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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

31 Mars 2012

L'Europe contre la gauche

 Un petit panomara des stratégies perdantes à gauche depuis 30 ans permettant de répondre à cette question :

Faut-il sauver l'euro ?


PULVÉRISER LE CADRE LIBÉRAL EUROPÉEN

Par le Mouvement politique d’éducation populaire.

Source : http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique76

Depuis trente ans, les libéraux de droite et de « gauche » ont pris prétexte de « l’intégration européenne » pour affaiblir les États. Non pas pour remplacer les puissances publiques nationales par une puissance publique européenne, mais au contraire pour tuer le principe-même de la puissance publique – comme expression de la souveraineté populaire et nationale -, en particulier dans le secteur des services (énergie, eau, transports, santé, éducation, banque, assurances, etc.).

Le M’PEP se livre dans ce texte à une analyse approfondie de la stratégie de l’Union européenne à propos de la Directive « Services », de l’Organisation mondiale du commerce avec l’AGCS, du gouvernement français avec la RGPP notamment, des collectivités locales françaises sommées de mettre en œuvre cette Directive.

Un panorama des stratégies perdantes à gauche depuis trente ans est effectué, accompagné de quelques propositions visant à redresser la barre. 

PULVÉRISER LE CADRE LIBÉRAL EUROPÉEN

Le rôle de l’Union européenne dans l’affaiblissement des puissances publiques nationales

La puissance publique ayant un rôle régulateur dans l’économie, ils l’ont affaiblie en invoquant un principe qui se trouve dans le traité de Rome (1957) : la libre-circulation des services et des capitaux. Le Traité de Nice (2001), autre traité européen, indique dans son article 56 que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites ». Et qui dit « libre-circulation », dit « libre-concurrence » ! A partir de ce principe, toute intervention publique, qu’elle soit financière ou à travers des lois (des règles sociales ou environnementales), devient une « entrave à la concurrence » !

Ce principe a surtout été activé à partir de 1986, quand Jacques Delors a proposé « l’Acte unique européen » dont le principe a consisté à passer du « Marché commun » au « Marché unique ». Principe ensuite consolidé par le traité de Maastricht (1992) dont l’objectif était de mettre en concurrence toutes les activités économiques... et même toutes les activités humaines.

Au moment même où se négociait le traité de Maastricht, se négociaient également les statuts de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Depuis 1994, cette puissante organisation – qui n’a aucune légitimité démocratique - est chargée de faire appliquer l’Accord général sur le commerce des services (AGCS). Il s’agit d’un programme à l’échelle internationale visant le démantèlement des services publics en faveur des entreprises privées, et de privatisation des services publics existants.

Un jeu de poupées russe

Au niveau international, l’OMC agit pour mettre en œuvre l’AGCS, un accord de libéralisation à l’échelle planétaire. 

Au niveau européen, l’Union européenne ne reconnaît pas les services publics car elle considère qu’ils sont incompatibles avec le principe de la « concurrence libre et non-faussée » ! Elle utilise le traité de Maastricht et le traité de Lisbonne pour élaborer et mettre en œuvre des directives – comme la Directive « services » (anciennement « directive Bolkestein ») portant sur la libre-circulation des services, au même titre que celle des hommes, des marchandises et des capitaux.

Au niveau national, le gouvernement a élaboré la RGPP (Révision générale des politiques publiques), qui va dans le sens des traités européens. En ce qui concerne le système hospitalier, la loi HPST (Hôpital, patient, santé, territoire) découle de la RGPP. Les « partenariats » public-privé (PPP), forme déguisée de privatisation, sont inscrits dans ces lois. C’est normal ! Car en inscrivant le traité de Lisbonne dans la Constitution française en 2007, le Congrès, à la demande de Sarkozy (et avec la complicité du Parti socialiste et d’Europe écologie/Les Verts), a rendu illégal en France le principe des services publics !

Au niveau local, les élus des collectivités (mairies, SAN, conseils généraux, conseils régionaux, etc.), qu’ils soient de droite ou de gauche, sont mis en demeure de respecter les traités européens et d’appliquer les directives européennes. Qu’ils le fassent de bon gré ou pas, tous le font, tous mettent en œuvre des directives libérales, la plupart du temps sans piper mot, sans alerter la population, sans créer de conflit...

Connaissez-vous la Directive « services » ?

L’Union européenne n’ayant pas retenu « public » dans « Service public », elle l’a remplacé par « intérêt général ». Elle s’est concentrée sur « Service » en ne laissant au mot que la dimension économique, le Service étant conçu comme une forme de produit.

Généralités

La Directive « services » adoptée en 2006 a pour objectif de faciliter « la liberté d’établissement des prestataires » et de faciliter la libre-circulation des services. Son objectif ultime est la mise en concurrence de tous les « prestataires », et tout particulièrement du public avec le privé. Il s’agit bien de sacrifier les services publics sur l’autel de la libre-concurrence. Cette directive s’appuie sur plusieurs articles du traité de Lisbonne : l’article 49 et les articles 56 à 62. Partant du prétexte d’assurer la libre-circulation des personnes, l’Union européenne impose d’un même coup la libre-création d’entreprise et l’accès aux services.

La notion de service est établie dans l’article 57 : « Au sens des traités, sont considérés comme services les prestations fournies normalement contre rémunération, dans la mesure où elles ne sont pas régies par les dispositions relatives à la libre-circulation des marchandises, des capitaux et des personnes. Les services comprennent notamment : des activités de caractère industriel, des activités de caractère commercial, des activités artisanales, les activités des professions libérales. » Le terme le plus important dans ces lignes est le mot « notamment », qui indique clairement que la liste n’est pas close.

Le « secteur par secteur »

Fin 2011, la Commission européenne fera un rapport complet sur la Directive accompagné de propositions de modifications concernant les domaines exclus du champ d’application. C’est-à-dire qu’elle se réserve la possibilité d’intégrer après 2011 de nouveaux secteurs qu’elle n’avait pu imposer dans un premier temps : toujours la stratégie lancinante du « secteur par secteur ».

A ce sujet, lisons ce qu’écrit le SGAE (Secrétariat général des affaires européennes) : « Compte-tenu du débat provoqué par la mise en pratique de la Directive « services », la France a privilégié une transposition secteur par secteur à une transposition globale. [...] La loi de modernisation de l’économie (4 août 2008), la loi de développement et de modernisation des services touristiques (22 juillet 2009), ou encore la loi HPST (21 juillet 2009) ont permis d’avancer dans la transposition de la directive. Il reste cependant un certain nombre de chantiers en cours. »

Petit panorama des stratégies perdantes à gauche depuis trente ans

Des collectifs par centaines en France se battent pour la défense des services publics. Ils remportent quelques victoires ponctuelles mais ne parviennent pas encore à faire reculer le mouvement général de libéralisation. Pour le M’PEP, les raisons se trouvent dans le mauvais choix stratégique des organisations syndicales et politiques de gauche très impliquées dans cette lutte.

Agir contre le gouvernement et seulement contre le gouvernement ?

Il faut lutter contre la politique libérale du gouvernement et donc contre la mise en œuvre de la RGPP et de la loi HPST. Mais la politique de casse et de privatisation des services publics à commencé bien avant l’actuel gouvernement ! En effet, depuis longtemps, une part importante de l’activité parlementaire dans notre pays consiste à traduire les directives européennes en droit français. Que les assemblées et les gouvernements soient de la gauche-libérale ou de la droite-libérale, le libéralisme avance dans notre pays depuis trente ans.

Changer l’Union européenne de l’intérieur ?

Il ne faut pas s’y tromper : le couple Sarkozy-Merkel semble parfois pouvoir modifier le pilotage de l’Union européenne à lui tout seul. Mais les quelques modifications qu’il entreprend rentrent parfaitement dans le cadre libéral des traités ! Aucune rupture par l’Union européenne d’avec la logique libérale n’est envisageable sans l’accord unanime des 27 États membres (règle fixée dans les statuts de l’UE). A quelle échéance peut-on espérer une telle conjoncture politique ?

Changer la couleur politique du Parlement européen ?

