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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

27 Février 2011

Eloge des frontières

...le dernier ouvrage de Régis Debray (Gallimard), mérite qu'on s'y attarde. A l'heure où le régime vassalisé de Sarkozy, inféodé aux puissances d’argent, casse l’indépendance nationale et la souveraineté populaire. 

 

Morceaux choisis.

 

« Aujourd’hui, il n’y a plus de limites », entend-on tous les matins au comptoir, dans les zincs où se réfugie à Paris la meilleure philosophie. (…). Plus de limites en effet, à l’escalade des rémunérations et des prébendes, aux fanfreluches de Madame Sans-Gêne et aux désinvoltures de présidents sans façons.

L’indécence de l’époque ne provient pas d’un excès mais d’un déficit de frontières.

Il n’y a plus de limites à parce qu’il n’y a plus de limites entre.

La frontière a mauvaise presse : elle défend les contre-pouvoirs. N’attendons pas des pouvoirs établis, et en position de force, qu’il fasse sa promo. Ni que ces passe-muraille que sont les évadés fiscaux, membre de la jet-set, stars du ballon rond, conférenciers à 50 000 dollars, multinationales adeptes des prix de transfert déclarent leur amour à ce qui leur fait barrage. (…)

Ce sont les dépossédés qui ont intérêt à la démarcation franche et nette (…) Ceux qui ont la maîtrise des stocks (de têtes nucléaires, d’or, de devises, de savoirs et de brevets) peuvent jouer avec les flux, en devenant encore plus riches. Le fort est fluide. Le faible n’a pour lui que son bercail, une religion imprenable, un dédale inoccupable, rizières, montagnes, deltas. Guerre asymétrique. Le prédateur déteste le rempart, la proie aime bien. "

 

J'arrête ici la transcription...voyez l'excellente note de lecture de Jean-Paul Brighelli sur  http://bonnetdane.midiblogs.com

 

« Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières. D’ailleurs, ajoute notre Dictionnaire des idées reçues (dernière édition), la démocratie y mène tout droit, à ce monde sans dehors ni dedans… »

 

Ainsi commence Eloge des frontières (Gallimard), un tout petit livre où Régis Debray vient de rassembler des conférences prononcées en mars 2010 à la Maison franco-japonaise de Tokyo.

Et dans ce monde de fausses valeurs, où on échange un Michel Houellebecq contre un Stéphane Hessel ou, au choix, deux barils d’Ariel, je voudrais dire tout le bien que cet opuscule mérite — les livres qui vous rendent intelligent ne sont pas si fréquents.


Dans la frénésie européano-mondialiste, dont le credo — ou l’incantation — se limite à proclamer la fin des frontières (et, tant qu’à faire, de l’Histoire), cela fait du bien de lire que les exaltés de l’ouverture, les apôtres de la World Music, tous ceux qui trouvent que « le mantra déterritorialisation » est un joli mot, et autres excités de la globalisation, nous tricotent un monde dangereusement inquiétant,.

Les légendes fondatrices, explique Debray, « tracent des lignes ». Romulus délimite la Cité d’un sillon si profond que le premier qui le saute — son frère, en l’occurrence — en paie le prix fort. La civilisation, c’est la démarcation.
Dans l’espace d’abord : Dieu commence par séparer (la lumière de la ténèbre, l’eau de la terre, Eve d’Adam, etc. — en bon petit diable, souligne notre conférencier, qui arrive d’une époque où l’on étudiait encore le grec en classe). Et le sacré procède de cette séparation. Le templum (Debray arrive aussi d’un système scolaire où l’on faisait du latin…) dérive du verbe grec temnein, qui signifie découper. Le pro-fane se tient à l’avant d’une limite qui détermine l’espace religieux proprement dit, et le rex est celui qui reget fines, qui délimite les frontières. C’est aussi le rôle des chefs, à commencer par les chefs de famille, que d’énoncer aux enfants la limite — mais voilà : le règne de l’enfant-roi (et jamais on n’a mieux senti l’oxymore de l’expression), du citoyen universel et du banquier trans-frontalier ouvre l’ère du brouillage des limites, et, bientôt, de leur effacement.

On comprend le propos. Effacer les différences, c’est produire de l’indifférence. Nous avons passé quelques dizaines de millénaires à construire des bulles — grottes, maisons, murailles, cantons ou famille, tout comme la nature a fabriqué des gousses et des carapaces —, que l’on prétend éclater, en nous sommant d’être désormais membres d’un « village global ». Le Bien serait cette standardisation qui dit que je suis semblable à mon voisin, tout en prétendant respecter nos différences, dissonances autorisées d'un concert universel.

La frontière, cependant, pour être sans cesse reculée, fait de la résistance. On détruit l’enceinte de Philippe-Auguste, le Mur des Fermiers généraux, les fortifs’, mais on a le périphérique, et le Grand Paris de demain élaborera sa propre limite : les villes reconstituent sans cesse leur intra muros. Et la banlieue, indistincte, est vécue comme une menace, un espace de non-droit — un faux bourg. Encore que la Cité (ainsi les voyous appellent-ils leur citadelle) se reconstitue sans cesse, et génère ses propres lois. C’est même, explique Debray, qui a de la mémoire, une réalité politique : on commence par chanter que « l’Internationale sera le genre humain », et l’on finit par construire des rideaux de fer. Il en est de même dans la World Enterprise, qui abolit les frontières pour en édifier immédiatement d’autres — entre Etats-Uniens et Mexicains, entre Neuilly et Aubervilliers, entre Espagnols et Maghrébins. Pour ne rien dire des Israéliens et des Palestiniens. Tout déracinement engendre son ghetto. L’industrie de la serrure trois points et de la barrière de sécurité ne s’est jamais mieux portée que dans ce monde prétendument ouvert. L’Union européenne, qui n’a jamais existé que sur le papier des illusions bruxelloises, mesure aujourd’hui ce qu’a coûté la perte de cette frontière symbolique que représentaient les diverses monnaies. À moins de supposer que l’euro est l’autre nom du Deutsche Mark — une évidence que les Grecs, les Irlandais, les Portugais et bientôt pas mal d’autres paient au prix fort.

La culture fait partie de ces clôtures. Bien entendu, nos démocrates béats la prétendent plurielle, ouverte, multipolaire. Et les illusionnistes de la pédagogie ont tenté d’imposer en classe cette vision du « tout se vaut « . Sans comprendre que l’Ecole avait été bâtie, dans les années 1880, avec des murs de papier, plus solides encore que la pierre, où étaient imprimés la Légende des siècles et le Tour de France de deux enfants, Racine et Corneille, Rabelais et Stendhal.

Mais on préfère aujourd’hui faire lire aux enfants les contes du monde entier, écrits dans une langue soigneusement lavée de toute difficulté, un globish où le présent de narration est toujours préféré au passé simple, toujours trop complexe, le mot vulgaire au mot savant, et les bons sentiments à la complexité. Sans voir que les lycées-casernes enfantaient plus de Rimbaud forts en thème que les « espaces de vie » conçus par les architectes modernes : l’enfant profite de la contrainte, de la clôture, de la règle — sans nécessairement se la prendre sur les doigts. Il erre en revanche dans l’espace mental sans délimitation que lui dessinent les pédagogies de l’apocalypse molle. Et au lieu de sublimer ses frustrations en efforts, en travail, en désir de mieux faire, il les libère au tout premier degré en violence exercée sur les autres et sur lui-même. Le cancre-roi est le cancer des cultures dissoutes. Au lieu de lui imposer des paliers, on lui laisse la porte ouverte — à 83% de réussite, le Bac est-il encore un rite de passage ?

La contrainte fabrique sans doute pas mal de conformistes. Mais l’absence de hiérarchie profite au caïdat : quand Rome s’est prétendu ville universelle, et que tous les peuples conquis ont eu droit à la citoyenneté, les barbares ont franchi le limes, et se sont installés dans la Cité — urbi et orbi, jusqu’à ce que de nouvelles frontières apparaissent.

 

« Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites », disait le sapeur Camember. Profondeur remarquable de la tautologie. La civilisation, la culture, l’éducation — ou l’écriture —, c’est l’expérience des limites. « Le principe de laïcité, explique Debray, portait un nom : la séparation. » De l’Eglise et de l’Etat. De la sphère privée et de la sphère publique. De l’instituteur et du curé (ou du rabbin, ou de l’imam). « La loi au forum, le privé à la maison ». La séparation donne forme, donne corps. Eduquer, c’est, sans cesse, imposer des limites. Le barbare — celui qui est venu frapper à la porte de l’Empire, comme celui qui a enlevé Ilan Halimi — n’a ni limites, ni contrainte. Et c’est ce que nous fabriquons, à grands coups d’école ouverte, de dissolution des disciplines — l’idéal des pédagogistes —, de désordre. On veut nous faire croire que le désordre est créateur, quand c’est la contrainte qui accouche d’œuvres d’art. À Malraux qui demandait comment aider les créateurs, on répondit crûment : « Mettez-les en prison » — l’ombre de Sade, dont Debray souligne tout ce qu’il doit à la Bastille, est là pour en témoigner.

Et de conclure : « En avant, les bonnets d’âne ! » (Si !), avant de définir le « sans-frontiérisme », qui est à la fois un économisme, qui « avalise le moins d’Etat en masquant son corollaire, le plus de mafia », un technicisme (un standard unicode, une hubris robotique qui se donne pour une méta-culture mondiale), un absolutisme (celui du délinquant ou celui du prophète, qui ne reconnaissent aucune limite à leurs appétits. Ajoutons-y le tyran, qu’il ait la barbichette de Napoléon III ou les talonnettes de Napoléon IV) et un impérialisme — hégémonie de Rome autrefois, des Etats-Unis hier, des banquiers aujourd’hui.

Le « rouleau compresseur », comme dit Debray, de la convergence et nos mots-fétiches, consensus, concertation et compromis, sont des concepts qui commencent mal. Et de préférer la culture, qui absorbe tout en sachant rejeter, qui trie, digère ou vomit, qui sait la différence entre Mozart et Sexion d’assaut, entre Laclos et Paulo Coelho, entre Degas et Vénilia.

 

Debray achève sa diatribe par une invocation à tous ceux qui refusent encore la « dilution dans l’universel », selon le mot d’Aimé Césaire — tous ceux qui ont rêvé de cartes et d’estampes et de journées de la jupe, de maisons de la culture et non de no man’s land, de centres-villes qui ne soient pas des centres commerciaux, de service public et non de logique de marché, de gastronomie et non de fast food Eloge des frontières est un vrai hymne à la résistance, à la différenciation — et, in fine, aux Lumières, contre la tentation obscurantiste de l’uniformité.

 

Jean-Paul Brighelli

Publié par Frédéric Maurin à 19:05pm - Voir le commentaire ()
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25 Février 2011

Vers la chute du IIIème Raïs ?

Excellente question posée dans le dernier éditorial de Bastille République Nations...que j'introduirais par cette citation de Pierre Mendès-France:

 

"L'abdication d'une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dicature interne par la remise de tous les pouvoirs à un seul homme, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique"

(Discours sur les risques du Marché commun 18 janvier 1957)

 

 

Vers la chute du troisième Raïs ?

 

Source : ( http://www.brn-presse.fr/ <- c'est ici qu'on s'abonne et qu'on soutient la presse libre...)

 

Comme lors du mouvement contre la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy proclame qu’il tiendra bon sur les coupes budgétaires massives, quoiqu’il arrive. Il y a deux semaines, sous l’œil de TF1, l’hôte de l’Elysée frisait même la provocation, alors que magistrats et enseignants étaient dans la rue le jour même : les dysfonctionnements de la Justice ? On n’a jamais eu autant de juges. L’incapacité à assurer la sécurité ? Ça n’a rien à voir avec le manque de moyens. L’échec scolaire, les classes surchargées ? Ce qui compte, ce n’est pas le quantitatif, c’est le qualitatif…

 

En face, on dénonce certes ses priorités, mais on semble peu pressé de mettre en cause le principe de la baisse des dépenses publiques. Pire : la Cour des comptes vient de préconiser 50 milliards au minimum de restrictions en matière de dépenses publiques pour les trois prochaines années. Rappelons que cette noble institution est présidée par un dirigeant socialiste. Selon le secrétaire général de FO, 400 000 emplois publics auront été supprimés entre 2007 et 2012 – le plus grand « plan social » de France, et de loin ! Qu’on le veuille ou non, ce sont, au final, 400 000 chômeurs de plus.

 

Le débat public évoque l’image de ces trois singes qui se bouchent respectivement les yeux, les oreilles, la bouche : le président a bien pris garde de ne pas faire une seule fois allusion à l’Europe ; et ses opposants – même ceux qui se proclament les plus radicaux – n’ont pas eu l’inélégance de rompre cette omerta. Bruxelles ? Connais pas.

 

Cette discrétion est ahurissante. Car en ce moment même se trament les projets dont l’objet est de donner une dimension totalement nouvelle aux cadres, dispositifs et procédures confiant à l’Union européenne le pilotage des politiques économiques et sociales des Etats-membres. Et ce, sous la pression de la chancelière allemande… avec l’appui actif du président français. Le « semestre européen » qui dessaisit les parlements nationaux de l’essentiel de leurs prérogatives budgétaires est à peine en place que le Conseil européen a déjà à son ordre du jour le principe d’un « pacte de compétitivité » : chaque pays ayant adopté la monnaie unique serait sommé d’aligner âge de la retraite (vers 67 ans), protection sociale, droit du travail et politique fiscale. La pilule est tellement énorme qu’elle a suscité une levée de boucliers de sept ou huit pays lors du sommet européen du 4 février – non certes sur le principe, mais au moins sur les modalités. Un sommet des dirigeants de la zone euro a été prévu en catastrophe pour le 11 mars, avant le Conseil européen des 24 et 25 mars. Selon certains analystes, il s’agirait là des « changements les plus radicaux de l’économie et des structures de l’Union depuis une génération » (propos cités par le site spécialisé Euobserver.com).

