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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

31 Décembre 2010

Vive le Front National !

Vive le FN ?

Eh, camarade, qu'est-ce qui m'arrive ?

Déprime passagère ? Provocation ? Retournement de veste ? Ivresse de 31 décembre ? Retour du refoulé ? Course à l'audience ? Politique d'ouverture? Réorientation professionnelle ?

 

Non rien de tout cela !

 

Après les formidables grèves de cet automne, le retour à l'ordre sarkoziste, (où  Désormais, quand il y a une grève en France...  personne ne s'en aperçoit), est caractérisé par une remontée du Front National dans l'"espace médiatique".

Epouvantail utile. Le Pen dit, Sarkozy fait.

Evoquant Brice Hortefeux, Patrick Apel Muller conclut ainsi son édito :

"Le ministre délinquant est aussi celui des coups tordus pour ramener au premier plan la hantise de l’insécurité et flatter les instincts de l’électorat d’extrême droite. Il travaille pour l’intérêt particulier de son président-candidat. C’est exactement à l’inverse de l’intérêt général"

Source : http://humanite.fr/19_12_2010-un-dangereux-r%C3%A9cidiviste-aux-affaires-460548

 

 

Donc quand ici je dis "Vive le Front National!"...je pensais au Front National créé en 1942, et non pas à l'épouvantail du moment présidé par les (usurpateurs) Le Pen. 

 C'est bien ce que vous aviez compris non ?

 Bien sûr, car comme le Comité Valmy, vous avez heureusement la mémoire longue !

 

Peut-être même aussi longue que lui :

 

 

 

Retrouvez toutes les interventions sur : Hier comme aujourd'hui : résistance !

 

 

Comité Valmy, j'y reviens donc, qui a fait cette heureuse livraison, rappelant ce qu'était le VRAI Front National : :

http://www.comite-valmy 

 

 

Pendant la guerre patriotique et antinazie de notre peuple, les dirigeants étasuniens se sont ingérés en permanence, dans la politique de la France résistante. Ils ont souhaité écarter De Gaulle, empécher l’alliance des gaullistes et des communistes, notamment à travers le CNR dont ils ne voulaient pas. -Ils ont d’ailleurs pu obtenir que le CNR et son programme ne survivent pas à la Libération. En effet, même si des réformes importantes inspirées de son programme furent appliquées, le CNR, l’élan politique, l’esprit de Résistance et le chemin qu’ils traçaient, furent écartés- L’ hostilité stratégique américaine envers Jean Moulin et sa mission unificatrice était telle, que l’on peut envisager l’hypothèse qu’ils aient joué un rôle décisif, dans la trahison qui a conduit à la mort de celui-ci. Ce qui est certain, c’est que les dirigeants étasuniens ont organisé en France pendant les années de guerre, une cinquième colonne de politiciens à leur service : les futurs fédéralistes euro-atlantistes. Ceux-ci, depuis la Libération et en dehors des parenthèses gaullistes, depuis plus de 60 ans, ont accaparé l’essentiel du pouvoir politique dans notre pays. Aujourd’hui encore, cette réalité perdure.


 

 Comment en est-on arrivé là ? A Sarkozy et à son culte de la personnalité omniprésent, à un pouvoir personnel en apparence tout puissant mais en réalité, à un Président de la République disposant certes contre la France et son peuple d’une immense capacité de nuire, tout en étant cependant vassalisé et sous contrôle, enserré dans le carcan euro-atlantiste.

Contribuer au décryptage de l’engrenage politique qui, depuis la Résistance, a conduit à l’actuelle situation d’échec du peuple laborieux, des forces réellement progressistes et anti-impérialistes, attachées à la souveraineté populaire et nationale, à la République et à la démocratie , impose quelques rappels historiques, nécessairement limités.

Dès le 6 juin 1942, dans une note accompagnant des documents et envoyée à Molotov par l’intermédiaire de l’Ambassadeur d’URSS à Londres, de Gaulle démontre que la priorité du combat antinazi ne l’empêche pas de percevoir très tôt le danger que le pouvoir américain représente déjà pour l’indépendance, la souveraineté de la France et pour la paix du monde :

« L’impérialisme américain se manifeste sous des formes multiples et diverses. Certains de ses représentants raisonnent en terme de domination des USA sur le monde occidental… D’autres représentants, tenant de l’impérialisme économique, désirent que les USA instaurent un mode de vie pour le monde entier, qu’ils contrôlent et gèrent partout les ressources et le commerce ».

En mai 1942, en réaction à l’occupation britannique de Madagascar qui s’est faite à son insu, de Gaulle reçoit Bogomolov puis rencontre Molotov à Londres. Celui-ci l’assure du soutien de l’URSS dans cette épreuve. Le Général renforce, en accord avec Molotov, le partenariat stratégique franco-soviétique. La constitution de l’escadrille Normandie Niémen, élément symbolique de cette coopération, est accélérée à cette occasion.

En 1942 encore, le Front National est créé par les communistes et les FTP qui, par leur patriotisme et leur osmose avec la classe ouvrière, « restée seule dans son ensemble, fidèle à la France profanée » ( François Mauriac), ont conquis une position forte parmi les forces essentielles de la Résistance intérieure.

Fernand Grenier, ex-député communiste démobilisé en août 1940, a immédiatement repris ses activités militantes. Il est arrêté dés le 5 octobre et parviendra à s’évader du camp de Châteaubriant en juin 1941. Jacques Duclos le charge courant 1942, pour le Comité Cental clandestin du PCF, d’établir des relations avec les formations de la Résistance non communiste, et notamment avec les gaullistes. Fernand Grenier et Rémy arrivent à Londres, le 11 janvier 1943 où Grenier va rencontrer le Général de Gaulle. Il est porteur d’une lettre du Comité Central donnant « l’adhésion du PCF à la France Combattante pour la libération de la France » et, d’une seconde lettre signée Charles Tillon au nom des FTP. L’objectif du Parti Communiste, souligne Fernand Grenier, est de contribuer à l’unification de la Résistance. Le PCF et la CGT participeront à la création sous l’impulsion de Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance, le 27 mai 1943.

Le 10 décembre 1944, après que De Gaulle et Staline aient eu à Moscou, des entretiens politiques, un traité franco-soviétique d’alliance et d’assistance mutuelle est signé par Molotov et Georges Bidault « dans le but d’éliminer toute menace de l’Allemagne et de faire obstacle à toute initiative de nature à rendre possible une nouvelle tentative d’agression de sa part ». Il est prévu que l’Allemagne de l’Ouest aurait la capacité de reconstituer rapidement ses forces et sa capacité de nuisance, le traité devra donc être reconduit 20 ans plus tard. Si ce traité est clairement orienté contre la traditionnelle volonté d’hégémonie allemande, il est probable que de Gaulle y ait également vu un élément d’équilibre par rapport à l’impérialisme américain, sorti seul renforcé de la guerre.

L’alliance franco-soviétique, qui s’était déjà exprimée à travers l’envoi sur le front de l’Est de l’escadrille Normandie- Niémen, ne résistera pas à la promotion de la guerre froide symbolisée, avant la lettre, par les bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki.

Les vainqueurs des nazis refusent aux Allemands de l’Ouest un Etat unitaire et lui imposent un système fédéral. Les américains jouent un rôle moteur dans cette décision qui renforcera les partisans d’un fédéralisme mondialisé, contre les Etats Nations. Depuis, l’Allemagne utilise ce fédéralisme, qui était censé l’affaiblir, pour construire méthodiquement sa domination sur l’Europe fédérale des Länder, atlantiste et néo-libérale, qu’elle entend imposer aux peuples de notre continent. Dans cette démarche historique, liée à la mondialisation, elle est aussi secondairement, rivale des Etats-Unis.

Formé le 13 novembre 1945, le deuxième gouvernement de Gaulle comprend quatre ministres communistes. Deux participaient déjà au GPRF à Alger. Celui-ci avait dû imposer aux américains sa souveraineté sur les territoires à libérer. En effet, Roosevelt et Churchill craignaient l’union du peuple de France. Les Américains, comme de Gaulle l’avait vu dès 1942, entendaient tout comme aujourd’hui gouverner la planète. Ils redoutaient que l’alliance patriotique, républicaine et progressiste que représentait le Conseil National de la Résistance perdure après la libération et se traduise politiquement par une sorte de compromis historique. Ils tentèrent d’installer le Général Giraud, leur allié, à la tête du CFLN et préparèrent la mise en place en France de L’AMGOT, un gouvernement militaire américain d’occupation. La souveraineté et l’indépendance de la France ne devaient pas être rétablies, tandis qu’une monnaie supranationale, précurseur de l’Euro, serait imposée aux Français, dans une perspective euro- atlantique en gestation.

Le CNR adopte le 15 mars 1944 son Programme, plateforme politique clairvoyante et réaliste, pour la France libérée. Ce texte affirme que la « mission de combat (de la Résistance) ne doit pas prendre fin à la Libération ». C’est un programme républicain, d’indépendance nationale, de rénovation et de démocratie sociales, prévoyant une planification économique, des nationalisations, (celle des banques en particulier), la Sécurité Sociale, une presse libérée du pouvoir de la finance …

Les acquis sociaux importants de la libération découlent pour l’essentiel de l’application de ce programme qui aurait dû servir de fondation à un vaste front uni majoritaire. Les bases objectives pour ce rassemblement existaient, en contradiction avec la politique des blocs que tramaient les dirigeants américains et leurs alliés ou agents, et qui allait se traduire par l’application du Plan Marshall, la création de l’OTAN en 1949 et la stratégie de construction à marche forcée de l’Europe fédérale.

Les acquis de la Libération ainsi que d’autres conquêtes populaires, seront systématiquement remis en cause par le pouvoir de la finance lié aux grandes banques américaines. La construction par étapes de l’Europe du capitalisme à perpétuité et de la concurrence libre et non faussée, accéléra cette régression économique, sociale et démocratique, qui fut d’abord masquée. Elle devint cynique et massive à partir de l’Acte unique, de Maastricht, d’Amsterdam et de Nice.

Elle fut menée à travers une forme de compétition -émulation ou dans une collusion sans fard, entre les gouvernements fédéralistes de droite et ceux qui se prétendaient de gauche. (cette collusion politique, cette complicité de classe des artisans de la politique du « pareil au même » s’afficha en particulier lors du sommet de Barcelone qui parmi d’autres décisions antisociales, vit le couple Chirac- Jospin voter la privatisation rampante d’ EDF – GDF).

