre descente- pour l’évoquer.
 
L’intérêt de cumuler les mandats est ici intéressant : quand ce n’est pas le ministre d’Etat ou le ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du territoire qui fait l’actualité, c’est le président de l’UMP ou le candidat à la présidentielle. Plus localement, ce peut être le président du Conseil général des Hauts-de-Seine.
 
Le soutien massif des médias, Nicolas Sarkozy le travaille. Il a le tutoiement facile avec les journalistes, leur fait parfois la bise, leur donne de l’importance, répond à leurs appels avec l’aide de trois communicants (dont Franck Louvrier) qui peuvent parler en son nom, refuse rarement un entretien, leur sert des confidences, des petites phrases choc du genre « tel ministre est un con » et va même jusqu’à offrir des cadeaux, comme des lecteurs MP3. Nul doute que le président de l’UMP cherche à créer une connivence avec ses interlocuteurs et ne fait pas de discrimination. Chacun a droit aux honneurs de la communication « sarkozienne », qu’il soit éditorialiste ou simple rédacteur, de droite ou de gauche. Vanessa Schneider, de Libération, confiait ainsi : « Il parle autant au débutant qu’au rédacteur en chef. Et il embarque toujours des journalistes lors de ses déplacements, déjeune avec un certain nombre de patrons de presse... Ça doit lui prendre énormément de place dans son emploi du temps. »
 
Depuis une vingtaine d’années, l’homme s’est employé à construire un étonnant réseau d’influence dans les médias, au service de ses ambitions. Dans son épais carnet d’adresses d’amis influents dans la presse et l’audiovisuel, on remarque d’abord les familiers, comme Martin Bouygues, patron de TF1 (et LCI) et parrain de son fils, ou M. Bernard Arnault (La Tribune, Investir, Radio Classique), dont la fille Delphine se maria en présence de M. Sarkozy. Habitant Neuilly, MM. Bouygues et Arnault furent tous deux témoins aux mariages du maire de la ville.
 
En tant qu’avocat, ses relations professionnelles ont affermi des amitiés. Ainsi, M. Lagardère doit à M. Sarkozy le règlement, en 2004, du conflit d’héritage qui l’opposait à sa belle-mère Betty, lorsque l’homme politique et ancien avocat d’affaires avait, en tant que ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, la haute main sur l’administration fiscale. « On signe ton truc fiscal et on passe à autre chose », aurait dit le ministre, sitôt nommé à Bercy. Décédé en 2003, Jean-Luc Lagardère avait lui aussi eu l’occasion d’apprécier, lors de la faillite de La Cinq en 1992, les conseils de l’associé du cabinet Claude-Sarkozy. Depuis, il est arrivé que le candidat UMP soit présenté par Arnaud Lagardère, patron de médias (Europe 1, Europe 2, RFM, Europe 2 TV, etc.) et du principal groupe de presse (Paris Match, Le Journal du dimanche, plusieurs quotidiens régionaux) et d’édition français, « non pas comme un ami, mais comme un frère » (avril 2005, séminaire du groupe Lagardère à Deauville). Ce soutien fut réaffirmé lors d’un meeting de M. Sarkozy (animé par le journaliste Michel Field). Stéphane Courbit, président d’Endemol France, producteur des émissions de Marc-Olivier Fogiel et de Karl Zéro, assistait également à cette réunion électorale.
 
De son côté, M. Serge Dassault (Le Figaro, Valeurs actuelles, L’Express) se souvient que l’actuel ministre de l’Intérieur a «  démêlé » la succession de son père Marcel. Et il n’ignore pas que M. Sarkozy est devenu un familier de son fils aîné Olivier, par ailleurs député UMP. Comme le souligne Marie Bénilde : « Il arrive que les rôles s’entrecroisent : proches de la famille, MM. Bouygues et Arnault comptèrent aussi au nombre des clients du cabinet d’avocats. Et puis, il y a les compagnons de route... cyclable. » MM. Bouygues et Arnault sont à nouveau du nombre, tout comme M. Jean-Claude Decaux, leader mondial de l’affichage urbain, et M. François Pinault, propriétaire du Point. Sans oublier Michel Drucker, animateur populaire de France 2.
 
Sa qualité de maire de Neuilly a aidé M. Sarkozy à la construction d’un tel réseau, qu’il entretenait pour favoriser son ascension politique. Sa ville, une des plus riches de France, compte près de deux mille cinq cents entreprises, et ainsi de nombreux patrons qui s’intéressaient à lui en voisins ou en simples administrés, à titre personnel ou professionnel. En 1985, Nicolas Sarkozy créa le club Neuilly Communication, lequel compte parmi ses membres Gérald de Roquemaurel, président-directeur général d’ Hachette Filipacchi Médias, Nicolas de Tavernost, président de M6, ou encore Arnaud de Puyfontaine, patron de Mondadori France (ex-Emap France, troisième éditeur de magazines).
 
L’actuel candidat UMP veille également à s’entourer de publicitaires, comme MM. Thierry Saussez, président d’Image et stratégie, Philippe Gaumont (FCB), puis Jean-Michel Goudard (le « G » d’Euro RSCG). Il fréquente enfin les grands annonceurs Philippe Charriez (Procter & Gamble) et Lindsay Owen-Jones (L’Oréal).
 
En juillet 1994, l’actuel président de l’UMP devint simultanément ministre de la Communication et ministre du Budget du gouvernement de M. Edouard Balladur, ce qui lui permit d’être à la fois le décideur politique et le pourvoyeur de fonds publics des grands groupes de médias.
 
Egalement, sa position de porte-parole du gouvernement, puis du candidat Balladur, entre 1993 et 1995, l’amena à rencontrer les hommes d’influence que sont Alain Minc et Jean-Marie Colombani (aujourd’hui dirigeants du Monde). A cette époque son « cercle » s’agrandit avec l’arrivée du sondeur Jérôme Jaffré, alors directeur général de la Sofres.
 
Nicolas Sarkozy connaissait déjà les « coups bas » et ceux de la campagne 2007 s’inspirent de ceux de la campagne 1995 contre Jacques Chirac alors qu’il soutenait Edouard Balladur. Ainsi, le 22 mars 1995, Le Monde titre en une : « M. et Mme Chirac ont tiré profit d’une vente de terrains au Port de Paris ». L’information émane de la direction du Budget chapeautée par M. Sarkozy.
 
Déjà, Nicolas Sarkozy s’appuie sur TF1. Une de ses présentatrices, Claire Chazal, signe une biographie particulièrement élogieuse de M. Balladur tandis que M. Bouygues ouvre les portes de sa chaîne à celui qui passe déjà pour un vice-premier ministre. « Pour Martin [Bouygues], explique un observateur, Sarkozy est une espèce de maître à penser. Pour Sarkozy, Martin est une force. Leur duo est une association, une PME. Ce qui explique en partie pourquoi, pendant la campagne de 1995, TF1 est devenue "télé Balladur". Bouygues ne rendait pas service à Balladur, mais à l’un des lieutenants. » Mais malgré ce soutien, ce fut un échec et Jacques Chirac remporta l’élection présidentielle face à Lionel Jospin.
 
Il découle de cette stratégie un temps de parole exceptionnel : par exemple, le matin sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach lui octroie couramment vingt minutes supplémentaires d’entretien (ce fut encore le cas mercredi 31 janvier 2007) ; LCI, filiale de TF1, retransmet en direct ses vœux à la presse ; il fait la couverture de TV Magazine (du jamais vu concernant un politique), ce supplément du Figaro diffusé auprès de cinq millions de lecteurs potentiels. «  C’est le nouveau présentateur du JT de 20 heures », ironisait, il y a quelque temps, François Hollande, en guise de décompte des apparitions du ministre dans les journaux télévisés. Aucun homme politique n’a été, comme lui, trois fois l’invité de l’émission « 100 minutes pour convaincre » de France 2. Quant à sa relation avec son épouse, Cécilia, elle fait le bonheur de la presse « people » chaque fois qu’elle sert les intérêts du présidentiable, mais provoque l’autocensure, voire la censure, sitôt qu’elle cesse d’être à son avantage. Ainsi, lorsqu’une journaliste de Gala, Valérie Domain, décida en 2005 d’écrire un livre qui n’agréait pas M. Sarkozy, Entre le cœur et la raison, l’éditeur -M. Vincent Barbare- fut convoqué Place Beauvau. Après la publication de photos « compromettantes » de Cécilia Sarkozy, Alain Genestar de Paris Match fut remercié.
 
