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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

29 Septembre 2011

Il faut sauver Fakir !

...Fakir, attaqué par Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino, qui réclame 75 000 euros à ce fleuron de la presse libre.

Pourquoi ce procès ?

Tout est dit ici :

http://www.fakirpresse.info/IMG/pdf/tchio_naouri-2.pdf 

 

 

Juste un rappel : si Avec Carrefour, je positive ! , il serait injuste d'oublier Casino. Car, quand on aime La concurrence libre et non faussée , on ne doit favoriser personne. Là dessus, je serai inflexible: oui, ils doivent tous y passer!

Maintenant, comment sauver Fakir ? 

5 moyens, non exclusifs, ni exhaustifs :

1 / S'y abonner (pour seulement 25 euros pour 2 ans, soit le prix d'à peine 10 malheureux Figaro magazine ou Nouveaux Observateurs).

2 / Signer et faire signer cette pétition :

 http://www.fakirpresse.info/petitions

3 / Diffuser massivement ce lien :

http://www.fakirpresse.info/IMG/pdf/tchio_naouri-2.pdf 

4 / Assister à leur procès (et à celui de Là-bas si j’y suis) l'opposant à Jean-Charles NAOURI, PDG de Casino. Il devrait, en principe, se dérouler le mercredi 31 octobre 2011 à 9h30 (la date peut encore changer), devant la XVIIème chambre du tribunal correctionnel de Paris, 4 bd du Palais, métro Cité.

5 / Voire même acheter une action Casino (une, pas plus !) pour la prochaine « Fête à Jean-Charles », afin de poser, tous ensemble, des questions légitimes en assemblée générale du groupe.

Cette liste n'est pas exhaustive. Mais, pour l'instant, c'est le minimum que puisse faire toute personne soucieuse de rompre avec les médias aux ordres (bon, pour le point 5, vous pouvez éventuellement trouver autre chose.)


6/ Tenez, j'ajoute un sixième point : reproduire leurs analyses avec mention de la source et rappel des 5 points précédents.

Je ne vais pas m'en priver ! Lisez plutôt (si je vous assure, après vous pourrez répondre à cette question : L'Euro ou Le Pen ? ) :

 

Le grand lâchage de la classe ouvrière (ou comment une certaine gauche a livré sa base électorale au Front National... 

Par François Ruffin,

L’abandon des classes populaires était déjà opéré : voici qu’il est théorisé. Consciemment, la gauche cède les ouvriers/employés au Front National. Les valeurs morales comptent plus, désormais, que les conquêtes sociales. Voici sous quels augures s’ouvre la présidentielle de 2012. À moins qu’on y oppose une autre « stratégie »

 

 Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? » Il faut la lire avec attention, cette note de la « fondation progressiste » Terra Nova, qui officie autour du Parti socialiste. Pas seulement comme une pièce livrée par l’ennemi, à dénoncer – mais comme un signe de l’époque, qui dépasse ses auteurs. Comme la confirmation d’un tournant politique. Nous allons donc la citer longuement.

Le socle se dérobe

L’exposé historique, d’abord :

Depuis le Front populaire en 1936, la gauche en France (socialiste, mais surtout communiste) a accompagné la montée en puissance du monde ouvrier. Autour de ce cœur ouvrier s’est constituée une coalition de classe : les classes populaires (ouvriers, employés) et les catégories intermédiaires (les cadres moyens). Ce socle historique de la gauche se dérobe aujourd’hui. Les ouvriers votent de moins en moins à gauche. L’érosion est continue depuis la fin des années 1970 et prend des allures d’hémorragie électorale ces dernières années.

Pourquoi cette « hémorragie » ?

À partir de la fin des années 1970, la rupture va se faire sur le facteur culturel. Mai 68 a entraîné la gauche politique vers le libéralisme culturel : liberté sexuelle, contraception et avortement, remise en cause de la famille traditionnelle… Ce mouvement sur les questions de société se renforce avec le temps pour s’incarner aujourd’hui dans la tolérance, l’ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité, la solidarité avec les plus démunis. En parallèle, les ouvriers font le chemin inverse. Le déclin de la classe ouvrière – montée du chômage, précarisation, perte de l’identité collective et de la fierté de classe, difficultés de vie dans certains quartiers – donne lieu à des réactions de repli : contre les immigrés, contres les assistés, contre la perte de valeurs morales et les désordres de la société contemporaine. Malgré cette discordance sur les valeurs culturelles, la classe ouvrière continue au départ à voter à gauche, qui la représente sur les valeurs socioéconomiques. Mais l’exercice du pouvoir, à partir de 1981, oblige la gauche à un réalisme qui déçoit les attentes du monde ouvrier. Du tournant de la rigueur en 1983 jusqu’à ‘l’Etat ne peut pas tout’ de Lionel Jospin en 2001, le politique apparaît impuissant à répondre à ses aspirations. Les déterminants économiques perdent de leur prégnance dans le vote ouvrier et ce sont les déterminants culturels, renforcés par la crise économique, ‘hystérisés’ par l’extrême-droite, qui deviennent prééminents dans les choix de vote et expliquent le basculement vers le Front national et la droite.

L’analyse, jusqu’alors, paraît plutôt juste – et même teinté d’autocritique. Ce serait moins, au fond, les classes populaires qui auraient abandonné (électoralement) la gauche que l’inverse : la gauche qui, d’abord, aurait abandonné (socialement, économiquement, même culturellement) les classes populaires.

La « France de demain »

Vient l’heure des recommandations : comment faire, alors, malgré ce divorce, pour remporter la présidentielle ? En se rabibochant avec les ouvriers ?
« C’est la tentation naturelle de la gauche, qui ne peut se résoudre, pour des raisons historiques, à perdre les classes populaires. » Un archaïsme, on devine, une telle « tentation ». Car cette « stratégie se heurte désormais à un obstacle de taille : le nouveau Front national. En voie de dé-diabolisation, et donc bientôt fréquentable, le FN de Marine Le Pen a opéré un retournement sur les questions socioéconomiques, basculant d’une posture poujadiste néolibérale (anti-État, anti-fonctionnaires, anti-impôts) à un programme de protection économique et sociale équivalent à celui du Front de gauche. Pour la première fois depuis plus de trente ans, un parti entre à nouveau en résonance avec toutes les valeurs des classes populaires : protectionnisme culturel, protectionnisme économique et social. Le FN se pose en parti des classes populaires, et il sera difficile à contrer. » Mieux vaut donc renoncer à la reconquête des ouvriers/employés. Et les laisser à l’extrême droite…

À la place, le rapport recommande « la stratégie centrale ‘France de demain’ : une stratégie centrée sur les valeurs » : « Si la coalition historique de la gauche est en déclin, une nouvelle coalition émerge. Sa sociologie est très différente : 1. Les diplômés. 2. Les jeunes. 3. Les minorités et les quartiers populaires. 4. Les femmes. Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive.  »

1984, année clé

L’abandon des classes populaires était déjà opéré : voici qu’il est théorisé. Sciemment dirait-on, écrit noir sur blanc, ces penseurs envoient les ouvriers/employés dans la gueule du fascisme soft. Eux préfèrent ce risque, ce pari hardi, plutôt que de mettre en œuvre, eux-mêmes, directement, un « protectionnisme économique et social ».
C’est un remake, croirait-on.
En 1984, le chômage grimpait de 25% en douze mois. Les premiers contrats précaires, dits TUC – Travaux d’Utilité Collective – sont votés en décembre. L’ouverture des Restos du Cœur ne tardera plus. Les sidérurgistes lorrains sont liquidés, eux s’attaquent au château du « maître des forges » et affrontent les CRS dans les rues de Paris. Que fait alors le nouveau Premier ministre, Laurent Fabius ? Défend-il cette classe ouvrière qui, à 74%, a voté pour le candidat socialiste au second tour de la présidentielle ? Tout le contraire, il enfile les habits de la gauche moderne et sermonne les rétrogrades : « La dénonciation systématique du profit est désormais à ranger au magasin des accessoires ». Après la « lutte des classes », refrain du Mitterrand de la décennie 70, succédait une autre bataille : « la bataille de la compétitivité et de l’emploi ». Le lâchage, alors, est manifeste. Il démarre ce jour-là.

Cette même année 1984, on retrouve Jean-Marie Le Pen – sur FR3 Lorraine, justement : « Ça ne vous paraît pas évident que le nombre de plus de six millions d’étrangers en France est en relation directe avec le fait qu’il y ait trois millions de chômeurs ? Ca me paraît évident et ça paraît d’ailleurs évident à beaucoup de Français. » Cette « évidence » gagnait du terrain, en effet : longtemps groupusculaire, le Front national franchissait cette année-là la barre des 10% aux élections européennes...

