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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

26 Avril 2013

Fakir : garanti 100% sans Cahuzac !

...et c'est vrai, je l'ai reçu.

En revanche, les premiers pas du CIAG, Comité d'Intervention en Assemblée Générale, lors de l'AG de Vinci sont remarquables !

Rejoignez le CIAG, retrouvez donc Fakir, sans Cahuzac ni DSK, dans les kiosques, par abonnement, le 1er Mai, dans la rue ou aux Glières...

Pas de Cahuzac chez nous

Par François Ruffin, 26/04/2013

Le journal Fakir est un journal papier, en vente dans tous les bons kiosques près de chez vous. Il ne peut réaliser des reportages que parce qu’il est acheté ou parce qu’on y est abonné !

Alors que sort, ce samedi 27 avril, le numéro 60 de Fakir, j’entends cette réflexion : « Ah, en ce moment, vous devez avoir du boulot ! Avec l’affaire Cahuzac, vous devez vous régaler. » Eh bien non. Et voici pourquoi nous ne tirerons pas, ni dans ce numéro de Fakir ni dans les suivants, sur l’ancien ministre du Budget.


D’abord, l’homme est déjà à terre – et il y a de la lâcheté à venir le piétiner avec la meute des hypocrites indignés, des tartuffes scandalisés.

Ensuite, qu’on énonce son pire tort : il a eu la faiblesse d’avouer. Quand Jacques Chirac a menti sans trembler durant des décennies, quand Nicolas Sarkozy et Édouard Balladur nient encore l’évidence dans l’affaire Karachi, quand Jean Tibéri se réfugie derrière un futur jugement en cassation plutôt que de prononcer des excuses, etc.

Aussi, on entend que Pierre Moscovici serait « dans la tourmente ». Et pourquoi ? Parce qu’il n’aurait pas contrôlé Cahuzac, son ministre de tutelle. Mais c’est une broutille, ça, tout de même, à son palmarès : Moscovici a présidé, durant des années, succédant à Dominique Strauss-Kahn, le Cercle de l’Industrie. Un lobby qui rassemble les plus grosses boîtes françaises. DSK : pourquoi on n'en veut pas ?
C’est une information publique.
Nous l’avons écrite avant la présidentielle.
Et ça nous paraît bien pire, comme casserole : au ministère de l’Économie, on a placé le socialiste le plus proche des patrons, qui les côtoie chaque mois, qui a exercé du lobbying pour eux, et qui mène donc une politique conforme aux intérêts du CAC 40. Voilà pour quelles raisons de fond, oui, il doit dégager de Bercy.

Car cette affaire hyper-médiatisée joue un rôle net : de diversion. En témoigne cet échange, sur France Inter, entre deux éditocrates :

Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po : Le problème qui se pose aujourd’hui, c’est qu’il n’y aura pas d’oubli avant les scrutins prochains, de mars 2014 et de juin 2014, et donc nous allons retrouver dans les urnes ce qui a commencé hier avec cette série d’aveux.

Jean-Marie Colombani : Ce que dit Dominique est très vrai, sur la montée prévisible des populismes. Voilà le principal ferment, le principal terreau de la montée des populismes. (France Inter, 8/04/13).

C’est faux. Si « les populismes » grimpent d’ici les prochains scrutins, si le Parti socialiste se prend une branlée, ce ne sera pas à cause du docteur Cahuzac et de ses comptes en Suisse ou à Singapour. Une vétille, ça. Un détail. Non, le « principal terreau », ce sont les choix économiques, les décisions anti-sociales, le conformisme budgétaire, l’orthodoxie européiste, la soumission aux désidératas du patronat, la docilité envers Bruxelles et Berlin – autant d’orientations que la classe dirigeante ne veut pas, surtout pas, n’accepte pas, de remettre en cause. Mieux vaut croire, alors, et donner à croire, qu’un résultat calamiteux dans les isoloirs ne signifiera que ça : le Peuple réclame « une moralisation de la vie publique », cette ritournelle.


L’arbre Cahuzac ne doit pas masquer cette forêt : la politique, tout simplement. La reprise en main de notre destin commun – ou l’abandon à la fatalité mondialisée du laisser-faire.
Voilà notre vraie question, loin de la mousse des médias.

Publié par Frédéric Maurin à 23:26pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #fakir , #cahuzac , #dsk , #médias aux ordres , #union européenne , #1er mai , #glières

26 Avril 2013

Du balai, encore du balai, toujours du balai !

vu sur Les blogs du Diplo

Diplo qui n'existe que par les contribution de ses lecteurs...

