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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

27 Avril 2010

Ouverture du site : retraites-enjeux-debats.org/

Nous avons le plaisir de vous informer de l'ouverture du site

Retraites - Enjeux - Débats

Enjeux & Débats

 

 

Vous y trouverez en particulier - un diaporama de 75 diapositives intitulé "Comprendre notre système de retraites, ses évolutions et les principaux enjeux"

 

Nous mettons ces outils à la disposition de tous ceux qui veulent informer et agir pour la préservation de notre système de retraites intégralement en répartition et à prestations définies.

Ce site est aussi un peu le votre, puisque vous êtes signataires de l'appel « Retraites, Chômage - Arrêtons la désinformation ! » qui figure en page d'accueil du site.

 

Dès aujourd'hui, vous aussi vous pouvez informer et agir. En ajoutant à vos mails, à vos commentaires sur les forums, à vos tracts syndicaux, à vos sites internet  le message suivant http://www.retraites-enjeux-debats.org/ , le nouveau site pour se clarifier les idées sur les retraites et le chômage de masse.

 

Voilà, c'est fait !

 Publié ici le 5 mars :  Retraites chômage : arrêtons la désinformation , je le republie ici pour les mêmes raisons : ne laissez pas les médias aux ordres de Sarkozy et de l'Union pour une Minorité de Privilégiés (UMP) décider pour vous.

Appel « Retraites, Chômage : Arrêtons la désinformation ! »

 

samedi 27 février 2010

Le chômage de masse, la précarité, le déficit des retraites, de la santé, du budget de l’Etat, ne sont que les multiples symptômes d’une même maladie. Celle de l’explosion des inégalités au cours des 30 dernières années, suite aux dérégulations qui ont laissé le champ libre à la goinfrerie sans bornes des dirigeants des grands groupes financiers et de leurs principaux actionnaires.

Nous sommes des syndicalistes, des salariés, des économistes, des sociologues, des retraités. Les retraites et le chômage concernent toutes les générations. La désinformation permanente sur ces deux dossiers, volontaire ou involontaire, est dangereuse pour notre démocratie. Ensemble nous souhaitons ouvrir une brèche dans ce mur de la désinformation.

Nous n’acceptons pas que les jeunes soient les premières victimes de la prochaine « réforme » des retraites. Repousser l’âge minimal de départ à la retraite ou augmenter le nombre d’annuités nécessaires aggraverait encore le chômage des jeunes qui est déjà de 24% parmi les jeunes « actifs ». Le chômage étant ce qu’il est, mieux vaut un senior de 60 ans à la retraite qu’un jeune de 23 ans au chômage. Nous n’acceptons pas que les femmes, déjà lourdement pénalisées tout au long de leur vie au travail (salaires inférieurs, temps partiels imposés...) le soient encore au moment de prendre leur retraite (manque d’annuités…). Nous n’acceptons pas que la France se dirige vers un système de retraites à l’anglo-saxonne basé sur l’individualisme et la logique financière.

Nous n’acceptons pas l’idéologie du « travailler toujours plus » qui accentue les inégalités et peut conduire, parfois, aux pires extrémités. Nous n’acceptons pas la répartition actuelle des patrimoines et des revenus. Des « réformes » irresponsables ont déjà été mises en œuvre. En 2007, le gouvernement a encouragé les heures supplémentaires, en les exonérant de cotisations sociales. En 2008, il a autorisé le cumul d’une retraite à taux plein et d’un salaire à temps complet ou partiel, sans limite de revenus.

Le chômage de masse est la cause des déficits sociaux et de la crise

Le chômage de masse n’est rien d’autre qu’une répartition imposée du temps de travail, entre ceux qui se ruinent la santé au travail et ceux qui n’ont pas d’emploi, ou seulement des petits boulots précaires. La persistance d’un chômage élevé depuis 30 ans a instauré un rapport de force défavorable aux salariés et conduit à une répartition intenable des richesses créées (60 % pour les salaires, 40 % pour les profits). La répartition autoritaire et imposée du temps de travail est donc la cause première de la crise.

C’est ce qu’expliquait en novembre 2008 l’économiste Michel Aglietta dans La crise d’un modèle de croissance inégalitaire

«  Les évolutions des salaires réels et de la productivité ont été déconnectées, entraînant une modification de la répartition des revenus. Comment entretenir dans ces conditions la croissance dans les pays riches ? Il a fallu déconnecter la dépense et le revenu, en stimulant la consommation par le crédit. [...] La croissance ne pouvant plus être dopée par l’endettement, il va falloir que le revenu salarial se remette à progresser en ligne avec la productivité. Pour le dire autrement, le degré d’inégalité atteint dans les sociétés occidentales est devenu un frein à la croissance. [...] Il faudra revenir sur les cadeaux fiscaux systématiques qui ont été faits aux plus riches pendant des années.  »

Expliquer, proposer

Nous devons expliquer aux « 18 – 45 ans », que seul un système de retraite intégralement par répartition et à prestations définies peut leur garantir, le moment venu, une pension de retraite correcte. En effet, la caractéristique principale de la retraite par répartition est sa sécurité, puisque son financement repose sur un indice peu aléatoire, la masse salariale globale. Dans 30 ou 40 ans, il y aura toujours des dizaines de millions d’actifs qui cotiseront pour payer les retraites.

Nous appelons chacun à exiger que toutes les propositions de financement des retraites soient débattues dans la transparence. Par exemple :

- suppression des avantages fiscaux et sociaux accordés à l’épargne salariale par capitalisation
- suppression de quelques autres exonérations sociales et fiscales puisque leur montant total s’élève à 140 milliards d’euros par an (Libération du 28 janvier)
- cotisations sociales sur l’ensemble des revenus liés aux salaires (intéressement, participation, primes diverses, stock-options …)
- élargissement de l’assiette des cotisations à l’ensemble de la valeur ajoutée des entreprises et aux revenus des placements financiers
- augmentation de la progressivité de l’impôt sur le revenu
- les 10 milliards d’euros versés chaque année dans les systèmes d’épargne retraite en capitalisation devraient dorénavant être versées pour la répartition
- pas de pension inférieure au Smic. Indexation des pensions sur l’évolution des salaires

Nous appelons chacun à exiger une autre répartition du temps de travail. Par exemple :

- abrogation des exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires
- rétablissement des contingents annuels autorisés d’heures supplémentaires
- majoration des cotisations chômage sur les heures dépassant les 1600 heures annuelles
- incitations au retour à 35 heures et à la semaine de 4 jours
- suite à la démolition de la loi sur les 35 heures, plus de 2 millions de salariés subissent le contrat de travail en jours, sans aucune référence horaire, avec tous les dangers en termes de santé et d’emploi. Arrêtons cette dérégulation qui se justifie au plus pour quelques dizaines de milliers de cadres
- hormis pour ceux ayant de faibles pensions, le revenu cumulé d’une pension et d’un salaire ne devrait pas être supérieur au dernier salaire d’activité à temps complet

En 2006, c’est ensemble (jeunes, étudiants, salariés, retraités …) que nous avons empêché la généralisation de la précarité que le gouvernement voulait nous imposer avec le CPE.