Comment, dès cette époque, la gauche pouvait combattre efficacement la montée de l’extrême droite ? En abreuvant les médias de discours moralisants ? Ou en défendant les intérêts des travailleurs, en s’opposant à un libre-échange qui balayerait bientôt le textile, la confection, la métallurgie, etc. ? Le choix fut clair : en 1984 toujours, se créait SOS Racisme, téléguidé depuis l’Élysée. Et le socialiste Jacques Delors partait pour Bruxelles, en 1984 encore, relançant une Europe de la « libre circulation des marchandises et des capitaux » main dans la main avec la « European Round Table », le Medef européen. Toute l’équation fut posée alors. Le rapport de Terra Nova ne fait que la prolonger, qu’en tirer les conclusions ultimes. Avec franchise, cette fois.

Jusque chez Solidaires

C’est le Parti socialiste, cette note, haussera-t-on les épaules. Et même plutôt son aile droite. Soit. Mais j’intervenais, invité par Solidaires, lors d’une journée syndicale en Ardèche : « Vous dites que les usines se délocalisent, m’interpelait un participant. Bon, et alors ? Les ouvriers vont faire autre chose, ils vont suivre des formations, ils deviendront qualifiés, ou ils occuperont des emplois de service, ou ils se lanceront dans le tourisme... Ça prendra un peu de temps, peut-être, une ou deux générations, mais il suffit de s’adapter. »
Un militant, donc, qui énonçait ça. Malgré des nerfs en boule, j’attaque posément :
– Vous faites quoi, comme métier ?
– Enseignant. Pourquoi ?
– Est-ce que votre recteur vous a déjà annoncé que, à la rentrée, il supprimait votre poste ? Que vous devriez songer à une reconversion comme mécanicien ?
– Non non, d’accord...
– Est-ce que, à un de vos collègues, on a déjà proposé de conserver son emploi, mais en Tunisie par exemple et pour quatre fois moins cher ?
– ...
– Dites-moi ?
– Non, bien sûr.
Donc ça va, vous, vous ne vous sentez pas trop menacés par le professeur chinois ? Moi, c’est pareil : France Inter ne va pas recruter tout de suite des reporters roumains. Et c’est pareil pour les médecins, qui ne redoutent pas trop l’arrivée du stomatologue polonais, ou pour les avocats, ou pour les éditorialistes, etc. Et nous qui sommes bien à l’abri, nous qui n’avons pas à subir cette mise en concurrence, on vient leur dire : ’C’est pas si grave... Devenez qualifiés...’ Quand on songe que, durant un siècle, la gauche avait lié son destin à la classe ouvrière, c’est bizarre, quand même, non, ce discours ici ? »

Le lâchage des classes populaires était moins conscient, ici, mais c’était le même.

Les deux cœurs de la gauche

Il y a une dizaine d’années, dans L’Illusion économique, le démographe Emmanuel Todd observait déjà le « divorce des deux cœurs sociologiques de la gauche » :

Les enseignants, qui constituent l’un des cœurs sociologiques de la gauche, sont faiblement menacés par l’évolution économique. N’ayant pas à craindre au jour le jour le licenciement ou une compression de salaire, ils ne se sentent pas menacés d’une destruction économique, sociologique et psychologique. Ils ne sont donc pas mobilisés contre la pensée zéro. (...) Sans être le moins du monde ‘de droite’, statistiquement, ou favorables au profit des grandes entreprises, ils sont atteints de passivisme et peuvent se permettre de considérer l’Europe monétaire et l’ouverture des échanges internationaux comme des projets idéologiques sympathiques et raisonnables. L’immobilité idéologique des enseignants les a séparés de cet autre cœur sociologique de la gauche que constituent les ouvriers, qui eux subissent, depuis près de vingt ans, toutes les adaptations, tous les chocs économiques concevables. Les résultats électoraux des années 1988-1995 mettent en évidence cette dissociation, peut-être temporaire, des destins. La stabilité du vote enseignant pour la gauche, aux pires moments de la plongée du Parti socialiste, a contrasté avec la volatilité du vote ouvrier, désintégré, capable de se tourner vers le Front national comme vers l’abstention.

Dans son ouvrage suivant, Après la démocratie (2008), le même intellectuel citait un sondage :

« Pour chacune des questions suivantes, pouvez-vous me dire si elle évoque pour vous quelque chose de très positif, d’assez positif, d’assez négatif ou de très négatif ?’ Concernant le protectionnisme économique, 53 % des sondés lui étaient favorables, 31% défavorables. Sans opinion : 16 %. « Les plus favorables au protectionnisme sont les 18-24 ans (67 % contre 18 %) et les ouvriers (63 % contre 19 %). Ce résultat est tout à fait rassurant sur l’état mental de nos concitoyens parce qu’il est adapté à la réalité économique : les jeunes et les ouvriers sont les principales victimes du libre-échange. »

Il y a une dizaine d’années également, nous lancions Fakir. Autour de nous, à Amiens, de Honeywell à Whirlpool en passant par Magneti-Marelli, nous avions tout loisir d’observer les coups portés au monde ouvrier. Et pire, sans doute : cette violence sociale ne suscitait que de l’indifférence parmi nos élites municipales de droite (qui titraient sur « Un Carnaval fou et gratuit ! » la semaine où Yoplait fermait ses portes), et nos élites nationales de gauche (avec un Lionel Jospin parti en campagne présidentielle sans prononcer le mot « ouvrier », et sans croiser une licenciée de chez Lu).
On connaît la suite.
Elle est méritée.

C’est comme si l’histoire repassait aujourd’hui les plats et que, malgré les 55 % de « non » le 29 mai 2005, malgré le naufrage de l’idée libérale dans la crise, nous n’avions rien appris. C’est comme si les pesanteurs sociologiques, cette emprise de la petite-bourgeoisie intellectuelle – dont nous sommes – sur les partis, les syndicats, les médias, maintenait la bien-pensance libre-échangiste tel un carcan, et ouvrait – consciemment désormais – un boulevard à l’extrême-droite. Avec la modestie de nos moyens, nous poursuivrons notre effort inverse : réunir les deux cœurs sociologiques de la gauche, car rien de beau, rien de grand, ne se fera sans ces deux forces.

Je revendique un « protectionnisme économique et social » allié au « progressisme culturel », et sans y voir nulle contradiction : il faut de la confiance en soi, dans son avenir, se sentir rassuré pour ses enfants, protégé dans son emploi, son logement, sa retraite, pour accueillir avec sérénité le changement, la nouveauté, l’étranger.

Les pleureuses du 1er mai

Quand le FN grimpera à 15, 20 ou 25 %, oseront-ils encore nous servir des leçons de morale ? Monopoliseront-ils à nouveau les antennes pour nous appeler à des « sursauts républicains » et compagnie ?
Oui, ils oseront.
Ils osent déjà.
Le premier mai, j’entendais ça, au journal de 8 heures, sur France Inter :
« Pour Bernard Thibault et François Chérèque, l’enjeu est de ne pas laisser la rue au FN. Depuis quelques mois, alors qu’une poignée de militants d’à peu près tous les syndicats ont affiché leur appartenance à l’extrême droite, l’intersyndicale s’attache à combattre le discours social de Marine Le Pen. Un texte commun contre la préférence nationale a été diffusé, et la lutte pour l’égalité des droits et contre les discriminations est mise en avant dans l’appel à manifester. Un FN dont la montée dans les classes populaires ne laisse pas d’inquiéter les grandes confédérations. » Interviewée ensuite, Nadine Prigent, de la CGT, se lançait dans des « C’est dangereux pour les salariés », « Il faut une forme de mobilisation », etc. Des bonnes intentions, des leçons de morale. À croire qu’on n’en est jamais lassés. Au journal de 9 h, un « expert des relations sociales et syndicales », Bernard Vivier, « directeur de l’Institut Supérieur du Travail », nous enfonçait dans cette impasse : « Le FN développe aujourd’hui un discours qui se veut social et qui est en train de concurrencer les principes d’action de syndicats que l’on qualifie de républicain. Le projet qui manque, c’est un discours d’ouverture qui fasse barrage à un discours uniquement centré sur le repli sur soi et le nationalisme. »
Et si ce qui manquait, au contraire, à gauche, c’était un discours ferme et de fermeture ? Oui, de fermeture, partielle, des frontières aux marchandises et aux capitaux ? Car pour l’ « ouverture », ça fait trente ans qu’elle est menée grandeur nature. Depuis bien assez longtemps, en tout cas, pour que les Français – et les « classes populaires » aux premières loges – en tirent des conclusions logiques. Et si ce qui manquait, à nos partis et nos syndicats, c’était une révision franche, brutale, de leurs positions à l’égard du libre-échange et du protectionnisme – qui les mettent en phase avec les attentes populaires ?