Nicolas Sarkozy n’a pas affaire à des ingrats. « Quoi qu’il fasse, on envoie qui il faut », dit un journaliste d’Europe 1. « On surcouvre sous de faux prétextes », répond en écho France 2, « on envoie des caméras sans discernement, dans l’espoir d’une petite phrase ».
 
Nicolas Sarkozy a de délicates attentions. Depuis un an, la société audiovisuelle ETC (Etudes, techniques et communication) « produit et diffuse les images des meetings du futur candidat ». La société de production dispose de l’exclusivité « du filmage des images de l’entrée en scène » de Nicolas Sarkozy. Elle offre également un point de vue privilégié sur le président de l’UMP et sur le public. Les cameramen qui souhaitent fournir des images à leur chaîne se retrouvent en difficulté pour exercer leur travail puisqu’ils « sont relégués sur des praticables, de chaque côté de la scène où se tient le candidat ». Ces images -gratuites- sont maintenant utilisées abondamment par les chaînes de télévision. Le journal Le Monde s’était alors interrogé sur l’indépendance de l’information en raison de cette mise à disposition d’images « made in UMP ». Selon Arnaud Boutet, président de la Société des journalistes de France 2, « la frontière entre propagande, publicité et journalisme peut être assez fine ». C’est un euphémisme.
 
Désormais, gare à ceux qui pourraient être tentés de faire dissidence. « Je sais tout ce qui se passe dans vos rédactions », lançait-il déjà un jour de janvier 1995 à des reporters lors d’un déplacement dans le Nord.
 
Il lui arrive ainsi de prendre publiquement les gens à partie. Lorsque, devant un parterre d’HEC, le directeur de la rédaction de Challenges, Vincent Beaufils, l’interroge, il l’accuse sur un numéro paru neuf mois plus tôt : «  Challenges, vous avez dit ? C’est ce journal qui a fait cette célèbre couverture : "Pourquoi Sarko fait-il peur ?" Eh bien, vous ne manquez pas de courage de m’affronter comme cela ! ».
 
Nicolas Sarkozy peut être franchement violent. Il menace, intimide... en riant, bien sûr. Recevant la rédaction du Parisien, il interpelle ainsi l’auteur d’articles sur ses déboires conjugaux (alors qu’il avait lui-même « étalé » sa vie conjugale) : « Moi aussi, je sais des choses sur votre vie privée », et insiste : « Moi aussi, je pourrais en dire, des trucs... » A d’autres occasions, le candidat a pointé publiquement un index vengeur sur Hervé Algalarrondo du Nouvel Observateur en s’exclamant : « Je ne l’oublierai pas ! Je ne l’oublierai pas ! », à propos du numéro titré « Sarko secret », qui lui avait déplu.
 
Est-ce que ce sont les patrons des médias et des sondages qui, en 2007, imposeront en France le nouveau président de la République ? D’ailleurs, continueront-ils à soutenir aussi ouvertement (tout en le niant officiellement) ce candidat qui paraît tout de même bien instable, de plus en plus autoritaire, et alors que de plus en plus de journalistes s’opposent ouvertement à ces ententes ? L’expérience de cette campagne nous montre en tout cas que la proximité et la connivence entre politiques et médias est le symptôme d’une démocratie malade.


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Extrait d'un forum du Figaro (mes amitiés au passage aux lecteurs de Grenoble)

le 23/12/2006 11:36:11, RACHIC a écrit:

Alain Carignon était l’un des grands espoirs de la droite française avant sa condamnation en 1996 à trois ans de prison ferme pour corruption et abus de biens sociaux.

Depuis 1986, Nicolas Sarkozy est un ami intime d’Alain Carignon.

Lors de son procès, ce dernier choisit d’ailleurs comme avocat l’associé de Nicolas Sarkozy, Guy Danet. Après sa traversée du désert consécutive à 29 mois de prison, c’est encore Nicolas Sarkozy qui va lui remettre le pied à l’étrier dans son ancien fief en l’aidant à redevenir le président de la fédération UMP de l’Isère.

En septembre 2005, c’est un proche d’Alain Carignon, Fabien de Sans Nicolas, que Nicolas Sarkozy choisit pour remettre de l’ordre dans l’organisation de jeunesse de l’UMP, les Jeunes Populaires, acquise jusqu’à lors à Alain Juppé.

Dernier épisode en date : Nicolas Sarkozy a, le 22 octobre 2005, adoubé son ami de toujours comme candidat “légitime” de l’UMP dans l’Isère pour 2007. Alain Carignon ne s’est pas privé de mettre en avant ce soutien et a aussitôt fait savoir qu’il déposera sa candidature pour cette élection.

Arrêt définitif de la cour d'appel de Lyon, chambre correctionnelle.
09 juillet 1996 :
Le maire de Grenoble Carignon « n'a pas hésité à trahir la confiance que ses électeurs lui manifestaient, en monnayant le pouvoir qu'il tenait du suffrage universel, afin de bénéficier d'avantages matériels qui se sont élevés à 19 073 150 francs (2 907 683 euros) et de satisfaire ses ambitions personnelles ; il a ainsi commis l'acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu. »

 

Décidément, ca pauvre Sarkozy s'entoure bien mal. Redressement fiscal de Doc Gynéco, fuite à Varennes du Roi du rock...il lui en faudra beaucoup des discours républicains pour effacer tout çà !

Maintenant c'est  Bernard Tapie, se disant effrayé par le soutien de Chevènement à Ségolène Royal, qui se jette dans les bras de Nicolas Sarkozy.
C'est la meilleure nouvelle pour la gauche et la République en ces fêtes de fin d'année !

Voir à ce sujet :

 http://www.chevenement.fr/Bonne-fete,-Bernard-!_a140.html

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Mardi 12 décembre 2006

 

Source, réactions, dossier de presse et analyse sur  :

http://www.chevenement2007.fr/index.php?action=article&numero=122&preaction=nl&id=3297095&idnl=17129&

A travers les projets qu'ils ont respectivement élaborés, le Mouvement républicain et citoyen et le Parti socialiste entendent définir un programme de législature qui constitue une alternative durable à une politique de la droite, faite d'acceptation d'une mondialisation sans règle et de résignation devant le chômage de masse et ses conséquences, d'injustice sociale, de démantèlement de nos industries, de liquidation des services publics, d'abandon des principes républicains.


 

Ils veulent réunir leurs efforts pour rassembler une majorité de Françaises et de Français en 2007. Ils entendent réussir ensemble après la victoire pour donner un sens à cette mondialisation et remettre la France en marche.

Le PS et le MRC se sont prononcés différemment lors du referendum sur le Traité constitutionnel européen. Ils prennent acte du vote des Français le 29 mai 2005, refusent toute ratification du texte rejeté, sauf introduction dans un simple traité institutionnel de dispositions ne posant pas de problème de fond (ainsi la désignation d'un président du Conseil européen pour deux ans et demi renouvelables) ou sur lesquelles un accord entre partis pourra intervenir. Ils entendent construire l'avenir en respectant cette volonté populaire.
 

 

La priorité sera donnée à la relance économique et à la lutte contre le chômage.

