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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

21 Juillet 2011

Faut-il sauver l'euro ?

Bonne question. Pour les médias aux ordres, la réponse ne fait aucun doute, c'est Oui.

Comme cela a toujours était Oui. OUI à la parenthèse libérale de 1983, à l'acte unique de 1986, à la dérégulation, à Maastricht en 1992, au traité capitaliste européen en 2005, à la rigueur sans fin ici et ailleurs... tant que la rigueur et la modération salariale touche les prolos et pas les détenteurs d'actifs financiers, c'est Oui, Oui et Oui.

Personne ne vous dira le contraîre (sauf le Front National, mais on y reviendra...). Or, si l'on se donne pour but de rompre avec l'Union pour une Minorité de Privilégiés (aile gauche comprise, celle qui va nous noyer sous des faux débats lors d'élections justement nommées "primaires"), la réponse est moins évidente.

Il serait même malhonnête de vouloir y répondre sans mettre sur la place publique les analyses suivantes. Et comme vous êtes des gens honnêtes, vous allez y contribuer... C'est d'autant plus intéressant que le sujet sera soigneusement évité lors des prochaines échéances électorales.

A moins que...à moins qu'on s'y mettent.

Coupez la télé et tenez bon.     

Bienvenue sur le site de Bastille-République-Nations

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Source : Bienvenue sur le site de Bastille-République-Nations

« Avec l'euro, un marché commun doté d'une monnaie unique a vu le jour, créant ainsi prospérité et richesse pour nous tous ». C’est ce qu’affirme un texte (1) signé par 48 des plus grands patrons français et allemands. « Les entreprises européennes profitent de ce développement », précisent les signataires, levant ainsi toute ambigüité sur le « nous ». C’est en effet incontestable. Pour la France, une étude publiée le 22 juin note ainsi que les entreprises du CAC 40 ont vu leurs profits bondir de 74,1% entre 2009 et 2010. Et le cru 2011 ne devrait pas décevoir.

 

Les auteurs de l’appel poursuivent : « le retour à une situation financière stable coûtera de nombreux milliards d'euros, mais l'Union européenne et notre monnaie commune en valent la peine. Nous devons convaincre nos concitoyens de cela ».

 

Ce n’est pas gagné. En Grèce, l’euro et sa gouvernance portent les souffrances populaires, et conséquemment les mobilisations, à un niveau sans précédent. Le Portugal pourrait suivre. En Italie le mois dernier, puis en Espagne avec l’émergence des « Indignés » (plusieurs centaines de milliers de manifestants le 15 juin), la colère prend de l’ampleur. Et même les pays hors zone euro, mais soumis à la gouvernance made in Bruxelles, ne sont pas en reste : le 16 juin, la République tchèque a connu son plus grand mouvement de grève depuis la seconde guerre mondiale (aucun train, aucun métro). Au Royaume-Uni, des syndicats préparent pour l’automne des grèves dans la fonction publique qui pourraient être historiques.

 

Si la pression populaire ne se manifeste pas dans la rue, elle s’exprime dans les urnes. Et quand les forces classées à gauche sont impliquées dans la défense et illustration de l’euro, ce sont souvent les mouvements étiquetés « populistes » qui remportent la mise. Ainsi, les succès électoraux spectaculaires des « Vrais Finlandais », ainsi que de la formation de Geert Wilders (aux Pays-Bas), traduisent notamment un rejet de la camisole européenne. Cela n’est pas sans influence : Helsinki et La Haye ont été les capitales qui ont soutenu Berlin sur le thème : « il faut faire contribuer les créanciers privés ». Les dirigeants allemands sont quant à eux pris dans ce dilemme : sauver l’euro à tout prix, mais sans pouvoir ignorer l’« euroscepticisme » qui se répand outre-Rhin.

 

A la Commission européenne comme à la BCE, on n’ignore rien des ces périls qui montent. La tentation de la fuite en avant se confirme. Jean-Claude Trichet, recevant le 2 juin le prix Charlemagne, a saisi l’occasion pour lancer un ballon d’essai : « serait-ce trop audacieux, (…) avec un marché unique, une monnaie unique et une banque centrale unique, d'envisager un ministre des Finances de l'Union ? ». Un ministre, a-t-il précisé, qui prendrait directement en main les politiques économiques des Etats déviants.