Le balai comme la moindre des choses

vendredi 12 avril 2013,
par Frédéric Lordon
Seuls ceux qui portent sur la politique le regard scolastique des logiciens auront du mal à comprendre qu’on puisse dire d’un même événement — comme l’affaire Cahuzac — qu’il est à la fois secondaire et principal. Péripétie fait-diversière et crapoteuse, bien faite pour attraper le regard et le détourner des choses importantes (accord sur l’emploi « ANI » [1], austérité, chômage, etc.), la bouse soudainement posée n’en a pas moins le mauvais goût de tomber au plus mauvais moment — il est bien vrai que le spectacle de la cupidité déboutonnée, lors même que le corps social en bave comme jamais, donne quelques envies de coups de fourche. Elle y ajoute surtout un effet de révélation potentiellement dévastateur si l’on en vient à considérer que les « péripéties », loin d’être des exceptions locales sans signification globale, sont en fait les expressions d’un système, et qu’il n’est peut-être pas fortuit qu’on retrouve identiquement cette passion de l’argent dans tous les gouvernements qui se succèdent pour garantir sa continuité à l’austérité ainsi qu’à toutes les politiques conduites chaque jour plus visiblement d’après les intérêts du capital.
Bien sûr il restera toujours un François Chérèque pour chialer ses grands dieux, pleurer Mendès et crier Delors que c’est toute la « gauche responsable », celle qui « pense qu’il est juste de mettre fin aux dérives des finances publiques car elles créent de l’injustice » [2], qui se sent « humiliée » par le « traître » Cahuzac — puisque c’est l’évidence à crever les yeux que sabrer dans les salaires des fonctionnaires, réduire leurs effectifs (à l’école, dans les tribunaux, à l’inspection du travail, etc.) ou ratiboiser les prestations sociales sont les gestes mêmes de la justice en marche. On s’en voudrait d’ajouter au sanglot de Chérèque, mais il faut quand même lui signaler que pour d’autres que lui, dont le nombre devrait croître, l’événement Cahuzac, de secondaire, pourrait bien devenir principal, jusqu’au point de vouloir se débarrasser non seulement de la péripétie mais du système qu’elle exprime — et des formes de « justice » que Chérèque persiste à y voir.
Sans doute passablement plus embarrassant que les diversions militaires du Mali ou sociétales du mariage pour tous, l’épisode Cahuzac n’en a pas moins — à quelque chose malheur est bon — la vertu superficielle d’occuper les esprits à penser à autre chose — autre chose que le réel des politiques économiques et sociales dont les historiens du futur regarderont comme une insondable énigme qu’elles aient pu être proposées au suffrage sous le titre « le changement, c’est maintenant ». Sauf vocation à épouser l’Europe libérale, la raison en cercle et le socialisme de gouvernement jusqu’au bout de l’austérité, à l’image de Libération par exemple, c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes — objectif insane des 3 % en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande —, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur.
1983, 2012 : d’un basculement l’autre (de la « politique de terrain » à la « politique de service »)
Sans vouloir empiler les paradoxes, il se pourrait pourtant que cette continuité-là recouvre un « changement qui est maintenant », bien réel celui-là, un changement non pas d’orientation de la politique publique — puisque de ce point de vue, c’est bien le même qui prolonge le même ! —, mais un changement plus profond et plus lourd, qui précisément rend possible que la « gauche » poursuive la politique de la droite à ce point d’indistinction : un changement d’alliance de classes. Sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites « classes moyennes », puis « moyennes-supérieures », mais, formellement, toujours « dans le salariat », a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital.
Peut-être faudra-t-il le recul du temps pour prendre la mesure du basculement historique qui s’est opéré pendant l’automne 2012, quatre mois décisifs inaugurés avec l’invraisemblable ambassade d’un premier ministre « socialiste » à l’université d’été du MEDEF, et clôturés (sans doute très provisoirement) avec l’accord national interprofessionnel (ANI), en passant par la pathétique affaire des pigeons et le rapport Gallois, tous éléments dont la séquence, remarquablement cohérente, se compare aisément à ce que fut le tournant de 1983, et même davantage. Car si 1983 ouvre une longue période où, par simple reddition idéologique, les politiques socialistes se trouvent dévaler la pente néolibérale, 2012 marque une rupture d’un tout autre format : celle de l’entrée dans la collaboration délibérée avec le capital.
Non plus seulement donc des politiques qui se trouvent servir indirectement les intérêts du capital — indirectement puisque médiatisées par les grandes abstractions macroéconomiques des années 1980-1990 (la désinflation compétitive, la monnaie unique, l’indépendance de la banque centrale, etc.), dont la généralité permettait de masquer les effets particuliers, au moins aux malvoyants ou aux réfugiés de la cécité volontaire. Mais des politiques désormais très ouvertement passées du côté du capital, pour entrer avec lui non dans un compromis mais dans une authentique alliance, puisque tout rapport de force a disparu de cette relation-là. 1983 annonçait une politique de terrain, entendre par là aménagement général du parc à thème néolibéral (Europe de la concurrence, mondialisation, normalisation des politiques économiques), aux bénéfices (en apparence) simplement collatéraux pour le capital. 2012 voit une politique de service avec satisfaction directe et immédiate de ses injonctions.
Au moins la « politique de terrain » permettait-elle de maintenir une distance de décence avec le capital et de continuer la pantomime de la justice sociale, unique position de repli du « socialisme pleurnichard » (façon Chérèque) consistant à verser de chaudes larmes sur le triste sort des chômeurs, des précaires, des fins de droit, des pauvres et des inégalités… tout en continuant d’aménager le terrain qui ne cesse de les réengendrer. La « politique de service » n’a plus de ces prudes réserves : elle colle au capital dont elle s’est fait une stratégie ouverte d’épouser tous les desiderata. Elle s’est même « théorisée » (paraît-il), en tout cas donné un nom : le « socialisme de l’offre ». Dans le langage châtré de la science économique, « offre » veut dire le côté du capital. Voilà donc, très explicitement nommé, le nouveau « côté » du socialisme de gouvernement.
Les contresens du « socialisme de l’offre »
De même que Churchill promettait aux munichois, qui espéraient avoir évité la guerre au prix du déshonneur, d’avoir et le déshonneur et la guerre, le socialisme de collaboration — vrai nom du « socialisme de l’offre » — aura l’échec en plus de la honte. Car tout est faux de A à Z dans ce petit calcul de paniqué (ou de vendu), aussi bien les détails techniques que les considérations stratégiques. On ne mesure d’ailleurs jamais si bien l’ampleur d’une conversion qu’à l’incapacité du converti à saisir les rationalités élémentaires qui lui permettraient de maintenir avantageusement ses positions antérieures — en l’occurrence : il ne manque pas d’arguments de la rationalité économique pour soutenir une position politique de gauche, mais le socialisme de gouvernement n’est plus capable d’en voir aucun. Ainsi le rapport Gallois et l’accord ANI dit de « sécurisation de l’emploi » — qui ajoute l’ignominie de son appellation à l’ignominie de ses contenus — se retrouvent-ils dans le parfait contresens économique.
Impasse de la « compétitivité »
Il faut en effet tout le pouvoir de distorsion de la vue néolibérale du monde pour persister à voir dans la situation économique présente une crise d’offre, et à perdre de vue les enchaînements, pourtant massifs, qui nous ont menés là où nous sommes. La crise qui suit un choc financier comme celui de 2007-2008 n’est pas une crise d’offre, mais une crise de demande par contraction du crédit, une crise d’effondrement cumulatif de l’investissement et de la consommation par incapacité des agents à renouveler leurs financements ordinaires (spécialement les entreprises), à plus forte raison quand l’irrationalité des politiques publiques se ligue aux désastres de la finance privée pour ajouter de la récession à la récession. Dans les promesses, décidément abondantes, de sidération rétrospective des historiens du futur, il est certain que l’acharnement européen dans l’austérité collective, en dépit même du spectacle évident de ses catastrophiques effets, occupera une place de choix. Organisant eux-mêmes la contraction de leurs demandes internes, les Etats européens s’imaginent trouver le salut dans les relais de « croissance externe » — raison d’être des stratégies Gallois de « compétitivité » — , au prix d’une double erreur tragique.
En premier lieu, le commerce extérieur des Etats européens étant essentiellement intra-européen, la demande extérieure des uns est surtout fonction de la demande intérieure des autres… et tous s’entraînent collectivement dans la même déveine en s’appliquant une austérité à échelle continentale bien faite pour maximiser ses synergies négatives. En second lieu, il semble que les élites européennes n’aient toujours pas accédé à cette idée pourtant élémentaire que les stratégies de compétitivité sont des stratégies non-coopératives, puisqu’elles visent à la constitution d’un avantage unilatéral, des stratégies différentielles donc, par là vouée à la nullité quand elles sont appliquées simultanément par tous — par construction, elles ne créent alors plus aucune différence !
Bien sûr « nullité » ne s’entend pas pour tout le monde puisque entre temps les entreprises engrangent méthodiquement les avantages (les régressions) qui leur ont été concédés sous couleur d’une « compétitivité » dont l’amélioration est en fait totalement étrangère aux données réelles du problème. On n’en revient donc pas de l’énormité des conquêtes patronales, aux frais de la collectivité (des contribuables et des salariés), quand on les rapporte à l’inanité du diagnostic fait en leur nom. Et l’on ne sait plus quoi penser de cette légèreté intellectuelle qui adosse à des justifications aussi ténues, en fait aussi fausses, des transferts aussi coûteux, consentis en pure perte, sinon qu’elle témoigne du dernier degré de la décomposition idéologique de « socialistes » abandonnés aux injonctions du capital, dont plus aucune réaction immunitaire ne les protège.
Impasse de la « flexibilité »
C’est le même genre d’effondrement politique et mental qui rend possible au gouvernement présent de donner son débonnaire patronage à un accord minoritaire (l’ANI) voué à simplement ratifier le rapport de force capital-travail dans sa configuration la plus défavorable au travail (en situation de chômage de masse), pour tout accorder ou presque au capital, émouvant spectacle du tête-à-tête complice de la CFDT et du MEDEF, conclu comme il se doit dans la concorde et avec la bénédiction des socialistes, trop heureux de s’abandonner au « contractualisme » des « partenaires sociaux », c’est-à-dire d’être exonérés de la responsabilité de légiférer pour remettre droit ce que les rapports de force ont nécessairement tordu. Lacordaire ne rappelait-il pas qu’« entre le fort et le faible, le riche et le pauvre, le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » ? Mais nul ne sait plus de quand date l’oubli socialiste de la loi comme unique moyen de défaire les asymétries du capitalisme. En tout cas Franck Lepage, qui ne cesse d’attirer l’attention sur les pièges politiques enfermés dans les mots les plus innocents d’apparence, et souligne notamment tout ce qu’emporte de rassembler patronat et syndicats sous l’irénique appellation de « partenaires sociaux » — dénégation même du conflit intrinsèque, central et indépassable du capitalisme —, aurait tort dans le cas présent : de ces deux-là, MEDEF et CFDT, on peut bien dire sans aucun abus de langage qu’ils sont partenaires
À l’image du rapport Gallois en tout cas, l’ANI ajoute l’inepte à l’ignoble — entendre l’inefficacité économique à la démission politique. Les entreprises ne manquent pas de flexibilité, elles manquent de demande ! Et toutes les flexibilisations du monde n’y pourront rien. Le crédit d’impôt du rapport Gallois commettait déjà le même contresens en se figurant que rendre 20 milliards d’euros aux entreprises améliorerait leurs investissements en améliorant leur profitabilité — le néolibéralisme patronal, qui n’a pas exactement la cohérence intellectuelle chevillée au corps, ne voit d’ailleurs aucun problème à cette étrange conception de la profitabilité fiscalement subventionnée. Cette ânerie de force 7, connue depuis les années 1980 sous le nom grotesque de « théorème de Schmidt », s’est révélée incurablement fausse pour ignorer ce mécanisme élémentaire que les entreprises n’étendent leurs capacités de production qu’à la condition d’anticiper une demande suffisante (pour le reste, elles procèdent à des investissements de rationalisation qui augmentent la productivité mais en détruisant de l’emploi). On peut les laisser empiler du profit autant qu’elles le veulent : pas de demande, pas d’investissement.