- Le MRC et le PS entendent réorienter la construction européenne pour la mettre au service de l'emploi et de la croissance concertée. Pour cela ils proposent de réformer le Pacte de stabilité pour en faire un pacte de croissance, d'instituer un gouvernement économique de la zone euro, capable de mettre en œuvre cette priorité à la croissance, de réformer les statuts de la Banque centrale européenne pour inscrire dans ses missions la recherche d'une haut niveau d'activité et d'emploi. La lutte contre l'euro cher sera une de nos priorités.
- Nous proposons un effort renouvelé en matière de recherche et en matière d'innovation, et d'impulser une politique industrielle capable de relever les défis d'une économie mondialisée, spécialement dans les secteurs vitaux et stratégiques. Il s'agira notamment de lutter contre les OPA hostiles et de mieux maîtriser le capital de nos grandes entreprises. En matière énergétique, il sera indispensable de faire face aux prix durablement élevés du pétrole et du gaz en favorisant les énergies sans émission de gaz à effet de serre parmi lesquelles l'énergie nucléaire, domaine dans lequel les atouts industriels exceptionnels de la France doivent être préservés, le développement d'acteurs énergétiques publics puissants capables d'assurer la sécurité de nos approvisionnements, ainsi que les économies d'énergie.
- Nous agirons pour changer les règles de l'OMC, exiger des normes sociales et environnementales, lutter concrètement contre les délocalisations et les destructions massives d'emplois, en protégeant l'industrie européenne et en renforçant le tarif extérieur commun par une clause antidumping social.
- La relance de la croissance suppose d'augmenter le pouvoir d'achat, de revaloriser le travail et notamment les bas salaires et d'élever les taux d'activité dans notre pays. Cette exigence appellera une réforme du financement de la protection sociale, notamment par transfert d'une partie des cotisations patronales sur la valeur ajoutée de l'entreprise, et par contribution accrue des revenus du capital au financement de la protection sociale
- Nous agirons pour préserver les services publics de la frénésie de libéralisation qui les détruit ou les menace, pour la maîtrise publique des énergéticiens nationaux, pour que de nouveaux services publics apportent des réponses aux besoins de nos concitoyens.


Relever la République sera notre ambition.

Nous entendons renouer avec le projet égalitaire et émancipateur de la République. Pour cela nous voulons mettre un terme à l'affaissement de l'Etat pour le moderniser et en faire l'instrument par lequel le bien commun s'affirme par-dessus les intérêts particuliers. La décentralisation doit cesser d'être opposée à l'Etat et doit respecter la solidarité nationale. Une vigoureuse politique d'aménagement du territoire est indispensable pour repenser la politique de la ville, l'action en faveur du logement, la politique d'aménagement rural.

L'idéal de la citoyenneté passe par une claire définition des missions de l'Ecole pour qu'elle soit capable de relever les défis de la démocratisation, de garantir l'apprentissage des savoirs fondamentaux par tous, de promouvoir tous les talents et de former des citoyens. La rénovation de l'Université sera une priorité. Plus que jamais dans la mondialisation nous devons faire le pari sur l'intelligence.

Par ailleurs, un service civique court d'une dizaine de semaines, éventuellement fractionné, pourrait à la fois recréer un lien social indispensable et répondre aux besoins de la nation, dans le domaine civil comme dans celui de la défense et pouvant notamment ouvrir sur des formules de volontariat service long.

L'égal accès à la citoyenneté est un enjeu majeur : aux jeunes issus de l'immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d'égalité. La France pourra demeurer une terre d'immigration à condition que soit affirmée la finalité de l'intégration à la République et que soit mise en œuvre une vigoureuse politique de co-développement avec les pays d'origine.

La laïcité, constitutive de la citoyenneté, est le meilleur moyen de briser l'enfermement dans le communautarisme. La France est un pays de citoyens égaux en droits et en devoirs indépendamment de leurs origines ou de leurs convictions philosophiques ou religieuses. La République est le cadre dans lequel les citoyens s'expriment en Corse comme ailleurs sur le territoire national. Le choix des électeurs de Corse exprimé par le référendum insulaire du 6 juillet 2003 sera respecté.

L'exigence de citoyenneté porte en elle le droit, égal pour tous, à la sûreté. Nous n'opposerons pas la prévention à la sanction, mais nous voulons articuler ces ceux dimensions de l'action : prévention précoce, police de proximité, liaison police-gendarmerie-justice, efficacité de la justice. Ni angélisme ni démagogie sécuritaire : nous remplirons notre devoir d'assurer la sécurité à tous, et spécialement aux plus modestes qui sont souvent les plus exposés à la délinquance.

Dans le domaine des institutions, le rôle du Parlement qui contrôle le gouvernement et vote la loi doit être renforcé, et dès lors que la stabilité de l'exécutif sera assurée par un gouvernement procédant du Président de la République et présentant chaque année son programme de travail devant le Parlement. Une dose de proportionnelle, sur des listes nationales en complément des candidatures de circonscription, sera alors introduite dans le mode de scrutin législatif.

La France fera entendre sa voix en Europe et dans le monde

En Europe, une relance sera proposée à nos partenaires, fondée sur une action concertée de retour à la croissance (gouvernement économique de la zone euro, réforme de la BCE et du pacte de stabilité). Si des avancées institutionnelles sont possibles en accord avec nos partenaires, elles feront l'objet d'un traité institutionnel soumis à referendum mais qui ne saurait en aucun cas prévaloir sur la constitution nationale.

Les délégations de compétences sont utiles lorsqu'elles multiplient les capacités d'actions ; elles doivent demeurer démocratiquement contrôlées. De même nous proposerons de simplifier la procédure des coopérations renforcées, capables de porter de projets concrets en Europe ou de mettre en œuvre ces projets à côté des traités. Nous proposerons une active politique de partenariat en Méditerranée et en direction de la Russie pour garantir le développement et la paix sur notre continent et dans ses approches.

En matière de défense, l'effort doit être recentré sur les missions de défense et non sur la fourniture de contingents pour opérations extérieures souvent à la remorque des Etats-Unis. L'indépendance de notre défense dont le noyau reste la dissuasion, est un atout pour construire en Europe un acteur stratégique indépendant dans un monde que nous voulons multipolaire et rééquilibré. Nous sommes les alliés des Etats-Unis, nous ne sommes pas leurs vassaux.

Le message de la France républicaine doit être porté avec force par la gauche : le libre-échangisme dogmatique ne résout pas les problèmes du développement et de la faim. Ce n'est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais le souci de la justice et la coopération Nord-Sud, notamment avec les pays d'Afrique. Le co-développement est notre horizon : effacement de la dette, relèvement de l'aide publique au développement, taxation des mouvements de capitaux spéculatifs, fonds structurels mondiaux, réforme du FMI et de l'OMC, organisation de flux temporaires de migration de travail. La vie internationale doit être régie par le droit. La justice internationale, telle qu'elle est élaborée notamment par le Conseil de Sécurité de l'ONU, ne doit pas être une justice internationale à deux vitesses.


La France a de nombreux atouts. C'est un grand pays fier du message universel dont la Révolution de 1789 a posé les principes. Elle dispose d'immenses ressources pour relever les défis de l'avenir, dès lors qu'on fait appel au courage, à la volonté et à l'intelligence civique. Refonder la République et retrouver la confiance des citoyens : telle est la grande ambition collective que nous proposons à la gauche pour remettre la France en marche.
 


Dimanche 10 Décembre 2006
Chevenement2007


par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Samedi 9 décembre 2006

 

C'est loin Caracas ! Encore plus politiquement que géographiquement...En effet, imaginez plutôt ici, en France en 2006- 2007, un peuple croyant en la politique, les ouvriers et employés élisant et reconduisant un candidat par plus de 60% des suffrages...envers et contre l'avis des marchés et des médias !  

Je sais, il n'est pas de bon ton de se féliciter de la victoire d'Hugo Chavez. Lier question sociale et question nationale... quel populisme! Le regard sur Chavez est en effet différent selon que l'on soit pauvre au Vénézuéla ou riche au journal de 20 h00!

 

Le maire (MRC) du 11e arrondissement, aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur de son mouvement, a réaffirmé sa "sympathie" avec l'action politique de M. Chavez. "Donnez-nous la recette pour gagner sept fois de suite les élections", a-t-il demandé à son invité, faisant allusion aux multiples consultations organisées au Vénézuela depuis son élection à la présidence en 1998. Dans la salle, Danielle Mitterrand côtoyait Bernard Cassen et Jacques Nikonoff d'Attac. Michel Dufour, ancien secrétaire d'Etat au patrimoine du gouvernement Jospin, était venu au nom du Parti communiste et le maire du 2e arrondissement, Jacques Boutault, pour les Verts. On pouvait apercevoir également Jean-François Kahn, président du conseil d'administration de l'hebdomadaire Marianne, Ignacio Ramonet directeur du Monde diplomatique, et le psychanalyste Gérard Miller. Annick Coupé, porte-parole de l'union syndicale Solidaires, est passée "par curiosité". Les socialistes, eux, s'étaient excusés : "Ils étaient tous en meeting de congrès", explique le cabinet de M. Sarre, qui assure avoir eu des coups de fil d'"excuses".