 

Pendant des décennies, les autocrates tunisien et égyptien ont régné sur leurs pays respectifs par la répression et la peur. Au moins ont-ils cristallisé sur leur personne le ressentiment populaire – avec les suites que l’on sait. Sur le Vieux continent en revanche, les instances où sont prises les décisions-cadres restent en quelque sorte derrière le rideau (qui aurait idée de crier « Van Rompuy, dégage » ?) ; l’Union européenne a précisément été conçue dans ce but.

 

Qu’un des peuples européens déchire – enfin – ledit rideau, et cette lucidité pourrait bien faire tâche d’huile. Qui sait, alors, si l’oligarchie bruxelloise dans son ensemble ne connaîtrait pas le sort de Ben Ali et Moubarak ? A quand la chute du troisième raïs ?

 

Pour celle et ceux que les débats sur l'Union européenne assomment, j'ai prévu quelques minutes d'humour :  

Désolé, pas pu m'en empêcher... cette vidéo a agréablement accompagné mes journées de grève... Allez,retour au sérieux :

Publié par Frédéric Maurin à 09:17am - Voir le commentaire ()
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18 Février 2011

Je ne suis pas communiste mais...

...mais quand je lis ici http://www.pcf-smh.fr/ le texte qui suit, je suis pris d'une irrepressible envie de le faire partager.

 

Parcequ'il montre que ce qui se passe dans les services publics relève autant du sarkozysme et de son projet de Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance que du "projet européen" réduit à La concurrence libre et non faussée

 

Il fallait que je soumette cela à votre analyse.

 

Voilà c'est fait :  

Le budget 2011 programme à nouveau la suppression de 16.000 emplois à la rentrée dans l’éducation nationale. Ils s’ajouteraient aux 66.000 postes déjà rayés des cadres depuis 2007. Pourtant le nombre d’élèves scolarisés va encore augmenter en 2011 de 48.000 dans le secondaire et de 9.000 dans le primaire.

Ces choix budgétaires sont synonymes de classes plus chargées, de réduction des enseignements dispensés, des heures de soutien ou de certaines formations professionnelles notamment, de fermetures d’école aussi bien en zones rurales qu’urbaines.

En parallèle, le gouvernement démantèle la formation pédagogique des enseignants, développe la précarité dans le recrutement.

Les résultats de cette politique se font sentir, dans les familles, dans les villages et les quartiers, dans l’économie.

Les évaluations nationales et internationales constatent la baisse générale des résultats du système scolaire français et en particulier le développement rapide des inégalités.

Il ne s’agit pas d’une fatalité économique mais d’un choix politique du pouvoir : celui du sabotage de l’école laïque et républicaine, celui du recul du niveau de formation des travailleurs et citoyens de France.

Notre système, l’école publique, gratuite, laïque et républicaine a fait ses preuves. Par exemple, nos écoles maternelles, si dangereusement attaquées, sont un modèle envié, très supérieur aux systèmes payants et non scolaires de garde d’enfant qui prédominent dans les autres pays européens.

Mais l’éducation nationale est malade d’une politique qui l’empoisonne peu à peu.

La question financière n’est qu’un prétexte.

Les emplois supprimés en 2010 dans l’éducation pèsent largement moins que les 700 millions d’euros que coûte annuellement l’intervention de l’armée française dans la guerre américaine en Afghanistan, 40 fois moins que la fortune de Mme Bettencourt.

Pour subventionner l’école privée, le gouvernement (comme certaines collectivités) trouve aussi des centaines de millions d’euros à attribuer en exonérations d’impôt et de cotisations sociales, en subventions, prélevés sur l’intérêt national.

Le projet du pouvoir en France, conforme à la « stratégie de Lisbonne » définie en 2000 par l’UE, consiste à :

- développer le marché lucratif des formations en développant les inégalités et la « concurrence ». La suppression de la carte scolaire, les pressions pour faire éclater l’unité de l’éducation nationale rentrent pleinement dans cette logique de privatisation larvée de l’éducation.

- abaisser l’offre d’éducation au niveau des besoins immédiats du patronat, lequel casse des centaines de milliers d’emplois qualifiés en France, chaque année. Le passage du Bac pro en 3 ans, la dévalorisation des BEP en sont des exemples.

- réduire la formation générale, l’acquisition de la culture, de l’esprit critique, pourtant si nécessaires dans un monde en mutation constante, parce qu’elles donnent aux citoyens en formation des éléments pour contester leur exploitation, le règne de l’argent sur notre société. La suppression d’horaires d’histoire au lycée, la perversion des enseignements des sciences économiques et sociales selon l’idéologie patronale, portent la marque de cette vision rétrograde.

Enseignants, parents, lycéens, citoyens, nous subissons tous cette politique à des degrés différents.

Les difficultés d’inscription en maternelle, la hausse des coûts réels d’éducation pour les familles, la dégradation des conditions de travail et d’enseignement, la désertification des territoires, la perspective du chômage, tout cela doit nous pousser à défendre un pilier de notre société : l’école publique !

Arrêtons les saboteurs, commençons à gagner l’inversion de leur politique !

Exigeons :

- l’annulation des 16.000 suppressions d’emplois planifiées pour 2011, un programme d’embauche de personnels statutaires et qualifiés !

- l’abrogation des décrets Chatel contre le lycée (réduction des enseignements, rupture d’égalité et soumission des établissements à des intérêts privés).

- le rétablissement d’une véritable formation pédagogique des enseignants.

- le rétablissement et l’extension du soutien scolaire au sein de l’éducation nationale

- une carte scolaire conçue dans un objectif de cohésion territoriale et de mixité sociale.

A l’automne, par millions pour la défense des retraites, nous avons montré que les forces existent dans ce pays pour mettre en échec la politique au service du patronat et de l’argent.

Maintenant, on nous incite à patienter en regardant en spectateur la pièce de boulevard que nous jouent les prétendants à la candidature en 2012, sur fond de large consensus politique (UE, austérité…).

Nous pouvons et devons lutter tout de suite pour gagner !

Dans les semaines qui viennent, certains syndicats enseignants envisagent des luttes, des grèves déterminées. C’est notre affaire à tous de les soutenir.

POUR L’AVENIR DE L’EDUCATION NATIONALE, POUR L’AVENIR DE NOTRE PAYS !

 

Sur le même sujet, on lira "avec profit"  http://ouvalacgt.over-blog.com/

 

Jeudi, journée d'action contre les suppressions de postes dans l'Education Nationale.

 

 

Des milliers de suppressions de postes d'enseignants, et les départements populaires, comme le 93, les plus durement touchés, alors que les effectifs d'élèves augmentent.
 

Une journée d'action de plus, sans doute, avec l'efficacité qu'on leur connaît. Mais une journée à laquelle les enseignants se doivent de participer, non pas seulement pour défendre leurs conditions de travail et leur bifsteack, mais pour défendre le droit à une éducation de qualité pour les jeunes.

 

Pas la défense d'un prétendu "service public" illusoire, le système éducatif a toujours servi de système sélectif pour former les compétences nécessaires à la production capitaliste, qu'il s'agisse des élites (futurs bourgeois ou alliés) ou des exécutants (futurs prolétaires exploités dont on a besoin de la force de travail, plus ou moins qualifiée).

Selon les époques, selon les conditions de la guerre économique et de la mondialisation, selon les secteurs et les contextes, les exigences du capital ne sont pas les mêmes. On n'est plus aujourd'hui dans la révolution industrielle de Jules Ferry ou dans la période de reconstruction de l'après guerre.

Aujourd'hui, en pleine phase de restructuration mondiale, de délocalisations et de restructurations, on restructure l'éducation comme on restructure les usines, ou comme le système de santé d'ailleurs. Les plus faibles sont définitivement abandonnés, le système élitiste se renforce. La pressison s'accroit sur les enseignants dès le primaire pour évaluer, sélectionner, trier, ficher, le tout très officiellement. Plus besoin de pédagogie dans leur formation, juste de la technique et du management !

Tant pis pour les loosers chez les enfants ! Pour eux, il y a les compagnies de CRS que le gouvernement sait ménager...

 

JeuneGalere.jpgIl n'y a pas de réponse syndicale simple, "plus de postes, des gommes et des crayons". Le système éducatif est à la croisée de la formation générale, de la formation politique et citoyenne, du système économique et donc de l'exploitation.

"Une autre école, une autre société" titrait une affiche de SUD Education. C'est la question centrale.

Aujourd'hui, il faut se battre pour conserver le maximum de moyens pour favoriser l'éducation générale, la formation à l'esprit critique, l'éducation politique et citoyenne, pour favoriser la formation de futurs combattants contre l'exploitation. Bien avant tout pour les plus défavorisés, les jeunes des secteurs ouvriers et populaires, celles et ceux aujourd'hui abandonnés dans un monde barbare et sans avenir... "Les jeunes dans la galère, de cette société là, on n'en veut pas !".

Il faut refuser tous les critères de tri et de sélection, de fichage et d'évaluation. Il faut lier le combat de l'éducation à celui du système économique auquel il prépare.

 

Plus que jamais les enseignants doivent lier leur sort aux secteurs ouvriers en lutte, comme on l'a vu dans le mouvement sur les retraites, il n'y a pas d'autre avenir que la convergence des luttes pour mettre à bas cette société d'exploitation capitaliste, pour construire un monde nouveau. Et là, c'est bien de projet politique qu'il s'agit...

Publié par Frédéric Maurin à 16:38pm - Voir le commentaire ()
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18 Février 2011

Identité nationale : le poisson pourrit par la tête

Faillite morale, faillite économique...pour masquer cela, l'UMP  entend nous refaire le coup de l'identité nationale, sous l'angle plus précis d'un "grand débat sur l'Islam".

 

Mais quelle est la légitimité de l'UMP (filiale politique du MEDEF) à débattre de l'identité nationale? Elle est nulle, comme vous le verrez à l'issue de la lecture de cet article. 

 

Tenir sa langue pour ne pas être réduit au silence

 

 Source : Bastille République Nations, (pour recevoir un numéro, c'est par ici : http://www.brn-presse.fr/ )

Une guerre semble déclarée au français par l’intrusion massive de l’anglais – ou d’un sous-anglais – dans tous les domaines de la vie sociale, notamment dans le monde de l’entreprise. Cette tendance n’est pas innocente : elle tend à marginaliser une large part de la population, qui pourrait devenir étrangère dans son propre pays. Le phénomène n’est pas propre à la France, et vise à déposséder les peuples de leur propre vison du monde, inséparable de la langue.

 

La caste financière qui domine notre pays planifie-t-elle le basculement de la France vers le « tout-anglais » pour les, voire pour la, prochaine(s) décennie(s) ? Cette perspective, pour incroyable qu’elle puisse paraître, pourrait être étayée par de nombreux exemples.

 

Ainsi, sur TF1, on ne compte plus les écrans publicitaires qui s’affichent en anglais, dans la totale indifférence du CSA. La représentante française a chanté en anglais lors de l’eurovision 2008 sans qu’on ne s’en émeuve en haut lieu. Les supermarchés Atacsont rebaptisés Simply Markets (« be happy, be simply » !), Champion devient Carrefour Market pendant que les villes se couvrent d’enseignes en franglish. Berceau de notre littérature, le Val-de-Loire se voit renommé Loire Valley. Les ex-services publics se lâchent : pour vanter le Livret A, la Poste proclame I love L.A., pendant que la SNCF lance ses Family TGV. Sans le veto d’un préfet courageux, l’aéroport Lyon Saint-Exupéry serait déjà Lyon Airports

 

Le phénomène est plus flagrant encore dans les entreprises. Chez Toyota, les production operators de chaîne obéissent aux Team managers ; des syndicats de base CGT, CFTC, CGC et UNSA regroupés en Intersyndicale en sont à revendiquer le droit des salariés à travailler en français en France. Quant aux ouvriers de Continental, ils ont appris en anglaisleur licenciement collectif.

 

Des grands groupes n’hésitent plus à rechercher des cadres « english mother language », sans que la dite « Haute autorité », censée sévir contre les discriminations, ne pointe cette véritable préférence nationaleà l’envers. Les Français qui suent pour apprendre le Wall Street English vanté dans les rames du métro ne feront pas longtemps le poids face aux anglo-« natifs ».

 

Les médias ne sont pas en reste, où déferlent les américanismes (du « Morning » au Mouv’ (pas de souligné) en passant par le « crumble » de France-Inter…). Alors qu’existent les termes français, le média-formatage des cerveaux substitue systématiquement challenge à défi et mail à courriel. On n’en est plus aux traditionnels emprunts d’une langue à une autre quand la gent branchée préfère la positive attitude à l’« attitude positive » et dit plus spontanément yes ! que oui.

 

Au point que le philosophe Michel Serres – peu soupçonnable de dérives « franchouillardes » – s’indigne : « il y a plus d’anglais aujourd’hui sur les murs de Paris qu’il n’y avait d’allemand sous l’Occupation ». Et Hubert Védrine enchérit : « peut-être le français survivra-t-il à tout cela ; peut-être pas… ».