Publié par Frédéric Maurin à 21:52pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

29 Septembre 2011

Sortir de l'eurolibéralisme

 

L’euro, une cause majeure de la crise

Article paru dans (l'indispensable) Bastille République Nations, mensuel progressiste eurocritique. Qui n'existe que par ses abonnés.

Essayez-le, c'est ici:  http://www.brn-presse.fr/

 

« Ne l’oublions pas, l’euro est un atout » titrait encore Le Monde, le 15 juillet dernier. Depuis, les professeurs prompts à nous rappeler que « l’euro nous protège » se sont fait plus discrets, et pour cause. Ils ont modifié leur angle pédagogique. L’on nous prie de croire que la cause de la débandade n’est pas la monnaie unique, mais l’endettement public – en particulier des Etats impécunieux.

 

Cette « montagne de dettes », soi-disant due à l’égoïsme des peuples vis-à-vis « des générations futures », d’où vient-elle vraiment ? Le traité de l’Union européenne (Maëstricht) puis ses successeurs ont inscrit dans le marbre l’interdiction, pour les Etats, d’emprunter à leur propre banque centrale : désormais, les Trésors publics doivent se tourner vers les marchés financiers internationaux, aux conditions de ces derniers. Forcément, l’addition est salée. La suppression du financement des besoins sociaux et nationaux à coût faible ou nul par les instituts d’émission publics (Banque de France, etc.) constitue une cause majeure de la montée de l’endettement.

 

Deuxième cause : les considérables diminutions et allègements fiscaux accordés, dans les dernières décennies, aux entreprises en général, aux grands groupes en particulier (mais aussi aux riches et très riches contribuables). Par exemple, l’impôt sur les sociétés en France est à 33% ; en 1985, il se situait à 50%. Quant aux groupes du CAC 40 (qui attendent des profits nets en hausse de 10% à 15%, après leur niveau record de 2010), un rapport vient de pointer leur rachitique contribution aux finances publiques. Au fil des années, cela représente des centaines de milliards d’euros de manque à gagner – c’est-à-dire d’endettement. L’Union européenne n’y est pas pour rien : dès sa fondation, elle a érigé la « compétitivité des entreprises » en dogme, et n’a de cesse de promouvoir un transfert massif des revenus du monde du travail vers celui du capital. Car ce sont naturellement les salariés qui paient la note de cette « compétitivité » jamais suffisante, à travers les salaires en berne et les services publics démantelés. S’ouvre alors ce cercle vicieux : plus d’austérité, moins de croissance, moins de recettes publiques, ce qui justifie de nouveaux sacrifices, etc…

 

Là se trouve d’ailleurs la racine ultime de la crise : en comprimant toujours et encore la rémunération (directe et indirecte) du travail, seule source de création de richesse réelle, on sape les fondements d’une économie saine et d’une croissance forte. A noter que le surendettement des ménages (avec les bulles spéculatives qui peuvent en découler) est une conséquence du pouvoir d’achat qui manque aux salariés. Et qui pourra contester le rôle de premier plan que joue Bruxelles dans cette promotion permanente de la « rigueur » et de la « modération salariale » ?

En outre, la monnaie unique a des responsabilités spécifiques. A commencer par son cours considérablement surévalué par rapport au dollar, notamment. Cela handicape lourdement les exportations, et partant la croissance et l’emploi. De plus, le dogme de la libre-circulation des capitaux a entraîné la suppression des portes coupe-feu et donc attisé la propagation de l’incendie financier.

Surtout, l’euro a fait entrer de force des économies nationales très différentes (croissance, structures, cycles, mais aussi culture monétaire) dans un moule unique qui impose le même cours de change, les mêmes taux d’intérêt… C’est pour faire tenir – artificiellement – ensemble ces économies que le corset « pacte de stabilité » a été inventé, puis progressivement renforcé, limitant jusqu’à les éliminer toute marge de manœuvre nationale, non seulement monétaire mais aussi budgétaire, fiscale… et sociale.

La réalité se venge ? Il faut aller plus loin, toujours plus loin, assènent les professeurs de l’euro. Autrement dit, instituer une politique unique, un budget unique, un ministre unique – bref, un gouvernement européen.

Ce qui était prévisible avant même le lancement de l’euro se confirme brutalement aujourd’hui : sa tare originelle, génétique en quelque sorte, n’est pas économique, mais politique. La monnaie unique ne peut exister que si l’on prive les peuples de leur liberté de décider des choix essentiels. Ce qui est nouveau, c’est que ses partisans et concepteurs l’avouent eux-mêmes, parfois avec un cynisme qui laisse pantois (lire ci-dessus).

La raison d’être de l’euro est de priver les peuples de politique. Ce devra être, demain, sa raison de disparaître.

Alors Faut-il sauver l'euro ?

Consacrez 20 minutes à cette vidéo avant de répondre:

 

 



Si ce lien dysfonctionne, retrouvez la source ici :

http://www.m-pep.org/spip.php?article2078

http://dai.ly/kppLAy

 

Tribune parue sur l'Humanité (14092011)

Chaque jour enfonce un peu plus les peuples des pays de la zone euro dans la crise. Si la sortie de l’euro – par la gauche ! – n’est pas suffisante, elle est l’acte de rupture fondateur qu’imposent les circonstances. Rester dans l’euro est beaucoup trop dangereux. On ne peut pas, à court ou moyen terme, faire une Union européenne ou un euro de gauche, alors que pour l’instant tous les gouvernements de la zone sont de droite ou socio-libéraux. C’est comme si, en 1789, les révolutionnaires avaient voulu transformer la monarchie de l’intérieur ! Il fallait une rupture : ce fut la révolution. À une autre échelle, plus modeste, lorsque Jean-Luc Mélenchon et ses amis sortent du Parti socialiste pour fonder le Parti de gauche, c’est parce qu’ils ne sont pas parvenus à transformer le PS de l’intérieur. C’est la même chose avec l’Union européenne et l’euro : il faut en sortir immédiatement, ou alors progressivement selon le rapport des forces, par un processus de désobéissance européenne !
Voici un scénario possible. Un président de la République réellement de gauche est élu. Son programme prévoit de mettre un terme à la crise qui dure maintenant, sous des formes diverses, depuis plus de 30 ans. Dès le soir de son élection, il annonce l’entrée en vigueur de l’article 16 de la Constitution sur les pouvoirs « exceptionnels ».
Un référendum sera organisé le même jour que les élections législatives avec pour question : « Êtes-vous favorable au retrait de la France de l’Union européenne, conformément à l’article 49 A du traité de Lisbonne ? Ce retrait a pour conséquences, d’une part, de sortir de l’euro et de revenir au franc, et d’autre part de réviser la Constitution française en lui ôtant son titre XV ‘‘De l’Union européenne’’ devenu obsolète ».
Il s’agit de permettre rapidement la réalisation du plein-emploi grâce à la sortie de l’Union européenne et de l’euro : réquisition de la Banque de France, des banques et des compagnies d’assurance (les salariés sont invités à prendre possession des lieux dès le lendemain matin) ; instauration immédiate du contrôle des changes et des mouvements de capitaux ; fermeture temporaire de la Bourse ; fermeture définitive du marché obligataire primaire et secondaire... Le président précise que la France sort également des autres piliers de l’ordre néolibéral mondial que sont l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC et l’OCDE. Les plans d’austérité sont annulés. Le défaut sur la dette est proclamé, elle sera libellée en franc, ce dernier étant non convertible. Les paiements d’intérêt et remboursements du capital sont arrêtés. Le SMIC est augmenté, comme les retraites, l’assurance-chômage, l’allocation adulte handicapé, les salaires des fonctionnaires… Le RMI est étendu aux jeunes de 16 à 25 ans sans emploi et non scolarisés...
Un appel à des accords bilatéraux de coopération commerciale est lancé à tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies, et non simplement à ceux de la zone euro ou même de l’UE. Ils définiront la nature et le volume des échanges et les conditions d’un retour à l’équilibre de la balance des paiements pays par pays. Certains pays signeront, créant ainsi les bases d’un nouvel ordre commercial débarrassé du libre-échange. D’autres refuseront, probablement ceux qui sont très excédentaires (Chine, Allemagne). Dans ce cas, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises de manière à permettre à la France de recréer les industries nécessaires à sa souveraineté industrielle et sociale.
La sortie de l’euro, par la gauche, sera un pas décisif vers la fin de l’ordre néolibéral mondial et de son relai européen, l’Union européenne. La construction d’un nouvel ordre mondial fondé sur la paix, la coopération, l’internationalisme, sera possible, notamment entre les 49 pays européens.

*Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP). Auteur de « Sortons de l’euro ! », Mille-et-une-nuits (mai 2011).

Publié par Frédéric Maurin à 20:54pm - Voir le commentaire ()
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21 Septembre 2011

Pour une présidentielle à la hauteur du mouvement social

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Paru sur l'Humanité (http://www.humanite.fr/) du 21 mars 2011, ce texte initie un blog collectif certainement recommandable.

Il sera du moins ce que vous voudrez en faire :

http://tousensemble-agauche.net/

Tous ensemble, Tous ensemble ? Ouais, cela me rappelle quelque chose...

 

Nous avons vécu à l’automne un mouvement social exceptionnel. Alors qu’un déferlement médiatique tentait de faire croire que les « lois » de l’économie imposaient inéluctablement une remise en cause d’un acquis social fondamental, des millions de salariés, jeunes, chômeurs, retraités se sont mobilisés pour dire leur refus, et l’opinion a massivement rejeté les régressions décidées au mépris de toute démocratie.

Ce mouvement fait suite aux mobilisations massives du printemps 2009 et fait écho aux luttes dans divers pays européens. Partout se sont exprimés avec force le refus de voir les peuples payer une crise dont ils ne sont pas responsables et le rejet de choix économiques et sociaux perçus comme profondément injustes. Ce mouvement n’a certes pas atteint l’objectif qu’il s’était fixé mais, par son ampleur, son unité, sa détermination et ses ambitions revendicatives, par la prise de conscience et par l’expérience collective qu’il a constituées, il a mis sur le devant de la scène l’exigence d’alternatives réelles aux choix économiques, sociaux et politiques qui sont ceux du néolibéralisme dominant. En cela, il a assumé de fait une fonction politique majeure.

Il a aussi mis en lumière le problème cardinal de la stratégie, du rôle et de la place des organisations politiques de gauche, et leurs limites. Les forces de gauche ont accompagné et soutenu le mouvement. Mais, au final, elles n’auront pas porté en son cœur la question des alternatives globales hors desquelles l’avenir de la retraite à soixante ans risque d’être compromis. Que la perspective d’une alternative ambitieuse et crédible n’ait pas été portée de façon unitaire, cela a eu des effets. Le mouvement social, avec la sympathie large qu’il recueillait dans l’opinion, a discrédité le discours gouvernemental et indiqué la possibilité d’une autre logique en termes de partage des richesses. Mais quelle que soit sa puissance, il ne pouvait par sa seule dynamique imposer celle-ci et assumer l’affrontement politique avec un pouvoir qui affirmait lier son destin à l’adoption de sa contre-réforme. En ce sens l’absence d’alternative politique a été un frein au mouvement social pour qu’il puisse gagner.

Bien sûr, tous les partis de gauche n’ont pas eu la même attitude sur le fond. Mais, globalement, la question de l’alternance politique – la perspective de 2012 – l’a emporté sur celle des conditions de l’alternative. C’est pourquoi les controverses sur les personnalités ont pris le pas sur les nécessaires débats sur les politiques à mener. Dans le concert général, le Front de gauche n’a pas échappé au défaut commun. Sa présence dans les manifestations a été bien perçue, ses membres se sont engagés sans compter. Mais aucune initiative unitaire n’a été prise qui aurait mis au centre la question de l’issue politique et des réelles alternatives à l’ordre libéral ou à ses accommodements.

Loin de nous l’idée de sous-estimer l’importance des enjeux de 2012, du besoin de battre la droite et de créer à cette occasion des dynamiques porteuses pour le mouvement tout entier. Mais il est faux de croire que la défaite de la droite en 2012 est déjà garantie et que la question principale se réduirait à la candidature présidentielle. Au contraire, la présidentialisation de la vie politique, néfaste à la démocratie et au débat d’idées, risque d’occulter ou de déformer les questions de fond : les objectifs, voies et moyens de l’alternative. Et l’actualité montre que le risque d’un retour des idées profondément réactionnaires, voire xénophobes, comme réponses à la crise, est bien réel.

Le moment 2012 sera d’autant plus efficace, il dépassera d’autant mieux les risques inhérents à la présidentialisation et aux dilemmes électoraux, qu’une dynamique de débats, de propositions et d’engagements viendra prolonger le mouvement social sur le terrain politique. Les forces militantes qui veulent rompre avec des décennies de diktats libéraux, ou d’accommodements avec ses normes, pour refonder la gauche ne manquent pas. Nous savons par expérience que, dès l’instant où l’on fait sérieusement appel à elles, on peut opposer aux idées réactionnaires ou xénophobes des propositions fortes, collectivement élaborées, qui ouvrent le champ des possibles et stimulent une véritable dynamique populaire.

Nous attendons du Front de gauche qu’il ne reste pas une agrégation partielle de forces politiques instituées, mais qu’il s’élargisse à d’autres forces politiques et aux individus, avec leurs engagements et leurs expériences multiples, qui ont envie, à égalité de responsabilité, de contribuer à sortir la gauche de ses enlisements et de participer activement et ouvertement à l’élaboration d’alternatives. Certain-e-s d’entre nous l’ont déjà dit avec d’autres dans des cadres différents, nous le réaffirmons.

En effet, il faut aller plus loin et contribuer à l’irruption des aspirations du mouvement social dans le champ politique en favorisant les débats, les convergences, les initiatives. Venus d’horizons politiques, de trajectoires et d’expériences collectives diverses, nous avons en commun la conviction que, pour porter un projet de rupture à la fois économique, social, écologique, politique, institutionnel, culturel et même éthique, il faut impérativement que toutes celles et tous ceux qui partagent cette même volonté œuvrent ensemble à une dynamique politique nouvelle. Nous savons qu’il existe, dans le mouvement social, des forces qui souhaitent des évolutions collectives substantielles. Nous les appelons à agir, partout où des opportunités se dessinent. Dans la prochaine période, nous voulons œuvrer pour que s’engage cette dynamique politique collective. Pour en débattre, nous décidons d’ouvrir un blog collectif (tousensemble-agauche.net). Participez !

 

(*) Premiers signataires : Gilles Alfonsi, Michel Angot, Gérard Aschieri, Clémentine Autain, Marinette Bache, Sophie Beroud, Florence Boizard, Jacques Bourgoin, Philippe Bouvier, Patrick Brody, Leïla Chaïbi, Yann Cochin, France Coumian, Pierre Cours Salies, Gilles Dare, 
Claude Debons, Bernard Dedeban, Bernard Defaix, 
Jean-Michel Delarbre, Chantal Delmas, Richard Dethyre, Jean-Michel Drevon, Michel Dufour, Martine Durans, Michèle Ernis, Élisabeth Gauthier, Frédérick Genevée, 
Karl Ghazi, Bénédicte Goussault, Janette Habel, 
Patrick Hallinger, Jean-Marie Harribey, Alain Hayot, Laure Heinich-Luijer, Lucien Jallamion, Gisèle Jean, Bernard Jusserand, François Labroille, Françoise Laroche, Patrice Leclerc, Jacques Lerichomme, Christiane Marty, Dominique Mezzi, Claude Michel, Annick Monot, 
Alain Montaufray, Danièle Obono, Gérard Perrier, 
Jacques Rigaudiat, Dominique Rols, Michel Rousseau, Jean-Marie Roux, Évelyne Sire-Marin, Francis Sitel, 
Maya Surduts, Stéphanie Treillet, Catherine Tricot, 
Pierre Zarka.

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9 Septembre 2011

Un plan B pour le Front de Gauche

 

Le Front de gauche a diffusé un texte à la presse, le 8 juin 2011, intitulé « Ce que nous voulons : l’humain d’abord ! », et sous-titré « Front de gauche – Programme populaire et partagé ». Il doit publier la version définitive de ce programme lors de la Fête de l’Humanité, les 16, 17 et 18 septembre 2011.