Extrait du site :  http://www.georges-sarre.net/

 

 

Ajout du 12 juin 2007 : une analyse du toujours pertinent Bernard Cassen

 

Le Monde Diplomatique

La valise diplomatique

mercredi 30 mai 2007

 

Désinformation sur le Venezuela

 

L’affaire ne pouvait être que de portée planétaire puisqu’elle a donné lieu, ces derniers jours, à des déclarations quasiment simultanées du Sénat des Etats-Unis, du Parlement européen et de la présidence allemande de l’Union européenne, sans parler des articles fleuves et des éditoriaux de la plupart des grands médias occidentaux. De quoi s’agit-il ? De l’Iran, du réchauffement climatique, de la Palestine, du Darfour ? Tout faux : la gravissime affaire en question est le non renouvellement, par le gouvernement vénézuélien, de la concession de 20 ans, venue à échéance le 27 mai, d’une chaîne de télévision privée, Radio Caracas Television (RCTV), afin d’installer sur sa fréquence hertzienne une chaîne de service public. C’est-à-dire exercer le droit souverain qu’a chaque Etat de disposer des biens publics rares que sont les fréquences hertziennes.

 

 

 

 

Atteinte aux droits de l’homme, à la liberté d’expression, censure, dérive autoritaire, totalitaire – voire fasciste –, toute la panoplie du vocabulaire rodé depuis des années contre le gouvernement de M. Hugo Chavez a été utilisée à nouveau massivement en cette circonstance.

 

 

 

 

Du côté politique, on retiendra d’abord la résolution votée à l’unanimité, le 24 mai, par le Sénat américain, en particulier par les aspirants démocrates à la succession de M. George Bush, contre la « fermeture » de RCTV. Votée précisément par les mêmes qui, reniant leurs promesses électorales, venaient, également à l’unanimité, de donner leur accord aux 100 milliards de dollars de crédits militaires demandés par la Maison Blanche pour la poursuite de l’occupation de l’Irak. Un bel exemple de rigueur démocratique.

 

 

 

 

Par la voix des services de Mme Angela Merkel, présidente en exercice du Conseil européen, l’Union européenne est également allée très loin dans l’hypocrisie. Dans une déclaration du 28 mai, elle « a noté avec inquiétude la décision du gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela de laisser expirer la licence d’émission de Radio Caracas Télévision (RCTV) le 27 mai, sans appel d’offres ouvert pour la licence qui lui succède ». On ne sache pas, entre maints autres « oublis », que l’Union ait fait semblable déclaration et ait exigé un nouvel appel d’offres lorsque la licence d’émission de TF1, accordée en 1987 pour 15 ans, a été reconduite par le gouvernement français en 2002 dans la plus totale opacité. Pourtant, la « télé-poubelle » de MM. Bouygues, Le Lay et Mougeotte avait tourné en dérision les engagements qu’elle avait pris dans son cahier des charges en invoquant son « mieux-disant culturel ». Tout indique qu’elle continuera impunément à le faire avec son nouveau patron, M. Nonce Paolini, flanqué de M. Laurent Solly, transféré du jour au lendemain du « staff » de M. Nicolas Sarkozy à sa filiale médiatique.

 

 

 

 

Pour ce qui est de l’abondante production des médias français, avant et après la date du non renouvellement de la concession de RCTV, la palme de la désinformation revient sans conteste, entre maints autres articles de la même veine, à l’éditorial d’un quotidien de référence, daté du 27-28 mai et intitulé « Censure à la Chávez ». Il vaut la peine d’en citer et d’en commenter quelques passages.

 

 

 

 

D’emblée le ton est donné : « Le président Hugo Chávez a ordonné la disparition de RCTV ». Non, RCTV ne « disparaît » pas : elle peut continuer à émettre sur le câble, par Internet et sur le satellite, et va sans aucun doute le faire. Mais, comme la loi le prévoit, sa fréquence hertzienne et sa couverture nationale reviennent au service public à l’échéance de la concession dont elle bénficiait. Ou bien faudrait-il considérer que cette concession à durée limitée de RCTV était, en fait, à durée illimitée ? Et cela en fermant les yeux sur ses multiples entorses à son cahier des charges qui lui avaient notamment valu d’être fermée pour des durées de 24 heures à 3 jours non pas par les gouvernements de M. Chávez, mais, en 1976, 1980, 1981, 1989 et 1991, par leurs prédécesseurs sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens. Depuis sa première élection à la présidence de la République en 1998, M. Chávez n’a fermé aucune station de radio ou de télévision ni poursuivi aucun journaliste. Pourtant, dans n’importe quel autre pays démocratique, c’est ce qui se serait passé, compte tenu de la caution ouvertement apportée par la plupart des médias – dont RCTV – au coup d’Etat avorté du 11 avril 2002, quand ce n’était pas à son organisation.

 

 

 

 

L’éditorial poursuit en dénonçant une décision politique « qui réduit le pluralisme et augmente la concentration de l’audiovisuel aux mains du gouvernement ». De quelle concentration s’agit-il ? En 2006, on comptait au Venezuela 20 chaînes hertziennes VHF privées et une publique. On comptait par ailleurs 28 chaînes hertziennes UHF privées, 6 publiques et 44 communautaires. Actuellement, avec l’incorporation de RCTV, le service public disposera de deux chaînes hertziennes VHF, de deux chaînes UHF et de deux chaînes sur la câble. On est très loin du monopole…

 

 

 

 

Sans la moindre trace d’ humour, l’éditorial qualifie ensuite RCTV de « chaîne privée qui donnait la parole à l’opposition ». RCTV donnait effectivement la parole à l’opposition, et ne faisait même que cela ! Des études de contenu effectuées sur le mois de janvier 2007 montrent que, dans ses programmes, elle a invité 21 personnalités hostiles au gouvernement, et aucune qui lui soit favorable. Le même mois, une des quatre autres grandes chaînes privées, Globovisión, a invité 59 opposants à M. Chávez et 7 de ses partisans. Seule Televen a respecté la parité : deux de chaque camp.

 

 

 

 

Certes on peut regretter que la seule chaîne publique hertzienne jusqu’ici contrôlée par le gouvernement, Venezolana de Television (anciennement Canal 8), ne soit pas non plus un modèle d’équilibre, mais comment pourrait-il en être autrement dans un paysage médiatique où la plupart des journaux, radios et chaînes de télévision se comportent en partis politiques d’opposition ? Il faut espérer que TVES, la chaîne qui reprendra le signal de RCTV, tiendra ses promesses de pluralisme, même dans ces circonstances adverses.

 

 

 

 

Du côté de la presse écrite, la situation est encore plus tranchée : sur 10 quotidiens de diffusion nationale, 9 sont des opposants déclarés au gouvernement. Si l’on étudie le contenu des articles d’opinion publiés dans quatre d’entre eux au mois de janvier 2007, on obtient les résultats suivants : pour El Nacional, 112 hostiles, 87 neutres et 6 favorables ; pour El Universal, les chiffres correspondants sont 214, 89 et 9 ; pour Ultimas Noticias, 31, 59 et 18 ; pour El Mundo, 49, 39 et 15. Ce qui ne les empêche pas de recevoir de la publicité des entreprises, des agences et des collectivités publiques.

 

 

 

 

Prétendre que la liberté d’expression est menacée au Venezuela relève donc de la plus insigne mauvaise foi. Il suffit de s’arrêter devant un kiosque à journaux ou de passer une heure devant un poste de télévision pour être convaincu du contraire. C’est même sans doute le seul pays du monde où, dans le passé, des appels publics à l’assassinat du président n’ont pas entraîné des poursuites judiciaires.

 

 

 

 

Mais alors, comme dirait M. Sarkozy, pourquoi tant de haine, pourquoi tant d’acharnement et de contre-vérités ? Que M. Chávez irrite au plus haut point les Etats-Unis et leurs alliés par sa politique de récupération des richesses naturelles nationales et par la dénonciation des politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international peut parfaitement se comprendre. Que des médias appartenant à de grands groupes industriels et financiers répercutent les orientations et les intérêts de leurs commanditaires est dans l’ordre des choses. En revanche, on reste perplexe devant le comportement d’organes de presse où le pouvoir éditorial est officiellement déconnecté du pouvoir des actionnaires…

 

Bernard Cassen

Ajoutons un appel reçu le 20 novembre 2007, par une belle journée mobilisation syndicale en France.