Le CNR a été constitué à l’initiative de Jean Moulin, malgré l’opposition d’Henri Frenay dont les relations avec Vichy ne cessèrent qu’en fin 1942 et qui fut en relation dès le 4 avril 1943, avec le centre américain de l’OSS (future CIA ) à Berne, en Suisse pour le financement du réseau Combat. ( "Un coup de poignard dans le dos du Général" estima Jean Moulin qui accusa Frenay d’être un agent des américains. ) Après la Libération, il combattra le CNR. Il deviendra Président d’une organisation hostile à la souveraineté nationale, l’Union Européenne des Fédéralistes dont il reconnaîtra en 1988 qu’avec de nombreuses autres officines elle fut, elle aussi, largement financée par les services américains à l’origine de la "construction" européenne et atlantiste.

Par anticommunisme, le CNR a très rapidement été sabordé, en particulier par son Président démocrate chrétien Georges Bidault créateur, du MRP, qui allait participer à la démarche supranationale européiste dont il fut l’un des promoteurs. Il devait d’ailleurs soutenir ensuite la tentative de coup d’Etat d’Alger en 1961.

Après la démission de Bidault, Louis Saillant lui succèdera le 15 septembre 1944 à la tête du CNR. En réalité, cet outil exceptionnel d’unité nationale et républicaine, de progrès social et démocratique, est volontairement écarté de la réalité politique, alors que l’esprit de la Résistance s’estompe chez certains anciens résistants. La responsabilité historique de ceux qui adoptèrent ce choix, soit pour des objectifs de classe et la mise en pratique d’une politique de trahison nationale, soit par cécité politique, s’avère aujourd’hui considérable.

Le Général de Gaulle démissionne de la Présidence du Conseil le 20 janvier 1946. Il désapprouve les institutions en préparation qui établiront un régime d’Assemblée alors qu’il souhaite, non sans raison face aux manigances des Américains et de leurs agents, un exécutif fort. Malgré son grand prestige populaire, de Gaulle est à ce moment isolé face aux partis politiques. Aucun d’eux ne le soutient.

Lui qui, à Londres avait demandé à Fernand Grenier si le PCF allait prendre le pouvoir, semble obsédé par l’influence et la puissance des communistes en effet considérables à cette époque. Le Général de Gaulle probablement influencé un temps, par la stratégie de la tension déjà développée par les Américains, s’est fourvoyé quand il n’a voulu voir dans les communistes que des « séparatistes », des agents de Moscou prêts à livrer la France à une Union soviétique souhaitant occuper notre pays. L’URSS exsangue n’était manifestement pas capable d’envahir la France et Maurice Thorez , en faisant déposer les armes aux milices patriotiques, avait démontré avec l’appui de Staline, que la direction du PCF n’avait aucune intention de sortir du légalisme.

Les communistes resteront au gouvernement jusqu’à leur exclusion en mai 1947 (par le socialiste Ramadier). Cette posture de Charles de Gaulle était aussi manifestement erronée et subjective que celle de Maurice Thorez l’accusant lui-même plus tard, devant le CC du PCF, d’être un fasciste aux ordres de la CIA. Des responsables communistes lucides, et qui avaient eu un rôle éminent dans la Résistance, tels que Laurent Casanova, Marcel Servin, Maurice Kriegel-Valrimont et d’autres, furent écartés de leurs responsabilités pour avoir notamment, contesté cette analyse non fondée de Maurice Thorez affaibli par la maladie. Kriegel-Valrimont, au cours d’un entretien avec la direction du Parti, s’est élevé contre l’idée que le gaullisme entrainerait la France dans une dépendance toujourd plus grande à l’égard des Etats-Unis...

Dans les faits, cette vision non fondée allait entraîner le PCF dans l’engrenage d’une stratégie contre nature d’alliance privilégiée avec des dirigeants socialistes euro-atlantistes forcenés et, ultérieurement, à la promotion politique de François Mitterrand dont l’un des buts avoués était de marginaliser les communistes.

Ami de Frenay, Mitterrand qui a participé en mai 48, au congrès de La Haye qui allait consacrer la naissance sous direction américaine du Mouvement européen, allait, fidèle à son atlantisme sans rivage, être le promoteur du traité de Maastricht. Dans les derniers mois de son existence, il déclarait pourtant, dans un entretien accordé au journaliste Georges Marc Benamou : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans morts. Apparemment [...] Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. »

Cette lucidité étrangement tardive, n’enlève rien au fait que ses choix politiques concrets en ont fait, par anticommunisme, l’un des principaux agents de l’euro-atlantisme supranational en France.

L’interminable persévérance des dirigeants communistes, dans leur erreur stratégique, en le privant de son rôle d’avant-garde liant les questions sociale et nationale conduira le PCF pas à pas, à devenir un supplétif d’un PS de plus en plus investi par les trotskystes, dont l’idéologie antinationale accentuera le dogmatisme fédéraliste.

Elle l’amènera inéluctablement à son état de déliquescence actuel, malgré le dévouement souvent admirable de ses militants. Sans qu’il n’y ait eu le moindre débat sur cette question dans les organisations de base du parti, et pour l’essentiel à l’insu des militants, les dirigeants du PCF se sont progressivement, dans les années qui suivirent le traité de Maastricht, alignés sur le fédéralisme sans nuance et dogmatique de la social-démocratie.

Pourtant, depuis la guerre et l’alliance dans la Résistance des gaullistes, des communistes et des autres républicains authentiques, les conditions existent -malgré la complexité des situations qui se sont succédées- qui permettraient une autre politique conforme aux réalités géo- politiques et aux conditions de la lutte en France comme dans le domaine international : celles du rassemblement autour du programme du CNR actualisé. Elles ne sont pas obsolètes.

Ainsi, un moment important de la politique du PCF tend à être occulté. Il confirme que cette question cruciale s’est bien posée pour les dirigeants communistes. Le 3 septembre 1952, lors de la réunion du Comité Central à Montreuil, pendant la guerre de Corée, et devant le risque d’extension du conflit, Jacques Duclos lance un appel à constituer « un puissant front national uni ». Il affirme très justement alors, dans les « Cahiers du communisme » : « C’est seulement l’existence d’un puissant Front national développant son action de masse à travers le pays, qui peut imposer les changements correspondants aux exigences de la situation et faire triompher une politique nouvelle ».

Cette démarche sera abandonnée, à ma connaissance sans explications critiques ou autocritiques, quelques mois plus tard. Ce renoncement semble correspondre chronologiquement au retour, en avril 1953, de Maurice Thorez d’URSS où il était soigné. Cette coïncidence pose la question du rôle éventuel du PCUS.

Le 29 octobre 1953, Maurice Thorez estime pourtant dans une interview :"...la question de l’indépendance nationale est maintenant posée avec force et se trouve placée au centre de toute la vie politique de la France... C’est pourquoi le front de lutte tend à englober toutes les classes laborieuses et en même temps d’autres milieux, c’est à dire tous les Français qui veulent reconquérir l’indépendance et la souveraineté nationales... L’union et l’action de toutes les énergies nationales et démocratiques constituent le problème décisif de l’heure, l’unité de la classe ouvrière étant la condition d’un tel rassemblement." (histoire du PCF page 551 - Editions Sociales- 1964).

En réalité, les conséquences de la démission de Charles de Gaulle en 1946, de son obsession anticommuniste, celles également de l’incapacité du PCF à promouvoir une stratégie durable, fondée sur le programme du CNR actualisé, et construit dans l’alliance des forces patriotiques, progressistes et républicaines, seront totalement délétères.

Elles conduiront à un quasi monopole du pouvoir, sur une très longue période historique, de l’ennemi de classe principal, le parti américain. Celui-ci, représenté par les organisations et les personnalités politiques les plus dangereuses, celles qui appliquent en France depuis la guerre et sous hégémonie germano-américaine, la politique stratégique de domination euro- atlantique et d’intégration européenne, tout en imposant un capitalisme de plus en plus barbare. Les mêmes atlantistes ou leurs continuateurs disposent aujourd’hui en France d’un pouvoir au totalitarisme grandissant.

En 1954, l’alliance de fait entre les députés gaullistes et communistes, qui voteront ensemble et unanimes, a permis à l’Assemblée Nationale de rejeter la CED le 30 août, et confirmé alors leurs convergences sur cette question essentielle de la souveraineté... Guy Mollet secrétaire général de la SFIO et son parti (en tant que tel) de même que François Mitterrand, sont naturellement lors de ce choix crucial, dans le camp atlantique du renoncement national.

Le retour du Général de Gaulle à la tête de l’Etat en juin 1958, ouvrit une parenthèse qui réinstalla l’intérêt national et pour l’essentiel, l’esprit républicain, au poste de commandement. La politique d’indépendance et de souveraineté réaffirmée, fut notamment traduite par le rejet des bases militaires américaines de notre pays, le retrait de la France du commandement militaire intégré de l’Otan en 1966, l’établissement de relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine, la politique de détente, d’entente et de coopération avec l’URSS et les pays socialistes. Autres mesures clés : la condamnation de la guerre américaine contre le Vietnam, le discours de Pnom-Penh, la conversion en 1964, en leur valeur or, des réserves en dollars détenues par la Banque de France ainsi que la dénonciation du système monétaire américain qui lui permettait de faire financer par d’autres son déficit…

Les gaullistes, les communistes et d’autres républicains convergeront à nouveau en 1961 pour mettre en échec le putsch, à Alger, de généraux soutenus par la CIA, qui entendait favoriser l’éloignement du Général de Gaulle du pouvoir. Le parti communiste lança un appel à la grève générale qui fut suivi par 12 millions de Français. Lors de la crise de mai 1968, le PCF ne souhaita pas voir les atlantistes dits de gauche, toujours soutenus par les services américains et déjà conduits par Mitterrand, profiter des circonstances pour accéder au pouvoir.

Plus tard, face aux contradictions de la politique de programme commun, Georges Marchais revint à plusieurs reprises, mais de manière velléitaire, sur l’hypothèse d’un rassemblement populaire liant la question sociale et la question nationale. Il lança le mot d’ordre d’union du peuple de France qui s’adressait aussi aux gaullistes, et aurait pu ouvrir une perspective et une alternative crédibles à la politique suicidaire d’union de la gauche, qui à toujours consisté à mener au pouvoir la fraction social- libérale des représentants de la bourgeoisie financière pro américaine et atlantiste.

