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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

23 Août 2012

Le retour du Front de Gauche à Saint Martin d'Hères

Juste un rappel :

Les médias aux ordres nous avaient fait le coup il y a un an : La gauche est-elle à La Rochelle? associant un peu rapidement La gauche au seul Parti Socialiste en ignorant l'université d'été du Front... de Gauche.

Alors autant prendre les devants. Cet été, la gauche, avant Une fête 2012 pour le changement - La fete de l'Humanite , c'est à Saint Martin d'Hères qu'on la retrouvera...

L'année dernière, le discours de clôture de ce remue-méninges avait donné cela :

Faites-le savoir...

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Les Estivales citoyennes du Front de gauche qui seront un moment
politique et médiatique important de la rentrée auront lieu les 25 et 26
août à l'Université Stendhal Grenoble 3 à Saint Martin d'Hères. 

Estivales citoyennes : le programme | PLACE AU PEUPLE ! 2012

Le Front de gauche continue.
Pour la première fois, ses composantes organisent un rendez-vous politique avant la rentrée sociale.
Ouvertes à toutes et tous, les « estivales citoyennes du Front de gauche » souhaitent permettre un débat public débouchant sur des propositions alternatives à gauche, pour sortir de la crise.
Elles rassembleront divers acteurs de la vie politique, sociale et culturelle de notre pays autour des thèmes suivants :

1 - Défendre, développer l’emploi


10h00   Comment défendre l’emploi ?
Avec Eric Corbeaux et trois salarié-e-s d’entreprises en difficulté :
Technicolor Thomson, Trois suisses et Stil Montataire


14h30 Un pole public financier pour mobiliser le crédit en faveur de l’emploi
avec Jacques Rigaudiat, un représentant du collectif National“Pôle public bancaire” et/ou des “économistes atterrés”


14 H 30 Sécurité sociale professionnelle : avec une responsable CGT
Isère, Régis Régnault et Jean-Claude Mamet


16 h 15 “Changer le travail, nouveaux droits pour les salariés”. Atelier ouvert par le documentaire de création de Marcel Trillat : “Rêver le travail” Avec Yann Cochin, Martine Billard et Bernard Vasseur


16 h 15 Quelle politique de l’emploi? (RTT, Droits, Code du
travail…) Avec Michel Husson, Jacques Rigaudiat et un ou une
militant(e) syndicaliste de pôle emploi et/ou d’association de
chômeurs.


2- Refuser l’austérité


10h00  Comment sortir du piège de la dette ? Avec Michel Husson, et
Pascal Franchet


10h00 Quelles mesures d’urgence face à la crise? Avec Guillaume
Etievant, Stéphanie Treillet.


10h00 Quelle alternative à l’austérité? Quelles politiques économiques de
gauche? Avec Jacques Généreux, Pierre Khalfa, Jacques Rigaudiat


14h30 Austérité, précarité, les femmes premières touchées? Emplois,
salaires, statuts, des inégalités aggravées?
Avec Marie-Pierre Thoubans, Ana Azariaa (Femmes Egalité), Stéphanie Treillet et un ou des syndicalistes.


Hôpital, droit à la santé. Organisé par Louis Marie Barnier


3- Refonder l’Europe


Refonder l’Europe?

Avec Endréa della Vecchia (FGTB, joint Social Conference) Marie-Christine Vergiat, Bernard Cassen et Pierre Khalfa

MES; TSCG, un carcan pour les peuples. Avec notamment Francis Wurtz, Raoul Marc Jennar Pierre Khalfa


14h30 “Le ver était-il dans le fruit?” Retour sur la construction européenne.
Antoine Schwartz, Pierre Khalfa…


Monnaie, banques et rôle de la BCE. Avec Denis Durand…


Crise européenne et changement du paysage politique à gauche.
Avec Marlière, Elisabeth Gauthier…


“Crise politique et crise économique, une conjonction à haut
risque”. Avec Cédric Durand, Laurent Maffeïs…
 

L’Islande, un exemple à suivre?


4- L’alternative Démocratique


10 H 00 “Démocratie: un problème de jeunes ?”
Avec Joëlle Bordet, Odile Barral et Françoise Laroche


10 H 00 “Démocratie: quelle(s) rupture(s) ?
Avec Samy Joshua, Francis Sitel, Patrice Cohen-Seat, Hélène Franco


14 H 30 “Démocratie: démocratie politique? démocratie sociale?”.

Laurent Garrouste, Roger Martelli, Evelyne Sire Marin, Pierre Zarka


16 H 15 “Démocratie demandez l’impossible !”
Avec Michèle Riot-Sarcey et Michel Butel


5- Réaffirmer l’urgence écologique


 Gaz de Schiste et code minier
Avec des représentants de collectifs citoyens et d’associations,
environnementales.


Pétrole et transition énergétique.
Avec N Feat, M. Auzuneau et des représantants d’associations
environementales

“Ecosocialisme et buen vivir”.

Avec M. Lowy, D. Tanuro, A Bernier


Pour un syndicalisme vert. Avec Louis-Marie Barnier, Anne Debregeas et un(e) syndicaliste de la chimie.


34 ateliers «    hors filières    »


Ecole Université recherche :

XXhXX « Quelle loi d’orientation pour construire l’école de l’égalité? »
Avec Cécile Cuckierman, sénatrice, un-e représentant-e de la FSU
et Myriam Martin

XXhXX Enseignement supérieur et recherche. Avec Pierre Chantelot,
Olivier Gebuhrer, Patrice Perdereau

Egalité des droits :

XXhXX “Français et étrangers, pour l'égalité des droits et la citoyenneté”.
Avec des représentants de la LDH (sur collectif votation
citoyenne), de la FASTI…


14H 30 “Situations de handicap, perte d'autonomie, prendre
enfin la mesure des enjeux, pour un droit universel.” Animé par
MP Toubhans et V Assante, avec une personne de la coordination
Handicap Autonomie, Jean Luc Gibelin…

XXhXX Les droits des femmes à l’épreuve de la loi HPST.
Maternité / IVG. Avec Maya Surdut, un responsable du collectif des
Lilas/ANCIC

XXhXX “La dictature du genre et du patriarcat : vite une loi contre le
sexisme et les discriminations.” Animé par Delphine Beauvois
avec des représentant-e-s des associations : HF, Femmes
solidaires, La Barbe, Planning local…

XXhXX Lutter pour régulariser et dépénaliser les séjours irréguliers, en
faveur de l’égalité effective des droits (séjour, études, travail).
Avec Raymond Chauveau de la confédération syndicale CGT, Luz
Mora de Solidaires, Anna Azaria de Femmes Egalité, RESF, un-e
représentant-e CIMADE ou Gisti, Emmanuel Terray de la LDH,
animateurs Christian Pierrel et Danielle Simonnet

XXhXX La France au regard du respect des droits de l'enfant : quels
changements immédiats ? Organisé par Elisa Martin
Défense :

XXhXX “Boucliers anti-missiles, déploiement vers l’Asie, il faut sortir de
l’OTAN” Avec Niels Andersson et Christian Pierrel

XXhXX La militarisation de la sécurité: un danger pour la démocratie.
Avec Edouard Sill

XXhXX Réserve républicaine ou garde prétorienne ? Avec
Djordje Kuzmanovic

XXhXX Le soldat: un citoyen à part entière ou entièrement à
part ? un enjeu pour la 6e République. Avec JC Schmidt

XXhXX Etat des lieux de l'industrie de l'armement. Avec Y Le Pollotec

XXhXX Retour sur le bourbier afghan. Avec Georges Lefeuvre

XXhXX  La nouvelle noblesse rentière et la menace de guerres régionales
dans la crise. Avec Alain Joxe

