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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

25 Décembre 2011

"Pourquoi la gauche est cuite?" : non à la censure !

On peut ne pas aimer la forme. On peut être en désaccord sur le fond (comme, dans le cas suivant,réduire la gauche au soutien des PME vertes). Mais la censure, non.

Non ! Et ce NON, c'est la raison première qui me pousse à reproduire cet article du "Prolétariat universel".

 

Une deuxième raison? Ce mot de Lénine :"Mille barrières s'opposent à la participation des masses travailleuses au parlement bourgeois, lequel ne résoud jamais les questions majeures : celles-ci sont tranchées par les Bourses et par les banques".

Pas très républicain tout çà, mais terriblement d'actualité.

 

Une troisième raison? Et quelques autres? Retrouvez-les dans divers articles de  proletariatuniversel.blogspot.com

 

Mais retour sur l'analyse censurée :


Pourquoi la gauche est cuite ?


(article immédiatement censuré, dès ce soir, par la mafia du post Le Monde/20 MN)

 

La crise systémique continue ses ravages, mais est-ce vraiment des ravages que cet effondrement successif des principales mystifications démocratiques (compte-tenu que le mot démocratie est aussi sacré chez les riches que Allah chez les pauvres) ? Quel terme utiliser ? Révélations sur la pourriture du système ? Non puisque à peu très toutes les classes sont convaincues depuis belle lurette de cette « pourriture », celles qui en profitent et celles qui la subissent. Décrédibilisation convient mieux que indignation. L’indignation est toujours le résultat d’une provocation qui laisse toujours l’avantage au provocateur, et s’éteint vite comme une vulgaire colère.

La grave crise mondiale du capitalisme que ses thuriféraires et marchands d’illusion prétendent contenir est un rouleau compresseur d’idéologie pendant que des ingénieurs des urnes démocratiques,affolés, se demandent comment, non stopper le bulldozer infernal, mais au moins le ralentir. Le bulldozer continue insensiblement à écraser les principaux mensonges et les bateleurs de foire sans envergure. Ils crient, geignent, appellent au secours sous les yeux mi-effarés mi-contents de leurs homologues « au pouvoir » et en partie au volant de la machine. Rien n’y fait.

LE CAPITALISME EN RETROPEDALAGE

Au niveau international, les changements de régime dans les pays arabes n’apportent qu’une continuité de l’oppression étatique avec les bigots en tête, défendus par les gauchistes et anarchistes européens car ce fut un « choix démocratique ». Les guerres de libération des dictateurs avec l’exécutant des USA, par exemple les soldats professionnels de Sarko en Libye, ont mis au pouvoir des tribus arriérées qui vont appliquer la charia et permettre aux USA de contrôler toujours plus la principale zone pétrolière du monde, d’autant que cette matière première indispensable aux engins militaires est en voie de raréfaction pour les décennies à venir. Se moquer des élections des républiques bananières et musulmaniaques est honteux pour les vieux gauchistes élus verts, car c’est une atteinte à l’idée démocratique et au droit des peuples à être exploités par eux-mêmes.

Pour nous restreindre au cas français, la crise a au moins le mérite de provoquer l’effondrement de l’idéologie écologiste. On l’a oublié, mais autant le gauchisme avait été une scorie impuissante et caracoleuse du cadavre du stalinisme, autant l’écologie a été à l’origine une émanation du gauchisme dégonflé dès le milieu des années 1970, c'est-à-dire au même moment que le premier grand soubresaut de la crise mondiale. L’écologisme libéral-libertaire n’avait gardé du gauchisme, dans les valises de ces arrivistes que la farce gauchiste-léniniste de la tribune parlementaire comme témoignage accessible aux « masses abruties » avec pour promesse d’avenir révolutionnaire : la réforme de l’humanité par… les PME du lobby anti-nucléaire, et un max de place dans le lobby parlementaire pour les gagnant-gagnants tous avocats, journalistes ou dentistes.

La crise ne rigole pas. La crise ne rigole jamais avec les affabulateurs politiques. Ils passent à la trappe pour leurs vaines promesses de réforme d’un système malade à crever. A la trappe le parti stalinien bien avant la faillite de la caserne russe ! A la trappe les résidus du gauchisme français avec leur soutien à une candidature voilée d’intention arabo-démocratique ! On a tiré la chasse avec leur slogan résiduel de droit de vote aux immigrés – alors que la majorité des ouvriers se fichent des élections – quand la consultation tunisienne a montré le niveau d’aliénation du voteur atomisé par les secouristes islamistes. Donner le droit de vote aux immigrés pour qu’ils envoient des imams au parlement en France, ce serait encore une victoire démocratique « égalitaire »?

A la trappe le syndicalisme de collaboration d’Etat qui a su si bien faire abolir la retraite à une date décente ! A la trappe le PS dont peu nous chaut le programme (nul au demeurant) puisque ce qui importe est le marchandage des places pour les alliés du lobby anti-nucléocrate. L’affaire du pervers DSK n’aura été au final qu’une pauvre péripétie d’une pornographie politique qui s’est dévoilée sur tous les plans.

L’IDEOLOGIE ECOLOGIQUE POUR UN CAPITALISME RENOUVELABLE :

PEU IMPORTE LE PROGRAMME, C’est la « bonne place » qu’ils désirent tous !

Les verts c’est fini. La misère industrielle et sociale se fiche des économies d’énergie comme ma grand-mère de sa place au ciel. Avant d’exploser en vol, la candidature Eva Joly avait déjà donné tout ce qu’elle pouvait donner : une promesse infantile et invraisemblable axée à 99,8% sur la seule sortie du nucléaire et un futur groupe parlementaire EELV. Le parti khmer vert, pour le retour à la culture à quatre pattes dans les rizières du boboland, rêvait encore des16% aux européennes de 2009 autour du bonimenteur décati Cohn Bendit. Ils s’étaient frottés les mains de joie face à la cata de Fukushima, qui n’eût que peu à voir avec le nucléaire, mais du bâti sur une zone à risque sismique (j’allais dire systémique !). Là-dessus, rebond de la crise économique avec affolement des bourses mondiales, culpabilisation ahurissante de la Grèce quand USA, Japon ou France ont des dettes bien plus faramineuses et toutes aussi louches. Expulsions massives, millions de chômeurs, pannes d’électricité pour cause de manque de production nucléaire, et nos écolobobos voudraient que les ouvriers les plus pauvres subissent en plus des queues au restos du cœur, les queues pour voler du bois ? Leur exemple à ces cuistres ? L’Allemagne, également en crise n’est pas totalement irréaliste sur le nucléaire, en raison de sa volonté de se rendre indépendante de la nucléocratie française, sa bourgeoisie est prête à rouvrir ses mines de charbon, à la manière des chinois, et d’y « créer des emplois » pour les turcs et les allemands de l’Est... Ah la belle hypocrite que voilà qui masque ses propres déficits, qui se débarrasse un peu partout de ses déchets nucléaires chez les autres ou espère, lors des pics de froid, être secourue par les centrales françaises ; qui conserve quelques centrales pour longtemps (cf. le cas suédois. La Suède qui avait voté la sortie du nucléaire, a finalement gardé ses centrales sauf deux réacteurs comme socle de la reconversion énergétique de toutes ses autres énergies. Electrique mais aussi fossiles. La rente nucléaire lui permet en effet de financer un plan gigantesque pour décarboner tout ce qui n’est pas nucléaire). Exemple de solidité et de développement industriel l’Allemagne ? – qui fait produire à vil salaire en Asie et dans les pays de l’Est – et dont les magasins boche discount, genre LIDL, jettent le client méprisé à la caisse étroite où il doit s’abaisser pour finir de remplir son sac, plus vite qu’il n’est entré ? Et qui se prépare à développer l’emploi immigré ou pauvre allemand dans ses mines de charbon ?

Les écolobobos font exploser aussi ce qui restait d’illusion de chances pour ce pauvre Hollande, monté péniblement à la gonflette du loft primaire. Historiquement la petite bourgeoisie politique peut entrainer d’énormes dégâts par ses fluctuations, hésitations et retournement de veste politicards (cf. victoire de Napoléon III, de Hitler, de Mitterrand, etc.) dans l’ordonnancement de la domination étatique. La gauche bourgeoise était sensée gagner presqu’inévitablement avec une droite confrontée à la crise mondiale, et pas plus responsable de la crise que la gauche gouvernementale sous Mitterrand, ou même Giscard en 1981. La nouvelle donne – malgré la comique victoire de droite en Grèce et en Espagne – une crise imparable et sans fin, fiche en l’air la croyance de l’électeur imbécile en « l’alternance » ! Donc autant garder ce qui limite les dégâts tout en continuant non pas d’attaquer la classe ouvrière (proclamation simplistes des staliniens et des maximalistes) mais de diviser la classe ouvrière en l’attaquant ; sur ce plan, Sarko est maître et donneur de leçons.

Inutile d’épiloguer sur le programme de cette grenouille verte qui se voyait déjà plus grosse que le bœuf rose-violet. A côté du stop au nucléaire immédiat et irresponsable, leurs histoires de transition industrielle verte, de recours aux inventions du professeur Tournesol avec des matières premières bio-sourcées, leurs lamentations électorales sur les nouveaux risques environnementaux, leur propagande pour les PME vertes, et les PME de l’isolation pour garantir « notre indépendance énergétique » à la Saint Glinglin – ne sont en résumé que la fable électorale du sauvetage du capitalisme français par les produits verts !

Aux Européennes 2009, les écolos crurent toucher au firmanent comme colonne de typhon d'un nouvel enthousiasme populacier pour une gauche caviar refermée dans sa boite. Pas de bol, ils ont été fait cocus par la crise de la dette. Les voilà redevenus des additifs, des pets de souris, comme le petit parti stalinien mélenchonisé. Des mouches à merde. La pauvre Eva Joly, rigide comme un épicéa de Noël, avait juste été chargée de tenir le chiffon vert pour maximiser le nombre de sièges. Elle n’a pas été prévenue par ses colistiers apparatchiks qu’il fallait vite laisser tomber sa fonction première et plus de mode de Torquemada, et qu’elle devait passer en mode contemplatif. Elle vient de comprendre. Résultat : une image de l'écologie archaïque qui se prenait pour la sauveuse des océans et des terres polluées, sans se soucier des milliards de prolétaires assis sur la merde capitaliste.

L’idéologie écolobobo séduisait encore les dites couches moyennes tant qu’elles n’étaient pas encore massivement touchées par le chômage. Les ouvriers, eux, en avaient marre depuis longtemps des sacrifices exigés par ces gauchistes parvenus pour la beauté du monde, et ils sont rejoints par ces nombreux cadres licenciés et humiliés, qui reviennent sur terre, la bonne terre prolétarienne ou le sauvetage de la vie humaine est plus important que le ramassage des ordures. Les débats ou la polémique sur le nucléaire ou les énergies alternatives ne concernent pas directement les millions de prolétaires. On décide tout pour eux au plan politique, on leur dit pour qui ils doivent voter, on leur dit de ne pas protester si les élus des élections conditionnées et truquées les mettent en colère, et on leur dit surtout de la fermer, c’est l’Etat « démocratique » oligarchique qui décide. On les ridiculise comme on veut, malgré une majorité de non, le traité de Lisbonne a été appliqué, se fichant royalement donc des électeurs qui ne purent même pas s’essuyer avec leur bulletin de vote puisqu’il était déjà tombé dans le trou. Les décisions économiques, militaires, sociales et écologiques dépendent strictement des plans d’Etat. Il y a toujours un ou deux petits rigolos écologiques nommé sous-ministre depuis des années, et ils demeurent que simples sous-fifres pour la galerie (les Lepage et autres K.Morizet) obligés de se plier au lobby nucléaire. Il ne vient même pas à l’esprit de ces pauvres caves arrivistes que seul le prolétariat par-dessus tous les pays peut seul renverser l’Etat oligarchique pou mettre fin d’abord aux injustices sociales, ensuite, et bien après d’autres priorités, s’occuper des reconversions énergétique nécessaires. Après la révolution, il faudra immédiatement mettre en place des milices de prolétaires armés pour protéger les centrales des attentats de ces crétins d’anarchistes écolobobos eux aussi, endoctrinés par cette idéologie d’Etat depuis leurs ratages scolaires.

WHAT IS THE BIG QUESTION ? RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE OU RECESSION ET GUERRES ?

Il faudrait pourtant déjà que les bourgeois envisagent de réduire au minimum l'usage des combustibles fossiles (centrales classiques au charbon, plus polluantes que le nucléaire et qu’Obama avait promis de remplacer par un retour au nucléaire avant Fukushima) avant de s'attaquer au nucléaire. Cela signifie qu'ils ne peuvent pas décider sur les prévisions douteuses du lobby antinucléaire de fermer 10, 12 ou 24 réacteurs en 2025, 2030 ou 2032... Tout cela est du domaine de l’irresponsabilité étatique et de margouins soumis à la loi du fric et nous ne pouvons pour l’heure que rester spectateurs impuissants, et surtout pas nous bercer d’illusions sur la possibilité de débattre ou qu’il soit tenu compte de notre avis.