Les laisser flexibiliser à outrance ne changera pas davantage cet état de fait — comme l’atteste d’ailleurs l’immensité des gains de flexibilisation engrangés par les entreprises depuis trois décennies sans jamais avoir pu remettre l’économie sur la trajectoire d’un régime d’accumulation durablement créateur d’emplois — et l’état de délabrement doctrinal de ce gouvernement se mesure à sa capacité de gober tous les discours de l’offre au cœur d’une crise historique de demande !
[N.B. : Il est peut-être utile à ce point de faire deux précisions : 1) on ne saurait faire dire à ce propos qu’il n’y a que des crises de demande en économie ; 2) on ne saurait davantage lui prêter que la crise présente n’est qu’une crise de demande : envisagée dans le très court terme, elle est une crise de demande, en profondeur elle est une crise structurelle du régime d’accumulation néolibéral.]
L’ANI promet pourtant d’avoir des effets bien réels ! Mais terriblement négatifs. Et qui en disent long sur cette incapacité des Etats à l’apprentissage qu’Hegel déplorait déjà en son temps, à moins que ce ne soit sur la capacité de l’Etat colonisé à persévérer au service des intérêts de ses colonisateurs. C’est qu’il faut le faire de mettre à bas avec tant d’application les mécanismes qui nous ont retenus jusqu’ici de transformer la récession en grande dépression ! A savoir : 1) le maintien des prestations sociales, revenus de transferts déconnectés de la conjoncture, donc amortisseur idéal de ses fluctuations ; mais surtout, en l’occurrence : 2) des mécanismes de formation des salaires non concurrentiels, vertu incomparable pour enrayer les effets de plongeon cumulatif propres aux mécanismes procycliques : que les salaires réagissent trop vivement à la conjoncture et à la montée du chômage, comme dans les années trente, et le revenu salarial, en effet, se met à baisser dans le sillage immédiat de la croissance, donc à sa suite la consommation, la demande adressée aux entreprises, et pour finir… la croissance ! Et c’est reparti pour un tour.
La déflation, c’est-à-dire la baisse des prix et des salaires nominaux, a été la plaie des années trente, dont les institutions salariales du fordisme nous auront vaccinés en opérant la déconnexion de leur formation d’avec la conjoncture, seul moyen de réintroduire des forces de rappel, donc de la stabilité macroéconomique quand tous les ajustements procyliques du néolibéralisme ne font qu’amplifier les chocs et produire de la divergence. En dépit des attaques répétées, tout n’a pas été démantelé de cet acquis institutionnel du fordisme, et c’est à cela seulement que nous devons de ne pas avoir sombré dans la spirale dépressionnaire.
Raison pour quoi sans doute le gouvernement n’a rien de plus pressé que de laisser l’ANI démanteler ce qui nous a à peu près protégés ! En effet l’ANI prévoit explicitement la possibilité pour les entreprises d’imposer des baisses de salaire — au nom de la « protection de l’emploi »… — c’est-à-dire de réarmer localement les mécanismes procycliques que les conquêtes fordiennes étaient parvenues à neutraliser. Que ces ajustements viennent à se généraliser et c’est l’économie tout entière qui se verra de nouveau contaminée par l’instabilité, au terme d’une magnifique expérience en vraie grandeur de reconstitution des années trente !
Il aurait fallu ne pas avoir basculé tête première, et c’est vraiment le cas de le dire, dans le camp du capital, pour résister un peu à ses arguments fallacieux, et garder à l’esprit ce que la théorie économique pas trop bornée appelle un sophisme de composition, à savoir qu’une propriété désirable à l’échelle individuelle ne se convertit pas d’elle-même en propriété désirable à l’échelle collective. En d’autres termes, s’il est rationnel pour une entreprise isolée de vouloir la flexibilité maximale, cette rationalité ne se transporte pas telle quelle au niveau macroéconomique : car, de la flexibilité généralisée pour tous les producteurs individuels résultent de multiples interactions qui produisent non pas une série de « bons » ajustements locaux mais de l’instabilité globale — soit des effets au niveau macro qualitativement différents de ceux du niveau micro.
[N.B. : exactement de la même manière que la rationalité capitaliste individuelle qui cherche à minimiser les salaires versés (et pourquoi pas les annuler) ne produit aucune rationalité capitaliste collective, puisque si aucun capitaliste ne verse de salaire, aucun capitaliste ne vendra quoi que ce soit…]
De la panique à la reddition sans condition : la nouvelle alliance de classes du PS
Ni le rapport Gallois, ni l’ANI ne produiront le moindre bénéfice — autres que les commodités livrées sur un plateau au capital. Mais l’automne 2012 n’est pas que celui des contresens techniques, il est aussi celui des abandons symboliques et des retournements stratégiques.
Symbolique — quoique coûteuse également — la lamentable passe d’armes avec les « pigeons », mouvement revanchard d’un quarteron d’entrepreneurs, occupés à persuader l’opinion qu’ils ne sont mus que par la passion d’entreprendre quand la passion de s’enrichir est la seule chose qui les mette réellement en mouvement. La « passion d’entreprendre » n’a pas supporté en effet l’idée que les plus-values de cession puissent être ramenées au droit commun de la fiscalité, celle du travail, et non celle, dérisoire, des revenus du capital — et visiblement nos chers entrepreneurs ne sont tenus à leur œuvre que par la perspective de la culbute phénoménale qu’ils effectueront lors de la cession ou de l’introduction en Bourse.
Mais ce n’est pas tant ici l’obscénité des pulsions cupides entièrement libérées, soustraites à toute régulation de la décence, et qui croient pouvoir légitimement hurler au scandale en apprenant que des gains qui se chiffrent en général en dizaines de millions pourraient être taxés, oui, jusqu’à des taux globaux de 60 % et non de 25 %, qui est en question, plutôt l’incroyable reddition en rase campagne d’un gouvernement décomposé de panique au premier haussement de voix des « entrepreneurs ». En une semaine l’affaire est entendue et le pouvoir, pourtant installé depuis quatre mois à peine, a tout cédé.
S’il a tout cédé, et si vite, c’est qu’il avait déjà pris son parti. Le parti du capital. Car derrière les concessions sans fin de l’ANI et du rapport Gallois, derrière la retraite sans combattre face à l’agitation médiatique de quelques « entrepreneurs » — sans la moindre tentative de construction d’un rapport de force, ni la première contestation de leurs arguments —, il y a malheureusement une ligne. Une ligne terrorisée, qui prenant conscience de la gravité de la situation économique, mais incapable de penser le moindre affranchissement du carcan européen, s’imagine n’avoir plus pour planche de salut que de se jeter dans les bras des entreprises. Contre les forces adverses de la macroéconomie, les entrepreneurs vont nous sauver, voilà l’ultime refuge de la pensée socialiste à l’époque de la crise historique du capitalisme néolibéral.
Au mépris de toute logique, politique aussi bien qu’économique, le gouvernement socialiste, rendu au dernier degré de l’intoxication intellectuelle, a donc pris pour ligne stratégique de s’en remettre en tout, et pour tout, à la fortune du capital, sans doute sur la base des allégations répétées, et désormais prises pour argent comptant, que « seuls les entrepreneurs créent des emplois », proposition pourtant doublement fausse : d’abord parce que c’est la conjoncture d’ensemble qui détermine l’emploi — et les entreprises ne font qu’opérer (localement) des créations d’emploi en fait déterminées au-dessus d’elles ; ensuite parce que, depuis trente ans, les « entrepreneurs » ont bien davantage démontré leur capacité à détruire des emplois que leur capacité à en créer…
En vérité on peut bien accorder à nos pauvres socialistes une asymétrie réelle voulant que si les entreprises n’ont nullement le pouvoir à elles seules de sauver l’économie, elles ont bel et bien celui de lui nuire. C’est même le propre du capitalisme comme système que l’appropriation privée des moyens de production y donne l’initiative aux appropriateurs, et fait de la validation de ceux-ci le point de passage obligé, nécessaire — mais pas du tout suffisant — de toute stratégie de croissance. Le capital est alors en position d’imposer ses conditions selon l’état d’un rapport de force déterminé par la configuration générale des structures économiques — celles de la mondialisation, par exemple, lui offrant une mobilité et des opportunités d’arbitrage d’où résulte un pouvoir de négociation sans précédent. « À nos conditions ou rien », voilà les termes de l’alternative auxquels le capital reconduit tous les gouvernements à l’époque de la mondialisation — d’où notamment les invraisemblables contorsions de « l’attractivité du territoire », lutte permanente des nations pour être à la hauteur de ces « conditions »… dont le niveau d’exigence est sans cesse relevé ; et le capital aurait tort de se gêner puisque en face, non seulement il n’y a aucune résistance, mais tout lui vient avec une déconcertante facilité.
Les prises d’otage du capital
Submergé par la panique d’une crise dévastatrice, dont il s’est privé par ailleurs de tout moyen de contrôle (notamment du côté européen), et remettant alors son destin entre les mains du capital, désormais tenu pour l’unique et providentiel sauveur, le gouvernement s’engage dans une alliance inouïe, jetant par là, mais très involontairement, une lumière crue sur le fond de la lutte des classes. Quand Jean-Marc Ayrault se rend, tel le bourgeois de Calais, à l’université d’été du MEDEF pour livrer au patronat les clés de la cité, il ne fait pas qu’avouer le tréfonds de son désarroi et la solution de désespoir qui lui tient lieu désormais de ligne, bredouillant face au patronat l’excellence de ses dispositions à son endroit, le degré auquel il a compris que ce sont bien « les entreprises qui créent les emplois », son vœu très cher par conséquent d’une collaboration pleine et entière — toutes choses que le capital comprend parfaitement comme une supplication, c’est-à-dire comme une reddition sans condition —, il révèle par la même la vérité ultime du capitalisme comme prise d’otage de la société par le capital.
Ce sont les moyens de la vie matérielle collective, ni plus ni moins, que le capital prend en otage puisqu’il n’y aura de la croissance et de l’emploi que sous la condition nécessaire (mais pas suffisante) de son bon vouloir. Pour que les salariés trouvent l’emploi et le salaire, c’est-à-dire les conditions minimales d’une vie décente dans une économie marchande à travail divisé, il faut, même s’il ne suffit pas, que le capital l’ait voulu. Pour que le capital condescende à investir ici plutôt que là, il faut qu’on l’en ait « convaincu », c’est-à-dire qu’on l’ait « bien disposé ». À défaut de quoi, Mittal, par exemple, peut menacer de laisser en plan toute la sidérurgie française — et les sociétés en sont réduites à se rouler par terre pour obtenir les faveurs de ceux auxquels elles ont remis sans aucune restriction l’intégralité de leur vie matérielle. Rendu à cet état de fait, il n’y a à tout prendre que deux attitudes possibles. La première valide la situation d’ultimatum et livre au preneur d’otage tout ce qu’il demande : Ayrault au Medef, débâcle « pigeons », rapport Gallois, ANI, en attendant la suite. La seconde voit la prise d’otage, et décide qu’elle a assez duré. Disons les choses assez simplement : c’est cette attitude-là qu’on attendrait d’un gouvernement de gauche.
« Gauche » et « droite », termes normalement transparents d’un débat devenu — logiquement — d’une parfaite confusion depuis que ce qu’on tenait pour une réalisation de la « gauche » (le Parti socialiste) est devenu de droite. Entretenu par une caste d’éditorialistes sociologiquement inclinés à accompagner, dans un mélange de sentiment d’appartenance élitaire et de racisme social, l’abandon des classes ouvrières où se jouait l’ancrage à gauche de la « gauche » [3], le brouillage des cartes politiques, dont on ne trouverait pas d’exemple plus typique que le gros titre « De gauche ! » dont Libération fit sa une à la suite du meeting du Bourget [4], le brouillage des cartes politiques, donc, appelle sans cesse à refaire les catégories et à retracer leurs lignes de partage. S’il est bien certain qu’on ne peut plus se fier aux revendications de la partie majoritaire de la « gauche », le PS, pour savoir ce que c’est que la gauche, il faut alors en produire le concept, ou les critères, en toute généralité.
On pouvait déjà trouver l’un de ces critères dans le rapport au « cadre » constitué par les structures de la mondialisation, soit : le plain-pied concurrentiel du libre-échange international ; la déréglementation financière ; l’orthodoxie de la politique économique sous surveillance des marchés de capitaux ; la droite se définissant alors comme le renoncement à contester le cadre et le choix de se soumettre à ses contraintes, la gauche comme projet alternatif de refaire le cadre, ou bien d’en sortir.