XXhXX  Le redéploiement stratégique de l'empire en crise d'hégémonie.
Avec Arnaud Le Gall

International :

XXhXX L’épreuve du pouvoir en Amérique Latine et les formes
d’intégration régionale avec janette Habel, Christophe Ventura et
Obey Ament

XXhXX “Changer la politique de la France en Afrique”. Avec Sylvie Jan
( Front de Gauche Afrique), Marc Ona (“ça suffit comme ça”,
collectif de l’opposition gabonaise), un militant de l’opposition
sénégalaise, un syndicaliste AREVA et le Niger

XXhXX Les révolutions arabes ont-elles échoué ? Avec Denis
Sieffert, Jean-Pierre Filiu, Jacques Fath

XXhXX France Algérie 50 ans après organisé par Alain Billon
Citoyenneté :

XXhXX Sondé ou citoyen ? Avec Alain Garrigou

XXhXX Citoyenneté universelles: quelle application concrète? Avec
Eduardo Meneses. Franck Pupunat et un représentant d’Emmaus
International)

XXhXX Désobéissance civique. Avec des représentant de Désobéissance,
des Déboulonneurs, des faucheurs volontaires et Hélène Franco.
Développement durable :

XXhXX Régie publique de l’eau, quelles politiques régionales,
départementales et locales? Avec Gabriel Amard, Christophe
Lime…

La planification écologique appliquée au développement des métropoles.

Avec Maurice Charrier,intervenants possibles : Guillaume Faburel, Ludovic Halbert, Eric Charmes, Pierre Mansat, Guy Burgel, Jean Pasquinet sur la
relocalisation des activités, Christophe Guilluy et Christophe Noyé
–les nouvelles fractures sociales

Comment financer la politique sociale du logement?

Avec Romain Biessy, intervenants possibles : Michel Mouillart, Benoît Filippi,
J.C. Driant, F. Lemaire (Collectif " Pour un Pôle public financier au
service des Droits !), Dominique Dujols…

Economie sociale et solidaire: La loi de préemption
par les salariés pour une transformation en coopérative et la loi cadre de l'économie sociale et solidaire); la bataille des associations citoyennes et d'éducation populaire; avec Sylvie Mayer et François Longérinas


  “Démocratie locale et égalité des territoires : comment articuler
implication citoyenne et intérêt général  ?” Intervenants pressentis:
Jean-Pierre Worms, Georges Gontcharoff…


Emancipation, transformation, enjeux de société :


14H 30 « Syndicalisme et politique » Avec Didier Le Reste, Eric Corbeaux,
Marc Dolez. Animation Jean François Tealdi, journaliste

14H 30 « Pour sortir de la crise quelle ambition sociale et culturelle »
Place des artistes de la création et de son partage dans notre société. Avec Jacques Pornon Metteur en scène, directeur de Théâtre et syndicaliste, Jean Voirin, syndicaliste, secrétaire national, Nawel Bab-Hamed Maire Adjointe déléguée à la culture de la ville de Lyon


16H 15 “Face à la crise de la presse, comment assurer le pluralisme”Avec
Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, Denis Sieffert, directeur
de la rédaction de politis, Emmanuel Vire, secrétaire général du
SNJ CGT et Jean François Tealdi, journaliste.


XXhXX “Le sport, enjeu d’émancipation pour les femmes”. Avec Nina
Charier, Annick Davisse, Colette Bocher.


XXhXX  “Classes sociales” avec François Ruffin, Razmig Keucheyan


XXhXX Face à la recomposition politique droite/extrême droite quel projet
de société (citoyenneté, égalité des droits, développement durable
et solidaire…) André Dechot Alain Hayot, Alexis Corbière, Laurent
Maffeïs
___________________________________________________________________
Samedi de 18h00 à 19h30


Meeting européen


Avec des représentants de partis européens:
• Marie Mola, Vice-présidente du PGE, Izquierda unida – PCE (Espagne)
•Alexis Tsipras ou Rena Dourou, députée grecque, Syriza (Grèce)
• Katja Kipping ou Bernd Riexinger, co-présidents de Die Linke (Allemagne)
• Pierre Laurent Président du Parti de la Gauche Européenne


Dimanche de 9 H à 11 H


1 - Atelier/réunion des fronts thématiques permettant aux participant-e-s
d’échanger sur leur expérience, le développement de ces fronts et leur activité
à venir.


2 - Atelier consacré à une réunion du Conseil National du Front de Gauche ouverte à toutes et à tous pour discuter de son fonctionnement, de son évolution, de sa composition, de son association aux décisions du Front de Gauche…


3 – “Les nouvelles formes de militantisme” avec Francette Lazard, Anna Azaria


4 – “Comment mener bataille dans le cadre des assemblées citoyennes sur le
nouveau traité européen ?” Avec Danielle Obono et Manuel Bompard


5 - Atelier de désintoxication du langage. Avec Patrick Kabakdjian


6 - Conférence gesticulée Pôle Emploi organisé par Thierry Ducharne
___________________________________________________________________
Dimanche de 11 H à 13 H
Meeting public du Front de Gauche sur la rentrée politique et sociale.


Le meeting sera organisé autour de tables rondes avec animateurs
permettant des prises de parole de l’ensemble des dirigeants des
organisations politiques du Front de Gauche et de plusieurs
personnalités membre du Conseil National du Front de Gauche

Publié par Frédéric Maurin à 09:33am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

22 Août 2012

Le retour des FTP

Nulle référence ici aux Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui (quoique), mais à ce communiqué du FTP (Faites taire les perroquets)

« Ils nous pompent l’air »

16 juin 2012

Le réseau « Faîtes taire les perroquets » (FTP) annonce le lancement d’une campagne contre le « bruit de fond » médiatique. Une première action a eu lieu avec succès le jeudi 14 juin 2012 à 14 h 30 à la Bibliothèque nationale de France (13e arrondissement de Paris).

Laurent Joffrin et Maurice Szafran, perroquets multicanaux respectivement directeurs du Nouvel Observateur et de Marianne ont, pour la première fois depuis trente ans, cessé de caqueter pendant quelques minutes. Invités à « débattre » sur le thème « Presse, politique et indépendance rédactionnelle », ces deux frères siamois en connivences ont été contraints de prendre la fuite sous les sifflets, les cotillons et les cornes de brume d’un auditoire exaspéré par leur babillage autocongratulatoire.

Cette expérience menée dans le tube à essai d’une salle de conférence appelle une extension nationale – puis planétaire.

Nous exigeons :

- Un plafonnement du temps de parole pour la trentaine d’éditorialistes qui quadrillent les grands moyens d’information, afin de garantir la pluralité des opinions. Nous adressons pour cela un appel solennel au Conseil supérieur de l’Audiovisuel, ainsi qu’à Jean-Louis Debré, président du Conseil Constitutionnel, qui a su, pour une fois, résister aux pressions du Parti de la presse et de l’argent (PPA) en réaffirmant le principe d’égalité du temps de parole entre les différents candidats lors du dernier scrutin présidentiel.

- La fusion de TF1, France 2, France 3, Canal +, Arte, France 5, M6, Direct 8, LCI, BFMTV, etc. en une seule et même entité baptisée « PPA TV » émettant depuis une barque de pêche au large des eaux territoriales ; suivant la même logique, le regroupement des canaux de RTL, EUROPE 1, FRANCE INTER, RMC, BFM Radio, etc., en une seule et même chaîne baptisée « Radio-Paris », basée en Andorre.