Les médias ont consigne de diffuser quasi exclusivement l'information du lobby antinucléaire issu d'organismes qui s'autoproclament "indépendants" (pro-US et pro-allemand en fait). Beaucoup d’impostures des écolos bobos sur le réchauffement climatique pour assaisonner leur exigence d’une plus rapide accession aux « bonnes places ». Plus les écolos viennent délirer à l’écran, plus la conservation de la caste de droite au pouvoir est renforcée ; l’attaque du train chargé de déchets nucléaires allemands renvoyés dans leur pays (après retraitement par Areva) est bien typique des gauchistes et anarchistes manipulés, et un bon plan médiatique et électoral pour le gouvernement qui exige que l’on voit bien ces ânes tabassés par les CRS.

Les principales victimes de la crise, le prolétariat et les couches moyennes qui tombent dedans, savent mieux que les élites écolomaniaques que le monde nous enfonce d’abord dans la misère et ensuite dans la pénurie, en particulier pour les deux ou trois décennies à venir, voire moins, concernant le pétrole - (il faudrait trouver l'équivalent de 4 Arabie Saoudite, pour continuer , dixit le PDG de Shell) –des difficultés croissantes avec le nucléaire (de sécurité, d'approvisionnement en uranium, de coût...), difficultés d'approvisionnement en matières premières... et que ce n’est pas DANS CE SYSTEME SORDIDE DE GUERRES, DE FINANCIERS POURRIS ET DE POLITICIENS CORROMPUS que ces problèmes pourront être réglés. Les verts viennent de démontrer une fois de plus qu’ils ne sont pas nos vigies un peu en avance sur la classe prolétarienne ni sur la classe bourgeois qui est incapable de préparer le futur, car au contraire, comme cette dernière caste de profiteurs, ils se fichent de se projeter au delà des prochaines élections, car c’est leur place immédiate dans l’oligarchie qui est en jeu, avec tous les honneurs, toutes les planques et putes pour « élus » qui leur sont dues.

LA FABLE DES PME MIRACULEUSES

L’air de rien, la principale « trahison » du PS en campagne et des Verts, leur soumission à l’idéologie libérale folle de Friedman et sa secte US, est la quasi disparition d’une économie fondée sur le fonctionnement de grandes entreprises et les maudis mammouths nationalisés. Le mot d’ordre commun de droite à gauche, au centre et dans les bars avinés des écolos est universellement : Longue vie aux PME !

Or depuis moult décennies, en France entre autres, lorsque l’on sonde les « jeunes » sur leur plan de carrière, ils ont toujours répondu souhaiter être embauchés en priorité dans de grosses boites, devenir fonctionnaires ou assimilés. Pourquoi ? Parce que tout être humain souhaite un travail stable, pas dépendre d’un petit boss hystérique ou cyclotimique, se sentir défendu par le nombre de compagnons solitaires face à l’arbitraire patronal. Les grands trusts nationalisés ne sont plus de mode, et ils contenaient en effet un certain nombre de privilèges anti-capitalisme libéral autant qu’anticommuniste révolutionnaires (aristocratie syndicale planquée, salariés profiteurs des facilités hiérarchiques et divers passe-droit népotistes ou sexuels, etc.) ; nos libéraux vertueux oublient que les « nationalisations » ont été très bien vue le temps qu’elles ont permis au pays de se reconstruire après guerre…

Cette exaltation, très sarkozienne, de la petite entreprise rappelle l’injonction d’un certain Raymond Barre en 1976, de sauver le monde par le petit commerce et la maison individuelle ! Minable. Henri IV voulait une poule au pot pour chaque français, ce qui était fort prétentieux à une époque où dans de nombreuses régions il fallait se contenter d’accommoder des châtaignes. Il est plus présomptueux encore que politiciens de la gauche caviar et arrivistes verts prétendent juguler la crise du chômage endémique par le recours aux PME, qui sont encore moins contrôlables que les ex trusts nationalisés lorsque le vent de la crise se met à souffler. La gestion des PME est en général répugnante. Les petits et moyens patrons truandent sans arrêt en complicité avec les huiles étatiques, bénéficient d’aides iniques de l’Etat (je pourrais faire un livre sur toutes les faveurs de ces exploiteurs). Une majorité de petits patrons des PME gagnent au moins 6000 à 7000 euros par mois tandis que leurs trois ou quatre employés demeurent toujours autour des 1000 euros… Aucun sondage, aucun organe de presse ne se penche sur l’étrange « modernité » du dit « premier employeur de France ».

Ce sont ces PME, dans l’éolien, la betterave transformée en gazole, etc , qui seraient l’avenir de la France étroite, ou du pays Duchenoque, selon ces piètres politiciens rose violet et vert pisseux. Rétropédalage vers un capitalisme émietté, qui ne peut plus s’industrialiser dans ses pays de naissance.

Au contraire, la société de l’avenir, communiste et pas féodale, capitaliste boutiquière ou soviétique de caserne, aura besoin immédiatement de mettre fin à cette myriade de toutes petites entreprises, (dixit Bordiga) incontrôlables, livrées au bon vouloir de petits caïds, non pour restaurer les bureaucratiques et stupides nationalisations, ni les trusts fordistes, mais pour que la production pour les besoins de l’humanité soit gérée à grande échelle par la population travailleuse, sans concurrence inutile entre même produits à l’échelle du monde ; les olives pourront continuer à être produites dans les pays arabes, les tomates en Grèce, le bon vin en France, etc. Et la production comme la distribution seront assujettis aux besoins de chaque partie du monde débarrassé des diktats de petits dictateurs de la production et de leur grand protecteur l’Etat bourgeois.

CONCLUSION : 2012 aïe !!!

LA DROITE BOURGEOISE NE PEUT PAS SE REJOUIR DE L’AFFAISSEMENT DE LA GAUCHE BOURGEOISE ET DE SES COMPLICES VERTS

CAR LEUR pauvre projet d’alternance POLITIQUE EST SI NUL QU’ILS NE POURRONT MEME PAS ENCADRER les prolétaires NI SAUVER L’Etat face aux REVOLTES LES PLUS VIOLENTES CONTRE LA MISERE

Retour sur la terre capitaliste polluée par le marché financier. Les plans de restructurations se multiplient.

Du journal Paru Vendu (1650 salariés) à BNP Paribas (373 emplois), en passant par PSA et ses sous-traitants (5.000 postes), Pfeizer (225 salariés), ou Madrange (137 CDI), l’actualité des dernières semaines est rythmée par la succession des plans de restructuration. Cette litanie est loin d’être terminée. Des incertitudes planent sur Areva, et Air France doit présenter un plan de redressement au premier trimestre 2012.

L’emploi baisse de façon « préventive », écrivent deux journaliste du Figaro. Pour éviter les suppressions d’emplois, les entreprises jouaient jusque-là sur les variables d’ajustement: l’intérim (moins 20.000 postes au troisième trimestre) et le non-renouvellement des CDD. Maintenant, elles s’attaquent au dur: les CDI. Mais elles évitent d’annoncer des plans sociaux (rebaptisés plans de sauvegarde de l’emploi), toujours désastreux en termes d’image. «A la place, elles privilégient les plans de départs volontaires et les ruptures conventionnelles. Mais ce n’est pas la peine de se raconter des histoires. Quand on supprime des emplois, on supprime des emplois.» Automobile, aérien, nucléaire, pharmacie, banques, médias… Les menaces sur l’emploi touchent des secteurs très variés. Des ouvriers aux cols blancs, 160.000 postes en France seraient menacés, selon une étude du cabinet Altarès. Pour la première fois depuis très longtemps, la phase attentiste habituelle avant une grande élection politique ne va pas être respectée «PSA, la BNP ou la SocGen sont des entreprises en général assez sensibles aux pressions des pouvoirs publics. Si elles se restructurent maintenant, c’est qu’elles estiment que la situation va se dégrader très sensiblement. L’année 2012 s’annonce extrêmement compliquée.»

Ni les Verts ni la gauche n’ont plus le temps de faire croire que le lobby des PME anti-nucléaires pourrait endiguer le chômage. La catastrophe est bien là, et aucune faction de droite grise ni de gauche colorée n’a les moyens de l’endiguer.

Publié par Frédéric Maurin à 22:49pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

23 Décembre 2011

Toutes mes excuses !

Personne n'est parfait

La preuve, j'avais oublié celle-ci :

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 00:57am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

23 Décembre 2011

Désormais, quand il y a une grève en France, les flics la cassent

Camarades et donc rompu(e)s au seconde degrès... cet article ne s'adresse pas à vous.

Pour les autres, retenez bien cela :

Désormais, quand il y a une grève en France...

TOUT VA BIEN !

Grévistes, n'ayez plus mauvaise conscience, n'hésitez pas à faire grève : la police et l'armée vous remplace si besoin. La preuve ici :

http://www.humanite.fr/social-eco/conflit-dans-les-aeroports-gueant-veut-des-forces-de-lordre-la-place-des-grevistes-486295

 

 

 

 

Vivement la prochaine grève longue des sage-femme, des médecins, des agriculteurs, de enseignants !

Que fera la police ?

Dormez en paix. Tout va bien.

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 00:25am - Voir le commentaire ()

21 Décembre 2011

Un nouveau traité européen

Un appel de www.brn-presse.fr/

Réunis le 9 décembre à Bruxelles, les dirigeants européens ont annoncé un nouveau traité. De l’aveu même de ses auteurs, si un tel texte devait entrer en vigueur, il constituerait un saut littéralement sans précédent vers l’abolition des pouvoirs nationaux les plus essentiels dans les domaines budgétaire mais aussi économique et social (lire l’analyse ).

 

La mise en œuvre des règles énoncées signifierait tout à la fois une austérité bien au-delà de tout ce qui a été imposé jusqu’ici – et ce, sans limitation de durée. Plus grave encore : quelque soit le choix des électeurs, un gouvernement se verrait expressément interdire d’appliquer une politique s’écartant de celles prônées par Bruxelles, ou de lancer une réforme économique ou sociale sans l’aval de l’Union européenne.

 

A côté de ce projet concocté par le duo Merkel-Sarkozy, le traité de Maëstricht, le traité constitutionnel, tout comme les accords internationaux (type AMI ou AGCS) font figure d’anodines bluettes.

 

BRN invite les associations, les groupes, les réseaux, les mouvements, les syndicats, et bien sûr les citoyens à prendre connaissance du projet en question. Et appelle de ses vœux des convergences sans exclusive à la hauteur de l’enjeu.

 

Si les ratifications devaient être lancées en mars, l’exigence minimale serait naturellement que les peuples soient consultés par référendum.

Publié par Frédéric Maurin à 23:24pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

17 Décembre 2011

La faute aux 35 heures

La crucifixion de Jésus et la chute de Louis XVI mis à part, l'Union pour une Minorité de Privilégiés a une explication très simple pour la plupart des malheurs publics : les 35 heures. C'est tellement ressassé,répété,suggéré par leurs médias aux ordres que l'on se décourage parfois de leur apporter une quelconque contradiction. Fatigué !

Bon on ne vas pas refaire le débat...quoique on aurait quelque chose à gagner sur ces thèmes "comment libérer le temps libre?", "réduire le temps de travail ou libérer le travail du capital?".

Mais s'il est vrai que l'aspiration à "travailler plus pour gagner plus" a été opératoire dans la victoire du nabot malfaisant. Il est essentiel de faire un bilan honnête de la loi sur les 35 heures, déjà passablement vidée de sa substance (défiscalisation des heures supplémentaires, glissement du salariat au statut d'autoentrepreneur sous la contrainte...)

 Mais pas ce soir, j'ai mal à la tête.

J'avais de plus déjà dit ici:  Non à l'augmentation des salaires ! ce qui me semblait essentiel.

En revanche, Sébastien Musset, chroniqueur de guerre néo-libérale  (http://sebmusset.blogspot.com/) lui a en revanche le moral : il s'est attaché à démonter une interview d'Olivier Dassault (fils de...) publiée sur Valeurs Actuelles (fille de...) qui indique évidemment la nécessité de revenir sur les 35 heures "ruineuses pour les entreprises comme pour l'Etat".

Bon, c'est dans ce lancinant argumentaire du rentier, allez-y voir : http://sebmusset.blogspot.com/2011/12/le-lancinant-argumentaire-du-rentier.html

Pour faire un bilan honnête des 35 heures, c'est sur Denis Clerc, d'Alternatives économiques, qu'il s'est appuyé. 

C'est rigoureux...dans le bon sens du terme. Pas de cette rigueur que Sarkozy et ses mandants veulent faire avaler au peuple en agitant des épouvantails.

