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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

30 Novembre 2011

Crise de la dette : un petit dessin qui vaut un long discours

 

 

Ces petits dessins s'accordent à merveille avec l'analyse de ce cabinet de consultants, essentiel :

http://www.pcf-smh.fr/IMG/pdf/la_dette.pdf

Ouvrant leur analyse par une citation de Karl Marx :

« La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. (…) Comme par un coup de baguette magique, elle confère à l’argent improductif un talent procréateur qui le transforme en capital, sans qu’il ait besoin de s’exposer au dérangement et aux risques des investisseurs industriels et même des placements usuraires ». (Marx, Le Capital).

...ils indiquent que ceux (de DSK à Sarkozy?) "qui n’ont pas de mots assez durs pour fustiger la dette n’ont en réalité aucunement l’intention de la supprimer" car pour la « classe des créanciers de l’État », que Marx déjà dénonçait, la dette publique est trop rentable pour disparaître.



Allez donc y voir :

http://www.pcf-smh.fr/Si-la-dette-est-bien-un-probleme.html

Publié par Frédéric Maurin à 00:21am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

29 Novembre 2011

Robespierre, reviens !

C'est une crise de la dette publique qui est à l'origine de la Révolution française.

Autant s'en souvenir...

PÉTITION POUR UN MUSÉE ROBESPIERRE à ARRAS

 

Par le rôle éminent qu’il a joué pendant la Révolution Française où se fondait le devenir de la France dans un monde moderne, Robespierre est unanimement reconnu comme un personnage considérable de notre histoire.

Bien au-delà de nos frontières, le nom d’Arras est associé à celui de son plus illustre citoyen et il est surprenant qu’aucun véritable lieu de mémoire ne lui soit consacré dans sa ville natale. Acquise en 1990 par la municipalité pour en faire un musée Robespierre, la maison qu’habita celui qui gouverna la France Révolutionnaire entre 1793 et 1794, fut remarquablement rénovée par les compagnons du Tour de France. Cette demeure est aujourd'hui affectée au musée du compagnonage.

Les signataires de la pétition demandent instamment que la ville d’Arras restitue à la Maison Robespierre sa légitime vocation afin qu’elle devienne un musée qui aide les Arrageois et les innombrables visiteurs du monde entier à mieux connaître l’histoire de la révolution française et de celui qui en fut, quelque opinion qu’on puisse en avoir, l’homme clé.

Pour signer la pétition, cliquer sur :

http://www.opc-moe.com/robespierre/cousin22.php

Dans le même esprit, une pétition remarquable également sur le site de la Libre Pensée: 

http://www.fnlp.fr/spip.php?article291

J'ignore si elle a abouti...

Depuis plusieurs années, la Mairie de Paris mène une politique active et audacieuse sur la dénomination des lieux publics de la Capitale.

Par définition, cette politique suscite débat.

La dénomination de ces lieux publics (rues, places, voies etc) est diverse, voire hétérogène.

Rappelons ainsi certains noms
- Le général pacifiste et parachutiste Jacques Pâris de la Bollardière
- L’écrivain Romain Gary
- L’émir Abd-el-Kader
- L’espalanade du « 9 novembre 1989 »
- Theodor Herzl, fondateur du sionisme
- Célestin Hennion, préfet de police de Paris sous Clémenceau
- Jean Paul II
- Et bien d’autres...

Pour le moins, certaines de ces dénominations ont suscité controverses. Mais, la Mairie de Paris a décidé de dénommer ainsi ces lieux publics. Elle a donc choisi et tranché, sans rechigner à la polémique.

Nous ne contestons pas les prérogatives d’un Maire, d’une Mairie, d’une Commune, à partir du moment où les choix s’inscrivent dans les valeurs fondamentales de la République :

« Liberté, égalité, fraternité »

et dans le préambule de la Constitution de 1946, repris en 1958 « La France est une république démocratique, laïque et sociale » .

C’est dans le cadre de ces prérogatives et de ces valeurs que les soussignés demandent à la Mairie de Paris de nommer un lieu public « Robespierre ».

Nous ne demandons pas à la Mairie de Paris de partager l’appréciation qui est à la nôtre concernant Maximilien Robespierre.

Pour nous, initiateurs de cette demande, Robespierre eut, entre autres mérites, d’être :
- Celui qui agit pour que la devise « Liberté, Egalité » soit complétée par « Fraternité », devise qui devint celle de la République, jusqu’à nos jours.
- Celui qui combattit pour l’abolition de l’esclavage et l’obtint
- Celui qui, le premier comme responsable politique, se prononça pour l’abolition de la peine de mort
- Celui qui instaura le « maximum » des prix, ce qui dans les temps que nous connaissons, n’est ni une utopie ni un fantasme.
- Celui qui agit pour la Constitution de 1793, première Constitution républicaine de notre pays
- Celui qui entra au Comité de salut public en juillet 1793 pour en sortir à sa mort, la Révolution sauvée.
- Celui qui resta dans le cœur et dans la mémoire des hommes comme « l’Incorruptible », et à ce titre salué par tant de républicains, au nombre desquels nous ne mentionnerons que Jean Jaurès.
- Celui qui fut un des fondateurs de la République.
- Celui qui définit la République comme « une et indivisible ».
- Celui qui se prononça contre la guerre et contre le militarisme.

Répétons-le, ces mérites que nous reconnaissons à Maximilien Robespierre, comme les mérites que nous reconnaissons à d’autres personnages historiques de la Révolution française, également fondateurs de la République et porteurs de ses valeurs, nous ne demandons à personne d’autre qu’à nous mêmes l’honneur de les porter.

Nous demandons, en toute justice, que le nom de Robespierre soit officiellement inscrit dans le patrimoine topographique de la capitale.

 


PB18_UNE_BD.jpg

Publié par Frédéric Maurin à 20:53pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

27 Novembre 2011

Vive la Charte de la Havane !

Un texte de 1946...d'une brûlante actualité, au même titre que le programme du Conseil national de la Résistance.

Source : Mouvement Politique d'éducation populaire M'PEP    http://www.m-pep.org/


Le libre-échange est une croyance fanatique. Ses évangélistes, notamment regroupés au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ont condamné à mort des milliers d’habitants des pays pauvres. Les politiques qu’ils ont imposées ont provoqué, parfois de façon effroyable, l’aggravation des inégalités entre pays et à l’intérieur de chaque pays. Contrairement à ce que prétend la théorie du libre-échange, nulle part l’augmentation du commerce international n’a permis de « tirer » la croissance économique dans chaque pays, pas plus que la suppression des barrières douanières (« libéralisation » dans le langage de l’OMC).

Le libre-échange est une domination monstrueuse et hypocrite des riches des pays riches sur le reste de la planète. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis, aujourd’hui fanatiques du libre-échange, étaient hier protectionnistes. Ce n’est qu’une fois leur position dominante acquise sur le plan industriel qu’ils sont devenus libre-échangistes. Avec le libre-échange, les pays africains, par exemple, n’auront jamais d’agriculture permettant l’autosuffisance et la souveraineté alimentaires, jamais d’industrie pharmaceutique, sidérurgique ou chimique, etc. Lorsque près de 2 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour, l’expansion du commerce n’a aucun sens. Que vont-elles pouvoir acheter de plus ? Seule l’aide publique au développement, et non le commerce libre-échangiste, est susceptible de réduire puis de supprimer cette pauvreté effroyable. De même que la « financiarisation » de l’économie, la « marchandisation » de toute activité humaine au travers du libre-échange ne sert que les ambitions hégémoniques de l’oligarchie des multinationales.

Le libre-échange est un des principaux piliers de l’idéologie néolibérale. La mondialisation néolibérale, à cet égard, peut être définie comme la réorganisation du travail à l’échelle planétaire, afin de redresser les profits et la productivité, grâce à la libre circulation des marchandises, des capitaux, des services et de la main-d’oeuvre. Le libre-échange a été érigé en tabou. Ceux qui le combattent et qui considèrent que la nation a un rôle à jouer sont qualifiés de nationalistes ou souverainistes ; ceux qui considèrent qu’il faut respecter la souveraineté populaire sont accusés de populistes ; ceux qui considèrent que l’Etat doit réguler les marchés sont stigmatisés comme étatistes ; et ceux qui critiquent le libre-échange sont jugés protectionnistes.

Face au libre-échange, les alternatives proposées par les gouvernements ou les organisations sociales (partis politiques, syndicats, associations) ne sont pas à la hauteur. Elles se limitent, au mieux, à réclamer une réforme démocratique de l’Organisation mondiale du commerce. Une telle réforme, bien sûr, si elle advenait, serait un grand pas en avant. Cependant la question principale n’est pas celle du fonctionnement de l’OMC, mais celle du fonctionnement du commerce international lui-même. C’est le libre-échange qu’il faut frapper au cœur. Or, à cet égard, aucune alternative systémique n’est véritablement proposée pour l’instant et mise en débat afin d’irriguer les luttes sociales et les politiques publiques.

Le moment est venu de briser ce tabou. Telle est la raison de l’exhumation du texte de la Charte de La Havane dont le contenu est susceptible de stimuler les esprits les plus aplatis.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un vaste bilan des relations internationales est opéré par les gouvernements victorieux. Les économies européennes sont largement détruites, il faut quasiment tout reconstruire dans plusieurs pays. Les grandes puissances cherchent alors à élaborer des instruments internationaux permettant d’éviter le retour du chaos économique et des guerres commerciales qui avaient caractérisé la décennie de l’avant-guerre. La crise de 1929, en effet, avait entraîné la montée du protectionnisme, l’effondrement du commerce mondial et contribué à précipiter le monde dans la tourmente.

La coopération économique est établie comme l’un des buts et principes de l’ONU, cette dernière reconnaissant les fondements économiques de la paix dans l’article 55 de la Charte des Nations Unies. Déclare-t-on la guerre à ses partenaires commerciaux ? L’ONU s’attelle donc à la reconstruction d’un ordre économique international cohérent. Il fallait créer une institution chargée de maintenir la stabilité monétaire internationale, en prévenant la course aux dévaluations. C’est dans ce but que fut créé le Fonds monétaire international (FMI). A ses côtés, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée Banque mondiale, fut chargée du financement de ce double objectif défini dans son titre. Le troisième pilier devait être une organisation internationale du commerce.

Tout débute en 1946 quand, sous les auspices du Conseil économique et social des Nations unies, est convoquée la Conférence de La Havane en vue d’élaborer la charte constitutive d’une organisation internationale du commerce.

Ce projet très ambitieux, qui vise à la création de cette organisation en tant qu’institution spécialisée de l’ONU, ne verra malheureusement jamais le jour. Même si 53 nations l’ont signée, aucune n’a jamais ratifié la Charte qui est devenue lettre morte après avoir été discrètement retirée à l’étape de son examen par le Sénat américain. C’est donc en dehors du cadre onusien que le système commercial multilatéral va s’organiser.

Le Conseil économique et social des Nations Unies, par une résolution en date du 18 février 1946, décidait de convoquer une « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi en vue de favoriser le développement de la production, des échanges et de la consommation des marchandises ». La Conférence s’est réunie à La Havane (Cuba) du 21 novembre 1947 au 24 mars 1948. Elle a arrêté le texte de la Charte de La Havane « instituant une Organisation internationale du commerce » (OIC), qui a été soumis aux gouvernements représentés à la Conférence.

Elle a donné lieu à trois documents :

  • L’Acte final

  • La Charte de La Havane instituant une Organisation internationale du commerce, et ses annexes

  • Les résolutions adoptées par la Conférence

Sans attendre la fin des négociations, 23 Etats décidaient, en 1947, de détacher le chapitre du projet de Charte relatif aux échanges de produits manufacturés et d’en faire l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT). Accident historique, le GATT restera, jusqu’en 1994, le seul instrument multilatéral régissant le commerce mondial. De 1948 à 1994, ce même terme a également désigné l’organisation internationale provisoire destinée à gérer cet accord.

Le rôle le plus visible du GATT au cours de ses quelques décennies d’existence aura été celui de l’organisation de « cycles » périodiques de négociations en vue d’abaisser les barrières douanières, d’obtenir des « concessions » et de régler d’autres questions commerciales.