 

Dans ce contexte, il n’est sans doute pas excessif d’évoquer un plan totalitaire d’anglophonisation de la France, dont les chefs d’orchestre paraissent de moins en moins clandestins. A commencer par les gouvernements anglais et américain qui, depuis 1945, poussés par leurs firmes transnationales, investissent d’énormes sommes pour anglophoniser la planète, comme le révèle le linguiste Claude Hagège (1). Ensuite, l’Union européenne dont 80% des textes sont, très illégalement, exclusivement rédigés en anglais (2).

 

L’état-major patronal européen bat la mesure : « les présidents des quarante-six plus grandes sociétés du continent ont obtenu que tous les documents des États candidats à l’intégration dans l’UE soient exclusivement rédigés en anglais », écrivait déjà Hagège en 2006 (1). Le congrès du MEDEF vient d’adopter pour devise : « Ready for the future ! » (« prêt pour l’avenir »). Dans un registre plus institutionnel, et avec de lourdes conséquences, la France a finalement ratifié le protocole de Londres, ouvrant la voie au monopole de fait de l’anglais sur les brevets (cf. BRN n°34 du 27/11/07).

 

On se souvient qu’Ernest-Antoine Seillière, appelé à intervenir en 2003 devant le Conseil européen, annonça qu’en tant que président de la confédération patronale européenne Business-Europe, il s’exprimerait en « anglais, la langue des affaires et de l’entreprise ». Quant au président de la banque centrale européenne (BCE), il déclarait devant les eurodéputés lors de sa prise de fonction : « I am not a Frenchman ! ».

 

Dans ce qui s’apparente à une dénationalisation de la langue et des cerveaux, le français est en quelque sorte relégué au rang de langue domestique – le terme est ici littéralement approprié. Car pour dissoudre notre pays dans « l’économie de marché ouverte sur le monde », et pour tenter de désarmer et diviser les résistances populaires, les maîtres du CAC 40 ont entrepris d’effacer ce repère essentiel dont dispose notre peuple pour s’unir et s’identifier : sa langue. Après avoir criminalisé l’héritage révolutionnaire du monde du travail, la Frencheurope d’en haut serait ravie d’araser le « mauvais esprit » de ces écrivains frondeurs que furent Villon et Rabelais, Molière et Descartes, Diderot et Rousseau, Aragon et Éluard, Césaire et Fanon…

 

À Paris, dans les allées du pouvoir, on montre l’exemple. Ainsi Christine Lagarde ne se cache pas de « manager » Bercy en anglais. Valérie Pécresse, lauréate du Prix de la Carpette anglaise, promeut avec acharnement l’anglophonisation de l’Université en violation de la Constitution qui fait du français la langue officielle de la République. Xavier Darcos impose de fait l’anglais à tous les enfants du primaire sous couvert de l’apprentissage précoce d’une langue étrangère ; mais pourquoi pas l’allemand, l’espagnol, l’italien, ne serait-ce que dans les régions frontalières ?

 

Quant au chef de l’État, il vient de s’illustrer en inaugurant la nouvelle base militaire d’Abu Dhabi : devant les caméras de la télévision française, c’est en anglais qu’il interrogea l’officier français charger de le « briefer » sur la disposition des forces… Le même avait semé la consternation au Québec par ses déclarations peu avant l’ouverture du sommet de la Francophonie.

 

 

Dépossession d’une vision du monde

 

A ce rythme, combien de temps faudra-t-il pour que la langue du Discours de la méthode et de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen devienne à Paris ce qu’est devenu le gaélique à Dublin ? De même, combien de temps pour transformer ces langues de haute culture que sont l’allemand ou l’italien en jargons bredouillés par des « indigènes » inaptes à l’« employabilité mondiale » ? Au-delà de l’indéniable enjeu national, la cause du français s’articule donc de manière internationaliste à la défense de toutes les langues contre ceux qui veulent déposséder les peuples de leurs concepts, de leur manière de penser, et, au fond, de leur vision du monde.

 

Car à pensée – impériale – unique, sabir unique. Et tant pis si la classe ouvrière francophone (et a fortiori sa composante immigrée) devient étrangère dans son pays. L’« élite » planétaire américano-formatée se dote ainsi d’une arme linguistique de destruction massive lui permettant d’atomiser psychologiquement la nouvelle plèbe mondiale, vouée à « anglo-baragouiner » sous l’œil méprisant des nouveaux seigneurs. Une telle perspective n’a pas de quoi émouvoir Dominique Strauss-Kahn (FMI) ou Pascal Lamy (OMC), les socialistes français qui pilotent la mondialisation ; ni d’ailleurs Martine Aubry ou Ségolène Royal, dont les euro-retrouvailles lors du rassemblement électoral près de Nantes se sont récemment tenues sous une banderole proclamant fièrement first the people ! (3)

 

De leur côté, François Chérèque et Bernard Thibault ont accepté que la seule langue de référence de la Confédération Syndicale Internationale (CSI) soit l’anglais. Un choix d’autant plus paradoxal que le français est langue officielle du Bureau International du Travail (BIT). De même, l’ensemble des syndicats français affiliés (CGT, CFDT, FO) ou candidats (FSU) à la Confédération Européenne des Syndicats (CES) promeut-il sans états d’âme le « nouveau deal européen » prôné par cette dernière (lire p. 13). Un glissement linguistique qui traduit un basculement conceptuel : substituer la culture du marchandage à la tradition syndicale française fondée sur la solidarité de classe (4).

 

Que dire de la LCR-NPA, dont le journal djeun’ se nomme Red (« Rouge »). Il faudrait également évoquer ces députés PS, UDF et PCF qui entendaient mettre constitutionnellement à égalité le français et les langues régionales… ouvrant ainsi la voie à la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires voulue par l’UMP. Qui connaît l’origine de cette Charte et l’esprit de ses initiateurs ne peut guère en douter : l’arrière-plan n’est autre que l’euro-régionalisation de la République sur des bases ethno-linguistiques. Entre l’anglais « global » et la langue régionale, le français n’a qu’à bien se tenir…

 

C’est donc en réalité toutes les langues du monde qu’il conviendrait de protéger du tout-globish. Y compris celle de Shakespeare et de Shelley, menacée au premier chef d’un « ajustement structurel » bien peu littéraire par Business Europe et consorts. La tâche est immense, mais les forces ne manquent pas pour y contribuer.

 

 

GEORGES GASTAUD (*)

Membre du COURRIEL (Collectif Unitaire Républicain pour la Résistance, l’Initiative et l’Émancipation Linguistique), association ouvertement « progressiste et anti-impérialiste, liant la résistance linguistique au combat social et civique des travailleurs ».
Le collectif a pour présidents le député honoraire Georges Hage et l’ancien Résistant Léon Landini (FTP-MOI).

Site Internet : http://www.defenselanguefrancaise.org/


(1) Combat pour le français, Odile Jacob, 2006

 

(2) Ainsi l’office européen des statistiques vient-il de passer au tout-anglais en abandonnant l’allemand et le français sans un mot de protestation de Berlin ou Paris…

 

(3) dont on ne sait s’il faut traduire « le peuple d’abord », ou bien « les gens d’abord »…

 

(4) Le français parlerait de « compromis », ce qui suppose au moins la construction préalable d’un rapport des forces entre classes sociales. L’anglais dit « deal », on est dans le vocabulaire des joueurs de poker, du monde des affaires, ou du commerce de stupéfiants… porteur d’une vision du monde idéologiquement normalisée

Publié par Frédéric Maurin à 12:54pm - Voir le commentaire ()
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18 Février 2011

Sur le capitalisme vert

...l'ouvrage, "Ne soyons pas des écologistes benêts" s'impose comme une référence.

J'avais eu l'occasion de le préciser, moi aussi: J'aime les Verts... quand ils rougissent .

 

Hélas, militants associatifs ou politiques, des écologistes voient le monde à travers la seule crise environnementale, en oubliant la crise sociale. Ils défendent une écologie qui ne serait « ni de droite ni de gauche » (Daniel Cohn-Bendit) et prétendent sauver les écosystèmes sans mettre fin au capitalisme (Yann Arthus Bertrand).

D’autres « Hélicologistes »  en vue sur TF1 et sponsorisés par le gang du Fouquet’s (Nicolas Hulot) créent même des lignes de produit désodorisant sans même avoir eu le courage d’appeler au boycott de l’Oréal.   Etonnant non ?

Le Mouvement politique d'éducation populaire, (http://www.m-pep.org/ ) les nomme les "écologistes benêts".  

L’effondrement financier de 2008 aurait dû les réveiller… Eh bien non. Au contraire, ils défendent le capitalisme vert, qui permet à l’ordre économique mondial de se faire une seconde jeunesse. Nous ne devons pas nous laisser berner. C’est bien à une réorganisation politique qu’il faut œuvrer. Cela passe par des prises de position claires : contre l’OMC, pour un protectionnisme écologique et social à l’échelle des Etats, pour un nouvel internationalisme.

 

 

 

 

  
Ce n'est qu'un début, le débat continue ici :

Pour compléter,cette intervention de Maxime Vivas dans le cadre d'un « Forum » du Front de Gauche sur le thème  « Contre le capitalisme vert, unir l’écologie et la justice sociale. »

 

« Bonsoir,

D’abord, quelques réflexions, nées de mon vécu de citoyen et d’élu municipal d’un petit village au sud de Toulouse. Dans mon village, comme dans des milliers d’autres, l’école a fermé, la boulangerie aussi, il n’y a plus de commerce. Le facteur vient d’un village voisin et il passe après midi. Pour avoir du pain frais ou lire le journal du matin il faut faire 10 Km aller-retour. Et mes chers concitoyens, mes électeurs, sont culpabilisés. Et d’ailleurs, ils sont coupables, surtout les plus pauvres.

Ceux qui se chauffent avec des radiateurs électriques, ceux qui n’ont pas isolé leur habitat, ceux qui travaillent si loin et à des heures si biscornues qu’ils utilisent deux voitures par ménage, ceux dont les voitures, trop vieilles, polluent et consomment trop essence, ceux qui travaillent trop et qui n’ont pas le temps ou la force de bêcher leur jardin et qui achètent à l’hypermarché leurs légumes qui ont voyagé. Ils sont coupables puisque les tenants d’un capitalisme vert le leur disent.

On en voit qui, fatigués, passent leurs dimanches à fumer et boire devant leur télé (à regarder Michel Drucker, il paraît que parfois c’est bien) au lieu de se mijoter des repas bios après leur jogging. Ces braves gens qui n’en peuvent plus, on entend bien, ici et là, et jusqu’à gauche, des gens qui les condamnent, des moralisateurs qui sont prêts à soutenir des lois pour les obliger à une attitude plus verte, plus citoyenne, des lois qui priveraient les fumeurs-buveurs téléphages-sédentaires des remboursements des frais des maladies qu’ils vont avoir, des lois qui diraient clairement que tel qui ne peut se payer une voiture propre doit opter pour la mobylette (un vélo serait mieux).

Bref, des lois nécessaires, gravées sur le socle de pierre de nouveaux monuments à ériger dans chaque village, dédiés aux nouveaux combattants de la « guerre verte », où l’on pourrait lire : « Salauds de pauvres ! ».

Va-t-on arrêter de désigner comme planèticides ceux dont l’incivisme revient (c’est une image) à prélever un grain de sable dans la dune du Pyla tandis que des oligarques du monde entier la défoncent avec des bulldozers... dotés de pots catalytiques ?

Va-t-on arrêter de fustiger les petits, les obscurs, les sans-grades, dont parlait Edmond Rostand dans l’Aiglon ?

Va-t-on arrêter de montrer du doigt les jeunes qui usent d’une éducation nationale qui grève le budget de la nation, les chômeurs qui devraient bien accepter les petits boulots de balayeurs de feuilles ou de videurs de bassin à l’hôpital (s’il n’a pas fermé), les vieux qui sont trop malades, les encore plus vieux pour lesquels il va falloir cotiser plus et à qui Alain Minc reproche, même quand il s’agit de son propre père, de trop coûter au pays.

À quel moment précis a-t-on commencé à bafouer le programme du Conseil national de la Résistance, dont Denis Kessler, N° 2 du MEDEF veut détricoter tout ce qu’il en reste ? Se rappelle-t-on que ce programme fut le fruit d’un vaste rassemblement allant des communistes aux royalistes en passant par les gaullistes et les socialistes ? Je pense ici aux dispositions qui voulaient assurer : « la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères ».

Que peut-on faire pour que les fléaux de la libre circulation des capitaux, des marchandises, des usines, ne soient pas ad vitam aeternam aggravés par celui de la libre circulation de la désinformation, de la propagande, bref, de ce que Jaurès appelait « le mensonge triomphant qui passe ? »

J’ai travaillé à la Poste à une époque archaïque où les lettres arrivaient le lendemain de leur expédition. J’ai travaillé à France Télécom à une époque où la mission était de servir les usagers, ce qui n’empêchait pas de faire des milliards de bénéfices qui étaient reversés, non pas à des actionnaires, mais au Trésor public, c’est-à-dire à vous, indirectement. Est-ce que les postiers, les télécommunicants, les gaziers et électriciens, les cheminots, les usagers, ont demandé que ces entreprises soient démantelées. Qui l’a imposé ? (Je ne réponds pas aux questions dont vous avez la réponse).

Je connais une ville de 8 000 habitants, Grigny, près de Lyon, dont le maire, mon ami René Balme, a proclamé la désobéissance civile.