En 2010, c’est ensemble (jeunes, étudiants, salariés, retraités …) que nous défendrons le droit de chacun à un véritable emploi et le droit à une retraite par répartition à prestations définies.

Parmi les premiers signataires de l’appel

 

(DS = délégué syndical ---- DSC = délégué syndical central)

Audebert Jean-Marc (DS UGICT CGT Air France) Boizard Florence (Rédactrice Territoriale, FSU) Bony Bertrand (Formation et Action Citoyennes, Attac) Cassi Jean-Luc (ingénieur, UGICT-CGT Thales) Castaing Daniel (Océ France, CFDT) Liard Christian (informaticien, DS CFDT) Martin André (ingénieur, UGICT-CGT, formateur retraites) Mas Alain (DSC UGICT-CGT Renault)

Bayou Julien (cofondateur de Génération Précaire) Chaibi Leila (L’Appel et la Pioche) Dental Monique (Réseau Féministe Ruptures ) Descormes Michel (Secrétaire Fédéral UNSA Postes) Filoche Gérard (Attac, Copernic, DDTEFP Paris) Gadrey Jean (économiste) Gauvain-Puigbert Mathilde (sociologue UPEC-EHESS, Amilly) Généreux Jacques (économiste ) Husson Michel (économiste, Attac, Copernic) Lambert Marie-Mathilde (Secrétaire nationale du SNICIC-CGT) Lipietz Alain (économiste) Maucourant Jérôme (économiste) Mécary Caroline (co-présidente Fondation Copernic) Sterdyniak Henri (économiste)

Chevet Jean-Luc (DSC CGT Thales Avionics) Cialdella Michel (administrateur CPAM, CGT) Desaigues Paul (UGICT-CGT, IBM) Devaux Jean-Louis (Ingénieur, DSC CGT) Gaiffe Jean-Luc (CGT Hewlett Packard ) Janodet Bernard (Retraité, CFDT) Jenot Pascal (psychologue clinicien, enseignant Université de Tours) Joumard Robert (Attac Rhône) Jugé France (conseiller du salarié, Thales Elancourt, CFDT) Juteau Michel (DSC CGT Thales Avionics) Lairesse Pierre (membre du collectif FTM/CGT protection sociale) Lamachia Martial (Secrétaire général Syndicat CGT Manpower) Leclerc Alain (Urbaniste- Architecte) Lepage Françoise (FSU, Professeur retraité) Lepetit Gérard (DSC CGT Thales Communication) Morchoisne Patrick (RS CGT Schlumberger) Moreira Carlos (DSC CGT Hutchinson SNC) Mulet-Marquis Cédric (enseignant ENS Lyon) Neau Sébastien (Cheminots CGT SNCF) Paraton Henri (Cadre de direction retraité, Attac) Pavan Guy (DS CGT Molex Villemur) Perrin Evelyne (Stop Précarité ) Petitnet Marc (CGT Secrétaire CHSCT MBDA France) Petrachi Xavier (DSC CGT AIRBUS) Poletto Jean (DSC CGT ACTIA) Predali Michel (délégué UFICT CGT Caisse de Retraite AGIRC) Rachmuhl Gilbert (UGICT-CGT, formateur retraites) Ribet Inès (CFDT Traductrice / Formatrice ) Rols Dominique (inspecteur du travail FSU DDTEFP 42) Rossilli Antonin (DS CGT CNAV37) Rousseau Dominique (DS CGT Tyco Electronics France SAS) Saint-Saens Isabelle (informaticienne, SUD) Siry Jean (administrateur caisse AGIRC) Volat Jean-Louis (ingénieur géologue TOTAL) Zambrano Alberto (informaticien, DS CFDT)

Signer l’appel

Publié par Frédéric Maurin à 22:18pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

14 Avril 2010

Eléments pour une gauche décomplexée

Et décomplexer la gauche, c'est affirmer que le libre-échangisme est une machine de guerre contre la protection sociale, et que les politiques européennes en constituent un rouage redoutable.

C'est donc prendre le risque de se faire taxer de « protectionniste » ou d’ « anti-européen » par des médias entre les mains des grands intérêts financiers et industriels, voire par des responsables politiques répétant comme des perroquets une vulgate apprise à Sciences-Po ou à HEC ?

Toujours un plaisir de lire Bernard Cassen...

Source :  http://www.m-pep.org/

 

(si j'écris de plus en plus gros... c'est qu'il faut le faire savoir de plus en plus fort...faites tourner!) 

 

LE LIBRE-ÉCHANGISME, MACHINE DE GUERRE CONTRE LES SYSTÈMES DE PROTECTION SOCIALE

Il y a toujours un temps de retard entre le vote des traités ou des lois, leur mise en œuvre et la perception qu’en ont ensuite les citoyens. C’est la loi du genre, mais cela peut aussi être une tactique délibérée pour avancer masqué dans des domaines sensibles.

C’est effectivement ce qui s’est passé avec la plupart des décisions européennes de libéralisation tous azimuts, dont on n’a mesuré les effets désastreux que bien longtemps après leur adoption. La quasi totalité des responsables politiques se réclamant de la gauche de gouvernement le savent parfaitement, mais rares sont ceux disposés à l’admettre publiquement. Cela reviendrait en effet pour eux à abjurer ce qu’ils ont encensé, à faire leur autocritique publique et à sortir du « politiquement correct européen » hors duquel on nous serine que toute ambition présidentielle est par avance vouée à l’échec en France.

Heureusement, les libéraux n’ont pas de ces pudeurs. Eux, au moins, n’hésitent pas à afficher la couleur. Pour celles et ceux qui ont voté le traité de Maastricht en 1992, je vais citer les propos, tenus en 1999, d’une personnalité éminente qui, au début des années 1990, avait imposé ses vues aux négociateurs dudit traité. En particulier à la France de François Mitterrand, de Michel Rocard et de Pierre Bérégovoy. Il s’agit de M. Hans Tietmeyer, alors président de la Bundesbank, dont la Banque centrale européenne n’est que la transposition, en plus « indépendant » encore, au niveau européen.