Huit cycles ou « rounds » se sont tenus sous l’égide du GATT jusqu’à la création de l’OMC, à la suite de l’Uruguay round, lors de la conférence de Marrakech le 15 avril 1994. Jusqu’au milieu des années soixante, les différends commerciaux entre pays sont peu nombreux. On assiste à une diminution progressive des tarifs douaniers sur les produits industriels (mais sur eux seuls) : ils passent de 40 % au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à 5 % environ à notre époque. Un certain consensus règne alors pour plusieurs raisons : les Etats-Unis dominent le monde et ne se sentent pas menacés par un quelconque concurrent commercial. Le capitalisme (les « Trente Glorieuses ») est alors encadré (ou régulé), les Etats interviennent fortement dans l’économie, la croissance est élevée, le chômage très faible. Les Pays en voie de développement (PVD) obtiennent des concessions, car dans le contexte de la guerre froide, les pays occidentaux veulent éviter leur basculement dans le camp soviétique. Le libre-échangisme est très modéré et il ne touche que peu de secteurs.

L’Uruguay Round (1986-93), convoqué sur une idée de Ronald Reagan, va consacrer la fin du libre-échangisme modéré et consensuel, tandis que le triomphe de l’idéologie néolibérale sera favorisé par l’écroulement des Pays de l’Est. Ce long cycle voit s’affronter les Etats-Unis, la Communauté économique européenne (CEE) et le Japon entre eux, mais va aussi voir monter la pression du groupe des PVD oubliés de la prospérité. L’objectif est de supprimer les mesures protectionnistes non tarifaires (autres que les tarifs douaniers) et étendre les mesures libre-échangistes à toutes les activités.

Cette généralisation de la libéralisation du commerce international ne rendait que plus urgente la recherche d’alternatives. C’est en ce sens que la Charte de La Havane présente autant d’intérêt puisqu’elle envisageait les relations commerciales internationales d’un tout autre point de vue. Sa lecture est un véritable bain de jouvence ! Elle devrait fournir aux militants altermondialistes, aux organisations syndicales et politiques, aux élus et fonctionnaires concernés par ces questions une matière particulièrement riche pour renouveler leurs conceptions du commerce international et du développement. Ils devraient donc lire cette Charte toutes affaires cessantes !

L’Organisation internationale du commerce que voulait créer la Charte de La Havane était partie intégrante de l’ONU

Seule l’ONU donne, ou plus exactement devrait donner au système international sa légitimité. Elle est, ou elle devrait être la pierre angulaire du système des organisations internationales. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale c’est donc logiquement dans le cadre politique et juridique de l’ONU que s’est engagée la réflexion sur l’Organisation internationale du commerce. La Charte de La Havane a été élaborée et négociée dans un comité de l’ONU. Même si l’OIC n’a jamais vu le jour, il faut rappeler que c’est l’ONU qui a convoqué la Conférence de La Havane, a aidé à la préparer, puis a ultérieurement fourni le personnel du premier secrétariat du GATT. Une des revendications de la mouvance altermondialiste, d’ailleurs, est l’intégration de l’OMC dans le cadre onusien.

Dans cette perspective le texte de la Charte de La Havane montre comment le FMI, la BIRD, l’OIC, l’OIT pouvaient collaborer.

La Charte de La Havane est probablement le premier texte international à évoquer le développement

La question des liens entre commerce et développement a été évoquée pour la première fois à la Conférence de La Havane par les pays d’Amérique latine. Plus tard, l’accession à l’indépendance des pays en développement d’Afrique et d’Asie, à la suite de la Conférence de Bandung de 1955, a relancé une dynamique mondiale visant à créer un système commercial international qui favorise le développement économique et social. C’est pour réaliser cet objectif que la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) a été créée en 1964. La Charte de La Havane propose une approche qui se situe aux antipodes des conceptions actuelles du commerce international. Pour elle ce commerce ne peut avoir qu’un seul objet : le développement de chaque pays considéré individuellement, dans un cadre de relations internationales fondées sur la coopération et non sur la concurrence.

La Charte de La Havane ne sépare pas le commerce international et emploi

La Conférence de La Havane a tenté de traiter une question essentielle : l’articulation entre le commerce et l’emploi. C’est pourquoi elle s’intitulait « Conférence internationale sur le commerce et l’emploi ». A l’époque, tout le monde croyait au plein emploi. Aujourd’hui, cet objectif a non seulement été abandonné, mais le chômage est devenu la « variable d’ajustement » de l’économie.

On ne trouvera jamais, d’ailleurs, dans la littérature de l’OMC, l’objectif du plein emploi comme raison du commerce international. L’article 1 de la Charte de La Havane, qui en fixe l’objet, est particulièrement clair : « Atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement. »

On croit rêver !
L’article 2 précise que « les Etats membres reconnaissent qu’il n’est pas uniquement de leur intérêt national de prévenir le chômage et le sous-emploi [...] mais que la prévention du chômage et du sous-emploi est également une condition nécessaire pour [...] le développement des échanges internationaux, et, par conséquent, pour assurer le bien-être de tous les autres pays. »

Ainsi « les Etats membres reconnaissent que, si la prévention du chômage et du sous-emploi dépend, au premier chef, de mesures intérieures, prises individuellement par chaque pays, ces mesures devraient être complétées par une action concertée, entreprise sous les auspices du Conseil économique et social des Nations Unies et avec la collaboration des organisations intergouvernementales qualifiées... »

A quand une réunion sur le plein emploi organisée par l’OMC ?

Un principe fondamental : celui de l’équilibre de la balance des paiements

Ce principe est le plus important de la Charte de La Havane et lui donne sa charpente. Il signifie qu’aucun pays ne doit être en situation structurelle d’excédent ou de déficit de sa balance des paiements. Autrement dit, pour simplifier, dans les échanges commerciaux bilatéraux entre pays, c’est la règle « je t’achète autant que tu m’achètes » qui doit prévaloir.

La balance des paiements retrace l’ensemble des relations entre les agents économiques résidents et les non-résidents (activités sur le territoire national d’une durée inférieure à un an ou agents économiques à l’étranger). Elle mesure l’ensemble des échanges économiques : flux de marchandises, de services et de capitaux.

Pour chaque flux, il y a une opération « réelle » et une opération monétaire. Si j’achète des voitures anglaises, ces voitures (flux réels) entrent en France et des capitaux (flux monétaires) en sortent pour effectuer le paiement. L’importation est inscrite au débit (sortie) de la balance commerciale alors qu’une exportation est inscrite au crédit (entrée). Quand on importe, il y a une baisse des avoirs de réserve (sorties de devises) ; quand on exporte, il y a une augmentation des avoirs de réserve (entrées de devises).

On confond souvent balance des paiements et balance commerciale. La balance commerciale correspond seulement aux flux de biens (la balance des services retraçant les flux de services).

Ce qu’il y a de radicalement nouveau dans la Charte de La Havane par rapport à la situation actuelle, c’est la recherche de l’équilibre de la balance des paiements comme principe général.

Ainsi l’article 3 énonce-t-il que « les Etats membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements d’autres pays. » Autrement dit, la « priorité aux exportations », qui est le mot d’ordre général de tous les pays, et particulièrement de la France depuis l’alignement de 1982-1983 sur les politiques néolibérales, ne saurait être une politique acceptable pour l’OIC. En effet, cette « priorité aux exportations » affiche clairement son ambition : créer chez soi un excédent structurel de la balance des paiements. Comme on n’exporte pas sur la lune et qu’il faut bien que d’autres pays achètent ce qui est exporté, il est créé chez eux un déficit structurel. Une telle situation, par définition, ne peut que déséquilibrer le commerce international et en faire un lieu d’affrontement au lieu d’en faire un outil de coopération..

C’est pourquoi l’article 4 de la Charte de La Havane parle du « rétablissement de l’équilibre interne de la balance des paiements » comme d’un objectif fondamental de l’OIC.

L’article 6 envisage ainsi des « mesures de protection en faveur des Etats membres exposés à une pression inflationniste ou déflationniste extérieure. » Même chose pour l’article 21 qui détaille les « restrictions destinées à protéger la balance des paiements ». Par « restrictions » il faut entendre la méthode des contingents, les licences ou les permis d’importation sans fixation de contingents. Tout Etat membre de l’OIC pourra, par exemple, en vue de sauvegarder sa position financière extérieure et sa balance des paiements, « restreindre le volume ou la valeur des marchandises dont il autorise l’importation ». C’est parfaitement logique : pour rééquilibrer une balance des paiements déficitaire, l’un des moyens principaux est la limitation des importations. Bien entendu ces mesures protectionnistes sont encadrées par la Charte de La Havane et ne sont autorisées que dans les cas suivants :

  • pour s’opposer à la menace imminente d’une « baisse importante de ses réserves monétaires ou pour mettre fin à cette baisse » ;

  • pour augmenter ses réserves monétaires « suivant un taux d’accroissement raisonnable, dans le cas où elles seraient très basses. »

Ces mesures, en outre, doivent faire l’objet d’une gestion collective et solidaire au sein de l’OIC. L’Etat membre qui applique des restrictions « les atténuera progressivement jusqu’à suppression complète, au fur et à mesure que sa position financière extérieure s’améliorera ». Cette disposition n’est d’ailleurs pas interprétée dans la Charte de La Havane comme obligeant un Etat membre concerné à atténuer ou à supprimer ces restrictions si cela devait créer une situation qui justifierait de nouvelles restrictions.

De la même manière la Charte de La Havane indique que ses Etats membres doivent reconnaître mutuellement les politiques nationales qu’ils mènent à propos « de la réalisation et du maintien du plein emploi productif », du « développement des ressources industrielles et des autres ressources économiques », de l’ « élévation des niveaux de productivité ». Chaque Etat doit donc « considérer que la demande de devises étrangères au titre des importations et des autres paiements courants » peut consommer une part importante des ressources d’un autre Etat pour se procurer des devises étrangères « au point d’exercer sur ses réserves monétaires une pression justifiant l’établissement ou le maintien de restrictions ». Dès lors chaque Etat est invité à accepter des mesures protectionnistes venant des pays concernés.

Celles-ci seront le résultat d’une négociation et non d’une décision unilatérale. Dès lors, tout Etat membre qui envisage d’appliquer des restrictions à ses importations devra, avant de les établir (ou si les circonstances ne permettent pas une consultation préalable, immédiatement après les avoir établies), « entrer en consultation avec l’OIC sur la nature des difficultés qu’il éprouve dans sa balance des paiements, sur les autres correctifs qui peuvent s’offrir à lui ainsi que sur la répercussion possible de ces mesures sur l’économie des autres Etats membres. »

Inversement, tout Etat membre qui considère qu’un autre Etat membre applique des restrictions d’une manière incompatible avec ses propres intérêts, « pourra soumettre la question à l’OIC pour discussion. L’Etat membre qui applique ces restrictions participera à la discussion. Si, au vu des faits avancés par l’Etat membre qui a recours à cette procédure, il apparaît à l’OIC que le commerce de cet Etat membre subit un préjudice, elle présentera ses observations aux parties en vue de parvenir à un règlement de l’affaire satisfaisant pour les parties et pour l’Organisation. Si la question ne peut être réglée et si l’Organisation décide que les restrictions sont appliquées d’une manière incompatible, l’Organisation recommandera la suppression ou la modification de ces restrictions. Si les restrictions ne sont pas supprimées ou modifiées dans les soixante jours, conformément à la recommandation de l’Organisation, celle-ci pourra autoriser un ou plusieurs autres Etat membres à suspendre à l’égard de l’Etat membre qui applique les restrictions, tels engagements ou concessions résultant de la présente Charte ou de son application qu’elle spécifiera. »

Contrairement à une idée reçue, des mesures protectionnistes ne sont pas synonymes de relations conflictuelles entre Etats. Ni de créatrices d’une dynamique de repli du commerce international, aboutissant peu à peu à des formes d’autarcie. Le contenu de la Charte de La Havane montre que le protectionnisme ne peut fonctionner qu’à condition d’être universaliste.