 

Plus les résistances sont fortes, plus les euroligarques dénient ouvertement les souverainetés populaires. Jusqu’à quand ?

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Source : http://www.ideologie-europeenne.fr/

Pour justifier son existence, l'Union Européenne avait besoin de donner d'elle une image autre que celle d'une machine de guerre au service du capital.

L'Idéologie Européenne devait donc se construire et se développer parallèlement à l'Union Européenne. Au fur et à mesure de l'approfondissement des conséquences sociales de l'intégration, les couches de peinture bleue ont dû se faire plus épaisses, jusqu'à atteindre le stade de la niaiserie actuelle. Nous nous devons de les combattre sans relâche, là où chacun est le plus utile.

Cependant, nous ne pouvons perdre de vue que ce combat ne peut s'inscrire que dans un autre, bien plus ample : celui de la lutte contre le système capitaliste en général, dont l'Union Européenne n'est qu'un des engrenages.

La rédaction collective de ce livre a été guidée par quatre idées directrices :

Identifier les conséquences réelles de la construction européenne.

Où l'on verra qu'en fait de construction, il s'agit essentiellement d'un démantèlement de la capacité de résistance des peuples face à la domination du capitalisme mondialisé.

Retracer la généalogie de l'Europe en tant que mythe politique et culturel.

Où l'on constatera le parallélisme entre les défaites et reniements du mouvement ouvrier et l'hégémonie croissante de l'Idéologie Européenne comme échappatoire commode dans tout discours sur le progrès social.

Face aux impasses théoriques de l'altermondialisme

Tenter de comprendre dans quelle logique impérialiste l'Europe s'inscrit.

Faire la critique totale de l'Idéologie Européenne.

Où l'on comprendra les enjeux de classe qui percent derrière le rêve européen. La destruction des Etats correspond à la stratégie du capital de l'après-guerre. Son pendant philosophique est la destruction de la raison et de la notion de progrès.

 

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Enfin, à la question de savoir s'il faut sauver l'Euro et pourquoi, il serait grave de tenter une réponse sans avoir lu le Sortons de l'Euro dont l'entretien qui suit donne un aperçu. 

« Bouclier » censé protéger de la spéculation, la monnaie unique était le moyen quasi miraculeux de terrasser toutes les difficultés : inflation, chômage, récessions… La crise de l’euro et de l’Union européenne, qui a éclaté fin 2009, a balayé ces croyances. Nos dirigeants s’acharnent cependant, en dépit du constat d’échec flagrant, à faire perdurer le mythe de sa monnaie « protectrice ».
La crise de l’euro traduit d’abord une fragmentation de l’Europe et de la zone euro. Le mythe de l’unité a vécu, le couple franco-allemand connaît un divorce de fait : la gestion de la monnaie s’est faite au détriment des intérêts de la France, mais aussi de la majorité de ses partenaires de la zone euro. Seuls les dirigeants allemands ont tiré profit de l’euro fort, ont engrangé les excédents commerciaux réalisés en grande partie sur les autres pays européens. Désormais, ils déséquilibrent dangereusement l’économie européenne, accentue la situation d’endettement publique des pays de l’Europe du Sud… et n’entendent pas montrer la moindre solidarité. La stratégie économique allemande est très néfaste. Est-il possible de se voiler la face plus longtemps ? De la droite à la gauche, il s’est fait en France un consensus qui accepte l’ordre monétaire néolibéral incarné par l’euro.
Le désordre économique ne va pas s’arrêter. Il faut prendre les devants, affronter les graves difficultés européennes et sortir à temps de l’euro.
L’euro interdit de véritables politiques sociales, industrielles et le plein-emploi. Il faut sortir de l’euro. Au plus vite ! 

POUR SORTIR LES PEUPLES EUROPÉENS DE LA CRISE, FAUT-IL SORTIR DE L’EURO ?

JACQUES NIKONOFF
Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

DENIS DURAND
Membre du Conseil national du Parti communiste français (PCF).


 

JACQUES NIKONOFF.

Attention aux amalgames ! Il y a une sortie de gauche de l’euro et une de droite, comme il y avait un « non » de droite et un « non » de gauche lors du référendum de 1992 sur le traité de Maastricht et de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen. La sortie de gauche de l’euro est la suite logique de ces « non » de gauche de 1992 et de 2005 à ces traités qui visaient à sanctuariser les politiques libérales.