Répondant, à la fin août 1999, à la veille de son départ à la retraite, à une question qui lui était posée sur les conséquences sociales de la récente mise en place de l’euro, le patron de la « Buba » s’exprimait ainsi : « L’homme de la rue n’en est pas conscient. Tout le monde ne comprend pas encore de quoi il s’agit ». Pour la gouverne de l’«  homme de la rue », ce modèle de banquier central auquel Jean-Claude Trichet s’évertue de ressembler, mettait ensuite carrément les pieds dans le plat. Que l’on en juge : « La concurrence entre les systèmes de protection sociale sera plus forte, pas seulement vis-à-vis du monde non européen, mais aussi à l’intérieur de l’Europe… Il faut de la concurrence entre les systèmes fiscaux, tout comme entre les systèmes de protection sociale nationaux… Il n’y aura pas de retour en arrière, c’est définitif » [1].

L’un des mérites de cette déclaration-vérité est de rappeler que la mise en concurrence des systèmes de protection sociale et de fiscalité - ce qui, en clair, signifie leur alignement vers le bas - est d’abord intra-européenne avant d’être planétaire. Nulle surprise à cela. L’Union européenne (UE), et cela dès le traité de Rome de 1957, lorsqu’elle s’appelait CEE, a toujours aspiré à se diluer dans un marché unique mondial, malgré les gigantesques écarts de développement entre nations et continents.

Les libertés dites « fondamentales » de l’UE, telles qu’elles sont rappelées dans, entre autres - et c’est un comble - le préambule de la Charte des droits sociaux fondamentaux annexée au traité de Lisbonne (libertés de circulation des capitaux, des biens et des services, auxquelles il faut ajouter celle des personnes) n’ont rien de spécifiquement européen. Elles ont valeur universelle. On les retrouve dans les chartes des deux principales organisations internationales de ce que j’appellerai volontiers l’Internationale libérale : le Fonds monétaire international (FMI) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Une parenthèse à ce sujet : en d’autres temps, en France, se trouver à la tête de ces deux institutions, honnies des mouvements sociaux du monde entier, aurait été jugé incompatible avec l’appartenance à quelque formation politique progressiste que ce soit. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. On voit le grand bond en arrière effectué en trois décennies. Il est pour le moins insolite de condamner l’ « ouverture » de Nicolas Sarkozy à des personnalités prétendument « de gauche » et, dans le même temps, de se féliciter d’en voir d’autres, tout autant « de gauche », si l’on ose également utiliser cette expression dans leur cas, occuper les postes de commande qui leur ont été concédés par les gouvernements piliers de la mondialisation libérale, en premier lieu par celui des États-Unis.
Les Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy sont au système capitaliste globalisé ce que les Bernard Kouchner et Eric Besson sont, mais cent crans au-dessous, au système sarkozyste national. Je réclame donc l’indulgence pour ces ministres qui, eux au moins, ont la décence de ne plus être titulaires de la carte d’un parti de gauche.

Il ne faut pas être Prix Nobel d’économie pour comprendre qu’il existe une radicale contradiction entre, d’un côté, l’ouverture internationale en matière financière et commerciale - le libre-échangisme, pris au sens générique -, et, d’un autre côté, la pérennité des systèmes de protection sociale nationaux.

Le premier article du Code français de la Sécurité sociale affirme que « l’organisation de la Sécurité sociale est fondée sur le principe de solidarité nationale ». Cette solidarité s’exprime par le devoir de s’acquitter de prélèvements dits obligatoires, en l’occurrence de cotisations et d’impôts. La logique du système libre-échangiste est de laminer ces sources de financement, et donc de saper les fondements de la solidarité.

Les mécanismes sont connus de tous. Les cotisations sociales sont dépendantes à la fois du nombre de personnes employées à un moment donné et du niveau des salaires. Or le libre-échange détruit les emplois aussi bien au Sud qu’au Nord. Ce n’est pas moi qui le dis, mais l’organisation-sœur du FMI, la Banque mondiale elle-même. Dans un rapport publié en 2003 [2] et qui est cité dans un document de l’ONG War on Want au titre explicite (Trading Away Our Jobs, c’est-à-dire « Comment le commerce emporte nos emplois »), l’auteur écrit : « Pendant les périodes de libéralisation du commerce, on peut s’attendre à ce que le rythme de destruction des emplois soit plus rapide que celui de création des emplois. La globalisation pourrait donc être associée à une augmentation du taux de chômage ».

Même la Commission européenne est obligée de reconnaître cette évidence, malheureusement corroborée par l’expérience quotidienne des fermetures d’entreprises et des délocalisations. Dans son rapport de 2006 sur la création d’un Fonds européen d’ajustement à la globalisation – d’un montant dérisoire de 3,5 milliards d’euros sur 7 ans –, elle écrit que la libéralisation commerciale « entraîne des licenciements à grande échelle » et la « détérioration des conditions d’emploi » dans l’Union européenne.

J’ai préféré citer des sources d’une orthodoxie irréprochable pour rappeler la corrélation libre-échange/ chômage que des auteurs comme Jean-Luc Gréau, Hakim El Karoui, Emmanuel Todd et Jacques Sapir avaient de toute manière brillamment démontrée ces dernières années.

Donc, davantage de chômeurs, mais aussi stagnation, voire baisse des revenus salariaux dans les secteurs exposés à la concurrence internationale. Je ne reviens pas ici sur l’articulation libre-échange/ déflation salariale établie, entre autres, par les travaux de Jacques Sapir. Le résultat est sans appel : les rentrées fournies par les cotisations salariales ne peuvent qu’être tendanciellement orientées à la baisse.

Restent les impôts. Mais, là aussi, la libéralisation totale des mouvements de capitaux et les paradis fiscaux sont de puissants outils pour la recherche du « moins-disant fiscal », que ce soit pour les entreprises ou pour les particuliers. Je ne crois pas qu’il se trouve beaucoup de personnes prenant au sérieux la prétendue lutte de l’OCDE ou du G-20 contre ces centres « off-shore » qui sont autant de refuges de la délinquance, voire de la criminalité financière organisée.

L’UE n’est pas crédible dans ce domaine. Non seulement certains de ses membres à part entière sont eux-mêmes des paradis fiscaux spécialisés dans des niches particulières (Autriche, Chypre, Irlande, Luxembourg notamment, mais les territoires ou micro-États sur lesquels ils exercent leur juridiction en dernier ressort (îles anglo-normandes, Andorre, Monaco, San Marin, etc.) ne vivent que du non-droit fiscal.

Même sans l’existence de ses paradis fiscaux, l’UE offrirait de belles possibilités aux réfractaires au fisc en raison des disparités d’imposition entre pays membres. C’est l’argument utilisé par Nicolas Sarkozy pour justifier le bouclier fiscal.

