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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

29 Octobre 2013

Les Echos mentent ? Sans blague ?

Personne n'est parfait !
Eh oui, je ne lis pas Les Echos.
Danseuse du groupe lvmh , aux mains du milliardaire sarkozyste
Bernard arnault ...tout pour plaire pourtant.
Qu'ai-je donc encore raté ?
Pourquoi me suis-je privé de cette fleur de la pensée?
Allez, une piste :
Source : Carnet de Jacques Sapir

FUNKPROPAGANDA! Les Echos et l'euro

Le journal Les Echos a publié le 21 octobre un article se voulant « objectif » sur la question de la sortie de l’Euro[1], intitulé : Quitter l’euro ? Un saut sans parachute . On n’épiloguera pas sur le titre, qui indique bien cependant ce dont il est question : discréditer ceux qui proposent une dissolution de l’Euro. L’accroche de l’article est inutilement racoleuse et passablement mensongère :

« Pour l’exportateur pénalisé par le taux de change eurodollar, pour l’électeur qui prend connaissance du programme économique du Front National, pour l’agriculteur qui voit la politique agricole commune prendre des chemins de traverse, il est clair qu’il faut apparemment quitter la monnaie unique et se débarrasser de l’euro. »

On aurait pu aussi y introduire les producteurs, de l’industrie et des services, qui sont pénalisés par le taux de change sur le marché intérieur français. Il est d’ailleurs frappant que, quand on parle de « compétitivité » on ne pense qu’aux exportations et non aux importations. Or, la destruction d’emploi par substitution de produits importés aux productions réalisées sur le territoire national est bien plus nocive pour l’emploi. Passons sur cette première approximation, mais qui en dit long sur l’imaginaire (réduit…) des auteurs de cet article. Il y a pire : le morceau de phrase : «pour l’électeur qui prend connaissance du programme économique du Front National » est quant à lui mensonger. Il vise à accréditer l’idée que seul le Front National se battrait pour une sortie de l’Euro. C’est faire bon marché d’hommes politiques comme Nicolas Dupont-Aignan (DLR) ou Jean-Pierre Chevènement (MRC) qui depuis des années sont sur cette position. C’est faire bon marché aussi de personnes qui sont (encore ?) dans des parties « pro-Euro » mais qui n’ont jamais caché leur opposition à la monnaie unique, tel le député Jacques Myard (de l’UMP), ou des responsables du Parti Communiste (et même des fédérations départementales entières) et du Front de Gauche. C’est faire bon marché enfin de nombreuses associations, de droite comme de gauche qui militent depuis des années pour une sortie de l’Euro. Mais, ce type d’article vise a accréditer dans l’esprit du lecteur que la « sortie de l’Euro » est un slogan d’extrémiste, ce qui est le contraire de la réalité. En France même, François Heisbourg, dont les positions pro-européennes sont par ailleurs connues, vient de publier un livre intitulé La Fin du Rêve Européen[2] ou il compare l’Euro à un cancer qui dévorerait l’Europe[3]. Hors de France, ce sont des personnalités de droite (comme Frits Bolkenstein) ou de gauche (comme Oskar Lafontaine) qui ont ces derniers mois pris position pour une dissolution de la zone Euro.

Que le Front National ait pris position pour cette dissolution n’empêche donc pas que de très nombreux autres partis et autres dirigeants politiques aient fait de même. En cherchant à lier la sortie de l’Euro au Front National Les Echos commettent donc un mensonge éhonté, mais ils font aussi une grossière erreur d’analyse. Nous sommes ici en plein dans la FunkPropaganda que j’évoquais il y a peu sur ce carnet. Si l’on regarde maintenant les arguments de l’article (oui, il y en a pour une fois), on est frappé par leur côté tronqué et parcellaire.

(1) L’euro et (est) le balancier entre la valeur faciale pour l’épargnant et l’aide à l’export.

Sur ce point, il est clair que l’on cherche à effrayer l’épargnant. Mais, quand on dévalue, la valeur de la monnaie ne baisse que par rapport aux biens et services importés. Or, nous consommons (et les personnes âgées encore plus) une forte proportion de biens et de services produits sur le territoire. De plus, dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, certains pays dévalueraient plus que nous (comme l’Italie, le Portugal et l’Espagne). Les biens en provenance de ces pays seraient donc moins chers qu’avec l’Euro.

(2) L’impossible dévaluation, le contournement par la dépréciation

Ici, on nage en pleine confusion. Il est possible, contrairement à ce que disent les auteurs de l’article de déprécier (donc de « dévaluer ») l’Euro. Mais d’une part cela implique une décision de la Banque Centrale Européenne d’acheter massivement du Dollar et de vendre des Euros. Ceci est perçu par l’Allemagne comme « inflationniste » et ne sera jamais accepté. D’autre part, une baisse de l’Euro face au Dollar n’avantage que les pays peu intégrés dans la zone Euro comme le Luxembourg et…la France. Des pays comme l’Espagne, le Portugal et l’Italie font de 70% à 80% de leur commerce extérieur au sein de la zone Euro. Le problème pour eux n’est pas le taux de change Euro/Dollar mais le fait qu’ils sont de par l’Euro liés au Mark ! Il faut alors noter une phrase importante de l’article : « lorsque la monnaie unique est un corset excessif et que les finances publiques sont contraintes, la soupape de sûreté est hélas le niveau relatif des rémunérations d’où un euro antisocial à son corps défendant qui a accentué les dépréciations salariales. ». C’est vrai, mais l’expression « à son corps défendant » est encore une fois mensongère. L’Euro fut conçu dès le départ pour obliger les pays à entrer dans une concurrence sociales et fiscale sans pitié.

(3) Quitter l’euro pour créer un incinérateur de patrimoine

L’article reprend la vieille antienne de la destruction du patrimoine dans le cas d’une sortie de l’Euro.

« La seule charge de la dette (les intérêts hors remboursement du principal) représente déjà le premier poste budgétaire avec près de 48 milliards d’euros si les taux se mettent – comme c’est hautement probable – à remonter. Face à de tels fondamentaux, le nouveau franc subirait une dépréciation très certainement supérieure à 10 % et possiblement proche de 20 %. Quitter l’euro, c’est regarder votre livret A ou votre compte d’assurance-vie et l’amputer de près de 20 % de sa valeur. C’est donc créer un incinérateur de patrimoine digne du billet de banque publiquement consumé par Serge Gainsbourg qui faisait déjà à l’époque référence àla pression fiscale »

Rappelons ici les faits.

(1) Une sortie de l’euro n’a d’intérêt que si elle s’accompagne de dévaluations plus ou moins importantes, dont on a fait le calcul dans un document qui commence à beaucoup circuler[4]. Nous aurions des mouvements importants qui conduiraient justement à rééquilibrer les compétitivités des différents pays.