Des normes de travail équitables

L’article 7 de la Charte prévoit que « les Etats membres reconnaissent que les mesures relatives à l’emploi doivent pleinement tenir compte des droits qui sont reconnus aux travailleurs par des déclarations, des conventions et des accords intergouvernementaux. Ils reconnaissent que tous les pays ont un intérêt commun à la réalisation et au maintien de normes équitables de travail en rapport avec la productivité de la main-d’oeuvre et, de ce fait, aux conditions de rémunération et de travail meilleures que cette productivité rend possibles. Les Etats membres reconnaissent que l’existence de conditions de travail non équitables, particulièrement dans les secteurs de la production travaillant pour l’exportation, crée des difficultés aux échanges internationaux. En conséquence, chaque Etat membre prendra toutes les mesures appropriées et pratiquement réalisables en vue de faire disparaître ces conditions sur son territoire. »

Cet article prévoit aussi que « les Etats membres qui font également partie de l’Organisation internationale du travail collaboreront avec cette Organisation, afin de mettre cet engagement à exécution » et que l’Organisation internationale du commerce « consultera l’Organisation internationale du travail et collaborera avec elle. »

Nous sommes à des années-lumière des conceptions et pratiques de l’OMC ! Avec cet article, les « maquilladoras » et autres « zones économiques spéciales » dans lesquelles les travailleurs et le plus souvent les travailleuses sont surexploités ne pourraient exister. Le dumping social serait interdit. Au lieu de l’hypocrite « clause sociale » que certains gouvernements - et même des syndicalistes ! - arborent pour masquer leurs renoncements, la Charte de La Havane permettrait de combattre efficacement le dumping social.

La coopération économique remplace la concurrence

Dans son article 10, la Charte de La Havane traite de la coopération en vue du développement économique et de la reconstruction nécessaires de l’après-guerre : « les Etats membres coopéreront entre eux, avec le Conseil économique et social des Nations Unies, avec l’OIT, ainsi qu’avec les autres organisations intergouvernementales compétentes, en vue de faciliter et de favoriser le développement industriel et le développement économique général ainsi que la reconstruction des pays dont l’économie a été dévastée par la guerre. »

Cet article conserve une parfaite actualité et serait valable, plus que jamais, dans la période actuelle. La mondialisation néolibérale, en effet, a ravagé certains pays comme aurait pu le faire une guerre... Il n’est donc pas extravaguant de parler de « reconstruction », même si pour la plupart des pays pauvres il convient de parler de « construction ».

Le contrôle des mouvements de capitaux

L’article 12 a un côté irréel quand on le compare à la réalité actuelle de la globalisation financière. Selon cet article, en effet, un Etat membre de l’OIC a le droit :

  • de prendre toutes mesures appropriées de sauvegarde nécessaires pour assurer que les investissements étrangers « ne serviront pas de base à une ingérence dans ses affaires intérieures ou sa politique nationale » ;

  • de déterminer s’il « autorisera, à l’avenir, les investissements étrangers, et dans quelle mesure et à quelles conditions il les autorisera » ;

  • de prescrire et d’appliquer « des conditions équitables en ce qui concerne la propriété des investissements existants et à venir ». Avec la Charte de La Havane, chaque Etat peut donc contrôler, en toute légalité, certains des mouvements de capitaux ! Qu’il s’agisse d’investissements de portefeuille ou d’investissements directs étrangers, la Charte de La Havane donne les outils juridiques pour s’opposer aux offres publiques d’achats (OPA), fusions et acquisitions transfrontalières ou à la pénétration du capital des entreprises cotées par les fonds de placement américains.

Les aides de l’Etat sont autorisées

Selon la théorie du libre-échange, tous les obstacles au développement du commerce doivent être supprimés. Parmi ces derniers se trouve évidemment l’Etat, notamment par les subventions qu’il peut accorder à l’économie.

Prenant le contre-pied exact de cette théorie, l’article 13 de la Charte précise que « les Etats membres reconnaissent que, pour faciliter l’établissement, le développement ou la reconstruction de certaines branches d’activité industrielle ou agricole, il peut être nécessaire de faire appel à une aide spéciale de l’Etat et que, dans certaines circonstances, l’octroi de cette aide sous la forme de mesures de protection est justifié. »

Là encore nous croyons rêver tellement le formatage des esprits, après plus de vingt ans de néolibéralisme, a fait douter de cette évidence. L’article 14 explique que « tout Etat membre pourra maintenir une mesure de protection non discriminatoire affectant les importations qu’il aura prise en vue de la création, du développement ou de la reconstruction de telle ou telle branche d’activité industrielle ou agricole ».

Prenons un exemple pour illustrer la portée considérable de cet article. Aujourd’hui, les pays africains les plus pauvres ne disposent pas d’une industrie pharmaceutique. Avec le libre-échange, n’ayant aucun avantage compétitif en ce domaine, ils sont voués éternellement à l’importation de médicaments et de matériel médical. Ajoutons que parallèlement le libre-échange de la main d’œuvre se traduit par des départs massifs de médecins africains vers les pays occidentaux ! Avec la Charte de La Havane, ces pays pourraient réduire leurs importations de médicaments, progressivement, au fur et à mesure qu’ils constituent leur propre industrie pharmaceutique...

Des accords préférentiels sont possibles

La plupart du temps, le bilatéralisme tel qu’il se développe aujourd’hui en marge du système de l’OMC va bien plus loin, en matière de libre-échangisme, que les accords de l’OMC. Le bilatéralisme, en tant que principe, n’est cependant pas en cause. Tout dépend de son contenu. La Charte de La Havane prévoyait ce cas de figure, dans un cadre coopératif.

Son article 15 énonce en effet que « les Etats membres reconnaissent que des circonstances spéciales, notamment le besoin de développement économique ou de reconstruction, peuvent justifier la conclusion de nouveaux accords préférentiels entre deux ou plusieurs pays, en considération des programmes de développement économique ou de reconstruction d’un ou de plusieurs d’entre eux. »

Autorisation de subventions

L’affaire des subventions américaines et européennes à leurs exportations agricoles, rendant leurs prix souvent inférieurs aux productions locales des pays pauvres, a suscité une réprobation mondiale justifiée. C’est la raison pour laquelle nombreux sont ceux, particulièrement au sein de la mouvance altermondialiste, qui demandent la suppression de ces subventions. Il ne faudrait toutefois pas considérer que toute subvention à un secteur économique est mauvaise en soi. Dans certaines circonstances de telles subventions sont indispensables. C’est ce qu’explique l’article 18 de la Charte : « les dispositions du présent article n’interdiront pas l’attribution aux seuls producteurs nationaux de subventions, y compris les subventions provenant du produit des taxes ou impositions intérieures [...] et les subventions dans la forme d’achat de produits nationaux par les pouvoirs publics ou pour leur compte. Les Etats membres reconnaissent que le contrôle des prix intérieurs par fixation de maxima [...] peut avoir des effets préjudiciables pour les intérêts des Etats membres qui fournissent des produits importés. En conséquence, les Etats membres qui appliquent de telles mesures prendront en considération les intérêts des Etats membres exportateurs en vue d’éviter ces effets préjudiciables, dans toute la mesure où il sera possible de le faire. »

L’article 25 apporte des précisions : si un Etat membre accorde ou maintient une subvention quelconque, y compris toute forme de protection des revenus ou de soutien des prix, qui a directement ou indirectement pour effet soit de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit, soit de réduire les importations d’un produit sur son territoire ou d’empêcher une augmentation des importations d’un produit, « cet Etat membre fera connaître par écrit à l’OIC la portée et la nature de cette subvention, les effets qu’il en attend sur le volume du ou des produits affectés qu’il importe ou exporte ainsi que les circonstances qui rendent la subvention nécessaire ». Parallèlement, dans tous le cas où un Etat membre estimerait qu’une telle subvention porte ou menace de porter un préjudice sérieux à ses intérêts, des négociations s’ouvriront entre les Etats concernés « pour étudier la possibilité de limiter la subvention. »

En clair, chaque Etat est fondé - et autorisé - à subventionner des secteurs économiques en vue de stabiliser les prix et les revenus des producteurs.

Interdiction du dumping

Le dumping, fiscal ou social, a pour but de « conquérir » des parts de marché en proposant, dans un pays et pour un même produit, des prix plus bas que ceux en vigueur.

L’article 26 de la Charte interdit formellement ce genre de pratique : « aucun Etat membre n’accordera directement ou indirectement de subvention à l’exportation d’un produit quelconque, n’établira ni ne maintiendra d’autre système, lorsque cette subvention ou ce système aurait pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour le produit similaire aux acheteurs du marché intérieur ».

Au moins c’est clair ! Si de telles mesures avaient été appliquées nous n’aurions pas assisté à la disparition presque complète de secteurs économiques comme le textile, la chaussure, l’ameublement...

Des mesures spéciales pour la production cinématographique

L’article 19 traite des « réglementations quantitatives intérieures » sur les films cinématographiques. Afin de permettre une production nationale, il organise un système de « contingents à l’écran » où un temps de projection est réservé aux productions nationales. En voici un extrait : « toute réglementation de cette sorte prendra la forme de contingents à l’écran qui seront gérés conformément aux conditions et prescriptions suivantes : les contingents à l’écran pourront comporter l’obligation de projeter, pour une période déterminée d’au moins un an, des films d’origine nationale pendant une fraction minimum du temps total de projection effectivement utilisé pour la présentation commerciale des films de toute origine ; ces contingents seront fixés d’après le temps annuel de projection de chaque salle ou d’après son équivalent. »

Possibilités de « restrictions quantitatives »

La Charte prévoit déjà la possibilité de « restrictions quantitatives » dans le but d’équilibrer la balance des paiements d’un pays qui en aurait besoin. L’article 20 reprend cette idée, mais pour d’autres raisons que la recherche de l’équilibre de la balance des paiements. Après avoir indiqué qu’il fallait les éliminer, il les définit ainsi : « prohibitions ou restrictions à l’importation d’un produit du territoire d’un autre Etat membre, à l’exportation ou à la vente pour l’exportation d’un produit destiné au territoire d’un autre Etat membre, autres que des droits de douane, des taxes ou autres redevances, que l’application en soit faite au moyen de contingents, de licences d’importation ou d’exportation ou de tout autre procédé ». Un pays peut avoir recours à des restrictions quantitatives dans les circonstances suivantes :

  • pendant la durée nécessaire pour prévenir une « pénurie grave de produits alimentaires ou d’autres produits essentiels pour l’Etat membre exportateur ou pour remédier à cette pénurie » ;

  • concernant les produits de l’agriculture ou des pêcheries, « quand elles sont nécessaires à l’application de mesures gouvernementales ayant effectivement pour résultat : de restreindre la quantité du produit national similaire qui peut être mise en vente ou produite ou, s’il n’y a pas de production nationale substantielle du produit similaire, celle d’un produit national de l’agriculture ou des pêcheries auquel le produit importé peut être directement substitué » ;

  • de résorber un excédent temporaire du produit national similaire ou, s’il n’y a pas de production nationale substantielle du produit similaire, d’un produit national de l’agriculture ou des pêcheries auquel le produit importé peut être directement substitué, « en mettant cet excédent à la disposition de certains groupes de consommateurs du pays, à titre gratuit, ou à des prix inférieurs au cours du marché » ;

  • de restreindre la quantité qui peut être produite de tout produit d’origine animale dont la production dépend directement, en totalité ou pour la majeure partie, du produit importé, « lorsque la production nationale de ce dernier est relativement négligeable ».

En ce qui concerne les restrictions à l’importation, elles sont autorisées si elles frappent « l’importation de produits qui ne peuvent être fournis par la production nationale que pendant une partie de l’année ».

Au total, « tout Etat membre qui se propose d’établir des restrictions à l’importation d’un produit devra, afin d’éviter de porter préjudice sans nécessité aux intérêts des pays exportateurs, en aviser par écrit, aussi longtemps que possible à l’avance, l’OIC et les Etats membres intéressés de façon substantielle à la fourniture de ce produit, avant l’entrée en vigueur des restrictions ».

Autrement dit, les réalités sociales et économiques concrètes peuvent impliquer des séquences de politiques protectionnistes négociées collectivement.

Les produits de base ne sont pas considérés comme des marchandises banales

Pour les militants altermondialistes, les « produits de base » (blé, riz, mil...) ne peuvent être considérés comme des marchandises ordinaires, négociables sur des marchés ordinaires. C’est pourquoi l’article 27 de la Charte de La Havane fait des « produits de base » une catégorie particulière. Il considère qu’un « système destiné à stabiliser soit le prix intérieur d’un produit de base soit la recette brute des producteurs nationaux d’un produit de ce genre, indépendamment des mouvements des prix à l’exportation, qui a parfois pour résultat la vente de ce produit à l’exportation à un prix inférieur au prix comparable demandé pour un produit similaire aux acheteurs du marché intérieur, ne sera pas considéré comme une forme de subvention à l’exportation ».