Parmi les dirigeants politiques qui refusèrent la démarche de renoncement national et républicain, il faut citer Pierre Mendès France qui , s’abstint lors du vote sur la CED puis s’opposa au Marché Commun, avec une argumentation lumineuse, le 18 janvier 1957 à l’Assemblée Nationale.

« Le projet de Marché Commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXème siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique au sens le plus large du mot nationale et internationale. »

Aujourd’hui, les ralliements des Kouchner et autres Strauss-Kahn à Sarkozy, confirment qu’il n’y a rien à attendre de nouvelles variantes d’une politique dite d’union de la gauche autour des sociaux libéraux, ou d’alter- mondialistes souvent hostiles à l’Etat, à la Nation et à la République.

La majorité populaire, patriotique et de progrès social, du non à la constitution européenne, n’indique-t-elle pas la direction à prendre, celle du rassemblement et du renouveau de l’esprit de la Résistance, de l’exemple du CNR et de son programme, si actuels ? C’est le chemin de l’union du peuple de France !

Monde : Pour une stratégie populaire internationale solidaire et un front uni d’endiguement de la menace états-unienne et occidentaliste. Refus et rejet du nouvel ordre mondial impérialiste dictatorial et manipulateur des peuples.

Europe : Retrait de la France de l’UE intrinsèquement perverse, néolibérale, antisociale et atlantiste. Dénonciation et mise en échec de toute démarche nécessairement belliciste, de construction transatlantique, c’est à dire de fusion des Etats-Unis et de l’Union Européenne en un seul bloc impérialiste et occidentaliste intégré.

Etablir en Europe et le reste du monde, des alliances et coopérations mutuellement avantageuses entre peuples libres et nations souveraines,

France : Pour un retour à l’Union et à l’Esprit de la Résistance. Actualisation du programme du CNR.

Construire un rassemblement républicain progressiste et social du peuple souverain, rétablir l’indépendance nationale de la France solidaire du front uni anti-impérialiste international !

Claude Beaulieu -

Publié par Frédéric Maurin à 15:38pm - Voir le commentaire ()
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18 Décembre 2010

Faut-il lutter plus pour gagner plus ?

Cela se discute.

Dans cet article lumineux :  Non à l'augmentation des salaires !  , qu'on confrontera ici avec d'autres points de vue, Le Plan B rappelait qu'être socialiste c'est avant tout vouloir socialiser. Pour offrir des biens et services hors logique de marché, hors médiation monétaire. 

 

"les besoins définis comme élémentaires sont financés par la collectivité et fournis gratuitement ou presque. C’est le cas actuellement – pour combien de temps ? – de l’éducation, de la santé, des retraites et de la couverture chômage, financées soit par l’impôt, soit par les cotisations sociales. Ces dernières constituent la face cachée du salaire, sa part socialisée acquittée par le patron et le salarié.

La première tâche d’un programme de gauche consisterait à définir collectivement la nature des nouveaux besoins communs, comme nos aînés définirent jadis les « risques » redevables d’une couverture socialisée. Pourquoi ne pas commencer par ceux qui coûtent le plus aux ménages : logement, nourriture, transport, culture, loisirs, communication, énergie ? Leur production serait financée par la cotisation et l’impôt – chacun contribuant à proportion de ses revenus – afin de fournir à tous des prestations de base de haute qualité à prix modique.

Ainsi le salaire serait-il davantage versé sous forme de prestations en nature, choisies au terme d’une délibération politique, que par une somme d’argent injectée dans les comptes en banque et redirigée vers la consommation marchande par la police publicitaire. En 2007, un quart des dépenses des ménages français étaient assurées par la collectivité (éducation et santé pour l’essentiel), les trois autres quarts découlaient de la consommation. Une organisation de gauche soucieuse d’édifier une société de services publics pourrait proposer d’inverser la proportion. Chacun serait ensuite libre de s’offrir avec le quart restant un téléviseur moustachu de 8 mètres carrés avec option grille-pain.

Le cas du logement est éclairant : si la collectivité sollicite des entreprises publiques pour construire ou rénover des immeubles délicieux dont les logements sont loués à bas coût, elle produit une offre socialisée et réduit le circuit marchand au minimum. Si, comme c’est le cas aujourd’hui, l’État aide les ménages à acheter ou à louer des logements au prix de marché via les prêts à taux zéro et les aides personnalisées au logement, il crée une demande solvable et encourage la spéculation. Socialiser l’offre plutôt que solvabiliser la demande, voilà la philosophie du Plan B. Aux dégénérés inquiets d’une soviétisation du système, il suffit de répondre que la liberté de l’individu se trouve accrue par la prise en charge collective des nécessités quotidiennes dont la quête permanente empêche aujourd'hui chacun de se réaliser.

 

L'autre question, posée aujourd'hui par les "décroissants" et, avant, par André Gorz, c'est d'accroître la sphère d'autonomie des individus vis-à-vis du marché ou de l'Etat. L'oeuvre d'André Gorz ne se résume pas ici

http://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Gorz ...mais il est difficile de s'afficher "décroissant" lorsque, dans une société donnée, des dépenses contraintes conditionnent ta survie.La démarche n'est cependant pas exclusive de la socialisation de l'offre de production. 

On y reviendra, mais en attendant une chose est certaine: lutter plus pour gagner plus, si cela permet de bouffer, n'est pas la condition suffisante pour rompre avec l'union pour une minorité des privilégies. Ils peuvent même s'en trouver renforcés... Capital 

 

 

 

En attendant, il faut bien manger. Et pour ceux qui peinent à le faire, le MEDEF est là.

Oui, le Medef, avec l'humanisme et l'a-propos qui le caractérisent (voir à ce sujet Le dialogue social vu d'en bas.  ) propose du "zéro charges sociales" pour toute embauche d'un chômeur de longue durée. Or si les droits des chômeurs sont à ce point réduits, c'est bien la conséquence des politiques d'exonération de charge menées au nom de l'emploi, avec l'efficacité que l'on constate.

... le cercle est vicieux ?

Faisons-le tourner plus vite...c'est un peu cela, le MEDEF 

 

Dans un article passionnant sur l'évolution des salaires depuis les années 1980, l'auteur (animateur de la revue   http://www.acontrecourant.org/  :

allez-y voir et abonnez-vous, vous serez pas déçu du voyage) concluait son étude par ces mots:

 

"La crise des subprime est en train de rappeler au capital qu’il peut étouffer de deux manières différentes : par un défaut de plus-value (des profits insuffisants) mais aussi par un excès de plus-value (des profits trop élevés). Le seul remède dans ce dernier cas est une augmentation des salaires réels, de manière à relancer la consommation salariale. Mais celle-ci ne se produira pas d’elle-même ; il y faudra la lutte des travailleurs et des travailleuses. Et elle risque de se heurter aux intérêts catégoriels de tous les propriétaires d’actifs patrimoniaux qui auront à y perdre."

 

La totalité de l'étude est en ligne ici : http://www.alencontre.org/France/FranceRevenusBihr05_08.html

 

Lutter plus pour gagner plus ? Vous l'avez compris, l'Union pour une minorité de privilégiés , digne représentante des propriétaires d'actifs patrimoniaux, ne l'entendra pas de cette oreille. 

 

 

A ce propos, Guy POUSSY - Syndiqué CGT depuis 1950 (chapeau, j'ai adhéré 40 ans plus tard ! Il ne me reste donc plus que 40 ans de cotisation pour l'égaler) donne sur le site du Comité Valmy (http://www.comite-valmy.org/)  son opinion :

 

 

Les grandes manifestations, et les grèves reconductibles n’ont pas donné les résultats qu’espéraient les participants. La contre réforme des retraites a été votée, et elle s’applique. Avec l’argent des contribuables, le gouvernement Sarkozyste mène une campagne mensongère sur les ondes et par écrit pour convaincre l’opinion du bien fondé des sa contre réforme qui « rétablira l’équilibre des régimes de retraite en 2018 ». Le « Dialogue social entre partenaires sociaux » s’est remis à fonctionner. Le ministre du travail reçoit les dirigeants syndicaux, la présidente du MEDEF fait de même. Les discussions portent sur des ordres du jour fixés d’avance par le pouvoir : le travail des jeunes, des séniors, la dépendance, les retraites complémentaires. Au plan politique, dans chaque camp, la course à la candidature pour l’élection présidentielle de 2012 est engagée. Elle occupe tout l’espace médiatique.

Durant ces semaines de lutte qui ont démontré qu’en France la politique se passe toujours dans la rue, l’élite politico, syndicale, médiatique a eu très peur d’être dépassée. Maintenant elle se veut sereine, elle entend tourner la page. Tous ces gens pourraient vite déchanter. Certes pour le monde du travail, et la jeunesse il n’y a pas eu les résultats escomptés. Faut il pour autant tirer la conclusion que le gouvernement est trop fort. Qu’il ne sert à rien de lutter, le mieux est d’attendre tranquillement l’élection de 2012 avec un basculement à « gôche ». Cette voie conduit à l’impasse, et aux désillusions.

Aujourd’hui pour envisager l’avenir il convient de discuter, d’analyser concrètement qu’est ce qui a manqué pour gagner. Dans cette réflexion on ne peut échapper à la question : Est ce que la stratégie des centrales syndicales était la bonne pour contraindre le gouvernement à céder sur sa politique ? Dans la foulée des grandes luttes sociales, des élections professionnelles viennent de se tenir. Dans trois secteurs importants, la POSTE, EDF, ERDF, RATP, la CGT enregistre des reculs. Dans ces entreprises les militants sont appelés à analyser les résultats du scrutin » Ce recul mérite toute notre attention pour viser un syndicalisme qui réponde mieux aux attentes des salariés » déclare la CGT ENERGIE. Cette sage recommandation pourrait être généralisée. Elle interpelle toutes celle et tous ceux qui refusent le recul de civilisation généré par la politique du pouvoir Sarkozyste, et son autoritarisme méprisant. Il est possible de faire échec à l’offensive anti sociale des agences de notation, de l’union européenne, du pouvoir et du MEDEF. Compte tenu des enjeux, des moyens mobilisés, la riposte populaire demande à être beaucoup plus ample et plus déterminée qu’elle ne l’a été jusqu’ici.