(2) Cette sortie de l’Euro aura des conséquences inflationnistes limitées, avec une hausse combinée, dans la plus mauvaise des situations de 11% sur deux ans. Affirmer que « Quitter l’euro, c’est regarder votre livret A ou votre compte d’assurance-vie et l’amputer de près de 20 % de sa valeur » est un mensonge pur et simple. Dans le pire des cas, et compte tenu des taux d’intérêts existant, la perte apparente de patrimoine est de 6% et non 20%. Il faut dire « apparente » car, en réalité, on aurait des mécanismes d’indexation partielles des taux d’intérêts qui ramèneraient cette perte autour de 3%. Ici encore il n’y a qu’un mot pour qualifier l’article des Échos : FunkPropaganda !

(3) En cas de dissolution de la zone Euro, toutes les dettes émises sur le territoire national sont immédiatement re-dénominées en monnaie nationale. C’est la règle du Droit international, règle qui a connu de multiples applications depuis 1918 car on ignore trop souvent qu’un grand nombre d’Union Monétaires se sont dissoutes. Seules les dettes qui n’ont pas été émises sur le territoire national pourraient être l’objet d’un contentieux. Dans le cas de la France, c’est 15% de la dette souveraine qui est dans des contrats de droit étranger. Le contentieux ne porterait donc que sur ces 15%. Si le gouvernement français décide de compenser totalement la dévaluation, cela veut dire que dans le cas d’une dévaluation de 25%, il compensera 25% x 15%. Au total, c’est un accroissement de 3,8% de la dette. En fait, les calculs montrent qu’en raison de l’accroissement rapide de l’activité et du fort mouvement de retour à l’emploi, la dette française passerait dans les deux ans après une dissolution de l’Euro de 91% du PIB (niveau actuel) à 85% (au pire) et 75% au mieux.

(4) Quitter l’euro pour vendre plus ?

Ici, l’article affecte l’objectivité en recensant les effets positifs d’une dévaluation, mais il ajoute immédiatement que cette sortie serait rapidement « entourée d’épines au regard des réalités concurentielles. Il faut rappeler que bien des éléments de notre compétitivité actuellement altérée viennent de facteurs hors prix : qualité des produits, design, respect des délais de livraison, »

En réalité, compte tenu de la nature de nos exportations, la competitivité-prix est aujourd’hui dominante dans tous les secteurs. Même dans la sous-traitance automobile, à qualité égale, c’est la question du prix qui l’emporte. L’analyse des élasticités prix pour les exportations et les importations montre que la France est un des pays de la zone Euro qui a le plus d’avantage à une dissolution (suivi de près par l’Italie).

Enfin, les auteurs du papier agitent le spectre d’un rachat massif des entreprises françaises en raison de la dévaluation de la monnaie. C’est idiot pour deux bonnes raisons. La première est qu’il n’y a rachat que si nous le voulons bien. Il est très facile (et très rapide) de mettre des obstacles administratifs à tout rachat d’une entreprise. La seconde raison est que, dans un certain nombre de cas, ces rachats sont utiles et nécessaires compte tenu de la difficulté des entreprises à trouver du financement en France.

On le voit, les auteurs de cet article publié dans Les Echos affectent une posture d’objectivité. Mais, c’est pour mieux continuer la FunkPropaganda en faveur de l’Euro, au détriment de la vérité la plus élémentaire.

[1] Le Cercle des Échos, « Quitter l’euro ? Un saut sans parachute », le 21 / 10 / 2013, http://lecercle.lesechos.fr/print/82229

[2] Heisbourg F., La Fin du Rêve Européen, Paris, Stock, 2013, 200 p..

[3] Evans-Pritchard A., « Frexit fever reaches heart of French establishment », The Telegraph, 23/10/2013, http://blogs.telegraph.co.uk/finance/ambroseevans-pritchard/100025855/frexit-fever-reaches-heart-of-french-establishment/

[4] Sapir J., et Murer P. (avec la contribution de C. Durand), Les scenarii de Dissolution de l’Euro, note de la Fondation Res Publica, Paris, septembre 2013.

Publié par Frédéric Maurin à 22:56pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #les échos , #médias aux ordres , #Union européenne , #ue , #euro , #crise

28 Octobre 2013

Contrecarrer la guerre idéologique

Multiforme, permanente, cette guerre idéologique est livrée contre le monde du travail (et contre certaines de ses organisations, par exemple la CGT de mon coin - voir en lien ci-dessous).
Comme l'indiquait tel milliardaire américain :« La guerre des classes existe, c'est un fait, mais c'est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre et nous sommes en train de la remporter ».
Et ce toujours les vainqueurs qui (ré)écrivent l'histoire.
Et imposent leur paix, pardon leur guerre sociale, leurs valeurs ..."Les idées dominantes sont les idées de la classe dominante" (Karl)
Aussi, l'article suivant va faire un peu d'histoire car CONTRECARRER LA GUERRE IDÉOLOGIQUE, c'est quand même plus ambitieux et aussi nécessaire qu'organiser un Vide-grenier

Source : M'PEP

Après la Première, puis surtout après la Seconde Guerre mondiale, on assiste à la naissance de mouvements influents, tant en France qu’en Italie, qui ont permis de nombreuses avancées aussi bien en ce qui concerne les conditions de travail que le développement des services publics. Le syndicalisme s’était peu à peu imposé comme force organisée de défense du monde du travail.

Les évènements de Mai 68, en France, et au niveau planétaire, avaient ébranlé les certitudes concernant la capacité du capitalisme à gérer la société au plan social, économique, écologique et culturel.

I.- LES LUTTES TOUT AU LONG DU XIXe ET DU XXe SIÈCLE ONT PERMIS L’ENTRÉE EN SCÈNE DU PEUPLE DANS LE CHAMP POLITIQUE, EN TANT QU’ENTITÉ COLLECTIVE

Des courants philosophiques et de philosophie économique ont modelé les mentalités collectives : influence des Lumières, du marxisme, engagement de nombreux intellectuels auprès des classes sociales exploitées. La construction d’un État laïque a façonné le paysage politique du pays bien au-delà du seul fait de la séparation de l’Église et de l’État. L’enseignement primaire obligatoire généralisé a permis, malgré ses limites, une avancée de la citoyenneté et un « bougé » de l’ascension sociale.

La Révolution d’octobre a fondé l’espoir d’un monde nouveau et a ébranlé le vieux monde, ce qui aura des conséquences énormes, d’autant plus que les deux guerres mondiales ont créé une méfiance vis-à-vis des puissances industrielles et de leurs complices politiques, ce qui explique également le développement du syndicalisme comme force structurée de défense du monde du travail.

Mais c’est aussi au cours de cette période que sont créés des mouvements influents (Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement de la paix...). L’existence d’un Parti communiste puissant qui relaie les « avancées » de l’Union soviétique et des pays satellites, pèse sur la vie politique du pays, surtout en France et en Italie.