- Que l’accès à la profession d’éditorialiste soit conditionnée à la réalisation d’un stage annuel de trois mois de rééducation au monde réel : Jean-Michel Aphatie devrait par exemple documenter son opinion sur l’austérité par un passage sur les chaînes d’un abattoir de poulets industriels ; Nicolas Demorand devrait ainsi suivre une formation en alternance de fabrication de sous-ventrières dans un atelier de Seine-Saint-Denis.

Les espaces ainsi libérés seront attribués à des médias d’information au service de l’intérêt général, indépendant des forces politiques comme des puissances de l’argent.

Nous appelons tous ceux qui souhaitent rejoindre les rangs du réseau FTP à clouer le bec des éditocrates par tous les moyens festifs et sardoniques.

Paris, le 14 juin 2012 Contact presse : contact@arapede.net

On aura compris, avec ce mélange de dérision et de pertinence, que Le Plan B n'a pas dit son dernier mot...

Sur ce sujet, retour sur A Contre Courant, qui propose ici liens et initiatives en faveur justement des "médias d’information au service de l’intérêt général, indépendant des forces politiques comme des puissances de l’argent":

  • http://www.acontrecourant.org/category/presse-libre-en-danger/

Publié par Frédéric Maurin à 23:37pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

22 Août 2012

Vivement la rigueur

...une rigueur débarassée des 4X4 et des spéculateurs: explications de Bruno Parmentier

Voir son bloc-note : NOURRIR MANGER… DEUX DEFIS DU SIECLE

Cela plaide pour une planification écologique, quoi !

Il faut en finir avec la gabegie alimentaire

Source : Le Monde du 21 août 2012

Cet été, il a fait très chaud et sec aux Etats-Unis ; une sécheresse historique qui a touché 60 % du pays, et le Mexique. Les récoltes de maïs, de soja et de blé de l'un des plus grands greniers du monde seront mauvaises...

Malheureusement, simultanément, un deuxième grenier du monde souffre de la sécheresse : la Russie, l'Ukraine et le Kazakhstan, tandis que la mousson s'est fait attendre en Inde, et que les récoltes européennes ont parfois été affaiblies par excès de pluie. Sans parler de l'absence de récoltes, pour la troisième année consécutive, en Afrique de l'Est. Une nouvelle année de déficit en grain se profile sur la planète. Et espérons que, cette année, l'hémisphère Sud soit sans sécheresse ni inondation en Australie, au Brésil ou en Argentine...

C'est devenu une fâcheuse habitude au XXIe siècle : les années déficitaires en céréales sont dorénavant plus fréquentes que les années excédentaires ; on n'arrive pas à reconstituer des stocks dignes de ce nom et d'ailleurs on ne tente guère car ce n'est plus à la mode : le "moderne" maintenant, c'est la spéculation ! On vit au jour le jour, et la paix dépend des incidents climatiques dans les zones d'excédents céréaliers, lesquelles sont peu nombreuses et très localisées : les mauvaises récoltes de 2007 ont entraîné des émeutes de la faim dans trente-six pays, de Dakar à Mexico en passant par Le Caire, tandis que celles de 2010 ont été une cause directe des révolutions arabes...

Cet hiver, que va-t-il se passer si le cours des céréales et du soja continue à flamber ? Les spéculateurs vont s'en donner à cœur joie, aggravant le phénomène. Trois conséquences sont prévisibles, puisque les céréales ont maintenant trois usages concurrents.

Une bonne partie des 920 millions de mal-nourris, en tout cas ceux qui habitent dans les grands bidonvilles du monde, vont avoir encore plus faim. Comme ils consacrent souvent 70 % à 80 % de leurs ressources à acheter leur nourriture, ils ne pourront plus le faire.

Mais une nouvelle cohorte va les rejoindre : 30, 50 ou 70 millions d'affamés supplémentaires parmi ceux qui étaient encore juste "du bon côté", ceux qui mangeaient mal mais mangeaient encore sans avoi trop faim. On va franchir de nouveau le cap symbolique du milliard d'affamés. Ça ne va pas leur plaire, et ils vont le faire savoir à leurs gouvernements. Lesquels tomberont, cette fois-ci ? Avec quelles conséquences géopolitiques régionales ?

En Europe, le prix du pain et de la farine vont augmenter, ce qui sera mal venu en période de récession, mais n'ayons pas l'impudence de nous comparer aux Africains, et rappelons-nous que, quand nous achetons une baguette, nous achetons du loyer, de l'énergie, de l'amortissement de matériel, du salaire et des charges sociales ; très peu de blé, lequel ne représente en définitive qu'environ 5 % du prix final !

Les éleveurs ne pourront pas nourrir toutes leurs bêtes ou perdront de l'argent en tentant de maintenir leurs effectifs. La moitié du blé mondial et les trois quarts du maïs et du soja ne servent pas à faire du pain, des pâtes, du couscous, des tortillas ou du tofu, mais du poulet, des œufs, du porc, du lait et du bœuf ! Est-ce bien raisonnable à l'échelle mondiale ?

Ces crises à répétition ne vont-elles pas nous inciter à nous interroger sur la durabilité de notre système alimentaire, qui nous amène à manger en France chaque année 85 kg de viande et 90 kg de laitage ? Et que dire des Etats-Unis (125 kg de viande), sans compter la Chine qui rejoint notre gabegie alimentaire ? En tous les cas, à court terme, soit nous acceptons une forte hausse du prix de ces produits, soit les éleveurs seront dans la rue, avant de goûter aux charmes de Pôle emploi (ou du suicide malheureusement...). La saga du groupe volailler Doux qui nous a tenus en haleine risque de n'être que le premier chapitre d'une crise plus profonde.

Les politiques de soutien aux agrocarburants de première génération (éthanol à base de maïs aux Etats-Unis, biodiésel à base de colza en Europe ou d'huile de palme dans de nombreux pays du Sud) vont à nouveau être fortement questionnées. Est-il bien raisonnable de continuer à... brûler une ressource aussi essentielle et dorénavant rare que les grains de céréales ou d'oléagineux, et de défricher à grande échelle la forêt vierge pour pouvoir poursuivre ? Non, bien sûr !

Mais est-ce qu'en pleine période électorale, le président américain pourra remettre en question le fait que 40 % de l'énorme récolte de maïs sert désormais à faire rouler les 4 x 4 des Américains plutôt qu'à nourrir les ouvriers mexicains (ou les bœufs américains) ? Et nous, en Europe, saurons-nous tourner  la page et passer aux agrocarburants de deuxième génération (des plantes entières et des résidus de culture, et non des graines) et de troisième (les algues, en particulier) ?

Alors, que faire, à part activer citoyens sur ces questions ô combien fondamentales ? Prendre conscience que l'agriculture représente dorénavant une question-clé pour la paix du monde, et qu'elle a besoin d'un effort collectif très important et d'investissements considérables pour être à la hauteur du défi.

S'organiser entre les différents Etats pour prévenir les crises, avec une limitation de la spéculation, la constitution de stocks-tampons sur tous les continents, et la circulation de l'information (ce que le G20 a, soi-disant, décidé de faire!).

Revoir nos habitudes alimentaires : moins d'obèses ici et moins de mal-nourris là-bas, tout le monde finirait par y gagner. Et promouvoir sur tous les continents une agriculture qui réconcilie écologie et agriculture (en particulier agroécologie ou agriculture écologiquement intensive), qui permette aux paysans du monde de produire eux-mêmes, suffisamment (c'est-à-dire beaucoup) et de façon plus durable, même en prenant en compte les effets délétères du réchauffement planétaire.

Bruno Parmentier, consultant

Bruno Parmentier est l'auteur de Nourrir l'humanité (La Découverte, 2007) et Manger tous et bien (Seuil, 2011).