Certains objectent un « effet désastreux d’une forte dévaluation sur le niveau de vie des travailleurs en cas de sortie de l’euro. Il ne faut pas se laisser impressionner par la campagne d’affolement de la population menée par la droite, le patronat et le PS en reprenant leurs arguments ! Pourquoi faut-il sortir de l’euro et dévaluer le franc, la drachme, etc. ? Parce que, pour la plupart des pays de la zone euro – sauf l’Allemagne -, l’euro est surévalué.

Cet euro « fort » signifie qu’actuellement 1 euro vaut 1,40 à 1,45 dollar alors que le taux d’équilibre est de 1 euro = 1,15 dollar. Cela entraîne une baisse des exportations, l’aggravation du déficit commercial, les délocalisations (automobile, aéronautique…), la pression sur les salaires. Inversement, les prix des marchandises venant des pays hors zone euro sont moins élevés à qualité égale que les mêmes produits fabriqués en zone euro. Les consommateurs préfèrent alors acheter les produits importés, moins chers.

 

Donc, là aussi, encouragement aux délocalisations et au chômage. Si on veut mettre un terme à la surévaluation de l’euro, au chômage et à l’écrasement des salaires, il faut donc sortir de l’euro.


DENIS DURAND.

Face à cette question, il y a trois positions. Celle qui est majoritaire, soutenue par les forces les plus proches du pouvoir, est favorable à la poursuite de l’euro tel qu’il est et a été conçu et mis en place depuis maintenant 20 ans.

Le choix de la monnaie unique était destiné à instaurer des politiques destinées à satisfaire les marchés financiers. Elles ont eu pour résultats une faible croissance dans la zone euro depuis les années 1990, la montée du chômage et de la précarité, l’aggravation de l’emprise du capital allemand sur l’ensemble de la zone, et actuellement, une crise extrêmement aiguë des finances publiques dans la zone euro.

 

Face à cela, une partie de la gauche socialiste propose de continuer et estime que si l’on a cette crise, c’est parce qu’on n’est pas allé assez loin dans le fédéralisme européen. C’est une fuite en avant pour mieux satisfaire les marchés financiers et qui passe par des politiques d’austérité.

 

Première voie manifestement à rejeter.

La deuxième voie, c’est celle de Jacques Nikonoff.

La troisième, c’est celle du PCF, que je préconise.

 

C’est considérer qu’il n’y a pas de formule magique pour sortir de la crise, et de la crise de l’euro en particulier. On ne peut surmonter la crise du capitalisme financiarisé dans lequel nous sommes sans lutter pour changer aussi l’Europe.

La politique de l’euro cher a effectivement des aspects destructeurs sur l’industrie et l’emploi. Mais renverser cette politique exige une solidarité à l’échelle européenne face aux marchés financiers et face à l’hégémonie américaine.

Ce sont les États-Unis qui ont délibérément provoqué une politique de création massive de dollars, pour faire baisser le dollar et répondre aux intérêts du capital américain. Le Japon, la Chine, les pays émergent ont réagi en refusant cette baisse du dollar : la hausse de l’euro a servi de variable d’ajustement.

Pour en sortir, il faut changer l’euro et sa place dans le système monétaire international, et pour cela organiser une alliance entre l’Union européenne et les pays émergents afin d’imposer un autre système monétaire international, avec une monnaie commune mondiale qui ne soit pas au service d’une puissance dominante, comme l’est le dollar aujourd’hui.

 

Si la solidarité entre Européens éclate au profit d’un repli sur une politique monétaire nationale, on perd un atout considérable dans cet affrontement avec l’hégémonie monétaire américaine. Il faut donc non seulement refuser l’euro tel qu’il est, mais se battre pour le changer.


JACQUES NIKONOFF.

Je suis d’ accord sur le bilan mais j’en tire des conséquences différentes. Il existe des mesures connues et efficaces pour sortir de la crise. Les expliquer à la population permettra de dégager des perspectives de luttes. Pour la gauche et le PCF en particulier, il ya un problème d’articulation entre le court, le moyen et le long terme ; entre le niveau national, européen et international. Il faut mieux articuler tout cela.