Je reproduis donc cette analyse avec d'autant moins de mauvaise conscience que je suis abonné. Comme vous le serez vous-même après l'avoir lue :  

Les 35 heures ne sont pas coupables

Source :

http://www.alternatives-economiques.fr/les-35-heures-ne-sont-pas-coupables_fr_art_633_56742.html

 

Accusées de tous les maux par le gouvernement, les 35 heures affichent pourtant un bilan plutôt positif : elles n'ont pas alourdi les coûts salariaux des entreprises ni pénalisé la productivité des salariés, ont créé des emplois, même si leur mise en œuvre a pesé sur les finances publiques.

Le débat sur les 35 heures n'a jamais cessé. Mais il rebondit, sous l'impulsion des plus hautes autorités de l'Etat. Ainsi, le président de l'Assemblée nationale, dans l'introduction au Rapport de la mission d'information publié le 9 novembre sur « La compétitivité de l'économie française et le financement de la protection sociale », écrit que « le choc des trente-cinq heures, concomitant du décrochage français, [a été] facteur de désorganisation du tissu industriel comme de pénibilité au travail (…). » Le 28 octobre dernier, le chef de l'Etat, sur France 2, en parlait comme d'une « catastrophe sociale et [d'] une catastrophe économique », les accusant implicitement d'être à l'origine des délocalisations, de la désindustrialisation et même d'une « pression sur les salaires ». Passons sur le fait que l'argumentaire présidentiel paraît contradictoire : soit les 35 heures ont incité certaines entreprises à délocaliser en raison des hausses du coût salarial horaire qu'elles ont provoquées, soit elles ont abouti à faire pression sur les salaires, mais il n'est pas très logique de les accuser des deux maux à la fois. Dans ce procès, examinons plutôt les faits. C'est ce que je me propose de faire ici, à partir des données existantes, principalement celles de la comptabilité nationale, qui a le mérite de présenter une vue d'ensemble.

Le partage de la valeur ajoutée

Il convient de la mesurer « nette », c'est-à-dire après déduction des impôts, des éventuelles subventions d'exploitation et de la « consommation de capital fixe » (l'amortissement économique correspondant à l'usure effective et à l'obsolescence des équipements), de manière à ne retenir que ce qui est partageable entre le travail et le capital. Pour l'ensemble des sociétés non financières, en 1997, avant que la décision de passer aux 35 heures soit prise, le partage de cette valeur ajoutée est le suivant : 20,6 % vont au capital (excédent d'exploitation) et 79,4 % au travail salarié. En 2002, année où la loi est devenue obligatoire pour toutes les entreprises de plus de 20 salariés, le partage passe à 19,6 % et 80,4 %, soit un transfert d'un point de valeur ajoutée nette du capital au travail, soit 6 milliards de l'époque (environ 7 milliards en euros de fin 2011). Incontestablement, la loi sur les 35 heures a donc provoqué une augmentation relative du coût salarial, de l'ordre de 450 euros par salarié et par an. Mais cette augmentation a été transitoire et, dès 2007, la situation antérieure est rétablie, voire un peu améliorée pour les sociétés non financières : 21,1 % pour le capital, 78,9 % pour les salariés. Dans l'ensemble, les 35 heures sont donc digérées sur le plan des coûts salariaux. Cette digestion s'est-elle faite au détriment de l'emploi ?

L'évolution de l'emploi salarié

Ce dernier, dans les sociétés non financières, est passé (en équivalent temps plein) de 11,5 millions (1997) à 13,5 (2003), puis a continué ensuite à progresser plus lentement pour atteindre 14 millions en 2007. Même s'il n'est évidemment pas question d'attribuer aux 35 heures toute cette progression, la croissance économique ayant sans doute joué le rôle essentiel [1], la RTT a aussi participé à l'amélioration conjoncturelle, en renforçant la baisse du chômage. Toutefois, dans l'industrie, principale branche exposée à la concurrence étrangère (tant pour le marché intérieur qu'à l'exportation), les effectifs n'ont pas augmenté de la même manière : faible progression entre 1997 et 2001 (passant de 3,92 millions en 1997 à 3,96 millions en 2001, toujours en équivalent temps plein), puis déclinant ensuite assez rapidement (3,54 millions en 2007 [2] soit une perte de plus de 420 000 emplois). Cette baisse d'effectifs dans l'industrie est-elle imputable aux 35 heures ? On peut en douter, car, au cours des années précédentes, sur le même laps de temps (soit de 1991 à 1997), le nombre d'emplois dans l'industrie était passé de 4,4 millions à 3,92, soit une diminution relative (– 11 %) similaire à celle observée dix ans plus tard, entre 2001 et 2007 (– 12 %). Certes, aucune « loi » n'impose que les effectifs fondent ainsi mécaniquement dans l'industrie. Mais il s'agit seulement de souligner que cette fonte n'a pas été plus rapide au cours des années 2000 qu'elle ne l'avait été au cours des années 1990, et que les 35 heures ne l'ont pas accélérée : elles ont même eu le mérite de stopper l'hémorragie d'emplois industriels durant quelques années. La désindustrialisation – si telle est bien l'explication de cette baisse des effectifs – n'est pas née avec les 35 heures : le pire que l'on puisse dire à leur propos est qu'elles ont maintenu une tendance à la désindustrialisation qui leur préexistait.

L'évolution de la productivité

Toutefois, même cette explication ne semble pas très convaincante. Car la valeur ajoutée des branches industrielles (mesurée « brute », donc sans retirer la consommation de capital fixe, qui n'est pas disponible par branche), a progressé de 25 % entre 1997 et 2007 (en volume, c'est-à-dire après déduction de la hausse des prix à la production). Puisque, pendant cette même période, l'emploi (en équivalent temps plein) a diminué de 10 %, la productivité par tête a donc progressé de 39 %, soit au rythme annuel moyen de 3,3 %. Au cours des dix années précédentes (1987-1997), la progression de la valeur ajoutée brute (toujours en volume) avait été un peu moindre (+ 22 %), et les gains de productivité par salarié avaient été de 40 %. On ne constate donc pas de différence sur ce point entre la période 1987-1997 et la période postérieure à 1997 : dans les deux cas, les gains de productivité par tête l'ont emporté sur la progression de la valeur ajoutée, ce qui a provoqué des destructions d'emplois. En revanche, ce qui est important, c'est que la productivité horaire a augmenté nettement plus rapidement à la suite des 35 heures que cela n'avait été le cas au cours de la décennie précédente. En effet, comme la durée annuelle du travail par salarié a reculé de 6,5 % entre 1997 et 2007, contre un recul de 1 % entre 1987 et 1997, la productivité horaire a progressé de 48 % durant la dernière période, contre 40 % durant la décennie précédente. Il est assez remarquable de constater que, sur ce point, l'intégralité ou presque de la réduction de la durée du travail a été compensée par un surcroît de productivité horaire : les 3,54 millions de travailleurs de l'industrie de 2007 ont, malgré les 35 heures (ou peut-être grâce aux 35 heures, aux réorganisations et à la moindre fatigue qu'elles ont provoquée) produit en moyenne 69 000 euros de valeur ajoutée industrielle par tête en 2007, contre 50 000 (en euros constants) dix ans auparavant (+ 38 %). Et contre 37 000 vingt ans auparavant, soit + 39 % de progression entre 1987 et 1997. Les entreprises industrielles, dans l'ensemble, ont réussi à effacer les 6,5 % de baisse effective du temps travaillé.

L'évolution de l'excédent brut d'exploitation (EBE)

Cet EBE mesure la valeur ajoutée que conserve le capital. Cet excédent ne doit pas être confondu avec le profit, puisqu'il doit permettre de couvrir les charges que sont notamment les intérêts des emprunts et le renouvellement des équipements. Son évolution montre si la situation financière des entreprises industrielles s'améliore ou se dégrade. Entre 1987 et 1997, l'EBE a progressé en valeur de 25 %, Durant la décennie suivant, la progression de l'EBE a été de 18 %. Il n'y a donc pas eu dégradation, mais simplement ralentissement. Ce dernier ne doit rien à la progression des salaires, au contraire : la masse totale des rémunérations, cotisations sociales incluses, a nettement plus progressé entre 1987 et 1997 (+ 29 %) qu'au cours de la décennie suivante (+ 16 %). C'est plutôt la compression des marges, du fait de la concurrence accrue, qui est à mettre en cause : alors que les prix à la production progressaient de 7 % dans l'industrie entre 1987 et 1997, ils ont diminué de 7 % durant la décennie suivante. Les 35 heures – dans l'industrie – n'ont pas modifié le partage travail/capital, quasiment demeuré stable sur l'ensemble de la période, puisque le total des rémunérations a progressé à peu près au même rythme que l'excédent brut d'exploitation (alors que les premières progressaient un plus vite que le second durant la période 1987-1997). Ce ne sont pas les 35 heures qui ont affaibli l'industrie française, puisqu'elles ont été compensées par des gains de productivité plus rapides, mais la concurrence, qui a contraint à diminuer les prix de vente unitaires pour faire face à la mondialisation.

L'évolution du Smic

Le Smic est un salaire horaire. Si l'on ne voulait pas que la réduction de la durée légale du travail entraîne une baisse proportionnelle du salaire mensuel des salariés payés au Smic, ou à un niveau proche, il fallait donc augmenter le Smic horaire. Ce fut d'abord au moyen d'une machinerie complexe – les « garanties mensuelles de rémunération » –, puis, en 2005, enfin, par une hausse du Smic. Ce dernier est donc passé (en brut) de 6,01 € de l'heure en 1997 à 8,44 € en 2007. Soit + 40 %, se décomposant de la façon suivante : + 17 % pour compenser la hausse des prix, + 11 % pour compenser la diminution de la durée légale du travail, et + 8 % correspondant à la hausse du pouvoir d'achat du salaire horaire brut moyen des ouvriers durant cette période (puisque le Smic est indexé sur moitié de cette progression, majorée de temps à autre par des « coups de pouce » gouvernementaux dont la finalité est que le pouvoir d'achat du Smic progresse à peu près comme celui des ouvriers payés davantage que le Smic). Seule cette dernière composante a donc constitué une progression de pouvoir d'achat. Etait-ce raisonnable ? Du point de vue patronal, sans doute non, puisque cela revenait à payer 8 % de plus des salariés travaillant 11 % de moins. Mais du point de vue des salariés concernés, ne pas assurer à ces derniers une progression de pouvoir d'achat au moins égale à celle des ouvriers aurait abouti à leur faire payer la note des 35 heures. La solution a donc consisté à réduire sensiblement les cotisations sociales patronales. Le dispositif existait déjà depuis 1993, et avait été modifié à plusieurs reprises. Début 1998, un salarié payé au Smic permettait à son employeur de bénéficier d'une réduction correspondant à 18 % du salaire brut, et cet allègement diminuait progressivement jusqu'à s'annuler à hauteur de 1,3 fois le Smic. Martine Aubry élargit sensiblement le dispositif, portant l'allègement à 26 % (du Smic brut), avec une dégressivité annulant l'allègement à 1,7 fois le Smic, mais pour les seules entreprises ayant passé un accord de RTT agréé. En 2003, le gouvernement Raffarin étendit cet allègement à toutes les entreprises (y compris les moins de 20 salariés, qui, alors, avaient la possibilité de n'appliquer les 35 heures qu'au terme d'un délai supplémentaire de deux ans), puis le porta à 28 % du Smic brut en faveur des petites entreprises. Si bien que, en 2007, les allègements de cotisations sociales patronales représentaient un coût de 20,5 milliards d'euros, supporté par les finances publiques, dont un peu moins de la moitié (9,3 milliards) résultaient de dispositions antérieurs aux 35 heures[3]. On peut estimer aujourd'hui le coût spécifique des 35 heures à une douzaine de milliards. Ce chiffre est à rapprocher du surcoût salarial engendré pour les entreprises du fait de la hausse du Smic destinée à compenser la réduction du temps de travail, et qui est estimé à 14 milliards. Autrement dit, pour les entreprises, la hausse du Smic a été neutralisée à peu près entièrement, mais par le biais d'une socialisation qui pèse désormais lourdement sur les finances publiques[4]. En d'autres termes, le surcoût du Smic n'est pas supporté par les entreprises (qui ne peuvent donc s'en plaindre), mais par les contribuables. In fine, cela peut peser sur l'économie, mais proportionnellement pas davantage que la suppression de la taxe professionnelle (coût : 12 milliards), la détaxation des heures supplémentaires (coût : 4,5 milliards), la baisse de la TVA sur la restauration (coût : 3 milliards) ou la réforme de l'ISF (coût : 1,6 milliard). Curieusement, au moins du côté de la majorité, ce sont les 35 heures qui sont accusées de creuser le trou du déficit public, pas les autres mesures pourtant aussi budgétivores.