Il faut également mentionner l’article 28 qui stipule que « tout Etat membre qui accorde, sous une forme quelconque, une subvention ayant directement ou indirectement pour effet de maintenir ou d’accroître ses exportations d’un produit de base, n’administrera pas cette subvention de façon à conserver ou à se procurer une part du commerce mondial de ce produit supérieure à la part équitable qui lui revient. »

Incroyable ! La « conquête » de parts de marché est réprouvée par la Charte de La Havane !

Enfin, conformément aux dispositions de l’article 25, « l’Etat membre qui accorde cette subvention en fera connaître sans retard à l’OIC la portée et la nature, ainsi que les effets qu’il en attend sur le volume de ses exportations du produit et les circonstances qui rendent la subvention nécessaire. L’Etat membre entrera sans retard en consultation avec tout autre Etat membre qui estimera que la subvention porte ou menace de porter un préjudice sérieux à ses intérêts. Si ces consultations n’aboutissent pas à un accord dans un délai raisonnable, l’OIC établira ce qui constitue une part équitable du commerce mondial de ce produit ; l’Etat membre qui accorde la subvention se conformera à cette décision. »

En prenant cette décision « l’OIC tiendra compte de tout facteur qui a pu ou qui peut influer sur le commerce mondial de ce produit ; elle prendra particulièrement en considération les points suivants :

  • la part de l’Etat membre dans le commerce mondial du produit en question « pendant une période représentative antérieure » ;

  • le fait que la part de l’Etat membre dans le commerce mondial de ce produit est si faible que la subvention n’exercera vraisemblablement qu’une « influence négligeable » sur ce commerce ;

  • l’importance que présente le commerce extérieur de ce produit pour l’économie de l’Etat membre qui accorde la subvention et pour celle des Etats membres affectés de façon substantielle par cette subvention ;

  • l’intérêt qu’il y a à faciliter l’accroissement progressif de la production destinée à l’exportation dans les régions qui peuvent approvisionner le marché mondial en ce produit de la façon la plus efficace et la plus économique et par conséquent à limiter les subventions et les autres mesures qui rendent cet accroissement difficile.

Finalement, l’actualité de la Charte de La Havane reste intacte. Sortie de l’oubli, son contenu peut alimenter les débats - ou plutôt les lancer - sur ce qui reste probablement le plus étrange tabou qui frappe les économistes comme les responsables politiques. Dans ce débat, la prochaine étape devra porter sur les initiatives devant être prises par les Etats, individuellement et en petits groupes.

Lisez vite la Charte de La Havane !

Jacques Nikonoff,
le 26 octobre 2006.

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24 Novembre 2011

AAA : Moody's, Standard and Porc : on s'en Fitch ?

Je parlais de Standard and Poor's, je ne t'ai pas sonné sale bête :

Capital

Non ! L'agence de notation FITCH, on s’en fiche pas.

On savait que la France, et singulièrement le Parti Socialiste, a donné au monde les meilleurs :

- DSK au Fmi DSK : pourquoi on n'en veut pas ?

- Pascal Lamy à l'OMC, pour qui ce type de question ne se pose pas : Vous aimez l'échangisme ?

Mais la France a aussi un savoir faire en matière d'agence de notation : l'agence FITCH.

Et il faut s’intéresser de près aux hommes qui composent l’agence de notation FITCH :

Conseil d'administration :

Enlevez les descendants de nobles qui ont échappé à la glorieuse Première République, les affairistes, les ex RPR et pantoufleurs de la gauche "d'ouverture", enlevez les liencieurs et les spéculateurs...il reste quoi ?

Pouvez me répondre ? Il reste quoi ?

C'est quoi une agence de notation ?

Merci à l’Humanité, dans son édition du 31 août 2011, d'avoir remis les choses en perspective :

   

http://www.humanite.fr/social-eco/fitch-l%E2%80%99agence-de-notation-du-president-478494

 

Cette agence franco-américaine, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, comme ses deux autres « sœurs », Standard & Poor’s et Moody’s, est tout sauf indépendante des milieux d’affaires, des multinationales et des décideurs politiques.

Ce 21 avril 2011, tout le monde pense que cela va « saigner ». Les petits actionnaires de Renault ont envahi le Palais des congrès, à Paris, où doit se tenir l’assemblée générale annuelle du groupe. Le ton monte dans les conversations au milieu des travées : pas de doute, ils vont demander des comptes après la vraie déconfiture de l’équipe dirigeante du groupe automobile dans le scandale des faux espions. L’assemblée débute et le directeur financier annonce le versement d’un dividende aux actionnaires après les vaches maigres de 2008 et 2009. Ça calme les esprits. La tribune entend « mater » la salle comme un torero dompte la bête. Carlos Ghosn prend tout de suite après la parole et le taureau par les cornes. Il revient sur « l’affaire », mais seulement pour dire que le constructeur automobile sortira renforcé de l’épreuve. Amen. La salle ne bronche pas. Il a déjà presque gagné les deux oreilles.

La parole est ensuite donnée à Philippe Lagayette, présenté comme le président de la Fondation de France et du comité des comptes et de l’audit de Renault. L’administrateur « indépendant » ne met en cause personne nommément dans son rapport, seule l’organisation est pointée du doigt. Ni vu ni connu, pas de coupable à la tête, ouf ! Un deuxième administrateur « indépendant » prend ensuite la parole. Il s’agit de Marc Ladreit de Lacharrière, qui chez Renault préside le comité des nominations et de la gouvernance. Lui aussi lave plus blanc que blanc. Pas de coupable non plus pour lui à la direction du groupe.

Qui sont donc ces hommes qui donnent le bon dieu sans confession à Carlos Ghosn et son équipe ? Certes, dans les documents de Renault, Ladreit de Lacharrière est d’abord présenté comme un mécène, membre éminent de l’Académie des beaux-arts et le président du conseil d’administration de l’Agence France-Muséums. Il est pourtant, en premier lieu, le patron de Fimalac, le président du conseil d’administration de Fitch Group et de Fitch Ratings. Fitch ? C’est, avec Standard & Poor’s et Moody’s, l’une des trois grandes agences mondiales de notation, les « trois sœurs », qui font la loi sur les marchés financiers, notent des pays comme les États-Unis, la France ou la Grèce, des collectivités territoriales, des villes, mais aussi des multinationales de la banque, de l’industrie et des services, Lehman Brothers, Ford et aussi… Renault. C’est là que le bât blesse.

D’autant que l’autre administrateur « indépendant », qui s’est exprimé à la tribune de l’assemblée générale, Philippe Lagayette, qui par ailleurs exerce la fonction « d’administrateur de référence », autrement dit de « super »-administrateur, conseillant le président du conseil d’administration, et les présidents de tous les comités de direction de Renault, siège également au côté de Marc Ladreit de Lacharrière à la tête de Fimalac, la société qui contrôle à hauteur de 60 % le capital de Fitch.

l’indépendance des agences de notation

La collusion entre les tuteurs de Fitch et la direction de Renault ne s’arrête pas là. Siège au conseil d’administration de Fimalac Thierry Moulonguet, ancien directeur général adjoint de Renault en charge des finances, l’homme présenté comme l’artisan du redressement financier du constructeur japonais Nissan. À coups de serpe.

Comment une agence de notation peut-elle être autant engagée dans la vie d’un groupe ? Toutes les directions des grandes agences de notation clament leur indépendance à l’égard de leurs clients, États et entreprises. L’histoire, surtout la plus récente, permet d’en douter. Comment cela pourrait-il être autrement ? Les agences de notation sont payées par les entreprises et les États qu’elles notent ! Et pas qu’un peu. « Mais c’est notre modèle économique », nous assure une représentante de Fitch pour justifier les pratiques des agences. C’est assurément un « modèle », pas un exemple.

Le quotidien des affaires les Échos soulignait en février dernier une « même tendance » au sein de deux des plus importantes agences de notation, Standard & Poor’s et Moody’s : « le rebond » de leurs « revenus et des bénéfices » après les pertes de chiffre d’affaires de 2009. Un redressement permis, pour une grande part, selon le journal, par les « émissions de dette d’entreprises de catégorie spéculative ». Tout comme les marchés financiers, les agences prospèrent avec la spéculation.

Les « trois sœurs » sont-elles au moins indépendantes des pouvoirs politiques ? Qu’on en juge pour la France. Le 1er janvier 2011, paraît au Journal officiel le décret, signé de Nicolas Sarkozy, élevant à la dignité de grand-croix de l’ordre national de la Légion d’honneur Marc Ladreit de Lacharrière, « président de société, membre de l’Académie des beaux-arts, président du conseil d’administration de France-Muséums », déjà nommé grand officier le 8 septembre 2006.

On ne peut que s’étonner que le président de la République, actuellement président du G8 et du G20, décerne la plus haute distinction de la République au « big boss » d’une des plus puissantes agences de notation, même déguisé en mécène des arts et des lettres. N’a-t-il pas en effet fustigé les agences de notation à nombre d’occasions ? Dès le mois d’avril 2008, il assurait les Français qu’elles n’avaient « pas fait leur travail » lors de la crise des subprimes, des crédits immobiliers aux États-Unis.

comment expliquer ce jeu de dupes ?

Quelques mois plus tard, à l’occasion du discours de Toulon, le 25 septembre 2008, quelques semaines après la chute de la grande banque américaine Lehman Brothers, en plein effondrement des marchés financiers, il pointait du doigt la responsabilité des « trois sœurs » : « On a laissé sans aucun contrôle les agences de notation et les fonds spéculatifs », déclarait-il. « Il va falloir contrôler les agences de notation dont j’insiste sur le fait qu’elles ont été défaillantes », ajoutait-il sur le ton de procureur qu’il affectionne. Le même président sera tout aussi à l’aise pour justifier sa politique d’austérité, sa réforme des retraites en invoquant la nécessité de conserver la note maximum de la France attribuée par… les agences de notation, notamment Fitch.

Comment expliquer ce jeu de dupes ? La droite en France et nombre de dirigeants de grands pays capitalistes ont besoin de dramatiser l’enjeu politique, pourtant très sérieux, de la question des déficits publics. Mais ce dont il s’agit pour eux, comme pour les agences de notation, c’est moins d’obtenir un rééquilibrage des finances publiques que de sauver les marchés financiers. On oublie souvent de préciser que la baisse de la notation d’un pays conduit à diminuer la valeur des titres déjà émis et donc le portefeuille de nombre d’acteurs importants des marchés financiers, les banques, les compagnies d’assurances et les fonds d’investissement, notamment. En vérité, dirigeants politiques ou des milieux d’affaires se tiennent par la barbichette.

Standard & Poor’s  sous surveillance

Depuis la dégradation de la note américaine, l’agence de notation Standard & Poor’s (S & P) est dans le collimateur des autorités américaines. Le gendarme des marchés financiers américain a lancé une enquête sur la façon dont elle a calculé l’endettement américain. Le trésor lui reproche de s’être trompée de deux mille milliards de dollars. Ils cherchent par ailleurs à déterminer quels employés de l’agence étaient au courant de sa décision et son annonce imminente, afin d’établir un possible délit d’initiés, a expliqué le Wall Street Journal. Des rumeurs sur la dégradation de la dette américaine ont couru sur les marchés, quelques heures avant la clôture et l’annonce publique. Autre enquête, cette fois, sur son rôle dans la crise des subprimes où elle est soupçonnée d’avoir surnoté des produits hypothécaires qu’elle avait elle-même contribué à fabriquer avec des banques d’affaires, des banques qu’elle aurait tarder à dégrader.

Pierre Ivorra

Publié par Frédéric Maurin à 20:25pm - Voir le commentaire ()
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15 Novembre 2011

Audit de la dette: la force du rapport ou le rapport de force ?

 

Sérieusement, vous voulez négocier quoi, auditer quoi, avec lui ?

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Bon, je m'explique.

Vous avez signé et fait signer comme moi cet appel Pour un audit citoyen de la dette publique

Or, la revue A contre courant ( http://www.acontrecourant.org/), signalée dans La presse libre étranglée livre ci-dessous une analyse critique de la démarche...

L’audit : un compromis « citoyen »entre bourgeoisie éclairée et encadrement


Cet été, la crise financière a connu une nouvelle aggravation : dégringolade prolongée des valeurs boursières, dégradation de la note américaine, multiplication des plans gouvernementaux européens et américain pour tenter de « calmer les marchés ».