Écoutons-le : « Lorsque la loi est contraire aux intérêts de la population, lorsqu’elle entre en contradiction avec l’intérêt général, lorsqu’elle se heurte au principe de précaution, lorsqu’elle porte atteinte au service public, lorsqu’elle favorise les intérêts de quelques-uns au détriment des intérêts du plus grand nombre, nous ne l’appliquerons pas ou nous freinerons son application ». Dans cette ville, les panneaux publicitaires sont bannis. Les repas de la cantine scolaire sont préparés sur place, avec des produits frais. Voulez-vous qu’on prenne le pari que, pour les prochaines élections municipales, de vastes coalitions contre-nature s’emploieront à faire battre ce maire ?

Si l’Europe a renoncé d’emblée à devenir un pôle capable de rompre l’unipolarité du monde, si elle se contente de se poser en clone des USA, d’où peut venir un contrepoids ?

Probablement d’Amérique latine où des pays ont une même histoire, la colonisation européenne, les invasions états-uniennes, les dictatures militaires, les dictatures civiles, les droites et les gauches qui se ressemblent et qui se passent le relais. Ces pays ont ainsi balayé l’éventail des expériences politiques.

Le socialisme du XXI siècle va se bâtir, il se bâtit chez eux, malgré leur proximité avec la plus formidables puissance militaire, économique, financière, technologique, médiatique que la terre ait jamais connue (Un président mexicain disait : « Pauvre Mexique si loin de Dieu et si près de l’Amérique ! »). Plusieurs de ces pays récupèrent leurs richesses naturelles au service du peuple, le gaz, l’eau, le pétrole, développent des politiques nationales soucieuse des intérêts de leur peuple et de l’avenir de la planète.

La plus importante organisation écologique du monde, WWF (vous savez, celle dont le logo est un Panda) a réalisé en 2006, une étude sur les pays qui souscrivent aux conditions pour un développement durable. Son rapport indique que si les choses continuent ainsi, en 2050, l’humanité consommera les ressources et l’énergie de deux planètes Terre. Le rapport met sur la liste noire les Émirats Arabes Unis, les États-Unis, la Finlande, le Canada, le Koweït, l’Australie, l’Estonie, la Suède, la Nouvelle Zélande et la Norvège, des pays à forte consommation d’énergie.

Les pays pauvres ont moins d’impact sur la nature, mais à mesure qu’ils se développent certains dépassent la mesure. C’est le cas de l’Inde et de la Chine. WWF a élaboré un graphique avec deux variables : l’indice de développement humain (établi par l’ONU : niveau d’alphabétisation, espérance de vie, etc.) et ce que l’on appelle l’« empreinte écologique », indiquant l’énergie et les ressources per capita consommées dans chaque pays. Aucun pays riche, mais également aucun pays pauvre n’a un type de développement qui remplit concomitamment ces deux critères indispensables de durabilité. Aucun, sauf un.

Je vais agacer le dessinateur Plantu et pas que lui, peut-être : ce pays est Cuba. « Cela ne veut pas dire que Cuba soit un pays parfait, mais que c’est le seul à remplir les conditions », précise l’un des auteurs de la recherche de WWF. Ce qu’a mesuré WWF, pourquoi ni nos médias ni nos politiciens estampillés écolos ne nous en parlent-ils pas ? Pourquoi ne vont-ils pas y voir ? Compte-tenu de l’enjeu planétaire, ne devraient-ils pas prendre le risque de froisser l’Empire, le FMI, l’OMC, la Banque mondiale, notre opinion publique ?

Élargissons le propos à toute l’Amérique latine.

L’Europe est un conglomérat de pays rivaux où se pratiquent les délocalisations, le dumping social à l’intérieur de ses frontières. C’est une foire d’empoigne, les sommets sont des bras de fer nationalistes, les structures administratives sont des bureaucraties amoureuses du FMI.

L’Amérique latine a créé le Mercosur (le marché commun du sud) et l’Alba (Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique), des organismes qui concernent plusieurs centaines de millions d’habitants, et qui regroupent, à eux deux une quinzaine de pays membres ou associés. Au sommet du Mercosur de décembre 2010 au Brésil, Cristina Kirchner, la présidente de l’Argentine a déclaré : « Nous devons être intelligents pour ne pas tomber dans le piège des divisions et des affrontements entre pays de la région selon la vielle formule : diviser pour mieux régner, qui doit être supplantée par unir et gouverner »

Le Bolivien Evo Morales (premier président indigène en Amérique latine) dit que si un fonctionnaire du FMI atterrit à La Paz, il devra aussitôt remonter dans l’avion.

Le président Hugo Chavez a annoncé hier (mercredi) aux dirigeants d’une grande banque vénézuélienne, que si elle persiste à enfreindre la loi en refusant d’accorder des prêts immobiliers à des mal-logés, elle sera nationalisée.

Le président équatorien Rafael Correa est disposé « à ne pas exploiter 920 millions de barils de pétrole afin d’éviter l’émission de près de 111 millions de tonnes de carbone dues à la combustion de matières fossiles. »

Est-ce que l’Union européenne, si elle ne montre pas la voie, va, au moins, suivre et encourager ?

Il faudrait que nous soyons, pour le croire, ce que mon ami Aurélien Bernier appelle dans le titre d’un de ses livres « des écologistes benêts ».

Écoutons Karl Marx : « Le Capital a horreur de l’absence de profit. Quand il flaire un bénéfice raisonnable, le Capital devient hardi. A 20%, il devient enthousiaste. A 50%, il est téméraire ; à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines et à 300%, il ne recule devant aucun crime. »

Je termine par une information : en 2007 au Venezuela, a été créé le PSUV, le Parti socialiste unifié vénézuélien que quelques médias ont aussitôt baptisé « parti unique ». Le PSUV regroupe une kyrielle de petits partis, naguère autonomes et concurrents. S’ils existaient ainsi, c’est qu’ils étaient différents, avec des programmes différents. C’est parce qu’ils se sont unis que Chavez est toujours président, que l’argent du pétrole vénézuélien ne sert plus à enrichir des oligarchies locales et les banques des États-Unis d’Amérique.

Oligarchies, États-Unis d’Amérique, au cas où ces mots de conclusion paraîtraient hors sujet, j’ajoute ceci :

Dans mon village sans pollution, les électeurs, culpabilisés, ont lavé leurs fautes à l’occasion de l’élection présidentielles de 2007 en donnant deux fois plus de voix aux candidats Verts qu’à l’ensemble des candidats des partis de la vraie gauche. Dans mon village sans immigration et sans insécurité, mes concitoyens qui veulent que leur vie change ont donné 1% des voix à Marie-George Buffet et 8% à JM Le Pen. Peut-être faudrait-il qu’on leur parle, ainsi qu’à tous ceux qui pensent comme eux, qu’on leur dise que d’autres détruisent la planète et bien plus qu’eux et qu’il existe des solutions à leurs problèmes dans le cadre d’un pays, non pas isolé, mais maître de son destin dans le cadre d’une République fraternelle et respectueuse des différences.

Merci. »

http://www.legrandsoir.info/+Le-Grand-Soir-au-Forum-de-gauche-ecologie-justice-sociale-a-Bordeaux+.html

Publié par Frédéric Maurin à 10:28am - Voir le commentaire ()
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16 Février 2011

Alliot-Marie : une cible trop facile

Vous avez entendu comme moi des grandes voix du Parti socialiste s'insurger et exiger la démission de Madame Alliot-Marie, au motif de sa proximité et ou de son affairisme supposé avec le clan Ben Ali. 

N'étant pas un inconditionnel d'Alliot-Marie, je le dis sereinement : c'est à mon sens un faux débat et un faux combat... à trois mois du formidable mouvement social que nous avons vécu.

 

Il en va de même pour l'affaire Woerth-Bettencourt: outre le fait qu'aucune conclusion pratique en ait été tirée (du type : Boycottons l'Oréal , un appel dans le vide), l'exfiltration du ministre n'a rien changé à sa réforme des retraites.

 

Le bruit des casserolles que trainent l'UMP, l'enchaînement des affaires, empêche d'entendre l'essentiel : oui, la machine à privatiser les profits et socialiser les pertes continue de tourner à plein, oui les répressions antisyndicales continuent en silence, oui on prépare aux prolétaires des plans d'austérité qu'on n'ose encore imaginer.   


Un autre combat, à mener à un mois des élections cantonales, serait plus "productif", si j'ose dire :

  

Retraites: pour une opération "Tu l'as votée, tu vas le payer"

 

En effet, pour revenir à notre M ALLIOT-MARIE, vouloir changer de ministre des affaires étrangère sous Sarkozy, cela rime à quoi ?

Son remplacement par Bernard Kouchner ?

Et si la proximité avec Ben Ali est un motif de démission si impérieux, ALORS pourquoi ne pas exiger celle de Dominique Strauss-Kahn, par exemple?

 

 


 

Appel à l'exclusion de DSK du Parti Socialiste (vous vous souvenez?)

 

Allons, un peu de sérieux camarades socialistes.

La vraie question est, devrait, aurait du être, la démission de Sarkozy, dès lors que prenait corps son projet de Défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance  .

Il fallait, et il faut encore pour cela, un conflit social majeur.
Pas des primaires.

Et un projet de rupture franche avec le sarkozysme.

Pas du Manuel Valls.

Aussi, gardez cet appel dans un coin de votre mémoire. Il pourra servir.


Sarkozy, démission
Appel aux citoyens :

"Osons dire qu’il n’est pas légitime ! "

 

"Le courage, ce n’est pas de saluer le mensonge qui passe : le courage, c’est de chercher la vérité et la dire » (Jean Jaurès). "

 

« La France est une république sociale, démocratique, laïque, une et indivisible où tout le pouvoir appartient à la nation… ». Chaque terme de cet article, qui définit la France dans l’actuelle Constitution, cingle au visage l’actuel « président de la République ».

 « République » ?  

 Mais N. Sarkozy de Nagy-Bocsa sape obstinément ces deux piliers de l’Etat républicain que sont les libertés publiques et la souveraineté du peuple !

 En quoi par exemple les 53% des suffrages qu’il a obtenus le 6 mai 2007 (une élection, fût-elle présidentielle est de moindre rang qu’un vote populaire sur la constitution) autorisent-t-ils le chef de l’exécutif en titre à violer le Non souverain prononcé par la Nation le 29 mai 2005, en faisant ratifier par le parlement l’euro-constitution bis ?

 En quoi le peuple a-t-il jamais consenti à abandonner à un aréopage supranational le droit de veto dont disposait la France dans plus de 60 domaines vitaux ?

 Quand le peuple français a-t-il jamais débattu du Traité bis inspiré par la chancelière A. Merkel, un traité prévalant sur la constitution française aux dires du conseil « constitutionnel » ?

 Où et quand notre peuple a-t-il mandaté ses parlementaires pour aliéner en son nom sa souveraineté à des autorités supranationales irresponsables, notoirement dominées par la finance et le grand patronat ?

 République « démocratique » ?

 Mais le chef de l’exécutif en titre tranche de tout, des retraites au contrat de travail, du financement des télévisions aux procédures de divorce ; débordant cyniquement les termes de la constitution, il s’attribue le pouvoir qu’a le gouvernement de « déterminer la politique de la nation ». Il infantilise ses ministres, simples exécutants sans initiative, « évalués » comme par des cabinets privés.

 Il réduit son parlement au rôle de chambre d’enregistrement des décisions, voire des lubies présidentielles. Il fomente une réforme institutionnelle qui permettrait à l’exécutif de diriger le législatif .

 Il tance et menace les juges, fait et défait,- directement ou indirectement-, les dirigeants des médias.

 Il renoue avec les mœurs de Versailles en exhibant sa vie privée dont il fait un indécent instrument de « gouvernance », quitte à faire de la France la risée du monde entier.

 Enfin, il privilégie de manière outrancière, sa caste, sa classe, son clan, en mettant la politique fiscale au service des nantis, en portant quotidiennement des coups au monde du travail (salaires, retraites, indemnisation du chômage, emploi public, délocalisations, privatisations…), en favorisant cyniquement les milliardaires qui « sponsorisent » ses plaisirs de nabab, dignes des aristocrates d’Ancien Régime.

 Quel mandat a-t-il pour fixer à son Ministre de la xénophobie des « quotas » mensuels d’expulsions d’étrangers, dignes de Le Pen… et de Vichy ?

 Au nom de quoi piétine-t-il les principes universels du droit en instituant des peines rétroactives qui contournent la décision irrévocable des tribunaux (certains détenus « dangereux » ayant purgé leur peine seront « castrés chimiquement » ou maintenus indéfiniment en prison) ou en projetant de traduire devant les tribunaux des aliénés auteurs de crime, et cela en violation du principe de responsabilité ?

 En vertu de quelle conception perverse des libertés fusionne-t-il les Renseignement Généraux avec la Direction de la Surveillance du Territoire (contre-espionnage) dans le but avoué de surveiller les manifestations ouvrières et étudiantes ?

 Quel mandat populaire a-t-il reçu pour briser le droit de grève des enseignants (après avoir réduit à rien celui des cheminots…) en utilisant le salaire des grévistes pour rémunérer des briseurs de grève ? De quel mandat se prévaut-il pour dicter de nouveaux programmes cyniquement patronaux aux professeurs d’économie?

République « Sociale » ?