Dans ces conditions le capitalisme a dû « négocier ». Au cours des « Trente glorieuses », on assiste à des compromis où le patronat et l’État cèdent devant la pression des salariés. Ne disait-on pas à cette époque : Quand Renault tousse, la France s’enrhume ? ce qui faisait référence à une solidarité nationale effective.

C’est aussi dans la même période qu’ont eu lieu les guerres d’indépendance des peuples colonisés.

La fin du « socialisme réel » et de la chute du Mur de Berlin ont laissé un boulevard aux tenants du libéralisme et au premier chef aux États-Unis pour planifier l’idéologie néolibérale et tenter de l’étendre sur toute la sphère mondiale, laissant le monde dans une grande incertitude et une grande instabilité.

Quels en sont les moyens ? Jamais l’idéologie n’a été autant réactivée pour parler de la fin des idéologies.

Une véritable armée de « think-tanks » œuvre chaque jour pour contrer toute velléité de contestation de l’ordre néolibéral. Elle combat sur tous les fronts.

La guerre est déclarée contre toute légitimation idéologique émanant du peuple et tout est fait pour le disqualifier y compris dans l’image qu’on en donne sur le plan culturel, ou pire encore dans la négation de son existence même. Les conséquences sont graves par la dépréciation de soi que connaissent, notamment, les jeunes socialement relégués dans leurs quartiers.

Dans le même temps, on inculque l’idée d’une fatalité de l’austérité et du déclin national. Dans cette optique, le « bon » exemple est toujours ailleurs : l’enseignement, la gestion du chômage, les horaires du travail, la formation professionnelle, l’âge de la retraite…

II.- L’IDÉOLOGIE NÉOLIBÉRALE EST CONSCIEMMENT ORGANISÉE DE FAÇON AUTONOME POUR FAIRE PRESSION SUR LES POUVOIRS ET LES GOUVERNEMENTS

Cette pensée se peaufine à travers des clubs (Le Siècle, la Trilatérale, le Club de Rome…), où les politiques et les représentants des multinationales travaillent de concert pour tisser la mainmise sur les esprits et organiser le démantèlement de tous les acquis sociaux et culturels. Ces clubs ont partie liée avec la sphère financière, les grands industriels et les politiques. Ceci s’accompagne de la mise en place et de la promotion d’équipes de conseillers et de consultants qui fréquentent de façon systématique la sphère des politiques. On fait également appel à des personnalités interchangeables pour simuler le pluralisme (un Kouchner par exemple).

La formation au sein des universités, dans la mouvance des multinationales (Havard aux États-Unis), ENA et les grandes écoles en France (HEC, Essec) est un véritable formatage d’une élite dont la fonction consiste à développer l’esprit de libre entreprise et à promouvoir l’idéologie néolibérale.

Dans la même perspective, certaines écoles de journalisme sont spécialisées dans la gestion des entreprises avec une finalité précise de propagande et de diffusion de la pensée néolibérale.

Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, le patronat s’est doté de moyens propres de réflexion et de formation.

Quant aux élus, on les place dans l’incapacité d’exercer tout contrôle, doublés qu’ils sont par des « cabinets ministériels et de la présidence » et par le démantèlement des instituts des statistiques. Pour ce volet, plus que les résultats chiffrés, c’est l’analyse et la diffusion qui en est faite qui est utilisée à des fins idéologiques. Il en découle que l’État est de plus en plus l’instrument de la domination politique et idéologique du grand capital.

Pour juguler toute contestation d’un ordre qui montre chaque jour sa gestion économique, sociale, écologique désastreuse, les néolibéraux font tout pour empêcher toute expression alternative et démontrent, par médias interposés, que la pensée de la gauche est dépassée et sclérosante. On ne compte plus le nombre de fois où l’on oppose le diptyque Archaïsme et Modernité.

Pour ce faire, on use du maniement et du détournement du langage : emploi, en place du travail, la compétitivité veut que… (c’est l’évidence), la globalisation (définition pauvre et neutre de l’état du monde actuel, dogme de la nécessité du profit…), charges, en place de cotisations sociales, partenaires sociaux…

La sacralisation de la société de consommation n’est pas le moindre danger car son maillage est devenu totalitaire.

III.- A L’ASSAUT DES MÉDIAS

On gouverne par la télévision et on instaure la domination politique par le biais des médias. Les moyens mis en place sont travaillés de façon méthodique et de façon constante.

Tout d’abord, l’information donnée est d’origine patronale et gouvernementale. La concentration de la presse fait que celle-ci est dépendante des multinationales. La pauvreté des référents fait qu’on assiste, de façon sournoise, à un désapprentissage de la pensée. Les informations placent tout sur le même plan. Ainsi on passe allègrement du fait-divers crapuleux aux victimes de famines et des guerres.

Par ailleurs, la TV et les radios qui sont aux ordres tentent de donner l’apparence du pluralisme et de la fausse concurrence. C’est un jeu subtil où par exemple, au cours des débats, l’invité passe d’un jour à l’autre du statut d’opposant au statut consensuel. Un Finkelkraut se prête avec jubilation à ce jeu des faux-semblants. Il est à noter que toutes les chaînes de radio ou de télévision parlent des mêmes sujets et généralement d’une même voix à leur sujet. Ainsi s’opère une sorte de clonage de l’information pour mieux asservir la pensée. Dans cette perspective on ne relève généralement rien sur les faits sociaux en favorisant le fait divers. L’accident du travail est tu, l’acte de violence individuel passe en boucle.

Les instituts de sondages et de marketing, dont les résultats sont présentés comme le reflet de l’expression démocratique, ne sont autres que des outils d’intoxication et d’instrumentalisation monolithique au service de l’idéologie néolibérale, car généralement les réponses données sont induites par les questions posées.

Pour mettre en œuvre ce travail de mise au pas, on met en place, à tous les niveaux, des hommes et des femmes « sincèrement » dévoués à la cause.

Il faut à tous les niveaux rechercher le consensus et éviter tout affrontement. On dévalorise les luttes et des revendications du monde du travail (que ne dit-on pas de l’égoïsme du gréviste, de son mépris des gens qui travaillent…). On ne donne pas la raison d’une grève, mais on insiste sur les « nuisances » occasionnées. On affiche une volonté générale de lutter contre le chômage sans jamais dire à qui cela profite. Mais la meilleure arme et sans doute la plus efficace c’est faire le silence sur les revendications des salariés en lutte. Plus intéressants sont les faits divers qui nourrissent les peurs et le sentiment d’insécurité. Il s’agit là d’une véritable manipulation des consciences qui favorise le repli sur soi et la peur de l’autre.

Au plan international on assiste à l’irruption immédiate dans le champ médiatique des zélateurs de la pensée unique aussitôt qu’un pays tente de se libérer de l’étau néolibéral. C’est le cas du traitement médiatique sur le Venezuela, la Bolivie… Par contre le silence est assourdissant sur les gouvernements tortionnaires ou corrompus.