Les sujets de mécontentement ne manquent pas ainsi s’agissant du SMIC (Actuellement 1056€ net) sur injonction de ses experts le gouvernement a décidé de s’en tenir au strict cadre légal et de ne pas lui donner un coup de pouce le 1er janvier 2011. Cela dure depuis cinq ans. Cette décision encourage le patronat qui campe sur le refus d’augmenter les salaires afin dit il de ne pas accroitre le coup de la main d’œuvre qui serait l’un des plus haut d’Europe. Cette contre vérité doit être combattue.

L’augmentation générale et substantielle des salaires est devenue prioritaire pour lutter contre la mal vie, et contre l’injustice criante. C’est aussi le moyen concret d’augmenter les rentrées de cotisations pour la sécurité sociale et les retraites. Entre 2003 et 2009 24 groupes du CAC 40 croulant sous les profits ont augmenté leur hausse salariale par employé de seulement 8% en moyenne, alors que les dividendes par action gonflaient de 110%. Dans le groupe TOTAL la rente versée aux actionnaires entre- 203 209- sous formes de dividendes et de rachats d’actions dépasse de 19% les sommes dédiées à la rémunération des salaires.

Ces chiffres sont extraits d’un dossier du magazine L’EXPANSION de décembre qui titre, chose rare, »Il faut augmenter les salaires » Avec les retraites, l’augmentation générale et substantielle des salaires représentent le socle d’un vaste rassemblement interprofessionnel et intergénérationnel.Il attaque au cœur un système mondialisé qui pousse à l’uniformisation des comportements, à la pensée unique. Il repose sur l’injustice. Avec le management moderne des entreprises, les conditions de travail sont devenues insupportables puisqu’elles conduisent des femmes et des hommes à se suicider au travail. Les évènements que nous vivons, et les conclusions à tirer attestent, que la régulation du capitalisme cannibale et destructeur est une imposture.

C’est à l’appareil d’état bourgeois et ses suppôts, en particulier les institutions européennes, qu’il convient de s’attaquer frontalement. Leur rôle consiste à garantir pour les banques et les actionnaires, la reproduction optimale du capital sur le dos du monde du travail de la création et de la jeunesse. Le Tous Ensemble suppose donc encore plus de démocratie dans les manifestations de rue, encore plus de grévistes lorsque la grève est décidée. Le Tous Ensemble suppose aussi encore plus de démocratie pour décider, à la base, des formes d’action et des revendications à faire aboutir. L’unité son enracinement ne peut exister qu’en discutant, et en décidant Tous Ensemble du début à la fin des luttes. En faisant de la conduite de celles-ci l’affaire de tous les intéressés.

Dans ce combat de classe les salariés de notre pays ne sont pas seuls. Les choix politiques de l’UE et de la BCE sur lesquels s’alignent tous les gouvernements se traduisent par une politique d’austérité identique dans chaque pays Européens. Pas étonnant que grèves et manifestations se développent aussi en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Grande Bretagne, en Irlande, en Italie. L’union fait la force. L’heure est venue de s’épauler mutuellement et de « Souffler nous-mêmes notre forge, et de battre le fer quand il est chaud". Là réside la perspective, et la clef de véritables changements.

Guy POUSSY - Syndiqué CGT depuis 1950

Décembre 2010

www.cgt.fr/

 

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15 Décembre 2010

Qu'ils s'en aillent tous !

C'est le titre d'un livre.

Je ne ferai pas de procès en populisme à son auteur, car les médias aux ordres font cela très bien.

 

 

Notez que je n'ai rien contre le populisme. Mais comme prolo, je ne suis pas qualifié pour en parler : on ne peut être juge et partie.

Au fait, c'est quoi le populisme ? « Dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple » : voilà une ambition que les journalistes pourraient revendiquer. Ils ont préféré transformer le « populisme » en injure.

Si le sujet vous intéresse, il est développé ici :

http://www.leplanb.org/spip.php?page=article&id_article=60

 

Donc, Qu'ils s'en aillent tous, est le titre d'un livre.

Cela raisonne bien avec un des derniers titres de Lavilliers (que j'écoute en boucle en ce moment) : 

 

"Il y a des petits marquis qui te prennent pour un con,

 Avec une arrogance du temps de Nikoléon,

Qui friment avec tes sous dans des cours d'opérette

Mais quand est-ce qu'on les vire, quand est-ce qu'on les jette?

 

En parlant de Lavilliers (allez j'en profite, je suis gréviste aujourd'hui), je remarque qu'il est difficile de parler comme cela à un enfant de nos tristes jours :

 

 

 

C'était bien ? Bon, mais revenons à nos moutons (noirs).

 

Qu'ils s'en aillent tous, donc, est le titre d'un livre

 

Avant de le lire, deux critiques, que j'espère construtives, sont à creuser.

L'une vient d'ici  http://www.mrc38.com/ , l'autre vient d'ailleurs http://www.pcf-smh.fr/ . 

 

Creusez bien, moi je vous laisse, j'ai musique...  

 

 

Que penser de "Qu’ils s’en aillent tous !" de Jean-Luc Mélenchon ?

 

Source :

http://www.mrc-france.org/Que-penser-de-Qu-ils-s-en-aillent-tous--de-Jean-Luc-Melenchon_a210.html?preaction=nl&id=8948933&idnl=79469&

 

Une note de lecture de Clément Lacaille, militant du Mouvement Républicain et Citoyen, Fédération de Côte d'or.
Un titre aussi accrocheur n’est pas particulièrement intelligent. Les citoyens attendent un discours sérieux et responsable et non pas de la provocation médiatique. Voyons toutefois le contenu...

L’Europe…l’Europe….
Dans ce livre au style incisif qui se veut mobilisateur pour une « révolution citoyenne », J.L.Mélenchon accomplit lui-même une révolution idéologique qui mérite d’être soulignée : « je dis adieu à mon fédéralisme » (p.43). La rhétorique européiste qui était la sienne, il la justifie aujourd’hui en ces termes : « L’Europe devait être le moyen de rétablir la souveraineté populaire mise en cause par la mondialisation et la puissance des Etats-Unis… Nos chefs pensaient que plus on avancerait l’intégration économique, plus en résulterait de l’intégration politique, c'est-à-dire de la démocratie… » (p.73). Lutter contre la mondialisation en se soumettant à la loi du capitalisme financier sans frontière, redonner au peuple sa souveraineté en l’aliénant au profit d’instances supranationales, comment des élites politiques peuvent-elles adhérer à tant d’absurdités ? Mais le réel lui ouvre maintenant les yeux : « Cette ligne reposait sur une erreur d’évaluation terrible…Nous avons-nous-mêmes lâché le monstre dans notre cour !...Cette Europe, c’est le problème … » (p.74 et 76). Reconnaître aussi clairement son erreur, courage très rare en politique, mérite d’être salué.

Déni de démocratie, destruction de notre modèle économique, démantèlement des services publics, privatisations, mise en tutelle des Etats, le procès qu’il fait de l’UE rejoint le nôtre ; mais il est remarquable qu’il se limite à une dénonciation de ses conséquences concrètes sans remonter à la cause fondamentale, le discrédit idéologique du pouvoir souverain des Etats-nations. J.L.Mélenchon le reconnaît implicitement en reconnaissant la nécessité de rejeter (par opt-out) les règles communautaires pour défendre les services publics, mettre fin à la libre circulation des capitaux, rendre à l’Etat la capacité d’orienter l’économie, donc sortir du traité de Lisbonne ; mais pourquoi ne pas affirmer haut et fort que le respect de la souveraineté nationale est la question capitale ? Là nous serions pleinement d’accord ! Or cela n’est qu’implicite…

Nous attendons maintenant que le Parti de Gauche modifie en conséquence son projet qui actuellement appelle de ses vœux une Europe de l’emploi, une Europe des services publics, une Europe laïque, une Europe sociale, une Europe de la diplomatie, etc, fondée sur une Constitution européenne, dirigée par un exécutif européen… Il en serait donc fini du refus réitéré de considérer la nation comme « le cadre premier de l’expression démocratique et de la solidarité », valeur essentielle à nos yeux, qui fit obstacle à l’accord pour les européennes ? Restons prudents. Mélenchon renonce avec regret à la souveraineté européenne dont il dit caresser toujours l’idée et la ressortir « si l’occasion historique se présente » (p.86). A quelle occasion ? Le rêve européiste n’est pas éteint. Son revirement est principalement conjoncturel et ne se situe pas (pas encore ?) au niveau du principe, ce qui en restreint la portée. Mais reconnaissons que cette évolution est significative.

Et la France ?
Si la souveraineté est essentielle pour le MRC, elle n’est pas le problème principal pour J.L.Mélenchon qui donne priorité (c’est le premier et le plus long chapitre) à une nouvelle Constitution pour la France, alpha et oméga de la révolution ! Son argument : la progression inquiétante de l’abstention, « plus personne ne croit en rien…ce qui est anéanti avec cet état d’esprit, ce n’est pas seulement le principe moral et politique du civisme, c’est le pays lui-même qui se dissout… Si nous renonçons à être citoyens, nous cessons d’être le peuple de cette Nation. Nous sommes seulement les occupants d’un territoire » (p.29). D’accord pour le constat, mais pas pour en faire la base de la rénovation politique. Il invoque un modèle : « …tous les pays de l’Amérique latine de la nouvelle vague démocratique ont commencé par convoquer une Assemblée constituante…des millions de pauvres se sont impliqués dans des milliers de débats à la base …et sont allés voter en masse pour élire les députés constituants…la Constituante en France sera une renaissance de notre peuple… » (p .26-27).