 Mais le dirigeant du MEDEF Denis Kessler ne se cache même pas pour féliciter Sarkozy de « démanteler systématiquement le programme du Conseil National de la Résistance », ce « compromis entre commu-nistes et gaullistes » qui permit d’instaurer, après la défaite de Hitler et de Pétain, la Sécurité sociale, les retraites par répartition, les conventions collectives, le code du travail, les nationalisations, le statut des mineurs et des fonctionnaires, le CEA et le CNRS, bref, tout ce qui, pendant un demi siècle, a rendu le capitalisme français moins invivable à des millions de travailleurs.

 C’est en effet la Sécurité sociale (franchises médicales, nouveaux déremboursements), les retraites (montée sans limites des annuités… et des « décotes »), les nationalisations (vente à la découpe d’EDF-GDF), le statut de la fonction publique, les règles donnant au salarié un minimum de garanties en cas de licenciement, que Sarkozy et son équipe de revanche patronale, sont en train d’araser sous le nom de « rupture ».

République « laïque » ?

 Mais Sarkozy est l’ennemi mortel de la laïcité. Est-il légal en effet que le président d’une République laïque, tenu d’appliquer la Constitution et la loi de 1905 séparant l’Etat des Eglises, déclare au Pape dans le plus pur style vichyste que « dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » (sic) ?

Est-il acceptable qu’il récidive dans ce viol impudent de la loi en célébrant « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme » (sic) devant les pétro-milliardaires intégristes de Ryad ? Ou que, dans le plus pur style colonial, il somme les Etats arabes (le 18.1.8.) de « construire des Eglises » (sic) dans leur pays ?

 

République « une et indivisible » ?

 Mais en aggravant la politique de régionalisation de ses prédécesseurs, Sarkozy détruit le maillage institutionnel hérité de 1789 formellement inspiré du principe d’égalité : de même que la nation est inféodée à l’Union européenne de Maastricht, de même le département s’efface-t-il devant l’euro-région et la commune devant la communauté d’agglomération.

 En outre, Sarkozy accentue la dénationalisation de l’Education nationale, de l’Université et des diplômes pour mettre en place une éducation régionalisée, formatée et rabougrie, où les enseignants mis en concurrence trembleraient devant les pouvoirs locaux et le patronat, au détriment de l’égalité sociale, de la qualité des formations et de l’unité territoriale de la nation.

 Il en va de même des autres services publics, EDF, SNCF, RATP, hôpitaux, aéroports, ports, Poste, Gaz, Fr.-Télécom, administrations, ANPE, Equipement, etc., que le pouvoir UMP, relayant les politiques euro-péennes d’austérité, de privatisation, de libéralisation et de dé-fonctionnarisation, met dans l’incapacité de remplir leur mission républicaine, sociale et nationale en faisant le lit des chasseurs de profit du capital privé.

 République « souveraine » ?

 Mais au lieu de promouvoir le non-alignement, l’indépendance de la France, son dialogue pacifique avec tous les peuples, Sarkozy courtise le fascisant Bush au risque d’entraîner la France dans les aventures dangereuses décidées par les faucons de Washington. Ainsi l’armée française s’apprête-t-elle à réintégrer le commandement de l’OTAN, une alliance inféodée aux guerres d’agression des Etats-Unis. Ainsi l’armée française est-elle peu à peu intégrée à l’armée européenne, elle-même soumise à l’OTAN...

 Sur le plan économique, le pouvoir sarkozyste donne son feu vert aux délocalisations voulues par le MEDEF ; il achève de démanteler le secteur public industriel et laisse la France se désindustrialiser et creuser ses déficits commerciaux, au risque de déclasser une large partie des ouvriers, techniciens et ingénieurs. Tout en flattant le petit patronat, le pouvoir sarkozyste favorise les multinationales en laissant s’amenuiser chaque jour le nombre de petits commerçants, de paysans travailleurs et de marins pêcheurs.

 Sur le plan scientifique et culturel, le régime sarkozyste et le MEDEF laissent le « tout anglais » s’emparer des grandes entreprises, des médias, de la publicité, de l’école, de la science ; non content d’exiger des artistes qu’ils fassent du « chiffre (!), le pouvoir sacrifie la Recherche publique aux diktats du capital privé.

 Non, cet homme ne préside pas la République, qu’il viole quotidiennement !

 Dénoncer les complices de « l’ouvr’rupture » politique et du « sarko-syndicalisme » Pour imposer sa politique, la plus réactionnaire que notre pays ait subie depuis Vichy, Sarkozy dispose du soutien aveugle de l’oligarchie patronale qui, pourvu qu’elle accroisse ses profits, se rit de casser la France. Sarkozy bénéficie aussi de la complicité du parlement, où l’UMP a renié le gaullisme pendant que la majorité des élus PS renie Jaurès sur l’autel d’une fausse « modernité ». Complicité non moindre du CSA, qui ferme les yeux sur la mainmise pré-totalitaire du pouvoir sur les médias, et du Conseil « constitutionnel », qui valide la casse du droit de grève et refuse de soumettre à examen l’inconstitutionnalité des directives européennes.

De même en 1940, le nouveau pouvoir « constituant » de Pétain, légalisé par les députés de la honte, disposait d’une apparence de légitimité bien qu’il fût l’émanation de l’ultra-droite raciste, des milieux cléricaux, de l’oligarchie financière… et de l’Occupant. Il s’est d’ailleurs trouvé, en 1940 comme en 2008, de faux progressistes et de faux syndicalistes pour cautionner un pouvoir anti-républicain en intégrant son gouvernement et en validant ses simulacres de concertation entre patrons et ouvriers. Cela n’a pas rendu Pétain plus « légitime » aux yeux des vrais républicains qui préféreront toujours la Résistance et ses dangers au confort indigne de la « Kollaboration » !

Car, quelle que soit la légalité de son élection, Sarkozy n’a aucun titre démocratique à « défaire le contrat social français » comme il ne cesse de le proclamer impudemment. Comme l’a démontré Rousseau dans Le contrat social, la démocratie n’est pas fondée sur un prétendu « pacte de subordination » par lequel un peuple se soumettrait à l’homme providentiel qu’il aurait élu ; elle repose sur un « contrat social » fondé sur l’égalité entre tous les citoyens. A l’encontre de toute conception bonapartiste, la République n’est pas un pacte entre un homme et un peuple ; seul le peuple est souverain, seul l’élu (et non le peuple !) est « tenu » par l’élection ; quant au peuple, sa souveraineté est inaliénable et tout élu, simple mandataire provisoire de la volonté populaire, reste un serviteur du peuple, révocable à tout moment ; ce principe de révocabilité des élus a d’ailleurs été mis en pratique par la Commune de Paris et, aujourd’hui il est remis à l’honneur par la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela. En conséquence, loin de pouvoir redessiner à son gré le périmètre du contrat social « par lequel le peuple est un peuple », l’élection d’un président de la République est strictement « cadrée » par le contrat social qui définit strictement les attributions du chef de l’exécutif. Si le contrat social doit être changé, si non seulement la constitution, mais les fondamentaux culturels et socio-économiques de la vie nationale doivent être bouleversés, la moindre des choses est que le peuple soit saisi et se prononce lui-même directement, de manière explicite et solennelle, après un débat de fond public et exhaustif. C’est précisément ce que lui refuse Sarkozy en faisant voter à la sauvette la constitution bis par d’indignes parlementaires, non moins illégitimes que leur maître élyséen.

En effet, en donnant 53% des voix à Sarkozy, le peuple français n’a jamais décidé de renier son identité républicaine, fondée sur les conquêtes de 1789 et 1945, souveraineté de la nation, égalité entre les citoyens, refus du cléricalisme ! Ceux des ouvriers et employés qui ont naïvement voté Sarkozy, « président du pouvoir d’achat », n’ont jamais décidé que désormais les actionnaires capitalistes et les « stars » bénéficieraient de toutes les largesses, pendant que le monde du travail, chômeurs, étudiants, retraités et immigrés inclus, n’aurait droit qu’à l’inflation, aux régressions tous azimuts et à la répression contre ceux qui ont le courage de dire non !

Du point de vue républicain, la prétention de Sarkozy de détruire le « contrat social français » est donc clairement une rébellion de Sarkozy et de sa caste privilégiée contre le peuple souverain. Constater cela n’implique pas d’idéaliser le « pacte social » fondé en 1789 et rénové en 1945, qui fondait en principe l’existence politique de notre nation Certes il y aurait certes beaucoup à dire sur les lacunes de ce pacte qui laissait subsister l’essentiel de l’exploitation de l’homme par l’homme ; mais il ne s’agit pas aujourd’hui d’améliorer ce pacte en mettant le travailleur au centre de la problématique sociale, mais de substituer aux compromis historiques progressistes de 89 et de 45 une politique de dé-civilisation qui nous ramènerait des siècles en arrière.    

 

L’illégitimité de Sarkozy délégitime l’ensemble du système d’oppression maastrichtien ! 

 Alors certes, il ne s’agit certes pas de cibler l’apprenti tyranneau de l’Elysée en oubliant qu’il n’est que l’exécutant zélé d’une étroite minorité de profiteurs de la mondialisation euro-libérale. Mais quand un système d’oppression se personnalise à ce point, rappeler que seul le peuple est souverain, proclamer qu’il garde à tout moment le droit de révoquer ceux qu’il se repent d’avoir mandatés, exiger haut et fort la démission du personnage-clé de l’oppression, c’est contester du même coup tout le système d’oppression ; c’est considérer par avance comme nulles et non avenues les prétendues « lois » que Sarkozy, le MEDEF et l’UE auront promulguées pour défaire la souveraineté nationale, la laïcité, le progrès social, les libertés, qu’il s’agisse du traité européen « bis », des mesures de casse sociale, du démontage de la loi de 1905, etc.  Eclairer le peuple sur l’illégitimité d’un premier magistrat félon, c’est aussi dégager un dénominateur commun pour les résistances futures, pour le tous ensemble et en même temps des exploités et des opprimés ; c’est pointer l’illégitimité et le caractère foncièrement antidémocratique de la « construction européenne » de Maastricht et du traité de Lisbonne, dont Sarkozy est le proconsul dérisoire.  C’est démasquer les faux opposants et les faux syndicalistes en dénonçant leur veule complicité.  C’est appeler le peuple français à un sursaut de salut public qui implique que chaque citoyen se réapproprie, de manière pacifique et responsable, la Déclaration républicaine des droits de l’homme de l’An II, qui stipule : « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour toute portion du peuple, le plus sacré et le plus indispensable des devoirs ».  

C’est en un mot rouvrir les portes de l’avenir, pour que la définition qui constitue la France en République sociale, souveraine, démocratique et laïque, cesse de couvrir les pires forfaitures pour devenir enfin une réalité. 

Pour entrer en relation avec l'auteur de cet appel, une seule adresse : a.manessis@wanadoo

 

 


 

Publié par Frédéric Maurin à 21:06pm - Voir le commentaire ()
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12 Février 2011

2012 : l'Union européenne hors débat ?

Vous l'aurez remarqué, j'ai mis à profit ma dernière journée de grève pour relire les derniers Bastille République Nations.

C'est par là qu'on s'abonne :  http://www.brn-presse.fr/  tant il est vrai que l'information gratuite (plus précisément financée par la gang du Fouquet's) ne vaut rien.

De même, la citoyenneté, comme l'engagement syndical, c'est un peu comme la psychanalyse: il faut payer pour que cela marche...

Chèques et cartes bleues acceptés.

En attendant, bonne lecture...

 

 

 

«2012, c’est demain », lançait Jean-François Copé, nouveau chef de l’UMP. « Tous en campagne », renchérit France Info, qui distille chaque matin une rubrique quotidienne ainsi nommée, annoncée par une voix orwellienne qui susurre sur quatre tons « 2012, 2012, 2012, 2012… ». France Culture avait consacré sa première « Rumeur du monde » de l’année à soupeser les chances des prétendants putatifs à la course présidentielle. Cette dernière n’est pourtant prévue que dans seize mois. Or chaque jour apporte un nouvel exemple de cette surréaliste fébrilité politico-médiatique.

 

Selon l’humeur, on jugera celle-ci affligeante ou risible, tant elle tranche avec ce que vit la grande masse des Français. Et l’on fera mine, demain, de s’interroger sur le fossé qui s’élargit entre le peuple et les « élites ». Cette frénésie électorale s’explique d’abord par les ambitions personnelles qui fleurissent dans les diverses écuries présidentielles.

 

Mais surtout, pendant que le petit théâtre des prétendants et le chœur des commentateurs tiennent sans désemparer le devant de la scène, les véritables enjeux peuvent aisément rester dans les coulisses. Stupéfiante schizophrénie : au moment où les « présidentiables » dissimulent de moins en moins leur irrépressible envie d’accéder à l’Elysée (ou d’y rester), se met en place le mécanisme dit du « semestre européen », dont le propos est précisément de retirer aux responsables nationaux toute liberté de manœuvre. Ce dispositif – lancé au prétexte de la crise – confère à l’Union européenne la responsabilité de fixer le cadre dans lequel la politique économique et sociale des Etats-membres devra étroitement s’inscrire. Au point que le président de la Commission européenne, José-Manuel Barroso, a qualifié de « révolutionnaire » cette nouvelle procédure. Un terme qu’il convient de ne pas prendre à la légère, même si « contre-révolutionnaire » eût probablement mieux convenu dès lors qu’il s’agit de voler aux peuples leur liberté de choix, « communauté de destin » oblige.

 

Certes, le pacte de stabilité, indissociable de la monnaie unique, ne date pas d’aujourd’hui. Mais le carcan se veut désormais bien plus opérationnel. Lors de sa présentation des exigences pour 2011, M. Barroso, a ainsi explicitement cité le renforcement des politiques de restrictions budgétaires, la poursuite du recul des âges de la retraite, de même que les réformes des marchés du travail. Encouragé par les suggestions franco-allemandes d’étendre la convergence aux domaines fiscaux et sociaux, il a également fixé l’exigence d’un « effort soutenu pour une stricte modération salariale ». Faut-il traduire ?