Pour le travail de propagande, certaines ONG sont instrumentalisées au profit de la guerre idéologique (Reporters sans frontière - RSF -, par exemple, dont on connaît les liens avec la CIA).

L’hégémonie états-unienne est quasi sans partage, puisque plus de 65 % des communications mondiales proviennent des États-Unis. Ce sont eux d’ailleurs qui travaillent le plus sur le système de communication et qui in fine communiquent le plus avec le monde entier.

Dans ce domaine, nos gouvernements ne sont pas en reste, puisqu’ils interviennent à tous les niveaux (radios, télévision, presse…). C’est la raison pour laquelle le pouvoir politique, inféodé au capital, accorde également beaucoup d’intérêt au développement des techniques de communication.

A l’ère du tout image, la communication dont on nous abreuve remplace l’information devenue une marchandise à l’usage des firmes multinationales

Internet est un terrain où une certaine forme de liberté s’est déployée. liberté qu’on cherche à museler. Une réflexion sur les techniques opérationnelles est en cours, notamment aux États-Unis qui revendiquent le monopole d’Internet au niveau mondial. ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Aggreement ou Accord commercial anti-contrefaçon) est un traité négocié à huis clos de 2007 à 2010. Il est présenté comme une série de lois pouvant prévenir la contre-façon et le piratage et donc protéger le citoyen, mais en réalité il va complètement réglementer la propriété intellectuelle en surprotégeant par exemple les intérêts privés des multinationales pharmaceutiques au détriment de l’intérêt des citoyens (accès aux génériques, brevets alimentaires), et capter la liberté d’expression sur Internet (surveillance et espionnage). Les États-Unis et le Canada ont signé ACTA.

Évidemment, la volonté est d’affaiblir et de nier l’argument de la lutte des classes. Dans cette visée, l’État a la mainmise sur les moyens d’information et de communication. Sa stratégie est affûtée dans l’asservissement de la pensée à la cause néolibérale.

Il s’agit ni plus ni moins de manipuler l’information, une démarche bien aiguisée qui prend plusieurs formes redoutables :

  • la désinformation ;
  • le mensonge érigé en vérité ;
  • le travail d’acculturation.

L’instrumentalisation de la notion des Droits de l’Homme, à géométrie très variable, est une autre stratégie des plus efficaces.

Tout ceci s’accompagne, et on ne le dira jamais assez, du mépris du peuple, incapable de penser : « La grande bête doit être domestiquée ou mise en cage ».

La guerre idéologique a aussi comme arme l’emprise de la publicité, véritable entreprise de décervelage qui irrigue l’ensemble des activités humaines. La publicité qui irrigue l’ensemble des médias est l’objet d’études complexes qui travaillent le visuel, le langage, l’histoire, les mythes… pour mieux les domestiquer. Et l’on ne peut que s’inquiéter de son impact auprès d’une jeunesse nourrie au lait publicitaire. Son coût exorbitant prouve à lui seul a quel point son investissement est rentable.

Bien évidemment les programmes de la télévision renforcent, de façon insidieuse, tout le dispositif d’aliénation.

Un autre aspect est rarement relevé et qui participe à la guerre idéologique de manière très efficace mais à peine perceptible, tant la recherche du consensus a abouti. Il s’agit de l’organisation des loisirs. Que ce soit pour les grands événements démocratiques (fête de la musique, animations diverses, Nuits blanches, multiplication des fêtes…), que pour toutes les propositions si sympathiques soient-elles, leur mise en place participe au détournement d’une autre sociabilité et a favorisé la passivité collective. On organise les loisirs des gens pour mieux les dominer. Et d’une certaine façon l’ouverture des magasins le dimanche est du même ordre.

Aux critiques formulées, les multinationales se dédouanent en rendant le développement technique la cause de la crise.

IV.- LA GUERRE IDÉOLOGIQUE SE MÈNE AUSSI ET SURTOUT DANS L’ENTREPRISE

« L’objectif du patronat actuellement doit être de gagner l’opinion : s’il ne la gagne pas il aura plus que perdu une chance, il aura perdu la guerre économique qui se déroule actuellement… et dont l’enjeu est non seulement la liberté de créer et d’entreprendre, mais la liberté tout court. » (Revue patronale Dirigeant, mars 1976).

Le contenu idéologique est toujours le même. Il s’agit avant tout d’affirmer le dépassement de la lutte des classes et de rechercher le consensus social. C’est dans cette optique qu’on affirme que l’entreprise est capable de prendre en compte les aspects sociaux des salariés. Il n’y a pas de problème global, mais seulement des problèmes individuels, ce qui signifie qu’on peut se passer de conventions collectives, que l’entreprise est capable de régler les situations au cas par cas. C’est le but du « nouveau contrat de travail » où on privilégie les accords d’entreprise plutôt qu’une réglementation nationale.

Évidemment, l’incitation aux comportements compassionnels renforce l’idée qu’il y a plus malheureux que nous. D’ailleurs la recherche du bonheur est considérée comme une menace totalitaire et l’hymne au libéralisme est constamment opposé au totalitarisme.

Pour mettre en place l’idée néolibérale au sein de l’entreprise, on sous-traite la pensée en transformant les ingénieurs, les cadres et la maîtrise en vecteurs idéologiques. Dans cet esprit on développe l’apprentissage patronal au dépend de la formation professionnelle dans le cadre du service public de formation. Parallèlement, on constitue des holdings financiers et on établit l’ingérence de la sphère financière dans tous les rouages de l’industrie et des services.

Également, et de façon délibérée, on laisse les salariés ignorer l’interpénétration de la finance et de la gestion de l’entreprise, ce qui a pour conséquence la déstructuration du tissu social, la parcellisation du travail, l’atteinte au droit de grève, le démantèlement du service public, les coupes drastiques dans le financement des structures publiques à caractère associatif et culturel.

Et lorsque le scandale éclate, la dimension internationale de la « crise » sert de prétexte à l’union sacrée.