La bascule de l’automne 2012 et la nouvelle alliance du socialisme de gouvernement suggèrent une autre ligne de partage, tracée d’après les positions face à la prise d’otage du capital : validée ou contestée ? Validée, et tout est fait pour donner satisfaction au capital, c’est-à-dire consentir à un état des choses qui fait jouer le jeu de l’économie à ses conditions — c’est la droite. Contestée, et la capture privative du bien collectif en quoi consistent les conditions de la vie matérielle de la société est jugée intolérable en principe, les structures économiques sont modifiées pour en contrecarrer les effets, éventuellement les annuler en visant une sortie du capitalisme, en tout cas identifier comme seul objectif politique pertinent de rendre du pouvoir au grand nombre contre le petit — c’est la gauche.
Le PS, ou la droite complexée
Que ce soit sous le critère du « cadre » ou celui de la « prise d’otage », il est bien clair que le Parti socialiste n’est plus de gauche. On dira que ce constat était acquis depuis longtemps en fait, dès l’époque de la « politique de terrain » — qui avait choisi l’intérieur du cadre. Mais la bascule dans la « politique de service » (le « socialisme de l’offre ») — qui choisit le côté du preneur d’otage — porte ce déplacement à une intensité sans précédent, et rend non seulement analytiquement impossible, mais politiquement scandaleux, que le gouvernement présent, et la majorité dont il procède, puissent encore être dits « de gauche ». Une fois n’est pas coutume — et probablement sans suite —, on peut ici retenir de Camus que « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », et qu’en effet, persister à nommer « gauche » le Parti socialiste n’a pas cessé d’ajouter au malheur politique de notre monde : en barrant longtemps la possibilité d’une (vraie) gauche.
Il est donc à craindre que la pleine advenue de cette vraie gauche demeure impossible tant que n’aura pas été accomplie une sorte de révolution symbolique qui aura converti les regards portés sur le Parti socialiste, et produit comme une évidence politique, contre la force d’inertie des étiquetages médiatiques paresseux, que ce parti (dans sa ligne majoritaire présente) n’a plus aucun titre à être considéré comme de gauche — un peu de la même manière que l’idée d’un quelconque radicalisme du parti radical ne suscite plus depuis longtemps que de l’hilarité. Il est certain en tout cas que le corps social prendrait une vue sensiblement différente sur la compétition électorale qu’on lui vend comme « démocratie », à partir du moment où il verrait clairement qu’elle n’a pour enjeu que de départager la droite et la fraction modérée de la droite. Encore qualifier le Parti socialiste de « fraction modérée de la droite » demeure-il sujet à discussion si l’on considère que les avancées du rapport Gallois et de l’ANI vont au-delà des ambitions de la droite sans complexe, comme l’atteste le succès parlementaire que rencontre, auprès même des députés UMP, le projet de loi transcrivant l’accord sur l’emploi. Voilà donc peut-être comment il faudrait dire les choses plus justement : l’alternance UMP-PS n’est rien d’autre que celle de la droite décomplexée et de la droite complexée.
La révolution des balais ?
Cahuzac, dont les accointances droitières deviennent moins incompréhensibles sous cette perspective — entre droites, on peut bien se parler —, n’est donc pas une péripétie puisqu’il est fatal que certains finissent par convertir en manières personnelles les manières politiques de leur groupe de passer avec armes et bagages du côté de l’argent.
On pourrait ici, métaphoriquement bien sûr, se référer à une théorie mathématique très puissante, la théorie dite des catastrophes [5], dont l’une des thèses les plus fortes énonce qu’une structure s’exprime entièrement dans ses singularités. En d’autres termes, il est des accidents locaux qui ne sont pas des erreurs adventices de la structure globale mais bien l’expression de sa nécessité. Ca n’est donc pas seulement, comme on dit parfois, que « le poisson pourrit par la tête », le corps primitivement sain n’étant gagné que par après, mais que la pourriture de la tête révèle la malfaçon de l’ensemble. C’est pourquoi on ne saurait davantage faire erreur, comme malheureusement Christian Salmon [6], en ne voyant dans les appels au « coup de balai », qu’une éruption moralisatrice quand, à la lumière de cette « théorie des singularités », ou des « péripéties », ces appels sont en fait entièrement rattachables à une analyse profondément politique. Pour y accéder cependant, encore faut-il délaisser un instant le plan fait-diversier de l’épisode, et même celui de la politique de surface qui, sans surprise, n’appellera pas d’autre réponse que les indigentes propositions à base de transparence, de déclaration de patrimoine et de solennelles promesses de ne plus être avocat d’affaire en même temps que député — soit le contournement parfait des enjeux fondamentaux qui s’expriment dans l’affaire Cahuzac. Changer une structure globale, oui c’est l’affaire d’un coup de balai, d’un grand coup de balai même.
Evidemment ça n’est pas là exactement un langage fait pour complaire aux becs fin et aux museaux délicats. Il est vrai que ceux-là ont si profondément partie liée au système à balayer qu’on ne saurait s’étonner que la proposition du balai les scandalise. Editorialistes confits, journalistes installés, experts grassement payés, supplétifs conscients ou inconscients de l’ordre social, tous sont bien d’accord que « la violence est le dernier moyen de régler les problèmes politiques ». On pourrait sans doute prolonger avantageusement à la caste de ces publicistes les analyses de Bourdieu, qui montrait comment le rapport scolastique au monde, permis par l’ignorance des urgences matérielles, telles les nécessités concrètes de boucler les fins de mois ou les angoisses d’un avenir trop incertain, comment ce rapport rend possible la distance au monde du lector, universitaire ou éditorialiste, qui tient sa position de recul pour l’effet de sa vertu intellectuelle, et le calme qui l’accompagne pour celui de sa vertu morale. Aux affranchis de la nécessité, tous les emportements, tous les éclats de voix ne sont que lamentables violences. Leur dénonciation peut alors se donner la hauteur de vue des grands principes, agrémentés comme il se doit de la condamnation « des populismes », cet asile de l’ignorance médiatique [7], et les précepteurs autoproclamés, qu’aucune urgence n’assaille jamais, se répandre en leçons de maintien démocratique : « la violence, le dernier des moyens bla bla… ».
Ils tomberont certainement de leur chaise si on vient leur dire, au contraire, que dans certaines situations de confiscation des pouvoirs au bénéfice exclusif des dominants et de blocage institutionnel patenté, le retour à une certaine forme de violence, lorsque toutes les solutions politiques « froides » sont vouées à demeurer inopérantes, à l’image des pantomimes électorales qui ne donnent à choisir qu’entre Jospin et Chirac, Royal et Sarkozy, Sarkozy et Hollande, le retour à une certaine forme de violence, donc, pourrait être le premier des moyens, en fait le seul restant, de faire sauter quelques verrous. Grands dénonciateurs de la corruption (des autres — car entre les ménages des vedettes des médias et les jetons de présence des experts, l’hôpital ne cesse de se foutre de la charité), la conséquence est, de toutes leur vertus intellectuelles manquantes, celle qui leur manque le plus. Libération, par exemple, à qui il arrivera de penser que « le néolibéralisme est vraiment trop injuste » ne saurait pousser l’enchaînement de ses idées jusqu’à considérer que le néolibéralisme vraiment trop injuste est un ordre de domination, qu’on n’a jamais vu les dominants quitter d’eux-mêmes leurs positions de domination, et qu’un vœu conséquent de justice sociale ne peut exclure qu’il faille les pousser dehors — car ils ne rendront pas les clés spontanément.
Aussi les inconséquents demeurent-ils scandalisés par les images de balai — eux préfèrent épousseter à la pince à épiler —, et « la violence » les horrifie. Enfin certaines violences plutôt que d’autres — qui les laissent de marbre. La violence évocatrice du balai est abominable, mais celle qui conduit quelques désespérés à s’immoler devant Pôle emploi en revanche ne laisse pas de trace plus d’une journée, celle des suicidés de la valeur actionnariale, à Orange ou ailleurs, pas davantage, quant à la misère des vies brisées par les temps partiels, les reclassements à cinquante kilomètres du domicile ou les horaires tournants, elles n’existent même pas. L’austérité : pas violente. Les baisses de salaire imposées à des gens qui survivent à peine : pas violentes. La flexibilisation qui rend les salariés corvéables à merci : pas violente. Les plans de licenciement boursiers, les propositions de reclassement en Roumanie à 200 euros le mois : pas du tout violents.
Ainsi chacun juge-t-il de la violence selon sa position sociale et, comme toujours, ses jugements de violence en disent plus long sur lui que sur les « violences » jugées. Ils en disent long sur des satisfactions d’existences totalement ignorantes du malheur d’existences autres que les leurs — hormis quelques oblats verbaux caractéristiques du « socialisme pleurnichard » —, mais aussi sur le mélange de dénégation et d’inconséquence que ces satisfactions déterminent. Car il faut être aveugle, borné ou totalement crétin pour imaginer encore que la moindre modification significative du système néolibéral puisse venir du jeu normal des institutions politiques présentes où, précisément, le système en question a trouvé un inexpugnable refuge.
La question, en forme d’alternative, du « soulèvement ou du Parlement » ne se pose pas, ou ne se pose plus : la « voie parlementaire » a eu tout le temps de faire ses preuves — et elles sont faites : depuis deux décennies ici, et dans tous les pays de l’Europe austéritaire. La chose parodique que, dans une entreprise de correction du langage décidément impérative, on ne devrait plus nommer « démocratie », mais, par exemple à la manière d’Alain Badiou, « capitalo-parlementarisme », cette chose a plus qu’abondamment démontré quels intérêts elle servait indéfectiblement quand le pouvoir n’est plus disputé qu’entre la droite décomplexée et la droite complexée. Sauf mutation endogène de la droite complexée — évidemment impossible (sauf vers l’abandon des complexes…) —, la vraie gauche, telle qu’elle a déjà émergé mais telle qu’elle ne cesse de se heurter à tous les verrouillages du capitalo-parlementarisme, la vraie gauche doit se faire connaître, là où elle le peut. S’il n’y a plus que la rue quand toutes les autres avenues de la politique institutionnelle sont, non pas formellement, mais réellement bouchées, ainsi soit-il !
Les soulèvements aiment à se donner des signes, ils ont raison. La révolution tunisienne a eu le jasmin, comme jadis la révolution portugaise les œillets, et l’argentine... les casseroles ! Alors, oui, pourquoi pas le balai ? Comme appel au départ de la droite se faisant passer pour la gauche, mais aussi comme exigence de nouvelles institutions qui offriraient réellement sa chance à la vraie gauche. On rêve : un mouvement armé de balais, manière, pour l’heure toute symbolique, de narguer les gate-keepers satisfaits de l’espace médiatique, qui s’acharnent à disqualifier pour cause de violence verbale toutes les tentatives sérieuses d’en finir avec la violence sociale, une foule de balais rigolarde, non plus de République à Nation, mais devant l’Assemblée, rue de Solférino, et puis surtout sous les fenêtres des épouvantés : de Pujadas, de Libération, de Patrick Cohen et de Pascale Clark, du Nouvel Obs, d’Aphatie et de Canal, inspirée, quitte à faire une fois dans le contre-emploi, par Bernanos et sa réjouissante devise : « jamais nous ne nous lasserons d’offenser les imbéciles ».
Notes
[1] ANI : Accord National Interprofessionnel, signé le 11 janvier 2013 par le MEDEF, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC.
[2] François Chérèque, « C’est toute la gauche réformiste qui est humiliée », Le Monde, 4 avril 2013.
[3] Voir l’ouvrage de Bertrand Rothé, De l’abandon au mépris. Comment le PS a tourné le dos à la classe ouvrière, Seuil, 2013.
[4] Meeting du 22 janvier 2012 où, comme on sait, François Hollande a annoncé sa ferme intention de s’en prendre à « l’ennemi sans visage » de la finance...
[5] Plus exactement : la théorie des singularités des variétés différentiables — et qui n’a qu’un rapport très lointain avec ce que nous nommons communément des événements catastrophiques.
[6] Christian Salmon, « Son langage est devenu inquisiteur, négatif, culpabilisant », entretien Libération, 5 avril 2013.
[7] Pour une rectification méthodique des mésusages médiatiques du « populisme » et un rappel des significations véritables de ce terme, voir Annie Collovald, Le « populisme du FN » : un dangereux contresens, Editions du Croquant, 2004.