L’assemblée qui représente les peuples au niveau européen ne possède aucune compétence sur les traités communautaires et les accords internationaux. Or, ces traités et ces accords sont les véritables fondements des politiques européennes. C’est la Commission européenne (non-élue) qui a l’exclusivité en matière de propositions législatives. Le Parlement est donc cantonné à vérifier la conformité des directives que la Commission émet par rapport au droit européen (un peu comme le Conseil Constitutionnel en France).

Construire un grand mouvement social européen ?

Certes, il faut organiser les travailleurs à l’échelle européenne et coordonner les luttes. Mais il faut aussi être réaliste : lorsqu’on voit les difficultés à coordonner les luttes (et à construire l’unité) en France, on comprend bien qu’une telle perspective ne se réalisera pas à court terme au niveau européen. Que fait-on en attendant ? Depuis plusieurs années des résistances s’organisent pour sauver les services publics. Un certain nombre de syndicats agissent, mais ils le font toujours secteur par secteur. Pourquoi ? Pourquoi ne nomment-ils jamais la Directive services ? Le résultat est qu’ils n’interviennent que sur les effets et jamais sur les causes.

Porter au pouvoir un gouvernement vraiment à gauche ?

La quasi-totalité des mesures proposées par les organisations politiques de la gauche « de gauche », si elles parvenaient au pouvoir, sont incompatibles avec le droit européen. Or, refuser d’appliquer les directives et les lois européennes expose la France à de lourdes sanctions économiques. Comment ces organisations comptent-elles faire si elles parviennent effectivement au pouvoir ? A moins de se renier gravement, tout montre qu’elles n’auraient pas le choix : il leur faudrait désobéir et refuser de payer, c’est-à-dire construire un droit national socialement juste et protecteur - même si ce droit est incompatible avec les textes européens. Pour le moment, aucune de ces organisations n’a inscrit ces options dans son programme, ce qui les rend peu crédibles aux yeux des électeurs.

Revendiquer une loi cadre au niveau national ?

Certains pays ont décidé de se protéger, en partie tout du moins. Les Parlements de 26 pays sur 27 ont promulgué une « loi-cadre » pour définir « l’intérêt général » sur leur territoire et ont listé les services qui devaient échapper aux contraintes de la Directive services. Ainsi, par le principe de subsidiarité, ils ont établi une sécurité juridique pour toutes les collectivités territoriales redevables à la population de services qui ne soient pas basés sur la rentabilité. Le seul pays à ne pas l’avoir fait, c’est la France… Le gouvernement français est en effet le plus zélé des gouvernements européens en matière de libéralisation.

Il existe un collectif national (le collectif SSIG) qui revendique l’exclusion d’une série de services sociaux de la mise en œuvre de la directive services en France. Des parlementaires socialistes ont déposé un amendement dans ce sens qui n’a pas été voté. Cependant, cette sécurité juridique a ses limites. Les textes nationaux et les textes européens ne délimitent pas le même ensemble de "services sociaux". Ainsi, il est tout à fait possible d’être exclu de l’application de la Directive « services »... tout en restant soumis aux règles dégagées par le juge européen de la cour de justice de l’UE. Et ce, même après transposition complète de la directive (ce qui n’est pas encore le cas en France).

En réalité, il n’a jamais été question de permettre aux États de soustraire des services sociaux du champ de la Directive « services » : en vertu de la jurisprudence, on sait à présent que tous les services publics sont soumis au droit de la concurrence.

On le voit, l’Union européenne crée massivement du droit. Mais elle crée aussi une véritable insécurité juridique autour de la notion de service public

Dans les traités et les directives, le flou de certains alinéas lui offre en effet d’importantes marges de manœuvre pour étendre sans cesse le champ d’application des libéralisations, notamment par effet de jurisprudence. Par exemple, l’article 2 de la Directive « services » exclut explicitement douze types de services de son champ d’application dont « les services d’intérêt général non-économique ». Le nœud du problème se trouve dans cette appellation. Puisque la plupart des « opérateurs sociaux » interviennent dans des secteurs ouverts à la concurrence ou susceptibles de l’être, le « service d’intérêt général non-économique » pourrait être finalement une catégorie vide.

Alors que faire ? La gauche doit sortir de sa torpeur européiste et faire preuve de courage

Il faut sortir de l’impuissance politique et tout mettre en œuvre pour affranchir la France du cadre libéral. Pour cela, il faut que notre pays agisse de manière unilatérale et s’oppose de manière frontale à toutes les institutions néolibérales, à commencer par l’Union européenne.

Il faut que les élus désobéissent à la Directive « services » et qu’ils exigent le retour de la primauté du droit national sur le droit communautaire

Depuis janvier 2010, toutes les collectivités locales se doivent de mettre en concurrence toutes les entreprises désireuses de « prester ». Elles doivent respecter le principe de concurrence libre et non faussée : soit liberté d’établissement et de prestation de service et égalité de traitement entre entreprise publique et entreprise privée. Si une association à but non lucratif à qui on a délivré une délégation de service public (comme par exemple certains centres médicaux-sociaux) perçoit de l’argent public, la Commission estime que cela « tord » le marché, aux dépens d’une entreprise privée qui proposerait la même prestation.

Par conséquent, qu’ils soient de gauche ou de droite, tous les élus doivent faire face à l’injonction juridique d’appliquer les directives européennes, c’est-à-dire des directives de droite !

Alors que font les élus de gauche face à cette directive scandaleuse ? Dans un rapport parlementaire intitulé « Aides d’État et services sociaux », une sénatrice socialiste (Annie Jarraud-Vergnolle), associée à deux sénateurs UMP (André Lardeux et Paul Blanc) se demande « si la réglementation européenne relative aux aides d’État est compatible avec le financement par subvention. » En définitive, elle écrit au Premier ministre pour lui demander comment appliquer la Directive « services » en prenant le moins de risque juridique possible ! Quel courage politique !

Pour le M’PEP, les collectivités locales doivent revendiquer et pratiquer la désobéissance européenne

Il ne s’agit pas de bricoler discrètement de petits arrangements locaux pour passer au travers des mailles du filet, mais bien d’en faire un combat politique. Ainsi, en continuant à soutenir des opérateurs sociaux contre des prestataires privés, en créant ou en conservant des pôles publics, elles peuvent freiner, voire bloquer la libéralisation des services prévue dans les traités et organisée par la directive services. Les contentieux créés par le préfet ou le secteur privé se multiplieront certainement, mais ils permettront de porter le débat devant les citoyens et de montrer que la paternité de la casse des droits sociaux et des services publics au niveau national revient à la politique communautaire. Si ce travail de décryptage est mené, la désobéissance européenne ne sera plus un tabou, mais elle deviendra très vite une revendication portée par l’opinion publique.

La France doit refuser de payer la Dette qui étrangle l’État

Celle-ci a été sciemment construite par les gouvernements libéraux de droite et de « gauche » pour affaiblir la puissance publique. Le but visé était de lever ainsi tous les obstacles aux privatisations. Aujourd’hui cet endettement sert à justifier le diktat des marchés financiers qui se met peu-à-peu en place dans toute l’Europe et qui contraint les États à privatiser à tour de bras. L’arme de la dette et des déficits est d’ailleurs utilisée à tous les niveaux.

Monsieur Valletoux sur France 2 : en tant que président de la Fédération hospitalière de France, M. Valletoux est intervenu à la télé pour expliquer que le déficit des hôpitaux ne permet pas de payer les heures de RTT non-prises par les infirmières - et donc, sous-entendu - qu’il ne permet pas non-plus de recruter du personnel. Le « déficit" en question est bien sûr celui créé de toute pièce par la T2A (la tarification à l’acte, principe de gestion privée appliquée à un service public) ! M. Valletoux, en bon libéral, se présente donc comme un gestionnaire responsable : il faudra bien trouver une "solution" pour régler ce problème de manque chronique de personnel... C’est ainsi que le recours au privé est présenté comme étant incontournable.

Pourquoi aucun candidat à l’élection présidentielle ne songe-t-il sérieusement à refuser de payer la dette que l’État a contractée auprès des banques privées ? Il y a là un véritable problème dans le choix politique proposé aux citoyens ! Car même si certains d’entre eux songent bien à remplir les caisses de l’État en modifiant la fiscalité (ce qui serait une bonne chose), mais cet argent n’ira pas dans les services publics : il ira dans le trou sans fond de la dette, c’est-à-dire directement dans la poche des banquiers ! Au M’PEP nous pensons que cette dette est largement indue puisque essentiellement constituée d’intérêts. En tant que débitrice, la France peut obliger les marchés financiers à négocier en menaçant de ne rien rembourser du tout. D’un problème, nous pouvons faire une arme.