 

Dans l’émission de France Culture ci-dessus évoquée, les éminents politologues ont exprimé leur crainte de voir monter en puissance les « néo-souverainistes ». Brice Teinturier en particulier, de l’IPSOS, insistait sur cette étrange engeance qui, prise globalement, lui inspirait manifestement toutes les craintes, et dans laquelle il rangeait pêle-mêle Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et quelques autres.

 

« Néo-souverainiste » ? Le concept est pour le moins flou, et l’analyse approximative : les uns et les autres ne semblent pas (encore ?) avoir fait leur la reconquête de la souveraineté nationale, et a fortiori en avoir tiré les conséquences. Mais le propos, paradoxalement, touche juste : il pointe la réalité d’un sentiment populaire que nos experts jugent – à juste titre de leur point de vue – menaçant. L’un d’entre eux s’est en particulier effrayé de l’envie qu’aurait un nombre croissant de citoyens de « renverser la table », autrement dit de sortir du « cercle de la raison » européenne jadis évoqué par Jacques Delors. Dans ces conditions, on imagine que les acteurs de la « compétition officielle » (comme on dit à Cannes) s’efforceront de maintenir l’Europe hors du débat public.

 

L’actualité des prochains mois pourrait bien ne pas leur en laisser le loisir.

 

Tiens, tant qu'on en parle, pour rompre avec le "cercle de la raison européenne", que je confonds facilement avec l'Union pour une Minorité de Privilégiés, voici un appel à fêter comme il se doit le sixième anniversaire du Non au Traité capitaliste (pardon constitutionnel) européen.

Puisse-t'il contribuer à lutter contre le trouble bipolaire, PS-UMP, qui affecte la France...

 

 

Appel au peuple de France : ENTRONS EN RESISTANCE !

 

Sous des formes plus insidieuses, la République française,la nation est menacée de mort aujourd’hui comme elle l’était en 1940.Même si notre pays n’est pas occupé militairement, l’oligarchie financière mondialisée qui dirige la France pour le compte du MEDEF et de l’Union européenne, démolit méthodiquement la Nation, la République et les droits des travailleurs.

 

Inféodé aux puissances d’argent, le régime vassalisé de Sarkozy

 

Casse l’indépendance et la souveraineté populaire et nationale: adoption du Traité de Lisbonne, alias constitution européenne, en violation du « Non » populaire du 29 mai 2005 ; subordination de l’armée et de la diplomatie françaises à l’OTAN dirigée par les Etats-Unis d’Amérique… 

 

·        Casse le modèle social hérité du Front populaire, du gouvernement de la Libération, du Programme du Conseil National de la Résistance : casse des retraites par répartition, de la Sécu, des statuts et conventions collectives, des services publics et des entreprises nationalisées, du logement social, humiliation permanente du monde du travail, baisse du pouvoir d’achat populaire alors que les milliardaires sont choyés…

 

·        Casse les libertés républicaines et la démocratie : pratiques dignes d’un Etat policier, mise au pas des médias, confusion des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, violation de la laïcité, pratiques indignes à l’encontre des immigrés alors que les « marchés financiers » mondialisés dirigent le pays… 

 

·        Casse le « produire en France » : délocalisations, recul de l’agriculture et de la pêche artisanale…

 

·        Maltraite la jeunesse : précarisation massive, destruction de l’Education nationale, américanisation de l’université

 

·        Substitue aux Communes, aux départements et à l’Etat-Nation des Communautés d’agglomération, des Euro Régions et  de l’Europe fédérale, dirigées par les  groupes de pression  patronaux

 

·        Casse la langue française au profit du tout anglais managérial : entreprises, armée, commerce, enseignement sup.…

 

Le régime sarkozyste porte une responsabilité écrasante dans cette mort programmée de notre pays. La manière dont Sarkozy et Fillon ont liquidé la retraite à 60 ans, alors que Sarkozy avait pris l’engagement contraire en 2007, confirme l’illégitimité démocratique de ce pouvoir que nul n’a mandaté pour défaire la République française.

 

Pourtant, les « opposants » officiels à Sarkozy ne contestent le système que sur la forme. Sur le fond, le MODEM, les euro écologistes et le Parti « socialiste » partagent l’objectif de désintégrer la France dans l’Europe supranationale et dans le mondialisme capitaliste. Ensemble, le PS et l’UMP ont soutenu Maastricht, la Constitution européenne et le Traité de Lisbonne. C’est Jospin qui a introduit l’euro et qui, en symbiose avec Chirac, a multiplié les privatisations et signé les Accords de Barcelone qui repoussent de cinq ans l’âge de la retraite en Europe.

 

Comment croire que les « socialistes », qui en Espagne, en Grèce ou au Portugal appliquent le méga plan d’austérité européen, pourraient constituer une véritable alternative ? Et comment D. Strauss-Kahn ose-t-il postuler à la présidence de la République alors qu’il propose qu’un Super ministère européen décide du budget de la France et des autres pays ? A quoi bon alors organiser des élections en France ?

 

Malgré son discours « national », le FN de Marine Le Pen constitue un danger terrible pour la France. Encore plus ultra-libérale que Sarkozy, l’extrême droite héritière de Vichy et de l’OAS n’est là que pour diviser les Français sur la base de la xénophobie et du racisme.

 

C’est pourquoi l’Arc Républicain de Progrès appelle  les citoyens à construire eux-mêmes une alternative républicaine, patriotique et progressiste : L’UNION DU PEUPLE DE FRANCE !

 

Résister au quotidien, c’est avant tout :

 

*Exiger le retrait de la France de la zone euro, synonyme de hausse des prix, d’austérité, de recul de nos exportations, de casse des acquis sociaux et des services publics, d’étouffement de notre indépendance économique,

 

*Agir pour que de la France sorte de l’Union européenne. Celle-ci n’apporte en effet que des régressions à notre pays et à ses voisins. S’émanciper de l’Europe de la finance n’isolera pas notre pays, les peuples libérés et les nations souveraines tisseront de nouveaux traités internationaux fondés sur la coopération entre Etats.Il faut en finir avec le désastreux « libre-échange » organisé par l’OMC, avec la « concurrence libre et non faussée » qui fonde les traités européens. En Amérique latine, un traité de type nouveau, l’ALBA, permet à plusieurs pays de coopérer indépendamment des diktats de Washington et de Wall Street.

 

                *Agir pour le « produire en France » et réindustrialiser notre payscar sans production, un pays perd son savoir faire, s’endette et meurt ;

               

                *Se rassembler sur les principes, plus actuels de jamais, du Programme du Conseil National de la Résistance : indépendance nationale, progrès social et place centrale du monde du travail, démocratie, laïcité, coopération avec tous les pays, antiracisme et patriotisme républicain.

 

En 2005, notre peuple s’est montré le digne héritier de la Révolution française et de la Résistance en disant NON à la dissolution De la France dans l’Empire européen. En 2010, les jeunes et les travailleurs se sont insurgés contre la casse de la retraite à 60 ans et le recul de civilisation qu’implique cette contre-réforme. Car n’en déplaise à l’UMPS et consorts, la flamme de la Résistance française ne s’éteindra pas car jamais le peuple de France ne sera un peuple d’esclaves !

 

Comme en 1943 quand les gaullistes, les communistes, des radicaux, des syndicalistes, les antifascistes sans parti s’unirent et fondèrent le C.N.R., nous pourrons par notre union reconstruire la France républicaine sur des bases de progrès et des libertés, l’associer aux autres peuples en sortant du broyeur de l’euro mondialisation capitaliste.

 

Pour cela l’ARP propose dans l’immédiat de le rejoindre et de s’organiser :

·        de se réunir dans les département ou les localités sur la base de cet appel,

·        de préparer une manifestation nationale à Paris le 29 mai 2011.

 

Dès maintenant préparons, pour le sixième anniversaire du NON à la constitution européenne, cette mobilisation républicaine, patriotique et sociale dont nous souhaitons qu’elle marque une étape significative, sur le chemin de l’union du peuple de France.

 

-Exprimons le rejet de la politique UMPS et Cie et proclamons l’illégitimité de ce régime anti-républicain et la volonté de se libérer de l’euro et de l’Europe fédérale des Länder, néolibérale,  antisociale et atlantiste,

 

-Appelons : le peuple de France à s’unir sur les principes du programme du Conseil National de la Résistance et à s’organiser dans des comités populaires de résistance patriotique et sociale.

 

Arc Républicain de Progrès : Comité Valmy (info@comite-valmy.org), Pôle de Renaissance Communiste en France (prcf.predel@wanadoo.fr),  Résistance et Renouveau Gaulliste, (pgblache@wanadoo.fr), Comité Républicain des Gaullistes de Gauche, Rassemblement des citoyens pour la République(www.r-c-r.org),  Clubs « Penser la France » (penserlafrance@yahoo.fr ), membre associé : Front Syndical de Classe : (frontsyndical.classe@laposte.net) 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 10:56am - Voir le commentaire ()
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12 Février 2011

L' Union européenne en deux poids, deux mesures

La chute de l'article suivant est particulièrement délicieuse :

"Investissements, réformes structurelles, insertion dans l’économie mondiale. En novlangue bruxello-mondialisée, c’est très précisément ce que l’on nomme les droits de l’homme."

 

Des droits de l'homme, il en va comme de la démocratie selon Sarkozy,
(et de "quelques autres à gauche" qu'on peut redécouvrir ici :
Appel à l'exclusion de DSK du Parti Socialiste  )...cela ressemble à cela :

 

img058.jpg 

 
Nicolas Sarkozy, s'exprimant sur le référendum du Traité constituinnel européen, mars 2005. Source : http://www.brn-presse.fr/ )


Le journal Bastille République Nations met en lumière la différence de réactions de l'Europe vis-à-vis des révolutions tunisienne, égyptienne et de l'appel de l'opposition biélorusse à abattre le régime en place. Elle n'a commenté les événements de Tunisie qu'après trois semaines de mobilisations. Mais elle a attendu sept jours pour réagir aux manifestations du Caire et... quelques heures pour évoquer le cas de Minsk, bien qu'on ne compte aucun mort.


Deux poids, deux mesures.

Tunis. Depuis mi-décembre, une véritable révolution populaire a pris corps. Avant de fuir son pays, le dictateur Ben Ali avait ordonné une brutale répression - bilan jusqu’à son départ : 70 morts au moins.

Le Caire. Le vent tunisien inspire les Égyptiens, qui réclament, désormais par millions, le départ du président Moubarak. Lors des premiers jours de la révolte, la police de ce dernier fait plus de 100 tués, avant de devoir passer la main à l’armée, qui se refuse - pour l’heure - à poursuivre la répression sanglante.

Minsk. A l’issue de l’élection présidentielle du 19 décembre, plusieurs candidats de l’opposition appellent à abattre le régime et attaquent le siège du gouvernement. Le mouvement ne bénéficie d’aucun soutien populaire, et tourne court. Bilan : des centaines d’interpellations, mais zéro mort, aucun blessé grave.

Dans le cas tunisien, l’Union européenne attend trois semaines avant la moindre réaction officielle. Puis, Bruxelles évoque sa « préoccupation », invite les responsables de la répression à « enquêter sur les événements », et réaffirme l’importance de « renforcer les relations bilatérales ». La veille même de la fuite du président honni, elle félicite ce dernier pour son allocution télévisée. A aucun moment, le processus de renforcement du partenariat UE-Tunisie n’est mis en cause (entre 2011 et 2013, 240 millions d’aides directes étaient prévues).

Dans le cas égyptien, l’Ue, sans doute échaudée, ne met… qu’une semaine à réagir. Le Haut représentant, la baronne Catherine Ashton, se dit « profondément troublée » et « réitère (son) appel à toutes les parties d’utiliser la retenue et de rester calme ». Deux jours plus tôt - le 26 janvier - son porte-parole incitait les autorités du Caire à « prendre note » des demandes des citoyens. Interrogé sur le sort des financements européens destinés au pouvoir égyptien (450 millions d’euros sur deux ans), le porte-parole indique qu’il est « bien trop prématuré » pour le mettre en question.

Dans le cas biélorusse, l’Ue réagit quelques heures à peine après la manifestation en « condamnant fermement » la violence policière. Elle témoigne son soutien appuyé à l’opposition, et prévoit de financer plus avant celle-ci. Des « sanctions sévères » sont confirmées par les ministres des Vingt-Sept, dont une interdiction de séjour visant pas moins de 158 dirigeants biélorusses. Elle projette également de viser deux entreprises publiques, ainsi que le gel de projets d’infrastructures et de partenariat. La présidente lituanienne en appelle ouvertement au renversement du régime.

Deux poids, deux mesures ? En réalité, ingérence à tous les étages.

Ingérence brutale contre une Biélorussie ayant refusé, dès 1994, d’importer les règles néolibérales et de privatiser les domaines-clé de son économie au moment où la grande braderie battait son plein au sein de l’espace post-soviétique. Ingérence sordide contre une Tunisie dont le président aux abois s’était vu proposer in extremis par l’un des pays de l’UE - la France, hélas ! - une « expertise » en matière de répression policière.

Les Tunisiens ont fêté leur victoire - leur première victoire, la route sera longue - avec hymne et force drapeaux nationaux. Manière d’affirmer que liberté, souveraineté et progrès social vont de pair.