Merci Chavez !

 

 

 


Alors que le peuple français doit défendre pied à pied ses acquis sociaux (retraites, sécurité sociale), ses services publics (éducation nationale, poste, chemins de fer, électricité, hôpital public...), son indépendance nationale (volonté de Sarkozy d'imposer une constitution européenne bis en ignorant le vote souverain de mai 2005, alignement sur la politique belliqueuse des USA), ses libertés démocratiques (traque des immigrés, limitation du droit de grève, gonflement de l'appareil répressif, réforme institutionnelle donnant tous les pouvoirs à un individu), le peuple venezuelien s'est engagé dans un processus révolutionnaire orienté vers l'indépendance nationale, la démocratie participative de masse, l'amélioration du pouvoir d'achat populaire, le développement des services publics et de l'industrie nationale.

Sous la conduite du président élu Chavez, et malgré plusieurs tentatives de putschs fascistes télécommandées par le grand patronat et par Washington, ce processus vise clairement à mettre en place un "socialisme du 21ème siècle".

En outre, avec Cuba, le Nicaragua, la Bolivie, l'Equateur, le Venezuela bolivarien construit un nouveau traité progressiste international appelé l'ALBA qui, à l'encontre du traité de MAastricht et de la constitution européenne bis, est respectueux de la souveraineté des peuples et des acquis sociaux des travailleurs latino-américains. Evidemment, cette prétention des ouvriers, paysans, intellectuels, artisans, étudiants venzueliens a décider de leur propre avenir et à combattre le capitalisme suscite la haine de tout ce que le monde et la France compte de réactionnaires et de défenseurs du capital financier.

C'est pourquoi à l'occasion de la venue en France d'Hugo Chavez, nous affirmons notre totale solidarité avec le peuple du Veneziela bolivarien qui concrétise, dans les conditions propres à ce pays, tout ce que nos luttes portent d'aspiration à une rupture démocratique, socialiste et anti-impérialiste avec la politique néfaste de la droite dure, du MEDEF, du FMI et de l'UE néolibérale.

 

 

 

Premiers signataires :

Léon Landini, Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre – Ancien FTP-MOI – Décoré par l’Union Soviétique.

 

Georges Hage, président de la Confédération d'Action Communiste

 

Section de Douai du PCF

 

Alexis lacroix, président des JRCF

Georges Gastaud, philosophe, porte parole du PRCF

 

Jean Pierre Hemmen, président délégué du PRCF

 

Jacques Coignard, membre du CE du PRCF

 

Antoine Manessis, membre du CPN du PRCF

 Frédéric Maurin, citoyen de Saint Martin d'Hères

 

 

Signatures à retourner à : a.manessis@wanadoo.fr



 

 

 

 

 

 

par Frédéric Maurin publié dans : rupturetranquille
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Vendredi 1 décembre 2006

 

Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités

Discours de campagne de Jean-Pierre Chevènement, Paris, Gymnase Japy, mardi 28 novembre 2006



 

Jean-Pierre Chevènement lors de son premier meeting de campagne au gymnase Jappy, le 28 novembre 2006
Jean-Pierre Chevènement lors de son premier meeting de campagne au gymnase Jappy, le 28 novembre 2006
Je vous remercie d'être venus nombreux à ce meeting de lancement de ma campagne au cœur de Paris, dans ce onzième arrondissement dont je tiens à saluer le maire, mon ami Georges Sarre.

A) Pourquoi je suis candidat.

Comme vous le savez, je me suis résolu à faire acte de candidature à l'élection présidentielle. Cette décision s'est progressivement imposée à moi avec la force de l'évidence. Cet été encore je privilégiais, pour faire obstacle à Nicolas Sarkozy, candidat de la droite libérale et non gaulliste, un accord politique avec le parti socialiste.

Puis j'ai pris connaissance dans le détail du projet du PS et j'en ai conçu de fortes inquiétudes pour l'avenir de notre pays. Le projet du PS évoque en effet un nouveau traité Constitutionnel européen. Il n'est pas au clair sur la manière de relancer l'économie ni de réorienter l'Europe.

Son analyse de la politique américaine est on ne peut plus superficielle. Quand on a dit : « L'atlantisme à la britannique est une impasse. L'antiaméricanisme de principe est une impasse », on n'a rien dit du tout. Sur les crises du Moyen-Orient, la faiblesse de l'analyse conduirait, je le crains, à une politique du suivisme à l'égard de la diplomatie américaine, avec tous les risques que cela peut comporter pour la France. De même, sur des sujets très importants comme la sécurité et l'Ecole, le PS est encore très loin d'être au clair avec lui-même. Quant aux propositions faites en matière institutionnelle, elles sont à mon sens dangereuses, car elles conduiraient non à revaloriser le Parlement mais à un régime d'Assemblée qui, par un effet de boomerang, ouvrirait la voie à une réaction autoritaire. Que dire enfin de la Charte du Conseil de l'Europe sur les langues régionales et minoritaires qui, si elle était adoptée, aboutirait, par leur co-officialisation dans l'espace public, à une fragmentation de celui-ci et constituerait un coup porté à la démocratie et à l'unité de la République ? Cette Charte offrirait en effet un tremplin à tous les micronationalismes plus ou moins ethnicisants.
 

 

Jean-Pierre Chevènement devant Marianne
Jean-Pierre Chevènement devant Marianne
*

Depuis juin dernier, le PS a privilégié sa relation avec le PRG. C'est son droit. Il n'a pas cherché à tirer avec nous les enseignements de la période écoulée. Il est vrai qu'il faudrait remonter à 1983 au moins et que c'est difficile. Disons clairement les choses : le PS, de 1999 à 2000, a voulu marginaliser le MRC. Il a ensuite cherché à le faire disparaître en faisant battre ses parlementaires, y compris le cas échéant en joignant ses voix à celles de la droite et de l'extrême-droite. Je rappelle cela parce que c'est la vérité et qu'entre amis on doit se parler franchement.

Pour passer un accord il faut être deux et il faut un respect mutuel. C'est alors que je me suis résolu, pour faire respecter nos idées et bien que mesurant l'épreuve, à me porter candidat. C'était le 6 novembre, il y a trois semaines. Je l'ai fait pour mettre la gauche à la hauteur des défis qui sont devant nous, et en définitive, pour servir le pays : il est bon qu'une voix expérimentée et réfléchie, en dehors des convenances de pensée, s'exprime sur l'Europe, sur le moyen de la réorienter, au bénéfice de la croissance et de l'emploi, sur la réactivation du modèle républicain, sur la nécessité enfin de prendre appui solidement sur la nation pour accomplir toutes ces tâches. J'ai rendu public un projet cohérent, ambitieux et réaliste à la fois le 13 novembre, Place de la République : Trois priorités – vingt chantiers pour faire rebondir la France. Nos positions sont claires même si le fond a été occulté sous les questions de tactique politique, les seules qui intéressent les Etats-majors de l'UMP et du PS.

Quand j'ai pris mes résolutions, je l'ai fait sans illusion mais en toute conscience. Je sais par expérience qu'il est possible de réunir sur un projet progressiste 1,5 millions de Français de sensibilités diverses, mus par le seul désir de servir avant tout leur pays. Mais je sais aussi le poids des routines et des allégeances et, plus encore, j'ai appris à mesurer le déclin de la démocratie, sensible à travers la programmation de la télévision où il n'y a plus guère d'émissions politiques. Faut-il rappeler la confiscation quasi-totale des ondes au moment du référendum sur la Constitution européenne au bénéfice des « oui-ouistes » ? C'est ce mépris scandaleux de la démocratie manifesté par nos élites qui suscite un rejet de plus en plus violent, un rejet non instruit et qui, en définitive, fait le jeu de Le Pen. Et combien il est difficile d'expliquer à ces électeurs qu'il existe un projet alternatif, cohérent et construit, pour sortir des ornières où nous a conduits « la seule politique possible » ? La seule évidemment, dès lors que les grands choix d'ouverture à une mondialisation faussée ont été transférés à Bruxelles et à Francfort ! Oui ce travail d'instituteur républicain que je remplis par devoir est infiniment difficile et ingrat car la machine à décerveler est puissante dans l'état actuel du système. J'en sais quelque chose pour avoir subi, au lendemain du 21 avril 2002, une des plus violentes campagnes d'éradication qu'un homme politique ait eu à subir, une campagne menée par la gauche bien pensante relayée par la droite tout aussi bien pensante, et par tous ceux qui ont oublié de faire marcher leur cervelle.