V.- IDÉOLOGIE GLOBALE OU GUERRE DES IDÉES

Tout ce qui a été développé précédemment a un coût humain dont il faut mesurer la gravité si on veut ouvrir de nouvelles perspectives. Ce sont les points suivants qu’il faut déconstruire pour ouvrir de nouvelles perspectives. Ils résument dans leur froide logique tout ce qui fonde la guerre idéologique de la libre entreprise :

  • La politique de l’acceptation et de la résignation.
  • L’idéologie de faire avec du peu.
  • L’empêchement des projets d’avenir.
  • L’acceptation de l’idée du changement dans l’immobilité.
  • L’adaptation à un nouvel état du monde.
  • La confiscation, au profit du pouvoir, de l’idéal de la Révolution française et de tous les évènements qui ont permis d’avancer vers une société plus juste, en faisant table rase du passé. C’est ainsi qu’on veut occulter la mémoire du Conseil national de la Résistance, de Mai 68, des méfaits du colonialisme…
  • La mise en cause de l’enseignement de l’économie ainsi que réduction des heures d’enseignement des sciences humaines en général.
  • L’injonction de ne pas transformer le monde, mais de l’accepter en l’interprétant différemment.
  • La négation des réalités sociales.
  • L’affirmation du pragmatisme, notamment dans l’entreprise. Dans ce cadre, Il s’agit d’adapter le salarié aux besoins immédiats de l’entreprise. La formation professionnelle, lorsqu’elle est contrôlée unilatéralement par le patronat, est un outil de la bataille idéologique puisqu’on y expose sans aucun garde-fou l’idéologie patronale. Les sociétés de formation professionnelles qui bénéficient des mânes du 1 % patronal couvrent l’ensemble du territoire.

Par ailleurs la presse patronale qui s’annonce « non politique » s’avance masquée en traitant de façon très « sympathique » de tous les aspects de la vie quotidienne. On utilise également les technologies audio-visuelles, les télévisions internes. Des films d’entreprises sont largement diffusés auprès des salariés. Cesont autant d’outils attrayants pour formater les esprits :

  • L’innovation sociale diversifiée, l’individualisation des conflits (le démantèlement du code du travail, par exemple).
  • La formation par le patronat des agents de maîtrise.
  • La multiplication des passerelles entre l’éducation et les entreprises que le patronat souhaite de moins en moins « passerelle ». Le lien entre l’école et l’entreprise est une étape importante. Il doit rester sous la responsabilité non pas du patronat mais du service public. Cette formation doit déboucher le plus souvent vers une formation qui associe formation polyvalente et formation spécifique. Il en est de même pour la formation continue.
  • La critique active de l’utopie égalitaire (santé, travail, instruction, pouvoir d’achat…) et la justification idéologique des inégalités.
  • La mise en cause, en France, de la laïcité qui dépasse le cadre strict du fait religieux.
  • La valorisation décomplexée de l’argent et de ceux qui le possèdent. Alliance affichée du pouvoir et du showbiz, instance d’influence avec son cortège de grandes messes compassionnelles. Dénaturation des valeurs sportives au profit du sport « d’argent ».
  • L’exploitation des peurs, dénonciation des « forces du mal ».
  • Avec constance et par tous les moyens, on tente de vouer les intellectuels à l’enjeu de la bataille politique : acceptation de la crise. Dans ce cadre la mise en avant de vrais-faux philosophes, de vrais-faux intellectuels dévoués à la cause libérale a pour but essentiel d’affaiblir, voire d’éradiquer la pensée marxiste et toute pensée critique. Toute pensée distante est qualifiée de mensongère ou d’un autre âge. Or, dans les médias, dans la presse, ces intellectuels médiatiques, dont certains issus de la gauche, sont invités en boucle et ont un mot pour traiter de tous les sujets dans une vassalité inconditionnelle au libéralisme. Évidemment, ils ne manquent pas une occasion d’agiter le spectre du totalitarisme.
  • La mise en difficulté des institutions bénéficiant d’un financement public (universités, instituts de formation et de recherche…).
  • La préparation des esprits à l’idée civilisatrice de l’Occident et à ses origines chrétiennes.
  • La désocialisation de la vie culturelle en encourageant le repli sur soi et l’individualisme.
  • La transformation de la culture en un produit marchand comme les autres, fabriqué par des « industries culturelles ». La méfiance vis-à-vis de la culture est inhérente du néolibéralisme. La fonction symbolique de la culture permet une mise à distance du réel. Ce qui rend dangereux cette mise à distance c’est qu’elle permet de déconstruire l’apparence du réel pour mieux l’analyser au risque de le transformer. Et ce risque, une société basée sur le seul profit n’en veut pas. C’est pour cette raison que le choix de l’individualisme et du repli sur soi est un instrument pour juguler la créativité des acteurs sociaux et notamment des artistes. Cette capacité de l’homme, d’analyser, de subvertir le réel favorise la rencontre non conforme et la réflexion. Pour contrer l’expression de la liberté qui fonde la culture le libéralisme met tout son poids – financier, évidemment - pour abreuver le public de fadaises, de tisanes tièdes télévisées, de talk-shows et autres jeux. Par la haine qu’il porte de tout traitement symbolique du réel, le libéralisme fait le choix délibéré du trivial, du facile.

Il est évident que pour faire vivre la culture dans sa richesse et sa diversité, on ne peut que la mettre en lien avec une exigence démocratique de nos institutions et notamment scolaires et universitaires. Car le risque est grand avec le libéralisme de voir nos civilisations se figer et s’homogénéiser. C’est la raison pour laquelle les acteurs culturels sont fortement mobilisés :

  • Le développement culturel standardisé avec comme corollaire une contre-offensive idéologique dans le domaine de la création.
  • Le déclin de la vie culturelle programmé, notamment au niveau des formations est malheureusement avéré. Le libéralisme n’est pas qu’une théorie politique économique. Il englobe aujourd’hui toute la sphère de la vie humaine. La culture n’y échappe pas comme le dit si bien Dany Robert Dufour : le libéralisme « tend à détruire l’état de culture pour qu’il n’y ait plus qu’un état de nature où chacun se bat à mort pour ses intérêts privés ». Or, la culture, au sens large, fonde ce qui fait le vivre ensemble. Ce qui est prôné, à travers les médias et la publicité, c’est l’assouvissement de ses désirs dans l’immédiat. Or, l’état de culture a une relation étroite avec le temps, gage de l’expression créative.

Le désengagement de l’État et de son corollaire, l’encouragement du mécénat, induisent des choix dont la finalité est restrictive aux grandes manifestations de prestige. Mais c’est au niveau de l’enseignement, et donc de la construction du futur citoyen, que le fondement idéologique est particulièrement criant : diminution des horaires en lettres, sciences humaines, philosophie, menaces sur l’enseignement des sciences économiques. Quant à l’enseignement des arts, il est devenu quasiment optionnel.

Les dernières propositions de programme de l’enseignement élémentaire en disent long sur le monde dans lequel on veut formater les esprits, et ceci dès le plus jeune âge, puisque l’école maternelle est menacée de disparition. Dans ce contexte, non seulement l’enfant pourra encore moins exprimer, mais l’enseignant sera lui aussi muselé dans sa capacité à inventer des démarches innovantes pour donner sens à son travail auprès des élèves.