Il y a deux ans, une zone de libre-échange Ue-Tunisie voyait le jour. Et l’année dernière, une déclaration Bruxelles-Tunis célébrait « 30 ans de coopération entre la Tunisie et l’Union européenne ». On y lit notamment : « l’Ue accompagne la Tunisie dans sa politique de réformes structurelles visant à faciliter son intégration dans l'économie mondiale, dans la modernisation de sa politique et de ses règlementations commerciales. » Mme Ashton vient d’ailleurs d’insister sur l’une des priorités de la délégation européenne en partance pour Tunis : « il est nécessaire d’encourager les entreprises européennes à rester et continuer d’investir en Tunisie. »

 

 

 

Investissements, réformes structurelles, insertion dans l’économie mondiale. En novlangue bruxello-mondialisée, c’est très précisément ce que l’on nomme les droits de l’homme.

Lire d'autres articles du blog http://www.brn-presse.fr/

 

Publié par Frédéric Maurin à 10:25am - Voir le commentaire ()
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5 Février 2011

Le Plan B

Désolé de vous décevoir, je ne vous annonce pas la retour du Plan B, ce fleuron de la presse libre detesté par "les médias qui mentent, les patrons qui plastronnent et la gauche qui capitule".  

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Le parti de la presse et de l'argent (qu'il faut détruire) n'en est pas quitte pour autant : d'autres titres ne ménagent pas leurs efforts.

Sans être exhaustif, j'en cite deux vite fait :

 

http://www.acontrecourant.org/ (outil pour la lutte sociale)

http://www.brn-presse.fr (mensuel progressiste radicalement eurocritique)

 

Vite fait, car on y reviendra et parceque ce n'était pas l'objet du présent message.

 

Il s'agit aujourd'hui d'évoquer le Plan B de Jacques Sapir puisque L'Europe va dans le Mur ? Sarkozy accélère !

 

L’euro peut-il encore être sauvé ?
par Jacques Sapir

(article aimablement piqué sur le site www.comite-valmy.org/ après avoir été judicieusement signalé ici : http://www.mrc38.com/  )

Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le Conseil européen du 16 décembre, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.

Après la Grèce et l’Irlande, ce sera bientôt au tour de l’Espagne (à qui l’on demande un nouveau tour de vis fiscal et économique) et du Portugal de venir chercher de l’aide. La dégradation des notes de ces pays par les agences de notation ne peut que raviver la spéculation. L’Italie elle-même est attaquée via ses banques, car la communauté financière s’attend à ce que l’État soit obligé de leur venir en aide.

Ensuite, fin janvier, ou en mars au plus tard, nous apprendrons que c’est au tour de la France et de la Belgique de voir baisser leurs notes [1]. Loin d’arrêter la contagion, les mesures prises lors du Sommet européen n’ont fait que confirmer les spéculateurs dans leurs choix et leurs options. Pour qu’il en ait été différemment, il aurait fallu que les gouvernements tombent d’accord pour porter remède à la fois aux causes immédiates et aux causes structurelles de la crise de l’euro.

Si des mesures strictes interdisant et punissant des pratiques spéculatives avaient été prises, venant appuyer l’annonce d’une monétisation, par la Banque centrale européenne (BCE), des dettes à hauteur de mille milliards d’euros, la spéculation n’aurait plus trouvé d’aliments. La monétisation aurait par ailleurs conduit à la baisse du cours de l’euro, donnant aux États membres de la zone une bouffée d’oxygène bien nécessaire. Par ailleurs, une restructuration favorisant les pays les plus endettés (Grèce, Italie, Belgique) aurait pu, et dû, être entreprise. La dépendance vis-à-vis des marchés financiers pour le financement de la dette aurait en effet été réduite par le rachat de la dette par la BCE.

Ces mesures auraient ainsi permis de traverser les deux années qui nous attendent sans crise grave. La crise structurelle aurait aussi dû être combattue par l’annonce d’un budget communautaire élargi, ainsi que par celle d’un plan de relance en Allemagne et aux Pays-Bas, venant compenser les effets des divers plans d’ajustement auxquels sont contraints les pays du Sud de la zone euro. Mais, de tout cela, il n’a rien été.

L’impossible réduction de la dette.

Il faut ici revenir sur ces plans d’ajustement. Ils ont pour objectif affiché d’arrêter la hausse de la dette publique en pourcentage du PIB, dont on dit qu’elle alimente l’inquiétude des marchés financiers. Il est cependant évident qu’en l’état actuel ils sont inadéquats pour cette tâche, tout en menaçant gravement les économies concernées d’une retombée dans la récession.

Le tableau ci-dessous le montre. On a établi le montant du solde primaire (déficit ou excédent) des administrations qu’il faudrait respecter en 2011 pour que le poids, en pourcentage, de la dette publique n’augmente pas. Les chiffres de la deuxième colonne sont éloquents, et il faut savoir qu’ils sont calculés sur la base d’hypothèses complètement irréalistes, qu’il s’agisse de la croissance ou du taux d’intérêt que les pays auront à supporter sur la dette existante. Les colonnes 3 et 4 introduisent la révision des chiffres de croissance qui a été faite dernièrement par la Commission de Bruxelles (colonne 3) ou par des instituts d’études de la conjoncture (colonne 4).

Il faut d’ailleurs noter que les estimations de croissance pour 2011 sont loin d’intégrer complètement les effets des restrictions dues à l’ajustement budgétaire, qu’il s’agisse des hausses d’impôts ou des diminutions de dépenses publiques. En fait, tout laisse à penser que les estimations faites fin 2010 sont loin d’être réalistes.

 

Montant de la dette fin 2010 en % du PIB

Déficit (-) ou excédent(+) possible pour assurer la stabilité de la dette

Idem, après révision des chiffres de croissance (base Commission européenne)

Idem, après révision par les différents organismes de conjoncture économique.

Allemagne

77,00%

-1,90%

-1,80%

-1,60%

Belgique

105,00%

-1,60%

-1,60%

-0,90%

France

90,00%

-1,10%

-0,80%

-0,60%

Autriche

74,00%

-1,00%

-1,00%

-0,90%

Finlande

55,00%

-0,90%

-0,90%

-0,90%

Pays-bas

72,00%

-0,80%

-0,80%

-0,80%

Italie

120,00%

-0,10%

0,70%

1,90%

Espagne

75,00%

1,30%

2,00%

3,00%

Portugal

90,00%

2,80%

4,30%

5,30%

Irlande

104,00%

3,00%

5,10%

6,20%

Grèce

144,00%

14,00%

16,10%

17,50%

Grèce et financement FMI

144,00%

7,40%

9,30%

10,80%

Même si l’on ne considère que les chiffres de la deuxième colonne, l’écart entre le déficit enregistré pour 2010 et le solde requis pour 2011 pour atteindre cette stabilisation impliquera, même en Allemagne, un effet de récession important. Ajoutons que si tous les pays de la zone font cet ajustement en même temps, ce que l’on préconise pour « calmer » les marchés, il y a fort à parier que ce n’est pas une récession que l’on connaîtra, mais une véritable dépression, en raison des effets cumulatifs des ajustements budgétaires. Dans la réalité, on en restera heureusement loin, mais ceci signifie que les attaques des marchés reprendront dès la fin de la « trêve des confiseurs ».

On a donc le sentiment que rien de tout ce qui aurait été nécessaire n’a été fait ou même entamé. On a disserté à loisir sur l’après-2013 justement parce que l’on n’arrivait pas à se mettre d’accord sur 2011 et 2012. C’est bien cette incapacité à se mettre d’accord sur des mesures de bon sens qui constitue l’autre principal problème, à côté des questions plus techniques. Cette incapacité traduit une absence de volonté.

Absence de volonté politique

Les résultats du dernier sommet européen posent la question de la volonté réelle des pays de la zone euro à sauver la monnaie unique. En fait, tout tourne autour de deux pays : l’Allemagne et la France.

La politique de l’Allemagne s’apparente de plus en plus à ce que l’on appelle en théorie des jeux la position du « passager clandestin ». Un pays veut profiter du système, mais refuse d’en assumer les coûts. Plus profondément, c’est la stratégie globale de l’Allemagne qui est en cause. Tant que ce pays voudra fonder sa croissance uniquement sur ses exportations, il ne saurait y avoir de stabilité dans la zone euro. Aujourd’hui, la balance commerciale de l’Allemagne se dégrade rapidement dans ses échanges avec ses partenaires autres que ses voisins. Le solde commercial est ainsi devenu négatif avec la Chine, et s’est fortement réduit avec l’Inde. Quant aux Etats-Unis, le solde commercial est égal aux deux tiers de ce qu’il est avec la France… On ne peut impunément fonder sa croissance sur des voisins avec lesquels on est en union monétaire.

L’Allemagne doit ou bien sortir de son modèle ou bien sortir de la zone euro. On peut comprendre qu’elle rechigne devant l’un ou l’autre des termes de cette alternative. Le modèle exportateur est solidement ancré dans les traditions et les institutions de l’Allemagne contemporaine. Le remettre en cause, par exemple en procédant à une relance importante par la hausse des salaires et des prestations sociales, aurait des conséquences à court terme importantes sur les profits des entreprises allemandes.

Cependant, renoncer à l’euro voudrait dire que l’Allemagne s’interdirait l’accès à ses principaux marchés - la France, l’Italie et l’Espagne - avec un taux de change garanti. Que l’Allemagne sorte de l’euro et le mark retrouvé se réévaluera rapidement, détruisant une partie de la compétitivité de l’industrie allemande. Dès lors, on comprend que les dirigeants allemands adoptent cette position faite d’intransigeance verbale et de petits accommodements concédés. Mais ceci n’aura qu’un temps. À refuser de choisir, l’histoire choisira à leur place, et leur pays est, de loin, celui qui a le plus à perdre de la fin de l’euro.

Mais la position de la France n’est guère plus claire. Son économie a considérablement souffert de l’instauration de l’euro comme monnaie unique [2]. On ne peut comprendre l’insistance obsessionnelle de ses dirigeants à « sauver » l’euro que par la volonté implicite de changer les règles du jeu de la zone. Leur engagement, affirmé comme indéfectible, doit donc avoir pour contrepartie, dans leur esprit, des changements substantiels. C’est une stratégie possible en théorie, mais qui souffre d’une contradiction rédhibitoire.

Sans la France et, de fait, sans l’Italie et l’Espagne, la zone euro ne serait plus guère qu’une zone mark. Mais, dans ce cas, comment lire la volonté encore réaffirmée par Nicolas Sarkozy de coller à la position de l’Allemagne ? Ce n’est pas en acceptant les contradictions de Mme Merkel et de son gouvernement que l’on fera changer les choses. Au contraire, en se liant les mains par une surenchère de déclarations fracassantes, on s’ôte à terme non seulement la crédibilité, mais la possibilité même de faire passer des changements substantiels dans l’organisation de la zone euro. Publiquement, comment faire comprendre à l’opinion française un possible retournement de la position du gouvernement ?

La stratégie adoptée aurait impliqué que, dès le début, soit tracée une limite claire dans les concessions de la France, indiquant jusqu’où elle était prête à aller, mais aussi quelle serait son attitude si l’Allemagne ne changeait pas de politique. Faute de l’avoir fait, la France est condamnée soit à aller toujours plus loin dans le sacrifice de ses intérêts nationaux, soit à une rupture qui sera incomprise tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

En fait, les élites politiques sont terrorisées par la perspective, chaque jour plus probable et plus crédible, d’un éclatement de la zone euro. Ceci remettrait en cause une bonne partie de leur politique. Alors, on cherche à se rassurer par des déclarations ineptes telle celle proclamant que l’euro serait défendu car l’éclatement de la zone serait l’éclatement de l’Europe. Un peu de décence ! L’Europe, même au sens de l’Union européenne, n’est pas la zone euro. Nombre de pays appartiennent à la première, mais pas à la seconde. Croire que, pour défendre l’euro, les Français sont prêts à sacrifier leur dernière usine sur l’autel des délocalisations est une chimère aussi stupide que dangereuse. L’euro, loin de nous protéger a, dans son état actuel, poussé nos économies vers une dépression que nous n’avons pu combattre que par des politiques de relance budgétaire continues, mais dont les résultats en termes de déficits publics ont été désastreux [3].

En fait, pour vouloir réellement sauver l’euro, il faudrait en avoir analysé au préalable les faiblesses et les incohérences, et avoir la volonté d’y porter remède [4]. Il aurait fallu s’inquiéter depuis maintenant bien des années du phénomène d’eurodivergence qui était pourtant bien lisible dans les chiffres [5]. Il nous faut bien constater que tant manque l’analyse que manque la volonté. Le contentement de soi des chantres de l’euro, leur refus obstiné de regarder la réalité en face est, au même titre que les facteurs bien réels, l’une des causes de la crise actuelle de la monnaie unique !

Un plan « B » ?

Nous sommes donc confrontés à une trajectoire de crises successives qui vont se dérouler durant 2011. Les mesures prises en 2010 ne suffiront plus à calmer le jeu quand celui-ci concernera des pays plus importants que la Grèce, l’Irlande ou le Portugal. L’Espagne est le premier sur la liste, mais ne sera pas le dernier. Ces crises successives ne feront que renforcer le sentiment, actuellement dominant sur les marchés, que l’euro est perdu.

Plus grave encore, on va assister à une « fatigue de l’euro » : les opinions publiques et les gouvernements ne seront plus capables de se mobiliser pour réagir en temps utile. Il est même probable qu’une partie des opinions publiques va cesser de soutenir la monnaie unique, mettant alors les autorités politiques dans une situation intenable où elles devront à la fois combattre les marchés financiers et leurs propres opinions publiques.