Au total, pour l'ensemble de l'économie comme pour les branches industrielles, il faut arrêter de faire des 35 heures le bouc émissaire de nos difficultés. Elles ont incontestablement suscité des difficultés. Mais surtout dans la fonction publique où, à l'exception du monde enseignant, elles ont été accordées sans aucune contrepartie, comme une mesure sociale, le blocage des embauches étant supposé amener les services à effectuer des gains de productivité, alors que cela a débouché sur une dégradation du service public, notamment (mais pas seulement) à l'hôpital. Pour en revenir aux entreprises, certes, les données quantitatives utilisées sont globales, et il est bien possible que certaines entreprises aient souffert des 35 heures,  mais cela signifie alors que d'autres en ont bénéficié, puisque, dans l'ensemble, on ne voit guère d'effets négatifs. Dans les branches industrielles comme dans le reste de l'économie privée, les 35 heures ont été « digérées » par des gains de productivité et un recul (limité et transitoire) de la part du capital dans l'ensemble de la valeur ajoutée. Et aujourd'hui, la crise a fait bien plus reculer cette dernière que les 35 heures ne l'ont jamais fait. La conclusion est limpide : si l'on veut améliorer le sort des entreprises, de l'emploi et de l'économie en général, sortir de la crise est bien plus important que supprimer les 35 heures, qui ne sont plus un handicap, si tant est qu'elles en aient jamais été un.


Denis Clerc
Article Web - 07 décembre 2011

 Notes

  • (1) L'Insee attribue aux 35 heures un effet net positif de 350 000 emplois. Voir dans Economie et statistique n° 376-377 (juin 2005) l'article d'Alain Gubian, Stéphane Jugnot, Frédéric Lerais et Vladimir Passeron, « Les effets de la RTT sur l'emploi : des estimations ex ante aux évaluations ex post ». Mais ce chiffre n'inclut pas les effets indirects, liés notamment à la forte reprise de la demande issue de la diminution sensible du chômage.
  • (2) Auxquels il conviendrait d'ajouter 300 000 emplois intérimaires dans l'industrie, chiffre en très légère baisse sur la période 2001-2007.
  • (3) Ce qui n'empêche pas certains de tout mettre la note sur le dos des 35 heures.
  • (4) L'un des objectifs de la suppression de la durée légale hebdomadaire du temps de travail au bénéfice d'une fixation par branche ou par entreprise, qui fait partie du programme de l'UMP, est d'ailleurs de supprimer cette réduction. Le surcoût qui en résulterait pour les entreprises serait reporté sur les consommateurs par le biais d'une TVA sociale, qui réduirait d'autant le montant des cotisations sociales acquittées par les entreprises. Le problème, néanmoins, est que l'actuel allègement de cotisations sociales bénéficie aux employeurs seulement jusqu'à 1,7 fois le Smic, alors que le basculement des cotisations sociales vers une TVZ sociale bénéficierait à tous les employeurs dans des proportions similaires.

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Publié par Frédéric Maurin à 23:04pm - Voir le commentaire ()
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17 Décembre 2011

Cure de désintoxication

"Le contraste frappant qui existe entre la droiture naturelle de ce peuple et la corruption de ses maîtres a donné lieu à ce proverbe courant : Balak, bachidan Kokar (le poisson se pourrit par la tête"). Proverbe turc.

Nous en avions déjà parlé ici   :

Identité nationale : le poisson pourrit par la tête 

où il était question de "tenir sa langue pour ne pas être réduit au silence".

Aujourd'hui c'est Bastamag (www.bastamag.net) qui rappelle que le langage est aussi le terrain de la lutte des classes.

Et qu'à ce titre, une cure de désintoxication de la langue de bois est nécessaire...

Bravo Bastamag ! On se jette sur le pavé !

www.scoplepave.org

Alors que les licenciements sont devenus des plans de sauvegarde de l’emploi, ou que votre banquier se veut votre partenaire, il est temps de se poser certaines questions. Franck Lepage s’est lancé dans cette bataille très politique : celle des mots. Avec d’autres travailleurs socioculturels, lassés des euphémismes et des mensonges du langage du pouvoir, il a lancé une coopérative d’éducation populaire : la Scop Le Pavé. Leurs « conférences gesticulées » sillonnent la France... et la Toile.

Les vidéos de ses « spectacles » cartonnent sur la toile. La plus connue, « langue de bois » a été vue plus de 500 000 fois sur le Net (Youtube et Dailymotion cumulés). Il s’agit d’un extrait de six minutes d’un one-man show de Franck Lepage, Inculture(s). Ce n’est pas simplement drôle, c’est incroyablement intelligent, à la fois politique et instructif. D’ailleurs, ce n’est pas un sketch. Et Franck Lepage n’est pas un humoriste. Et ce ne sont pas vraiment des spectacles, plutôt des « conférences gesticulées ». La Scop (société coopérative et participative) Le Pavé, qui les produit, n’est pas une troupe de saltimbanques mais une coopérative d’éducation populaire, créée en 2007 par des travailleurs socioculturels, écœurés par le fonctionnement des institutions publiques.

« Je me suis battu pendant plus de dix ans au niveau national pour réhabiliter la question de l’éducation populaire. Et puis j’en ai eu marre. Nous étions plusieurs lassés ne pas pouvoir faire d’éducation populaire, à devoir nous prostituer dans des logiques de projets pour obtenir des subventions. Nous avons alors décidé de créer notre propre machin pour faire exactement ce que nous souhaitions », explique-t-il crûment. Franck Lepage a voulu monter sa boîte, et aussi voulu monter sur scène pour dénoncer « le mensonge de la démocratisation culturelle » : « Cette idée que balancer du fumier culturel sur la tête des pauvres, ça va les faire pousser et qu’ils vont rattraper les riches. »

Le langage, terrain de la lutte de classe

Inculture(s), son « spectacle », est parti de là. Un spectacle hybride, empreint de vulgarisation politique et de décryptage engagé. Une conférence gesticulée. Et cela a cartonné. Au point qu’il n’a plus arrêté et que toute l’équipe du Pavé a dû s’y coller. Aujourd’hui, il existe des conférences gesticulées sur l’école, le management, le travail et les retraites, la fin du pétrole, le sexisme, l’insertion… De son lieu d’ancrage au fin fond de la Bretagne (La Godais, un patelin d’Ille-et-Vilaine), l’équipe du Pavé accompagne aussi chaque année une vingtaine de personnes pour qu’elles puissent réaliser leurs propres conférences gesticulées.

En octobre dernier, Franck Lepage était invité à faire escale à Montreuil, en Seine-Saint-Denis. D’abord pour présenter Inculture(s) 2 (la suite) : « Et si on empêchait les riches de s’instruire plus vite que les autres... Ou comment j’ai raté mon ascension sociale » (voir l’extrait ci-dessous). Il y explique au moyen d’un parapente, devant un public de 250 personnes, comment le système scolaire actuel perpétue invariablement les inégalités sociales. Ensuite pour animer, en compagnie de son homologue Filipe Marques, de la Scop L’Engrenage à Tours, un atelier pratique de désintoxication de la langue de bois. « L’éducation populaire, c’est aussi se réapproprier un langage critique et inventer des modes de résistance au langage positif », qui, selon Franck Lepage, n’est rien de moins qu’un nouveau visage du fascisme, « si on veut bien comprendre le fascisme comme l’élimination de la contradiction ».

Êtes-vous défavorisés ou exploités ?

Des exemples ? Le capitalisme s’appelle désormais développement, la domination se nomme partenariat, l’exploitation se dilue dans la gestion des ressources humaines et l’aliénation a l’apparence d’un projet. « Ces mots, il faut les combattre, parce qu’ils ne sont pas inoffensifs. Ils modifient profondément notre réalité et nous font penser différemment », explique Franck Lepage, en introduction de l’atelier qui a réuni à Montreuil près de 70 personnes.

« Depuis les années 1970, des mots disparaissent et d’autres apparaissent. Ça ne se fait pas comme ça. Le pouvoir mène un travail considérable sur les mots. » Avant tout parce que le langage est un enjeu de lutte et de rapport de force entre classes dominante et dominée. « Avant, les pauvres, on les appelait les exploités. Aujourd’hui, ce sont des défavorisés. Si bien que votre perception n’est pas la même suivant qu’on utilise l’un ou l’autre terme. » Pourquoi ? « Dans un cas, vous pouvez penser la situation de la personne non pas comme un état, mais comme un processus qui s’appelle l’exploitation, avec nécessairement un exploiteur quelque part. Dans l’autre cas, le pauvre, c’est simplement quelqu’un qui n’a pas eu de bol, parce que le processus de “défavorisation”, ça n’existe pas, et les “défavorisateurs” non plus. C’est ce qui fait toute la différence. »

Votre patron : un collaborateur ou un partenaire ?

Pour mieux se convaincre de la perversité du capitalisme, il suffit, poursuit Lepage, d’observer l’évolution des ouvrages de management, qui font office de référence en matière d’idéologie des puissants. « C’est la théorie de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello, deux sociologues qui, dans Le Nouvel Esprit du capitalisme, ont cherché le mot qui revenait le plus souvent dans les manuels de management. En 1960, c’est le mot hiérarchie. Vu que les bouquins s’adressent à des dirigeants, ça paraît logique. Dans les ouvrages des années 2000 – surprise !–, le mot a disparu. Pourtant, la hiérarchie n’a pas disparu des entreprises. C’est simplement qu’on ne peut plus la nommer. Alors, à votre avis, quel est le mot qui l’a remplacé, et arrive maintenant en tête de liste ? » Dans la salle, chacun y va de sa proposition. « Participation ? Compétiton ? Collaboration ? Partenariat ? » Il y a de l’idée, mais ce n’est pas cela. « Alors vous aussi, vous sentez le piège quand on vous dit que votre patron, c’est votre collaborateur, et que votre banquier, c’est votre partenaire », ironise Lepage avant de livrer la solution. « Cela va vous surprendre, ce mot, c’est projet. Et ça, ça veut dire qu’aujourd’hui c’est lui notre nouvel ennemi. »

Pour combattre efficacement un ennemi, il faut d’abord le connaître, savoir d’où il vient et comment il se manifeste. Et nul besoin de chercher bien loin. Il suffit de se remémorer ses cours de français au chapitre « figures de style » pour décoder le mécanisme de la langue de bois. Rien de tel donc, qu’une petite séance de révision collective : « On démarre avec les euphémismes. Pour mémoire, cela sert à atténuer une réalité sociale pour nous la rendre moins violente. Je vous écoute », lance Filipe Marques, en prenant position au tableau. Dans le public, tout le monde semble se prendre au jeu. « On ne dit plus “vieux”, on dit “senior” », lance quelqu’un. « Cela, c’est magique, remarque l’animateur. Parce que dans notre esprit, un senior, c’est un vieux qui bouge encore. Avant, on parlait de personnes âgées, et puis on s’est rappelé que ça voulait dire vieux. Alors, c’est devenu troisième âge. Et maintenant c’est senior, mais ça peut encore évoluer. »

Vous êtes plutôt croissance négative ou discrimination positive ?

D’autres exemples suivent : les pays sous-développés, qui sont devenus les pays en voie de développement, puis les pays émergents. Les aveugles qui sont devenus les non-voyants, les chômeurs qui sont devenus des demandeurs et même des prospecteurs d’emploi (et maintenant des candidats à l’emploi, dixit le site de Pôle emploi). On pourrait y passer la journée, mais il y a encore plein d’autres figures de style à étudier. On passe à l’hyperbole, où chacun s’accorde à dire que « qualifier de prise d’otages une grève des transports, c’est vrai que c’est quand même un peu exagéré. »

Au tour de l’oxymore. « C’est la juxtaposition de deux réalités contradictoires, rappelle Filipe Marques, pédagogue. L’idée, c’est de mettre un terme positif à côté d’un terme négatif pour lui conférer une connotation sympathique. Ça fonctionne d’ailleurs très bien, et c’est pour ça que c’est une des principales catégories politiques », poursuit-il, en inscrivant au tableau les trouvailles de chacun : développement durable, discrimination positive, entreprise citoyenne, croissance négative... « Prenez l’égalité des chances, par exemple, intervient Lepage. Si on prend le temps d’y réfléchir calmement, on s’aperçoit que ça veut précisément dire inégalité. En gros, ça revient à dire que le lapin et la tortue, ils ont la même ligne de départ. » Après l’oxymore, on en vient naturellement au pléonasme, où l’on continue de bien s’amuser avec la démocratie participative, le lien social ou encore la solidarité active.

Licenciements collectifs ou plan de sauvegarde de l’emploi ?