Publié par Frédéric Maurin à 20:38pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #rupture tranquille

11 Août 2012

Lettre au ministère du redressement productif

Vacances obligent, mais Peugeot en tête, je vais faire court en passant par La Poste, le plus grand pourvoyeur de supressions d'emplois

La Poste a supprimé près 12 000 emplois en 2011 - LExpansion.com

Et faire court, c'est simple :

Plus jamais çà !

...la suite date de 2009 mais n'a rien perdu de son actualité :

Le développement durable vu du ciel...

c'est beau comme un troupeau de BMW ! 

Vu du haut d'un conseil d'administration d'entreprise publique, agir pour l'environnement c'est rouler en BMW.
On vous le prouve scientifiquement et même au nom de l'Europe...

Source : http://www.marianne2.fr/

  Les dirigeants de La Poste font leur tournée en BMW

Les cadres «stratégiques» de La Poste peuvent désormais disposer de BMW série 5 en guise de véhicules de fonction. Voilà une fine idée à l’heure où les employés craignent pour leur avenir… 

La Lettre de L’Expansion avait évoqué l’affaire laconiquement mi-juillet. Trop confidentielle, sans doute, pour que l’information soit reprise. Et pourtant, elle a de quoi choquer : 30 directeurs de La Poste se pavaneraient désormais au volant d’une BMW. Montant de la facture : 900 000 euros.

Aujourd'hui, du côté de la direction de La Poste, on dément catégoriquement le chiffre de 30 BMW. Mais on peine à se montrer précis. On explique par exemple que « 4 ou 5 cadres stratégiques » sur les quelque « 80 personnes » qui peuvent y prétendre, auraient opté pour la belle Allemande (une série 5 - 2.0 L ) plutôt que pour une Citroën C5, une Peugeot 607 ou une Renault Laguna également disponibles dans le catalogue. On dément aussi le montant de la facture avancée par La Lettre de l’Expansion. Pour autant, on se refuse à avancer le moindre chiffre, expliquant que se plonger dans les comptes de La Poste pour exhumer ce montant est très compliqué. En tout cas, plus compliqué que se plonger dans les recettes et dépenses d’un père de famille. Et que de toute façon, mois d’août oblige, personne ne pourra fournir cette information. Malgré tout, on l’assure : La Poste a eu droit à « un prix » !

«BMW est une entreprise européenne!»

En revanche, la direction de l’opérateur postal est capable d’avancer un chiffre : « 149 g de CO2/km » ! « Dans la gamme, explique-t-on fièrement, c’est celle qui émet le moins de CO2. » L’argument écologique pour expliquer l’entrée des série 5 dans le catalogue, c’est aussi celui avancé par Patrick Widloecher, conseiller du Président de La Poste pour le Développement responsable et la Déontologie et auteur notamment de Comment se déplacer sans polluer . « En son nom personnel », il a décidé de réagir sur « le blog CFDT de la télévente » relayant l’information de La Lettre de l’Expansion : « L'inscription des BMW au catalogue des voitures de fonction de La Poste est la conséquence du fait que dans la catégorie des berlines, elles font partie des voitures les moins polluantes : 177 g de CO2 au km contre, par exemple, plus de 220 g pour les Renault type Espace ou Velsatis. » 149 g/km ? 177 g/km ? A la direction de La Poste personne n'est d’accord sur le taux d’émission de la berline. On comprend un petit mieux pourquoi la société a du mal à parler chiffres : ça n’a pas l’air d’être son truc...

  

Patrick Widloecher ne se contente pas de disserter sur les vertus écologiques de la série 5. Il prend aussi les devants en répondant à ceux qui auraient la mauvaise idée de reprocher à La Poste de ne pas « acheter français » : « BMW est une entreprise européenne », écrit-il avant de servir un argumentaire implacable : « De toutes les façons, le siège social des marques automobiles ne veut plus rien dire. Des Renault vendues en France sont fabriquées en Roumanie ou en République Tchèque, voir au-delà des frontières de l'Europe. La japonaise Toyota Yaris est fabriquée à Onaing près de Valenciennes, etc. »

«On dirait que pour la direction, nous sommes déjà une Société anonyme!»

Mais au-delà de la nationalité du constructeur, au-delà même du prix de ce modèle (à partir de 38 000 euros, prix public ), il y a la marque BMW et toute la symbolique qui l’entoure. Et dans une période pour le moins troublée comme celle que traverse La Poste, la symbolique a toute son importance. C’est même une question de décence. C’est en tout cas l’avis de Michel Pesnel, secrétaire général adjoint de FO - Communication, qui a eu le bonheur d’apercevoir une des nouvelles voitures de fonction « noire, intérieur cuir » : « Je ne saurais dire s’il s’agit d’une provocation ou d’une gaffe mais ça montre, en tout cas, une perte du sens des réalités. On dirait que pour une partie de la direction, nous sommes déjà une Société anonyme ! » Et pour l’homme de rappeler toutes les inquiétudes que suscite très justement le projet de changement de statut de La Poste. À quoi ressemblera la structure du capital de « La Poste nouvelle génération » ? Conservera-t-elle toutes ses missions de service public ?

Le responsable syndical raconte aussi le quotidien de ses collègues qui, avant même la privatisation de l’opérateur, ne semble pas aussi confortable et sécurisant qu’un voyage à bord d’une berline allemande : « L’heure est à la rigueur : on ne remplacera qu’un départ à la retraite sur cinq. Au moment où le chômage explose, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle décision… » Michel Pesnel ne manque pas non plus d’exemples pour prouver, qu’en matière de véhicules de fonction, tout le monde est loin d’être logé à la même enseigne : « Jean-Paul Bailly (le président du groupe La Poste, ndlr) se veut l’homme du dialogue social — ce qui n’est pas vrai — et le héros du Développement durable. Du coup, il y a eu des consignes visant à ne plus acheter de véhicules avec climatisation. Quant aux conseillers financiers, ils sont quelques-uns à devoir partager leur véhicule ! » Finalement, elle est peut-être là la solution pour évacuer la polémique : imposer le co-voiturage aux heureux détenteurs de BMW.

Les contorsions d'une entreprise publique pour justifier ce type de choix sont amusantes...mais elles révèlent quelque chose d'essentiel : dans la restructuration écologique que les "sarko-boys" imposent partout, il y aura, comme dans toute restructuration, des gagnants et des perdants.
Et quelque chose me laisse penser que les perdants seront plutôt du côté des prolétaires.

En effet, comme le rappelle l'appel suivant, les privatiseurs semblent plus rapides (BMW oblige?) à servir leurs intérêts qu'à répondre aux sollicitations  des citoyens. Etonnant, non ?

Le comité national contre la privatisation de La Poste, pour un débat public et un référendum sur le service public postal, a interpellé le Président de la République en février 2009 sur la mise en oeuvre des conditions d’un référendum, afin que la population se prononce sur l’avenir de La Poste, premier service public de proximité.

 A ce jour la réponse du Président se résume à la transformation en société anonyme de l’établissement public postal, en vue de sa privatisation. Chaque fois que l’on a transformé un établissement public en société anonyme (France Telecom, GDF, etc.), cette transformation a été suivie de la vente des actions de l’Etat pour la privatisation de la société.

L’avenir d’un service public postal répondant aux besoins de la collectivité ne peut se régler entre Matignon, l’Elysée et le Parlement. Fort de sa détermination, le comité réuni en assemblée plénière ce 24 juin 2009 a réaffirmé son opposition totale à toute forme de privatisation de La Poste. Il entend porter le débat sur la place publique.