Ce programme est accessible sur le site du PCF :
http://www.pcf.fr/11260

Ou sur le site du PG :
http://www.gauchemip.org/spip.php?article16287

Ce projet de programme a fait l’objet d’une analyse approfondie du M’PEP, le 23 juin 2011, sur cinq questions qui, de son point de vue, sont décisives : social et emploi, Union européenne, marchés financiers, libre-échange, environnement.

http://www.m-pep.org/spip.php?article2083

Le M’PEP a accompagné son analyse de propositions. N’ayant pas reçu de réponse des organisations du Front de gauche et n’ayant pu les rencontrer, il renouvelle ses suggestions d’amendements et reste disponible pour tout contact et toute réunion de travail.

Dans le présent texte, le M’PEP veut insister sur un seul point qui conditionne la cohérence, la crédibilité et le succès d’une politique de gauche :

LE PROJET DE PROGRAMME DU FRONT DE GAUCHE DEVRAIT PRÉVOIR UN PLAN « B » EN MATIÈRE DE POLITIQUE EUROPÉENNE

La plupart des propositions faites dans le projet de programme du Front de gauche en matière de politique européenne nécessitent l’accord des 26 autres membres de l’Union européenne, ou seraient annulées par le Conseil constitutionnel car non conformes à la Constitution française. Si ces pays refusaient les propositions de la France au cas où un gouvernement de gauche serait au pouvoir, et si le Conseil constitutionnel annulait des décisions du gouvernement ou des lois votées par le Parlement français, le Front de gauche se trouverait le bec dans l’eau, sauf à prévoir un si fort mouvement social que celui-ci emporte avec lui toute la Vè République avec les traités attenants !

Pourquoi ne pas annoncer, dès maintenant, les mesures qui seraient prises si ces deux obstacles – qui se produiront à coup sûr – venaient entraver l’action de la gauche et, de nouveau, susciter une terrible déception comme en 1982-1983 ? Ne vaut-il pas mieux éclairer les citoyens, bien à l’avance, sur toutes les embuches qui peuvent empêcher la mise en œuvre de véritables politiques de gauche ? N’est-il pas préférable d’organiser sans attendre un débat public pour mobiliser la population afin qu’elle soit prête à intervenir, plutôt que d’improviser, dans l’urgence, des réponses qui auraient pu largement être anticipées ?

1.- Des mesures unilatérales doivent être envisagées si les 26 autres membres de l’Union européenne refusaient les propositions d’un gouvernement Front de gauche

Dans son projet de programme, le Front de gauche propose un grand nombre de mesures à l’échelle de l’Union européenne, impossibles à mettre en œuvre sans l’accord des 26 autres pays membres de l’UE. Dans la plupart des cas le M’PEP est favorable à ces propositions. Mais que se passerait-il si un des 26 autres pays refusait ? Toutes ces mesures, en effet, nécessitent la révision des traités européens, et ces derniers doivent être ratifiés, à la virgule près, par les 27 pays membres de l’UE. En l’état actuel de son projet de programme, le Front de gauche n’a pas de réponse. Pourquoi ne pas dire clairement, dans son programme, que si le Front de gauche gouverne la France, à défaut d’un accord à 27, le gouvernement français prendra les mesures unilatérales qui s’imposent ?

Prenons quelques exemples de propositions contenues dans le projet de programme du Front de gauche :

  • « Obligation de détention des titres de la dette publique par les institutions financières.  » Le programme du Front de gauche devrait préciser que si les 26 autres pays membres de l’UE refusent, la France prendra seule cette décision.

  • « Nous agirons pour changer les traités pour mettre fin à l’indépendance de la BCE. » Le programme du Front de gauche devrait préciser que si les 26 autres pays membres de l’UE refusent, la France s’émancipera de la BCE.

  • « La France proposera une refonte des missions et des statuts de la BCE qui doit être mise sous contrôle démocratique pour lui permettre de pouvoir prêter à taux faibles, voire nuls, directement aux États, acheter des titres de la dette publique. » Le programme du Front de gauche devrait préciser que si les 26 autres pays membres de l’UE refusent, la France s’émancipera de la BCE.

  • « Les mouvements internationaux de capitaux à des fins spéculatives de spéculation et de placement financier seront contrôlés et taxés […] aux frontières de l’Union européenne.  » Le programme du Front de gauche devrait préciser que si les 26 autres pays membres de l’UE refusent, la France prendra seule cette décision.

  • « La France agira pour l’institution de protections communes pour des normes sociales et environnementales communes aux européens, face à la pression de capitaux et de productions à bas coûts sur les marchés mondialisés avec, par exemple : des prélèvements nationaux concertés sur la réimportation en Europe de productions délocalisées ; une taxe kilométrique de manière à réduire les transports de marchandises évitables.  » Le programme du Front de gauche devrait préciser que si les 26 autres pays membres de l’UE refusent, la France prendra seule cette décision.

2.- Le Front de gauche devrait proposer un référendum pour sortir le traité de Lisbonne de la Constitution française, car si des mesures unilatérales étaient prises par la France, elles seraient annulées par le Conseil constitutionnel

Le 29 mai 2005, lors d’un référendum, le peuple français rejetait à 54,68% le projet de traité constitutionnel européen. Ce traité visait à graver dans le marbre du droit européen la doctrine néolibérale : priorité absolue à la « concurrence libre et non faussée » ; libéralisation des services publics pour les privatiser ; libéralisation du commerce international pour faire du libre-échange un système de mise en concurrence entre les nations, les systèmes sociaux, les peuples et les travailleurs ; libéralisation du « marché » du travail pour organiser la précarité et la soumission du salariat ; libéralisation des marchés financiers pour placer les finances publiques sous la domination de la finance ; monnaie unique placée sous le contrôle d’une Banque centrale européenne « indépendante », retirée des prérogatives de la puissance publique.

Le 4 février 2008, le Congrès réuni à Versailles (députés et sénateurs) votait à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés une révision de la Constitution française, grâce à la plupart des parlementaires socialistes et verts qui ont soutenu la droite. Le titre XV de la Constitution était augmenté d’un article 88-1 qui stipulait, notamment : « La République participe à l’Union européenne constituée d’États qui ont choisi librement d’exercer en commun certaines de leurs compétences en vertu du traité sur l’Union européenne et du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, tels qu’ils résultent du traité signé à Lisbonne le 13 décembre 2007. »

Le traité de Lisbonne, signé entre les vingt-sept États membres de l’Union européenne, entrait en vigueur le 1er décembre 2009. Il a modifié les deux traités fondamentaux de l’Union européenne : le traité instituant la Communauté européenne (traité de Rome, 1957, qui est rebaptisé traité sur le fonctionnement de l’Union européenne), et le traité sur l’Union européenne (traité de Maastricht, 1992).

En réalité, le traité de Lisbonne n’est qu’un résumé du projet de traité constitutionnel européen. Toutes les tares qui avaient été dénoncées au moment du référendum de 2005 se retrouvent donc dans le traité de Lisbonne et par conséquent dans la Constitution française !

Dans ces conditions, toute politique de gauche est interdite en France et dans les autres pays de l’UE. En effet, un gouvernement de gauche qui voudrait s’opposer, par exemple, à des directives européennes de libéralisation, ne le pourrait pas. La droite saisirait immédiatement le Conseil constitutionnel au motif que refuser d’appliquer une directive européenne n’est pas conforme à la Constitution puisque celle-ci, désormais, a intégré le traité de Lisbonne. Même chose pour un gouvernement de gauche qui voudrait déconstruire l’édifice juridique néolibéral bâti au fil du temps par l’Union européenne. Il ne fait aucun doute que le Conseil constitutionnel annulerait de telles décisions prises par une majorité de gauche.

Non seulement le traité de Lisbonne n’est pas compatible avec les politiques de gauche, mais la Constitution française elle-même, qui a intégré ce traité, ne l’est pas non plus !

Pour mener des politiques de gauche, il faut donc sortir de l’Union européenne ou pratiquer la « désobéissance européenne ». Il faut donc ôter de la Constitution française toute référence au droit européen en général et au traité de Lisbonne en particulier.

C’est la raison pour laquelle le Front de gauche devrait ajouter à son programme l’organisation d’un référendum pour sortir le Traité de Lisbonne de la Constitution, afin de restaurer la souveraineté populaire et pouvoir enfin mener de véritables politiques de gauche. Ce référendum devrait intervenir immédiatement après l’élection d’une majorité de gauche. La question posée aux Français pourrait être : « Souhaitez-vous réviser la Constitution française pour en ôter le titre XV (‘‘De l’Union européenne’’) ? ».

Voilà les propositions que fait le M’PEP qu’il souhaite discuter avec les six organisations membres du Front de gauche ensemble ou séparément.