Il faut sortir de l’Euro

Pour que l’État puisse emprunter de l’argent sans dépendre des marchés financiers, il doit pouvoir émettre de la monnaie. La BCE ne prêtera jamais de l’argent directement, c’est contraire à ses statuts. Cependant, même si c’était le cas, cette monnaie serait non-viable en raison de l’absence d’un gouvernement européen. Or, son l’existence marquerait clairement la fin de la souveraineté des nations...

Sortir le traité de Lisbonne de la Constitution française et sortir de l’Union européenne

Une rupture avec l’Union européenne ne nous conduira pas à l’apocalypse, mais à une véritable révolution progressiste par les urnes, ouvrant une brèche dans laquelle les mouvements sociaux pourront s’engouffrer. En France, mais aussi partout en Europe.

Sources :

  • « Directive 2006/123/CE » du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006.

  • « Désobéissons à l’Union européenne », Aurélien Bernier, 2011, éditions mille et une nuits.

  • « Le piège européen : SSIG, SIEG, SIG et directive services », Michèle Dessenne, 2010.

  • « Aides d’État et services sociaux », rapport parlementaire, juin 2011.

  • « Alerte Générale Capture Services publics », CCC-OMC, 2000.

  • « La construction européenne s’apparente essentiellement à une destruction sociale. » Pierre Bourdieu.

Publié par Frédéric Maurin à 13:15pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

30 Mars 2012

Sarkozy : l'heure du bilan.

Aux  600 raisons de ne pas voter Sarkozy on ajoutera la dernière livraison d'Alternatives économiques : le hors-série n°55.  J'ai toujours une grande admiration pour cette Scop qui fait un boulot de service public...
Peu de liens sont en accès libre...le mieux c'est de l'acheter.

Je déplace la partie relative au bilan de Sarkozy, juste après cette introduction.

                               FAITES TOURNER !

Emploi, dette publique, fiscalité, industrie, immigration, logement, éducation…, à la veille des élections présidentielles et législatives, ce hors-série poche fait le tour des questions qui travaillent la société française, avec les analyses et les préconisations des meilleurs spécialistes.

Il fait également le point sur le bilan des cinq dernières années, et celui-ci n'est pas bon. A cause de la crise bien sûr, mais aussi des politiques conduites depuis 2007.

Enfin, il passe au crible les programmes des principaux candidats, ainsi que les propositions des associations, des syndicats et des fondations politiques qui s'expriment dans cette campagne.

Il donne ainsi au citoyen les moyens de s'emparer des débats et des défis du moment pour l'aider à se faire sa propre opinion.

2007-2012 : le bilan de Nicolas Sarkozy


Un lourd héritage  (article en accès libre)
Les erreurs du début de mandat en matière de finances publiques privent le pays de marges de manoeuvre qui seraient bien utiles aujourd'hui. Lire la suite

Emploi : une politique pas à la hauteur de la crise
" En cinq ans, nous pouvons atteindre le plein-emploi ", écrivait Nicolas Sarkozy dans son programme de 2007. Comment ? Principalement en mettant fin aux 35 heures.

Finances publiques : de l'art d'aggraver les choses
En 2007, le candidat Nicolas Sarkozy s'engageait notamment, s'il était élu, à faire en sorte qu'en 2012, la dette soit inférieure à 60 % du produit intérieur brut (PIB) et le déficit public à 1,5 %.

Protection sociale : des réformes injustes
Nicolas Sarkozy s'était engagé en 2007 à " traiter la question des régimes spéciaux " de retraite et à relever le défi du " rendez-vous 2008 ", censé faire le point sur la situation des différents régimes.

Environnement : un tournant inabouti
En 2007, Nicolas Sarkozy avait, comme la plupart des autres candidats, souscrit au " pacte écologique " proposé par Nicolas Hulot. Il s'engageait alors à mettre l'environnement au coeur de l'action publique, à développer la fiscalité écologique, à promouvoir les énergies renouvelables, etc.

Education : l'école de l'inégalité des chances
A peine élu, Nicolas Sarkozy avait dicté une feuille de route ambitieuse en matière d'éducation : il s'agissait de réformer le collège unique, de remodeler les rythmes scolaires, de lutter contre l'échec scolaire, d'augmenter la mixité sociale et de développer une culture plus poussée de l'évaluation.

Insécurité : tout reste à faire
Déjà aux commandes sur le terrain de la sécurité comme ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy promettait en 2007 de poursuivre pour l'essentiel la politique déjà engagée.  " Des peines plancher seront instaurées pour les multirécidivistes et le droit pénal des mineurs sera réformé ", indiquait notamment son programme.

Réforme de l'Etat : une approche contreproductive
Nicolas Sarkozy avait fait de la réforme de l'Etat un de ses objectifs principaux en 2007. Une des premières mesures prises après son élection avait été la mise en oeuvre d'une révision générale des politiques publiques (RGPP).

Pauvreté : une politique en échec
" Réduire la pauvreté d'un tiers en cinq ans " : tel était l'objectif - ambitieux - affiché par Nicolas Sarkozy en 2007. La création du revenu de solidarité active (RSA) devait être l'instrument principal de cette politique.

Immigration : l'acharnement contre les sans-papiers
En 2007, le programme de Nicolas Sarkozy accordait une place importante à l'immigration. En fait, depuis cinq ans, les flux migratoires ont peu évolué : en 2010, 203 000 étrangers hors Union européenne ont obtenu un titre de séjour de longue durée, contre 173 800 en 2007...

Mondialisation : de la coupe aux lèvres...
En 2007, la question de la régulation de la mondialisation n'était abordée qu'indirectement dans le programme de Nicolas Sarkozy. Les promesses sont venues plus tard, avec la crise déclenchée par la chute de Lehman Brothers.

 

Editorial


Faire vivre le débat  (article en accès libre)
Thierry Pech et Camille Dorival
Ce numéro " spécial élections 2012 " ne vise ni à décerner des notes aux différents candidats à l'élection présidentielle et par la suite aux élections législatives, ni à indiquer au lecteur ce qu'il doit penser de leurs propositions. Lire la suite

Introduction


Un rendez-vous politique majeur
La crise économique que nous traversons et le fait que le président sortant soit candidat à sa réélection donnent à cette élection une teinte particulière. Pour autant, ce sont de vrais choix de société qu'auront à faire les électeurs en avril et mai prochains.

Où va la France ?


N'arbitrons pas entre dette publique et croissance !
Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)
La dette publique apparaît aujourd'hui comme la source de la crise et un consensus se dégage pour faire de sa réduction une priorité. Pourtant, mener une politique budgétaire restrictive ne fera qu'étouffer la croissance.

Pourquoi l'Europe ne parle pas français (article en accès libre)
Jean Pisani-Ferry, économiste, directeur de l'institut Bruegel
Entre préférence pour la décision centralisée et volonté de préserver le pouvoir des Etats, l'approche française de la politique européenne se trouve dans une impasse stratégique. Une incohérence qui explique en grande partie la perte d'influence de l'Hexagone au niveau européen. Lire la suite

Réformer au plus vite la finance
Laurence Scialom, professeure à l'Université Paris Ouest Nanterre-La Défense, EconomiX
La crise bancaire et celle des dettes souveraines ont encore une fois montré à quel point une régulation de la finance est urgente.

Le déclin de l'industrie française n'est pas une fatalité
André Gauron, économiste, ancien membre du Conseil d'analyse économique
L'industrie française se porte mal. Enrayer son déclin passe par la fixation d'objectifs à long terme et par un changement des modes de relation entre les partenaires sociaux.

Libre-échange ou juste échange ?
Pierre-Noël Giraud, professeur à Mines ParisTech et à Paris-Dauphine
Dans le contexte de globalisation économique, les politiques libre-échangistes ou protectionnistes des Etats posent un problème de répartition des emplois industriels dans le monde.

L'urgence d'un virage écologique et social
Jean Gadrey, économiste, professeur honoraire à l'université de Lille I
Face aux contraintes écologiques, maintenir un modèle basé sur la croissance, même " verte ", n'est pas tenable. Il est urgent de mettre en place un autre modèle alliant justice sociale et respect de l'environnement.