  • La volonté d’effacer la mémoire collective en chloroformant l’imaginaire social propre à chaque nation.
  • La mutilation de la mémoire et de l’histoire des peuples.
  • Avec la fin de l’histoire et la fin des idéologies, idée martelée, l’enfermement du rêve pour contrer une aspiration à un futur meilleur.
  • La guerre idéologique ne peut se faire sans porter un intérêt particulier à l’usage des mots véhiculés à travers les médias. Le travail est mené par des équipes spécialistes du langage et de l’impact psychologique du choix des mots. L’emprunt au vocabulaire publicitaire pénètre le langage politique. Mais on travaille aussi la façon d’adoucir par le langage la violence faite aux salariés. Par exemple il ne s’agit pas de dire restructuration à l’occasion d’une OPA mais intégration. La captation des mots employés dans la contestation du système libéral est organisée de façon délibérée pour en affadir le sens : ainsi on trouve l’usage abusif des mots solidaire, durable, équitable où le moindre paquet de lessive se pare des vertus de mots qui au départ avaient une visée de contestation du système néolibéral.
  • L’imposition de l’anglais, porteur d’une culture (états-unienne) basée sur la société de consommation qui n’est rien d’autre qu’un anglais minimaliste qui envahit les ondes et dont on ne cherche pas à comprendre le sens.
  • La volonté de s’attaquer à l’existence même du débat.

On voit, à travers ce dernier relevé à quel point les adeptes du néolibéralisme doivent s’entourer de tout un arsenal afin d’asseoir leur domination. Ce qui prouve que la pensée unique néolibérale est loin d’être naturelle à l’homme et que tout changement ne peut s’opérer qu’en déconstruisant ce dispositif qui a une grande cohérence, d’où son efficacité. La bataille qui s’annonce doit nous mener à la même cohérence dans une perspective inversée. Comme nous n’avons pas les médias, la seule issue est la bataille politique, la repolitisation de la population et l’éducation populaire où le peuple doit être considéré comme une entité large afin de bien réussir le combat qui s’annonce.

Quand un quotidien local aide le FN à rafler la mise d'une mobilisation syndicale...

Publié par Frédéric Maurin à 10:02am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #cgt , #m'pep , #capitalisme

27 Octobre 2013

Après Brignoles, prospective électorale

Certes, Brignoles n'est pas la France

Oui, il est délicat de tirer des conclusions générales d'une élection partielle.

Peut-être que la charge contre le Parti communiste français est excessive sur la question des alliances locales avec le PS (on ne rompt pas avec l'Union Européenne dans un canton...quoiqu'un tel mouvement doit venir "de la base").

De plus, la lutte des places me fait parfois c....

Mais, si cette analyse du Mouvement Politique d'Émancipation Populaire, peut aider la gauche à sortir du désarroi, je publie...

APRÈS BRIGNOLES, PASSAGE DU BIPARTISME AU TRIPARTISME

Le candidat du Front National à l’élection cantonale partielle de Brignoles (Var), Laurent Lopez, a été élu au second tour le 13 octobre. Ce qui est nouveau avec cette victoire, c’est qu’elle intervient à la suite d’un duel et non d’une triangulaire, ce qui n’était pas le cas des deux sièges gagnés par le FN aux législatives 2012. Cette élection marque le passage symbolique d’un système politique fondé sur le bipartisme à un nouveau système, totalement inconnu, le tripartisme. La présidentielle et les législatives de 2017 sont en ligne de mire et peuvent être bouleversées après l’étape des élections européennes.

Selon le journal Le Figaro, qui a mené une campagne habile en faveur du candidat FN, ce dernier aurait fait une « percée » qui expliquerait sa victoire. C’est totalement inexact. Le FN a légèrement baissé lors des trois derniers scrutins cantonaux à Brignoles : 2 757 voix en 2011, 2 734 en 2012, et 2 718 en 2013 au premier tour. Où est la « percée » ? Il est vrai, en revanche, que le candidat FN a gagné 2 300 voix au second tour. Ces voix viennent notamment des deux communes les plus à gauche du canton, ce qui fait dire à une étude menée par l’IFOP que le candidat frontiste a « vraisemblablement bénéficié de voix venant de la gauche » (Focus n° 97, octobre 2013). Comment apprécier ce résultat ? Le nombre de voix recueillies par Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle de 2012 peut être considéré comme la référence à partir de laquelle étalonner les résultats des candidats frontistes lors des différentes élections. Dans le canton de Brignoles, Marine Le Pen a fait 4 649 voix en 2012 alors que le candidat FN à la cantonale 2013 a fait 5 031, soit 382 de plus. Il a donc progressé au deuxième tour, mais peut-on vraiment parler d’une « percée » ?

Brignoles : un bastion de droite

Ajoutons que le FN est implanté de longue date dans le canton de Brignoles, il a été présent à tous les seconds tours des cantonales depuis 1985. La mairie de Brignoles a été gagnée en 1995 par une liste d’union de la gauche conduite par un communiste à l’occasion d’une triangulaire. Elle a été perdue en 2001, reprise en 2008 par le PCF encore à l’occasion d’une triangulaire. En 1998, lors d’une nouvelle triangulaire, le communiste gagnait le canton et le conservait en 2004 toujours lors d’une triangulaire. En 2011 le candidat FN gagne le canton avec 5 voix d’avance sur le communiste (seul cas avec celui de Cavaillon). Cette élection est annulée. Le 1er juillet 2012, au deuxième tour, le communiste l’emporte avec 13 voix d’avance.

Le canton de Brignoles est un bastion de droite. Nicolas Sarkozy a obtenu 58% des voix au deuxième tour de la présidentielle de 2012 et 62% en 2007. Ce n’est pas une ville raciste – racisme qui pourrait expliquer le vote FN - puisque l’ancien maire UMP, Jacques Cestor, noir d’origine martiniquaise, a été réélu six fois : trois fois comme maire (de 1980 à 1995) et trois fois au Conseil général.

L’abstention : un acte politique

La donnée la plus importante à Brignoles est l’abstention. Elle a été de 67% au premier tour et de 55% au second. C’est un record absolu par rapport aux élections cantonales passés : 34% en 2004, 52% en 2011, 58% en 2012. Ce phénomène d’abstention a déjà été observé dans les autres élections partielles. Ainsi la majorité des électeurs, surtout des classes populaires, boycotte désormais les élections. On peut parler de boycott car cette abstention est un geste politique tout à fait clair : les citoyens considèrent qu’ils n’ont plus le choix. A quoi bon, dès lors, aller voter ? Pourrait-on leur donner tort quand la politique de monsieur Hollande est dans la continuité de celle de monsieur Sarkozy ?

Ces électeurs qui boycottent les élections rejettent un système qui ressemble de plus en plus à celui en vigueur aux États-Unis avec les démocrates et les républicains, ou en Grande-Bretagne avec les travaillistes et les conservateurs. Autrement dit bonnet blanc et blanc bonnet. Ces partis, qui font semblant de s’opposer, se passent et se repassent le pouvoir sans rien changer à la vie quotidienne des citoyens faite de chômage, de précarité et de difficultés de toutes sortes.