Publié par Frédéric Maurin à 22:12pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #frédéric lordon , #cahuzac , #front de gauche , #ps , #sarkozy , #hollande , #révolution citoyenne , #République , #référendum , #médias aux ordres

26 Avril 2013

Contre le chômage, on a tout essayé...

Contre le chômage, on a tout essayé...

Vraiment tout ?

clic,clic,clic...

L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française

Impact d'une dévaluation sur le chômage

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...et pendant ce temps, l'UMP ne chôme pas :

L'UMP propose de "libérer le travail" pour revenir au plein emploi

Suppression des 35 heures, contrat de travail unique, réforme de l'indemnisation du chômage et création d'une "Agence du travail": l'UMP a présenté jeudi 25 avril ses propositions pour "libérer le travail" et revenir au plein emploi.

Chargé du Projet : H Mariton

Morceaux choisis :

" l'UMP propose de supprimer de la loi la référence à la durée du travail (35 heures) en renvoyant à des négociations branche par branche ou entreprise par entreprise, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires."
Sauf erreur, travailler plus pour gagner autant, c'est un des contenus de l'ANI...ils devraient être contents.
Personnellement, je tiens à mettre au débat la dégressivité des indemnités parlementaires d'Hervé Mariton indexée sur la pertinence de ses réflexio
ns. .

" l'UMP propose de renforcer les moyens humains d'intervention et de suivi de cette agence (ndlr : fusion Pôle Emploi-APEC-Missions locales-organes de formation professionnelle) en les finançant par une plus grande dégressivité de l'indemnisation chômage "

La dégressivité...on a vu le succès. Alors, une plus grande dégressivité aurait de meilleurs résultats? Quand le souci du jour est de manger, payer une facture EDF, ne pas perdre son logement, on a du mal à monter une start-up. Enfin, je crois...

En lisant ces propos révolutionnaire de l'UMP, j'avais Alternatives économiques de janvier en main, en pensant aux charmes de la flexisécurité à la française : "avec 6%de chômeurs en 2009, le Danemark a dépensé 3,2% de son PIB pour les former et indemniser, la France 2,4% de son PIB pour ses 9,5% de chômeurs. Pour arriver au même niveau, c'est 51 milliard d'euros, 2,5 fois le crédit d'impôt compétitivité, qu'il faudrait dégager en France.

Tristesse.

Leur lutte, c'est contre le chômeur et non contre le chômage, contre les droits des travailleurs et non pour l'emploi.

L’impact d’une sortie de l’Euro sur l’économie française

Impact d’une dévaluation sur le chômage

Publié par Frédéric Maurin à 21:47pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #euro , #ue , #chômage , #emploi , #ump , #compétitivité , #ani , #medef

26 Avril 2013

18-19 mai 2013 : Tous aux Glières !

Comme chaque année, un programme remarquable organisé par

Citoyens Résistants d'Hier et d'Aujourd'hui

Après la rue des 1er et 5 Mai : marcher pour le changement prenez de l'altitude ...

Avec, entre autres, des camarades du M'PEP , de FAKIR, de Politis, de la CGT de Fralib et d'ailleurs, d'hier et d'aujourd'hui...pour Les jours heureux de demain.

En fin d'article, les modalités d'accès depuis la "cuvette grenobloise"

L’année 2013 sera l’année du 70ème anniversaire du Conseil National de la Résistance. Impossible pour nous de rater ce moment important.
L’an dernier nous avons changé de président de la République.
Certes, le climat de tension permanente instauré méthodiquement durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy s’est apaisé mais quelles différences fondamentales y a-t-il entre les politiques économiques et sociales des deux présidents ? Si elles existent alors elles sont bien pâles.
La finance poursuit sa domination sur le monde, les responsables politiques restent soumis au pouvoir économique, les inégalités continuent de s’accroître, le chômage ne cesse de progresser et toujours pas de plan de relance en faveur de l’environnement en vue. Le terreau de l’extrême droite est de plus en plus fertile.
Pendant que les médias se focalisent très largement sur les sujets de société comme le mariage pour tous, la situation sociale commence à ressembler dangereusement à celle de « la montée des périls » des années 30.
Face à cela, nous n’avons pas le droit de nous taire. Nous avons besoin de réfléchir pour agir. Le rassemblement « Paroles de Résistance » et le « Forum des Résistances » ont toutes leurs raisons d’être.
Ce sera l’occasion les 18 et 19 mai prochains aux Glières.
À l’occasion du 70ème anniversaire du CNR, les thèmes de réflexion seront recentrés sur son programme ainsi que sur l’éventualité d’un Conseil National de la Résistance d’aujourd’hui.
Le samedi à Thorens-Glières, conférences, débats, films seront au programme avec une dimension plus participative que les années précédentes. Les paroles de résistants d’hier et d’aujourd’hui retentiront sur le Plateau des Glières le dimanche.
Des jours heureux en perspective ! Les jours heureux
Hier comme aujourd'hui : résistance !

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L' association SLLH (Société des lectrices et lecteurs de l'Humanité) comme l'année dernière, se donne les moyens de mettre à disposition un car à partir de la maison communale de Saint Martin d'Hères moyennant un contribution de 12 euros pour se rendre au :

DIMANCHE 19 MAI 2013 A 10H30 AU PLATEAU DES GLIERES

(départ : à 8h15 parking de la Mairie de Saint Martin d’Hères Avenue A. Croizat et retour vers 18h30 avec départ des Glières à 16h ).


Merci de remplir le bulletin d'inscription ci-dessous

INSCRIPTIONS- :

Noms- :……………………………………….. Prénoms :……………………………………

…………………………………………………………………………………………………

Adresses- :…………………………………………………………………………………………

……………………………………………………………………………………………………..

…………………………………………………………………………………………

Tél.- :

………………………………………………………………………………………………

e-mail- : ………………………………………………………………………………………….. .

Versement de - : 12€ x…..= ……….€ Chèque à l’ordre de Société des Lectrices et des Lecteurs de l’Humanité.

Renvoyer le plus rapidement possible ce bulletin d’inscription accompagné du paiement à - :

Jean Louis Millet 74 Avenue Ambroise Croizat 38400 Saint Martin d’Hères

jlmillet@hotmail.fr

Publié par Frédéric Maurin à 09:35am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #pcf , #front de gauche , #glières , #fakir , #cgt , #m'pep , #crha , #plateau des glières , #cnr , #CommunCommune

26 Avril 2013

1er et 5 Mai : marcher pour le changement

Choisi parmi tant d'autres, piqué-collé de L'Humanité
Il est urgent de changer de République, affirmons-le le 5 mai !