J'y ai résisté avec le soutien de quelques courageux, car il vous fallait du courage et plus que du courage pour résister à la fatwa prononcée contre moi et à travers moi, contre l'idée d'une autre politique que celle que peut agréer l'Establishment financier. Il était plus facile de rejoindre la cohorte de nos petits opportunistes ! Tous les prétextes étaient bons pour s'éloigner et prendre du champ. Cinq ans après, je suis toujours vivant parce que je crois à la force des idées.

Mes adversaires croient à la méthode Coué !

Comme ils n'aimaient pas m'entendre, ils avaient décrété depuis le 22 avril 2002 que je n'existais plus ! Pendant que celles et ceux que j'avais supplantés en 2002 paradaient sur les estrades médiatiques, j'étais pour ma part encerclé d'un boycott étonnant.

Et plus les évènements me donnaient raison et plus ils m'oubliaient !

Référendum en Corse, rejetant les chimères de l'accord Matignon.
Référendum aux Antilles, invalidant l'éclatement de la République.
Guerre d'Irak, éclairant rétrospectivement la guerre du Golfe.
Référendum sur la Constitution européenne.

Chaque évènement leur a donné de nouvelles raisons de me faire passer à la trappe.

Et, à peine ma candidature rendue publique, les mêmes ont décrété aussitôt que j'avais déjà annoncé mon retrait.

A tous ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité, je réponds par ma nouvelle devise : Etiam mortuus, redeo. Même mort, je reviens !

C'est donc en pleine lucidité que j'entame ce combat. Avec des moyens réduits certes mais avec une résolution intacte, avec les meilleurs arguments qui soient et avec le soutien de la valeureuse phalange que vous représentez et de réseaux de sympathisants nombreux dans le pays.

Je sais très bien ce qui est accessible et ce qui ne l'est pas. Mon but est de peser. De peser et non de témoigner. Encore qu'il ne faille pas mépriser le témoignage. Il est quelquefois nécessaire comme la semence l'est aux moissons futures.

*
* *

Le temps qu'il faudra

Je prendrai le temps qu'il faudra pour faire connaître mes options. Nous sommes encore à cinq mois de l'échéance.

Qu'il soit clair que je me suis présenté contre Nicolas Sarkozy, parce qu'il diviserait gravement le pays s'il était élu et qu'il n'y a rien de bon à attendre d'une thérapie de choc libérale grimée aux couleurs de la priorité donnée aux choix individuels. Encore moins d'une politique sécuritaire qui tourne le dos aux valeurs républicaines qui lient indissociablement éducation, citoyenneté, prévention et répression.

Je ne me suis donc pas présenté contre Ségolène Royal … pour la bonne raison d'abord qu'elle n'était pas encore désignée quand j'ai fait acte de candidature. Certes il ne m'échappe pas que les rescapés de la deuxième gauche veulent la tirer à droite. C'est ainsi que j'ai lu avec intérêt Jacques Julliard dans les colonnes du Nouvel Observateur et Alain Touraine dans celles du Monde. Il est vrai aussi que ceux qui se déclarent à gauche dans le parti socialiste et au dehors, ne seraient pas mécontents d'une telle évolution.

Qu'en est-il exactement ? Certes, on se souvient du discours de Joué-lès-Tours où Michel Rocard avait théorisé l'incapacité des gouvernements d'être autre chose que le reflet de l'opinion publique, mesurée par les sondages. Mais est-ce vraiment la position de Ségolène, Royal ? Celle-ci, cheminant au milieu des obstacles, n'a-t-elle pas choisi une méthode originale qui, en remettant en cause les vieux tabous que j'avais moi-même cherché à briser sur la sécurité, l'Ecole, la nation, lui permettrait peut-être de rebrasser les cartes ? C'est l'hypothèse que j'ai formulée à l'Université d'été des Ulis, en vous invitant à suspendre provisoirement votre jugement.

En attendant, j'ai choisi de faire entendre ma voix, la vôtre, une voix claire, articulée, compréhensible, que bien entendu l'Establishment fait et fera tout pour étouffer. Ségolène Royal s'est mise à l'écoute et moi j'ai décidé de parler aux Français. C'est une posture différente. Je vous mets cependant en garde contre la tentation de faire chorus avec ceux qui se sont toujours trompés et qui croient au virage à droite du PS depuis que Ségolène Royal a été désignée.

Soyons réalistes : le PS n'avait-il pas souvent viré à droite : en mars 1983, par exemple, quand s'est ouverte la fameuse « parenthèse libérale » évoquée alors par Lionel Jospin ?

Le PS n'avait-il pas viré à droite quand, dans une Convention d'avril 1991, il habillait d'un immense calicot « Vers un nouvel ordre international » son approbation de la première guerre du Golfe ?

Le parti socialiste n'avait-il pas viré à droite quand, en approuvant le traité de Maastricht en 1992, il acceptait de faire le chemin inverse qu'avait accompli en 1936 Léon Blum, en nationalisant la Banque de France, en donnant à l'inverse le pouvoir monétaire tout entier à la Banque Centrale européenne indépendante ? Bref, aux gnomes de Francfort qui s'apprêtent, le 7 décembre prochain, à relever les taux d'intérêt quand la croissance est atone, l'inflation en baisse et l'euro plus cher que jamais …

Et ce virage à droite, le PS ne l'avait-il pas théorisé presque en même temps à son Congrès de l'Arche, en 1991, en substituant à la méthode d'analyse de Jaurès, synthèse de la République et de la pensée de Marx, la notion de « complexité » érigée en boussole de l'action ou plutôt de l'inaction ? Il est vrai que tout le monde au PS a oublié le Congrès de l'Arche mais n'a pourtant pas oublié le Congrès d'Epinay.

Et plus récemment encore, le PS n'avait-il pas viré à droite en soutenant le gouvernement de la gauche plurielle quand celui-ci, en septembre 1999, avait théorisé au séminaire ministériel de Fontainebleau, l'incapacité de l'Etat à intervenir dans l'économie ?

Si je rappelle le passé, vous le savez bien, ce n'est pas par un esprit de boutique qui serait déplacé, ni même pour rétablir quelques vérités oubliées mais utiles. C'est avant tout pour préparer l'avenir que la gauche devra inventer par un effort de synthèse originale.

En effet, nous ne pouvons pas faire comme si le capitalisme financier mondialisé n'était pas aujourd'hui installé. Mais nul destin ne nous impose de faire comme si nous devions retourner définitivement au capitalisme d'avant 1914 ! La lutte et le progrès ont de beaux jours devant eux !

Avant de crier au loup avec les loups, sachons donc mesurer chaque propos au trébuchet de la vérité. C'est ainsi que nous servirons le mieux et la gauche et le pays.

La vérité est que le parti socialiste n'a jamais analysé ses dérives pourtant anciennes. Lionel Jospin avait bien évoqué après 1993 un droit d'inventaire mais il ne l'a jamais exercé. L'incapacité de la gauche plurielle à définir un projet commun l'a fait se briser, en 2002, sur l'obstacle. Plutôt que de se remettre en cause, le PS, comme tétanisé par l'annonce du retrait de Lionel Jospin, est entré dans une phase de glaciation ou plutôt de léthargie idéologique. Or il ne pourra pas reconquérir durablement l'électorat populaire s'il ne sait pas corriger sa trajectoire, pour revenir à une pédagogie républicaine, « en mettant, selon l'expression de Marc Bloch, le peuple dans la confidence ». Tel est le défi que Ségolène Royal doit relever en ayant reçu le PS tel que je viens de le décrire, en héritage. Il me semble que de notre part, cette exigence de rigueur intellectuelle et morale n'a rien d'exorbitant car elle vaut pour l'avenir et nous ne réclamons nulle repentance, seulement un peu de conscience.