Construire un nouveau système énergétique
Pierre Radanne, expert en politiques énergétiques face au changement climatique
Poursuivre dans la voie du nucléaire, que ce soit en remplaçant les centrales ou en prolongeant leur durée de vie, aboutira de toute façon à une hausse du prix du kilowattheure.

Pour un " grand soir " fiscal
Jacques Le Cacheux, professeur à l'université de Pau (CATT/UPPA) et directeur du département des Etudes de l'OFCE-Sciences-Po
Notre système fiscal a perdu de sa cohérence. Pour qu'il devienne juste et efficace, il est impératif de le repenser tout entier en fonction des grands objectifs que l'on souhaite poursuivre.

Politique de croissance et temps de travail : comment relancer l'emploi ?
Marion Cochard, économiste à l'OFCE
Face à une conjoncture économique fortement et durablement dégradée, la politique de l'emploi doit reprendre tous ses droits pour tenter de limiter la casse.

Un partage de la richesse de plus en plus inégal (article en accès libre)
Denis Clerc, économiste, fondateur d'Alternatives Economiques
Pour réduire les inégalités de revenus, il est possible de jouer sur deux leviers. Le premier porte sur les revenus d'activité et du patrimoine, le second relève du système de redistribution, via les prestations sociales et les prélèvements. (Lire la suite)

Pour une stratégie d'investissement social
Bruno Palier, directeur de recherche du CNRS à Sciences-Po Paris (Centre d'études européennes)
Ce n'est pas en démantelant l'Etat-providence que l'on renouera avec la croissance et les politiques sociales ne doivent plus être réduites à de simples dispositifs d'indemnisation.

Ne pas oublier le chantier des retraites
Arnaud Parienty, professeur de sciences économiques et sociales
La dernière réforme des retraites est loin d'avoir résolu à long terme la question de leur financement. Le prochain quinquennat peut être l'occasion d'une réforme plus durable, qui reviendrait sur l'âge de départ.

Lutter contre les inégalités pour combattre la pauvreté
Didier Gelot, secrétaire général de l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (Onpes)*
La lutte contre la pauvreté ne sera efficace que si elle s'appuie sur une révision de nos politiques fiscales et sociales.

Pour un nouveau contrat social entre les sexes
Brigitte Grésy, experte en politiques d'égalité
Les inégalités entre les hommes et les femmes, notamment sur le marché du travail, ont la vie dure. Pour en venir à bout, promouvoir l'égalité professionnelle dans les entreprises ne suffit pas.

Quelle politique pour la jeunesse ?
Guillaume Allègre, économiste à l'OFCE
Les jeunes sont confrontés à une pauvreté croissante, et le nombre de sortants du système scolaire sans diplôme est en hausse. Une réforme de la politique de la jeunesse est nécessaire, mais elle se heurte à de fortes résistances.

Pour une école plus égalitaire
François Dubet, professeur de sociologie à l'université de Bordeaux et directeur d'études à l'Ecole de hautes études en sciences sociales
Lutter contre les inégalités scolaires implique de rompre avec une conception élitiste de la réussite. Et d'agir en conséquence sur les mécanismes scolaires et le rôle du diplôme dans l'accès à l'emploi.

S'attaquer enfin aux inégalités territoriales
Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités
La France n'est pas traversée par un mécanisme généralisé de ségrégation spatiale, mais les écarts se creusent. Et les domaines dans lesquels il importe d'intervenir pour réduire la fracture sociale territoriale sont considérables.

" L'immigration choisie est un échec "
Entretien avec François Héran, démographe et sociologue, ancien directeur de l'Institut national d'études démographiques (Ined)
Structure de l'immigration, ghettoïsation, circulaire Guéant, coût de l'immigration..., le démographe et sociologue François Héran dresse un bilan de la politique migratoire du gouvernement.

En finir avec le populisme sécuritaire
Denis Salas, magistrat, directeur des Cahiers de la justice (Dalloz)
Une modération doit animer le politique, autant dans le discours que dans la loi : inclure et non criminaliser, prendre en compte la vulnérabilité de la personne plutôt que de mettre l'accent sur sa dangerosité.

Il faut résorber la crise du logement !
Denis Burckel, coordonnateur du groupe Logement à Terra Nova
Pour résoudre la crise du logement, il faut certes construire davantage et s'attacher à maîtriser les prix du foncier et des loyers, mais aussi revoir le système d'aides. Sans oublier de promouvoir la réhabilitation écologique du parc existant.

Changer l'entreprise
Philippe Frémeaux, éditorialiste à Alternatives Economiques
Le modèle d'entreprise actuel, centré sur les actionnaires, a eu des effets désastreux. Il est aujourd'hui nécessaire de faire évoluer la gouvernance des entreprises, mais aussi de favoriser la création de sociétés de personnes plutôt que de capitaux.

Petits aménagements institutionnels
Guy Carcassonne, professeur de droit public à l'Université Paris Ouest Nanterre- La Défense
Les réformes institutionnelles occupent une place plutôt modeste dans la campagne. Certaines, notamment sur le cumul des mandats, sont cependant souhaitables.

Des candidats et des programmes


François Bayrou, fidèle au libéralisme " social "
François Bayrou, candidat du Modem, tente de se démarquer de la droite majoritaire, notamment par une volonté affichée de moraliser la vie publique. Mais son programme reste d'inspiration libérale.

Les trois gauches de François Hollande
En s'inspirant dans son programme à la fois de Mendès France, de Rocard et de Mitterrand, le candidat socialiste cherche à se poser en héritier de trois grandes cultures de son camp.

Eva Joly, la voie de l'écologie
Promoteur d'une économie qui se veut soutenable sur le plan écologique, le programme d'Europe Ecologie-Les Verts cherche à fournir une réponse globale aux problèmes auxquels notre société est confrontée.

Marine Le Pen, de la "préférence" à la "priorité" nationale
Si la candidate du Front national a un message économique différent de celui, libéral, de son père, elle n'a pas rompu pour autant avec les idées traditionnelles de son parti, en premier lieu en matière d'immigration.

Jean-Luc Mélenchon, ou le radicalisme modéré
Objet de comparaisons fréquentes avec le Front national, le Front de gauche, même s'il s'adresse en partie à la même frange électorale, propose un programme radicalement opposé à celui de l'extrême droite.

Nicolas Sarkozy : à droite toute !
Le président sortant combine dans son programme des approches venant des trois grandes droites françaises : l'orléanisme libéral, le bonapartisme plébiscitaire et le légitimisme réactionnaire. Une synthèse hétéroclite qui avait fait son succès en 2007 et qui risque de causer sa perte en 2012.

Les partis révolutionnaires peinent à peser dans la campagne
Assiste-t-on à la fin du trotskisme, un courant qui, au sein de l'idéologie communiste, aura marqué le XXe siècle par son opposition au stalinisme ? Malgré leur faible poids dans cette campagne, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et Lutte ouvrière (LO) croient toujours en l'actualité du communisme révolutionnaire.

Les propositions de la société civile


La société fait son programme
Les propositions des associations, des syndicats, des organisations patronales et des fondations politiques dans le cadre de la campagne. Un tour d'horizon forcément subjectif et incomplet.

Publié par Frédéric Maurin à 18:47pm - Voir le commentaire ()
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30 Mars 2012

Scoop : Fakir voterait Front de Gauche

Et à 74% au premier tour !

Il semblerait même que Mélenchon soit un des rares privilégiés abonné à Fakir. Pour 25 euros !!!

Décidément, ces traitres sociaux-démocrates ne se refusent rien !

La preuve ici :

http://www.fakirpresse.info/Melenchon-et-apres,340.html

Mais, derrière la forme humouristique de cette annonce, il y a beaucoup moins drôle dans le dernier numéro (n°54) de Fakir. 

Par pitié, ne l'achetez pas ! Ils ont réussi à faire pire que cela:

et n'oubliez pas:  François Hollande : le vote utile !

Le grand lâchage de la classe ouvrière (ou comment une certaine gauche a livré sa base électorale au Front National...) 