Les raccourcis de ces arguments sont surprenants. Nous sommes plongés dans une crise provoquée par la domination et l’effondrement d’une puissance financière à l’échelon planétaire, et le premier acte de sa subversion serait de discuter de nos institutions ! En quoi notre Constitution est-elle responsable des destructions d’emploi et des régressions sociales ?! Elle fut et sera le cadre de politiques tout à fait opposées. Qui osera poursuivre la mobilisation contre la réforme des retraites en appelant à une redéfinition des trois pouvoirs, de la loi électorale…, bien que des améliorations soient nécessaires sur certains aspects ? L’abstention résulte de l’impuissance de l’Etat et de l’échec de la fausse gauche autant que de la vraie droite devant la destruction de notre économie, et seul un discours volontaire pour rompre avec Lisbonne et recouvrer notre capacité à défendre nos intérêts économiques pourra retrouver la confiance du peuple. Quant aux évolutions évidemment très positives d’Etats dont l’histoire et la culture sont si différentes des nôtres, les prendre en exemples pour y puiser son énergie relève d’une démarche intellectuelle plutôt sommaire, semblable aux motivations invoquées pour s’enticher du paradis européen. Les possibilités de changer un système sont potentiellement contenues dans les failles inhérentes à ce système, et non pas dans l’importation de pratiques extérieures.

Quel changement constitutionnel demande J.L.Mélenchon ? « tourner la page du présidentialisme… car notre monarque nous indigne… et il faut s’en prendre au système qui a permis son avènement… » (p. 33). Changer la principale disposition de la Constitution par opposition à la personne qui en est présentement détentrice est une fois de plus une attitude irrationnelle, et l’élection au suffrage universel d’un président disposant de prérogatives étendues est un pouvoir auquel le peuple français n’est pas prêt de renoncer, pour des raisons historiques que de Gaulle avait mieux comprises que beaucoup de gens de gauche. Pourquoi n’indique-t-il pas les grandes lignes de ce que devrait être « un bon régime parlementaire stable » ? Faire campagne sur ce thème, et généralement pour un changement constitutionnel, ne mobilisera pas le peuple pour la prochaine présidentielle. Il ne faudrait pas s’en aviser trop tard.

Nous n’aurons pas de désaccord de fond à propos du chapitre sur le partage des richesses : redonner à la rémunération du travail ce que le capital lui a extorqué, imposer le capital autant que le travail, la suppression des stock-options, limiter l’échelle des revenus. En ce qui concerne la politique étrangère, nos positions sont semblables dans l’ensemble : s’affranchir de la dépendance politique, militaire et idéologique de nos dirigeants envers les Etats-Unis, reprendre nos distances avec l’OTAN « organe impérial des USA », rééquilibrer nos rapports avec l’Allemagne, développer des coopérations fortes sur la base des intérêts réciproques, refuser le « grand marché transatlantique ». A ce propos, comment J.L.Mélenchon concilie sa position de vice-président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen et le récent rapport que celle-ci publia demandant « un partenariat plus fort entre l’UE et l’OTAN…un marché transatlantique intégré… et un siège pour l’UE au Conseil de Sécurité » ?... La réponse est attendue.

Ses propositions sont en revanche très limitées. S’il dénonce avec justesse le rôle destructeur de l’OMC et du FMI, la volonté de puissance économique et militaire des USA, le seul objectif avancé est une coopération étroite avec la Chine afin de contrecarrer l’influence du G2 qui, à défaut de partenariats compensateurs, renforcerait sa domination sur l’économie mondiale. C’est exactement sur le refus de cette complicité Etats-Unis-Chine que débute le Programme de Salut Public du MRC. Négocier un nouvel étalon monétaire, un rééquilibre entre exportation et consommation intérieure, des normes environnementales, avec ce géant asiatique serait en effet de bonne politique. Mais silence sur l’enjeu majeur d’accords économiques et industriels avec la Russie, indispensables pour la sécurité de l’Europe et l’équilibre même de la Russie vis-à-vis de l’Asie ; silence sur une véritable coopération avec l’Afrique afin de faire obstacle à sa colonisation économique, sur l’importance de partenariats avec les Etats d’Amérique du Sud, spécialement le Brésil. Cela vaut bien plus qu’une Constituante.

Désarmer ne concerne que le nucléaire (p.131), alors que la défense anti-missile de territoire (où nous entraîne l’OTAN) et son corollaire la militarisation de l’espace ne sont pas abordés. La politique de défense de la France exige plus qu’une bonne intention.

« L’écologie politique pose avant tout une exigence de rationalité et de responsabilité… » (p.92), position très juste, à condition de préciser que cette rationalité signifie le respect du statut scientifique de l’écologie. Que pense alors J.L. Mélenchon de la rhétorique écologiste plus ou moins apocalyptique qui se pose comme l’unique vision globale et universelle de l’avenir de l’humanité ? Face à l’idéologie écologiste, on aimerait qu’il précise comment il articule les problèmes environnementaux avec les questions sociales. Prône-t-il la décroissance ? Nous partageons son refus du capitalisme vert, mais s’il fustige les biocarburants et les droits à polluer, il fait l’impasse sur les illusions et les coûts des éoliennes et du photovoltaïque, sur la privatisation forcée d’une partie de la production d’EDF.

« Le libre-échange doit cesser » (p.99)… « nous n’aurons pas peur de taxer certains biens aux frontières en fonction des conditions économiques et sociales de leur production » (p.101), donc nous nous retrouvons sur la même ligne pour rétablir des frontières et instaurer un protectionnisme raisonnable ? Mais pourquoi ne poser ce principe que dans le chapitre sur l’écologie ? Il concerne tous les échanges économiques et, une fois de plus, requiert une souveraineté nationale intacte.

La position sur le nucléaire va ravir tous les opposants à cette énergie. Affirmer, sans argument scientifique, sans étude chiffrée, que les économies d’énergie et la géothermie seront capables de se substituer totalement au nucléaire, et qu’ainsi « l’indépendance énergétique serait assurée pour toujours » (sic, p.106), grâce à cette unique source, voilà qui pèche sérieusement quant à la rationalité et la responsabilité du propos. Qu’en pensent les scientifiques ?


En définitive, la priorité donnée au débat sur les institutions, le manque de rigueur de certains arguments, la limite ou l’absence de position en dépit de constats justes, confirment nos réserves à l’égard de son projet politique. En revanche, son retour à une conception nationale du projet politique apparaît comme une avancée importante dont on peut espérer qu’elle favorisera nos échanges au sein de la gauche. Conversion sincère ou posture intéressée ? Le fait objectif de son évolution semble plus important que ses attendus individuels.

Ceci pour contribuer au débat.

 

Jean-Luc Mélenchon : « Maastricht est un compromis de gauche ».

 

Nous reproduisons ci-dessous l’intervention de Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS de l’Essonne, le 9 juin 1992, dans la discussion au Sénat sur le projet de loi constitutionnelle préalable à l’adoption du traité de Maastricht. Le texte est copié du Journal officiel.

Rappelons le contexte dans lequel le débat a lieu. Quelques jours auparavant, le NON à Maastricht vient de l’emporter au référendum au Danemark. En France, Mitterrand annonce juste la tenue d’un référendum. Les sondages prédisent une victoire massive du oui.

L’intervention de Mélenchon a suscité l’indignation des sénateurs communistes. On les comprend. Loin de toute critique de l’Europe capitaliste ou « libérale », il défend en « homme de gauche », le « compromis de gauche » que représente selon lui Maastricht.

Son adhésion à l’intégration européenne est totale. Il célèbre la monnaie unique. Dans la foulée, il se livre à un véritable hymne à l’Europe, au « patriotisme européen », aux « éléments de puissance » que l’UE donne avec Maastricht. C’est du pur nationalisme européen, sinon une invitation au développement d’un impérialisme européen.

Mélenchon a-t-il changé ?

En 1992, il manifeste un mépris outrancier pour le choix démocratique du peuple danois qu’il caricature. En 2008, il prétend qu’il faut respecter le Non irlandais à Lisbonne. En 2005, il se prononce pour le Non au projet de constitution européenne, comme d’autres chantres de Maastricht tels Fabius. Il faut dire que depuis 1992, l’opinion publique rejette de plus en plus massivement la « construction » européenne. Mais au-delà des postures politiciennes, ne doit-on pas constater une permanence dans l’engagement ultra pro-européen de Mélenchon, teinté maintenant de la couleur de « l’Europe sociale » ?

En tout cas, le choix du « Front de gauche » et la place accordée dans celui-ci par la direction du PCF à Jean-Luc Mélenchon n’en finit pas de poser question. Sur la forme comme sur le fond.

Sénat, séance du 9 juin 1992

Examen du projet de loi constitutionnelle préalable à l’adoption du Traité de Maastricht.

 

M. le Président. La parole est à M. Mélenchon. (applaudissements sur les travées socialistes).

M. Jean-Luc Mélenchon. Monsieur le président, monsieur le ministre d’Etat, monsieur le garde des sceaux, mes chers collègues, le vote du Danemark a pesé assez lourd sur le déroulement de nos débats pour que certains de nos collègues aient, à un moment, jugé opportun de faire un tableau justifié et apprécié des vertus de ce « grand petit peuple ». Tableau justifié et apprécié, certes, mais incomplet : que de leçons seraient encore à tirer des vertus des Danois, clamées ici et portées si haut ? Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? J’ai pensé, mes chers collègues, que vous apprécierez que l’on complétât ce tableau en rappelant qu’il y aurait peut-être quelque chose à apprendre des Danois en examinant le régime qu’ils appliquent aux étrangers aux élections locales ! (applaudissements sur les travées socialistes.)

M. Guy Allouche. Très bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Sans cette précision, que vaut ce portrait ? Rien, comme bien des prétextes qui ont été avancés dans la discussion. Le vote des étrangers aux élections locales, qui a occupé tant de place dans la presse, a pris parfois un tour dur, injuste, blessant, lorsque, le prétexte se révélant trop inconsistant, il a fallu ajouter derrière le Belge ou l’Italien, qui ne faisaient peur à personne, l’ombre de l’Africain et du Maghrébin, qui paraît-il, sont ce qu’il y a de pire. Or, pour la majorité d’entre nous, Africains et Maghrébins sont des amis et nous espérons bien voir un jour le suffrage universel étendu à tous. Certains ont prétendu que nous serions incapables de répliquer à l’argument selon lequel toute la procédure engagée devant notre assemblée résulterait d’un contresens, le traité étant devenu inapplicable et caduc. L’essentiel a déjà été dit à ce sujet. Mais quoi ? après tant de gargarismes sur la grandeur de la France, sur son rôle dans le monde, on trouverait bon, un des partenaires venant à faire défaut, de renoncer à tout, en particulier à la volonté que nous portons en nous de faire l’Europe ?