Hans Tietmeyer nous avait prévenus : la concurrence entre les systèmes fiscaux et donc, par ce biais, entre les systèmes de protection sociale n’est pas une exception, mais bien la règle dans l’UE. C’est pourquoi tout discours sur l’avenir des retraites, pour prendre un exemple d’actualité, relève du tour de passe-passe s’il ne prend pas en compte les logiques européennes qui, toutes, ont pour conséquence l’assèchement des ressources fiscales et salariales destinées à la protection sociale.

Rétrospectivement, on mesure la faute historique majeure commise par François Mitterrand en 1988 lorsqu’il avait renoncé à exiger une directive sur l’harmonisation de la fiscalité de l’épargne comme condition de l’adoption de la directive sur la libéralisation des mouvements de capitaux. Mitterrand préférait une Europe libérale à pas d’Europe du tout. Trente ans après, nous avons effectivement le libéralisme au pouvoir partout, et presque pas d’Europe, sauf pour libéraliser encore davantage. Le cas de la Grèce est édifiant à cet égard.

Résumons-nous : le libre-échangisme est une machine de guerre contre la protection sociale, et les politiques européennes en constituent un rouage redoutable. Maintenant une question : quel parti ou syndicat aura l’honnêteté et le courage de le dire tout haut ? Qui prendra le risque de se faire taxer de « protectionniste » ou d’ « anti-européen » par des médias entre les mains des grands intérêts financiers et industriels, voire par des responsables politiques répétant comme des perroquets une vulgate apprise à Sciences-Po ou à HEC ?

Pour ces timorés en mal de références alternatives, mais indiscutables, on suggèrera de prendre appui sur un texte étonnant et peu connu : la Déclaration de Philadelphie, première Déclaration internationale des droits à vocation universelle, proclamée le 10 mai 1944, quelques semaines avant les accords de Bretton Woods et quatre ans avant la Déclaration universelle des droits de l’homme. Ce texte, auquel Alain Supiot consacre un livre à lire absolument [3], se présentait comme une Déclaration concernant les buts et objectifs de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Près de 70 ans après, ce texte est d’une actualité aussi brûlante que celui du programme du Conseil national de la Résistance en France, adopté le 15 mars 1944, et dont le Medef réclame la mise à l’Index. Altermondialiste avant la lettre, la Déclaration affirme que « le travail n’est pas une marchandise » ; elle pose la nécessité de la « sécurité économique » et indique que la justice sociale est « le but central de toute politique nationale et internationale ». C’est-à-dire exactement l’inverse des principes du néolibéralisme. Voilà un texte à brandir aujourd’hui et à confronter aux prétendues « libertés » des traités européens qui constituent le carcan dans lequel doivent s’inscrire les politiques nationales.

Se poser la « question européenne » devrait être un préalable à toute réflexion sur la protection sociale. On n’en prend pas actuellement le chemin. Mais cette omerta ne pourra durer indéfiniment. Arrivera bien un jour le moment où les citoyens se rendront compte qu’on les a enfermés comme des mouches dans un bocal de verre européen sur les parois duquel ils butent en permanence. Et grande sera alors la tentation de briser le bocal. Le rôle des responsables politiques devrait être de délivrer les citoyens de ce bocal plutôt que d’avoir à en ramasser après-coup les fragments épars.

(Communication au colloque « Convergences pour dépasser le libre-échange » organisé le 10 avril à Paris par l’association Un monde d’avance. La gauche décomplexée.)

 

Publié par Frédéric Maurin à 20:16pm - Voir le commentaire ()
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14 Avril 2010

Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance

6 mai 2007 - 6 mai 2010 : Sarkozy, bientôt 3 ans ! Pour fêter cela, je remets en perspective le coeur de son projet politique avec l'aide, involontaire, du MEDEF.

 

Quand les membres du MEDEF (1) ne spéculent pas, n’accumulent pas des centaines de millions d’euros, ne corrompent pas des syndicalistes bureaucratisés pour "fluidifier les relations sociales" (dixit Yvon Gattaz : ah la bataille des mots!), ne pratiquent pas des licenciements boursiers, ne privatisent pas les profits en socialisant les pertes …ils leur arrivent d’écrire des choses intéressantes.

C’est bien le cas de Denis Kessler : il parle clair, n'est pas en campagne électorale, n'a pas peur des revers électoraux, ni des rumeurs.  

Le projet SARKOZY, c’est bien le MEDEF qui en parle le mieux : liquider le modèle social construit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale sur la base des rapports de force issus de la Résistance et de la Libération...en bref, « …défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance »


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Texte intégral :

ADIEU 1945, RACCROCHONS NOTRE PAYS AU MONDE !


par Denis KESSLER

Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.


Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

A l’époque se forge un pacte politique entre les gaullistes et les communistes. Ce programme est un compromis qui a permis aux premiers que la France ne devienne pas une démocratie populaire, et aux seconds d’obtenir des avancées - toujours qualifiées d'historiques - et de cristalliser dans des codes ou des statuts des positions politiques acquises.

Ce compromis, forgé à une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette architecture singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les tabouise en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse.

Source : “Challenge” - 4 octobre 2007 par Denis Kessler : ancien n° 2 et idéologue en chef du MEDEF au côté d’Ernest-Antoine Seillières de 1994 à 1998, apôtre du projet de “refondation sociale” d’alors.



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Vous trouverez ci-après une réaction aimablement relayée par Antoine Manessis (contact : a.manessis@wanadoo.fr / http://www.initiative-communiste.fr/ )

Construire un front de résistance contre leur volonté de « défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance »



Denis Kessler est un homme du pouvoir. Ancien numéro 2 du Medef aujourd’hui président du groupe Scor (un des plus grands groupes mondiaux de réassurance), membre du Conseil économique et social, de la Commission des comptes de la nation, il exerce plusieurs mandats d’administrateur, notamment au sein de BNP Paribas, Bolloré Investissement, Dassault Aviation… Il sévit en outre depuis peu en tant qu’éditorialiste dans le magazine économique Challenges. Voici ce qu’il y a écrit le 4 octobre, avec le parfait cynisme des « grands » de ce monde :

« Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie.

Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… (…) La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance.

Ce compromis (entre les communistes et les gaullistes) forgé dans une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux.»

Kessler rend ici un hommage – aussi éloquent qu’involontaire - au mouvement communiste et aux syndicats de classe, fers de lance de la lutte des travailleurs pour un progrès social qui a toujours été le « sous-produit » des combats des organisations révolutionnaires. Il souligne le lien entre leur défaite ou leur mutation et la régression sociale : dans sa course folle au profit maximum, le pouvoir du capital - et son gouvernement aux ordres - se sent désormais en position de détruire purement et simplement toutes les avancées sociales et démocratiques de l’après-guerre imposées contre les grands groupes capitalistes parrains du fascisme et du nazisme. Retraites par répartition, Sécu solidaire, fonction publique au service des usagers mais aussi droit du travail, services publics, conventions collectives, droit de grève, durée du travail… tout doit disparaître !