Par François Ruffin,

L’abandon des classes populaires était déjà opéré : voici qu’il est théorisé. Consciemment, la gauche cède les ouvriers/employés au Front National. Les valeurs morales comptent plus, désormais, que les conquêtes sociales. Voici sous quels augures s’ouvre la présidentielle de 2012. À moins qu’on y oppose une autre « stratégie »

 

 Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? » Il faut la lire avec attention, cette note de la « fondation progressiste » Terra Nova, qui officie autour du Parti socialiste. Pas seulement comme une pièce livrée par l’ennemi, à dénoncer – mais comme un signe de l’époque, qui dépasse ses auteurs. Comme la confirmation d’un tournant politique. Nous allons donc la citer longuement.

Le socle se dérobe

L’exposé historique, d’abord :

Depuis le Front populaire en 1936, la gauche en France (socialiste, mais surtout communiste) a accompagné la montée en puissance du monde ouvrier. Autour de ce cœur ouvrier s’est constituée une coalition de classe : les classes populaires (ouvriers, employés) et les catégories intermédiaires (les cadres moyens). Ce socle historique de la gauche se dérobe aujourd’hui. Les ouvriers votent de moins en moins à gauche. L’érosion est continue depuis la fin des années 1970 et prend des allures d’hémorragie électorale ces dernières années.

Pourquoi cette « hémorragie » ?

À partir de la fin des années 1970, la rupture va se faire sur le facteur culturel. Mai 68 a entraîné la gauche politique vers le libéralisme culturel : liberté sexuelle, contraception et avortement, remise en cause de la famille traditionnelle… Ce mouvement sur les questions de société se renforce avec le temps pour s’incarner aujourd’hui dans la tolérance, l’ouverture aux différences, une attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité, la solidarité avec les plus démunis. En parallèle, les ouvriers font le chemin inverse. Le déclin de la classe ouvrière – montée du chômage, précarisation, perte de l’identité collective et de la fierté de classe, difficultés de vie dans certains quartiers – donne lieu à des réactions de repli : contre les immigrés, contres les assistés, contre la perte de valeurs morales et les désordres de la société contemporaine. Malgré cette discordance sur les valeurs culturelles, la classe ouvrière continue au départ à voter à gauche, qui la représente sur les valeurs socioéconomiques. Mais l’exercice du pouvoir, à partir de 1981, oblige la gauche à un réalisme qui déçoit les attentes du monde ouvrier. Du tournant de la rigueur en 1983 jusqu’à ‘l’Etat ne peut pas tout’ de Lionel Jospin en 2001, le politique apparaît impuissant à répondre à ses aspirations. Les déterminants économiques perdent de leur prégnance dans le vote ouvrier et ce sont les déterminants culturels, renforcés par la crise économique, ‘hystérisés’ par l’extrême-droite, qui deviennent prééminents dans les choix de vote et expliquent le basculement vers le Front national et la droite.

L’analyse, jusqu’alors, paraît plutôt juste – et même teinté d’autocritique. Ce serait moins, au fond, les classes populaires qui auraient abandonné (électoralement) la gauche que l’inverse : la gauche qui, d’abord, aurait abandonné (socialement, économiquement, même culturellement) les classes populaires.

La « France de demain »

Vient l’heure des recommandations : comment faire, alors, malgré ce divorce, pour remporter la présidentielle ? En se rabibochant avec les ouvriers ?
« C’est la tentation naturelle de la gauche, qui ne peut se résoudre, pour des raisons historiques, à perdre les classes populaires. » Un archaïsme, on devine, une telle « tentation ». Car cette « stratégie se heurte désormais à un obstacle de taille : le nouveau Front national. En voie de dé-diabolisation, et donc bientôt fréquentable, le FN de Marine Le Pen a opéré un retournement sur les questions socioéconomiques, basculant d’une posture poujadiste néolibérale (anti-État, anti-fonctionnaires, anti-impôts) à un programme de protection économique et sociale équivalent à celui du Front de gauche. Pour la première fois depuis plus de trente ans, un parti entre à nouveau en résonance avec toutes les valeurs des classes populaires : protectionnisme culturel, protectionnisme économique et social. Le FN se pose en parti des classes populaires, et il sera difficile à contrer. » Mieux vaut donc renoncer à la reconquête des ouvriers/employés. Et les laisser à l’extrême droite…

À la place, le rapport recommande « la stratégie centrale ‘France de demain’ : une stratégie centrée sur les valeurs » : « Si la coalition historique de la gauche est en déclin, une nouvelle coalition émerge. Sa sociologie est très différente : 1. Les diplômés. 2. Les jeunes. 3. Les minorités et les quartiers populaires. 4. Les femmes. Contrairement à l’électorat historique de la gauche, coalisé par les enjeux socioéconomiques, cette France de demain est avant tout unifiée par ses valeurs culturelles, progressistes : elle veut le changement, elle est tolérante, ouverte, solidaire, optimiste, offensive.  »

1984, année clé

L’abandon des classes populaires était déjà opéré : voici qu’il est théorisé. Sciemment dirait-on, écrit noir sur blanc, ces penseurs envoient les ouvriers/employés dans la gueule du fascisme soft. Eux préfèrent ce risque, ce pari hardi, plutôt que de mettre en œuvre, eux-mêmes, directement, un « protectionnisme économique et social ».
C’est un remake, croirait-on.
En 1984, le chômage grimpait de 25% en douze mois. Les premiers contrats précaires, dits TUC – Travaux d’Utilité Collective – sont votés en décembre. L’ouverture des Restos du Cœur ne tardera plus. Les sidérurgistes lorrains sont liquidés, eux s’attaquent au château du « maître des forges » et affrontent les CRS dans les rues de Paris. Que fait alors le nouveau Premier ministre, Laurent Fabius ? Défend-il cette classe ouvrière qui, à 74%, a voté pour le candidat socialiste au second tour de la présidentielle ? Tout le contraire, il enfile les habits de la gauche moderne et sermonne les rétrogrades : « La dénonciation systématique du profit est désormais à ranger au magasin des accessoires ». Après la « lutte des classes », refrain du Mitterrand de la décennie 70, succédait une autre bataille : « la bataille de la compétitivité et de l’emploi ». Le lâchage, alors, est manifeste. Il démarre ce jour-là.

Cette même année 1984, on retrouve Jean-Marie Le Pen – sur FR3 Lorraine, justement : « Ça ne vous paraît pas évident que le nombre de plus de six millions d’étrangers en France est en relation directe avec le fait qu’il y ait trois millions de chômeurs ? Ca me paraît évident et ça paraît d’ailleurs évident à beaucoup de Français. » Cette « évidence » gagnait du terrain, en effet : longtemps groupusculaire, le Front national franchissait cette année-là la barre des 10% aux élections européennes...

Comment, dès cette époque, la gauche pouvait combattre efficacement la montée de l’extrême droite ? En abreuvant les médias de discours moralisants ? Ou en défendant les intérêts des travailleurs, en s’opposant à un libre-échange qui balayerait bientôt le textile, la confection, la métallurgie, etc. ? Le choix fut clair : en 1984 toujours, se créait SOS Racisme, téléguidé depuis l’Élysée. Et le socialiste Jacques Delors partait pour Bruxelles, en 1984 encore, relançant une Europe de la « libre circulation des marchandises et des capitaux » main dans la main avec la « European Round Table », le Medef européen. Toute l’équation fut posée alors. Le rapport de Terra Nova ne fait que la prolonger, qu’en tirer les conclusions ultimes. Avec franchise, cette fois.