 La population a son mot à dire ! Pour en créer les conditions, le comité national décide de mettre tout en oeuvre, à travers les réseaux des comités locaux, qui rassemblent militants associatifs et syndicaux et membres des conseils régionaux, généraux, et municipaux, pour une large consultation nationale, dans la transparence et la démocratie, dès les premières semaines de l’Automne.


Les organisations signataires de l’appel pour La Poste • CFTC Postes et Télécommunications • Confédération CFTC • Fédération des Activités Postales et des Télécommunications CGT • CGT Finances • CGT Banque de France • Confédération CGT • Confédération Paysanne • FO Communication • FNEM FO Fédération nationale de l’énergie et des mines Force Ouvrière • Confédération FO • SUD Crédit Foncier • Fédération SUD PTT • Fédération Syndicale Unitaire • SUD Caisses d’Epargne • Union Syndicale SOLIDAIRES • ACU (Association des communistes unitaires) • Alter Ecolo • Alternative Libertaire • ANECR Association Nationale des Elus Communistes et Républicains • Club Gauche Avenir • CNCU Coordination Nationale des Collectifs Unitaires pour une Alternative au Libéralisme • Debout la République • GUE/NGL Composante française du groupe de la Gauche Unie européenne/Gauche verte Nordique • Les Alternatifs • Les Objecteurs de Croissance • Les Verts • Mouvement de la Jeunesse Communiste • Mouvement des Jeunes Socialistes • MRC Mouvement Républicain et Citoyen • NPA Nouveau Parti Anticapitaliste • PCF Parti Communiste Français • Parti Communiste Ouvrier Français • Parti de Gauche • PRG Parti Radical de Gauche • PS Parti Socialiste • AFOC Association Force Ouvrière des Consommateurs • AITEC Association Internationale d’Experts et Chercheurs • Amis de la Confédération paysanne • Confédération Paysanne • APEIS Association Pour l’Emploi, l’Information, et la Solidarité • ATTAC • CNR Conseil National de la Résistance • Convergence des Collectifs de Défense et de Développement des
Services Publics • DAL Droit au Logement • Fondation Copernic • INDECOSA CGT • IPAM Initiatives pour un Autre Monde • Jeunes Laïques et Solidaires • LDH Ligue des Droits de l’Homme • Marches Européennes • M’PEP Mouvement politique d’éducation populaire • Réseau Européen des Missions Publiques • Résistance Sociale • UFAL Union des Familles Laïques • UNRPA Union Nationale des Retraités et Personnes Agées

contacts 06 08 64 77 17 – 06 85 76 20 91 – 06 81 15 04 33 - 06 80 35 69 53 http://www.appelpourlaposte.fr/

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9 Août 2012

Le socialisme gourmand

Le hasard fait bien les choses, à moins que le monde ne soit petit.

Passé le Coup de foudre j'ai également goûté aux joies du socialisme gourmand, recommandé par le M'Pep au titre de ses Devoirs de vacances

Mise en bouche avec Agnès Rousseau de www.bastamag.net/ pour un ouvrage justement acheté ici  SCOP - Librairie Jean-Jacques Rousseau ...ce qui ne manque pas de sel...

Je signale également la lecture qu'en font les anticapitalistes: Essai : Le socialisme gourmand Le bien-vivre : un nouveau projet ...

Paul Ariès : un « socialisme gourmand » pour en finir avec la gauche triste

Par Agnès Rousseaux

La gauche militante serait-elle encore trop austère, le socialisme trop grisâtre et l’écologie trop culpabilisante ? Pour contrecarrer la « mauvaise jouissance » et l’assouvissement immédiat du désir consumériste que véhicule le capitalisme, le politologue Paul Ariès prône un « socialisme gourmand ». Ou comment articuler plaisirs et revendications dans le cadre d’expérimentations alternatives, premières étapes vers une rupture avec le système prédateur actuel.

Basta ! : Pourquoi « faire sécession » du capitalisme ? Les analyses de la gauche sur le capitalisme aujourd’hui sont-elles pertinentes ?

Paul Ariès [1] : Il est de plus en plus difficile d’exister réellement dans cet univers voué à la marchandise et à l’accumulation sans fin. Nous peinons à donner un sens réel à nos existences et nous sommes devenus sourds aux appels à la vie. La gauche sous-estime la critique du capitalisme. Le capitalisme, c’est en effet trois choses. C’est un système d’exploitation du travail et de pillage de la nature. Cela, les gauches le critiquent assez bien. Le capitalisme, c’est aussi l’imposition de modes de vie particuliers et de produits qui lui sont spécifiques. Les gauches ont largement perdu la critique des styles de vie capitalistes. Le capitalisme, c’est enfin une réponse à nos angoisses existentielles, au sentiment de finitude, à la peur de mourir. La réponse capitaliste est le toujours plus, plus de richesses économiques et de pouvoir. Ne nous leurrons pas : le capitalisme nous donne à jouir. C’est certes une mauvaise jouissance, une jouissance d’emprise, une jouissance d’avoir. Nous ne pourrons cependant qu’être dans des combats défensifs tant que nous n’inventerons pas nos propres dissolvants d’angoisse existentiels. Je pense bien sûr à des aspects classiques comme l’invention de « communs » (services publics notamment), mais je songe aussi à la place de la fête et de la fantaisie, à l’amour et à l’amitié, à la question de la beauté…

Il faut « passer du désir de socialisme au socialisme de désir », affirmez-vous. Sans désir, pas de révolution possible ?

Le vrai dissensus est aujourd’hui de parler la langue du plaisir avant celle de la revendication. La gauche n’a pas compris que le peuple n’aurait pas de désir propre à opposer au capitalisme tant qu’il n’aurait pas de droit au plaisir. Seul le désir est révolutionnaire. Il ne s’agit plus de combler un manque mais de développer les liaisons sociales : « moins de biens, plus de liens ». Comme le proclamait Deleuze : « Le désir est révolutionnaire parce qu’il veut toujours plus de connexions et d’agencements. » La véritable particule élémentaire, ce n’est pas l’individu, c’est la liaison, le don, la gratuité. Mais en même temps, si le désir est ce qui autorise le plein déploiement de la vie, il est alors aussi ce qui permet que s’opère l’individuation de l’individu. On peut comprendre dès lors qu’il puisse y avoir de la joie dans les maquis ou durant des grèves dures, longues, à l’issue incertaine. Ce sont autant de moments où le combat exprime « la vérité même du mouvement de l’être », c’est-à-dire la « jouissance de l’être comme jouissance d’être » (Robert Misrahi).

Sans cette jouissance d’être, le socialisme ne peut qu’être un échec. Le mouvement pour la réduction du temps de travail (les 32 heures, tout de suite) ou le droit à un revenu garanti sont des instruments essentiels de libération. Mais ils ne pourront jamais à eux seuls nous sortir des années du « plus de jouir » capitaliste et nous libérer des réponses capitalistes face à nos angoisses existentielles. C’est pourquoi il nous faut construire dès maintenant des îlots de socialisme gourmand afin de casser l’imaginaire capitaliste et ce que l’imaginaire socialiste a de capitaliste.

Quel est ce « socialisme gourmand » que vous prônez ?

Parler de « socialisme », c’est continuer à dire que nous avons des ennemis à vaincre, autant le capitalisme que le fétichisme d’État. C’est rappeler que les socialismes n’ont été partisans de la croissance que de manière accidentelle et qu’il est donc possible de penser un socialisme sans croissance. Parler de « gourmandise » permet d’en finir avec l’idée d’un socialisme du nécessaire, d’un socialisme de la grisaille, avec ses générations sacrifiées, ses appareils de parti ou d’État gérant cette mal-jouissance.