Publié par Frédéric Maurin à 07:10am - Voir le commentaire ()
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8 Septembre 2011

Lettre à la gauche qui regarde encore la télévision

...juste pour dire que France 2 a fait un petit oubli :

Elections présidentielles : c'est mal parti

que je tiens à réparer ici :

 

 

Mais sans complaisance pour autant. Car si les médias aux ordres n'en ont rien dit, il y avait au moins quelques observateurs vigilants :

Source : http://prcf-38.over-blog.net/

 

Du monde dans les travées de la Halle Clémenceau ce 28 aout à Grenoble. Incontestablement. Surtout pour un dimanche matin d’août.

Mais pour écouter quoi ?

Un discours platement réformiste.


Pas une seule fois, pas une seule, la question de la propriété des grands moyens de production et d’échange n’a été posée. Certes, il a été question de partage des richesses, d’imposition du Capital au même niveau que le Travail (sic), de refus de la forme néolibérale du capitalisme, de juguler le capitalisme....jamais il n’a été question de détruire le capitalisme, jamais, pas une seule et unique fois, le mot socialisme n’a été prononcé.


Sans perspective autre qu’une domestication du capitalisme, sans autre perspective que la soi-disant Europe sociale (ce qui revient au même), ce mensonge auquel ne croit plus un ouvrier conscient. Comment les chefs du Front de Gauche peuvent ils espérer mobiliser des ouvriers, des employés, les masses populaires qui haïssent-avec raison, ô combien !- l’UE, son Euro de malheur et qui ont compris que l’UE, pas plus que le capitalisme, ne peuvent être transformés en leur contraire et qu’il faut les détruire pour les remplacer par autre chose, une autre chose qui porte un nom, interdit semble-t-il à ce meeting, le socialisme.

Le socialisme conçu non comme une baguette magique mais comme un processus politique et économique visant à exproprier les expropriateurs.


Les classiques du marxisme nous ont appris-et l’expérience concrète aussi- que la différence entre réformistes et révolutionnaires se situait là : poser ou ne pas poser la question de la propriété.

J.L Mélenchon, Pierre Laurent et les ténors du FG, avec de mâles accents, promettent de taxer les banques....mais pas un seul ne dit qu’il faut les socialiser.

On promet même une fiscalité « juste » qui taxerait les revenus du capital, obtenus en exploitant le travail, comme ceux du travail ! Jamais d’allusion à une organisation de la société qui permettrait d’en finir avec l’exploitation.

Platement réformiste. On peut s’y attendre d’un réformiste assumé comme Mélenchon mais quid du PCF ? Ce parti, jadis communiste, n’est plus qu’un parti réformiste ayant renié tout ce qui faisait de lui le parti de la classe ouvrière, du peuple et de la nation. Car que veut dire « l’Europe sociale »sinon l’abandon pur et simple de la souveraineté populaire-nationale ? Que veut dire la défense de l’Euro qui est un outil de cette dépossession de la souveraineté des peuples d’Europe ?


Dans ces conditions, les mâles attaques de Mélenchon contre Hollande, si justifiées qu’elles soient (car ce monsieur ne promet en effet rien d’autre qu’une austérité de gauche ( !) impliquant l’acceptation des 30 mille suppressions de postes supplémentaires prévues dans la fonction publique en 2012), ne sont qu’un rideau de fumée. Qui peut sérieusement douter qu’avec une telle politique, Mélenchon et le PCF officiel ne s’inscriront d’une manière ou d’une autre dans un gouvernement de la « gauche » maastrichtienne appliquant en France une politique à la Zapatero ou à la Papandréou ?


Dire cela, ce n’est nullement négliger la nécessité de consolider un pôle de résistance sociale et républicaine à la gauche du PS : au contraire, c’est mettre en garde les travailleurs : si on laisse ces gens-là nous mener en bateau de nouveau, non seulement le duo UMPS/FN a un boulevard devant lui aux présidentielles, non seulement Sarkozy pourra compter sur l’abstention massive des électeurs ouvriers, mais une telle « gauche » au pouvoir aura tôt fait, en écoeurant de nouveau l’électorat populaire, de ramener au pouvoir Sarkozy ET Marine Le Pen, qui n’attendent qu’une occasion pour se retrouver officiellement.

Publié par Frédéric Maurin à 14:18pm - Voir le commentaire ()
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8 Septembre 2011

Elections présidentielles : c'est mal parti

 

La démocratie ne se réduit pas au vote. Celui-ci ne peut prendre de sens que s’il procède de citoyens éclairés par un débat de qualité.

Les lieux de ce débat, ce n’est plus l’agora, c’est les médias.

Or, la presse d’opinion n’intéresse plus grand monde, si l’on observe l’érosion de son lectorat.

La blogosphère, c’est des militants qui s’adressent à leurs pairs dans leur ghetto virtuel.

Reste encore l’audiovisuel : c’est facile et c’est gratuit (et gratuit dans le sens où effectivement cela ne vaut rien).

Cas d’école avec France 2 qui m’a valu ce petit mot au médiateur. Pure perte de temps : je n’ai même pas eu une réponse de politesse.  Ni évidemment publication sur leur site. Essayez, vous verrez : http://info.france2.fr/mediateur/ 

Pour intéresser un média aux ordres, notez que tout le monde ne peut pas avoir la chance d’avoir été agressé par DSK (bien que le FMI ait enc… des millions de prolétaires mais, après tout, c’est son rôle et cela ne vaut pas les gros titres: revoir Affaire DSK : note aux journalistes ).

« Dimanche 28 août le journal de 20h00 de France 2 a couvert l’université d’été du Parti Socialiste de La Rochelle, et c’est bien légitime. 3 jours de débats résumés en petites phrases et photo d’unité affichée. Je ne vous en veux, l’exercice doit être difficile.

En conclusion du reportage, on annonce que l’université d’été de l’UMP se tiendra le week-end prochain : l’évènement n’a pas eu lieu, mais bon, France 2 l’annonce quand même, c’est pluraliste.

Mais, en même temps, s’était tenue à Grenoble l’université d’été du Front de Gauche.

Pas un mot.

Pourtant, bien qu’intitulée « Remue-méninges », elle avait aussi mobilisé des invités disons « de qualité ».  La gauche est-elle à La Rochelle?

Et pas un mot.

Un 28 août, je conçois qu’il puisse y avoir des journalistes encore en vacances (d’ailleurs, David Pujadas rentrait seulement le lendemain, ceci expliquerait-il cela ?). Pire que les vacances : des journalistes aux 35 heures ?  Ou encore un service, sévice ?, public de l’information soumis à la RGPP et au nom remplacement d’un fonctionnaire sur deux (avec l’efficacité que l’on voit en matière de réduction de la dette…).

Mais, pour ce coup-là, il suffisait à France 2 de reprendre la couverture de l’évènement qu’avait faite France 3 Rhône-Alpes.

J’avais observé en d’autres circonstances (référendum sur le changement de statut de La Poste, expression des grévistes sur la « réforme » des retraites…) que les locales de France 3 faisaient leur boulot. Mais au JT de 20h00 : plafond de verre. L’information ne passe pas.  Plus rien.

Une hypothèse : c’est peut-être moins une question d’éloignement géographique que de « proximité sociologique » entre un journaliste localier plus proche de « la France d’en bas » que ne saurait l’être une star du 20h00 de France 2, l’œil rivé sur les performances de TF1.

Jusqu’au mimétisme.

C’est la première fois, et la dernière fois que je vous écris.

Qu’un service public comme France 2, ait pu faire pire que Le Dauphiné dit Libéré en matière de pluralisme, m’amène à souhaiter à France 2 la Laisse d’Or .

Cette Laisse que ne méritent que les journalistes les plus serviles, inféodés « aux médias qui mentent, aux patrons qui plastronnent et à la gauche qui capitule ». Jusqu'alors, seul David Pujadas avait reçu ce glorieux trophée sarko-patronal:

 

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Une Laisse d'Or délivrée grâce à l'excellent jury du Plan B :

http://www.leplanb.org/Communique-David-Pujadas-recoit-sa.html

 

Un malheur n'arrivant jamais seul, des journalistes CGT ont même confirmé que France 2 souffrait d'un grave trouble bipolaire "PS-UMP" : 

(des antécédents avaient pu être observés lors de la guerre du Golfe, du traité de Maastricht, du Traité constitutionnel européen et, en règle générale, lorsqu'il faut faire plaisir à BHL, aux actionnaires, aux marchands d'armes, aux médias qu'ils détiennent, à l'Otan et, accessoirement, aux lecteurs du Figaro)

Lisez-le, je n'invente rien :

 

Source : http://www.acrimed.org/article3667.html

Présidentielle : « Une nouvelle fois la bipolarisation guette ! » (SNJ-CGT)

le 7 septembre 2011

Nous publions ci-dessous, sous son titre original, un communiqué du SNJ-CGT (Acrimed).