Nous ne reviendrons pas sur les causes de cette crise qui est le résultat d’enchaînements de décisions politiques et économiques qui n’ont rien d’inéluctables.
Dans ce texte, nous aimerions présenter quelques remarques que suscite une solution à la crise de plus en plus fréquemment mise en avant par différentes organisations et proposer ainsi quelques pistes de réflexion et de discussion.

Puisque la phase actuelle de la crise est exacerbée principalement par le surendettement des Etats, une solution serait donc de « mettre en place des
audits avec participation citoyenne qui devront déterminer la part illégitime de ces dettes, celle qui doit être annulée sans conditions. ».

Nous devons au CADTM(1) d’avoir été depuis plus de vingt ans sur le front de la lutte pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde, d’avoir étudié très précisément les conditions de concrétisation de ces audits et d’avoir participé, directement ou par l’intermédiaire de leur réseau, à certains d’entre eux (Equateur, Brésil, Argentine).

Deux questions se posent.

La première est de comprendre quelles seront les conséquences
de la mise en place d’audits, dont le caractère juridique est immanquablement prégnant, sur la capacité de mobilisation contre les attaques des capitalistes.

A quelles conditions de tels audits seront-ils des coins enfoncés dans le système capitaliste jusqu’à le faire éclater, à quelles conditions ne deviendront-ils pas des drains qui permettront le nettoyage d’une plaie purulente et la prolongation du système ?

Privilégier l’aspect juridique de la lutte a probablement sa raison d’être :
pallier à l’insuffisance de la mobilisation de masse, indispensable pour une résolution politique de la crise, face à la précipitation des événements financiers et économiques.

Pour autant, cet instrument sophistiqué pourra-t-il être approprié par les classes populaires, et non accaparé par une nouvelle couche d’experts, même de bonne volonté ?

L’idiotisme juridique exclut des groupes sociaux qui s’auto-excluent en retour, ne maîtrisant pas ces subtilités.


La deuxième question est de comprendre ce que représentent différents concepts que l’on manipule, pour éviter les confusions dans les fonctions et les rôles que jouent les uns et les autres : gouvernements et Etats d’un côté, citoyens et population de l’autre.Cela pourrait (peut-être) éviter de bâtir des théories sur des illusions ou des chimères.

Quel audit ? Aspect juridique de la lutte des classes…

Revenons à la première question.

Comment l’audit est-il mis en oeuvre ?

Nous n’insisterons pas sur les modalités techniques de la mise en place des audits, très détaillées dans le document (96 pages) du CADTM : Manuel pour les audits de la dette du Tiers-monde. Ce sont les organes législatifs (Parlements, Congrès),exécutifs (gouvernements) ou judiciaires (à la suite d’une plainte) qui en ont l’initiative et qui en contrôlent le déroulement. Même si, précise ce document, « ces audits doivent être soutenus par une large mobilisation populaire », même si « ils sont aussi, et peut-être surtout, un enjeu de mobilisation citoyenne permettant dʼavoir prise sur le présent », même si « c’est un puissant moyen pour les citoyens de recouvrer quelque pouvoir sur la marche de l’État », les audits restent aux mains des experts, des juristes, des comptables et des parlementaires.
« Ils peuvent être accompagnés ou précédés d’un audit citoyen, impulsé par des
mouvements sociaux ou des citoyens épris de justice, souvent grâce à des relais au sein de l'État »indique ce même Manuel.


1 Les documents du CADTM sur lesquels nous nous appuyons ici sont publiés sur le site du CADTM : Grèce, Irlande et Portugal : pourquoi les accords conclus avec la Troïka sont odieux ? cosigné par Renaud Vivien et Eric Toussaint, en date
du 9 Août 2011 et Menons l’enquête sur la dette, Manuel pour les audits de la dette du Tiers Monde, cosigné par plusieurs organisations dont le CADTM, en date d’Octobre 2006 ; Huit propositions urgentes pour une autre Europe reprises dans la revue A Contre-Courant (n°225, juillet 2011) ; et les chapitres 20 et 21 du livre du CADTM La dette ou la vie (Aden-CADTM, 2011).


En lisant ce document, on est frappé par le fait que les dits citoyens (nous reviendrons plus loin sur ce terme) accompagnent l’audit « officiel », essentiellement par le truchement de mouvements sociaux. Les citoyens ne sont pas les principaux acteurs de ce processus.
Non seulement l’audit implique un renforcement de l’Etat, puisqu’il s’agit d’utiliser l’Etat (par l’intermédiaire de ces organes) pour rationnaliser une activité économique qui, laissée à elle-même, détruit ses bases sociales, mais c’est aussi un projet politique propre à « la classe de l’encadrement ».
Nous reprenons ici la définition proposée par Alain Bihr en 2005 (Praxis, novembre 2005).

L’encadrement capitaliste est constitué des « couches moyennes salariées ».
Il peut se définir comme « l'ensemble des agents subalternes de la reproduction du capital, ou encore comme l'ensemble des agents dominés de la domination capitaliste.
Ce qui signifie que dans la division sociale du travail, elles remplissent des fonctions d'encadrement : ce sont elles qui conçoivent, contrôlent, inculquent, légitiment les différents rapports de domination par l'intermédiaire desquels se reproduit le capital. Et ce aussi bien dans les appareils d'Etat et dans la société civile que dans les entreprises. […] Ce travail d'encadrement implique tout à la fois un savoir et un savoir-faire marqués du sceau du travail intellectuel par
opposition au travail manuel. […] »
Dans le processus de l’audit, deux puissances sociales sont évoquées :


- La fraction financière des différentes bourgeoisies nationales, aussi désignée sous le vocable de « marchés ». Elles possèdent, par l’intermédiaire des institutions financières internationales et des dettes publiques, une capacité de s’approprier une large part de la richesse sociale qu’elles ne produisent pas.

- Les appareils d’Etat dont la classe de l’encadrement constitue une part importante. Cette dernière est aux premières loges pour comprendre et participer à des audits qui se dérouleront à l’échelle nationale mais concerneront aussi les dettes des collectivités locales où les représentants de cette classe sont prédominants. Les autres groupes sociaux ne sont pas évoqués. Les classes dites populaires sont spectatrices, au mieux accompagnatrices. Se reconnaitront-elles dans un processus juridique d’opposition aux politiques d’austérité ? Leurs lieux de lutte traditionnels, là où elles ont un moyen de pression efficace, ce sont les lieux de production, source de la richesse sociale, pas les prétoires.

Dalloz contre Davos ? !

La mise en place et le fonctionnement de l’audit nécessite une connaissance fiscale, comptable et juridique qui exclut la quasi-totalité des classes populaires(2).

Si on peut s’appuyer sur certains textes pour plaider en faveur de l’annulation des dettes publiques, d’autres textes de loi légalisent l’existence de ces mêmes dettes. On en arrive à une bataille de juristes, champ d’affrontement et de jeu des différentes fractions de la classe de l’encadrement et d’une partie de la bourgeoisie. Ce sera à qui proposera l’annulation, la répudiation, l’abolition, le réaménagement, le rééchelonnement ou la restructuration de telle ou telle dette. Ce sera à qui s’appuiera sur la Charte des Nations Unies (3), sur la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, sur des Pactes Internationaux, voire sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 pour justifier tel ou tel argument.

S’en prendre à la dette publique des Etats centraux, c’est s’en prendre à un des points vitaux de la stratégie d’accumulation du capital. La classe capitaliste ne laissera pas anéantir ses intérêts primordiaux sans réactions violentes. L’Histoire en donne maints exemples. Penser qu’on va l’affronter avec les Codes Dalloz (4) en main, c’est ignorer les armes de l’adversaire.

(2) Cela tient à un fait sociologique analysé par Pierre Bourdieu sous le nom d’« habitus de classe ». On peut le définir comme une disposition pour percevoir, classer et apprécier, produite par les conditions sociales d’existence. Dans un
domaine particulier, cette disposition est liée à la forme intériorisée des chances de détenir du pouvoir pour influer sur ce qui est en jeu : ici, des instruments juridiques. Pour une approche plus détaillée de ces concepts, voir Alain Accordo,
Introduction à une sociologie critique, lire Pierre Bourdieu, Agone, 2006.

(3) Les Etats membres des Nations Unies doivent adhérer à cette Charte, ayant force de loi internationale, qui préconise
entre autres : « le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et des conditions de progrès… ». N’allons pas plus loin
dans la dissonance cognitive : tous les Etats signataires bafouent en permanence leurs engagements.
(4) Du nom d’une maison d’édition spécialisée dans la publication des textes juridiques.

S’il s’agit de « rompre avec la domination du grand capital », comme l’écrivait le CADTM dans son tract publié en Juillet 2010, (La dette, une manne pour les créanciers, un drame pour les peuples), on peut se poser la question de savoir si l’audit est un bon instrument pour s’engager dans cette voie. En d’autres termes, si on privilégie le caractère contractuel et juridique dans les négociations sur l’annulation des dettes publiques, utiliserons-nous les mêmes moyens légalistes
quand il faudra exproprier les biens et les valeurs du capital, rompre avec lui ?

Y a-t-il des dettes légitimes ?

C’est cette distinction présupposée (une partie de la dette pourrait être légitime et il faudrait donc accepter de la rembourser) qui amène logiquement le CADTM (avec d’autres organisations) à recommander la réalisation d’un audit de la dette publique effectué sous contrôle citoyen afin de « déterminer la part illégitime de ces dettes ». Et quand bien même y aurait-il des dettes déclarées
légitimes par cette commission d’audit, elles sont déjà remboursées plusieurs fois, intérêts et capital.
Dans la société capitaliste, les dettes publiques sont un artefact politique.

D’autres politiques fiscales, d’autres choix budgétaires auraient pu éviter le gonflement des dettes publiques. Toutes les dettes publiques, illégitimes par définition puisque contractées dans le cadre capitaliste sciemment
au profit de la classe dominante, doivent être annulées.

Le CADTM déclare : « Une partie importante de la dette publique des Etats de l’Union Européenne est illégitime car elle résulte d’une politique délibérée de gouvernements qui ont décidé de privilégier systématiquement une classe sociale, la classe capitaliste, et d’autres couches favorisées, au détriment du reste de la société. » (ACC, n° 225, p. 12)

La fonction même des gouvernements capitalistes est d’appliquer cette politique délibérée dans tous les domaines. Il n’y a pas seulement une partie importante de la dette publique qui est illégitime. C’est toute dette publique qui est de fait illégitime. C’est toute dette publique, et même tout processus d’endettement, qui doit être aboli.

Les Conseils populaires contre la dette publique : renverser le sens
de la dette


Si vraiment le fait qu’il n’y ait aucune dette publique légitime tarabuste certaines bonnes consciences, on peut réfléchir à la mise en place d’un audit inversé : toutes les dettes publiques sont déclarées nulles parce qu’illégitimes, par des Conseils populaires contre la dette publique. Les créditeurs devront présenter tous les documents prouvant que la dette dont ils réclament le remboursement est bien légitime et en convaincre même les participants les plus incompétents en matière fiscale, comptable et juridique. Le sens de la dette et donc le sens du pouvoir en sera concrètement inversé : ce ne sont plus les débiteurs qui devront rechercher, négocier voire mendier les documents nécessaires par l’intermédiaire d’avocats ou de parlementaires « épris de justice », ce sont les créditeurs qui viendront d’eux-mêmes soumettre à examen ces documents. Ce n’est que dans ce cas que ces Conseils populaires à l’échelle locale, nationale et internationale pourront devenir des instruments de mobilisation et d’éducation populaire, à l’instar des Comités contre le Traité constitutionnel européen en 2005.
Il nous semble que la création de tels Conseils populaires contre la dette publique, dont les objectifs déborderaient vite la simple remise en cause du paiement des dettes publiques au cours de la lutte, pourrait être un outil pour amorcer la mobilisation dès maintenant.