C’est dire l’importance du recul de civilisation programmé et l’urgence de répondre à cette offensive de classe par la construction d’un front de résistance populaire dont le cœur se situe dans la mobilisation des travailleurs et la convergence des luttes qui se développent contre la régression sociale tous azimuts. Comme l’écrit la CGT-Chimie : « Plus que jamais l’heure est à la résistance et à l’unité de toutes les luttes face à la politique de casse du pouvoir ». La journée de grève du 18 octobre contre la casse des retraites et des services publics (SNCF ; EDF-GDF ; RATP ; fédérations de fonctionnaires CGT et Solidaires ; CGT, FO et Sud Education ; CGT et Sud PTT ; SNU, CGT, FO et Sud ANPE ; …) est une étape importante dans cette circonstance même s’il est préoccupant que la direction FSU ait choisi de temporiser en n’appelant pas ouvertement à la grève au motif que la CFDT ne voulait pas en entendre parler, alors même que l’inquiétude des personnels de l’Education Nationale est grande et que leur volonté de lutter s’affirme ainsi qu’en témoignent les nombreux appels à la grève des sections départementales FSU pour le 18.

Face à un pouvoir décidé à taper vite et fort, le temps est désormais compté : soit nous réussirons à avancer dans la convergence de luttes que tout rapproche (sans oublier les luttes contre la baisse des salaires, l’augmentation du temps de travail et les délocalisations, la chasse aux travailleurs dits immigrés…) soit le gouvernement vaincra des luttes morcelées et nous assisterons à la ruine des espérances formulées il y a un demi-siècle par le CNR. C’est pourquoi partout, dans les lieux de travail, dans les facs, avec et dans les syndicats, doivent se multiplier les discussions, les réunions et AG inter-pro pour faire grandir, à partir des revendications des travailleurs, l’exigence d’un « tous ensemble » durable contre la régression sociale généralisée et pour la satisfaction des besoins populaires, seul capable de stopper Sarko-Medef et le pouvoir du capital.

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Qu'importe-t'il de défaire méthodiquement au nom de leur merdonité libérale ? Le programme du Conseil National de la Résistance, d'une actualité troublante, notamment dans ses "mesures à appliquer dès la libération du territoire".




Le CNR se réunit pour la première fois le 27 mai 1943, clandestinement, dans un appartement parisien, sous la présidence de Jean Moulin, représentant en France occupée du Général de Gaulle (installé à Londres puis à Alger comme chef de la France libre). Jean Moulin sera arrêté par les nazis en juin de la même année. Lui ont succédé Georges Bidault, démocrate chrétien, puis, à la Libération, le 15 septembre 1944, Louis Saillant, CGT.

Le CNR regroupait :

huit mouvements de RÉSISTANCE intérieure : "Combat", "Libération zone Nord", "Libération (Sud)", "Francs-tireurs partisans (FTP)", "Front national" (rien à voir avec le Front national actuel), "Organisation civile et militaire" (OCM), "Ceux de la Résistance" (CDLR), "Ceux de la Libération" (CDLL),
les deux grandes confédérations syndicales de l'époque : CGT (réunifiée) et CFTC,
six représentants des principaux partis politiques reconnaissant la France Libre, dont le parti communiste, le parti socialiste, les radicaux, la droite républicaine et les démocrates-chrétiens.

LE PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE
Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la RÉSISTANCE n'a pas d'autre raison d'être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n'est, en effet, qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R. ,

délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s'unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d'action immédiate contre l'oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.

I - PLAN D'ACTION IMMÉDIATE
Les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l'oppresseur hitlérien poursuit avec l'aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d'un million de prisonniers, par la déportation d'ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l'emprisonnement de 300.000 Français et par l'exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l'armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d'abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l'avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l'envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l'espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l'Europe, a placés dans leur volonté d'abattre l'Allemagne nazie, par le déclenchement d'opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l'épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu'il mette tout en oeuvre afin d'obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la RÉSISTANCE ne veulent pas et d'ailleurs ne peuvent pas se contenter d'une attitude passive dans l'attente d'une aide extérieure, mais qu'ils veulent faire la guerre, qu'ils veulent et qu'ils doivent développer leur RÉSISTANCE armée contre l'envahisseur et contre l'oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la RÉSISTANCE Française doit ou se battre ou disparaître; qu'après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l'offensive des Français contre l'ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l'ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l'union des patrons et des ouvriers, l'échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l'appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l'armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu'il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de RÉSISTANCE, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c'est seulement par l'organisation, l'intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l'union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l'a dit le Général De Gaulle, de l'insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l'autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d'assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l'espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l'état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l'aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l'ennemi commun, ainsi que l'a démontré l'exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l'armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

***

Pour mobiliser les ressources immenses d'énergie du peuple français, pour les diriger vers l'action salvatrice dans l'union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D'inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d'entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n'existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l'autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d'action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l'échelon communal, local et d'entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l'ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l'assistance active à l'égard des patriotes sous l'impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d'entraîner les Français qu'ils auront su grouper à l'action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d'oppression et d'exploitation imposées par l'ennemi, de l'extérieur et de l'intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l'ennemi et augmentant le potentiel humain de la RÉSISTANCE ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l'esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d'une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés; d'autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français pour une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d'obtenir l'augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l'ennemi, de façon à rendreà la population un minimum de vital en matière d'alimentation, de chauffage et d'habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers,des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d'installations industrielles pour le compte de l'ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l'ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l'intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l'Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l'appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d'entreprises devront en outre:

a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l'Intérieur par l'accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l'encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l'ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l'établissement effectif de l'autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l'autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit de l'état major national des Forces Françaises de l'Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l'ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d'armes et de munitions afin d'en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d'armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l'avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l'échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d'efficacité ;

4) Coordonner l'action militaire avec l'action de RÉSISTANCE de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d'appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d'empêcher les réquisitions de vivres et d'installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l'occupant provisoire.

***

Ainsi, par l'application des décisions du présent programme d'action commune, se fera, dans l'action, l'union étroite de tous les patriotes, sans distinction d'opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l'insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l'effort et les sacrifices de tous, sera avancée l'heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d'immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d'entreprendre au lendemain de la libération la plus grande oeuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.