On peut donc prédire, sans gros risques de se tromper, que, de crise en crise, nous connaîtrons la crise terminale de l’euro dans l’hiver 2011-2012. La conjonction des temps économiques et politiques, avec l’élection présidentielle du printemps 2012 en France, sera redoutable… Il est donc plus que temps de penser à un plan « B ».

Si l’euro explose, il convient de ne pas sacrifier les principes d’une coordination monétaire avec les pays qui seraient prêts à y souscrire. Mais, pour cela, la France doit retrouver son autonomie monétaire et financière. Cela veut dire retrouver sa monnaie, une opération bien moins difficile que l’on veut nous le faire croire. Cependant, recouvrer la souveraineté monétaire doit s’accompagner d’un changement radical de politique. Il faut comprendre que la mise en parenthèses de l’euro, voire son abandon pur et simple, n’aurait de sens qui si la politique économique de la France était profondément modifiée et visait, entre autres, à une réindustrialisation.

Il faut donc poser comme condition sine qua non à cette coordination la création d’une zone européenne intégrée des opérations financières, qui verrait une stricte réglementation des transactions tant en son sein qu’envers l’extérieur. Elle pourrait s’appuyer sur un accord des banques centrales des pays membres pour procéder, selon les besoins, aux avances nécessaires aux Trésors publics, en particulier en cas de crise bancaire.

Cessons de feindre de croire que les contrôles des capitaux sont une chose du passé. La Corée du Sud vient de les réintroduire [6], après bien d’autres pays. Taïwan aussi a imposé des limitations importantes sur les marchés des produits dérivés afin de limiter l’espace ouvert à la spéculation. Il faut systématiser ce genre de pratiques et les accompagner de règles interdisant certaines opérations (ventes à découvert) et même certains marchés (comme les produits dérivés les plus complexes et les moins transparents). Si, aujourd’hui on n’entend pas parler d’une spéculation sur le yuan, c’est bien en raison de l’efficacité des contrôles mis en place par la Chine. Les mesures à prendre sont donc nombreuses, mais ne sont nullement impossibles à concevoir et à exécuter.

L’euro peut éclater de diverses manières : de l’expulsion de certains pays (la Grèce, le Portugal) - solution qui semble avoir la faveur des dirigeants allemands -, en passant par la sortie de l’Allemagne de la zone, et jusqu’au retour au chacun pour soi. Il faut noter que les solutions intermédiaires sont, en réalité, très favorables à la France.

Le choix du type d’éclatement dépendra aussi des décisions que les dirigeants français seront capables de prendre. Souhaiteront-ils se cramponner à l’Allemagne et faire périr l’industrie et, à terme, l’économie de leur pays, ou, au contraire, souhaiteront-ils développer une zone de croissance au sud de l’Europe ? Des choix stratégiques devront être faits, et il convient que ce ne soit pas dans l’urgence ou sous l’empire de la nécessité du moment.

C’est en préparant dès aujourd’hui les solutions pour demain que nous pourrons éviter le pire qui, pour la France, prendrait, entre autres, la forme d’une union monétaire avec l’Allemagne. Des dirigeants sans courage ni volonté nous préparent une abomination sans fin. Ayons le courage de préparer une fin de l’euro qui ne soit pas abominable.

Jacques Sapir

Directeur d’études à l’EHESS et directeur du CEMI-EHESS

publié : le 31 décembre 2010 - Mémoire des luttes

Notes

[1] http://www.bloomberg.com/news/2010-12-20/France-s-aaa-grade-at-risk.html

[2] S. Federbusch, "La surévaluation de la monnaie unique coûte cher à la croissance" in Libération, rubrique "Rebonds", 26 avril 2006, F. Cachia, “Les effets de l’appréciation de l’Euro sur l’économie française”, in Note de Synthèse de l’INSEE, INSEE, Paris, 20 juin 2008.

[3] J. Bibow, “Global Imbalances, Bretton Woods II and Euroland’s Role in All This” in J. Bibow and A. Terzi (eds), Euroland and the World Economy : Global Player or Global Drag ?, New York (NY), Palgrave Macmillan, 2007. J. Sapir, « The social roots of the financial crisis : implications for Europe » in C. Degryze, (ed), Social Developments in the European Union : 2008, ETUI, Bruxelles, 2009.

[4] Sur ce point, je n’ai rien à ajouter ni à retrancher à mon article publié en 2006, J. Sapir « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

[5] J. Sapir, « From Financial Crisis to Turning Point. How the US ‘Subprime Crisis’ turned into a worldwide One and Will Change the World Economy » in Internationale Politik und Gesellschaft, n°1/2009, pp. 27-44

[6] http://www.bloomberg.com/news/2010-10-19/south-Korea-imposes-levy-on-foreign-exchange.html

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 19:51pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

5 Février 2011

403 000 000 000 : alors, Euro ?

L'Euro, pour ses promoteurs et ses défenseurs, c'est bien plus qu'une monnaie, c'est une religion. Et, à ce titre, cela ne se discute pas.

Tout comme  La concurrence libre et non faussée  , la liberté de circulation des capitaux et tout débat progressiste sur L'Europe ! L'Europe ! L'Europe !

Et pourtant, à y regarder de plus près :

 

L'euro fort nous a coûté 403 milliards d'euros. Cash!

Jacques Sapir - Economiste 

 

http://www.marianne2.fr/L-euro-fort-nous-a-coute-403-milliards-d-euros-Cash_a201330.html

 

 Les récents voeux télévisés de Nicolas Sarkozy interpellent quant à la situation de l'euro. En se posant en défenseur de l'euro, le Président a voulu montrer qu'il prenait les choses en main, alors en réalité, une issue favorable à la crise de l'euro dépendrait des partenaires européens de la France, l'Allemagne en particulier. C'est pourquoi l'économiste Jacques Sapir lance un ultimatum : « soit nous pouvons changer le fonctionnement de la zone euro, soit nous devrons la quitter ».

Notre Président a, dans son allocution du 31 décembre, affirmé que l’euro serait défendu « à tout prix ». Tout le monde sait ce que valent de telles déclarations. En août 1998, un Boris Eltsine pathétique et trébuchant sur ses mots avait déclaré qu’un défaut était hors de question ainsi qu’une dévaluation. Le lundi suivant, les deux mesures étaient devenues une réalité… La déclaration de Nicolas Sarkozy indique cependant la gravité de la situation, et c’est bien ainsi que les marchés l’ont interprété. Elle vaut reconnaissance de la crise de l’euro, une crise qui a été niée jusqu’au printemps 2010, puis avec constance considérée comme « réglée » par les différentes mesures prises.


Cette déclaration est profondément stupide. Elle l’est tout d’abord car, loin de rassurer les marchés, elle leur fixe un objectif ; ils n’auront désormais de cesse de tester la volonté des gouvernements sur ce point. Elle l’est, ensuite, car une telle déclaration prise à l’échelle de la France ne vaut rien et cela tout le monde le comprend. Une déclaration faite par les dirigeants Allemands, Français, Espagnols et Italiens pourrait - peut-être - avoir une certaine crédibilité. Mais, faite au seul niveau de la France, ceci équivaut à prétendre que désormais nous porterions, seuls, le poids de la défense de l’euro. Tout le monde comprend qu’il n’en est rien et qu’il ne peut pas en être autrement. Elle l’est, enfin, parce qu’elle enferme notre pays dans une stratégie sans espoir et sans issue. Elle est sans espoir car la seule perspective qui est alors offerte est de pratiquer sans cesse un ajustement budgétaire de plus en plus rigoureux. Or, avec la baisse de la croissance, les recettes fiscales seront en réalité moins importantes que prévues dans la loi de finances. La réduction du déficit sera donc moins importante qu’espérée et l’on en prendra prétexte pour nous infliger un nouveau plan de rigueur. Elle est sans issue parce qu’il n’est plus dans le pouvoir de plans de rigueur de calmer les marchés. Seul un changement de politique de la part de l’Allemagne pourrait y aboutir. Il faudrait cependant que les dirigeants allemands acceptent d’abandonner l’orthodoxie monétaire qui est leur fonds de commerce et pratiquent une relance à la mesure des plans de rigueur qu’ils ont imposés aux autres pays. Mais, comment croire que ceci puisse être possible si l’on n’évoque pas une autre stratégie ? En intégrant nous-mêmes la position des dirigeants allemands, nous fermons la porte à toute possibilité de pression sur ces derniers.


Une telle déclaration équivaut cependant à un choix : celui de la finance contre l’industrie et globalement toutes les activités réellement productrices dans notre pays qui sont abandonnées au bon vouloir des spéculateurs. Choisir aujourd’hui la défense à tout prix de l’euro, c’est faire le choix de la surévaluation de la monnaie unique, une surévaluation qui étrangle nos producteurs et qui condamne une large partie de notre population à la stagnation ou à la régression sociale. Il est bien temps alors d’évoquer les nécessaires protections que l’Union Européenne pourrait nous fournir, mais qu’en réalité elle ne nous fournit point. On voit bien que le discours tardif sur la nécessité de formes de protectionnisme, parce qu’il exclut de son champ la question du taux de change, ne peut servir que de dérivatif. Il faut encore noter que, dans son discours, si Nicolas Sarkozy a usé de l’impératif pour la défense de l’euro, il a utilisé un conditionnel en ce qui concerne la mise en place de mesures protectionnistes, et ceci pour la bonne raison que de telles mesures dépendent en réalité du bon (ou du mauvais…) vouloir de nos partenaires européens.


Les effets de la surévaluation de l’euro sur l’économie française ont été dévastateurs et se sont combinés, jusqu’en 2008, avec les effets des taux d’intérêts imposés par la poursuite de l’inflation « la plus basse possible » par la BCE.

 

928941-1101286 

 

Si nous prenons un taux de change moyen de 1 Euro pour 1,05 Dollars comme correspondant à une parité économique, on constate que l’euro, après une période de sous-évaluation, s’est très fortement apprécié par la suite. Le dollar servant de point de référence à de nombreuses monnaies (en particulier en Asie) ceci est représentatif d’une surévaluation globale de la monnaie européenne. Notons que le taux de change de 1,05 Dollars est propre à la France. Pour l’Espagne et la Grèce, il faudrait probablement un taux de 0,90 – 0,95 Dollars et pour l’Italie de 0,95-1,00 Dollars.


La surévaluation de l’euro a coûté environ 1% de croissance par tranche de 10% de surévaluation. Bien entendu, c’est par simplification que l’on suppose l’effet de la surévaluation linéaire. En fait, il semble que cet effet soit bien plus faible quand l’Euro est proche de sa parité théorique, et beaucoup plus fort quand il s’en éloigne de manière importante.

On peut ainsi calculer ce qu’aurait été le PIB de la France si le taux de change avait été maintenu à cette valeur de 1 Euro pour 1,05 Dollars, et ceci en supposant maintenue la politique des taux d’intérêts ; dont on peut penser qu’elle a du nous coûter entre 0,5% et 1,5% de croissance par an, suivant les périodes dans la mesure où le taux d’inflation français a été maintenu en dessous du taux structurel.

 

 928941-1101287.jpg

 

On constate, en tenant compte des délais d’ajustements habituels pour ce genre de calcul que le PIB notionnel est inférieur au PIB réel du 4ème trimestre 2001 au 1er trimestre 2005, mais qu’il devient ensuite très rapidement supérieur, pour aboutir au 3ème trimestre 2010 à un écart instantané de 11,6%. L’écart cumulé entre le PIB notionnel et le PIB réel équivaut, à la même époque à l’équivalent d’un trimestre (403 milliards d’Euros). Il est possible alors d’en déduire des recettes publiques plus importantes (équivalentes à 4% du PIB) et par là un déficit budgétaire sensiblement plus faible, et comparable en fait à celui de l’Allemagne.


Bien sûr, ceci reste en partie théorique. Si la France n’avait pas fait partie de la zone Euro, les taux d’intérêts de cette même zone ne se seraient pas appliqués à l’économie française. Si nous étions restés ouverts aux mouvements spéculatifs des capitaux, nous aurions été certainement obligés de nous imposer des taux d’intérêts plus élevés. Mais, si nous avions adopté un système de contrôle de ces mêmes flux, nous aurions pu retrouver notre liberté d’action en matière de taux d’intérêts et avoir alors des taux inférieurs à ceux que nous avons connus dans la zone euro…

 

En fait, la zone euro telle qu’elle fonctionne aujourd’hui est cohérente avec une certaine politique, qu’il s’agisse de la sphère financière ou de l’économie réelle. Cette politique a eu des effets négatifs absolument indubitables et, de 2005 au troisième trimestre 2010, nous a coûté 10% de croissance au minimum.


Soit nous pouvons changer le fonctionnement de la zone euro, soit nous devrons la quitter. Mais, il est clair que dans sa forme actuelle, la zone euro n’a pour nous que des inconvénients. Il vaudrait mieux que la première solution prévale. Mais pour cela il nous faut construire un rapport de force avec l’Allemagne et cesser d’approuver tout ce qui nous vient d’outre-Rhin. Ce n’est pas le parti qu’a pris notre Président dans son allocution du 31 décembre. Il devra donc assumer la responsabilité soit de l’enfoncement de notre pays dans la régression économique et sociale, soit d’aboutir in fine à une sortie de l’euro absolument inévitable.

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 13:05pm - Voir le commentaire ()
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