N’ayons pas honte de ce traité. Déjà, il va au-delà de la situation actuelle, il constitue une avancée.

En tant qu’homme de gauche, je souhaiterais me tourner un instant vers certains de nos amis (l’orateur se tourne vers les travées communistes) pour leur faire entendre que Maastricht est un compromis de gauche : pour la première fois, dans un traité de cette nature, des mesures d’encadrement du marché sont prévues ; pour la première fois, citoyenneté et nationalité sont dissociées ; pour la première fois, les syndicats vont être associés aux processus décisionnels. (protestations sur les travées communistes. – Applaudissements sur les travées socialistes.)

Mme Marie-Claude Beaudeau. Les chômeurs vont disparaître ?

M. Jean-Luc Mélenchon. Si l’on veut dresser un tableau complet, tout cela doit être dit.

Politique politicienne, paraît-il. Nous gouvernerions ce pays l’œil rivé sur le rétroviseur, nous demandant ce que les uns ou les autres vont penser de ce que nous avons conclu. Vous plaisantez ! Aucune cause franco-française, à plus forte raison aucune cause de lutte politicienne ne parvient au niveau auquel se situent les enjeux de Maastricht. S’il en résulte un peu de désordre parmi vous, nous ferons avec !

Mme Hélène Luc. Pour le désordre, vous pouvez parler, parce que chez vous…

M. Jean-Luc Mélenchon. Le fil noir de l’intégration serait, a-t-on dit, un projet sans flamme ; on vérifie une fois de plus que la flamme ne s’allume pas aux mêmes objets pour tous ! Mais l’intégration représente un plus pour nous ; la construction de la nation européenne est un idéal qui nourrit notre passion. Nous sommes fiers, nous sommes heureux de participer à cette construction. Nous sommes fiers de savoir qu’il va en résulter des éléments de puissance, qu’un magistère nouveau va être proposé à la France, à ma génération, dans le monde futur, qui est monde en sursis, injuste, violent, dominé pour l’instant pas une seul puissance. Demain, avec la monnaie unique, cette monnaie unique de premier vendeur, premier acheteur, premier producteur, représentant la première masse monétaire du monde, l’Europe sera aussi porteuse de civilisation, de culture, de réseaux de solidarité, comme aujourd’hui le dollar porte la violence dans les rapports simples et brutaux qu’entretiennent les Etats-Unis d’Amérique avec le reste du monde.

M. Emmanuel Hamel. Et la violence du 6 juin 1944 !

M. Jean-Luc Mélenchon. Il ya ici assez d’Européens de longue main pour regretter la décision des Danois sans se laisser pour autant détourner des objectifs qu’ils poursuivent et poursuivront sans relâche. Il y va, je le répète, d’un enjeu de civilisation. L’alternative au monde violent et injuste, où la chute du mur de Berlin reçoit en écho les émeutes de Los Angeles, c’est l’avènement de la nation européenne porteuse de paix, de civilisation et de solidarité.

M. Félix Leyzour. Cela commence bien !

M. Jean-Luc Mélenchon. Et nous ne serons jamais autant Français qu’en y jetant toutes nos forces. On a invoqué ici, de nombreuses fois, la tradition républicaine de la France pour argumenter contre le progrès de la citoyenneté européenne que constitue le droit de vote accordé aux étrangers communautaires. C’est à mes yeux commettre un contresens et faire preuve d’un archaïsme totalement contraire à la philosophie politique qui a présidé à la fondation de la République dans notre pays et qui garantit la continuité du principe républicain et sa formidable prégnance.

On a dessiné devant nous une identité de la France quasi métaphysique, dans laquelle la souveraineté nationale est confondue avec ses instruments, dont la pérennité tracerait la frontière entre la vie et la mort de la nation. Contresens !

La nation est un mot nouveau qui est né pendant la Révolution française, par opposition au morcellement féodal des peuples de France sous la monarchie.

La nation est le lieu de la citoyenneté ; elle n’est ni éthique, ni religieuse, ni linguistique. La citoyenneté est dans l’exercice collectif du pouvoir. Là où est le pouvoir réel, là doit s’exercer la citoyenneté. Là où est la citoyenneté, là est la nation.

Tout se tient dans la tradition française entre la démocratie et la nation. Si le pouvoir réel de maîtriser notre destin ne peut prendre toute sa réalité économique et sociale qu’à l’échelle de l’Europe, alors, les vrais démocrates ne peuvent que vouloir l’avènement de la nation européenne et, avec elle, de la citoyenneté européenne.

Mes chers collègues, quand on aime la France – et on peut l’aimer de bien des façons – on sait qu’on ne peut la faire dans un seul pays.

La véritable polarisation du débat politique est là, elle traverse l’histoire de nos deux siècles de République. D’un côté, le conservatisme – ce n’est pas honteux – qui s’oppose à chaque étape au processus qui voit la citoyenneté étendre son rôle. De l’autre, le camp du progrès, qui saisit toutes les occasions de confier le pouvoir réel au plus grand nombre et qui, pour cela, parie toujours sur la dimension universelle de la personne, renvoie les différences les plus essentielles – la fois, la langue, l’attachement aux identités locales dans le domaine privé – pour ne reconnaître comme sujet de l’histoire que le citoyen défini par les droits mutuels universels.

Ces principes, nous les portons avec fierté. A l’heur où nous travaillons à une cause aussi fondamentalement française, il ne peut être question de délibérer sous la pression des mots, des fantasmes et même des leçons de patriotisme.

Si j’adhère aux avancées du Traité de Maastricht en matière de citoyenneté européenne, bien qu’elles soient insuffisantes à nos yeux, vous devez le savoir, c’est parce que le plus grand nombre d’entre nous y voient un pas vers ce qui compte, vers ce que nous voulons et portons sans nous cacher : la volonté de voir naître la nation européenne et, avec elle, le patriotisme nouveau qu’elle appelle. (applaudissements sur les travées socialistes).

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 12:12pm - Voir le commentaire ()
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15 Décembre 2010

A qui profite la dette ?

A qui profite la dette publique ? A l'Union pour une Minorité de Privilégiés.

Les points de vue sont convergents : j'en donnerai deux.

Dabord, celui de ce cabinet de consultants, essentiel :

http://www.pcf-smh.fr/IMG/pdf/la_dette.pdf

Ouvrant leur analyse par une citation de Karl Marx :

« La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. (…) Comme par un coup de baguette magique, elle confère à l’argent improductif un talent procréateur qui le transforme en capital, sans qu’il ait besoin de s’exposer au dérangement et aux risques des investisseurs industriels et même des placements usuraires ». (Marx, Le Capital).

...ils indiquent que ceux (de DSK à Sarkozy?) "qui n’ont pas de mots assez durs pour fustiger la dette n’ont en réalité aucunement l’intention de la supprimer" car pour la « classe des créanciers de l’État », que Marx déjà dénonçait, la dette publique est trop rentable pour disparaître.



Allez donc y voir :



http://www.pcf-smh.fr/Si-la-dette-est-bien-un-probleme.html



Ensuite, creusant également la question de savoir à qui profite la dette publique, Alternatives économiques (toujours pas abonné?), livre le même type d'analyse.

 

Source :

http://www.alternatives-economiques.fr/il-n-y-a-pas-que-le-bouclier-fiscal-_fr_art_633_42332.html 



Le paquet fiscal, adopté avec la loi Tepa en 2007, aurait coûté 7,7 milliards d'euros en 2008. Et si on prend en compte toutes les mesures mises en œuvre depuis neuf ans pour alléger la fiscalité des plus riches, le montant perdu chaque année par les finances publiques s'élève à 30 milliards d'euros.

Le gouvernement a rendu public le 16 mars 2009 une estimation du coût du « paquet fiscal » adopté en 2007 pour les finances publiques : celui-ci se serait élevé finalement à 7,7 milliards d'euros en 2008. Dont plus de moitié, 4,3 milliards d'euros, pour les exonérations sociales et fiscales sur les heures supplémentaires (voir notre pétition contre ces exonérations). Dans un contexte où on se demande de plus en plus comment rétablir demain un équilibre des finances publiques mis à mal par les nécessités de la relance, le débat est vif autour de la loi en faveur du travail, de l'emploi et du pouvoir d'achat (Tepa).

Le gouvernement espère le désamorcer en montrant que les montants concernés sont plus faibles que les chiffres souvent avancés jusque-là. Mais, même si le « bouclier fiscal » ne coûte « que » 400 millions d'euros à l'Etat, il a permis aux 3 506 contribuables les plus aisés de toucher un chèque de l'Etat de 116 193 euros en moyenne chacun, soit le tiers des impôts qu'ils ont versés. Alors que le revenu médian des ménages français était de 25 136 euros en 2005... Le symbole reste très fort dans le contexte actuel.

Une fois le gros de la crise passé, si on veut rétablir l'équilibre des finances publiques, il ne faudra pas en effet revenir sur les seuls bouclier fiscal et autres exonérations de la loi Tepa, mais aussi sur les multiples réformes menées depuis le début des années 2000 afin d'alléger la fiscalité sur les revenus et le patrimoine des plus riches. C'était, on ne s'en souvient guère, le gouvernement de gauche de Lionel Jospin qui avait lancé ce mouvement. Laurent Fabius, alors ministre des Finances, avait publié une tribune mémorable intitulée « Baisser les impôts pour préparer l'avenir », dans Le Monde du 28 aout 2001. Quant à l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, devenu entre-temps un des plus farouches détracteurs du « paquet fiscal », il avait fait adopter une réforme du barème de l'impôt sur le revenu qui avait, à elle seule, entraîné plus de 10 milliards d'euros de pertes fiscales par an. Davantage, donc, que le paquet fiscal de Nicolas Sarkozy.

Combien cela rapporterait-il aux finances publiques de ramener simplement les impôts au niveau où ils étaient en 2000, avant ces multiples réformes successives ? 30 milliards d'euros par an, soit plus de la moitié du déficit public constaté en 2008.