À quelques mois de la présidentielle, la couverture de la rentrée politique dans les médias fait craindre une nouvelle fois que les reportages et les émissions se résument à donner la parole aux seules idées de l’UMP et du PS, aux seuls économistes libéraux et aux petites phrases accrocheuses ouvrant les 20h.

C’est en tout cas ce qu’il ressort des différents reportages diffusés sur les antennes ces dernières semaines et notamment sur celles de France télévisions.

Nous sommes en train de revivre le cauchemar du traitement du débat sur le Traité Constitutionnel Européen, où tous les médias nous avaient abreuvés de la nécessité de voter « oui », avant de se retrouver bien marris le soir du résultat ; nous sommes en train de revivre le même cauchemar que pour la présidentielle de 2007, où, l’année 2006 ayant vu Sarkozy passer 538 fois sur les antennes bientôt rejoint par Ségolène au hit-parade des reportages, nous n’avions pas obtenu de débats pluralistes avant le 1er tour, malgré la pétition lancée par des journalistes de l’audiovisuel public, signée par 11.000 citoyens !

Et les autres, du PCF au NPA, les oubliés du service public ?

Des différentes Universités d’été, on aura tout vu sur celle de l’UMP, du Medef et du PS, avec pour cette dernière le seul résumé du bal des égos. France 2 se sera illustrée en ne disant pas un seul mot des Universités du Front de Gauche (PCF et PG) et du meeting de rentrée de Jean-Luc Mélenchon à Grenoble en présence de 1500 personnes !

En revanche, une large place est accordée aux débats entre candidats à la primaire socialiste dans les émissions à venir, et malheureusement aux idées nauséabondes du Front National, dont la présidente était la première invitée de la nouvelle émission de France 2, « Des paroles et des actes », le FN établissant un nouveau record de 716 passages rien que sur France 3 de janvier à mai !

Pourtant, dans une interview de L’Humanité Dimanche du 1er septembre, le Directeur de l’information de France télévisions répondant aux questions du journaliste sur ce que sera la campagne électorale sur le groupe public osait affirmer : « Hors période électorale, je considère que la cote n’est pas mal taillée. (…) La règle veut que la parole soit partagée au prorata, en fonction du poids électoral et politique de chaque formation (…) de sorte qu’on ne se limite pas à un dialogue entre le Parti Socialiste et la majorité. » !!!

Chiche… même si c’est mal parti !

De même quand donc France télévisions permettra-t-elle, comme l’affirme encore le Directeur de l’information, de « donner les clefs et les moyens au téléspectateur de faire ses propres choix » ?

Depuis des mois, face aux réponses à apporter à la crise financière et sociétale, les antennes du service public sont phagocytées par les « experts économiques » qui viennent… éclairer (!) les causes de la crise et commenter les mesures décidées par le gouvernement.

Des retraites à la « règle d’or », ces dits-experts nous martèlent à longueur d’antennes que c’est comme ça, qu’il n’y pas d’autres solutions que l’austérité et la résorption des déficits publics, si on veut maintenir la compétitivité des entreprises face à la mondialisation !

Durant ces dernières semaines on a même découvert qu’un nouveau « pigiste » avait été engagé par France télévisions, puisqu’on le retrouvait tous les soirs sur France 2 et France 3 pour nous seriner ses éternelles analyses néo-libérales !

Comme si les « économistes atterrés », les économistes d’ATTAC ou des partis de la gauche anti-libérale n’existaient pas. (Ce n’est pourtant pas faute d’avoir interpellé depuis des mois les Directeurs de l’information successifs, et, à leur demande : « c’est vrai on prend toujours les mêmes parce qu’ils sont de bons clients, mais si tu en connais d’autres… », leur avoir remis une longue liste d’économistes ne se coulant pas dans la logique libérale… sans en voir un seul invité depuis !)

Alors, comme en 2005, 2006 et 2007, les journalistes de l’audiovisuel public attachés au pluralisme, exigent pour 2012 des Directions de l’information, qu’elles respectent la Constitution et les missions du service public.

Ils n’hésiteront pas pour cela à intervenir dans les conférences de rédactions, et si cela ne suffisait pas, à en appeler à la mobilisation des téléspectateurs-citoyens.

Paris le 2 septembre 2011

   

Publié par Frédéric Maurin à 13:12pm - Voir le commentaire ()
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5 Septembre 2011

Affaire DSK : note aux journalistes

 

Une sensibilité marxiste et républicaine n'exclut pas la compassion. Et je vais vous le prouver .

Sur l'affaire DSK, vous avez été une fois de plus pathétiques. Minables. 

Ouvrant vos journaux télévisés sur une série de non-évènements (le procès qui n'aura pas lieu, la déclaration qu'il ne fera pas...), j'aurais pu exprimer une sainte colère, voire même vous rappeler la leçon de Bourdieu :  

"De même que les prestidigitateurs attirent l'attention sur autre chose que sur ce qu'ils font, le fait divers "fait diversion". L'évocation du fait divers attire l'attention du public sur des faits qui sont certes de nature à intéresser tout le monde mais "sur un mode tel qu'ils ne touchent à rien d'important"...  Si on emploie des minutes si précieuses pour dire des choses si futiles c'est que ces choses futiles sont en fait très importantes dans le mesure[...où elles se substituent] aux informations pertinentes que devrait posséder le citoyen "lambda"  pour exercer ses droits démocratiques".

 

Mais non. J'ai décidé de vous laisser un chance. Une chance de faire pour une fois, une seule fois, votre travail.

Prenez cela pour de la charité chrétienne, de la fraternité, de la magnaminité...ce que vous voulez.

Mais prenez-le, reprenez-les donc ces trois scoops ! 

Bien avant de vous répandre sur l'affaire Nafissatou Diallo (d'ailleurs, personne n'a évoqué la piste sarkozyste sur le mode " Baisez plus pour gagner plus"), vous n'avez rien voulu voir ni entendre. Or : 

1/ Le procès de DSK a déjà eu lieu et aucun d'entre vous n'en a parlé. Il a déjà été acquitté et vous n'en avez rien dit. Je vous donne les minutes du procès ci-dessous. Vous n'avez désormais plus le droit au silence.

2/ Une pétition pour exlure DSK du Parti Socialiste et toujours en ligne, et vous ne l'avez ni signée (ce qui est votre droit le plus légitime) ni portée à la connaissance du public (ce qui est une faute majeure):

Appel à l'exclusion de DSK du Parti Socialiste

3/ Le pêché de chair n'est pas la seule faiblesse de DSK. Il se vautre bien, selon Fakir, dans les 7 pêchés du capital :

DSK : pourquoi on n'en veut pas ?  

1 186

           

                Le procès Dominique Strauss-Kahn

Source :   http://www.leplanb.org/ 

Gardes, faites entrer l’accusé !

Le président : Accusé, levez-vous  ! Socialiste, vous venez d’être élu à la tête de l’institution la plus détestée par les peuples du monde, le FMI, machine à produire de la misère chez les uns, des milliards chez les autres. C’est l’aboutissement d’un parcours qui vous amène aujourd’hui devant nous. La parole est à l’accusation.

Le procureur : Épouser une journaliste aussi puissante qu’Anne Sinclair représenta un coup de maître. Vous vous assuriez que tous ceux qui voulaient passer dans son émission « 7 sur 7 » sur TF1 vous mangeraient dans la main.

L’avocat : C’est encore votre théorie du complot ! Les médias, c’est plus complexe. Anne a présenté une émission de télévision avec Jean-Marie Colombani entre 1987 et 1989. Et alors ?

Le procureur : Et alors ? En novembre 1999, Colombani sanglote quand l’accusé doit démissionner du gouvernement : « Quel gâchis. Et quel ministre des Finances ! Qui peut se prévaloir d’un bilan aussi flatteur ? »

L’accusé [triomphant]  : Vous n’avez rien compris ! Colombani me devait beaucoup, mais pour une autre raison. En 1997, avec Lagardère, j’avais tout fait pour qu’il s’empare de L’Express. Chirac soutenant Dassault, j’ai téléphoné à l’avionneur pour lui signifier que le gouvernement Jospin n’accepterait jamais qu’il achète L’Express.

Le procureur [l’invite à poursuivre d’un ton doucereux]  : Mais expliquez-moi, vous déteniez un pouvoir sur Dassault et sur la presse ?