Jusque chez Solidaires

C’est le Parti socialiste, cette note, haussera-t-on les épaules. Et même plutôt son aile droite. Soit. Mais j’intervenais, invité par Solidaires, lors d’une journée syndicale en Ardèche : « Vous dites que les usines se délocalisent, m’interpelait un participant. Bon, et alors ? Les ouvriers vont faire autre chose, ils vont suivre des formations, ils deviendront qualifiés, ou ils occuperont des emplois de service, ou ils se lanceront dans le tourisme... Ça prendra un peu de temps, peut-être, une ou deux générations, mais il suffit de s’adapter. »
Un militant, donc, qui énonçait ça. Malgré des nerfs en boule, j’attaque posément :
– Vous faites quoi, comme métier ?
– Enseignant. Pourquoi ?
– Est-ce que votre recteur vous a déjà annoncé que, à la rentrée, il supprimait votre poste ? Que vous devriez songer à une reconversion comme mécanicien ?
– Non non, d’accord...
– Est-ce que, à un de vos collègues, on a déjà proposé de conserver son emploi, mais en Tunisie par exemple et pour quatre fois moins cher ?
– ...
– Dites-moi ?
– Non, bien sûr.
Donc ça va, vous, vous ne vous sentez pas trop menacés par le professeur chinois ? Moi, c’est pareil : France Inter ne va pas recruter tout de suite des reporters roumains. Et c’est pareil pour les médecins, qui ne redoutent pas trop l’arrivée du stomatologue polonais, ou pour les avocats, ou pour les éditorialistes, etc. Et nous qui sommes bien à l’abri, nous qui n’avons pas à subir cette mise en concurrence, on vient leur dire : ’C’est pas si grave... Devenez qualifiés...’ Quand on songe que, durant un siècle, la gauche avait lié son destin à la classe ouvrière, c’est bizarre, quand même, non, ce discours ici ? »

Le lâchage des classes populaires était moins conscient, ici, mais c’était le même.

Les deux cœurs de la gauche

Il y a une dizaine d’années, dans L’Illusion économique, le démographe Emmanuel Todd observait déjà le « divorce des deux cœurs sociologiques de la gauche » :

Les enseignants, qui constituent l’un des cœurs sociologiques de la gauche, sont faiblement menacés par l’évolution économique. N’ayant pas à craindre au jour le jour le licenciement ou une compression de salaire, ils ne se sentent pas menacés d’une destruction économique, sociologique et psychologique. Ils ne sont donc pas mobilisés contre la pensée zéro. (...) Sans être le moins du monde ‘de droite’, statistiquement, ou favorables au profit des grandes entreprises, ils sont atteints de passivisme et peuvent se permettre de considérer l’Europe monétaire et l’ouverture des échanges internationaux comme des projets idéologiques sympathiques et raisonnables. L’immobilité idéologique des enseignants les a séparés de cet autre cœur sociologique de la gauche que constituent les ouvriers, qui eux subissent, depuis près de vingt ans, toutes les adaptations, tous les chocs économiques concevables. Les résultats électoraux des années 1988-1995 mettent en évidence cette dissociation, peut-être temporaire, des destins. La stabilité du vote enseignant pour la gauche, aux pires moments de la plongée du Parti socialiste, a contrasté avec la volatilité du vote ouvrier, désintégré, capable de se tourner vers le Front national comme vers l’abstention.

Dans son ouvrage suivant, Après la démocratie (2008), le même intellectuel citait un sondage :

« Pour chacune des questions suivantes, pouvez-vous me dire si elle évoque pour vous quelque chose de très positif, d’assez positif, d’assez négatif ou de très négatif ?’ Concernant le protectionnisme économique, 53 % des sondés lui étaient favorables, 31% défavorables. Sans opinion : 16 %. « Les plus favorables au protectionnisme sont les 18-24 ans (67 % contre 18 %) et les ouvriers (63 % contre 19 %). Ce résultat est tout à fait rassurant sur l’état mental de nos concitoyens parce qu’il est adapté à la réalité économique : les jeunes et les ouvriers sont les principales victimes du libre-échange. »

Il y a une dizaine d’années également, nous lancions Fakir. Autour de nous, à Amiens, de Honeywell à Whirlpool en passant par Magneti-Marelli, nous avions tout loisir d’observer les coups portés au monde ouvrier. Et pire, sans doute : cette violence sociale ne suscitait que de l’indifférence parmi nos élites municipales de droite (qui titraient sur « Un Carnaval fou et gratuit ! » la semaine où Yoplait fermait ses portes), et nos élites nationales de gauche (avec un Lionel Jospin parti en campagne présidentielle sans prononcer le mot « ouvrier », et sans croiser une licenciée de chez Lu).
On connaît la suite.
Elle est méritée.

C’est comme si l’histoire repassait aujourd’hui les plats et que, malgré les 55 % de « non » le 29 mai 2005, malgré le naufrage de l’idée libérale dans la crise, nous n’avions rien appris. C’est comme si les pesanteurs sociologiques, cette emprise de la petite-bourgeoisie intellectuelle – dont nous sommes – sur les partis, les syndicats, les médias, maintenait la bien-pensance libre-échangiste tel un carcan, et ouvrait – consciemment désormais – un boulevard à l’extrême-droite. Avec la modestie de nos moyens, nous poursuivrons notre effort inverse : réunir les deux cœurs sociologiques de la gauche, car rien de beau, rien de grand, ne se fera sans ces deux forces.

Je revendique un « protectionnisme économique et social » allié au « progressisme culturel », et sans y voir nulle contradiction : il faut de la confiance en soi, dans son avenir, se sentir rassuré pour ses enfants, protégé dans son emploi, son logement, sa retraite, pour accueillir avec sérénité le changement, la nouveauté, l’étranger.

Les pleureuses du 1er mai

Quand le FN grimpera à 15, 20 ou 25 %, oseront-ils encore nous servir des leçons de morale ? Monopoliseront-ils à nouveau les antennes pour nous appeler à des « sursauts républicains » et compagnie ?
Oui, ils oseront.
Ils osent déjà.
Le premier mai, j’entendais ça, au journal de 8 heures, sur France Inter :
« Pour Bernard Thibault et François Chérèque, l’enjeu est de ne pas laisser la rue au FN. Depuis quelques mois, alors qu’une poignée de militants d’à peu près tous les syndicats ont affiché leur appartenance à l’extrême droite, l’intersyndicale s’attache à combattre le discours social de Marine Le Pen. Un texte commun contre la préférence nationale a été diffusé, et la lutte pour l’égalité des droits et contre les discriminations est mise en avant dans l’appel à manifester. Un FN dont la montée dans les classes populaires ne laisse pas d’inquiéter les grandes confédérations. » Interviewée ensuite, Nadine Prigent, de la CGT, se lançait dans des « C’est dangereux pour les salariés », « Il faut une forme de mobilisation », etc. Des bonnes intentions, des leçons de morale. À croire qu’on n’en est jamais lassés. Au journal de 9 h, un « expert des relations sociales et syndicales », Bernard Vivier, « directeur de l’Institut Supérieur du Travail », nous enfonçait dans cette impasse : « Le FN développe aujourd’hui un discours qui se veut social et qui est en train de concurrencer les principes d’action de syndicats que l’on qualifie de républicain. Le projet qui manque, c’est un discours d’ouverture qui fasse barrage à un discours uniquement centré sur le repli sur soi et le nationalisme. »
Et si ce qui manquait, au contraire, à gauche, c’était un discours ferme et de fermeture ? Oui, de fermeture, partielle, des frontières aux marchandises et aux capitaux ? Car pour l’ « ouverture », ça fait trente ans qu’elle est menée grandeur nature. Depuis bien assez longtemps, en tout cas, pour que les Français – et les « classes populaires » aux premières loges – en tirent des conclusions logiques. Et si ce qui manquait, à nos partis et nos syndicats, c’était une révision franche, brutale, de leurs positions à l’égard du libre-échange et du protectionnisme – qui les mettent en phase avec les attentes populaires ?

 

Publié par Frédéric Maurin à 12:02pm - Voir le commentaire ()
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30 Mars 2012

Et l'Union europenne, bordel ?

C'est vrai quoi ! Personne n'en parle ?

On se posait ici-même la question il y a un an:

2012 : l'Union européenne hors débat ?

En attendant la prochaine livraison de Bastille République Nations, on lira le dernier éditorial de Serge Halimi.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2012/04/HALIMI/47566

Et on relira, avec nostalgie (puisque être de gauche c'est bien sûr être conservateur, réactionnaire et ringard) Quand la gauche essayait

C'est par ici :

http://www.homme-moderne.org/societe/media/halimi/gauche/avantp.html

L’audace ou l’enlisement

L’assassinat de sept personnes par un djihadiste a temporairement détourné la campagne présidentielle française des enjeux économiques qui sont au cœur de l’élection. Quelques semaines après le scrutin du 6 mai, le nouveau président participera pourtant à un sommet du G20. Et, d’emblée, il devra accepter, renégocier ou refuser un traité européen inspiré par la droite allemande qui aggraverait les politiques d’austérité. De ce choix dépendra l’orientation économique et sociale de la France, mais aussi celle de la construction européenne.