Comment arrive-t-on à un tel montant ? En 2000, les impôts sur le revenu et le patrimoine des ménages avaient rapporté à l'Etat 13,8 % de ce qu'on appelle leur revenu disponible brut (RDB), selon les chiffres de l'Insee. En 2007, suite aux différentes réformes fiscales, ce taux n'était plus que de 12 %. Si on était resté à 13,8 %, l'Etat aurait eu, cette année-là, 22,6 milliards d'euros en plus à sa disposition... Auxquels il faut ajouter les 7,7 milliards perdus en plus en 2008 du fait du « paquet fiscal ». Pas étonnant en tout cas, avec de telles politiques, que les déficits publics se soient creusés et la dette se soit envolée, avant même la crise actuelle...

Guillaume Duval

 

Alors, plus que jamais, il faut

Refuser l'austérité Sarkozy-FMI

Débiteurs de tous pays, unissez-vous !

Publié par Frédéric Maurin à 09:07am - Voir le commentaire ()
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5 Décembre 2010

L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !

Sous le titre "Consensus européiste", le M'PEP passe au crible l'ensemble des organisations politiques, syndicales et associatives progressistes.

Une étude de Patrice Hemet et Jacques Nikonoff (Mouvement politique d’éducation populaire – M’PEP)

Pour lire l'intégralité de l'analyse :

 

               http://www.m-pep.org/spip.php?article1934

 

 

Le constat est alarmant :

 

Une partie de la gauche et de la droite a renoncé à la souveraineté monétaire nationale, refuse de sortir de l’euro, et par conséquent s’est installée dans l’ordre monétaire néolibéral.

 

Les pays occidentaux traversent, depuis maintenant plusieurs années, une crise économique, financière, monétaire et sociale qui affecte fortement les classes moyennes et populaires. Depuis la fin de l’année 2009, une crise particulière s’est ajoutée au sein de l’Union européenne et plus particulièrement dans la zone euro. Pour tout citoyen intéressé par la « chose publique », il est naturel de vouloir connaître les analyses et les propositions formulées par les partis politiques, les syndicats et les associations concernées face à cet événement majeur. L’ambition de cette étude est donc de livrer un panorama général de ces différents points de vue et de les commenter.

La conclusion principale de cette investigation, que nous trouvons particulièrement inquiétante, est qu’il existe un consensus implicite entre presque toutes les organisations étudiées : Attac, CFDT, CGT, FO, FSU, MEDEF, MoDem, NPA, PCF, PG, PS, UMP, Union syndicale solidaires, Verts. De cette unanimité, hormis le Mouvement politique d’éducation populaire et l’Arc républicain de progrès - il faut aussi retrancher Debout la République (DLR), le Mouvement républicain et citoyen (MRC), et le Front national (FN). Debout la République se prononce clairement pour la sortie de l’euro, mais n’explique qu’assez peu la manière de faire. Le Mouvement républicain et citoyen évoque la sortie de l’euro, mais après que des tentatives de réformer l’Union européenne auraient échoué, et avec beaucoup d’ambigüités. Le FN prétend vouloir sortir de l’euro, mais cette annonce n’est qu’une arnaque, car les conditions mises par le FN pour en sortir annulent cette prétention. Le FN ne fait que des effets de manche. En réalité il ne veut pas sortir de l’euro. Comment, en effet, interpréter son slogan sur une sortie de l’euro « groupée, maitrisée et rapide », si ce n’est comme la volonté de botter en touche tout en donnant l’impression que le FN reste prétendument ferme sur sa défense de la souveraineté nationale ? Car une sortie « groupée », bien évidemment, n’a que peu de chances de se réaliser. Cette méthode ressemble à celle du gouvernement Jospin au tournant des années 1990 et 2000 qui avait fait voter une loi sur la taxe Tobin par le Parlement, en précisant simplement que cette loi ne s’appliquerait que si les autres pays faisaient pareil…

Ce consensus est évidemment non-dit. Il ne résulte heureusement pas d’un accord entre ces organisations qui conservent des divergences radicales et irréductibles sur de nombreux sujets. Néanmoins, sur deux questions qui conditionnent assez largement beaucoup d’autres, le consensus est réel :

  • ces organisations ne voient pas de solutions nationales à la crise et renvoient tout à l’échelle de l’Union européenne ;
  • elles se sont installées dans le cadre de l’euro dont elles ne veulent ou n’imaginent pas pouvoir sortir.

 

 Introduction

La quasi-totalité des organisations étudiées renvoie à l’échelle européenne, c’est-à-dire au long terme, les actions à entreprendre pour sortir de la crise. Très rares sont les actions envisagées à l’échelle nationale, c’est-à-dire dans le court terme. On pourrait considérer que c’est logique puisque la crise frappe l’Union européenne. Ce serait donc bien à ce niveau qu’il faudrait aborder les problèmes. Nous ne sommes pas du tout opposés à imaginer des mesures à l’échelle européenne. Nous disons simplement que toute politique à l’échelle européenne, à plus forte raison si elle porte sur la modification des traités ou du statut de la Banque centrale européenne demande du temps. Il faut en effet l’accord unanime des Vingt-Sept.

Si des décisions efficaces étaient prises à cet échelon, nous serions les premiers à nous en réjouir. Toutefois, notre enthousiasme est quelque peu émoussé par la stratégie suivie par les organisations étudiées, car elle est unilatérale. Nous voulons dire par là que ces organisations misent tout sur l’échelon européen, c’est-à-dire sur le long terme. Elles devraient pourtant essayer d’articuler leurs analyses et leurs propositions entre les niveaux européen et national, afin d’inscrire leur action dans le court, moyen et long terme. Pourquoi, par principe, sans l’expliquer, limiter l’action politique au cadre défini par l’UE, et renoncer à toute action à l’échelle nationale ? L’ampleur de la crise exige des réponses rapides, qui ne sont possibles qu’au niveau national. Pourquoi faire reposer la totalité des réformes nécessaires à une transformation sociale progressiste à l’échelle de l’Union européenne, alors que toute l’expérience depuis 1957 montre que c’est une impasse ? À notre connaissance, aucun accord « progressiste » n’a jamais été obtenu à l’échelle européenne sur des sujets d’importance comme la politique économique et monétaire, la politique sociale et fiscale, l’environnement, les droits et les libertés... Pas même lorsqu’une majorité de pays membres étaient à direction social-démocrate ! Que dire, alors, de la situation qui prévaut en 2010, où l’Union européenne penche très fortement à droite ? Comment, dans ces conditions, obtenir des réformes de gauche ?

Nous ne pensons pas que la position des organisations que nous avons étudiées soit crédible quand elles renvoient tout à l’échelon européen en gommant littéralement l’échelon national. Hormis de puissantes luttes sociales au niveau du continent – dont on ne voit pas aujourd’hui le commencement – il est illusoire d’attendre quoi que ce soit du Conseil européen, de la Commission, ou des « sommets » des chefs d’États et de gouvernements.

Pourquoi, dans ces conditions, persister à cibler le niveau européen comme étant le seul où des politiques de gauche pourraient s’appliquer ? Rien n’est envisagé par ces organisations, en ne prenant que cet exemple, en termes de « désobéissance européenne », c’est-à-dire d’initiatives nationales fortes qui pourraient créer une dynamique dans les autres pays. Tout attendre d’une hypothétique réécriture des traités européens nous apparait être particulièrement démobilisateur. Cette stratégie – pensée ou impensée - bouche toute perspective politique et offre en revanche un boulevard aux forces d’extrême droite, nationalistes, xénophobes, racistes… Les militants des organisations de gauche concernés doivent impérativement se ressaisir et, sans abandonner les mesures envisagées à l’échelle de l’Union européenne, ajouter des propositions nationales, construire des propositions de ruptures avec le néolibéralisme à l’européenne.

Toutes les organisations étudiées se sont installées dans l’ordre monétaire néolibéral

Elles n’envisagent à aucun moment de sortir de l’euro. C’est un recul absolument considérable et tragique par rapport à la bataille idéologique et politique qui avait été engagée au moment du référendum de Maastricht en 1992, et qui avait été presque gagnée avec 48,96% pour le « non ». Il faut se rappeler que le PS, le PRG, l’UDF (ex-MoDem), Jacques Chirac, Alain Juppé et Édouard Balladur avaient appelé à voter « oui », et que le PCF, Jean-Pierre Chevènement qui était encore au PS, Philippe Séguin et Charles Pasqua du RPR, Philippe de Villiers de l’UDF, le FN avaient appelé à voter « non ». Le RPR n’avait pas donné de consigne de vote.

En 2010, en pleine crise de l’Union européenne et de l’euro, la gauche qui avait à juste titre appelé à voter « non » en 1992 est rentrée dans le rang. Comme le PS ou l’UMP, elle ne veut pas quitter l’euro. Les arguments avancés pour justifier cette position témoignent d’un affaissement de la pensée critique, d’une méconnaissance profonde de la politique monétaire et d’une dissémination alarmante du virus néolibéral. Rappelons quand même que l’euro a été bâti à partir de la BCE, rendue « indépendante » des pouvoirs publics, pour mener une politique monétaire relevant de l’intégrisme néolibéral. Certes, la BCE est contestée par beaucoup d’organisations de gauche. Mais elles s’arrêtent en chemin. Un mur invisible les empêche d’aller plus loin et de remettre en cause le système lui-même. La gauche doit se poser une seule question et y répondre clairement : croit-elle possible, de retour au pouvoir, de mener une politique de gauche en France, alors que la politique monétaire restera de droite ? Si la gauche – la vraie gauche – ne parvient pas depuis des années à progresser dans l’opinion publique, c’est précisément parce qu’elle reste muette, ambigüe ou consensuelle avec la droite sur la question cruciale qui est celle de l’Union européenne et de l’euro.

Les organisations étudiées

Les partis politiques qui seront passés en revue sont les suivants : Debout la République (DLR), Front national (FN), Les Verts, Mouvement républicain et citoyens (MRC), Mouvement démocrate (MoDem), Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Parti communiste français (PCF), Parti de gauche (PG), Parti socialiste (PS), Union pour un mouvement populaire (UMP). L’Arc républicain de progrès ne présentant pas de candidats aux élections, nous n’avons pas étudié ses positions. Il rassemble les formations suivantes : Comité Valmy, Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), Rassemblement des Citoyens pour la République (RCR), Collectif républicain de la gauche gaulliste.

Les syndicats suivants ont été étudiés : Confédération française démocratique du travail (CFDT), Confédération générale du travail (CGT), Fédération syndicale unitaire (FSU), Force ouvrière (FO), Union syndicale solidaires (USS), Mouvement des entreprises de France (MEDEF).