Le dégoût parcourt une grande majorité de nos concitoyens depuis quelques jours. Les révélations autour de l’affaire Cahuzac auront réussi à faire oublier l’affaire Sarkozy, c’est dire où nous en sommes ! Certains intellectuels ou commentateurs de haut vol courent stations de radio et plateaux télévisés pour expliquer au bon peuple, en serviles défenseurs de l’oligarchie, qu’il ne s’agit pas d’une crise de régime, mais simplement d’une faute morale individuelle.

notre dossier VIè république

Pierre Laurent « Le 5 mai, venez, avec vos pancartes, dire à votre manière : la finance dehors, l’humain d’abord ! »

« L’affaire Cahuzac a provoqué une onde de choc dans le pays. (...) Mais si la colère est si profonde, cette seule raison ne peut pas tout expliquer. Le cœur de la crise est ailleurs, dans l’emprise de la finance croissante à l’époque de la droite et de Sarkozy, étouffante aujourd’hui. Une emprise qui interdit toutes décisions sociales, économiques, politiques hors de ses exigences de rentabilité.

notre dossier pierre laurent

Des ministres au-dessus du commun

Inefficace, intrusive, populiste… Tous les arguments ont été entendus pour critiquer la publication du patrimoine des ministres, lundi soir, sur le site Internet du gouvernement, et, bientôt, des avoirs des parlementaires et des dirigeants d’exécutifs locaux. Elle a pourtant au moins un mérite : celui d’enrichir le panel des données statistiques sur la représentation politique en France avec, désormais, le niveau de richesses personnelles accumulées, à comparer avec les moyennes de la population.

notre dossier patrimoine

Marche citoyenne du 5 mai : courrier du NPA au FDG et à la gauche non gouvernementale pour annoncer sa participation

CherEs camarades,

L'affaire Cahuzac devenue aussi l'affaire Augier, l'onde de choc qu'elles provoquent ouvrent une crise politique qui accentue non seulement le discrédit et l'impopularité du gouvernement Hollande-Ayrault mais plus globalement des institutions elles-mêmes.

notre dossier npa

Le NPA se joint à l’appel pour la marche citoyenne du 5 mai

Dans un courrier, le Nouveau Parti anticapitaliste annonce son choix de participer à la manifestation et propose une « réunion unitaire de toute la gauche non gouvernementale ».

3réaction(s) notre dossier VIè république

5 mai, le Front de gauche récuse toute confusion

«Ils n’ont strictement rien à faire avec nous et nous n’avons rien à voir avec eux de près ou de loin. » La mise au point du secrétaire national du Parti communiste, interrogé sur France Inter samedi soir, est on ne peut plus claire : « Nous faisons (le 5 mai) une manifestation pour l’égalité qui n’a rien à voir avec les valeurs réactionnaires de ces gens-là », a expliqué Pierre Laurent.

0réaction(s) notre dossier VIè république

Le PCF prépare le 5 mai et ses suites

Tandis que le gouvernement semble déterminer à maintenir le cap sur l’austérité, pour les communistes, l’heure est à la mobilisation pour « un nouveau pacte politique ». À cette fin, le Conseil national du PCF, réuni en « urgence » ce week-end, a décidé « d’engager toutes ses forces pour concourir au rassemblement » à gauche, selon sa présidente, Isabelle De Almeida.

Le Front de gauche enchaîne les meetings anti-austérité

mobilisé pour l’alternative à l’austérité et pour une VIe République, le Front de gauche multiplie les meetings. Au lendemain du succès du rassemblement européen de Martigues, mercredi dernier, deux autres rendez-vous mobilisaient les têtes d’affiche du mouvement.

notre dossier pierre laurent

Le PCF propose des "assises" pour prolonger l'élan du 5 mai

Afin de prolonger la mobilisation du 5 mai, à l'appel du Front de gauche, "contre l'austérité et la finance et pour la VIe République", le conseil national du Parti communiste français (PCF), qui s'est réuni samedi, a appelé à des "assises pour une refondation sociale et démocratique", le 16 juin à Paris

notre dossier VIè république

Le 5 mai, dans la rue pour changer de politique et de système

Par Roger Martelli, historien, codirecteur de Regards.

La France, comme l’Union européenne, va mal, très mal. La crise financière et le naufrage social auraient suffi à nous désespérer ; nous voilà désormais submergés par le marasme politique et la fracture morale. Nous sommes dans un de ces moments qui découragent les demi-mesures : on choisit le sursaut ou on se résout à l’enlisement. Il reste à dire si ce sursaut vient de la gauche, ou s’il est réservé à la droite.

Pour l’instant, c’est la droite qui a le vent en poupe. Elle se radicalise, dans son contenu et dans ses formes. Elle a ses réseaux de mobilisation et ses think tanks. Elle pense, se transforme et agit. Elle occupe la rue. Elle se rapproche d’un Front national à l’affût, qui attend son heure, conscient que la désespérance et le ressentiment travaillent pour lui, en France comme dans toute l’Europe. Quant à la gauche, le Parti socialiste la conduit dans le mur. Il avait à choisir entre la gauche et le centre. Comme partout ailleurs, il a choisi le centre. Depuis Tony Blair, sa « modernisation » est celle du social-libéralisme : puisque le capitalisme financier est indépassable, il ne reste plus qu’à en conforter les mécanismes (l’assainissement budgétaire et la compression accrue de la masse salariale) et à éviter l’explosion sociale.

Pour cela, il faut de la redistribution à la marge (de plus en plus à la marge…), de la mise au travail (mieux vaut payer des petits boulots que des allocations chômage) et de l’ordre social (le choix du sécuritaire). Cahuzac et Valls : c’était le couple gagnant. Jérôme Cahuzac s’en est allé ; il nous reste Manuel Valls. La balle est au centre. François Bayrou est le plus lucide quand il met en garde François Hollande face à « l’alerte rouge ».

Une crise est favorable à toutes les recompositions. Dans une situation comme la nôtre, les exemples ne manquent pas. Ceux des années trente du siècle dernier sont les plus vivaces. Il y en a d’autres, plus proches encore. En 1958, la crise sur fond de guerre coloniale a précipité l’agonie de la IVe République et lancé la grande machine présidentialiste de la Ve. En Italie, la crise morale des années quatre-vingt a entraîné la chute de la Ire République et ouvert la voie au berlusconisme et à l’intégration de l’extrême droite fascisante. Dans tous les cas, la démocratie en a pris un coup. Pourquoi ? Parce que la gauche, tétanisée, n’était pas au rendez-vous.

En France, aujourd’hui, on ne peut pas écarter l’hypothèse d’une régression, par des voies et sous des formes hélas bien multiples. Le pire, alors, est de ne rien faire. Car, au fond, le pire est déjà là. Il est dans l’accumulation constante des choix opérés depuis si longtemps. Voilà plus de trente ans que le mouvement de nos sociétés est fondé sur un couple indissociable, celui de l’ultralibéralisme et de la « gouvernance ».

À la base de son expansion, on trouve une double conviction : que « l’État providence » est la source de tous les dysfonctionnements économiques et que les « excès de la démocratie » (Commission trilatérale, 1975) rendent impossible la reprise de la croissance par le jeu de la nécessaire austérité. Il y a désormais une cohérence du fonctionnement institutionnel qui conjugue l’imposition d’une norme économique, la confusion du public et du privé, le reflux de la loi, l’affaiblissement de la représentation, l’expansion de l’expertise et l’alternance au pouvoir réel d’une caste, séparée par le clivage de la droite et de la gauche mais partageant les mêmes codes gestionnaires.

Le choix est désormais d’une grande simplicité : ou bien on reproduit à l’infini cette cohérence ou bien on la brise. Ou bien on accepte d’être corseté par les logiques en place ou bien on décide de trouver les ressources d’inventivité dans un cadre différent. Il se trouve que le réalisme a aujourd’hui changé de camp. Il n’y a pas d’amélioration pensable si l’on en reste au couple infernal du libéralisme et de la gouvernance ; l’avenir est au couple vertueux du développement des capacités humaines et de l’implication citoyenne.

Un nouveau cadre pour l’allocation et l’emploi des ressources disponibles, un nouveau cadre pour la démocratie. Une autre façon de penser le développement : l’efficacité économe par la justice et le partage, au lieu de la croissance par l’inégalité et la concurrence. Une autre architecture des institutions : non pas la gouvernance, mais l’élargissement des droits et de la citoyenneté, partout, de l’entreprise et de la localité jusqu’aux espaces supranationaux. La Ve République est forclose. Le temps est venu d’un nouveau processus constituant. C’est le sens, à mes yeux, de la marche du 5 mai. Son mot d’ordre ne peut être « sortez les hommes », mais « changeons de politique, changeons de système ». Quand la colère se confond avec la désespérance, elle tourne au ressentiment : on ne s’en prend plus aux causes du mal, on se contente de désigner le bouc émissaire.

Le ressentiment, au XXe siècle, a été le ressort majeur des fascismes ; il est aujourd’hui encore le vecteur de tous les dévoiements. Il nous faut donc, tout à la fois, exprimer la colère et tout faire pour qu’elle se mue en combativité et non pas en ressentiment. Une seule solution : adosser la colère à l’espérance, lui donner l’élan d’un projet à l’échelle humaine. Rompre avec la logique libérale et ouvrir la voie à une République nouvelle : telle est la clé, la seule.

Il est impensable, dans cette phase délétère, de laisser le champ libre à la droite radicalisée et à sa composante extrême. Il n’est pas question de laisser la rue aux rétrogrades, aux homophobes et aux fascistoïdes. On ne peut pas courir le risque d’un mouvement qui, de la crise d’un système, conduirait à une nouvelle capitulation républicaine. Là encore, l’histoire a déjà parlé : bien des sursauts démocratiques ont commencé par l’occupation de la rue. La marche du 5 mai devrait être ce commencement. Ce jour-là, la rue ne sera pas le terrain de l’aventure, mais le support du renouveau civique.

Roger Martelli

Publié par Frédéric Maurin à 07:31am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #l'humanité , #front de gauche , #eelv , #les verts , #Union européenne , #austérité , #politique , #npa , #République , #france

22 Avril 2013

Les écologistes en marche pour le 5 mai !