Agir dans un pays isolé serait-il une illusion ?

Il est possible d’agir vite à l’échelle nationale, sans pour autant méconnaître le niveau européen. Il ne faut pas donner l’impression aux électeurs qu’on ne peut rien faire alors qu’ils ont voté pour nous. Ce serait alimenter le pessimisme. Il est évidemment souhaitable de parvenir à un nouveau système monétaire européen et international. Mais comment ? Il faudrait en effet mettre d’accord les 27 pays de l’UE sur une conception de gauche de la politique économique et monétaire.

Ce n’est pas pour demain !

Est-il possible d’obtenir un accord politique de gauche sur les questions monétaires avec les gouvernements de droite ou sociaux-écolo-libéraux de Berlusconi, Merkel, Cameron et les faux socialistes méditerranéens ?

La transformation de l’Union européenne, on peut continuer à y rêver et à lutter pour elle. Mais, encore une fois, pour changer le traité de Lisbonne, il faut l’unanimité des 27. Il ne peut pas y avoir de consensus droite-gauche au niveau européen. Cela voudrait dire qu’à l’échelle nationale on est prêts à gouverner avec la droite.

Il faut articuler la perspective de transformer le traité de Lisbonne mais dans le long terme - avec des politiques unilatérales de court terme sur le plan national, comme la sortie de l’euro. La surévaluation de l’euro est structurelle, elle est inhérente à l’euro lui-même. L’euro est surévalué par construction, notamment parce qu’il a été conçu pour concurrencer le dollar comme monnaie de réserve. Et dans ce que j’entends, j’ai l’impression qu’il y aurait une sorte d’accord avec cet objectif initial.

 

Mais moi, je ne suis pas d’accord avec cet objectif. Oui, il faut dédollariser l’économie mondiale, mais pas en concurrençant le dollar en faisant de l’euro un petit dollar Le but de l’euro était de favoriser l’attractivité des capitaux. Pour cela, la BCE a proposé des taux d’intérêt supérieurs à ceux de la zone dollar, ce qui a fait monter l’euro et a déprimé la croissance économique.

D’autre part, le soubassement théorique qui a servi à la fondation de l’euro, c’est la théorie ultralibérale dite des « marchés efficients ». Pour elle, la liberté totale de circulation des capitaux devait permettre aux marchés de choisir les projets les plus rentables. On a vu le résultat !

L’euro a été le vecteur de cette stratégie. Il a été créé pour accompagner la dérégulation financière et faciliter la circulation des capitaux. La dernière raison de la surévaluation de l’euro est la politique des dirigeants allemands, qui ont besoin d’un euro fort. C’est Gerhard Schroeder qui a introduit une stratégie de confrontation, de guerre commerciale au sein même de l’Union européenne, contrairement à l’esprit supposé de la construction européenne. Il a dévalué les salaires des travailleurs allemands pour gagner en compétitivité et soutenir les exportations.

Ces mêmes dirigeants ont délocalisé massivement dans les pays d’Europe centrale et orientale. D’où leur insistance pour l’élargissement de l’Union européenne. Le but était de se tailler une zone dans laquelle il y avait une main-d’œuvre qualifiée et une monnaie faible et dans laquelle il serait possible de faire produire à bas coût pour ensuite exporter dans la zone euro, à monnaie forte (43% des exportations allemandes !).


DENIS DURAND.

La crise financière de 2007-2008 a révélé l’absolue nécessité de réorienter radicalement l’utilisation des moyens financiers. Mais comment y parvient-on ? En ayant d’autres objectifs que ceux de la rentabilité maximale, en privilégiant des objectifs sociaux qui peuvent se traduire par de nouveaux critères de gestion dans les entreprises et de nouveaux critères d’attribution des crédits.

L’expérience historique a montré qu’il ne suffit pas d’intervenir au niveau gouvernemental. Il faut conquérir des pouvoirs à tous les niveaux. Et c’est là que l’on a une articulation. Les banques et les banques centrales ont ce pouvoir spécial, sans équivalent, de créer de la monnaie et de l’affecter aux financements des projets, des investissements qu’elles choisissent

On peut s’attaquer à ce pouvoir dès le niveau local. Des milliers de PME et des entreprises plus grandes ont des projets et ne peuvent pas les réaliser parce que les banques leur refusent des crédits.