Ce legs difficile éclaire peut-être les raisons de la désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti socialiste. Parce qu'elle symbolise, par sa féminité et sa jeunesse, ce besoin de renouvellement que le vieux parti socialiste ressent instinctivement mais qu'il n'a pas été capable de formuler par lui-même, écrasé qu'il était par ses querelles d'éléphants. Ainsi peut-être la désignation de Ségolène Royal est-elle une « ruse de la Raison », comme aurait dit Hegel. La vérité est que nous n'en savons rien, mais que nous le saurons bientôt. En tout cas sa tâche est rude si elle veut durablement s'attacher le soutien des classes populaires.

Ségolène Royal, qui s'était engagée derrière le « oui » au projet de « Constitution européenne », a quand même déclaré, il y a deux mois, que ce projet était désormais « caduc » et qu'il fallait « faire l'Europe par la preuve ». Cette formulation rationaliste ne saurait nous déplaire. Nous sommes comme Saint-Thomas, le saint que je préfère, celui qu'il faut convaincre.

Ségolène Royal s'est mise à l'écoute. Espérons qu'elle entendra la voix des sans-voix, de ceux que le système prive de toute capacité d'expression pour protester contre le sort injuste qui leur est fait : délocalisations, plans dits « sociaux », chômage de masse, précarité, vie chère, etc. En tout cas, elle entendra ma voix qui n'est inspirée que par le souci de faire réussir vraiment la gauche, avec le peuple et pour le peuple.


B) Faire respecter le vote du 29 mai 2005.

La situation est grave, beaucoup plus encore qu'en 2002. Ce sont les mêmes problèmes qui se posent mais considérablement aggravés.

- Au plan international d'abord : au Moyen-Orient où la funeste « guerre des civilisations » décrétée au lendemain des attentats du 11 septembre a détruit l'Irak et nous fait côtoyer le précipice de nouveaux conflits qui ne nous laisseraient pas indemnes.
- Aux Etats-Unis, la conjoncture économique se retourne et l'année 2007 s'annonce difficile. Le dollar baisse et l'euro cher asphyxie l'économie européenne.
- En France même, que voyons-nous ? Quasi stagnation économique depuis cinq ans, l'euro cher – 60 % de plus qu'en l'an 2000, 1 dollar 32 centimes au lieu de 80 centimes de dollars – accélère les délocalisations, pénalise les exportations, décourage l'investissement ; un chômage de masse s'est installé, qui ne recule pas, malgré les statistiques trompeuses, comme le sont aussi celles qui concernent le pouvoir d'achat. Depuis l'instauration de l'euro, le prix du café au comptoir a plus que doublé et celui du litre d'huile a augmenté de 82 % ! Jamais les inégalités n'ont été aussi profondes et aussi scandaleuses entre les salaires faramineux des grands patrons et les salaires de misère des travailleurs pauvres – 7 millions qui gagnent moins de 700 euros par mois. Rockefeller, qui n'était pas un anticapitaliste forcené, déclarait jadis qu'il ne devait pas y avoir entre son salaire et celui de l'ouvrier le moins payé un écart supérieur à 40 : nous en sommes loin ! Entre le salaire de M. Tchuruk et celui d'un ouvrier d'Alcatel le rapport est de 1 à 1500 ! L'injustice triomphe. La jeunesse piétine devant un avenir bouché. L'ascenseur social ne fonctionne plus. L'intégration des jeunes issus de l'immigration est de plus en plus difficile. La peur et la rancœur dominent trop souvent le paysage de nos banlieues. La République s'efface devant la montée des communautarismes. Or, les candidats en lice ne proposent aujourd'hui que des remèdes ordinaires, voire de simples placebos.

Dans la psychologie des Français, deux tendances se manifestent, si je mets à part les rentiers de la finance, les classes moyennes en effet dans leur appréhension de l'avenir, rejoignent de plus en plus les classes populaires ; nous observons d'une part une tendance au sauve-qui-peut, caractéristique de l'hyper individualisme libéral, au triomphe de l'égoïsme individuel et à la résignation collective. Ce fatalisme, ce « no future », est terriblement inquiétant, quand il touche tout un peuple, comme ce fut le cas à la fin des années trente.

Mais d'autre part il y a dans notre pays un refus de l'écrasement, une aspiration au changement. Il peut certes prendre la forme du rejet, mais le rejet n'est-il pas déjà la manifestation en creux de l'espoir en l'avenir ? Depuis le 21 avril 2002, la société française nous dit que cela ne peut plus durer. Ne l'a-t-elle pas manifesté de manière éclatante, le 29 mai 2005, en rejetant le projet de « Constitution européenne » ? Son adoption aurait signé l'arrêt de mort de la démocratie républicaine et l'acquiescement à l'ordre de plus en plus injuste du monde, à cette dictature du capitalisme financier qui s'est progressivement installée depuis deux décennies.

Tout l'enjeu de cette campagne présidentielle est de savoir quelle tendance l'emportera. D'un côté, la résignation à subir. Ou de l'autre, l'espoir du changement ? Oui, l'enjeu de cette campagne est d'armer la volonté de notre peuple et d'abord pour faire respecter son vote du 29 mai 2005.

Quelle suite aujourd'hui a-t-elle été donnée au vote de nos concitoyens ? Quelles propositions ont été faites à nos partenaires européens ?

Nous avons eu droit aux mines contrites, défaites, de nos dirigeants qui cherchaient à s'excuser à Bruxelles du vote de leur peuple. Ils avaient honte de leur propre peuple !

Notre pays en a assez de ces hommes politiques qui s'excusent des choix de la France, que ce soit contre la guerre d'Irak ou à propos du référendum. Il est temps de renouer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.

Il est temps que celles et ceux qui ont la charge de la France commencent par en être fiers !

Les citoyens français n'ont pas dit Non pour des prunes !

Qui aujourd'hui est en mesure de prendre appui sur le vote populaire pour sortir de l'ornière et ouvrir le chemin de l'avenir ?

J'entends parler d'un candidat antilibéral, à vrai dire introuvable … Mais le candidat antilibéral, c'est moi !

Depuis des années, de toutes mes forces, j'ai averti mes concitoyens sur les périls d'une intégration aveugle, sur le contenu du traité de Maastricht, sur la manière absurde dont était conçue la monnaie unique, sur la politique dogmatique et dangereuse de la concurrence.

Avec le temps, les Français ont à présent établi le lien entre ces choix européens qui n'eussent pas été possibles sans la confiscation de la souveraineté populaire et les délocalisations, le chômage de masse, la liquidation des services publics. Voilà pourquoi je vous propose de conduire le pays vers des choix novateurs, de tirer l'Europe libérale de son impasse, pour impulser les électrochocs nécessaires et redresser enfin l'entreprise et cela dans l'intérêt de la France et de l'Europe elle-même. Oui je suis le seul candidat antilibéral et républicain à la fois. Car l'antilibéralisme n'est pas en soi un programme, si on n'affirme pas en même temps la responsabilité du citoyen.

Les marchés financiers ne sont pas l'horizon de l'Humanité. Ceux qui ont décrété la fin de l'Histoire se trompent et vous trompent. Le capitalisme patrimonial chanté par Alain Minc n'est pas le terminus de l'Histoire. Ce sont les peuples qui font l'Histoire, à commencer par le nôtre, le peuple français, qui n'a pas dit son dernier mot.


C) La France a besoin d'un dessein cohérent.

Les équilibres du monde en effet changent à toute vitesse.