C’est aussi mieux identifier le mal qui nous ronge, ce travail de mort qui caractérise le capitalisme. C’est se défaire des passions tristes, y compris dans nos formes d’engagement. C’est avoir foi dans les capacités de régénération des forces de vie. C’est choisir de développer des politiques qui éveillent la sensibilité, le sens moral, contre les critères de performance et d’efficacité qui sont ceux du capitalisme. Le pari est que l’accolement des termes « socialisme » et « gourmand » enfantera beaucoup plus que leur simple addition. Les mots sont des forces politiques, des puissances imaginaires qui peuvent faire bouger des montagnes si elles émanent des masses…

Prolétariat, révolution, lutte des classes... « Nos anciens mots émancipateurs nous emprisonnent », écrivez-vous. Faut-il de nouveaux concepts pour avancer ?

L’heure n’est pas au conflit sémantique mais au ratissage, au bouturage sémantique. Je suis à l’écoute des dizaines de nouveaux « gros mots » qui s’inventent à l’échelle mondiale pour ouvrir de nouveaux chemins d’émancipation, qui cherchent à ouvrir la même porte, qui tous témoignent de la volonté de rompre une sorte d’ensorcellement sémantique qui nous lie encore au système capitalo-productiviste : le « sumak kaway » des indigènes indiens, le « buen vivir » (bien vivre) des gouvernements équatorien et bolivien, les « nouveaux jours heureux » des collectifs des citoyens-résistants (clin d’œil au programme du Conseil national de la Résistance, dont le titre était « Les jours heureux »), la « vie pleine » de Rigoberta Menchu (prix Nobel de la Paix 1992), la « sobriété prospère », la « frugalité joyeuse » ou, encore, les « besoins de haute urgence » du mouvement social en Guadeloupe.

Vous appelez à réaliser ici et maintenant des « petits bouts de socialisme ». Comment ?

Nous devons multiplier les expérimentations, car seules les marges permettront de recréer une politique vivante. En « permaculture », les marges désignent ces lieux en bordure qui sont toujours les plus féconds, les plus vivants. C’est là qu’on rencontre le maximum de métissage, de biodiversité. Les marges ont vocation à devenir autant de lieux de vie, de laboratoires du futur. Nous [2] coorganisons cet été un grand forum mondial sur la pauvreté pour dire qu’il faut en finir avec le mensonge social d’une réinsertion dans la société des naufragés du système. Cette réinsertion n’est ni possible ni même souhaitable face à la barbarie qui vient. Nous devons au contraire arracher au pouvoir les moyens de multiplier les expérimentations. Nous espérons pouvoir le faire plus facilement sous un gouvernement de gauche. Je n’ignore pas la question du pouvoir central et la nécessité de s’y confronter. Je crois cependant que le XXe siècle nous a appris que le plus difficile n’est pas tant de prendre le pouvoir que de s’en défaire. Que prendre le pouvoir n’est pas non plus la condition ultime pour changer de société…

La question de la prise du pouvoir central est-elle devenue secondaire ? N’y a-t-il pas un rapport de force à créer, pour reprendre le contrôle sur ce système qui domine la planète et nos esprits ?

Je préfère appeler à multiplier les pas de côté, l’un après l’autre mais jusqu’à l’ivresse. Je fais le pari que nous pouvons construire un rapport de force sur ces expérimentations pratiques. C’est pourquoi je préfère parler d’insurrection des existences plutôt que d’insurrection des consciences. La désobéissance est aujourd’hui la meilleure façon de renouer avec une politique vivante. Ce socialisme pratique est nécessairement kaléidoscopique et tourbillonnant. Il n’y a nulle unification a priori, mais il n’y en a pas davantage a posteriori. L’écriture du socialisme gourmand se fait en spirale puisqu’il s’agit de penser des ruptures réelles qui ne sont plus des ruptures globales. Ce qui est contestable, ce n’est pas que les gauches aient voulu questionner la sexualité, l’alimentation, la pédagogie, les astres... Mais d’avoir cru au pouvoir, c’est-à-dire à la centralité de la révolution, à la possibilité de changer de vie en imposant des modèles qui écrasent la subjectivité individuelle et collective.

Le socialisme gourmand répond à cette nécessité d’une cure de dissidence. Nous devons accepter le fait que le combat révolutionnaire procède souvent par des détours : la grammaire avec Proudhon, la médecine avec Raspail, la sexualité avec Reich, l’astronomie avec Blanqui, la pédagogie avec Jacotot. Une chose cependant n’a pas changé depuis Marx et Engels, depuis Guesde et Lénine, depuis Paul Brousse ou Benoît Malon : les défaites successives s’expliquent par le refus d’une partie des forces socialistes de tenter de réaliser des « petits bouts » de socialisme.

Peut-on s’appuyer sur des expériences du passé pour construire aujourd’hui des « îlots de socialisme » ?

Je sais que je vais déplaire en rappelant que les gauches ont volontairement sacrifié le syndicalisme à bases multiples (section syndicale mais aussi coopérative, club de sport non compétitif, club espérantiste, bibliothèque), le socialisme et le communisme municipaux, le mouvement coopératif. Car ces petits bouts d’autre société étaient censés nous détourner du grand combat frontal, celui de la conquête du pouvoir d’État, celui aussi du parlementarisme [3]. Les gauches du XXe siècle n’ont pas su – ou voulu – développer des réalisations à la hauteur de leur projet. Elles ont abandonné l’idée de faire contre-société. Elles ont pensé que la meilleure façon d’avancer vers le socialisme était de camper dans l’enceinte du capitalisme pour y travailler ses contradictions de l’intérieur.

Résultat : le peuple n’existe plus – ou si peu. Il n’a jamais été autant intégré corporellement (de par ses modes de vie) et mentalement (de par ses valeurs) dans le capitalisme et le productivisme. Conséquence : les gauches ont fini par y perdre leur âme. Comment se plaindre qu’elles soient devenues gestionnaires alors qu’elles n’ont eu de cesse d’intégrer les milieux populaires à la nouvelle économie (psychique) capitaliste et au mode de vie qui lui correspond et l’entretient ?

Le capitalisme nous rendrait aveugles et impuissants politiquement, en nous obligeant à penser selon ses catégories et son agenda. Vous appelez à changer non pas de croyances mais de « voyance », pour nous « décontaminer » du capitalisme…

J’ai longtemps cru que la gauche pourrissait par la tête, comme les poissons. J’ai donc multiplié les mots obus (décroissance), les mots chantiers (gratuité, relocalisation, coopération) contre les mots poisons du capitalisme, tous ces « globalivernes » qui tuent l’esprit. Je suis convaincu aujourd’hui qu’avant d’être un problème de théorie, son impasse tient à sa sensibilité. Je crois donc qu’avant de devenir plus intelligents, nous devons redevenir des « voyants », selon le mot de Rimbaud. La gauche est devenue inauthentique à trop fréquenter le système. Mais une autre gauche n’a jamais cessé d’exister, une gauche maquisarde. Je fais appel pour mieux la cerner à une notion proposée par Jean-François Lyotard : une parole peut être dite « en souffrance » en raison de sa trop grande différence, lorsqu’elle échappe aux catégories de perception et de conceptualisation dominantes, lorsque le régime des phrases ou les genres établis sont tout simplement incapables de l’accueillir.

Les manifestations du socialisme gourmand échappent aux catégories du sentir et du dire qui sont devenues celles des gauches moribondes. Combien de temps a-t-il fallu batailler pour convaincre que refuser la malbouffe, combattre la « sportivation » de la vie, c’est aussi faire de la politique du point de vue des dominés ? Pourquoi a-t-il fallu batailler pour faire admettre que le Slow Food ou les villes lentes sont déjà des petits bouts de solution ? Comment la gauche peut-elle ignorer tous ces morceaux de gratuité qui se développent, ici celle de l’eau vitale, ailleurs celle des transports en commun, ailleurs encore celle des services funéraires.