II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE
Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la Libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du C.N.R. proclament qu'ils sont décidés à rester unis après la Libération :

1 ) Afin d'établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2 ) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l'éviction dans le domaine de l'administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l'ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3 ) Afin d'exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l'établissement d'un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d'occupation, ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l'armistice par les gouvernements de l'Axe et par leurs ressortissants dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4 ) Afin d'assurer :

· l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

· la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression ;

· la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères ;

· la liberté d'association, de réunion et de manifestation ;

· l'inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

· le respect de la personne humaine ;

· l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

a) Sur le plan économique :

l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ;
une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l'image des États fascistes ;
l'intensification de la production nationale selon les lignes d'un plan arrêté par l'État après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;
le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques ;
le développement et le soutien des coopératives de production, d'achats et de ventes, agricoles et artisanales ;
le droit d'accès, dans le cadre de l'entreprise, aux fonctions de direction et d'administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l'économie.
b) Sur le plan social :

le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l'amélioration du régime contractuel du travail ;
un rajustement important des salaires et la garantie d'un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d'une vie pleinement humaine ;
la garantie du pouvoir d'achat national par une politique tendant à la stabilité de la monnaie ;
la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l'organisation de la vie économique et sociale ;
un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l'État ;
la sécurité de l'emploi, la réglementation des conditions d'embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d'atelier ;
l'élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l'expérience de l'Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu'aux salariés de l'industrie, par un système d'assurance contre les calamités agricoles, par l'établissement d'un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d'accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d'un plan d'équipement rural ;
une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;
le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.
c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l'efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation. Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l'action gouvernementale.

L'union des représentants de la RÉSISTANCE pour l'action dans le présent et dans l'avenir, dans l'intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourraient freiner leur action et ne servir que l'ennemi.

En avant donc, dans l'union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président, le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire, afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE


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Une grande partie de ce programme a été effectivement appliquée après la guerre (sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des féodalités économiques à la Libération, droit à la culture pour tous, presse écrite délivrée de l'argent et de la corruption, lois sociales agricoles, etc). Ce programme de mars 1944 constitue encore de nos jours le socle des conquêtes sociales aujourd'hui menacées et méthodiquement démantelées.



(1) Membres influents du MEDEF que je ne confonds pas ici, pour bien les connaître, avec le patronat qui se lève tôt et travaille dur, y compris dans le secteur de l'économie sociale et solidaire, ou encore ceux du secteur marchand qui turbinent dans les SCOP.

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 06:50am - Voir le commentaire ()

10 Avril 2010

Non à l'augmentation des salaires !

Etonnant, non ? Cela vous la coupe ?

Il fallait oser, le Plan B l'a fait.

(Vous n'avez toujours pas de Plan B ? L'abonnement, c'est par là : http://www.leplanb.org/ )

 

En effet, le "gagner plus", que ce soit sur le mode sarkozyste du "travailler plus" (avec les résultats que l'on sait) ou sur le mode syndical traditionnel (avec les résultats que l'on voit) ne remet pas en cause le système. Cela peut même le légitimer.

"Gagner plus" pour avoir la même voiture que son patron et être coincé dans le même embouteillage ne change pas le rapport de domination patronal. Pire, cela crée des connivences.

 

Etre socialiste, c'est vouloir socialiser. Pour offrir des biens et services hors logique de marché, hors médiation monétaire. 

Merci au Plan B de le rappeler ! Il serait bon que la gauche s'en souvienne aussi.  

  

Bon, ceci dit, le titre n'est pas à prendre au pied de la lettre. Dans le système actuel, la lutte pour les salaires garde toute sa légitimité.

Il y faudrait un peu plus de syndiqués et militants, notamment ici : www.cgt.fr/ .

Tiens, d'ailleurs, l'abolition du salariat (donc du salaire?) c'était bien le but d'origine de la CGT...on en reparlera.

 

Ne pas perdre de vue l'objectif...En attendant, bonne lecture.

 

 

Pourquoi le Plan B n'augmentera pas les salaires ?

 

Source : http://www.leplanb.org/

 

Que ferez-vous quand vous aurez pris le pouvoir ? Jugeant la perspective trop lointaine, les principaux partis de gauche débobinent un catalogue invertébré de réponses. Les grands travaux idéologiques (GTI) lancés cette année par Le Plan B pallient cette défaillance et façonnent la tourbe des idées progressistes

 

André Breton et Philippe Soupault laissèrent glisser leur plume sur le toboggan des songes  ; ce fut l’écriture automatique [1]. Avec le Parti communiste, le Parti de gauche, le Nouveau Parti anticapitaliste, Lutte ouvrière, voici la revendication automatique. Elle sort de toutes les bouches, résonne dans tous les meetings, luit dans tous les programmes – et grésille à chaque apparition médiatique. En 2007, le PS promettait : « Nous porterons le Smic au moins à 1 500 euros brut le plus tôt possible dans la législature. » Le PCF, lui, entendait « en finir avec les bas salaires ». Et, pour y parvenir, énonçait la même année « quatre engagements pour une politique de gauche qui change vraiment la vie ». Dont, en gras et en gros, « Le Smic à 1 500 euros brut par mois tout de suite pour 35 heures ». Plus vague, le Parti de gauche demande « une élévation générale des salaires » en Europe [2]. Arlette Laguiller ne l’entend pas de cette oreille : « Il faut revaloriser le Smic à 1 500 euros net immédiatement, et augmenter tous les salaires de 300 euros. Voilà ce que les travailleurs seraient en droit d’attendre d’un gouvernement de gauche », écrit elle dans Lutte ouvrière le 6 avril 2007. Le Nouveau Parti anticapitaliste lui suce la roue deux ans plus tard : « Il faut donc se battre pour augmenter le Smic : 1 500 euros net, c’est vraiment le minimum. Mais il faut le faire en confortant le salariat, c’est-à-dire en luttant aussi pour une augmentation générale des salaires vers le haut (300 euros pour tous [3]). »

Plus d’euros ? Miam-miam : Le Plan B signe. Mais, au fait, pour quoi faire ? Pour épargner (15 % du revenu en moyenne), rembourser des dettes, payer des impôts, acquitter des cotisations sociales et… consommer. Consommer quoi ? En 2007, les ménages français consacraient en moyenne 23,2 % de leurs dépenses à l’alimentation (dont les deux tiers étaient achetés dans de grandes surfaces) et à la restauration, 18,8 % au logement (proportion beaucoup plus importante chez les pauvres), 17,6 % aux transports, 8 % aux loisirs et à la culture. En outre, 5,9 % de leur budget passait dans les services et biens de communication, 4,7 % dans les services financiers et assurances, 4,2 % dans les biens et services de santé non remboursés par la Sécurité sociale [4].