Et si l’Etat (ou le gouvernement) était un Etat (ou un gouvernement)… capitaliste ?
Nous n’entrerons pas dans les détails de la question soulevée ici, mais ces termes sont si souvent utilisés dans les textes cités qu’il est utile de l’évoquer.
Nous renvoyons par exemple à la définition qu’en donne Alain Bihr dans son ouvrage La novlangue néolibérale, (Page 2, 2007). Il nous semble suffisant pour susciter une réflexion de prendre quelques exemples.
Si nous sommes d’accord qu’en ce début du XXIème siècle, dans les pays du Nord (au moins), les Etats (et donc les gouvernements qui se succèdent) peuvent tous être qualifiées de capitalistes, alors la lecture de certaines citations laissent dubitatifs.
En effet, lire, dans l’article déjà cité de juillet 2011 : « Devant une telle situation, les gouvernements, s’ils veulent respecter l’intérêt de la population, ont intérêt à rompre les accords avec la Troïka, suspendre immédiatement le remboursement de leur dette (avec gel des intérêts) et mettre en place des audits avec participation citoyenne » peut laisser planer quelques illusions sur la neutralité et la fonction des gouvernements.

Illusions qui tombent aussitôt que l’on place à côté de gouvernements l’adjectif indispensable de capitalistes. Cela donne : « les gouvernements capitalistes, s’ils veulent respecter l’intérêt de la population… ». On se trouve face à un oxymore,
une impossibilité conceptuelle qu’il n’est pas besoin de démontrer : un gouvernement capitaliste a-t'il eu dans le passé, a-t-il dans le présent, une quelconque volonté de respecter l’intérêt de la population ?

L’Etat, capitaliste, n’est-il pas de fait au service de la bourgeoisie ?
Deuxième exemple, tiré du livre La dette ou la vie (p. 284) : « Le droit international offre aux gouvernements qui en ont la volonté de solides arguments pour sortir du piège de la dette et des politiques antisociales d’inspiration néolibérales, que nous désignerons par « rigueur » ou « austérité ». »

Outre qu’on peut s’interroger sur le rôle joué par le droit international dans la légitimation du capitalisme, il devient difficile de lire cette même assertion en ajoutant capitalistes après gouvernements : « Le droit international offre aux gouvernements capitalistes qui en ont la volonté de solides arguments pour sortir du piège de la dette ». On relève ici encore un oxymore qui fourvoie la réflexion et mène à une impasse.
Admettre que les Etats ont soutenu à bout de bras les banques sans conditions et permis à la spéculation de reprendre vigueur en augmentant l’endettement public et, en même temps, croire et faire croire que ces mêmes Etats vont diminuer cet endettement au détriment des institutions financières qu’ils ont précédemment aidées, c’est induire une terrible illusion sur les fonctions de l’Etat. Laisser supposer qu’un gouvernement pourrait avoir cette volonté est d’autant
plus insidieux que la solution alors envisageable serait d’élire ce « bon gouvernement » pour sortir du piège (5).


Ces citoyens dont tout le monde parle


Nous trouvons indifféremment les termes : citoyens, population, peuple, pour désigner des ensembles sociaux qui ont des intérêts divergents, voire opposés. A l’intérieur de ces ensembles, les inégalités de salaires, directs et indirects, de revenus et de rentes anéantissent toute cohérence donc toute solidarité effective. De même, nommer un pays, « la Grèce est endettée… », crée un amalgame qui évite de parler de l’affrontement entre les classes sociales antagonistes. Ces termes sont des mots-écrans qui occultent la réalité des sociétés capitalistes divisées en classes sociales.

Pourtant, les analystes conviennent que les classes « populaires » sont particulièrement mises à contribution pour payer la dette publique… au bénéfice des classes « privilégiées ». Cette approche est à conserver pour formuler la stratégie politique et les instruments à mettre en oeuvre.


Reprenons le combat…


… là où les mouvements sociaux achoppent actuellement. En France, cela veut dire réfléchir sur les obstacles que le mouvement de l’automne 2010 n’a pu surmonter et considérer la période électoraliste qui s’ouvre comme une impasse. Pour reprendre le combat là où il s’arrête actuellement, on ne fera pas l’économie de la reconstruction, à l’échelle européenne et internationale, d’une autonomie de la lutte dans la sphère économique de production et de circulation. Les Conseils populaires contre la dette publique peuvent être un instrument manié par
les classes « populaires ». On ne peut rompre avec la domination du grand capital en négociant avec ses représentants. Ferrailler droit contre droit pour l’annulation de la dette publique ne peut servir les intérêts des classes exploitées que si les rapports de force sont renversées : « Entre deux droits égaux, qui décide ? La force (6). »


5 Mais cela reste cohérent avec le projet politique de l’encadrement qu’Alain Bihr résume ainsi : « se libérer du capitalisme
par l’Etat en libérant l’Etat du capitalisme » (Praxis novembre 2005 @ le-militant.org).
6 K. Marx, Le Capital, Livre I, chapitre X : La journée de travail, p. 339, Folio Gallimard

Publié par Frédéric Maurin à 21:23pm - Voir le commentaire ()
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14 Novembre 2011

Le Parti Socialiste en pointe sur le logement social

Synthèse du communiqué suivant :

Certains membres parisiens du Parti dit Socialiste n'aime pas le logement social à 1500 €/ mois...ils préfèrent le prix du marché, libre et non faussé, évidemment beaucoup plus cher.

Et pour le faire savoir, ils utilisent les sévices du Figaro et de l'Express.

Etonnant, non ?

On les remercie, et on ne les remerciera jamais assez, pour leur contribution à la liberté d'informer.

N'oubliez jamais !


 (Message personnel: la vocation des baudruches, qu'elles soient financières (bulle immobilière) ou médiatiques (DSK, puis Hollande), c'est soit de se dégonfler, soit d'éclater.Fin de communiqué)

Source : www.chevenement.fr/

Quatre jours après l’annonce de ma candidature, la majorité du Conseil de Paris dont on sait à quelle mouvance politique elle se rattache, vient d’inventer un nouvel « extincteur du débat public ». Après la menace aussitôt agitée d’un nouveau 21 avril, voici que M. Aidenbaum, maire PS du 3ème arrondissement de Paris et président de la RIVP dont je suis locataire depuis 1983, ne recule pas devant la relance d’une campagne de boules puantes, d’ailleurs passablement éventées. Il distille des insinuations mensongères dans la presse (L’Express, le Figaro) pour chercher à entacher ma réputation d’intégrité.

Selon lui, j’occuperais un « logement social ». Il joue sur les mots. J’occupe un logement à loyer libre dont le bailleur, c'est-à-dire lui-même, fixe le loyer. Je ne connais pas la famille modeste qui accepterait d’acquitter un loyer mensuel de 1541 € sans les charges, et qui sera porté à 1946€ dans 3 ans. Pour autant, ce logement n’a rien de luxueux comme l’avance l’Agence Reuters : il s’agit d’un ILN (Immeuble à Loyer Normal, au 3ème étage sans ascenseur).

M. Aidenbaum feint de s’offusquer de l’écart entre le loyer d’un appartement que j’occupe depuis 28 ans et celui que devrait supporter un primo accédant, indexé sur une spéculation qui, à Paris, est galopante. Si tous les locataires parisiens devaient acquitter le prix de la spéculation, baptisé par M. Aidenbaum « prix du marché », la révolte serait générale.


Ma situation est parfaitement légale, comme elle l’a d’ailleurs toujours été. Qu’est-ce qui autorise M. Aidenbaum et ses commanditaires à s’ériger en autorités pseudo morales ? Le fait que je sois parlementaire ? Je leur suggère de laisser l’antiparlementarisme à l’extrême droite. Ils détournent leurs fonctions pour mener une campagne de pure et simple délation d’un de leurs 13 000 locataires à loyer libre, bien entendu choisi au hasard, à un moment qui ne doit rien à l’actualité politique.

Sentant la faiblesse de sa position, M. Aidenbaum prétend que je touche une retraite de ministre, ignorant que les ministres ne bénéficient d’aucune retraite. Il est vrai que j’aurais pu me contenter de percevoir une retraite de député qui atteindrait, compte tenu de mes annuités de cotisations (j’ai été élu député de 1973 à 2002), le montant de l’indemnité parlementaire que je perçois aujourd’hui comme sénateur. Je précise pour le lecteur, qu’elles ne sont pas cumulables.

Eh oui ! je travaille « gratis pro Deo », oh plutôt, « gratis pro Patria ». Que le ridicule de cette campagne retombe donc sur la tête de M. Aidenbaum et de ses commanditaires ! Faut-il qu’ils n’aient rien d’autre à se mettre sous la dent pour entonner à leur tour le triste refrain du « tous pourris » ?

Publié par Frédéric Maurin à 18:20pm - Voir le commentaire ()
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12 Novembre 2011

La presse libre étranglée

...étranglée par La Poste ! Vous y croyez vous ? 

S'Il faut sauver Fakir ! ,il ne faut pas oublier A Contre Courant.

On peut ne pas connaître, ou ne pas aimer, A Contre Courant.

Cette trop modeste revue (1400 abonnés, abonnement à partir 10 euros annuel) décrypte l'actualité d'un point de vue marxiste et autogestionnaire.

Pour faire court, ACC ce n'est donc ni du Jean-Pierre Pernaud ni du Alain Minc et les marchands d'armes, comme les publicitaires, ne se pressent évidemment pas à leur porte.

Or, A Contre Courant  est menacé de disparition au 31 décembre 2011 du fait de nouvelles règles imposées par La Poste.

La revue s'en explique largement ici :

http://www.acontrecourant.org/wp-content/uploads/2011/10/acc228pic-presse.pdf

et dans le courriel ci-dessous. Faites donc circuler ces liens : 

www.acontrecourant.org ou www.acontrecourant.info

Et que vive la presse libre !

----- Original Message -----
Subject: A Contre Courant menacé de disparition au 31 décembre 2011

 

De quoi La Poste est-elle le nom ?

Ou de l’art de l’étranglement de presse

 

 

 

On le sait de longue date, la liberté d'expression est un acquis fragile, sans cesse menacé, et de bien diverses manières.

Ainsi, à l'instigation des néolibéraux et de ceux qui veulent la privatiser, La Poste a mis en place des obstacles matériels et financiers de plus en plus élevés pour ne plus avoir à distribuer au tarif presse les petits journaux de la presse libre, dont « À Contre Courant » est l’un des exemples. Dans l'incapacité de satisfaire aux contraintes de routage et de coût imposées par La Poste et le gouvernement, des milliers de revues ont été asphyxiées ces dernières années. L'espace démocratique qu'elles préservent se réduit comme peau de chagrin.

 

« À Contre Courant » est aujourd’hui menacé de disparaître au 31 décembre 2011.   

 

« À Contre Courant » est une revue mensuelle qui paraît depuis 23 ans. Inscrite à la CPPAP (commission paritaire des publications et agences de presse), elle envoie chaque numéro à près de 1400 exemplaires au tarif presse. Outre des difficultés liées aux exigences toujours plus grandes de La Poste en matière de coût, de prétri et de présentation des envois, la revue est aujourd’hui confrontée à un véritable ultimatum de la part des responsables de la plateforme industrielle du courrier (PIC) de Mulhouse, dont elle dépend pour ses expéditions. Il lui est en effet demandé de placer impérativement ses exemplaires sous enveloppe ou sous film plastique à partir du 1er janvier 2012. À défaut de quoi, elle ne bénéficierait plus du tarif préférentiel de presse qui, même s’il augmente dangereusement depuis des années, demeure en deçà du tarif lent ordinaire. Une « tolérance » lui est obligeamment accordée jusqu'à l’échéance, pour continuer à effectuer les envois sous bande (en l’occurrence un pli vertical serti par une étiquette qui sert également à l’adressage), modalités postales de vigueur depuis toujours.

 

Il s'agit là d’une contrainte odieuse pour au moins deux raisons :

 

La première est de principe: mettre sous enveloppe constituerait un gaspillage de papier préjudiciable à l'environnement, en contradiction avec notre sensibilité, et les propres intentions affichées de La Poste. Une mise sous plastique serait encore plus préjudiciable de ce point de vue.

 

La seconde est liée au coût de mise en oeuvre de la mesure. Outre l’insupportable  surcoût financier qu’elle induirait (il faudrait en passer par un prestataire de routage), elle épuiserait encore davantage l’énergie militante de la petite équipe qui porte la revue à bout de bras depuis ses origines, et accomplit la totalité des tâches de conception, depuis l’impression et la reliure jusqu’à la mise en distribution.

Ceci reviendrait à signer la disparition du titre, tout au moins dans sa version papier.

 

Une mesure générale ?