L’élection française va-t-elle entraîner un changement de président sans que les débats décisifs de la période ouverte depuis 2007 soient tranchés pour autant ? L’alternance politique constituerait un soulagement pour les Français. Car, au-delà des travers les plus notoires du président sortant — son omniprésence, son exhibitionnisme, sa capacité à dire tout et puis son contraire, la fascination que lui inspirent les riches, à peu près égale à sa disposition à transformer les chômeurs, les immigrés, les musulmans ou les fonctionnaires en boucs émissaires de toutes les colères —, les cinq années écoulées ont marqué un recul de la démocratie politique et de la souveraineté populaire.

Après le référendum de mai 2005, les candidats à l’Elysée des deux principaux partis représentés au Parlement ont ignoré l’opposition de la majorité des Français à une construction européenne dont toutes les erreurs de conception se révèlent aujourd’hui. Le scrutin référendaire s’était pourtant traduit par un vote sans appel, à l’issue d’un débat national de meilleure qualité que l’actuelle campagne électorale. Et la présidence de M. Nicolas Sarkozy, qui devait marquer le retour en grâce du volontarisme en politique, s’achève sur une suite de déclarations déconcertantes.

Ainsi, alors que l’ensemble des candidats de gauche semoncent les banques, M. François Baroin, ministre français de l’économie, prétend que « s’en prendre à la finance, c’est aussi idiot que de dire “je suis contre la pluie”, “je suis contre le froid” ou “je suis contre le brouillard” ». De son côté, le premier ministre François Fillon recommande au candidat socialiste François Hollande de « soumettre son programme électoral à Standard & Poor’s (1) ».

La subordination des cercles dirigeants français à une droite allemande de plus en plus arrogante, attachée à son credo d’une « démocratie conforme au marché », érode également la souveraineté populaire. La levée de cette hypothèque est au cœur du scrutin en cours. Et oblige à poser sans détour les termes du débat européen. Nul n’ignore que les programmes d’austérité mis en œuvre avec acharnement depuis deux ans n’ont apporté — et n’apporteront — aucune amélioration aux problèmes d’endettement qu’ils prétendent résoudre. Une stratégie de gauche qui ne remettrait pas en cause ce garrot financier est par conséquent condamnée d’emblée. Or l’environnement politique européen interdit d’imaginer que ce résultat puisse être obtenu sans combat.

A l’heure actuelle, l’embolie générale est contenue par un torrent d’argent que la Banque centrale européenne (BCE) déverse à bas prix sur les banques privées, à charge pour celles-ci de le reprêter plus cher aux Etats. Mais ce répit ne dépend que du bon plaisir de l’institut d’émission, arc-bouté sur une « indépendance » que les traités ont imprudemment consacrée. A plus long terme, la majorité des pays membres de l’Union se sont engagés, conformément aux exigences allemandes docilement relayées par Paris, à durcir leurs politiques de rigueur et à soumettre les éventuels contrevenants à un mécanisme de sanction draconien, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), en cours de ratification.

Le châtiment infligé à la Grèce menace désormais l’Espagne, sommée de réduire d’un tiers son déficit budgétaire alors que son taux de chômage atteint déjà 22,8 %. Le Portugal n’est pas loin, qui doit amputer ses dépenses publiques, bien que le taux d’intérêt de ses emprunts explose (14 % en mars) et que le pays s’enfonce dans la récession (— 3 % de croissance en 2011). Infliger un tour de vis budgétaire à des Etats en proie à un chômage de masse, la chose n’est pas inédite ; telle fut la grande recette économique et sociale de la droite française des années 1930... Les socialistes expliquaient alors : « La déflation aggrave la crise, elle diminue la production et elle diminue le rendement des impôts (2). »

La stupidité des politiques actuelles n’est pourtant déconcertante que pour qui imagine encore qu’elles ont vocation à servir l’intérêt général, et pas l’oligarchie rentière accrochée aux manettes de l’Etat. Si la finance a un visage, c’est bien celui-là (3). Nommer cet ennemi permettrait de mieux mobiliser contre lui.

En cas d’alternance politique en France, la remise en cause du TSCG (ou d’autres politiques d’austérité du même acabit) devra constituer la priorité absolue du nouveau président, quel qu’il soit. Le succès ou l’échec de cette entreprise déterminera le reste : éducation, services publics, justice fiscale, emploi. M. Hollande aimerait dissocier la solidarité européenne, qu’il défend, de la thérapie de choc libérale, qu’il conteste. Il s’est engagé à « renégocier » le TSCG, avec l’espoir d’y ajouter « un volet de croissance et d’emploi » adossé à des projets industriels à l’échelle continentale.

« Aucune politique de gauche n’est possible dans le cadre de ces traités », estime en revanche M. Jean-Luc Mélenchon. Assez logiquement, le candidat du Front de gauche s’oppose donc au TSCG, tout comme au mécanisme européen de stabilité (MES), lequel prévoit une assistance financière aux seuls pays en péril qui auront préalablement accepté des mesures impitoyables d’équilibre budgétaire. La candidate écologiste et les candidats trotskistes mènent également campagne pour un « audit européen des dettes publiques » (Mme Eva Joly), voire pour frapper celles-ci d’illégitimité en arguant que les baisses d’impôts de ces vingt dernières années et les intérêts versés aux créanciers expliquent l’essentiel de leur niveau actuel (M.Philippe Poutou et Mme Nathalie Arthaud).

Le « repli élastique » de 1997

Opposés à une renégociation des traités, la plupart des Etats européens, Allemagne en tête, n’imaginent rien de tel. Et pas davantage de prêter des sommes importantes à des Etats en difficulté financière sans que ceux-ci aient donné des gages de leur « bonne » gestion. C’est-à-dire accepté à la fois de nouvelles privatisations et la remise en cause de pans importants de leur protection sociale (retraites, allocations de chômage, salaire minimum, etc.). « Les Européens ne sont plus assez riches pour payer tout le monde à ne pas travailler », a d’ailleurs ironisé le 24 février dernier M. Mario Draghi, président de la BCE, dans un entretien au Wall Street Journal. L’ancien vice- président de Goldman Sachs a ajouté qu’une « bonne » austérité réclamerait de réduire à la fois les impôts (ce qu’aucun candidat français ne propose, pas même M. Sarkozy...) et les dépenses publiques.

Autant dire qu’un président de gauche se heurterait aussitôt à l’opposition de la plupart des gouvernements de l’Union, très majoritairement conservateurs, et à celle de la BCE, sans oublier la Commission européenne présidée par M. José Manuel Barroso. C’est donc tout à fait délibérément que les premiers ministres britannique, polonais et italien, comme la chancelière allemande, ont refusé de recevoir le favori français des sondages, jugé moins accommodant que le président actuel.

« Nous ne sommes certainement pas en faveur d’une renégociation, a déjà indiqué M. Jan Kees de Jager, ministre néerlandais des finances. En revanche, si M. Hollande veut mener davantage de réformes, alors nous serons à ses côtés, qu’il s’agisse de la libéralisation des services ou des réformes du marché du travail (4). » En somme, le soutien des Pays-Bas est acquis à tout président français de gauche qui mettrait en œuvre une politique plus libérale encore que celle de M. Sarkozy...

Mme Angela Merkel ne fait pas davantage mystère de son inclination partisane : elle s’est déclarée disposée à participer aux meetings de la droite française. Les socialistes allemands montrent moins d’enthousiasme envers leurs camarades d’outre-Rhin. Le président du parti, M. Sigmar Gabriel, s’en proclame solidaire, mais un autre dirigeant, M. Peer Steinbrück, qui espère lui aussi succéder à la chancelière dans dix-huit mois, a jugé « naïf » l’engagement de M. Hollande à « renégocier une nouvelle fois tous ces accords [européens] ». Il anticipe un revirement du candidat français : « S’il est élu, sa politique pourrait concrètement différer de ce qu’il a dit (5). »

On ne saurait en effet exclure une telle hypothèse. En 1997, déjà, les socialistes français avaient promis avant les élections législatives qu’ils renégocieraient le pacte de stabilité européen signé à Amsterdam — une « concession faite absurdement au gouvernement allemand », estimait alors M. Lionel Jospin. Une fois au pouvoir, la gauche française n’obtint pourtant guère plus que l’ajout des termes « et de croissance » à l’intitulé du « pacte de stabilité ».