Rendre le socialisme gourmand possible, c’est donc d’abord le rendre perceptible. La gauche n’a rien vu venir : ni le féminisme, ni l’écologie, ni le racisme de gauche, ni la haine de l’islam, ni le mouvement « queer » et la question des genres, ni l’antispécisme et la nécessité de penser d’autres rapports aux non-humains, ni la montée en puissance de l’individu et celle des communautés, ni la désobéissance, ni la nécessité d’inventer d’autres rapports à la nature. Le socialisme gourmand reste littéralement invisible car nos sens, comme nos idées, sont limités, claquemurés par le système. J’ai voulu rendre compte non pas d’une gauche inexistante mais d’un socialisme largement invisible bien qu’existant déjà partiellement. On ne peut qu’être sidéré, par exemple, devant la cécité face à ce que fut le mouvement coopératif.

Ces expérimentations à la marge peuvent-elles permettre de renouer avec les classes populaires ?

Songer aux mille façons de construire des « petits bouts de socialisme » demeure iconoclaste même si ce chemin est un des plus courts pour inventer des gauches buissonnières, des gauches maquisardes contre l’impuissance des gauches gestionnaires ou gesticulatoires. Le détour par les expériences historiques est d’autant plus important que la crise sociale et politique actuelle crée les conditions d’un retour au « socialisme municipal », au mouvement coopératif, à un syndicalisme de services, à l’économie sociale et solidaire. C’est enfin la condition pour que la gauche retrouve le peuple.

Les milieux populaires n’ont pas disparu, ni les gens modestes, ni la classe ouvrière, ni la paysannerie. Il est erroné de penser que les cultures populaires n’ont été que des sous-produits de la culture dominante, comme s’il pouvait n’exister, dans une société de classes, qu’une seule et unique façon de sentir, de penser, de rêver, d’être. Les milieux populaires ont toujours expérimenté des formes de vie « autres ». Comment faisait-on et comment fait-on pour vivre (et « vivre » malgré tout) et pas seulement survivre, sans beaucoup d’argent, sans épargne ? Quelles valeurs ont émergé de ces modes de vie ? Refuser la primauté des « couches moyennes », c’est refuser le fétichisme de l’économie, celui de l’État et la fausse solution de l’étatisation du capitalisme comme chemin de l’émancipation. La centralité des couches moyennes a été une façon de discipliner les milieux populaires.

Comment redonner la parole au peuple ?

Ce socialisme gourmand sera aussi nécessairement un socialisme de parole. Il ne peut pas y avoir en effet de socialisme gourmand sans appel à la subjectivité, or la subjectivation requiert le langage, mieux, la prise de parole. Les mouvements sociaux récents – les Indignés, les Anonymous... – éprouvent ce besoin de renouveler la langue. Le désintérêt des gauches pour le langage a accompagné l’effondrement des projets, la faiblesse des mobilisations, mais aussi la crise de la créativité langagière populaire, malgré l’argot des jeunes des banlieues. Il a accompagné la disparition d’une langue politique qui défie l’ordre. L’histoire des gauches se confond avec celle du pouvoir de la parole, en particulier celle des tribuns : Robespierre, Saint-Just… oserais-je dire Mélenchon. La gauche doit retrouver sa capacité de séduction, de mobilisation mais aussi de compréhension. Je suis heureux que l’on réapprenne à se nommer et à nommer l’ennemi : une des plus grandes victoires de la bourgeoisie est d’avoir rendu innommable sa propre classe.

« Le grand mal de la gauche, c’est l’anesthésie de la vie », écrivez-vous. Comment peut-on renouveler les partis politiques aujourd’hui, et plus largement les organisations militantes, pour qu’ils donnent envie d’y vivre ?

Les gens sont moins bêtes qu’angoissés, moins manipulés qu’insensibilisés. Nous devons réapprendre des mots et des gestes pour nous rendre disponibles aux sentiments. Il s’agit aussi d’apprendre déjà à se « réincarner » dans nos propres corps. Le capitalisme a pénétré en nous et nous a contaminés : notre corps est le premier territoire à libérer. Nous ne sommes pas sans bagages pour commencer ce voyage : je pourrai citer ce travail sur la sensibilité qu’est l’engagement militant, le fait que nos « moi » se frottent les uns aux autres dans une perspective qui n’est pas celle du profit ; je pourrai citer les mille façons de travailler autrement que développent le mouvement coopératif et l’économie sociale et solidaire, les mille façons de vivre autrement avec l’habitat autogéré, les Amap (associations pour le maintien de l’agriculture paysanne), les SEL (systèmes d’échanges locaux), les monnaies locales, le refus de la « sportivation de la vie » qui va bien au-delà de la nécessaire critique du sport.

Ce dont nous manquons pour nous insurger, comme le dit aussi Miguel Benasayag, ce n’est pas de motifs de mécontentement, c’est de la joie nécessaire pour pouvoir se rebeller. Ce qui nous rend impuissants, ce sont les passions tristes.

Recueilli par Agnès Rousseaux

Notes

[1] Le Socialisme gourmand, Le Bien-vivre : un nouveau projet politique, Éditions La Découverte, 15€. Paul Ariès est également directeur du Sarkophage.

[2] La Revue Le Sarkophage et la communauté Emmaüs de Lescar-Pau

[3] Lire également : Pourquoi l’oligarchie financière ne veut pas de l’économie sociale

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Publié par Frédéric Maurin à 08:37am - Voir le commentaire ()
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1 Août 2012

Faut-il sauver Peugeot ?

Et que veut dire "Sauver Peugeot"?

Sauver ses ouvriers ? Ses actionnaires ? Sauver un système où la mobilité est associée à la possession d'une voiture individuelle? Les 3 à la fois ?

 Comment j’ai découvert que PSA fabriquait des automobiles, excellent article de Pierre Deruelle (soutiré du site Reflets.info | ReZoCitoyen) ne répond pas à cette question mais montre, à sa manière, la difficulté de la tâche.

Difficile, à rapport social égal, droit de propriété égal, droit communautaire égal et "patriotisme économique" égal... de faire mieux que d'arracher un "plan social" amélioré. "Prends l'oseille et tires-toi". D'autres sont passés par là, inutile de citer.

L'urgence, c'est l'Humain d'abord et dans ce cas précis, la Sécurité sociale professionnelle, ou statut de l'actif, qui garantisse continuité de rémunération - emploi-formation, quel que soit le poste occupé.

Établir une sécurité sociale professionnelle - La cgt

L'urgence, c'est aussi la transition écologique. Et, pour être honnête, je ne sais pas si Peugeot a besoin de 8000, ou 50 000, emplois de plus ou de moins.

Mais je suis sûr que nous avons besoin de plus de bus, de lignes de bus et des chauffeurs qui vont avec, de taxis collectifs, de gestionnaires de parcs d'autopartage.

Plus de commun, de mutualisation, (de communisme ?) de services publics nationaux ou locaux de transports. 

Besoin aussi d'un urbanisme offrant ce luxe de ne pas être contraint et forcé à l'automobile. Et là, il y a du boulot, ils sont là les emplois !

Le plan voiture électrique du minitre du redressement ? Plus pertinent que la prime à la casse mais gare à l'illusion technologique qui permet de laver le linge sale du capitalisme plus vert que vert.

J'ai le souvenir amer de dirigeants du groupe La Poste justifiant, en plein référendum bafoué sur la société anonyme, l'achât de BMW série 5 de fonction au nom du développement durable. On ne leur demande pas de chanter La Marseillaise sous la douche, mais va donc sauver Peugeot avec çà !