Au fond, la satisfaction des besoins élémentaires non couverts par les services publics gratuits appelle deux philosophies radicalement divergentes. La première imprègne notre existence : les ménages disposent d’une somme provenant des salaires et des prestations sociales ; le marché dispose de services marketing qui s’emploient à aspirer cette somme vers la consommation de biens et de services. Ainsi les ménages se saignent-ils pour construire des pavillons, acquérir des véhicules si bien conçus qu’il faut changer tout l’avant quand on grille une ampoule de phare, procurer à chaque membre de la maisonnée un téléphone portable doté des applications « sabre laser » et « maracas cubaines », ou offrir aux rejetons une console de jeu qui sera obsolète avant deux ans (les dépenses de technologies de l’information et de la communication ont augmenté de 268 % entre 2000 et 2008). Les sociaux-démocrates estiment le bonheur économique atteint quand les ménages se trouvent suffisamment solvables et le marketing suffisamment persuasif pour faire tourner la machine productive.

L’autre philosophie s’inspire de la protection sociale : les besoins définis comme élémentaires sont financés par la collectivité et fournis gratuitement ou presque. C’est le cas actuellement – pour combien de temps ? – de l’éducation, de la santé, des retraites et de la couverture chômage, financées soit par l’impôt, soit par les cotisations sociales. Ces dernières constituent la face cachée du salaire, sa part socialisée acquittée par le patron et le salarié.

La première tâche d’un programme de gauche consisterait à définir collectivement la nature des nouveaux besoins communs, comme nos aînés définirent jadis les « risques » redevables d’une couverture socialisée. Pourquoi ne pas commencer par ceux qui coûtent le plus aux ménages : logement, nourriture, transport, culture, loisirs, communication, énergie ? Leur production serait financée par la cotisation et l’impôt – chacun contribuant à proportion de ses revenus – afin de fournir à tous des prestations de base de haute qualité à prix modique.

Ainsi le salaire serait-il davantage versé sous forme de prestations en nature, choisies au terme d’une délibération politique, que par une somme d’argent injectée dans les comptes en banque et redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire. En 2007, un quart des dépenses des ménages français étaient assurées par la collectivité (éducation et santé pour l’essentiel), les trois autres quarts découlaient de la consommation [5]. Une organisation de gauche soucieuse d’édifier une société de services publics pourrait proposer d’inverser la proportion. Chacun serait ensuite libre de s’offrir avec le quart restant un téléviseur moustachu de 8 mètres carrés avec option grille-pain.

Le cas du logement est éclairant : si la collectivité sollicite des entreprises publiques pour construire ou rénover des immeubles délicieux dont les logements sont loués à bas coût, elle produit une offre socialisée et réduit le circuit marchand au minimum. Si, comme c’est le cas aujourd’hui, l’État aide les ménages à acheter ou à louer des logements au prix de marché via les prêts à taux zéro et les aides personnalisées au logement, il crée une demande solvable et encourage la spéculation. Socialiser l’offre plutôt que solvabiliser la demande, voilà la philosophie du Plan B. Aux dégénérés inquiets d’une soviétisation du système, il suffit de répondre que la liberté de l’individu se trouve accrue par la prise en charge collective des nécessités quotidiennes dont la quête permanente empêche chacun de se réaliser.

Pareil choix de société ne serait pas sans conséquences. Une formation politique qui emprunterait cette voie devrait organiser son programme autour de cette visée. Puis décliner les mesures nécessaires à sa réalisation (changements institutionnels, nationalisations, redéfinition des relations avec l’Union européenne, activité des retraités dans le système), plutôt que d’empiler des propositions hétéroclites destinées à agréger les publics, comme le font actuellement les partis de gauche. Or, à bien y regarder, les éléments d’un tel programme figurent bien dans les textes de LO, du PCF ou du NPA. Mais sous une forme éparse, noyés entre deux propositions badigeonnées d’écologie. La vraie écologie, c’est la Sardonie ! Si l’on désire socialiser les revenus pour bâtir une société de services publics, on ne met pas en avant la hausse des salaires versés.

Las, il est tellement plus simple, quand on accepte de se soumettre au jeu médiatique, de réclamer 300 euros pour tous que de détailler le raisonnement qui dessine un autre projet de société. Face à la caméra, un seul message : « Votez pour moi, vous aurez de l’or ». Mais ceux qui votent y croient-ils encore ?

 

plan-b.jpg

 

Au lendemain du 6 mai 2007 (jour funeste où des citoyens manipulés ont validé dans les urnes le "Travailler plus pour gagner plus)...j'écrivais dans cet esprit:

 

Travailler plus pour gagner plus ?

 

Salarié ou fonctionnaire, je dois déjà travailler plus, depuis 1993 ou 2003, pour gagner autant, voire moins ! Je serai prêt à en rajouter mais voilà :

Je ne veux pas travailler plus pour m'acheter une voiture surpuissante, je veux un vrai droit à la mobilité écologique, y compris dans le cadre d'un service public de haut niveau.

Je ne veux pas gagner plus pour m'acheter un logement à des prix exhorbitants, je veux une action collective à la hauteur contre l'inflation qui touche l'immobilier (on a bien vaincu l'inflation du couple salaires- prix, non?) par, et avec, un service public du logement qui réponde aux besoins.

Je ne veux pas travailler plus pour mettre mes enfants à l'école privée ou leur offrir du soutien scolaire défiscalisé, je veux une école gratuite et obligatoire qui développe les talents de chacun.

Je ne veux pas gagner plus pour m'offrir des services de domestiques, mais avoir le temps d'assumer moi-même mon petit univers privé.

Je ne veux pas travailler plus pour assumer des hausses de tarifs consécutives à la privatisation de services publics (eau, santé, énergie, postes et Banque Postale...).

Je ne veux pas travailler plus pour gagner plus et m'offrir un yatch à, peu importe, 200 000 ou 2 millions d'euros, ou passer le reste de mon temps libre à admirer, envier ou critiquer ceux qui y vivent. Je préfèrererai vivre dans une société où tous les jeunes se construisent autour de vacances heureuses. Pas devant des halls d'immeubles désertés ni devant une télévision qui vend "du temps de cerveau disponible à Coca Cola"...comme l'a joliment exprimé un responsable d'une grande chaine de télévision. Qui au passage gagne, comme ses actionnaires, de quoi s'offrir des vacances de luxe en exploitant l'audience provoquée tant par les drames que par les espoirs d'une jeunesse sans boussole (eh oui, tout se vend!).

Si malgré tout, je dois gagner plus en "travaillant, héritant, spéculant plus"... alors je suis prêt à payer des impôts selon mes facultés contributives pour mettre en oeuvre celà.

Je me classe donc, vous l'aurez compris, dans le camp des républicains plutôt tristes.