 

Pour autant que nous le sachions, cette initiative concerne au moins 7 ou 8 journaux édités dans le Haut-Rhin (et peut-être d’autres en région Alsace), de l'aveu même d'un agent de la PIC chargé de son application dans le département. Les menaces qui pèsent sur la revue sont elles-mêmes à resituer dans le contexte de libéralisation/privatisation tous azimuts mis en œuvre par tous les gouvernements successifs depuis plus de vingt ans. La phase « finale » de ce processus est décrite en détail dans le « Protocole d'accord État - Presse- La Poste » du 23 juillet 2008.

 

Des objectifs communs

 

Si les nouvelles mesures menacent la survie ou tout au moins le fonctionnement dans de bonnes conditions de ces revues militantes, et donc de manière plus générale la liberté d'expression, elles sont aussi directement préjudiciables aux intérêts du personnel du centre de tri : la mise sous pli papier ou sous plastique permettrait une automatisation des tâches encore plus poussée, entraînant probablement une réduction des emplois, tout en éloignant encore l’opérateur public de l’un de ses rôles les plus précieux depuis l’après-guerre : garantir et faciliter la circulation des idées.

 

 

AGIR DES MAINTENANT

   

 

Vous pouvez nous aider de plusieurs façons :

 

En appelant quelques uns des contacts spécialisés du groupe La Poste que nous mettons à votre disposition dans les 2 pages spéciales du n°228 que nous consacrons à cette histoire (en version PDF) : http://www.acontrecourant.org/wp-content/uploads/2011/10/acc228pic-presse.pdf 

 

En réclamant auprès du médiateur du groupe La Poste à partir de cette adresse : http://www.laposte.fr/mediateurdugroupe/  

 

En contactant le collectif de soutien qui se structure dans le département du Haut-Rhin (car d’autres revues sont pareillement concernées), auprès notamment des syndicats SUD PTT et CGT PTT.

 

En vous abonnant à la revue, en ligne par Paypal (colonne droite du site), ou par retour de courrier à : A Contre Courant BP 12123 68060 Mulhouse cedex

 

En nous faisant un don via Paypal (colonne droite du site) ou par retour de courrier à cette adresse : A Contre Courant BP 12123 68060 Mulhouse cedex 2.

 

 

Merci par avance pour votre soutien.  

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 20:07pm - Voir le commentaire ()
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6 Novembre 2011

Vous aimez l'échangisme ?

Désolé pour le titre, c'était juste pour l'audience...

Car l'enjeu est de taille : il s'agit de signaler une mine d'or sur LA question réellement taboue : le libre-échangisme intégral imposé comme horizon du grand mouvement de privatisation-déreglementation sous l'égide des OMC, Union Européenne, FMi sauce DSK ou Lagarde, et autres MEDEF de tous pays.

C'est d'abord un site qui va vous prendre des heures :

 

http://manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/

 

Mais c'est aussi une association qui se présente ainsi :

Nous sommes un groupe d’universitaires et d’économistes persuadés que l’un des enjeux essentiels de la campagne présidentielle de 2012 concerne la place et la stratégie de la France par rapport à  la mondialisation.

Regroupés au sein de l’Association Pour un Débat sur le Libre-échange, nous avons financé et commandé à l’IFOP un sondage d’opinion détaillé  qui montre que les Français ont massivement pris conscience des dégâts de la mondialisation sur leur niveau de vie, et qu’ils demandent à en être protégés.

Le point de vue partagé par les membres de notre association est que sans un protectionnisme raisonnable, l’économie française ne peut pas retrouver le chemin de la croissance.

Ce sujet n’a pas encore pris la place qu’il mérite dans le débat démocratique. Notre association a pour vocation de le porter  le plus loin possible dans le débat qui s’ouvre en vue de la prochaine élection présidentielle, car nous pensons que la démocratie ne peut se faire sans, ni contre les électeurs.

Si certains de nos membres sont ouvertement engagés politiquement, l’association ne soutient aucun candidat en particulier.

Ce site, encore en construction,  regroupe un grand nombre de points de vue pour et contre, lapidaires ou nuancés, pour aider ses lecteurs à se faire leur propre idée et à participer à ce débat citoyen.

Les membres fondateurs de l’association

Emmanuel ToddJacques SapirJean-Luc GréauHervé Juvin, Pierre Noël Giraud, Philippe Murer, Jean-Claude WerrebrouckJulien Landfried, Aurélien Bernier, Bernard Conte, Bernard Gerbier, Bernard Cassen, Aquillino Morelle, Frédéric Viale, Jean-Luc Schaffhauser, Hakim el Karoui, Gérard Lafay, David Cayla

 

Maintenant que les présentations sont faites, voici par exemple une des bonnes feuilles lues ce jour sur ce site. Mais elles tombent tous les jours, et pas seulement en automne. Et, vous le savez, l'information c'est comme la monnaie : elle n'a de valeur que si elle circule.

Alors...on y va, on échange :

http://manifestepourundebatsurlelibreechange.eu/

Quatre repères d’intérêt vital pour la France et la République

Déclaration de Jean-Pierre Chevènement à l’AFP, 5 novembre 2011.

1. Tout au long de cette année, j’ai beaucoup réfléchi et écouté. J’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République en 2012, comme je l’avais annoncé, « pour faire bouger les lignes ». Pour mettre la gauche et la France à la hauteur des défis qui sont devant elles.

2. Nous sommes en effet à la veille de très fortes secousses. Avec la crise de l’euro, l’Europe se trouve dans l’œil du cyclone.

3. Ceux qui nous dirigent ou qui aspirent à le faire, pas plus que nos gouvernants de 1940, ne se sont préparés à y faire face. Or, dans cette période de tempêtes, il faudra maintenir le cap des intérêts de la France et de la République, qu’ils ont souvent perdu de vue depuis longtemps (cf.8). C’est pourquoi je suis candidat, pour aider à trouver un chemin.

4. La crise de la monnaie unique a, en effet, sa cause dans la monnaie unique elle-même, que nos dirigeants ont soutenue tous ensemble, à Maastricht, il y a vingt ans. L’erreur du traité que j’ai combattu a consisté à vouloir transférer à un aréopage de banquiers irresponsables la souveraineté monétaire de dix-sept pays très différents par leurs structures économiques, leurs langues, leurs cultures et leurs options politiques. Or, au lieu de converger, leurs économies ont divergé. L’écart s’est creusé entre l’Allemagne industrielle et excédentaire au Nord et les pays du Sud de l’Europe déficitaires et en voie de désindustrialisation rapide. La monnaie unique était censée unir. Elle divise. Les politiques de rigueur conjuguées conduisent à une récession généralisée.

5. Le sommet de Bruxelles n’a rien réglé. Il n’a posé que des rustines. Les ressources disponibles du Fonds européen de solidarité financière sont insuffisantes : 250 milliards face aux 3 400 milliards de dettes des cinq pays « sous tension ». Cette insuffisance ouvre la voie à l’ingérence extérieure. Après la Grèce, qui renâcle devant sa mise en tutelle, c’est le tour de l’Italie d’être attaquée et mise sous le contrôle du FMI. La rigueur s’impose par diktat. Au sommet du G20, à Cannes, la crise de l’euro a occulté le reste : la réforme du système monétaire international n’a pas progressé.

 

6. Il y a pourtant des solutions pour réconcilier l’Europe avec le progrès et avec la démocratie, essentiellement deux :

a) Pour sauver la monnaie unique, adosser le Fonds européen de solidarité financière aux ressources de la Banque Centrale européenne, comme l’avait proposé initialement le gouvernement français, afin de casser la spéculation. Donner à la Banque Centrale européenne les mêmes prérogatives que la Banque Centrale américaine qui détient 2000 milliards de bons du Trésor américain et soutient la croissance aux Etats-Unis.

b) A défaut d’un accord du gouvernement allemand sur cette première solution, le compte à rebours de la dissociation de la zone euro est enclenché. Mais il est encore possible de limiter les dégâts :
- il faudrait organiser de manière négociée la mutation de la monnaie unique en monnaie commune, projet raisonnable, soutenu il y a une vingtaine d’années par M. Bérégovoy et par M. Balladur ;
- il faudrait pour cela négocier un système de parités stables et ajustables pour corriger les écarts de compétitivité entre les différents pays tout en préservant l’euro comme « toit européen commun ». Cet euro pourrait être utilisé dans les échanges extérieurs, les monnaies nationales étant réservées aux transactions internes. Il n’est pas déshonorant de rectifier une erreur et de revenir à un système monétaire moins rigide et plus souple.

7. Malheureusement les dirigeants de l’Europe ne sont pas capables de faire des choix viables et cohérents, soit pour sauver la monnaie unique en réformant son architecture, ce que j’ai toujours proposé, soit pour revenir à une monnaie commune, plus robuste. Ils manquent du plus élémentaire réalisme pour sortir de l’impasse à moindres frais.

8. Face aux secousses inévitables, il faut garder le cap des intérêts supérieurs de la France et de la République. Ceux qui nous dirigent ou aspirent à le faire, l’ont le plus souvent perdu de vue. Or, il n’est pas de cap pour qui ne connaît pas le port.

Quels sont ces intérêts majeurs que dans les années à venir il faudra conserver à l’esprit ? J’en vois quatre :

a) D’abord une monnaie moins chère que l’euro actuel surévalué de 25 %. Une monnaie moins chère pour permettre la réindustrialisation. Notre base industrielle a rétréci de moitié depuis trente ans. Or, sans base productive solide, pas de protection sociale efficace ! Voilà trente ans que je le répète : une industrie moderne c’est la condition de tout le reste : exportations, recherche, emploi, y compris dans les services, avenir de la jeunesse.

b) Deuxièmement, il faut organiser une Europe de la croissance, avec politique monétaire active, une monnaie non surévaluée, un commerce ouvert aux concurrences loyales, un plan d’investissements dans les secteurs d’avenir (transition énergétique, transports et villes durables, etc.). Il n’est pas normal que l’Europe soit le seul continent voué à la stagnation économique.

c) Troisièmement il faut préserver, avec la démocratie et les droits du Parlement, notre souveraineté budgétaire et fiscale, sauvegarder notre indépendance en matière énergétique, de défense et de politique extérieure. Pas question de brader l’atout nucléaire de la France. Nos centrales nous donnent une électricité 40 % moins chère que celle qu’il faudrait produire en substitut. Pas question de laisser partir en fumée des centaines de milliards investis depuis un demi-siècle ! Pas question de sacrifier sur l’autel de la règle d’airain budgétaire, la dissuasion nucléaire qui garantit notre sécurité à long terme. Pas question de sacrifier non plus notre siège de membre permanent du Conseil de Sécurité de l’O NU ou notre réseau diplomatique, le deuxième du monde.

d) Il faut enfin redresser l’Europe : construire une Europe européenne qui soit un pôle dans le monde multipolaire de demain. Une Europe non pas fédérale – ce n’est pas mûr – mais confédérale, appuyée sur ses nations et sur la démocratie qui vit en chacune d’elle, une Europe à géométrie variable, avec une monnaie non pas unique mais commune. Pour construire cette « Europe européenne » une France forte est nécessaire.

9. Ces quatre grands repères ne sont guère présents à l’esprit de ceux qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger.

a) Selon Nicolas Sarkozy, « si l’euro explose, l’Europe disparaît ». Cela n’a pas de sens. La Grande-Bretagne n’est pas dans l’euro mais elle est dans l’Europe. Celle-ci existait avant l’euro. Elle existera après. Nicolas Sarkozy nous dit qu’il faut coller à l’Allemagne. Il faut certes dialoguer avec elle mais en s’appuyant sur nos propres atouts. Nos modèles sont différents et nos intérêts peuvent l’être temporairement. Trouvons avec l’Allemagne les compromis nécessaires. Nicolas Sarkozy nous fixe l’horizon du « triple A ». Ce n’est pas un projet républicain dans lequel le peuple puisse se reconnaître. C’est transférer la souveraineté populaire aux agences de notation ! Au total, Nicolas Sarkozy ne nous offre à travers la règle d’or – en fait d’airain – que l’horizon d’une austérité à perpétuité.

b) François Hollande refuse, lui, d’inscrire la règle d’or dans la Constitution mais il l’appliquerait, en réduisant dès 2013 le déficit budgétaire à 3 % du PIB. Je ne discerne pas la logique alternative qu’il propose. Il évoque les eurobonds mais l’Allemagne n’est pas prête à mutualiser sa dette avec celle des autres. Tout au plus accepterait-elle peut-être un emprunt européen pour financer quelques travaux d’infrastructures …

c) Les invocations au fédéralisme qui se font entendre à gauche et à droite dissimulent le fait que ce fédéralisme ne peut être que coercitif et déboucher sur un espace disciplinaire.