J'ai l'intuition qu'avant que nous roulions tous en Peugot à énergie solaire, il y aura des gagnants et des perdants.

A moins qu'ils ne gagnent : CGT PSA Aulnay

On les lâche pas !

Comment j’ai découvert que PSA fabriquait des automobiles

C’est vraiment avec le plus grand étonnement que j’ai découvert, ce jeudi 12 juillet 2012, que le groupe PSA fabriquait des automobiles.

PSA venait d’annoncer pour 2014 l’arrêt de la production dans son usine d’Aulnay-sous-Bois (93) et la suppression de 8.000 emplois en France.

Là j’avoue que je suis tombé des nues. Ils fabriquaient visiblement des véhicules, et personne ne m’avait rien dit.

Je connaissais pourtant fort bien les filiales qui composent le Groupe PSA :

Faurecia, le spécialiste en ingénierie et de production d’équipements, dont le chiffre d’affaire a augmenté de 4 milliards en 4 ans.

GEFCO, le groupe de transport et de logistique dont le chiffre d’affaire de 3 milliards aura permis de dégager 223 millions de bénéfices en 2011.

Et surtout Banque PSA Finance, qui représente 3 % du chiffre d’affaires mais 40 % du résultat opérationnel du groupe PSA en 2011, dont le chiffre d’affaires de 1,8 milliard d’euros a permis de dégager un résultat opérationnel courant de 507 millions d’euros.

Je connaissais aussi les sous-filiales d’Assurance (pourtant discrètes) de Banque PSA Finance : PSA Services Ltd, PSA Insurance Ltd et PSA Life Insurance Ltd, qui sont domiciliées à Malte, sans aucun rapport bien sûr avec le fait que Malte soit un paradis fiscal, mais plus simplement parce qu’il y fait souvent un temps superbe et qu’il est fort agréable d’y aller pêcher au large.

Je me souvenais même que Banque PSA Finance avait réalisé avec succès une émission obligataire à taux fixe d’un montant de 600 millions d’euros il y a quelques semaines, le 20 juin 2012, opérée avec les banques partenaires Banca IMI, BNP Paribas, Bank of Tokyo Mitsubishi, HSBC, Unicredit et CM-CIC. Tout semblait aller bien pour Banque PSA Finance, petit poisson courageux parmi les requins de la finance internationale.

Le PDG Philippe Varin déclarait même dans le document de synthèse en s’auto-congratulant :

« Cette deuxième émission en euros de l’année vient confirmer la capacité de Banque PSA Finance à saisir les opportunités offertes par le marché obligataire et à accéder à la liquidité malgré la forte volatilité des marchés financiers. »

 

 Les Suisses ont su construire un très beau pays autour de leurs hôtels

Donc je savais que PSA était un peu équipementier, faisait un peu de logistique, et surtout était une Banque et un organisme financier. Mais un fabriquant de véhicules, ça j’avoue que j’étais totalement passé à coté.

Je savais aussi que la famille Peugeot était la première fortune française (4,4 milliards d’euros via une Holding crée en 1929) résidente en Suisse, puisque plusieurs membres s’y étaient installé il y a belle lurette, non pas pour échapper à l’imposition fiscale française, mais pour la qualité de l’air pur des montagnes helvètes et la beauté paisible et propice à la méditation, des pâturages verdoyants.

Comme l’écrivait feu l’écrivain anglais George Mikes, « Les Suisses ont su construire un très beau pays autour de leurs hôtels. »

Je savais que le dirigeant du groupe, Philippe Varin, avait été promu officier de la Légion d’honneur le 14 juillet 2011, ce qui n’est qu’un début, puisqu’il est encore loin d’être Grand-croix comme Jean Todt (un type qui savait comment consommer beaucoup de pétrole super vite) ou Grand officier comme Bernard Arnault, (notre plus riche compatriote dont il faut bien savoir récompenser les 24 milliards). Je savais donc que Philippe Varin avait des progrès à faire, mais qu’il était sur la bonne voie.

Mais alors cette histoire de PSA qui fabrique des automobiles dans le 93, ça n’avait plus rien de cohérent.

J’avais aussi regardé qui étaient les salariés les mieux payés du Groupe :

Philippe Varin, Président du Directoire (rémunération 2010 : 3 253 700 €)

Jean-Marc Gales, Direction des marques (rémunération 2010 : 1 266 000 €)

Frédéric Saint-Geours, Direction des Marques (rémunération 2010 : 1 266 000 €)

Guillaume Faury, Directeur Recherche et Développement (rémunération 2010 : 1 266 000 €)

Grégoire Olivier, Directeur Asie (rémunération 2010 : 1 362 820 €)

Or, avec un Directoire de gens aussi correctement payés, (preuve est donc faite de leur extrême compétence) était-il véritablement nécessaire de continuer à fabriquer quoique ce soit ?

(Photo de Deep silence sous licence CCbySA)

Mais n’ayons pas d’inquiétude, aucun de ces salariés hyper-compétents ne sera heureusement impacté par le nettoyage qui va être fait.

J’ai en effet regardé depuis dans le détail ce plan salutaire d’épuration sociale et il va dans le bon sens : 1.400 postes vont être supprimés dans la recherche et le développement, ce qui est somme toute logique, et 4400 postes dans la production, ce qui est un véritable soulagement pour le département « Finances et comment faire du Cash » du Groupe PSA.

Philippe Varin est sur la bonne voie, comme le prouve son discours du 15 février 2012 :

« Nous mettons en place un programme soutenu de management du cash : les mesures d’économie de 800 millions d’euros annoncées en octobre dernier sont complétées pour atteindre 1 milliard d’euros. Par ailleurs, un programme de cessions d’actifs, d’un montant de 1,5 milliard d’euros environ, incluant CITER, est lancé. Il comprend la valorisation d’actifs immobiliers et l’ouverture du capital de Gefco. Notre situation financière reste robuste et sécurisée. »

Me voilà donc rassuré, le Groupe PSA continuera à valoriser ses actifs immobiliers, et à ouvrir son capital à d’autres organismes financiers. C’était un bon début, car après l’arrivée dans le capital de PSA du Groupe NATIXIS AM, du Groupe BNP Paribas, de la Banque Barclays, ou du Hedge Fund Templeton Global Advisors, je trouvais que le rythme de la financiarisation du groupe laissait franchement à désirer.

PSA peut faire beaucoup mieux pour que soient prises les bonnes décisions. Il serait bon de supprimer totalement les dernières velléités industrielles du Groupe pour se concentrer sur la finance, bien plus rentable. On pourrait par exemple envisager la création d’un département HFT (High Frequency Trading) qui permettrait de spéculer via des filiales opaques dans les paradis fiscaux sur les émissions d’obligations ou d’actions du Groupe.

C’est la synthèse des résultats financiers 2011 qui nous le dit :

« Banque PSA Finance dispose d’une structure financière solide grâce à un ratio de solvabilité Bâle II supérieur à 14% et d’une sécurité financière, via des lignes de crédit non tirées et une réserve de liquidité, permettant d’assurer en permanence plus de 6 mois d’activité sans recours à des financements complémentaires ».

Bien inspiré, Philippe Varin se concentrera désormais j’espère sur le recrutement de traders, d’analystes financiers, de courtiers, de spécialiste en optimisation fiscale, et de conseillers en placements off-shores de contrats d’assurance-vie.

Augmenter le taux de rentabilité des actionnaires du Groupe en fabriquant des voitures, je me demande bien qui a pu avoir une idée aussi saugrenue chez PSA.

Publié par Frédéric Maurin à 07:23am - Voir le commentaire ()
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