L’accusé [plus fanfaron que jamais]  : Et comment ! J’ai convoqué Dassault dans mon bureau et je lui ai rappelé que son principal client était l’État français. Il est idiot, mais il a compris.

L’avocat [atterré que l’accusé s’accuse tout seul, lui glisse à l’oreille de se remettre à jouer aux échecs électroniques. Puis, à voix haute]  : Monsieur le Président, mon client ironise. L’information était bien sûr indépendante du gouvernement quand il était ministre.

Le président [à l’accusé]  : Soit. Mais l’excellence de vos rapports avec Jean-Luc Lagardère n’est guère contestable. En octobre 1999, vous mettez sur pied l’accord franco-allemand qui lui offre le contrôle d’EADS pour presque rien. Même Claude Imbert vous en félicite : « Strauss-Kahn, voire le communiste Gayssot ont su faire sagement et discrètement le contraire de ce qu’ils racontent à leurs gogos. »

L’avocat : Les écrits d’Imbert n’ont pas plus de valeur devant cette cour que ceux d’un imbéc… [il hésite]… d’un Laurent Joffrin. [La salle se tord de rire en entendant ce nom. Le climat redevient jovial.]

Le président [qui réprime lui aussi son hilarité]  : Le 19 avril 2007, Arnaud Lagardère, parlant d’EADS, qu’il a presque coulé, estime : « Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn ont fait ce qu’il fallait, dans l’intérêt du pays et de l’entreprise. Sans eux, EADS n’existerait pas. Il ne faudra jamais l’oublier. » Colombani, Lagardère, vous avez décidément beaucoup d’amis dans les médias…

L’avocat : Mon client n’est pas attaché à un clan particulier. Il entretient aussi d’excellentes relations avec les chanteurs rebelles, comme Patrick Bruel, et avec les intellectuels dissidents. Ses rapports avec Le Nouvel Observateur ont été ainsi décrits par un ancien journaliste du titre : « Strauss-Kahn fait partie d’une espèce protégée dite “des amis du journal”. Rien n’est trop bien écrit pour les satisfaire. » Mais mon client est avant tout un homme ordinaire [stupeur et ricanements dans la salle].

Le procureur : Ordinaire ? Dans l’affaire de la MNEF, une mutuelle étudiante alors tenue par ses amis socialistes, il a obtenu 630 000 francs d’honoraires pour une transaction qui pouvait se passer d’intermédiaires. Son palais de Marrakech est l’un des plus luxueux de la ville avec celui de BHL. Souhaitez-vous que je poursuive ?

L’accusé [levant la tête de son jeu d’échecs]  : Guy Bedos a répondu pour moi : « Dominique est un de ceux qui sont le plus à même de renifler la vraie population de ce pays. »

Le président : Venons-en donc à vos rapports avec le peuple. Comment un dirigeant socialiste [rires dans la salle] peut-il estimer que les pauvres sont inaptes à la démocratie. Préféreriez-vous que seuls les journalistes élisent les candidats socialistes ?

Le procureur : En tout cas, moins d’un an après avoir été écrasé par les militants du PS lors des primaires présidentielles, l’accusé a été élu, triomphalement, directeur général du FMI grâce au soutien de M. Bush, de M. Sarkozy et des banquiers du monde… En juin 2003, en pleine bataille contre la réforme Raffarin-Fillon des retraites, il estimait que « le gouvernement s’est attaqué à un dossier très difficile ; il faut lui reconnaître ce mérite ». Mais sa retraite à lui est assurée. Au FMI, il la percevra au bout de trois ans – pas de quarante – et elle sera de 60 000 euros par an. Une misère, certes, mais il va toucher pendant cinq ans 300 000 euros annuels, nets d’impôts…

L’accusé [lassé]  : Je répète ce que j’ai dit sur France Inter le 9 novembre 2004 : « Je fais les courses comme tout le monde. J’en fais comme tous les salariés qui n’ont pas beaucoup le temps pour faire les courses. » Bon, j’aime mettre du caviar sur mes épinards…

Le président : Le 5 février 2006, sur LCI, vous déclarez : « Moi je ne veux pas que mes enfants, que les enfants de M. Beytout soient précarisés. » M. Beytout, qui vous interrogeait, est né à Neuilly, il est directeur du Figaro et héritier d’une très grosse fortune. Le risque de voir ses enfants « précarisés », ou les vôtres, vous angoisse-t-il vraiment ? Et est-ce pour cette raison qu’en janvier 1999 vous avez tenté de réduire fortement la fiscalité des stock-options ?

L’accusé [excédé]  : Comme mon ami Edwy [Plenel], j’entends qu’on sorte des boîtes ! J’ai expliqué dans mon livre La Flamme et la cendre que « la redistribution est près d’avoir atteint ses limites » et que « le socialisme ne peut avoir pour seul objectif de résister ».

Le président : Faites entrer le témoin de la défense. [Bernard Tapie apparaît, bronzé et couvert de bagues, trois montres Rolex à chaque bras.] M. Tapie, en avril dernier vous déclariez : « Le candidat de mon choix était Dominique Strauss-Kahn. C’était le plus expérimenté, le plus compétent, le plus proche de mes idées. » Or vous avez voté Sarkozy dès le premier tour.

Le témoin : Les socialos, je l’ai dit, ont fait « une énorme connerie » en choisissant une tocarde. Mais je reste à gauche, hein  ! J’ai d’ailleurs prévenu que, « l’élection présidentielle étant passée, je défendrai plus Strauss-Kahn que Sarkozy ».

Le procureur : Votre manège est bien étrange.

Le témoin : Pas du tout ! DSK et Nicolas, qu’Anne Sinclair a invité onze fois à « 7 sur 7 », bouffaient déjà ensemble chez Pinault il y a dix ans. Dans Capital de juin 1999, Sarkozy s’est même amusé de la pingrerie de son ami socialiste : « Je l’ai reçu à dîner chez moi plus souvent qu’il ne m’a invité. » Denis Kessler, du Medef, a écrit avec Dominique un bouquin à la gloire des fonds de pension. Kouchner faisait la course avec DSK avant de le retrouver chez Sarko ! On veut tous gagner un maximum d’oseille, c’est ça la démocratie. [Il sort en pétant.]

Le procureur : Le 13 mars 2002, l’accusé déclare dans un débat télévisé : «  C’est normal qu’on fasse l’aller-retour entre le monde de la politique et celui de l’entreprise, et c’est même souhaitable. » Jean-Pierre Raffarin lui répond alors : « Ça, ça va pour Dominique Strauss-Kahn, qui est proche des grands patrons  »….

L’accusé [l’interrompt indigné]  : Je ne suis pas le seul ! Regardez tous mes amis. Mon ancien conseiller Stéphane Boujenah vient de rejoindre la banque d’affaires Crédit suisse First Boston Technology Group. Daniel Cohen est consultant à la banque Lazard. Jean Peyrelevade gère une banque d’affaires et mon voisin de Marrakech, Serge Weinberg, également proche de Fabius, dirige un fonds d’investissements… Cette diabolisation de l’argent est inadmissible !

Le président : La cour voudrait surtout comprendre vos idées. En novembre 2005, vous lancez : « Debout les socialistes, la France a besoin de vous ! Il faut construire une union populaire. » En 2002, vous penchiez pourtant pour la privatisation d’EDF et de GDF. Mais deux ans plus tard, en juin 2004, vous signez avec Éric Besson un article hostile à cette privatisation. Enfin, en 2006, vous proposez que « la chaire de physique nucléaire de l’université Paris VI soit financée par EDF, si EDF trouve que c’est bon pour son image ».

L’accusé : Ministre, j’expliquais déjà en 1999 aux députés socialistes que « Keynes a fait davantage que Rosa Luxemburg pour la classe ouvrière ».

Le procureur : Là, il ne s’agit pas de Keynes, mais de Thatcher ! Et puis, si les sociaux-démocrates allemands n’avaient pas fait assassiner Rosa Luxemburg, elle aurait accompli davantage encore pour les ouvriers allemands…

Le président : Selon le journaliste Philippe Cohen, l’accusé a fait appel à un cabinet de conseil, TD International, fondé par William Green, un ancien de la CIA, pour être élu à la tête du FMI. Étonnant, non ?

L’avocat : Nullement. Les grands électeurs du FMI n’ont pas été choqués par cette marque d’ouverture.

Le verdict est rendu sans tarder. Déclaré « aussi socialiste que François Hollande », l’accusé est acquitté.

Publié par Frédéric Maurin à 08:19am - Voir le commentaire ()
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