On peut dans des centaines de bassins d’emploi développer des luttes avec les salariés, les élus, les habitants, avec des alliances entre différentes couches sociales, pour imposer la réalisation de ces projets qui se traduisent par le développement local, des territoires, de l’emploi, l’élévation des qualifications de la main-d’œuvre, la recherche, la protection de l’environnement.

Il faut mettre en cause le comportement des banques par ces luttes. Puis, une fois que ce rapport de forces est créé, il faut le traduire dans les institutions. Par exemple, les régions peuvent décider aujourd’hui d’arrêter de distribuer des subventions aux entreprises, petites et grandes, et choisir de peser sur le comportement des banques, avec des techniques telles que la sélectivité dans l’attribution des garanties d’emprunt ou des bonifications d’emprunt. C’est ce que nous proposons avec la création de fonds régionaux pour l’emploi et la formation, qui seraient pilotés par les conseils régionaux avec la participation des syndicats, des élus locaux, et les acteurs économiques, publics et privés.

Pour cela, on a besoin d’alliés dans le système bancaire : un pôle financier public avec des banques qui obéissent à d’autres critères que les banques privées. Un pôle financier public, c’est un réseau d’institutions financières qui utilisent leur pouvoir de création monétaire en fonction d’autres critères et en liaison avec les luttes des salariés.

 

Ce pôle financier aurait pour but de peser sur le comportement de l’ensemble du système financier pour obtenir une réorientation des crédits à l’échelle nationale. Il faut créer une force composée de banques renationalisées, en liaison avec les puissantes banques mutualistes, avec la Caisse des dépôts, la Banque de France, Oseo, le Trésor public.

Si on a un projet qui est soutenu au niveau local et au niveau national, on peut se tourner vers la Banque centrale européenne (BCE) pour lui dire : qu’est-ce que vous attendez pour favoriser ces projets-là et pour arrêter de refinancer les prêts que la Société générale ou Goldman Sachs font aux spéculateurs ?

 

On construira ainsi petit à petit le rapport de forces qui fera que, dans l’ensemble de l’Europe, des majorités se constitueront dans les opinions pour exiger une modification des traités, une transformation du statut de la BCE, pour la mettre sous le contrôle des parlements nationaux, du Parlement européen, et faire en sorte qu’elle poursuive d’autres objectifs que ceux qui lui sont actuellement fixés par les traités.


JACQUES NIKONOFF.

Je suis d’accord mais ce sont des vœux pieux. Car c’est incompatible avec le traité de Lisbonne et avec l’euro. Imaginons que d’autres pays ne souhaitent pas changer le statut de la BCE, ce qui est une hypothèse fondée et d’ailleurs la plus probable.

Quel est le plan B ?

On attend que tout le monde se mette d’accord ?

Je crois que c’est la faille de la politique de la gauche de gauche. Elle n’articule pas les différents échelons et les différentes temporalités. Il est évident que les Allemands refuseront d’utiliser l’outil monétaire, parce que dans leur culture il y a un tabou.

 

Dans ce cas-là, que fait-on ?

On dit aux Français que l’on a essayé mais que les dirigeants allemands ne veulent pas ? C’est la raison pour laquelle il faut sortir de l’euro de manière unilatérale. Il n’y aura pas d’atteinte au niveau de vie des travailleurs si on prend trois mesures.

 

Première mesure : rétablir l’échelle mobile des salaires et des prix.

 

Deuxième mesure : faire entrer la France dans le SUCRE (Système unitaire de compensation régionale de paiement), la monnaie commune de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Il y a là une formule alternative à l’ordre néolibéral mondial très intéressante.

La France pourrait diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment en pétrole, ce qui la protégerait des conséquences de la dévaluation pour l’importation de matières premières.

 

Et troisième mesure : mettre en œuvre de manière unilatérale la charte de La Havane de 1948. Il faut mettre un terme au libre-échange : c’est la guerre commerciale de tous contre tous, c’est la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle planétaire. Pour mettre en place un autre système, on ne peut pas compter sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui est l’un des piliers de l’ordre néolibéral mondial, au même titre que l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale et l’Union européenne.