Cher-e-s ami-e-s écologistes,

Parce que nous savons que vous êtes comme nous :

• Persuadés que c'est en en finissant avec l'oligarchie, qui ne raisonne pas dans le sens de l’intérêt de la majorité de la population et de la planète mais dans le sens d'une minorité privilégiée, que nous engagerons enfin la véritable transition écologique

• Convaincus que c'est en allant vers plus de démocratie que des projets respectueux des impératifs sociaux et environnementaux pourront voir le jour

• Attachés à la nécessité d'un débat public libre, ouvert et non-violent et au principe de souveraineté populaire

Nous vous invitons à faire partie des signataires de l'appel des écologistes à la grande marche citoyenne pour la 6e République du 5 mai à Paris.

En espérant pouvoir vous compter parmi nous,

Nous vous invitons à relayer largement et signer cet appel directement en ligne sur :
http://www.marchepourla6eme.fr/?p=237

Amitiés écologistes et écosocialistes

Les premiers signataires : Paul Ariès, Directeur de la rédaction du journal La vie est à nous ! / Le Sarkophage et de la revue les Z'indigné(e)s, Corinne Morel Darleux, Secrétaire nationale à l'écosocialisme du Parti de Gauche, Michael Löwy, directeur de recherches émérite au CNRS, Stéphane Lhomme, Directeur de l'Observatoire du Nucléaire, Jacques Testart, directeur de recherche à l'Inserm, Anita Rozenholc, comité de rédaction d'Ecorev, Mathieu Agostini, Président de la commission Écologie du Parti de Gauche, Matthieu le Quang, Enseignant chercheur à l'Instituto de Altos Estudios Nacionales de Quito (Equateur), Anne Isabelle Veillot, Secrétaire Nationale du Parti Pour la Décroissance, Myriam Martin, Gauche Anticapitaliste, Laurent Garrouste, Gauche anticapitaliste, Stéphane Lavignotte, militant écologiste, Jean-Jacques Boislaroussie, Porte parole des Alternatifs, Roland Merieux, Exécutif national des Alternatifs, Guillaume Blavette, Collectif Stop EPR – Ni Penly Ni ailleurs, Silvain Pastor, Ancien conseiller régional Verts de Languedoc-Roussillon, Arno Munster, Philosophe, Gilles Monsillon, FASE, Marie Bixel, Militante écologiste FASE 71

Publié par Frédéric Maurin à 23:04pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front de gauche , #mélenchon , #le sarkophage , #5 mai

22 Avril 2013

Bon appétit !

Les profiteurs du « crédit d’impôt compétitivité » (CICE) : Combien d’emplois vont-ils encore détruire en fait en 2013 et 2014 ?

Le 1e mai doit être très revendicatif

avril 2013, par Saint Martin d’Hères

Le gouvernement Ayrault a réussi à faire passer au Parlement, fin 2012, le plus gros cadeau accordé, d’un seul coup, au patronat depuis treize ans : le « Crédit d’impôt compétitivité emploi » (CICE).

En clair, 4% de la masse salariale en 2013, puis 6% à partir de 2014 (pour les salaires allant jusqu’à 2800 euros brut) seront remboursés par l’Etat aux entreprises, sous forme de restitution d’impôt. Il y en aura pour 20 milliards d’euros par an. Qui va payer ? Le contribuable et les consommateurs via le retour de la « TVA sociale » de Sarkozy. Autrement dit, les salariés vont prendre en charge pour le compte de leurs patrons 6% de leurs propres salaires.

Il arrive que plus les mensonges et les chiffres soient gros, moins on en prenne facilement la mesure, quand il s’agit de milliards.

20 milliards d’euros : C’est par exemple le montant du déficit fabriqué de la sécurité sociale, toutes branches réunies. Ou bien, cela représente l’équivalent des salaires annuels de 800.000 salariés au SMIC.

Où va aller l’argent pris sur les salariés ? A la « compétitivité », à « l’emploi » affirme le gouvernement. Aux profits et à la finance pouvons-nous facilement démontrer !

Ayons en tête que rien que les firmes du CAC 40 ont mis de côté 80 milliards d’euros de profits en 2012 dont 40 milliards ont été déjà été dilapidés en dividendes à leurs actionnaires…

Peugeot-Citroën va liquider 8000 emplois en fermant l’usine d’Aulnay et en réduisant la production à Rennes. Avec le CICE, le gouvernement récompense PSA de plus de 100 millions d’euros.

Spécialistes des bas salaires et des conditions de travail les plus dures, les groupes du commerce et de la distribution, dont 90% des salariés sont payés en dessous de 2,5 fois le SMIC, vont récolter 3,7 milliards d’euros du pactole. Ainsi le groupe Carrefour, entre 115 et 180 millions d’euros selon les économistes, le groupe Casino entre 79 et 126 millions d’euros par an. Des emplois à la clé ? Mon œil ! Pas plus que dans les banques qui multiplient les plans de suppressions d’emploi !

La Poste va récupérer 270 millions d’euros. Son actionnaire principal et bienfaiteur, l’Etat, le subventionne grassement mais encourage son PDG à supprimer encore entre 5.000 et 10.000 emplois par an en 2013, 2014 et 2015. Même logique à EDF ou GDF-Suez !

Il faut souligner encore que les bénéfices du « CICE » pour les grands groupes vont au-delà des sommes calculées par rapport à leurs effectifs. Ils vont pouvoir exercer encore une pression supplémentaire sur leurs sous-traitants et les PME.

Ni pour l’emploi, ni pour les salaires, ni pour la recherche, ni pour le service rendu : le CISE va aller directement dans la poche des profiteurs. Le Medef, l’UE se réjouissent !

Il est inconcevable que cette mesure ait soulevé pour l’instant aussi peu de d’opposition. Communistes, dans cette année de transition avant sa mise en œuvre totale, nous proposons de s’en emparer massivement pour la faire annuler.

Avec le démantèlement du code du travail (ANI), avant la nouvelle remise en cause programmée des retraites, ce « Crédit d’impôt aux patronat » constitue un des points centraux de la riposte globale que nous proposons contre la politique d’austérité au service du capital et de l’UE.

Le 1er mai, allons-y en masse à l’appel des organisations syndicales ! Le désenchantement électoral passé, les combinaisons politiciennes disqualifiées, travailleurs, misons sur la lutte, sur notre propre action ! Par millions, et ça comptera !

Exemple de profiteurs (directs) du CICE (source : Les Echos du 23 janvier 2013)

Vinci : 189 millions d’euros par an

Carrefour : 180 millions

France-Télécom : 158 millions

Bouygues : 87 millions

Véolia ; 107 millions

PSA : 100 millions

Sanofi : 47 millions

BNP-Parisbas : 59 millions

Publié par Frédéric Maurin à 10:03am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ue , #austérité , #ps , #cice

21 Avril 2013

ANI : le PS bloque le vote, nous bloquerons la production

...je ne sais pas quand, mais cela viendra.

L'ANI, c'est pas fini !

Coup de force du gouvernement PS contre le monde du travail !

Le gouvernement musèle le Sénat pour que le MEDEF impose sa loi aux salariés

Sécurisation de l’emploi : recours au vote bloqué

Aujourd’hui [20/04/2013], alors que le Sénat examinait l’article 4 du projet de loi transposant l’Accord National Interprofessionnel du 11 janvier 2013 exigé par le MEDEF, le Gouvernement à imposé au Sénat la procédure du vote dit « bloqué », après seulement 48 heures de débat, ce qui prive les sénatrices et sénateurs de leur droit constitutionnel à présenter dans le détails leurs amendements et à demander à ce qu’il soit procédé à des votes sur chacun des amendements.

Cette décision constitue une première inacceptable, un coup de force contre la démocratie et le monde du travail. Jamais un Gouvernement n’aura usé d’une telle arme à l’encontre de sa majorité parlementaire. C’est la démonstration de l’incapacité du Gouvernement à répondre aux questions et aux contre-propositions formulées par les 450 amendements élaborés avec le monde du travail et présentés par le groupe Communiste Républicain et Citoyen et qui s’opposaient frontalement au projet de loi rédigé par le MEDEF.

Face à la mobilisation sans faille des sénatrices et sénateurs Communistes Républicains et Citoyens, très souvent plus nombreux dans l’hémicycle que les sénatrices et sénateurs des autres groupes, le Gouvernement a préféré fuir le débat, comme l’avait fait, en son temps, Nicolas SARKOZY, avec la réforme des retraites, contre son opposition.

Et pour cause. Hier sur la base de ses amendement, le groupe CRC a fait la démonstration qu’il y avait une majorité de Gauche au Sénat, pour adopter des mesures différentes à celles que veulent imposer le patronat. Le Gouvernent, qui a fait la promesse à Madame PARISOT que le Parlement adopterait au mot près le texte qu’elle a rédigé, ne pouvait l’accepter et a préféré mettre un terme au débat, quitte à piétiner le droit du Parlement à faire la loi.

Publié par Frédéric Maurin à 22:19pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ani , #ps , #front de gauche , #nicolas sarkozy , #cgt

21 Avril 2013

PSA 350 millions de plus !

de plus, pour les actionnaires.

Le but du rachat de ses propres actions ? Faire monter leur valeur.

C'est simple, c'est cher, c'est légal.

Pire que Cahuzac mais moins vendeur que le mariage homosexuel .

PSA : Politique au Service des Actionnaires (RAP) cela n'est donc pas qu'une formule.

Sans faire les gros titres, cela pourrait se passer demain, voté en assemblée générale ce 24 avril 2013.

Un Comité d'Intervention en Assemblée Générale,

cela devient urgent !