Ni le PS (avec le PCF et Jean-Luc Mélenchon hier dans la gauche plurielle et aujourd’hui qui déclarent faire partie de la « majorité politique » avec le PS) ni l’UMP n’ont éradiqué le chômage. S’il n’y a plus le choix, en effet, pourquoi voter ?

Certes le FN a remporté le canton de Brignoles à l’issue d’un duel, mais ce n’est qu’avec 5 031 voix sur 20 728 inscrits, soit 24%. Moins d’un quart de la population seulement a voté pour le FN (sans compter les non-inscrits), entachant cette élection d’un manque de légitimité flagrant.

Il ne faudrait pas en tirer la conclusion, lourdement suggérée par les grands médias, que le FN serait en train de devenir le premier parti de France. Le premier parti de France est celui des abstentionnistes qui boycottent désormais majoritairement les élections. Quand Marine Le Pen affirme que « le FN est d’ores et déjà le premier parti de France » (Le Figaro, 8 octobre 2013), bien sûr elle ment.

Le FN : troisième acteur du jeu politique

La voie est néanmoins ouverte à autre chose, et c’est ainsi que le FN est en train de s’installer comme troisième acteur du jeu politique dans un système qui passe du bipartisme au tripartisme.

Avec le tripartisme, c’est le FN qui porte la dynamique de changement exigée par une partie croissante de la population. Il a battu, à Brignoles, le « front républicain » dont l’avenir, lors des autres consultations électorales, est sérieusement compromis. Écœurée par la politique du gouvernement PS-EELV, une partie de l’électorat de gauche, principalement, s’abstient. C’est une forme d’insurrection civique qui promet que des secousses sont à venir. Le Front de gauche a disparu des radars, il n’apparaît pas comme une alternative crédible. La raison est très simple à comprendre. Quand la direction du PCF multiplie les signes de soumission au PS, masqués derrières des rideaux fumée rhétoriques sur la lutte contre l’austérité, et qu’elle appelle dans le même temps à des listes communes avec le PS au premier tour des municipales, elle fait fuir la population qui rejette la politique d’austérité menée par les socialistes. Quand Jean-Luc Mélenchon propose d’être le Premier ministre de François Hollande et qu’il répète inlassablement « l’euro est nous » et que la sortie de l’Union européenne et de l’euro seraient « catastrophiques », il faut fuir la population qui a compris quelle était la véritable nature du système de Bruxelles.

Désarroi de la gauche

L’analyse des raisons de la défaite de Brignoles par la direction du PCF est emblématique du désarroi de la gauche. Ainsi le journal l’Humanité a commis une analyse particulièrement affligeante pour expliquer la victoire du FN. Il y aurait, selon le journal du PCF, « cinq clés d’explication du scrutin » : 1) une extrême droite bien implantée et mobilisée sur le terrain ; 2) deux électeurs sur trois n’auraient pas vu l’utilité de se rendre aux urnes(on ne nous dit pas pourquoi) ; 3) la candidature écologiste aurait contribué à l’échec de la gauche ; 4) un score historiquement bas pour l’ensemble de la gauche ; 5) miraculée, la droite relève la tête mais reste loin derrière le FN. Le rejet de la politique gouvernementale par les électeurs, comme la confusion entretenue par le PCF qui fait son candidat à Brignoles par le PS dès le premier tout n’apparaissent pas, pour l’Humanité, comme des causes majeures de cette victoire (en fait la cause principale). Heureusement que ce même journal, le même jour, une page plus loin, donne les véritables raisons du vote à Brignoles à partir d’un micro-trottoir : le FN est le seul « qui parle de l’euro qui démolit la France » ; la France est « bloquée par l’Europe » ; etc.

Ce que ne comprend pas ou ne veut pas comprendre la direction du PCF, c’est que le soutien du PS au candidat PCF à Brignoles a été dévastateur. Le PCF a organisé un véritable brouillage qui a désorienté les électeurs. Et il est train de poursuivre consciencieusement dans cette voie funeste de division des forces à la gauche du PS en tentant de réaliser des listes d’union avec le PS au premier tour des municipales. Ajoutons les titres d’une mauvaise foi incroyable de l’Humanité après le vote majoritaire, à 57%, des communistes parisiens en faveur d’une liste commune avec le PS dans la capitale. Le journal communiste ose titrer : « A Paris, le PCF choisit la gauche unie ». Non ! Le PCF a choisi la droite masquée et la division des forces placées à gauche du PS. Il devrait pourtant être admis que le PS n’est pas de gauche. Le PS est sur une ligne néolibérale depuis 30 ans, date du « tournant de la rigueur de 1982-1983 ». C’est ce qu’ont compris beaucoup d’électeurs pour lesquels il n’y a pas de différence entre le gang de Solferino (PS) et le gang du Fouquet’s (UMP). Surtout parmi les classes populaires dont il n’y a encore pas si longtemps le PCF se prévalait d’être le porte-voix.

On ne peut pas non plus comparer, comme le fait le PCF, le score du candidat communiste à Brignoles et celui de Mélenchon à la présidentielle de 2012 ni aux législatives de la même année. A la présidentielle, Mélenchon fait 10,91% sur le canton, et le candidat Front de gauche 7,27% aux législatives, contre 14,58% au candidat communiste à la cantonale de Brignoles. La différence est que le candidat communiste, en 2013, était soutenu par le PS !

La fabrication du FN

Depuis deux siècles, la vie politique française, comme dans beaucoup d’autres pays, a été scandée par l’opposition entre deux forces : la gauche d’un côté et la droite de l’autre. Un camp était censé représenter le progrès, et l’autre le conservatisme. Ce schéma vient de voler en éclat après l’élection de Brignoles. Certes, il ne s’agit que d’une date symbolique car le poids électoral national du FN rivalisait déjà avec ceux du PS et de l’UMP depuis plusieurs années. Ainsi, au premier tour de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen obtenait 17,90% (28,63% pour François Hollande et 27,18% pour Nicolas Sarkozy). En 2002, c’est Jean-Marie Le Pen qui obtenait 16,86% (19,88 pour Jacques Chirac et 16,18% pour Lionel Jospin). Néanmoins, les caractéristiques de l’élection de Brignoles en font un tournant dans l’histoire politique du pays.

Désormais, lors des élections à deux tours (municipales, cantonales, législatives, présidentielle), la probabilité de la présence du FN, faisant plus ou moins jeu égal avec le PS et l’UMP, est considérablement renforcée. Le PS, qui a « fabriqué » le FN depuis 1982 pour diviser la droite et gagner les législatives dans des triangulaires, se trouve désormais pris au piège. Cette « tactique » cynique, en effet, ne peut fonctionner qu’à la condition que le « front républicain » fasse l’objet d’un consensus entre forces politiques et parmi les électeurs. Autrement dit il faut que l’électorat de droite (une partie) vote lors de la triangulaire plutôt pour le candidat du PS que pour celui du FN qui aura été consciencieusement diabolisé. Or les exemples se multiplient qui montrent la perméabilité des électorats de droite et du FN qui est en voie de dé-diabolisation. Le boycott des élections par une partie de l’électorat de gauche ne permet plus au PS d’espérer gagner autant qu’il pourrait l’espérer. D’autant que l’UMP est loin d’être certaine de se trouver en situation plus favorable que le PS.