Il faut donc sortir de l’OMC. Un gouvernement vraiment de gauche devrait proposer à tous les autres pays des accords bilatéraux de coopération commerciale. Et construire ainsi, progressivement, à côté de l’OMC, une autre alliance avec les pays qui veulent coopérer et non pas se faire la guerre commerciale.

La charte de La Havane repose sur la recherche de l’équilibre des échanges (balance des paiements). Des mesures protectionnistes n’interviendraient que pour rétablir l’équilibre. Beaucoup de pays accepteront. Il est probable que certains refuseront ces accords, les plus excédentaires comme la Chine et l’Allemagne.

 

L’affrontement politique, idéologique et commercial semble inévitable avec ces pays, et il faudra instaurer des quotas et des droits de douane. C’est la condition pour réindustriaIiser, pour permettre de relocaliser en France, progressivement, un certain nombre d’industries : textile, ameublement, mécanique, machine-outil, chaussure...


DENIS DURAND.

Je pense que c’est se tromper d’adversaire que de se placer dans la perspective d’un affrontement avec la Chine et d’autres pays émergents. Le système monétaire international et le système commercial international sont des systèmes hiérarchisés autour d’une puissance hégémonique, avec New York comme point d’impulsion majeur de l’ensemble des marchés financiers internationaux.

Je ne crois pas que nos amis latino-américains attendent en priorité que la France adopte le SUCRE. Il faut coopérer avec eux, bien sûr. Et nous allier avec eux pour faire reculer la domination monétaire, commerciale, culturelle, politique, militaire des États-Unis. Ce que nous disent les Latino-Américains, c’est surtout ne faites pas éclater l’euro !

 

Cela nous a coûté trop cher d’être en ordre dispersé face aux États-Unis. Ne revenez pas à une situation de guerre commerciale et de guerre monétaire, avec des dévaluations compétitives. Il n’est pas utopique de dire qu’il faut développer des luttes sociales et politiques pour faire reculer le pouvoir des banques centrales et des marchés financiers.

 

Je pense que cela ne ferait pas plaisir à ceux qui mènent ces luttes... Y compris dans le système financier lui-même. En 2003, par exemple, les salariés de la Banque de France avec les élus locaux ont mis en échec un projet de fermeture des succursales départementales. Jean-Claude Trichet, gouverneur à l’époque, a dû signer un contrat de service public avec le gouvernement.

 

Quand la crise a frappé l’économie française, en particulier les PME, en2008-2009, on s’est rendu compte que les interventions pour éviter l’effondrement du tissu industriel dans les régions passaient par le médiateur du crédit, qui obligeait les banques à adoucir leurs critères de prêts aux PME, à travers l’intervention des succursales de la Banque de France. La crise, elle-même, a eu des effets sur la BCE. Elle a dû procéder à des achats massifs de titres de l’État grec et d’autres pays, alors qu’il y a encore 2 ou 3 ans, cela aurait semblé un sacrilège envers les traités européens.


JACQUES NIKONOFF.

Je n’ai pas dit que nos amis de l’ALBA attendaient la France.

C’est l’inverse ! La coopération avec l’ALBA, notamment avec le Venezuela pour le pétrole, est un moyen de diversifier les sources d’approvisionnement de la France, de manière à alimenter la dédollarisation,limiter l’augmentation des prix du pétrole, économiser des devises.

 

Deuxièmement, il ne s’agit pas du tout d’opposer les peuples.

L’UE, l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, ce n’est pas l’union des peuples, c’est l’union des classes dirigeantes contre les peuples.

 

Ce à quoi nous appelons, nous, au M’PEP, c’est à la solidarité des peuples contre leurs classes dirigeantes et contre l’ordre mondial néolibéral de domination et d’aliénation, incarné sur notre continent par l’Union européenne.

 

Mais attention de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier en matière revendicative en considérant que la seule chose possible est un changement des statuts de la BCE. Je crois qu’il faut émettre l’hypothèse que ça prendra du temps, et qu’en attendant il faut avancer. Il faut donc envisager des mesures nationales unilatérales.

Sur quoi le PS a-t-il abdiqué en 1983 ?

Sur la question monétaire, en refusant de sortir du Système monétaire européen, et sur le libre-échange en refusant de réfléchir à un système s’inspirant de la charte de La Havane, de coopération internationale.