Et la liste est encore longue ! Il y a même une catégorie qui n’est pas répertoriée dans la littérature française, mais très en vogue en langue de bois. Dans le lexique de l’éducation populaire, ils appellent ça des « technicisateurs ». « Il s’agit en fait de renommer de manière technique et moderne une réalité, afin de la revaloriser de manière tout à fait symbolique, en faisant croire qu’elle s’est modifiée. Plus insidieusement, ça permet aussi de passer d’une obligation de moyen à une obligation de résultat », définit Franck Lepage. Et voilà comment un balayeur devient technicien de surface, comment un distributeur de sacs poubelle devient un ambassadeur du tri ou une caissière un agent d’accueil. On s’attarde encore un peu sur la magie des anglicismes et sur la coolitude de « brainstorming, coach, team-manager et briefing ». Même chose pour les sigles, excellent moyen de faire oublier la réalité qu’ils recouvrent.

À regarder le tableau se remplir et à réaliser tous ensemble qu’aujourd’hui un licenciement collectif s’appelle un plan de sauvegarde pour l’emploi, on se dit que George Orwell dans 1984 (publié en 1949) avait déjà tout compris. Pas question d’en rester au stade du simple constat. Les révisions terminées, les participants sont tous invités à perfectionner leur pratique et leur connaissance de la langue de bois en se prêtant par petits groupes à une série d’exercices, telle que la traduction d’un article de presse en y supprimant les effets de langage, la rédaction d’une lettre de licenciement en hyperlangue de bois ou encore la réalisation d’un « ridiculum vitae »… (Un détour sur le site d’Attac, où sont répertoriés les différents travaux, est vivement conseillé…)

Résister par l’humour

« Tout ça, c’est super, parce qu’on s’aperçoit qu’on est tous lucides sur le phénomène, mais, concrètement, comment fait-on pour résister ? », interroge un participant. Car c’est bien là tout l’enjeu de cet atelier d’éducation populaire. « La première chose, c’est essayer de réinstaurer un rapport de force en se réappropriant ce langage dont on nous a privés, en appelant un chat un chat. Organisez des ateliers autour de vous, maintenant que vous avez vu comment cela fonctionne », répond Franck Lepage. Vidéos et outils méthodologiques sont disponibles sur le site Internet de la Scop Le Pavé. « Plus il y aura de gens désintoxiqués, plus nombreux seront ceux qui auront envie de résister. »

Et s’il y a quelque chose qui semble se combiner à merveille avec l’éducation populaire et que Franck Lepage manie à la perfection, c’est bien la résistance par l’humour. « Il y a un truc marrant à faire et que vous pouvez tester lors des vœux du maire, en assemblée générale, au prochain séminaire ou comité de votre entreprise, c’est de préparer des petits cartons sur le modèle des grilles de loto, où vous inscrivez des séries de concepts opérationnels, et que vous distribuez à des collègues complices. Le premier qui remplit sa grille a gagné et se lève pour crier “Bingo !” »

Linda Maziz

En savoir plus

L’agenda des conférences gesticulées sur le site de la Scop Le Pavé.

La rubrique dédiée à la désintoxication du langage, avec vidéos explicatives et un guide pratique pour animer un atelier est à télécharger directement sur le site.


Publié par Frédéric Maurin à 20:55pm - Voir le commentaire ()
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14 Décembre 2011

"Je ne suis pas marxiste,mais..."

Echange avec Emmanuel Todd repéré sur la revue Forum : http://www.revueforum.fr/

« La dette publique est un mécanisme d’exploitation financière des biens publics » – Entretien avec Emmanuel Todd

 ( A qui profite la dette ?  : une petite lecture marxiste de la dette, justement...)

Que vous inspire, aujourd’hui, l’état des services publics en France?

Je pense que le débat sur les services publics va changer parce qu’il entre dans une phase nouvelle. Les gens vont comprendre que la grande campagne de réduction des déficits publics ne va pas se faire par l’augmentation des impôts, mais par la diminution des dépenses. Et la diminution des dépenses, c’est la contraction des services publics. Les gens vont comprendre que la réduction du nombre des fonctionnaires constitue, en fait, une partie importante de la baisse de leur niveau de vie. Quand ils vont prendre conscience que la contraction des biens et des services mis à leur disposition par les hôpitaux, que la contraction du nombre de professeurs, d’enseignants et de bien d’autres choses encore, se traduit par la contraction de leur niveau de vie, le débat va un peu changer de nature. 

Jusqu’à présent, on avait des libres-échangistes, des ultralibéraux ou des socio-libéraux qui nous soutenaient que le capitalisme actuel fait, certes, monter les inégalités mais qu’il demeure somme toute bénéfique pour tous, notamment avec un zeste de redistribution pour que tout le monde soit vraiment encore plus gagnant. Là, nous sommes en train d’entrer dans une phase tout à fait nouvelle, celle où cette pseudo-théorie économique s’avère totalement démentie par les faits, où la pression par les salaires extérieurs, par les délocalisations, devient telle que le niveau de vie de la grande partie de la population commence à baisser.
Simplement, cette baisse s’opère par plaques et les différents indicateurs qui permettent de la mesurer sont encore trop éparpillés, voire inadéquats: les critères du fameux panier de la ménagère sont compliqués et confus; on se focalise souvent sur le salaire moyen, alors qu’il faudrait davantage prendre en compte le salaire médian parce qu’il constitue une photographie plus fidèle de la réalité sociale.

En fait, la baisse du niveau de vie n’est pas seulement une question de stagnation du pouvoir d’achat, mais se mesure aussi à l’aune de l’environnement dans lequel on vit?

Regardez ce qu’est la vie quotidienne d’un Français ordinaire. Un Français ordinaire a ou aura des enfants, il va les faire garder en crèche, les mettre à la maternelle puis à l’école primaire, etc. Tout cela constitue des dépenses prises en charge par la collectivité, auxquelles il n’aura pas à faire face. En fait, en termes de dépenses effectives ou de dépenses que l’on n’a pas à faire, le système français d’enseignement constitue une partie très importante de notre revenu effectif. L’une des façons dont les démographes expliquent le taux élevé de fécondité qui nous distingue de tous les pays d’Europe (deux enfants par Française) tient essentiellement à l’accueil en maternelle. Or, ce nombre d’enfants par femme est ce qui nous permet d’affirmer que la France va exister dans la génération suivante. Et il en va de même pour la santé, pour l’hôpital.
En fait, ce n’est pas parce que des biens ne sont pas fournis sur le marché que ce ne sont pas des biens réels. Les gens ordinaires, ceux qui ont un travail, un revenu qui stagne ou qui baisse légèrement vont se rendre compte que la contraction de la dépense de l’État et du service public se traduit par une baisse de leur niveau de vie. En fait, cela prendra souvent l’aspect d’une baisse de la qualité de la vie: des écoles surchargées par les fermetures de classes et les suppressions de postes d’enseignants, des hôpitaux au bord de l’asphyxie qui ne parvien- nent plus à fonctionner convenablement… tout cela fait partie de la baisse du niveau de vie.
Mais nous n’en sommes qu’au tout début. Pour le moment, on ne peut rien dire de tragique sur la situation sanitaire ou démographique de la France; en revanche, il faut regarder avec intérêt ce qui se passe aux États- Unis, censés être l’eldorado des libéraux. Les États-Unis ont commencé à enregistrer, à diverses périodes, des hausses de la mortalité infantile et des baisses d’espérance de vie; en fait, les États-Unis sont déjà confrontés à des problèmes de santé liés au libéralisme. En France, on n’y est pas encore, on est au point d’inflexion et les dégâts de tout cela n’apparaîtront complète- ment que dans dix à trente ans. Mais on peut encore arrêter la dérive.

La remise en cause des services publics a souvent pris la forme d’attaques contre les agents publics, censés être pléthoriques et peu productifs.

D’abord, ça n’a jamais été vrai. Je suis fonctionnaire, donc je le sais très bien. L’une des choses que l’on constate lorsque l’on est dans la fonction publique, c’est que beaucoup de gens y travaillent énormément, ne comptent pas leurs heures, s’investissent dans leur mission parce qu’ils sont dans une autre logique que celle du marché. Il est totalement faux de croire que les agents publics ne travaillent que pour leur salaire.

Cette diminution des moyens alloués aux services publics intervient dans un contexte où la crise économique rend pourtant leur existence encore plus nécessaire. Comment expliquez-vous cet aveuglement de la part de l’État, censé représenter l’intérêt général?

Quand on analyse l’État, il y a toujours une difficulté qui tient à son caractère multiple, à cette sorte de bi-fonctionnalité, d’ambivalence fondamentale de l’État. Dans la réalité, l’État est tout à la fois l’expression de l’intérêt général, mais aussi l’agent de domination d’une classe sur une autre ou plutôt un point d’équilibre du rapport de force entre classes.

C’est la raison pour laquelle, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France était dotée d’un État qui collait
au plus près à sa fonction d’intérêt général, quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place. Or, aujourd’hui, l’État redevient beaucoup plus fortement qu’avant un État de classe. Cela s’est particulièrement vu depuis l’irruption de la crise économique de 2008. On a vu alors des gouvernements s’agiter pour éviter l’effondrement des systèmes bancaires, pour relancer un peu la demande effective dans un contexte d’ef- fondrement de la demande mondiale, et donc beaucoup en ont conclu au grand retour de l’État et de l’économiste anglais Keynes. Terrible contresens! Pour Keynes, l’intervention de l’État visait à assurer l’équilibre général dans l’économie en regonflant la demande effective des pauvres ou des gens défavorisés. L’État agissait alors dans le sens de l’intérêt général et il pen- sait, en gros, que l’intérêt général passait par l’intérêt des masses ouvrières

Ce n’est plus le cas aujourd’hui?

À quoi assiste-t-on aujourd’hui? À un État qui a agi pour éviter l’effondre- ment du système, mais qui s’est mis au service des banques et des riches, sans contrepartie, en leur garantissant que leurs intérêts seraient pris en compte. La cause est entendue: plus personne ne croit sérieusement à l’efficacité du libéralisme économique; l’État doit intervenir. Mais cette intervention se fait prioritairement au service des riches! C’est ainsi démontré par James Galbraith, un économiste américain qui a écrit L’État prédateur –un livre magistral que je recommande à tout le monde–, dans lequel il explique comment les États-Unis d’aujourd’hui sont tombés sous la coupe d’une «classe prédatrice», financièrement aisée et qui contrôle le gouvernement.
Il faut absolument percer, dévoiler la nature de classe de l’État qui est en train d’apparaître et le type de gestion qui va avec. Par exemple, le véritable enjeu du débat sur la dette est en fait assez clair: la fraction du budget de l’État consacrée au service de la dette n’est rien d’autre que la fraction du budget de l’État consacrée au service des riches. Il s’agit de redonner encore plus d’argent à ceux qui en ont déjà trop, qui possèdent des titres, des emprunts d’État et auxquels il faut servir un intérêt. La dette publique, censée plomber les comptes de l’État, fait pleinement partie d’un mécanisme d’exploitation financière des biens publics par les classes supérieures, au même titre que les privatisations ou la vente des bâtiments de l’État.

La création de la Banque centrale européenne obéit-elle à la même logique?

C’est une erreur de croire que la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas l’État car les fonctions monétaires d’une banque centrale sont des fonctions d’État, tout comme ses décisions, son fonctionnement et même sa création. Dans le cas de la BCE, il s’est agi de mettre en place une structure dite indépendante –comprenez indépendante de la souveraineté populaire–, sous domination allemande, dont la mission est de protéger l’argent des riches, notamment en combattant l’inflation.
Je le dis clairement: je ne suis pas marxiste. J’ai toujours affirmé que le développement économique dépendait surtout de l’élévation autonome du niveau édu- catif consécutive aux révolutions religieuses du XVIe siècle. J’ai toujours été une sorte d’hégélien empirique, mettant l’esprit humain au-dessus de l’économie, en me disant que celle-ci n’était que la projection, dans le domaine de la production, des progrès de l’intelligence humaine. Dans mes modèles, j’essaye d’expliquer que les idéologies politiques sont aussi le produit de déterminants familiaux sous-jacents, ce qui n’est guère marxiste. Et pourtant, je ne peux que constater que l’observation attentive du système économico-politique français et de ses déterminants culturels et anthropologiques redonne toute son utilité à l’analyse marxiste en termes de rapports de force, de classes et d’exploitation.

Vous êtes partisan d’un protectionnisme au niveau européen, ce qui n’est pas vraiment un raisonnement marxiste…

Effectivement, l’une des bêtes noires de Marx, c’était Friedrich List, le grand théoricien du protectionnisme. Le protectionnisme consiste à prendre un espace défini –national ou plurinational– dans lequel, finalement, tout le monde est protégé; même si le protectionnisme a des effets différentiels sur les groupes sociaux car il favorise avant tout les ingénieurs, les ouvriers par rapport aux financiers. Dans le protectionnisme, sont présentes les notions de territoire et de solidarité des classes, ce qui s’oppose à l’idée que la lutte des classes est la chose fondamentale. En fait, le protectionnisme met le groupe, au sens national, au-dessus des classes avec, implicitement, l’idée de réconciliation de toutes les classes et de tous les groupes sociaux. À l’exception de l’oligarchie financière, qui a tout à y perdre.