La direction du groupe PSA Peugeot-Citroën a mis à l’ordre du jour de l’assemblée annuelle des actionnaires, le 24 avril prochain, le rachat de 10% des actions de son propre capital.

Soi-disant dans le « rouge », PSA trouve 340 millions d’euros, non pas pour maintenir l’appareil de production en France, encore moins pour investir, mais pour enrichir les actionnaires et faire remonter à terme le cours en bourse.

C’est proprement scandaleux, alors que 8.000 salariés doivent être mis sur

le carreau !

Entre 1999 et 2011, PSA avait déjà distribué au total 3 milliards d’euros à ses actionnaires sous forme de rachats d’actions et autant en dividendes, dont 450 millions en 2011, pourtant année de « crise ».

La vérité éclate encore un peu plus nettement :

PSA utilise et exagère la crise pour accélérer aujourd’hui les restructurations, les suppressions de site industriel et d’emploi en France, les délocalisations, pour maximiser ses profits de demain.

Pour 2012, son bilan comptable affiché, « catastrophique », révèle de manipulations comptables grossières. Sur 5,0 milliards d’euros de pertes affichées, 4,7 sont le résultat de « dépréciations d’actifs ».

Les ventes mondiales de PSA ont certes reculé en 2012, à 3 millions de véhicules contre 3,4 millions en 2007, mais partant de niveau record depuis plusieurs années. Et l’essentiel du recul est dû au désengagement politique du marché iranien, suite à l’accord avec le groupe américain General Motors : 300.000 véhicules vendus en moins entre 2011 et 2012. Peu le savent, le marché iranien était le premier marché étranger de PSA.

Notons que PSA retarde aussi la sortie de nouveaux modèles.

Les forces existent pour empêcher cette politique de casse industrielle.

Avec courage et détermination, des centaines d’ouvriers de l’usine Citroën d’Aulnay, sous la conduite de la CGT, poursuivent une grève depuis plusieurs semaines pour « qu’aucun PSA ne se retrouve au pôle emploi ». Pour limiter l’incendie, la direction réprime d’un côté et négocie de l’autre des reclassements avec les syndicats d’accompagnement « majoritaires » (CFDT et syndicat maison). Ceux-ci tentent de récupérer à leur compte le résultat de l’action des grévistes.

Le gouvernement déploie toute son énergie dans le même sens d’aménagement du plan de suppressions d’emploi, par exemple en réservant des embauches dans les entreprises publiques aux ex-Citroën. Ce n’est pas cela qui diminuera le chômage !

Pendant ce temps, la direction de Renault profite du climat instauré avec le plan de PSA pour faire passer, en collaboration avec les syndicats d’accompagnement (CGC, FO, CFDT), son propre nouveau plan de « compétitivité », en réalité de suppressions de 7500 postes d’ici 2016 (sans licenciement) et d’augmentation de 6,5% du temps de travail, contre des promesses de maintien d’un niveau minimum de production en France. Le ministre Montebourg donne sa bénédiction à cet accord.

Partout, le rapport de force est tangent.

D’un côté, les grévistes de PSA reçoivent une large solidarité. La colère et la mobilisation des ouvriers de Citroën-Rennes ou de Renault Flins ne se démentent pas. Les manifestations contre les accords gouvernement/Medef/CFDT de flexibilisation du marché du travail ont marqué l’amorce d’une reprise des grandes mobilisations de 2009 et 2010, de convergences de lutte.

Mais de l’autre côté, les voies de l’accompagnement et de la résignation continuent de l’emporter. Le gouvernement met toute son action politique et économique, des numéros de bateleur de Montebourg aux nouvelles aides financières directes, pour les faire prévaloir.

La nécessité d’une perspective alternative à la hauteur de l’attaque globale contre l’industrie automobile en France, de mots d’ordre d’ensemble, justes et réalistes, s’impose de plus en plus.

La nationalisation de PSA et la renationalisation intégrale de Renault, entreprises structurantes du secteur, devraient d’autant plus être à l’ordre du jour que l’intervention du gouvernement est massive. Les aides publiques attribués aux licencieurs se multiplient depuis des années, des milliards d’euros. Le gouvernement a accordé une garantie financière à la banque du groupe PSA à hauteur de 7 milliards d’euros en octobre 2012 (normalement en échange de l’absence de versement de dividendes ou de rachats d’actions – on va voir…).

La direction de PSA, avec son projet de rachat de 10% de ses propres actions finit de se disqualifier aux yeux du pays. Actuellement, la valeur boursière de PSA est au plus bas, 3,4 milliards d’euros. C’est bien moins que ce que représenterait la restitution des aides publiques détournées vers les actionnaires.

La revendication de la nationalisation de PSA et RENAULT! Oui tout de suite !

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Politique au Service d'Actionnaires : PSA

Publié par Frédéric Maurin à 21:50pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #psa , #capitalisme , #bourse , #ciag

20 Avril 2013

Le rassemblement, c'est maintenant !

Cet appel condamne un peu rapidement le Front de Gauche à n'être pas le terreau de la reconquête de l' idée, toujours neuve, de souveraineté populaire.

(De plus, on ne peut tirer d'une législative partielle que des conclusions...partielles)

Il va falloir être unitaire pour 4...

Face à la crise morale et politique, ouvrir à notre peuple une perspective de rassemblement patriotique et progressiste

ll faut que naisse en France une large alliance républicaine s’inspirant, dans les conditions d’aujourd’hui, des principes et du programme du Conseil national de la Résistance. Ce sera le moyen de sortir notre pays du broyeur de l’Union européenne et de l’euro, constituer la République sociale, laïque, souveraine, une et indivisible, sur des bases réellement démocratiques, reconstruire l’appareil productif industriel et agricole, réduire les inégalités et relancer le progrès social, nouer de nouveaux traités progressistes internationaux non limités à l’Europe.

Communiqué des Clubs « Penser la France », Du Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).

Le 19 avril 2013.

Après tant d’autres affaires impliquant de hauts personnages de l’établissement politique, l’affaire Cahuzac est emblématique de la décomposition morale et civique des « élites » qui dirigent ce pays depuis trente ans. Tout y est : relations incestueuses de la politique, de la finance et de la grande industrie pharmaceutique, mensonge d’État, affichage indécent des liens entre la « gauche » établie et l’argent, mensonge d’État, etc.

Ni l’UMP, dont l’ex-chef de file est cité dans plusieurs affaires explosives, ni le Front national, qui participe du verrouillage politique de la France en imposant au peuple un choix mortel entre le Parti Maastrichtien Unique (PS, UMP, Europe-Écologie, « centre ») et le bloc réactionnaire en formation sur le thème faisandé du « tous pourris », ne sont à même d’apporter une réponse progressiste qui permette au peuple de France de reprendre le chemin du civisme, de l’indépendance nationale, du progrès social et de la coopération internationale.

Le Front de gauche de son côté, comme le montre son échec lors de l’élection législative partielle de l’Oise, n’apparaît pas comme une alternative. En refusant obstinément de lutter pour la sortie de l’Union européenne et de l’euro, il démontre sa volonté de ne pas vouloir remettre en cause le système. Quant à la « moralisation de la vie politique » prônée par François Bayrou, elle ne peut être qu’un emplâtre sur une jambe de bois, même si évidemment, toute mesure, même superficielle, visant à prévenir les plus gros abus, est bonne à prendre.

En effet, l’interpénétration de l’argent et de la politique n’est pas liée aux « dérives » d’un homme. Elle est structurelle dans un pays et dans une Union européenne où, sous couvert de « libéralisme » et de « social-libéralisme », les groupes de pression industriels et financiers tendent à former un mécanisme unique avec la puissance publique, qu’il s’agisse des gouvernements « nationaux » ou des organismes dirigeants de la « construction européenne » et de la mondialisation financière. La tricherie fiscale, révélée à propos de l’affaire des paradis fiscaux, est systématiquement organisée par et pour les classes dirigeantes.

En réalité, ce sont les mécanismes structurels du capitalisme mondialisé, c’est la « construction » européenne en tant qu’elle transforme la démocratie institutionnelle en vitrine trompeuse des institutions supranationales et de la finance, qui doivent être radicalement mis en cause. Tôt ou tard elles seront balayés par l’insurrection citoyenne du peuple français dépossédé et gravement humilié : qu’on se souvienne seulement à ce sujet de la manière dont le « non » français à la constitution européenne a été contourné et violé par Sarkozy et par les députés PS et UMP, avec l’aide de tant de « consciences » médiatiques qui jouent aujourd’hui aux Pères-la-vertu !

C’est pourquoi nos trois organisations appellent plus que jamais les travailleurs en lutte, les citoyens en désespérance, les patriotes progressistes qui ne veulent pas abandonner leur pays aux conjurés du Parti Maastrichtien Unique et du bloc réactionnaire en formation, à rejoindre le combat patriotique et progressiste et à se rassembler. Il faut que naisse en France une large alliance républicaine s’inspirant, dans les conditions d’aujourd’hui, des principes et du programme du Conseil national de la Résistance. Ce sera le moyen de sortir notre pays du broyeur de l’Union européenne et de l’euro, constituer la République sociale, laïque, souveraine, une et indivisible, sur des bases réellement démocratiques, reconstruire l’appareil productif industriel et agricole, réduire les inégalités et relancer le progrès social, nouer de nouveaux traités progressistes internationaux non limités à l’Europe.

Ce rassemblement pour la France indépendante et la République sociale est la seule voie ouverte pour conjurer la décomposition de notre pays, rendre au peuple français sa fierté, reconstruire la nation républicaine et « mettre le monde du travail au centre de la vie politique », conformément aux engagements plus vivants que jamais du programme du Conseil national de la Résistance.

Publié par Frédéric Maurin à 10:59am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #m'pep , #front de gauche , #prcf , #france