On en est au même point, 30 ans après.

Si la gauche radicale ne bouge pas sur la question monétaire et sur la question du libre-échange, le résultat sera le même : l’échec.

On l’a tous dit en 2005 : on ne peut pas mener de politique de gauche dans le cadre du traité de Lisbonne. Il faut en tirer toutes les conséquences : ça veut dire désobéir à l’Union européenne. Il faut donc sortir de l’euro et de l’Union européenne.

 

La souveraineté sur la politique monétaire est primordiale. C’est pour cela que les classes dirigeantes ont toujours gardé la main sur cet instrument décisif. Il faut la restituer au peuple, par l’intermédiaire de ses représentants, le Parlement, et cela ne peut se faire qu’au niveau national.


DENIS DURAND.

La gauche est traversée par deux courants.

Une conception que je considère comme dépassée, qui consiste à faire essentiellement confiance à l’État pour déterminer les évolutions économiques et sociales.

Et l’autre qui mesure à quel point il faut aller bien au-delà de l’étatisme, qui a eu ses vicissitudes au XXe siècle, pour développer une prise de pouvoir partout où se prennent des décisions importantes : dans les entreprises, dans les banques, dans les territoires. Et bien sur aux niveaux national, européen et mondial.

Le pouvoir sur l’argent, sur la monnaie est effectivement déterminant pour pouvoir financer des projets et des investissements. Il faut le reconquérir.

On ne le retrouvera pas avec un gouvernement européen, comme le proposent certains à gauche. Mais pas non plus en s’en tenant au niveau national.

 

Il faut se battre dès le niveau local, régional, celui des bassins d’emploi et des entreprises, jusqu’au niveau mondial pour conquérir de nouveaux pouvoirs. Et en ayant en tête une cohérence d’objectifs sociaux, d’efficacité économique et écologique.

Et je crois que c’est cette cohérence qui peut donner au Front de gauche la capacité d’être écouté par des citoyens en attente d’une alternative.

 

PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE SICOT
AVEC JEAN-PIERRE CHAMPlAT


LEXIQUE

 

ALBA
Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, lancée en avril 2005 par Cuba et le Venezuela pour contrer la zone de libre-échange des Amériques voulue par les États-Unis. S’y sont ensuite associés la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, le Honduras (sorti en 2010), Saint-Vincent-et-Les-Grenadines,Antigua-et-Barbuda et l’Équateur.

 

Banque centrale européenne (BCE)
Créée en 1998, elle est la banque centrale de l’Union européenne. Indépendante des politiques, elle a pour principale mission de contenir l’inflation de la zone euro dans la limite de 2% par an.

 

Charte de La Havane
Elle prévoyait une Organisation internationale du commerce intégrée à l’Organisation des Nations unies (ONU). Signée le 24 mars 1948, elle n’a pas été ratifiée parles États-Unis.
Fondée sur la coopération et non la concurrence, elle visait l’équilibre des balances de paiements entre pays, le plein-emploi et l’adoption de normes équitables.

 

Organisation mondiale du commerce (OMC)
Née le 1 er janvier 1995, elle remplace le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) de 1947. Son objectif : la libéralisation du commerce mondial.

 

SUCRE
Abréviation de Système unitaire de compensation régionale. C’est la monnaie commune de l’ALBA adoptée en avril 2009. 

Traité constitutionnel européen
Projet de constitution pour l’Europe. Il a été adopté le 19 juin 2004 par les chefs d’État et de gouvernement des 25 pays alors membres de l’Union européenne, mais il n’a pas été ratifié. En France, il a été rejeté par référendum le 29 mai 2005 (54,68 de « non »).

 

Traité de Lisbonne
Signé le 13 décembre 2007 par les 27 chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne. Il modifie les traités de Rome (1957) et de Maastricht (1992) et entérine l’essentiel des dispositions du projet de traité constitutionnel qui avait été rejeté par référendum en France et aux Pays-Bas.

 

Traité de Maastricht
Signé en 1992, il lançait notamment l’Union économique et monétaire qui devait aboutir à la création de la monnaie unique, l’euro. En France, la ratification a été autorisée après un référendum (51,04 de « oui »).