On associe souvent le protectionnisme avec l’idéologie de la préférence nationale chère à l’extrême-droite.

C’est un mauvais procès, qui découle d’un amalgame malhonnête, et ceux qui s’y livrent ne sont souvent pas dénués d’arrière-pensées. Mais l’essentiel est ailleurs. L’extrême-droite ne peut pas soutenir sérieusement l’idée protectionniste pour au moins deux bonnes raisons. Tout d’abord, si le protectionnisme protège globalement la quasi-totalité de la collectivité (sauf le monde de la finance et de la rente), ceux qui sont aujourd’hui tout en bas de l’échelle sociale, les ouvriers à bas salaires ou les gens qui ont des difficultés économiques, en seraient les premiers bénéficiaires. À commen- cer par les enfants d’immigrés qui sont, hélas, omniprésents dans les fonctions à bas salaire.
De surcroît, la mise en place du protectionnisme dans un espace délimité se traduirait par une élévation des revenus de l’ensemble de la société et cette opposition absurde entre Français d’origine étrangère et Français d’origine française plus ancienne serait comme abolie, puisque les deux seraient protégés ensemble.
En fait, les idéologies xénophobes prospèrent précisément grâce au libre- échange, qui est une logique de la mise en concurrence de tous avec tous. Loin du discours dominant selon lequel il signifierait la paix et le doux commerce entre nations, le libre-échange se caractérise au contraire par la guerre économique à tous les niveaux. Les grosses puissances économiques s’affrontent aux petites mais aussi entre elles et cette logique de concur- rence se propage à tous les niveaux. Ainsi, l’Europe cherche tant bien que mal à tirer son épingle du jeu au niveau mondial, mais connaît aussi, en son sein, une division entre États membres et une résurgence des oppositions entre nations. Et celles-ci sont également traversées par des oppositions entre les groupes sociaux qui les composent.
Par exemple, l’idéologie libérale va stigmatiser les fonctionnaires, censés bénéficier d’un emploi à vie et ainsi être protégés des aléas du marché; elle va instaurer un clivage entre les fonctionnaires et le reste de la population. Or, la proposition protectionniste, parce qu’elle met en place, au niveau des frontières, des mesures protectrices qui bénéficient à tous, fait tomber cette opposition entre privé et public. Elle vise à recréer un espace protégé dans lequel les salaires des ouvriers, des employés et des classes moyennes du secteur privé augmenteront et dans lequel la fonction publique ne sera pas perçue comme une sorte de corps étranger privilégié, mais simplement comme une partie de la totalité sociale.

Comment analysez-vous la façon dont est posé le débat sur les grandes options économiques ?

Avec plusieurs économistes, nous avons fait réaliser un sondage qui met en lumière le fait que 80% des Français sont favorables à la mise en place d’un protectionnisme au niveau européen et qu’ils sont même 57% à le souhai ter sur le plan national, si l’Europe reste inerte. L’enquête d’opinion comportait également des questions sur les grands enjeux économiques actuels. Par exemple, les personnes interrogées ont parfaitement compris les mécanismes de la mondialisation, les délocalisations, la pression sur les salaires et la contraction de la demande globale qui en découlent.
Mais au fur et à mesure que l’on quitte la sphère de la production réelle pour aborder les problèmes monétaires, bancaires, ceux relatifs à la création de monnaie ou aux taux d’intérêt, le degré de compréhension diminue. C’est clairement le cas pour ce qui est du débat sur la dette publique: il y a une confusion entre le budget de l’État et le budget privé d’un ménage et la plupart des gens ignorent qu’un État –contrairement à un ménage– peut créer de la monnaie (à condition qu’il décide de récupérer cette prérogative, bien sûr), que les banques, simplement en prêtant de l’argent,créent aussi de la monnaie. S’ensuivent tout un tas de croyances qui posent quand même question. En matière d’inflation, la plupart des gens pensent qu’avoir une monnaie qui perd un peu de sa valeur chaque année est un problème, et ceux qui soutiennent le contraire risquent d’être perçus comme un peu loufoques. Mais ils oublient qu’à l’époque où l’inflation était forte, durant les Trente Glorieuses, ils vivaient beaucoup mieux, ne serait-ce que parce que l’inflation grignotait leurs emprunts et leurs dettes. Les principaux bénéficiaires de l’inflation sont les emprunteurs et les premières victimes sont ceux qui vivent de leurs rentes. Voilà pourquoi Keynes disait que l’inflation était «l’euthanasie des rentiers», et ce n’est pas un hasard si les statuts de la Banque centrale européenne lui assignent pour objectif la lutte contre l’inflation..

Cette difficulté d’appréhension s’explique-t-elle en fonction du niveau social ?

Absolument pas. Beaucoup de gouvernants, y compris parmi ceux qui ont été ministres de l’Économie et des Finances, ne maîtrisent pas les mécanismes monétaires et se contentent de reprendre les fiches préparées par leurs services. Dans le même registre, je pense que Jean-Claude Trichet, par exemple, a une vision extrêmement limitée de l’économie et de ses marges de manœuvre –ce qui le réduit au rôle d’idiot utile. Les hauts fonctionnaires de Bercy utilisent le théorème du bocal de cornichons: selon eux, tout corps étranger plongé dans un bocal de cornichons finira, tôt ou tard, par devenir lui-même un cornichon; ce n’est qu’une question de temps. En langage décodé, cela signifie que n’importe quelle personne qui se retrouve nommée ministre du Budget ou de l’Économie, quelle que soit sa conception politique, finira par épouser la pensée dominante, celle véhiculée par la haute administration qui dirige, de fait, le ministère. La métaphore me plaît d’autant plus qu’elle implique que les hauts fonctionnaires de Bercy sont des cornichons qui dirigent sans comprendre et qui sont donc, eux-mêmes, dominés!

Pour le coup, il s’agit d’une conception très marxiste selon laquelle l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante…

Oui, mais ce qui est inaccessible au marxisme, ce sont les situations où les classes dominantes ne sont même plus capables de percevoir leur intérêt tant elles sont égarées dans l’Histoire. Et nous sommes précisément plongés dansun tel contexte: il est évident que l’accumulation de l’argent telle qu’elle se produit aujourd’hui n’a plus aucun sens. Nos classes dirigeantes ont construit une monnaie unique qui ne peut pas fonctionner, qui est au bord de l’explosion. L’euro va disparaître car il est, sous sa forme actuelle, condamné et les classes dirigeantes commencent à le pressentir, ce qui les rend si nerveuses. Du reste, ce constat que les gens d’en haut ne savent plus où ils en sont est peut-être ce qui est le plus angoissant dans la situation actuelle.

Les classes dirigeantes n’ont-elles pas intérêt à sauver l’euro?

Même si la préservation de l’euro est l’intérêt des classes dirigeantes, celles-ci ne parviennent pas à le sauver car il existe des forces historiques qui sont plus puissantes qu’eux. Une classe dirigeante n’est pas maître du monde et de la réalité. Vous pouvez toujours décider que les différences entre pays européens –qu’elles soient économiques, historiques, sociologiques, culturelles ou que sais-je encore– sont marginales, que la mise en place d’une monnaie unique va, tel un deus ex machina, homogénéiser l’Europe. Mais la réalité est tout autre, les différences demeurent et, pour ne prendre que cet exemple, le taux de natalité est de deux enfants par femme en France et de 1,3 en Allemagne. Et l’euro accentue au contraire ces divergences, tout en produisant des dysfonction- nements en cascade. L’Allemagne s’est adaptée en faisant de la zone euro, qui ne peut plus se défendre par la dévaluation, une aire privilégiée pour ses exportations, tout en délocalisant une partie de sa production dans la partie de l’Europe qui n’appartient pas à la zone euro. Ce faisant, elle génère des problèmes de déficits commerciaux et publics supplémentaires dans tous les pays de la zone euro, qui sont pourtant censés être les partenaires de l’Allemagne et avoir les mêmes intérêts.

Le fait national ne serait donc pas soluble dans le libre-échange?

En fait, le concept national finit toujours par se rappeler au bon souvenir de ceux qui avaient décidé de l’ignorer ou qui le tenaient pour mort et enterré. C’est une donnée presque mystérieuse: la France n’existe pas qu’à travers son État. Elle vit aussi en tant que système constitué de multiples paramètres de mœurs, de langue, de rapports entre hommes et femmes. Ce système est en fait très solide et même les pires partisans du libre- échange et de la mondialisation y appartiennent, qu’ils le veuillent ou non. Lorsque les classes dirigeantes françaises finissent par n’être attachées qu’a des projets supranationaux, par se raconter que la France n’existe plus, elles souffrent en fait d’un vrai problème d’identité nationale, beaucoup plus réel et grave que celui dont on affuble les enfants d’origine étrangère et musulmane. Même en s’affrontant à la police dans les banlieues, les enfants d’immigrés sont pleinement français. En ne basculant pas véritablement dans la guerre civile, ils montrent qu’ils sont des petits Français très semblables aux enfants de bourgeois qui manifestaient dans les rues de Paris en 1968. Il n’en va malheureusement pas de même pour les classes dirigeantes, dont une large proportion a pour tradition de trahir son pays.

Comment expliquez-vous ce décalage entre le discours officiel et la réalité sociologique de la société française ?

La situation historique actuelle est difficile à saisir car elle est paradoxale. Elle intègre toute une partie de la période précédente qui était, somme toute, plutôt gentille, apaisée. Mais au-delà, la réalité sous-jacente de la société révèle une montée de la violence, notamment au niveau des rapports économiques. Or, cette violence va forcément finir par émerger de façon visible. Par exemple, la question de la dette publique et du poids des marchés est quelque chose de très violent. Il suffit d’observer le sort de la Grèce, qui se retrouve en situation
coloniale, sommée de vendre la plupart de ses biens d’État à des fonds étrangers, pour s’en convaincre. La baisse du niveau de vie va projeter en pleine lumière cette violence qui va finir par être dominante. La logique de la situation est une logique violente et lorsque Sarkozy parle violemment, il est dans la logique de l’époque. Ce qui n’est pas le cas des socialistes qui mettent un point d’honneur à se comporter comme des gens bien élevés, raisonnables, qui ne veulent pas faire de vagues. En un sens, ils ne sont pas dans leur époque, ils sont l’objet d’un certain déphasage. Mais nous sommes dans une phase où l’Histoire avance plus vite que les esprits. Les promoteurs du libre-échange et de la monnaie unique avaient gagné la bataille des idées en réussissant à faire croire qu’il n’y avait qu’une seule voie possible. Pourtant, les lignes commencent à bouger car l’Histoire est en marche; simplement, au train où vont les choses, l’euro explosera avant que le débat idéologique soit arrivé à maturité.

Si l’euro explose, que se passe-t-il concrètement?

Plein de choses! Tout d’abord, il faut admettre que cela posera de gros problèmes conjoncturels. Dans un contexte de crise monétaire, les risquessont réels et il y aura des erreurs à ne pas commettre pour ne pas que la machine s’arrête. Mais je crois qu’il faut avoir une vision équilibrée de l’explosion de l’euro, car toute crise est toujours pleine d’opportunités. L’absurdité des classes dirigeantes sera flagrante et ce sera l’occasion de donner un coup d’air frais dans le système, de mesurer les capacités de réaction d’une société qui se rend compte qu’elle était partie dans une mauvaise direction et qu’elle doit se ressaisir. Il y aura un effet libérateur et toutes sortes de choses paraîtront tout à coup possibles, y compris pour la liquidation de la dette publique.
Naturellement, on pourrait imaginer que les élites vont ramener le capita- lisme sur une voie moins chaotique, ne serait-ce que pour préserver leurs intérêts. Mais ce n’est clairement pas ce qui se profile. L’aveuglement fait partie de l’Histoire et celle-ci n’est pas faite que de rationalité. C’est durant les années trente, alors que le monde occidental est ravagé par la crise économique, que Keynes prêche en faveur de l’action régulatrice de l’État, notamment via la dépense publique et sa fameuse Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, publiée en 1936. Mais, en Alle- magne, Hitler est déjà parvenu au pouvoir depuis trois ans et, en mettant en place une économie de guerre, d’investissement militaire, a ramené le chômage à un taux insignifiant. L’Histoire est allée beaucoup plus vite que la théorie et, pour la plupart des puissances occidentales, la véritable sortie de crise ne sera mise en place qu’au lendemain de la guerre. En clair, les solutions aux crises économiques et historiques de l’Histoire sont rarement appliquées à temps.

Publié par Frédéric Maurin à 23:10pm - Voir le commentaire ()
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13 Décembre 2011

Personne n'est parfait

Tous les indicateurs sont au rouge...ce devrait donc être le moment de foncer! Et poutant : ce 13 décembre, je cite Les Echos (19/11) :

"L'intersyndicale va diffuser un « appel commun » pour dénoncer auprès des salariés le plan de rigueur du gouvernement. Des rassemblements locaux seront organisés le mardi 13 décembre, mais sans manifestations ni grèves."