 

Publié par Frédéric Maurin à 10:17am - Voir le commentaire ()
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3 Avril 2010

La France anormale de Nicolas Sarkozy

Dans la continuité de cette pétition, que je vous recommande chaudement de diffuser :

http://www.lepost.fr/article/2010/04/03/2017691_contre-la-reforme-sarkozy-signez-la-petition.html

je vous invite à découvrir le point de vue d'Anicet Le Pors, ex ministre de la fonction publique, communiste "atypique" ayant soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002.

Publié par le Comité Valmy : http://www.comite-valmy.org/

 

Selon vous, quelles sont les raisons qui motivent cette volonté de refonte des collectivités territoriales par le Gouvernement ?

Pour l’actuel Président de la République la France est une somme d’anomalies qu’il faudrait faire disparaître. Anomalie que cette nation ait inscrit le principe de laïcité dans sa constitution qui fonde la neutralité de l’État en même temps que la liberté de conscience. Anomalie ce modèle français d’intégration basé sur le droit du sol et l’égalité des citoyens. Anomalie un pays dont le quart de la population active est régi par des statuts et non par des contrats. Anomalie encore l’existence en France de 36 000 communes et cent départements. Comme l’a écrit le philosophe Marcel Gauchet, la stratégie de Nicolas Sarkozy, c’est la « banalisation » de la France. Son objectif, c’est la mise aux normes européennes d’un pays qui s’est forgé une identité nationale en plusieurs siècles. Et c’est parce qu’il s’attaque à celle-ci qu’il a lancé cette campagne en trompe-l’œil sur « l’identité nationale » qu’en réalité il connaît mal et que sa politique tend à déstabiliser. Dans cette démarche, la réforme des collectivités territoriale est une pièce maîtresse avec les coups portés à l’autonomie des collectivités territoriales, aux services publics et à la fonction publique.

S’agissant plus particulièrement de la réforme des collectivités territoriales, il est significatif qu’il la justifie par des raisons extérieures : selon lui, il conviendrait de bouleverser l’aménagement du territoire et notamment remettre en cause les finances locales pour empêcher les délocalisations, pour attirer des entreprises ; mais l’implantation de celles-ci dépend de bien d’autres considérations. Dans son discours de St-Dizier du 20 octobre dernier, il appelle à raisonner en « pôles et en réseaux », plutôt qu’en « circonscriptions et en frontières », ce qui est tenir la souveraineté nationale et populaire pour quantité négligeable. Il invoque encore le « mille-feuilles » des niveaux d’administration, mais en réalité il n’y en a que six qui soient déterminants : les communes, les regroupements de communes, les départements, les régions, la nation et l’Europe. Or, l’ensemble communes-départements-nation est politique et l’ensemble regroupements de communes-régions-Europe est essentiellement économique. Dans un pays démocratiuque le politique doit l’emporter sur l’économique. Nicolas Sarkozy tourne le dos à ce principe avec la création des conseillers territoriaux, la création de métropoles, la suppression de la taxe professionnelle.

En quoi la réforme des collectivités territoriales va-t-elle porter atteinte aux services publics ?

Cette réforme est inséparable de la politique générale qui vise à réduire la dépense publique et par là les moyens des services publics. Le nom remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, mesure emblématique de cette politique d’austérité, a été imposée sans concertation et sans justification de rationalisation des dépenses publiques. Elle a d’ailleurs été sévèrement critiquée par le Premier président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, quelques jours avant son décès. Elle s’accompagne de plusieurs centaines de mesures de démantèlement des administrations. Les administrations et établissements dont la mission était d’améliorer l’efficacité de l’administration comme le Commissariat général du Plan, le Conseil national d’évaluation, le Haut conseil des entreprises publique et bien d’autres encore, ont été supprimés. Les administrations déconcentrées vont ainsi voir leurs moyens réduits ; il est prévu de limiter à huit le nombre de directions déconcentrées dans les régions et à trois dans les départements, voire à deux pour les moins peuplés.

À cette pénurie des administrations locales de l’État, va s’ajouter la pénurie des administrations décentralisées, en raison de la réduction de leurs moyens de financement consécutive à la suppression de la taxe professionnelle dont la compensation n’est pas garantie dans le temps par la création d’une contribution économique territoriale incertaine. La quasi-totalité des entreprises sera bénéficiaire de la réforme et la charge des financements sera ainsi inévitablement reportée sur les ménages.

Ajoutons encore que le nombre de conseillers territoriaux sera réduit de moitié, ce qui aura pour conséquence d’affaiblir les relations entre les citoyens et leurs élus. La mainmise de l’exécutif présidentiel sur les collectivités territoriales sera renforcée en raison des pouvoirs accrus accordés aux préfets et tout spécialement au préfet de région, véritable gouverneur, proconsul, en relation directe avec le pouvoir central et chargé de mener à bien cette réforme autoritaire et antidémocratique.

Quelles seront les conséquences pour les citoyens ?

L’affaiblissement des administrations de l’État déconcentrées et des services des collectivités territoriales, la réduction du nombre d’élus locaux, pèseront inévitablement sur l’emploi des agents publics. Le Président de la République n’a de cesse de dénoncer les recrutements réalisés par les élus locaux en 2009, en contradiction avec les coupes sombres réalisées dans la fonction publique de l’État. Mais il y aura d’autres conséquences. Ainsi la contractualisation des emplois sera développée en invoquant la réforme elle-même (création de métropoles, regroupement de communes, conventions entre collectivités territoriales, etc.). On peut également prévoir un encouragement au clientélisme, voire à la corruption dans la concurrence qui va se développer entre collectivités et dans la mesure ou les garanties du statut général des fonctionnaires étendues aux agents public territoriaux en 1983-1984 sont également remise en cause.

Il s’ensuivra donc une moindre satisfaction des besoins des citoyens dans une conjoncture où se développe la précarité, l’insécurité, les inégalités. La réduction des moyens des administrations laissera le champ libre aux intérêts privés et aux affairistes qui proposeront des services inaccessibles aux plus démunis. L’affaiblissement de la démocratie locale (moins de collectivités, d’élus, de fonctionnaires, de moyens) est un coup porté au pacte républicain.

Mais il n’y a aucune fatalité à tout cela. La réforme des collectivités territoriales soulève de nombreuses oppositions dans toutes les formations politiques. Les élus locaux tiennent une place importante dans la société française. Les fonctionnaires territoriaux participent avec les autres fonctionnaires aux actions menées contre le démantèlement de leur statut. De très nombreux citoyens ne se reconnaissent pas dans cette politique qui méconnaît tout à la fois notre histoire, la démarche scientifique et la morale républicaine. Leur réappropriation par le peuple est une nécessité.

 

 

Source : http://www.comite-valmy.org/

 

Publié par Frédéric Maurin à 15:40pm - Voir le commentaire ()
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