Publié par Frédéric Maurin à 06:33am - Voir le commentaire ()
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19 Juillet 2011

L'exaspération qui vient

Source : http://www.brn-presse.fr/

 

6 mai. Les fonctionnaires portugais, aux premières loges des mesures d’austérité européennes, débrayent massivement. 6 mai toujours : l’Italie connaît une grève générale accompagnée d’impressionnantes manifestations. 11 mai : les Grecs descendent à leur tour dans la rue à l’occasion d’une nouvelle journée de lutte contre les plans dévastateurs imposés par l’UE (et le FMI). Pour les grands médias français, il s’agit de non-événements : au mieux une phrase ici, une brève là, s’en font l’écho. Seule la mobilisation des jeunes Espagnols a fugacement réussi à crever l’écran, tant la forme d’action a pris de court les forces établies, à commencer par les syndicats. Sans doute ces derniers étaient-ils trop occupés à négocier le recul de l’âge de la retraite pour assurer une « paix sociale » visant à complaire aux « marchés ».

 

Cette discrétion est impressionnante. Craint-on une prise de conscience croissante des citoyens quant à la responsabilité de Bruxelles ? Si de tels mouvements avaient touché la Biélorussie, secoué le Venezuela, ou paralysé l’Iran, on imagine sans peine les reporters envoyés en mission pour louer en direct la colère populaire et annoncer la fin de régimes « autistes ».

 

Mais le silence médiatique n’empêche pas l’exaspération de monter. Nul, peut-être, n’a encore véritablement pris la mesure de cette dernière. Et quand elle ne s’exprime pas dans la rue, elle éclate dans les urnes, à travers la percée de partis à tort ou à raison classés à l’extrême-droite (Hongrie, Pays-Bas, Danemark, Autriche…). Il y a quelques semaines, les Finlandais ont propulsé sur le devant de la scène une formation qui exige l’arrêt des transferts financiers visant non à « sauver » les Grecs ou les Portugais, mais à garantir les intérêts des créanciers internationaux et la survie de l’euro. En France même, Marine Le Pen empoche avec le sourire les conséquences tant de la brutalité de la mondialisation que du refus de la « gauche » d’évoquer la responsabilité de l’UE : des sociaux-libéraux aux altermondialistes, on continue à ahaner les psaumes d’une improbable « Europe sociale », sans remettre en cause ni l’existence de l’euro, ni le principe de l’ouverture des frontières (Schengen).

 

L’exaspération pourrait bien être encore attisée par le pédigrée des oligarques qui ont inventé et pris le contrôle de la gouvernance mondiale. Pour succéder au directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Bruxelles soutient Christine Lagarde, dont un des avantages comparatifs est d’avoir fait carrière à la tête du plus grand cabinet d’avocats d’affaires américain. Un CV comparable à celui de Mario Draghi, l’Italien qui devrait prendre la suite de Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne en octobre. M. Trichet avait inauguré ses fonctions à Francfort en déclarant (en anglais) « je ne suis pas un Français », signifiant ainsi à quel point la référence à un ancrage national était honnie. M. Draghi, diplômé du MIT, et ancien numéro deux de la banque d’affaires américaine Goldmann Sachs, ne manquera pas de surenchérir.

 

Pour diriger le FMI, on eût pu tout aussi bien choisir Alassane Ouattara si ce dernier n’avait pas été installé par la grâce des commandos français à la présidence de la Côte d’Ivoire (après une élection pour le moins douteuse), son pays d’origine qu’il connaît moins bien que les moquettes du Fonds. Et si les « rebelles » de Benghazi devaient finalement conquérir Tripoli à force de « frappes » otaniennes, Mahmoud Jibril peut exciper d’états de service justifiant sa cooptation au sein des cette toute petite caste mondialisée, totalement « hors sol », qui entend régenter la planète entière. Ses membres sont, au fond(s), unis par leur objectif commun le plus essentiel : se débarrasser du cadre des états-nations, ultime obstacle au règne millénaire du libre marché et du libre-échange.

 

Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, on n’aura réuni autant d’arrogance et de connivence. Mais peut-être aussi autant d’inconscience, face à la rumeur des peuples qui enfle.

 

PIERRE LÉVY

Publié par Frédéric Maurin à 22:41pm - Voir le commentaire ()
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