 

Les marchés tremblent ! Bussiness Europe, Ernest-Antoine Seillière sont tétanisés.  Tremblez ! L'Union pour une Minorité de Privilégiés se saborde, ses membres se terrent dans les égouts, les derniers actionnaires disparaissent avec les derniers publicitaires, Sarkozy est placé en centre de rééducation par le travail au SMIC jusqu'à 67 ans avec des chefs de service anxiogènes....

Je me réveille et, personne n'est parfait, je regarde Le Monde, ses deux dernières "premières de couverture" :

- lundi 12 décembre : Marine Le Pen mise sur les déçus de Nicolas Sarkozy

- mardi 13 décembre : M.Sarkozy : "C'est une autre Europe qui est en train de naître".  

Les termes de l'élection présidentielle sont posés. Pas de Plan B .

Il y avait quelque chose de prophétique dans cet éditorial du 30 avril 2010 par lequel Le Plan B arrêtait sa parution. J'ai bien envie de faire pareil : 

En mars 2006, entre la victoire du « non » au référendum sur la Constitution européenne et le triomphe de la bataille contre le CPE, les fées de la lutte sociale s’étaient penchées sur le berceau de la jeune publication sardone. Agitant leurs banderoles magiques, elles avaient prévenu qu’un journal de critique des médias et d’enquêtes sociales tirerait sa force de son ancrage dans les cortèges autant que de son audience. Entrelacer guerre sociale et guerre des idées, nourrir celle-ci au lait de celle-là  : la ligne était tracée.

Las  ! Depuis cinq numéros, ventes en kiosque et abonnements fléchissent, maintenant l’esquif à peine au-dessus de l’étiage. Mais, surtout, la diffusion militante s’effondre, passant de 3 500 exemplaires à moins de 200. Ce coup de sabre dans les jarrets reflète une humeur générale faite de braises sombres et de colères rentrées. La violence de la crise sociale et le sabotage des mobilisations de 2009 par les directions syndicales ont produit leur effet. Nous avons pris notre part à cette désaffection en n’animant plus avec la même constance les centaines de réunions publiques qui unissaient, par-delà le papier, le journal à ses lecteurs. La raréfaction des manifestations a fait le reste.

L’Internationale sardonique a donc décidé de suspendre la parution de son organe tant que les conditions d’une relance ébouriffante ne sont pas réunies. Bien des groupes militants se sont fixé pour seul objectif de faire vivre leurs structures… Le Plan B s’en voudrait de marcher sur leurs barbiches. En effet, la Sardonie n’a pas vocation à installer des apparatchiks de la contestation. Décrivant les principes fondamentaux de la guerre de partisans élaborés en 1928, Mao explique  : « L’ennemi avance, nous reculons  ; l’ennemi s’immobilise, nous le harcelons  ; l’ennemi s’épuise, nous le frappons  ; l’ennemi recule, nous le pourchassons. [1] » Un journal qui mord et fuit, telle est notre tactique depuis dix ans.

Dix ans  ? Oui  : en juin 2000, 20 000 numéros zéro d’un journal baptisé PLPL (Pour lire pas lu) inondent les rues de Millau lors du rassemblement de soutien aux inculpés de la Confédération paysanne. D’abord diffusée sous le manteau, puis sur abonnement et partout où l’on se tient debout, l’étincelle PLPL embrase la morne plaine de la presse de centre gauche. Projetant son venin sardonique sur « les médias qui mentent, les patrons qui plastronnent et la gauche qui capitule », PLPL libère un territoire intellectuel où convergent les résistants les plus aguerris et les plus joyeux  : la Sardonie. Ce nom découle d’une objection formulée par l’écrivain Günter Grass à notre parrain Pierre Bourdieu en 1999  : « Je n’ai pas dit que nous vivions une époque drôle. Mais le rire sarcastique, sardonique, libérateur, c’est aussi une manière de protester. »

Seul contre tous, mais équipé d’une colonne vertébrale, PLPL charge les légions de quadrupèdes qui règnent sur les médias dominants. Repolitiser la question de la production de l’information, exposer les biais d’un traitement systématiquement hostile aux salariés et aux chômeurs, arracher leur masque de respectabilité aux éditorialistes et aux intellectuels à gages, mettre en garde les contestataires contre l’impasse de la stratégie médiatique  : en 2006, Le Plan B reprendra ces objectifs à son compte, en y ajoutant celui de l’enquête sociale, qui confronte le monde réel à celui fabriqué par le Parti de la presse de l’argent.

La critique des médias se renouvelait alors. Elle pilonnait les faux impertinents (Michel Field, Philippe Val…) dont le discrédit actuel fait oublier à quel point ils furent adulés. Elle était portée  ; elle était dangereuse. Ceux qui s’y livraient étaient assimilés à des nazis par Le Monde, dont la direction tricéphale (Alain Minc, Edwy Plenel, Jean-Marie Colombani) représentait le comité central de la bourgeoisie (financière, moustachue, traditionnelle). Des proscrits nous encourageaient – « Temps futurs  ! Vision sublime  ! Les peuples sont hors de l’abîme »  ; des perroquets chauves et mélancoliques couinaient dans les jupes du pouvoir contre notre « antijournalisme de poubelle ». À chacun son style. Quand, pour fêter son lancement, Le Plan B pirata l’antenne de France Inter et envoya l’animateur Stéphane Paoli à l’hôpital avec une congestion cérébrale, les courriers indignés affluèrent (« Mais comment osez-vous, un homme si bon  ! »). Nos plumes hilares brisaient leurs hallebardes.

L’atmosphère a changé. On ne nous hait plus, on ne nous injurie plus. Les traits vipérins s’espacent, le chyme claircit (voir la déclaration d’amour ci-contre). Qui se trouve hors d’état de susciter l’adversité frôle la mort politique. À l’exception de la Garde des lecteurs sardons, qui parfois plie mais jamais ne rompt, on nous achète sans conviction, on nous jette un œil sans éclat, on nous approuve sans en tirer de conséquences pratiques. On nous consomme. Certains s’en seraient contentés  ; pas nous.

Pendant que Le Plan B part aux champs, les grands médias traditionnels descendent au cercueil. Le Monde, Libération, Charlie Hebdo tutoient le dépôt de bilan  ; TF1 s’asphyxie  ; Lagardère quitte le navire du papier. Lecteurs et téléspectateurs fuient sur Internet et sur les chaînes câblées, emportant avec eux la manne publicitaire. Cette multiplication des canaux d’information et des informateurs a écrêté les centres de pouvoir éditoriaux. Hier, trois cathédrales faisaient carillonner la pensée dominante  ; mille bouches numériques la chuchotent aujourd’hui, mais avec la certitude de porter la voix du maquis. Assurément, Le Plan B n’a pas suivi ce tournant.

Simultanément, la critique des médias se banalise et, parfois, dégénère. Des politiques s’en font parure pour gagner quelques points dans les sondages  ; des blogueurs commentent sans fin les commentaires pour doper l’audience de leur site  ; des amuseurs rivalisent de sarcasmes pour accroître leur notoriété  ; des bobos braillent « c’est la faute à TF1  ! » pour s’épargner la peine d’une analyse sociale et politique. Mais tous se pâment devant Florence Aubenas. Nous ne croyons pas au journalisme, ni à sa figure centrale, personnification d’une illusoire liberté petite-bourgeoise. Dans nos régimes, l’information prolonge la guerre des classes par d’autres moyens. Qui la possède la contrôle, fût-ce au prix d’un zeste de dissidence ou de dérision tarifée.

Satirique et mordante, la Sardonie ne se résume pas au ricanement hors sol, version comique de l’art pour l’art. Dans la tradition carnavalesque, le rire populaire caractérise un monde parallèle où hiérarchies, castes et contraintes s’inversent. De la même manière, le rire sardonique est lié à l’ordre social dans un rapport de renversement. Sans ce dernier, il n’est rien. La critique radicale des médias n’est pas une fin en soi. Elle s’inscrit dans un projet politique et vise à détruire l’obstacle que les grands moyens d’information dressent sur la voie de l’émancipation.

C’est peu dire qu’il reste à faire. Les médias mentent toujours, les patrons plastronnent encore, la gauche capitule inlassablement. Mais au moins ces vérités-là sont-elles chevillées aux esprits. Celui de la Sardonie a irrigué des dizaines de journaux et de radios alternatives, des centaines de blogs. Malgré ses difficultés perpétuelles, la presse libre germine et prépare les embuscades. Nous comptons sur notre fidèle vitrine universitaire, Acrimed, pour porter l’estocade à l’ex-complice d’Alain Minc, Edwy Plenel [2], et pour analyser la stratégie médiatique des formations de la gauche de gauche.

En attendant notre reparution, dans un mois, dans un an, au détour d’une manifestation, sous un pavé, pour tirer un coup de pistolet dans la noce des satisfaits, l’Internationale sardonique nous communique ce message inspiré des Raisins de la colère de John Steinbeck (chapitre 28)  : « La Sardonie sera toujours là, partout, dans l’ombre. Partout où tu porteras les yeux. Partout où il y aura une bagarre pour que les gens puissent avoir à manger, la Sardonie sera là. Partout où il y aura un flic moustachu en train de passer un type à tabac, la Sardonie sera là. Dans les cris des gens qui se mettent en colère parce qu’ils n’ont rien dans le ventre, la Sardonie sera là. Elle brille de mille feux.
Feu  ! Feu  ! Feu  ! »


Publié par Frédéric Maurin à 22:22pm - Voir le commentaire ()
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4 Décembre 2011

Euro : vers un monnaie commune ?

Excellent article relevé dans l'arène : http://l-arene-nue.blogspot.com/

Ils sont quatre, réunis en cette matinée du 14 septembre dans une salle de travail de l’Assemblée nationale. Quatre hommes politique de tous horizons, rassemblés à l’appel de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange » afin d’examiner les ressorts de cette crise économique et financière qui n’en finit plus de secouer l’Europe.

Aux côtés du radical François Loos, ancien ministre, figurent trois candidats à l’élection présidentielle de 2012 que rien, a priori, ne devait conduire à se rapprocher. Et pour cause : venus d’horizons différents, ils ont également adopté des stratégies fort dissemblables. L’un, Arnaud Montebourg, est membre d’un grand parti, où il essaye de faire entendre sa petite musique démondialisatrice, en se portant candidat aux primaires. L’autre, Jean-Pierre Chevènement, a quitté ce même parti socialiste il y a fort longtemps. Il envisage aujourd’hui une « candidature pédagogique », dans le but de « faire bouger les lignes ». Le troisième, Nicolas Dupont-Aignan, tourna le dos à l’UMP en 2007, pour ne pas écorner ses convictions gaullistes. Il portera en 2012 les couleurs de son mouvement, Debout la République.

Le colloque débute par une mise en bouche : quelques exposés d’économistes tels Jean-Claude Werrebrouck, Jean-Luc Gréau, ou Hervé Juvin. Ils commentent un sondage IFOP réalisé à la demande de l’association organisatrice. Cette enquête, d’abord menée en France, puis prolongée en Allemagne, en Espagne, en Italie et au Royaume-Uni, offre un verdict inattendu : les européens sont protectionnistes. A l’exception des Anglais, plus de 70 % des sondés sont favorables à l’augmentation des droits de douane aux frontières de l’Europe. Ce chiffre atteint même 80% du panel français.

Ce sondage traduit les inquiétudes de très nombreux européens quant aux effets de la mondialisation marchande. Mais lorsqu’interviennent à leur tour les trois présidentiables, c’est d’abord sur le terrain de la globalisation financière qu’ils se placent. En effet, cependant que les marchés s’affolent et que tous les regards convergent vers la Grèce, un diagnostic s’impose : nous traversons actuellement une crise de la dette, qui est également une crise de l’euro. Car cette monnaie dramatiquement surévaluée ruine notre compétitivité, affecte nos exportations et favorise les délocalisations. Sur ce point, Chevènement met en garde : « pas plus que l’arbre ne doit cacher la forêt, la question de la Grèce ne doit occulter le problème de l’euro ».

Pour sauver l’euro, Arnaud Montebourg s’est déjà prononcé pour une « monétisation de la dette » : il est favorable au rachat, par la Banque Centrale Européenne, de titres de dette des pays en grande difficulté. Une monétisation massive aurait notamment pour effet de dissuader la spéculation. Mais il semble désormais bien difficile d’aller au-delà des rachats de dette espagnole et italienne réalisés cet été par la BCE. Les allemands y sont globalement défavorables, et le seuil de tolérance de certains de leurs responsables semble désormais atteint. En témoigne la récente démission du chef économiste allemand de la Banque centrale, Jürgen Stark. Déjà en février, un autre allemand, Axel Weber, avait décidé de renoncer au remplacement de Jean-Claude Trichet, pour lequel il était pressenti.