Les Français ont besoin de repères clairs, sur l’Ecole, la sécurité, l’intégration, mais d’abord sur l’Europe car c’est par là que la maison brûle. Il faut donc une vision et d’abord pour remettre l’Europe sur ses pieds.

La France, depuis trop longtemps, minée par le doute, doit retrouver confiance en elle-même : les secousses sont inévitables et l’effort le sera aussi. Mais cet effort doit avoir un sens, et la justice être au rendez-vous.

Il faut enfin parler le langage de la vérité, y compris sur les moyens que nous prendrons. C’est le seul moyen d’éviter les déceptions après 2012. Nous ferons ainsi barrage à l’extrême droite.

Il faut remettre d’aplomb la République et refaire des citoyens. C’est pour cela que j’ai choisi de faire entendre ma voix


Publié par Frédéric Maurin à 18:32pm - Voir le commentaire ()
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1 Novembre 2011

Pour un audit citoyen de la dette publique

Appel à l'initiative d'organisations qui nous sont chères, quoique souvent désargentées.

Madame Bettencourt, Monsieur Dassault...ne peuvent en effet être partout !

 

Capital

(oui, je cuisine ce brave animal à toutes les sauces... la période que nous vivons dicte mes choix culinaires).

Signez l’appel pour un audit citoyen de la dette publique !

http://www.audit-citoyen.org/

.. et le lancement d'un vaste débat démocratique.

 

Écoles, hôpitaux, hébergement d'urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l'austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l'on nous ressasse dans les grands médias.

Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe.

Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ?

Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l'intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ?

Qui détient ses titres et profite de l'austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s'endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d'un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous décidons d'engager le débat et de nous mobiliser dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique.

Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants avec nos collègues, nos voisins et concitoyens.

Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive la démocratie.

Écoles, hôpitaux, hébergement d'urgence… Retraites, chômage, culture, environnement... nous vivons tous au quotidien l'austérité budgétaire et le pire est à venir. « Nous vivons au-dessus de nos moyens », telle est la rengaine que l'on nous ressasse dans les grands médias.

Maintenant « il faut rembourser la dette », nous répète-t-on matin et soir. « On n’a pas le choix, il faut rassurer les marchés financiers, sauver la bonne réputation, le triple A de la France ».

Nous refusons ces discours culpabilisateurs. Nous ne voulons pas assister en spectateurs à la remise en cause de tout ce qui rendait encore vivables nos sociétés, en France et en Europe.

Avons-nous trop dépensé pour l’école et la santé, ou bien les cadeaux fiscaux et sociaux depuis 20 ans ont-ils asséché les budgets ?

Cette dette a-t-elle été toute entière contractée dans l'intérêt général, ou bien peut-elle être considérée en partie comme illégitime ?

Qui détient ses titres et profite de l'austérité ? Pourquoi les États sont-il obligés de s'endetter auprès des marchés financiers et des banques, alors que celles-ci peuvent emprunter directement et pour moins cher à la Banque centrale européenne ?

Nous refusons que ces questions soient évacuées ou traitées dans notre dos par les experts officiels sous influence des lobbies économiques et financiers. Nous voulons y répondre nous-mêmes dans le cadre d'un vaste débat démocratique qui décidera de notre avenir commun.

En fin de compte, ne sommes-nous plus que des jouets entre les mains des actionnaires, des spéculateurs et des créanciers, ou bien encore des citoyens, capables de délibérer ensemble de notre avenir ?

Nous décidons d'engager le débat et de nous mobiliser dans nos villes, nos quartiers, nos villages, nos lieux de travail, en lançant un vaste audit citoyen de la dette publique.

Nous créons au plan national et local des collectifs pour un audit citoyen, avec nos syndicats et associations, avec des experts indépendants, avec nos collègues, nos voisins et concitoyens.

Nous allons prendre en main nos affaires, pour que revive Agir ensemble contre le chômage (AC!) AITEC

Soutiens

     

    J'ajoute 2 passagers clandestins, dans l'espoir qu'ils s'intègreront :

    www.brn-presse.fr/

    www.acontrecourant.org/

     

     

     

     

    Publié par Frédéric Maurin à 23:22pm - Voir le commentaire ()
    Avec les catégories : #rupture tranquille

    1 Novembre 2011

    Les caisses de l'Etat sont vides

     

    Grand coup d'accélérateur : l'ami socialiste grec peine à faire passer sa politique d'austérité et annonce un référendum pour cesser de danser sur le volcan des grèves. Mais, comme vous le savez, l'Union européenne a une conception très particulière de la démocratie. Cette conception, elle a en France cette gueule là :

     

    img058.jpg

    Oui, c'est bien Sarkozy s'exprimant sur le Traité constitutionnel européen.

    Source Bastille République Nations    www.brn-presse.fr/

    Je m'excuse de le répéter mais ce journal est indispensable

    au réarmement intellectuel des républicains en général et de la gauche en particulier.

    Indispensable donc, si on veut éviter cela : N'oubliez jamais !

     

     

     

     

     

    Le texte qui va suivre provient d'un groupe de militant que vous retrouverez ici :

                                            http://www.acontrecourant.org/

    Sans épuiser la question (contre la dette, pourquoi pas l'inflation avec échelle mobile des salaires et retraites? S'agit-il de sauver l'euro ou de défendre les intérêts de ceux qui en détiennent beaucoup? Faut-il sauver l'euro ? ou faut-il plutôt en finir avec L'Euro-Deutschmark ? en revenant à une monnaie commune ?), il montre bien que la dette publique est indissociable des fortunes privées. Pour le dire autrement :

     

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    Pour creuser le sujet, un audit citoyen de la dette est indispensable, et c'est par ici :

      http://www.audit-citoyen.org/

    En attendant, on mettra cette affirmation au conditionnel :

    «  Les caisses de l’Etat sont vides ! ? » 

    Non seulement les caisses de l’Etat seraient vides mais il nous faudrait rembourser une dette publique qui s’alourdit de jour en jour !  

    Mais comment les caisses de l’Etat peuvent-elles être vides ? 

    L’Etat, trop généreux envers sa population, aurait-il trop dépensé : pensions de retraite trop élevées, maternités trop nombreuses, enseignants en surnombre, fonctionnaires trop payés ? Les chiffres montrent que si la part des dépenses par rapport au PIB est restée à peu près fixe depuis 1980, celle des recettes a baissé. L’Etat n’est pas endetté parce que son train de vie excède ses recettes, il est endetté parce depuis trente ans tous les gouvernements de gauche comme de droite ont décidé de restreindre les recettes pour des raisons politiques.

    Comment la dette s’alourdit-elle d’année en année ?  

    De deux manières :

    Tout d’abord, l’argent qui ne rentre pas dans les caisses suite aux cadeaux fiscaux faits aux ménages riches et aux entreprises, l’Etat l’emprunte à ces mêmes ménages riches et aux divers organismes qui gèrent les fonds financiers. Puis, il le leur rembourse… avec intérêts !

    Deuxièmement, le poids de la dette dans le PIB augmente mécaniquement lorsque le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance (une fois l’inflation décomptée). C’est ce qu’on appelle l’effet « boule de neige ».

    Alors pourquoi les caisses sont-elles vides ? 

    Les décisions que prend l’Etat sont politiques, c’est-à-dire qu’elles dépendent du rapport de force entre les différentes classes sociales. La dette publique résulte de décisions politiques prises depuis trente ans, ce n’est donc ni une fatalité ni un complot. C’est une méthode de gouvernement. L’Etat a décidé de financer les dépenses en empruntant à ceux-là même à qui il demande de moins en moins de contributions fiscales… tout en continuant à ponctionner proportionnellement plus les classes pauvres que les classes riches par la fiscalité indirecte (TVA, taxe sur les produits pétroliers).

    L’Etat se devrait donc de gérer ce déficit en bon père de famille et réduire ses dépenses ?        Non !

    L’Etat n’est pas un agent économique comme un autre (ménages ou entreprises, par exemple). Certes, sa dette résulte d’un déséquilibre entre ses recettes et ses dépenses. Mais il y a une différence : il a plus de latitude pour en fixer les niveaux. C’est la définition de sa souveraineté. Il peut augmenter ses recettes par les prélèvements fiscaux (en augmentant l’assiette ou les taux, en inventant de nouvelles taxes), il peut aussi diminuer rapidement les dépenses de certains secteurs.

    Alors, quel rôle joue cette dette ? A qui profite-t-elle ? 

    La dette publique est un outil politique et un juteux tour de passe-passe : l’argent que ces mêmes personnes ne se voient pas exiger par l’Etat en qualité de contribuables sous forme d’impôts, elles l’avancent à ce même Etat sous forme de prêts rémunérés. L’Etat enrichit la bourgeoisie.

    De l’autre côté, ce sont les ménages et surtout les plus pauvres qui remboursent ces prêts et payent les intérêts, qui peuvent atteindre des niveaux exorbitants comme on le voit pour la dette d’autres pays européens. Ces ressources proviennent des impôts sur les revenus et surtout de la TVA, qui est un impôt indirect injuste puisqu’il pèse plus dans le budget des consommateurs pauvres que dans celui des consommateurs riches. L’Etat choisit aussi de réduire les dépenses dites sociales (retraites, allocations, service public,…) pour rembourser la dette.

    L’Etat appauvrit les classes populaires.

    Par l’intermédiaire de l’Etat, l’argent des pauvres fructifie sur le compte en banque des riches. 

    La dette est utilisée de façon universelle pour soumettre les populations

    On assiste en Europe à une nouvelle étape dans l’offensive du capital contre le travail : depuis trois décennies (au moins), le capital s’en est pris essentiellement aux conditions de travail, en intensifiant son exploitation, en comprimant les salaires, en créant un chômage massif.

    Désormais, par Etat interposé, et sous le prétexte de la dette à rembourser, le capital s’en prend aux conditions de reproduction de la force de travail : conditions de la formation (écoles, universités), conditions de la reproduction (sécurité sociale, hôpitaux, allocations diverses, habitat social, conditions de retraite), les “faux-frais” du capital.
    Ces politiques vont donner un sérieux coup d’accélérateur au démantèlement de ce qu’il est convenu d’appeler l’Etat Providence ou l’Etat Social.

    Que faire ? 

    Les choses doivent être claires. Il ne peut y avoir de solutions efficaces (qui n’aggravent pas les crises, qui n’alourdissent pas les dettes publiques) dans le cadre du système capitaliste, ou même acceptables par les capitalistes dont l’objectif est de faire toujours plus de profits. Ce hold-up sur les finances publiques doit cesser. Il faut sortir de ce cercle vicieux : prêts à des taux de plus en plus élevés, de plus en plus difficiles à rembourser, sauf si les Etats empruntent à nouveau, à des conditions encore plus lourdes à supporter.

    Il faut relancer la demande interne :
    - réduction des déficits publics par l’augmentation des recettes fiscales (taxer le capital, le capital financier et le patrimoine en premier lieu).
    - répudiation de toutes les dettes : cela est possible, du fait même de la souveraineté de l’Etat.
    faire payer aux créanciers des Etats et aux entreprises tous les arriérés d’impôts impayés.

    Comment faire ? 

    Quelles forces peuvent imposer un tel programme ?

    L’histoire nous a appris que des mesures progressistes allant à l’encontre des intérêts du capital ne se concrétisent que si le peuple se mobilise largement. L’échelle aujourd’hui est au moins européenne.

    Pour le moment, les grèves et les manifestations éclatent dans de très nombreux pays. S’ils sont radicaux, ces mouvements manquent cruellement d’unité et de coordination au niveau européen, face à cette attaque supranationale d’envergure.

    Ce qui manque aux mobilisations actuelles, outre de rompre avec l’isolement des luttes, c’est un débouché qui fasse le lien entre le social et la réponse politique. Ce qui manque, ce sont les programmes alternatifs, faisant le choix de la défense et de l’élargissement des droits collectifs contre la logique de la valorisation du capital. Ce qui manque, c’est une compréhension claire de la responsabilité de tous les gouvernements qui ont eu en main les leviers de l’Etat dans la situation actuelle. Les intérêts qu’ils ont fidèlement servis n’ont jamais été et ne seront jamais ceux des classes populaires.

    Publié par Frédéric Maurin à 22:45pm - Voir le commentaire ()
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