M. Pierre Moscovici, actuel directeur de campagne de M. Hollande, est revenu en 2003 sur cette pirouette sémantique. En le relisant, il est difficile de ne pas penser à la situation qui pourrait s’ouvrir dès mai prochain : « Le traité d’Amsterdam avait été négocié — fort mal — avant notre arrivée aux responsabilités. Il comportait de nombreux défauts — et d’abord un contenu social très insuffisant. (...) Le nouveau gouvernement aurait pu légitimement ne pas l’approuver (...), ou à tout le moins demander de reprendre sa négociation. Ce ne fut pas notre choix final [M. Moscovici était alors ministre délégué chargé des affaires européennes]. Car nous étions confrontés, avec Jacques Chirac à l’Elysée, à la menace d’une triple crise. Crise franco-allemande, car un recul de notre part aurait compliqué d’emblée notre relation avec ce partenaire essentiel (...). Crise avec les marchés financiers, dont les opérateurs souhaitaient l’adoption de ce traité. (...) Crise de cohabitation enfin. (...) Lionel Jospin choisit, à juste titre, de déplacer le terrain, en cherchant à la fois un repli élastique et une sortie par le haut. C’est-à-dire en obtenant, pour le prix de son consentement au traité d’Amsterdam, la première résolution d’un Conseil européen consacrée à la croissance et à l’emploi (6). »

Dans l’hypothèse d’une victoire présidentielle, puis parlementaire de la gauche en mai-juin 2012, deux éléments différeraient du tableau brossé ici. D’une part, le pouvoir exécutif français ne serait plus partagé comme il y a quinze ans ; mais, d’autre part, l’équilibre politique de l’Europe, qui penchait au centre gauche en 1997, incline désormais fortement à droite. Cela dit, même un gouvernement aussi conservateur que celui du premier ministre espagnol Mariano Rajoy en est venu à s’inquiéter de la cure d’austérité à perpétuité que lui réservent les gouvernants allemands. Le 2 mars dernier, il a ainsi fait connaître sa « décision souveraine » de ne pas accepter la camisole de force budgétaire européenne.

Presque au même moment, une douzaine d’autres pays, dont l’Italie, le Royaume-Uni et la Pologne, ont également réclamé une réorientation de la politique économique concoctée par le tandem germano-français. M. Hollande pourrait s’en réjouir. Il espère en effet que son éventuelle élection bouleversera les rapports de forces continentaux, sans qu’il doive engager un bras de fer — auquel manifestement il répugne — avec plusieurs gouvernements européens, la BCE et la Commission de Bruxelles.

Seulement, la réorientation voulue par les pays libéraux n’a guère à voir avec celle que lui-même et ses amis recommandent. Le mot « croissance » signifie chez les uns l’adoption de politiques de l’offre thatchériennes (baisse des impôts, déréglementations sociales et environnementales), chez les autres une petite panoplie d’investissements publics (éducation, recherche, infrastructures). L’équivoque ne sera pas entretenue indéfiniment. Très vite, il faudra envisager la « désobéissance européenne » que recommandent M. Mélenchon et d’autres forces de gauche. Ou bien poursuivre sans espoir le cours déjà engagé.

Au-delà de ce qui les distingue — en matière de justice fiscale, par exemple —, MM. Sarkozy et Hollande ont soutenu les mêmes traités européens, de Maastricht à Lisbonne. Ils ont tous deux entériné des objectifs draconiens de réduction des déficits publics (3 % du produit intérieur brut en 2013, 0 % en 2016 ou en 2017). Ils récusent l’un et l’autre le protectionnisme. Ils attendent tout de la croissance. Ils défendent des orientations de politique étrangère et de défense identiques, dès lors que même la réintégration par la France du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) n’est plus remise en cause par les socialistes français.

L’heure est pourtant venue de rompre avec l’ensemble de ces postulats. Changer de président en est assurément la condition. Mais ni l’histoire de la gauche au pouvoir ni le déroulement de la campagne actuelle n’autorisent à imaginer qu’elle pourrait suffire.

Serge Halimi

(1) Respectivement sur RTL, 22 janvier 2012, et dans Le Journal du dimanche, Paris, 15 janvier 2012.

(2) Préambule à la proposition de loi budgétaire du groupe socialiste pour 1933.

(3) Lire notre dossier «  Le gouvernement des banques  », Le Monde diplomatique, juin 2010.

(4) Le Monde, 1er mars 2012.

(5) Agence France-Presse, Paris, 15 février 2012.

(6) Pierre Moscovici, Un an après, Grasset, Paris, 2003, p. 90-91.

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28 Mars 2012

François Hollande : le vote utile !

 

 Vote utile. L'expression est devenue le leitmotiv du Parti socialiste et de son candidat, François Hollande. Mais utile à quoi, à qui au juste ?

Le mieux est de laisser parler l'intéressé (CI du 22 03 2012) :

...à un journaliste du New-York Times évoquant la panique qui s'était emparée des Français aisés en mai 1981, François Hollande répond :

"C'était encore en pleine guerre froide et Mitterrand avait nommé des communistes au gouvernement. Aujourd'hui, il ne reste plus de communistes en France. (1)

La gauche a libéralisé l'économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n'y a pas de crainte à avoir."

On peut déduire, sans trop torturer cette déclaration, que François Hollande n'a  qu'une chose à dire aux libéraux, aux marchés et aux privatiseurs : "N'ayez pas peur!".

Je ne vais pas m'épuiser dans une explication qui ne ferait que répèter ce qui a été écrit sur ce bloc-note et, bien plus brillamment, ailleurs ( tiens, au hasard ici : http://www.m-pep.org/).

Simplement, si vous croisez un citoyen qui entend, en toute bonne foi, "voter utile" pour Hollande, je vous laisse lui poser simplement cette question :

C'est utile à qui le vote Hollande ?

Et si le poids des mots (car on peut penser que Monsieur Hollande a pesé ses mots-là) ne suffit pas, ajoutez-y le choc des photos :


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  Paris Match, "le poids des mots, le choc des photos" et, accessoirement, une des danseuses du marchand de canons milliardairo- sarkozyste Lagardère:

 h-20-2269032-1304333852

Et si le vote utile, c'était en fait cela : http://www.placeaupeuple2012.fr/ ...

direz-vous alors ingénument à ce citoyen qui s'apprête, par son vote Hollande, à n'inspirer "aucune crainte aux marchés, aux financiers et aux privatiseurs"?

- "Pourquoi pas? Mais n'est-ce pas là faire le jeu électoral de l'Union pour une Minorité de Privilégiés et de Merkozy, son chef de file? " vous objectera-t'il en toute bonne foi (avec, remarquez-le, cette même bonne foi qui aurait pu le faire voter DSK Affaire DSK : note aux journalistes ).

- "C'est un risque" vous risquerez-vous justement à lui répondre."Mais de deux risques, ne faut-il pas choisir le moindre?" Car, comme disait l'autre : 

A vrai dire, ce n’est pas 2012 qui m’inquiète, c’est la suite.

Le Front national n’a évidemment pas changé. Le véritable carburant de l’extrême droite, c’est la crise économique, sociale et politique qui est devant nous. Le « pacte de compétitivité » Merkel-Sarkozy porte en lui la menace d’une terrible régression sociale. Si le PS ne rompt pas avec la politique de supplétif qui a été la sienne quand il a voté le traité de Lisbonne, son candidat pourra bien l’emporter en 2012, mais il offrira un boulevard à la conjonction dès aujourd’hui probable du Front national et d’une droite rejetée dans l’opposition, et cela dès les élections municipales, régionales et départementales de 2014. En s’emparant des leviers de l’action locale, l’extrême droite s’approcherait alors du pouvoir de l’Etat. La France, pour le coup, en sortirait défigurée !   Vers une conjonction Front National - UMP

Note :

(1) : ceci est non seulement inutilement blessant, c'est en plus faux.

Car il y a des communistes en France.

Tenez, rien qu'à côté de chez moi, j'en ai vu hier :

http://www.pcf-smh.fr/

Publié par Frédéric Maurin à 18:37pm - Voir le commentaire ()
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