Faute de solution, la monnaie européenne serait-elle donc vouée à disparaître, alors que se murmure l’hypothèse d’une sortie de la Grèce, qui ne manquerait pas d’entraîner à sa suite d’autres pays en quête d’oxygène, tels le Portugal, l’Irlande ou l’Espagne ?

Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Dupont-Aignan l’entendent d’une autre oreille. Car si la création de l’euro fut à leurs yeux une erreur, celui-ci existe bel et bien, et il serait très incertain politiquement de prôner l’abandon de ce que d’aucuns considèrent comme la réalisation majeure de l’Union européenne. L’un et l’autre se rejoignent donc pour défendre la mutation de l’euro en monnaie commune. Au lieu d’imposer un carcan à des pays économiquement très hétérogènes, cet euro adapté constituerait ce que Chevènement appelle « un toit européen commun », autrement dit « une devise européenne constituée d'un panier de monnaies nationales qui pourraient fluctuer dans certaines marges négociées ». Et Dupont-Aignan d’ajouter non sans audace qu’une telle mue de l’euro, loin de conduire à des sorties intempestives de l’eurozone permettrait à des pays non membres…d’y entrer !

Réunis aux côtés d’économistes de toutes obédiences, des candidats de droite et de gauche à l’élection suprême mettent un instant de côté leurs divergences, et parviennent à faire surgir des points d’accord inattendus. Quand d’autres, au sein d’une même famille politique, et parfois d’un même parti, s’invectivent pour des vétilles, il serait regrettable qu’ils ne soient pas entendus.

A l’heure où fleurissent des rumeurs concernant le rachat d’une partie de la dette italienne par l’empire du Milieu, il serait saumâtre que, pour ne pas avoir à écouter la supplique de la « conjuration des hétérodoxes », nous préférions nous vendre à la Chine.

Lire ou relire :
Lorsque Jacques Sapir propose la démondialisation   CLICK
Chevènement-Montebourg : pas de divergence   CLACK
Euro : par ici la sortie   CLOCK

 

CHEVENEMENT 2012 : "Vers une monnaie commune ?"

Entretien de Jean-Pierre Chevènement au Journal Sud Ouest, jeudi 17 novembre 2011.

Un accord avant le premier tour avec François Hollande est-il envisageable? 

Jean-Pierre Chevènement: J'apprécierai le moment venu. Tout candidat peut, par définition, se retirer. Y compris François Hollande s'il devait par exemple être moins bien placé que moi (sourire). 

Nous entrons dans une période de crise majeure. Il faut donner un sens à tout cela. Or l'horizon de Nicolas Sarkozy se limite au maintien du triple A. Et François Hollande peine à s'évader de cette logique purement budgétaire. D'où mon engagement. Il sera difficile de me faire entendre. On m'attaque déjà sur le 21 avril 2002, mon appartement… Cela ne m'effraie pas. 

Que pensez-vous de l'accord entre le PS et EELV sur le nucléaire? 
Infaisable. Cela revient à mettre 250 milliards d'euros en l'air. Et suppose de revenir aux chaudières à gaz et à charbon alors que les émissions de CO2 explosent. Le fameux audit sur l'EPR de Flamanville n'ira pas loin. François Hollande a conclu un accord politique qu'il nuancera s'il est élu avec une majorité élargie. Il a montré une fermeté certaine sur l'EPR. Il ne pouvait faire moins, tant celui-ci est vital pour nos exportations. 

Entre ce qu'elle nous rapporte à l'export et les économies qu'elle nous procure, la filière nucléaire pèse 12 milliards d'euros par an. Ce n'est pas sérieux de vouloir la démanteler quand le problème numéro un du pays est le déficit de 75 milliards de la balance commerciale. 

Il y a urgence à réindustrialiser le pays. J'avais démissionné de mon poste de ministre de l'Industrie en 1983 parce que le gouvernement n'allait pas dans ce sens. Aujourd'hui, cette idée s'impose.

Comment voyez-vous l'avenir de la zone euro? 
Si Nicolas Sarkozy était parvenu à convaincre à temps Angela Merkel de transformer la Banque centrale européenne en moteur, on aurait pu garder la monnaie unique avec un gouvernement économique européen. Et en faisant un petit pas vers le fédéralisme. Cela aurait été la meilleure solution. Mais l'Allemagne avance trop lentement vers cela. Et les événements se précipitent. L'arbre grec cachait la forêt italienne. Si l'Italie tombe malade, la contagion à la France sera immédiate. 

Je pense que nous serons contraints d'appliquer tôt ou tard le plan B. À savoir une mutation organisée de l'euro de son statut actuel de monnaie unique vers celui de monnaie commune. L'euro servant aux grands échanges internationaux et chaque pays revenant en interne à une monnaie propre, fluctuante et renégociée chaque année au niveau européen. 

Derrière cette situation se pose le problème majeur de la souveraineté et de la démocratie. Va-t-on construire une Europe post-démocratique, où les dirigeants seront désignés par l'urgence budgétaire comme c'est déjà le cas en Italie et en Grèce ? Jean-Claude Trichet est-il le futur Premier ministre de la France ? (sourire) Se dirige-t-on vers un fédéralisme coercitif, imposant à la France la fin de sa souveraineté, de sa force de dissuasion, de la gestion de son budget et de ses impôts ? 

Quelles sont vos solutions? 
Une monnaie moins chère, une mobilisation pour faire redécoller la croissance en réindustrialisant le pays, un retour à la souveraineté nationale et la mise en place d'une Europe réaliste. Le pire pour la France serait de rester collée à une mini-zone européenne à l'euro fort. En réalité, au mark.

Publié par Frédéric Maurin à 21:21pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

1 Décembre 2011

C'est le début de la fin !

C'est un vers de l'Internationale mais aussi une tribune captée ici :

http://www.gaucherepublicaine.org/

On la lit et on en cause après...

 

Crise de l’Euro : début de la fin et fin du début

La fréquence des crises devient de plus en plus forte. Sept ans entre le krach de la bulle internet en 2000 et le début de la crise immobilière aux États-Unis à l’été 2007 qui s’est poursuivi par le krach bancaire et financier de septembre 2008. Après une relative accalmie, 2010 voit le ressaut de la crise et,depuis, les dirigeants du monde multiplient les rustines sur un modèle dépassé et jouent au « jeu de la patate chaude » pour transférer les dettes à leur voisin. 

D’abord, c’est l’évolution du capitalisme lui-même qui voit sa profitabilité diminuer poussant ainsi les maîtres du monde à financiariser l’économie pour obtenir des taux de rentabilité plus élevés. En France, les mauvaises politiques se sont succédé et jamais la gauche plurielle au pouvoir ne les a remises en cause ; c’est en 1973 que Georges Pompidou, président, et Valéry Giscard d’Estaing, son ministre des finances, suppriment la possibilité du Trésor public d’emprunter directement à la Banque de France à des taux d’intérêt nuls ou très faibles. La Banque de France ne peut donc plus, à partir de cette date, utiliser la création monétaire pour combler les déficits publics. Seules les banques privées ont le droit de se financer à bas taux et de fournir des prêts à des taux prohibitifs. Et les États ne peuvent se financer qu’auprès des banques privées, au taux décidé par les marchés financiers dont la fonction est de fournir des taux de rentabilité élevés aux possesseurs de la finance. Cette disposition a été intégralement reprise dans les traités européens pour la Banque centrale européenne (BCE).

La contre-révolution fiscale visant sous des prétextes fallacieux à diminuer la fiscalité des plus riches, tant sur leurs revenus que sur leurs patrimoines, ou celle des entreprises en développant les taxes qui pèsent indistinctement sur tous les contribuables sans distinction de revenus et de patrimoine (comme la TVA par exemple) a accentué la triple crise. La progressivité de l’impôt n’existe plus. Ce n’est pas les dépenses publiques qui sont trop importantes (elles ont même baissé de 55 % du PIB en 1993 à 52 % en 2007) mais bien les décisions structurelles et la contre-révolution fiscale qui sont à critiquer. Oui, il faut revenir au pourcentage des recettes de l’État rapporté au PIB de 1982 soit 22,5 %. Ce n’est pas avec les 15,1 % (chiffres 2009) que l’on pourra se passer des marchés financiers. Car le problème est bien là : soit on se finance sur les marchés financiers, soit on a des prélèvements fiscaux et sociaux progressifs à la hauteur des enjeux.

Cette financiarisation de l’économie ne peut se maintenir qu’en transférant au voisin des dettes de plus en plus insupportables pour les peuples et d’abord pour les couches populaires (53 % de la population française) et les couches moyennes intermédiaires (24 % de la population française).
Ainsi, on transfère les dettes des banques spéculatrices aux États qui se refinancent auprès de leurs couches populaires et couches moyennes intermédiaires. Ce jeu ne durera que le temps que prendront à réagir les peuples excédés. Et ce n’est pas la mutualisation fédéraliste européenne voulue par les écologistes et les sociaux-libéraux (les fameux eurobonds) qui règlera le problème. Tout au plus, cela fera gagner du temps avant l’implosion. Tout simplement parce que dans le « jeu de la patate chaude », le cosmos (fin ultime du « jeu de la patate chaude ») ne peut rien pour la folie des ordolibéraux de gauche et de droite. La triple crise — économique, financière et de la dette publique — marque donc le début de la fin du système.

… et fin du début

Le début de la prise de conscience a démarré avec les 49,2 % du non à Maastricht et des 55 % du non au traité constitutionnel européen (TCE dont 31,3 % du non de gauche, avec la majorité de l’électorat socialiste). Pourtant Pierre Mendès-France dans une intervention célèbre du 18 janvier 1957 contre les traités de Rome avait déjà tout expliqué. Mais il faut du temps au temps. Les sociaux-libéraux, les écologistes et la gauche d’alternative n’ayant pas pris au lendemain du 29 mai 2005 les mesures qui s’imposaient en terme d’organisation et de projet politique, il n’y a pas eu de suite positive au début de la prise de conscience. L’arrivée tardive du Front de Gauche, plusieurs années après, n’a pas bénéficié de la prise de conscience de la remarquable campagne du TCE.  Maintenant, c’est l’approfondissement de la triple crise qui oblige à un retour de la prise de conscience. Nous sommes donc à la fin du début d’un processus chaotique de prise de conscience. Mais le fait de se rapprocher de l’implosion probable nous demande de franchir un nouveau gap dans la prise de conscience : le double processus des assemblées citoyennes et de l’éducation populaire tournée vers l’action en est la matrice incontournable.

Les prémices de l’action

D’abord les assemblées citoyennes. Elles sont prévues pour tenter d’obtenir pendant la campagne présidentielle une prise de conscience massive qui ne soit pas un simple comité de soutien au candidat du Front de Gauche. Elles sont là pour durer après la campagne, car seul le peuple peut prendre les choses en main devant la profondeur de la triple crise. Mais pour cela, il faut que ces assemblées citoyennes aient une assise très large et soient maîtres de leur ordre du jour avec une animation qui ne soit pas la simple courroie de transmission des dirigeants des partis constitutifs du Front de Gauche. Et donc une gigantesque campagne pour inviter tous ceux qui veulent que cela change et prendre en main leur destin. Pour l’instant, la grande majorité du peuple n’est pas au courant de cette proposition des dirigeants du Front de Gauche. Attendons…
Puis l’éducation populaire tournée vers l’action : la demande sociale est de plus en plus forte, parce que les citoyens éclairés prennent conscience que beaucoup de responsables politiques et syndicaux ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les structures d’éducation populaire indépendantes des organisations politiques, syndicales, associatives ou mutualistes comme ATTAC ou le Réseau Éducation Populaire voient bien un accroissement de la demande sociale. Malheureusement, les militants des partis politiques sont encore trop nombreux à croire qu’il suffit de faire de la propagande à l’ancienne autour de leur vérité pour mener à la transformation sociale.
Quant au couplage des assemblées citoyennes avec une université populaire proposant des cycles de conférences, il y en a trop peu en fonctionnement. Il y a donc loin de la coupe aux lèvres.

Mais cela ne suffit pas. Partant du caractère illégitime d’une partie de la dette – celle qui n’a comme finalité que d’engraisser les spéculateurs financiers et non le développement de l’économie réelle qui seule peut créer de nouveaux postes de travail à condition de les financer — partout en Europe, des comités locaux pour l’audit citoyen se constituent. Ces comités vont engager des campagnes d’éducation populaire tournée vers l’action. Soutenez-les. Organisez des réunions sur ce point. Contactez les conférenciers du comité national. Seules, l’éradication de la dette illégitime et la restructuration de la dette légitime peuvent déboucher sur un autre avenir que celui de plans d’austérité de plus en plus insupportables pour les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires.
Mais pour cela, il faut « se bouger » !

Publié par Frédéric Maurin à 01:03am - Voir le commentaire ()
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