1. Nous assistons d'abord à l'émergence rapide de très grands pays à forte capacité technologique et disposant structurellement d'immenses « armées industrielles de réserve », donc de très bas salaires, dans une proportion qui ne paraît pas en voie de se réduire. C'est particulièrement vrai de la Chine et de l'Inde.
2. Dans le même temps, nous assistons au déclin de l'Empire américain, qui vit de plus en plus à crédit : une balance des paiements déficitaire chaque année : 700 Milliards de dollars, un endettement net qui croît à une vitesse exponentielle. Sa monnaie, le dollar, est à la merci de ses créanciers. Il cherche une issue dans le contrôle des matières premières dont les prix s'envolent et d'abord le pétrole. Il s'est jeté dans une guerre dans laquelle il s'enlise de plus en plus.
3. Le peuple français sent tout cela : Comment desserrer le piège que nous voyons se refermer sur la France et l'Europe, coincées entre les Etats Unis qui drainent vers eux 80 % de l'épargne mondiale, y compris la nôtre, et croissent deux fois plus vite que nous, et les grands pays de l'Asie dont le développement est légitime mais le serait davantage s'il s'appuyait aussi sur leur marché intérieur et pas seulement sur l'exportation à bas prix, entraînant l'élimination rapide du tissu industriel dans les pays anciennement développés ? La Chine a besoin du socialisme, celui qui par exemple, commencerait par instaurer la Sécurité Sociale et par décréter la liberté des syndicats ! Nous sommes ainsi plongés dans une mondialisation caractérisée par la domination des marchés financiers sur la production, et par une « déflation salariale » qui conduit à substituer des emplois peu payés à des emplois bien rémunérés (et assortis de protection sociale). Les effets de ces deux phénomènes sont du jamais vu dans l'histoire du développement économique ! Délocalisations, qui satisfont les exigences exorbitantes de rentabilité des actionnaires en privant notre pays de son tissu industriel. Mise en concurrence permanente de nos travailleurs (y compris nos ingénieurs) avec ceux des pays à bas coût de rémunération. Les classes moyennes sont maintenant touchées de plein fouet par cette dégradation de leur pouvoir d'achat.

Tout le monde en France n'a pas pour autant décidé de baisser les bras. Mais il faut un plan cohérent, une vision. C'est ce plan et cette vision que je propose.

*

Pour faire rebondir la France, il faut d'abord réorienter l'Europe. Celle-ci en effet peut être, comme la langue d'Esope, la pire ou la meilleure des choses.

La pire si elle s'abandonne aux vents dominants, qu'ils soufflent de l'Ouest ou de l'Est. D'un côté l'Empire américain veut nous enchaîner à son char. Nos soldats se feraient canarder à Bagdad, si on avait écouté Nicolas Sarkozy en 2003. En attendant, la colonisation du CAC 40 par les Fonds d'investissement américains se poursuit et notre épargne se place à l'étranger, en particulier à Wall-Street.
D'un autre côté, une concurrence entièrement faussée offre nos marchés aux produits à bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l'effet des délocalisations beaucoup plus importantes que veut nous le faire croire la pensée libérale dominante :

- Car outre le transfert d'unités de production, la partie visible, il y a la délocalisation par ouverture d'autres usines dans les pays à bas coût entraînant chez nous la réduction de l'investissement et de la production.
- Il y a également la délocalisation par les achats, par le biais notamment des grandes surfaces : les produits importés représentent aujourd'hui 50 % de notre consommation de biens manufacturés.
- Enfin, il y a les délocalisations qui correspondent aux plans de redéploiement des grands groupes, qui suppriment des emplois dans les pays où les salaires sont les plus élevés : c'est ce que nous connaissons déjà et que nous mesurerons davantage au prochain retournement de conjoncture.

Il est temps de réagir.

L'Europe avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège qui se resserre, si nous en avons la volonté opiniâtre et si nous savons la faire partager autour de nous. La volonté de la France sera un encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation que la nôtre. C'est l'enjeu de cette campagne présidentielle que de faire se lever une France nouvelle, jeune et volontaire. Tel est le sens de la bataille que je propose à nos concitoyens de livrer.

Je veux mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités et des attentes qui sont immenses dans notre pays.

Mon « idée de manœuvre » est simple : pour faire rebondir la France, il faut réorienter l'Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain.

Mes trois priorités sont donc indissociablement :
1) Réorienter la construction européenne ;
2) faire rebondir la France ;
3) remettre en marche le modèle républicain.

Je vais développer successivement ces trois priorités :


I - L'Europe d'abord. Le chemin que je vous propose n'est pas celui de la nostalgie. C'est celui de l'avenir.

J'invite la France à sortir des impasses où l'ont mise des années d'aveuglement, pour défricher les chemins de l'avenir. La France doit aider l'Europe à sortir de l'impasse où elle se trouve.

Depuis cinquante ans, on a fait croire aux Républicains qu'il fallait détruire les nations pour construire l'Europe. Erreur funeste. La faute, la très grande faute, de M. Monnet c'est d'avoir voulu bâtir l'Europe sur les ruines des nations en se passant de la démocratie : on a confié le pouvoir et la définition même de l'intérêt général à des expertocraties irresponsables : Commission européenne, Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale indépendante. Voilà la source du fameux déficit démocratique de l'Europe, de l'impasse où nous nous trouvons à présent puisque ces irresponsables, ne jurant que par la concurrence et le marché, ont mis bas toutes les protections douanières, contingentaires, monétaires et toutes les règles qui définissaient le service public, livrant les peuples à des concurrences déloyales et faussées auxquelles notre tissu industriel ne peut résister.

La crise vient de ce qu'un chapitre se ferme sans que le nouveau se dessine encore clairement. Chacun voit que la méthode suivie depuis plus de quarante ans est venue à extinction.

Il faut maintenant déverrouiller l'avenir. C'est sur les peuples et la force des nations que nous construirons une Europe forte et fière, capable de tenir son rang dans le monde, de construire un monde multipolaire, de faire entendre partout la voix de la justice et de la raison.

L'Europe a besoin de repartir sur de nouvelles bases. Les raccourcis imaginés par Jean Monnet et sa suite ont fini dans une impasse. Parce qu'il voulait ignorer les nations, les nations ont fini par se détourner de ce radeau, de ce Kon Tiki devenu en fait radeau de la Méduse.

Voilà donc le chemin du redressement : l'Europe par les nations ! Et c'est par la France retrouvée que cette nouvelle donne fera irruption dans l'Europe en panne.

Les rafistolages ne sont plus suffisants. Il faut du neuf en Europe. Je vous propose d'en apporter ! Voilà comment je compte m'y prendre.

1) Pour réorienter la construction européenne, je suggère que le nouveau gouvernement de la France adresse sans délai un premier mémorandum européen à Bruxelles et aux douze capitales de la zone euro pour mettre en place un gouvernement économique de la zone euro et organiser, à cette échelle, la relance et la croissance de l'économie.

a) Premier volet : la réforme des statuts de la Banque centrale pour que celle-ci voie inscrits au rang de ses objectifs statutaires la croissance et l'emploi.
b) Deuxième volet : l'attribution à l'Eurogroupe, c'est-à-dire aux ministres des Finances représentant les différents gouvernements responsables devant leurs peuples, de pouvoirs précis en matière de politique monétaire - s'agissant notamment du change -, et de politique budgétaire et fiscale.
c) Troisième volet : l'organisation d'une Conférence des Chefs d'Etat pour la définition et la mise en œuvre d'un plan de relance concernant les Universités, la recherche, les grandes infrastructures de transport, la défense et les industries de défense, l'aérospatiale enfin, financé par un emprunt garanti par l'ensemble des Etats-membres.

Le vrai problème, pour arriver à cette réorientation c'est l'Allemagne de Mme Merkel. Il nous faudra gagner l'Allemagne à une conception qui privilégie la croissance interne en Allemagne et en Europe plutôt que le développement de ses exportations hors d'Europe. L'Allemagne réalise 70 % de ses exportations vers l'Europe au sens large, y compris la Russie, et son PIB est le tiers du PIB européen. Cette réorientation européenne irait dans le sens des intérêts du monde du travail en Allemagne même, où il existe plus de quatre millions de chômeurs mais elle ne correspond pas à la politique actuelle du gouvernement Merkel qui prévoit une hausse de trois points de la TVA et une baisse à 30 % de l'impôt sur les sociétés. C'est cet iceberg à l'horizon que les dirigeants du Titanic socialiste ne voient pas. Cette politique de Mme Merkel est celle des milieux dirigeants de l'industrie et de la banque. Elle ne répond pas aux intérêts du monde du travail ni de l'Allemagne elle-même. Mais elle peut être infléchie : il faudra faire prendre conscience à l'opinion publique allemande de la nécessité d'un changement de cap « européen », de nouvelles règles du jeu, plus équitables dans le commerce international. Ce sera une de nos tâches, la plus décisive peut-être.

Le retournement probable de la conjoncture américaine et mondiale peut favoriser cette réorientation. Nous avons besoin d'une Allemagne européenne. A cette condition nous pouvons accepter non pas une nouvelle Constitution européenne mais un petit traité institutionnel pour faciliter les prises de décision. Pour faire simple :