Quant aux associations, seule l’Association pour une taxation des transactions financières et l’action citoyenne (Attac) a été retenue compte tenu du rôle qu’elle a joué sur les questions de la mondialisation et de la globalisation financière.

Nous avons tenté dans cette présentation une approche transversale pour chaque organisation. Ainsi, nous regarderons d’abord quelle analyse générale ces organisations ont fait sur l’origine, les causes profondes de la crise et les différents plans de rigueur qui en ont résulté. Dans un deuxième temps, nous présenterons leurs propositions d’actions dans le cadre européen et enfin les mesures prônées dans le cadre national. Pour terminer, nous ferons, le cas échéant, quelques commentaires.

Afin d’établir cette « cartographie », nous avons privilégié les communiqués et positions officiels de ces différentes organisations tels qu’ils figuraient sur leurs sites Internet au 30 septembre 2010. En effet, les déclarations individuelles de telle ou telle personnalité, même influente, d’une organisation ou d’une autre, sont quelquefois guidées par le court terme d’une actualité brûlante ou par une logique purement médiatique et rhétorique. Elles ne reflètent pas nécessairement la position officielle d’une organisation décidée par ses instances dirigeantes avec la froide rigueur inhérente aux « conclaves stratégiques » et au débat collectif. La période choisie, quant à elle, correspondant au développement de la crise de l’Union européenne et de l’euro lors du premier semestre de l’année 2010.

Quelques caractéristiques générales des discours des organisations sélectionnées face à la crise

De façon générale, il est difficile de ne pas remarquer le silence « assourdissant » de certaines organisations concernant la crise actuelle. Beaucoup de sites de partis ou de syndicats ne sont pas ou peu actualisés sur la question. D’autres sont organisés de manière tellement confuse qu’une mère n’y retrouverait pas ses petits. C’est la raison pour laquelle, dans cette recherche, il est possible que des documents de certaines organisations n’aient pas été pris en compte, tout simplement parce que nous ne les avons pas trouvés ! Si c’est le cas, que les organisations concernées nous le signalent et veuillent bien nous excuser.

Dans de nombreux cas, nous n’avons pu trancher parmi les propositions évoquées entre ce qui pourrait apparaître comme des mesures structurelles valables quelque soit le contexte, et des mesures exceptionnelles destinées à répondre à une situation d’urgence.

De façon plus particulière, on peut remarquer que :

Debout la République, hormis le M’PEP et l’Arc républicain de progrès, est la seule organisation politique à revendiquer la sortie de l’euro sur une base unilatérale. Son président, l’ex-député UMP Nicolas Dupont-Aignan, ayant participé à la campagne du « non » lors du référendum sur le projet de constitution européenne en 2005, développe une analyse très proche de celles faites par le M’PEP, Attac ou le PG pour ne prendre que ces exemples. Néanmoins, la sortie de l’euro est peu détaillée sur la manière de faire et sur les politiques à mettre en œuvre ensuite, qui sont marquées d’une très profonde ambigüité.

Le Front national, parmi toutes les organisations étudiées, parle aussi de la sortie de l’euro, mais celle-ci, toutefois, devrait être « groupée, maitrisée et rapide ». Une telle proposition n’est que posture – et même imposture – car le temps de trouver des partenaires pour sortir de l’euro – si on en trouve – aura laissé le terrain libre aux spéculateurs. Il y a urgence économique et sociale. C’est donc de manière unilatérale que les États doivent sortir de l’euro. La position du FN relève de la politique politicienne. Même chose pour le soi-disant protectionnisme du FN qui n’est envisagé qu’au niveau de l’Union européenne. C’est ridicule puisque l’UE commerce assez peu avec l’étranger (environ 30%), sans compter le temps qu’une telle décision mettrait à être prise, et que beaucoup de délocalisations sont faites vers les pays de l’Union dont les salaires sont les plus faibles.

Les Verts n’ont pas de textes sur la crise de l’Union européenne et offrent une réponse structurelle assez détachée de la crise récente. Toutes leurs propositions restent dans le cadre illusoire de l’Union européenne. Ainsi, leur grand cheval de bataille, la « conversion écologique de l’économie », représente selon eux un potentiel de 500 000 emplois en France et 5 millions en Europe. On aimerait savoir par quelle baguette magique ce coefficient multiplicateur va pouvoir opérer. Ou en d’autres termes : appuyé sur quel traité et porté par quel exécutif ?

Le Mouvement républicain et citoyen (MRC) ne parle pas de sortir de l’euro, mais évoque simplement cette possibilité. Sa position est ambigüe et conditionnée par l’échec d’un « pacte » qui serait adressé aux pays membres pour tenir compte de la faillite de la construction européenne et envisager de nouvelles pistes d’avenir fondées sur le progrès social. Contrairement à ce qu’on aurait pu croire, les propositions d’actions nationales sont assez peu développées en matière économique et monétaire, l’essentiel reste fixé au niveau européen.

Le Mouvement démocrate (MoDem) est un cas particulier, car on ne peut pas dire qu’il n’y a rien sur la crise de l’Union européenne sur son site Internet ; il y a moins que rien ! Étonnant pour un parti dont le chef – François Bayrou – croit qu’il est habité d’un destin national.

Le Nouveau parti anticapitaliste (NAP) cible de manière systématique sa critique sur le Parti socialiste. Toutes ses propositions, particulièrement incantatoires, sont à prendre à l’échelle de l’Union européenne, aucune à l’échelle nationale !

Le Parti communiste français fait des propositions – certes généralement beaucoup mieux construites que les autres partis – qui ressemblent néanmoins à celles du NPA. Rares sont celles d’application immédiate, la plupart renvoient à des transformations profondes des traités, processus qui ne sera pas à l’ordre du jour avant des décennies. L’absence de réalisme de cette façon de faire contribue à boucher toute perspective politique crédible.

Le Parti de gauche (PG) est celui, parmi toutes les organisations, qui ose briser le tabou de l’impuissance nationale en voulant la « restauration des marges de manœuvre nationales vis-à-vis de l’Union européenne ». Il est quasiment le seul, ainsi, à proposer des mesures concrètes d’application immédiate très élaborées, en France ou dans un autre pays, pour amoindrir la « dictature » des marchés financiers. Toutefois, ce parti reste marqué par des ambigüités qui l’empêchent de déployer pleinement cette perspective. Il reste encore trop paralysé par le mythe européen et envisage, par exemple, des mesures aussi baroques que le contrôle du Parlement européen sur la Banque centrale européenne !

Le Parti socialiste a aligné son discours, à la virgule près, sur celui du Parti socialiste européen (PSE) dans lequel on retrouve de « vrais » hommes de gauche comme Zapatero en Espagne, Socrates au Portugal et Papandréou en Grèce, affameurs de leurs peuples avec les plans d’austérité inouïs qu’ils leur ont infligés. Toutes les propositions du PS, à l’instar du NPA ou du PCF et, dans une moindre mesure, du PG, renvoient à des lendemains qui chantent au niveau de l’UE. Rien n’est proposé, en France, pour résoudre, ici et maintenant, les problèmes.

L’Union pour un mouvement populaire (UMP) tient un discours dont le dogme semble être la concordance permanente, servile et zélée, avec l’action gouvernementale. Il ne faudra donc pas s’étonner si nous avons puisé, pour illustrer son point de vue, dans les discours de son « maître à penser » Nicolas Sarkozy. Comme pour le PS, l’UMP et le gouvernement renvoient tout à l’échelle de l’UE.

La CFDT, de son côté, reste dans les vœux pieux des revendications intergalactiques. Rien n’est proposé ici et maintenant.

FO ne dit rien, pas d’analyse et encore moins de propositions, même si le syndicat exprime clairement sa solidarité avec les travailleurs grecs.

C’est également le cas de l’Union syndicale Solidaires qui manifeste avec beaucoup de véhémence sa solidarité avec les salariés des pays victimes de plans d’austérité, mais qui n’a aucun texte sur la crise de l’Union européenne.

La Fédération syndicale unitaire (FSU) a diffusé deux textes assez courts sur le sujet. Si l’analyse est proche de celle de la CGT ou d’Attac, les propositions le sont aussi et restent dans le « mainstream » du mythe européen.

Seule la CGT se détache très nettement du lot en disposant de nombreux documents sur l’analyse de la crise qui rejoignent celles du PCF, du PG ou d’Attac. La CGT reste cependant bloquée à l’échelle de l’Union européenne pour les propositions qu’elle formule, et ne parvient pas encore – même si on sent qu’elle en est proche – à faire des propositions d’application immédiate à l’échelle nationale.

Quant au Mouvement des entreprises de France (MEDEF), son crédo européiste est clairement affirmé. Il développe un condensé chimiquement pur de la pensée la plus conservatrice et néolibérale qui puisse exister.

L’association Attac, quant à elle, est particulièrement décevante. Certes, elle reprend l’analyse qui a fait sa force et sa renommée de sa création jusqu’au référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, mais elle n’en tire pas toutes les conséquences. Elle reste, comme toutes les organisations qui ont été étudiées, paralysée par la perspective d’actions nationales – en France ou ailleurs – de rupture avec le système de Bruxelles. En mettant comme priorité la taxation des transactions financières, l’association s’engage dans une impasse car ces taxes sont aujourd’hui devenues inadaptées face à l’évolution de la crise du capitalisme financiarisé. Le problème n’est plus de ralentir la spéculation, mais de l’éradiquer. Persister à faire de la monoculture revendicative à propos des taxes sur les transactions financières peut même être considéré, aujourd’hui, comme de la diversion. Concernant la sortie éventuelle de la Grèce de l’euro, Attac reprend curieusement le discours alarmiste et anxiogène d’un Sarkozy ou d’un Strauss-Kahn !

 

Suit l'analyse des points de vue de la totalité des organisations citées sur http://www.m-pep.org/spip.php?article1934

 

Beau et long travail !

 Pour faire plus court, je vais relire le Plan B :

 

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 Où il était dit que l’Union européenne a réalisé le rêve de Marx, mais à l’envers : les patrons de tous les pays s’y sont unis pour mettre les salariés en « concurrence libre et non faussée ». Un projet inscrit dans les fondations mêmes du traité de Rome, il y a cinquante ans.

Publié par Frédéric Maurin à 19:02pm - Voir le commentaire ()
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