Le vote « utile » : dernière manœuvre de l’UMP et du PS

C’est la présidentielle qui est en ligne de mire. Le PS et l’UMP vont concentrer leurs efforts sur l’appel au vote utile et au rassemblement autour d’eux. Pour la présidentielle, le PS demandera au Front de gauche de ne pas présenter de candidat. Il ne fait strictement aucun doute que la direction actuelle du PCF acceptera. Jean-Luc Mélenchon sera alors coincé, il ne pourra pas être le candidat du Front de gauche, ce dernier appellera alors à voter pour le candidat socialiste (François Hollande ?) dès le premier tour !

L’éditorialiste du Figaro, Guillaume Tabard, a raison. Dans Le Figaro du 8 octobre 2013 il explique que « sous une cantonale partielle perce déjà la présidentielle ». La probabilité s’est renforcée que le FN soit présent au second tour de tous les scrutins à venir, face à la gauche ou à la droite. Du coup chaque camp va appeler au vote utile en sa faveur et au rassemblement autour de lui. Le journaliste ajoute que « les volontés d’indépendance font le jeu du Front national : on n’a pas fini d’entendre cet argument au PS comme à l’UMP ». Ces deux derniers partis, en effet, feront porter la responsabilité d’un nouveau 21 avril (2002) sur ceux qui favoriseraient la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle de 2017.

Ainsi, pour François Hollande « la victoire se joue au premier tour, il faut arriver en tête » (Le Figaro, 8 octobre 2013). Selon Le Figaro (8 octobre 2013), faisant parler quelques cadres du PS, estime que « de très nombreux dirigeants socialistes de haut niveau considèrent que le FN est bon pour nous, que cela créera des triangulaires qui nous permettront de limiter la casse. »

Ce raisonnement, vieux de trente ans, ne donne plus les résultats escomptés. Le front républicain, en effet, visait à mettre au ban de la nation un parti accusé d’être d’extrême droite. Toute l’habileté de Marine Le Pen est de masquer cette réalité. Ainsi, pour Louis Aliot, vice-président du FN « c’est la mutation d’un parti politique correspondant à une attente de notre électorat. Désormais, il existe en France une extrême droite résiduelle et un nouveau Front national qui défend des idées claires » (Le Figaro, 8 octobre 2013).

La prochaine élection européenne sera le tremplin vers la présidentielle. D’où la nécessité de mener une campagne très active de boycott pour délégitimer le système de l’Union européenne, son « Parlement » et sa monnaie unique. L’enjeu ne sera pas l’émergence du FN comme premier parti de France en termes électoraux, mais l’ampleur de l’abstention pour décrédibiliser le système de Bruxelles.

Publié par Frédéric Maurin à 20:12pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #front de gauche , #ps , #ump , #élections

27 Octobre 2013

Vide-grenier à Saint Martin d'Hères

Je souhaiterais me séparer d'anciens numéros du Plan B mais être certain
qu'ils tombent dans de bonnes mains (rédacteurs, diffuseurs, blogueurs inspirés,militants... soucieux de détruire le parti de la presse et de l'argen
t).

Pourquoi ? Encombrement certes, mais surtout pour cette anecdote :

lors de la dernière Fête Travailleur Alpin, j'ai rencontré un diffuseur du Postillon qui ne connaissait pas Le Plan B.

Alors que, pour faire court, dans notre beau paysage médiatique :

- un lecteur de l'Express connaît l'existence du Nouvel Observateur, tout comme un abonné grenoblois au Dauphiné Libéré connaît Grenews.

- Le Monde et le Figaro ont une régie publicitaire commune, BFM et I-télé font leurs coupures publicitaires au même moment, le "sévice public" de France 2 court après l'audience de TF1..etc.

Vous m' avez compris, du côté presse libre, il y a de grosses faiblesses face aux médias aux ordres. Je n'incrimine personne car, à commencer par moi, j'ai été long à la détente pour parler du Carré Rouge (et j'en oublie, j'ai fait pire!).

Alors, voila. Le Plan B vous attend pour 1 € symbolique.

Soit 6,55957 Francs.

Pas sérieux s'abstenir...ou ce sera beaucoup plus cher.

Vide-grenier à Saint Martin d'Hères

Publié par Frédéric Maurin à 11:51am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #saint martin d'hères , #grenoble , #presse libre , #médias aux ordres

23 Octobre 2013

Carré Rouge

Carré rouge, c'est une revue que m'avait fait connaître A Contre Courant.
Vous savez un de ces rares espaces de presse libre
J'essaie de réparer l'erreur de ne pas en avoir parlé avant... avec en pièce jointe une analyse de François Chesnais :
Analyser concrètement une situation complètement nouvelle.

Le gros des travailleurs reste l’arme au pied » m’a dit un camarade au cours d’une conversation récente.

Dans la recherche des raisons possibles, le plus facile est de l’expliquer par l’action des directions syndicales.

Ou encore, dans un ordred’idées différent, par le poids du« consumérisme » et du fétichisme de l’argent.

Je ne crois pas qu’on puisse se satisfaire de telles réponses. L’idée que j’avance est celle qu’il y a, dans la grande masse des travailleurs, une intuition,ou quelque chose de plus fort,de l’ordre de la sidération, de se trouver confrontés à une situation qu’ils n’attendaient pas et à laquelle ils ne s’étaient jamais préparés ...

lire la suite EN LIGNE

Analyser concrètement une situation complètement nouvelle

Publié par Frédéric Maurin à 22:41pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #presse libre , #chômage , #capitalisme

23 Octobre 2013

Barbie multirécidiviste, que fait le Front National ?

C'est vrai quoi, le Front National est habituellement en pointe sur les questions d'insécurité!

Noël approche, un appel de Peuples solidaires
Une signature ne vaut pas une bonne grève mais, par les temps qui courent...

->

Arrêtons Barbie, la poupée multirécidiviste

Telle est la nouvelle révélation de notre organisation partenaire China Labor Watch qui a additionné ce que représentent les heures de travail et cotisations sociales impayées sur un an par la multinationale américaine.
Jusqu'à 13 heures de travail par jour, sept jours sur sept, des dortoirs surpeuplés, des produits toxiques manipulés sans protection... Notre partenaire a réussi à enquêter clandestinement dans six usines chinoises et publie un nouveau un rapport accablant pour le numéro un mondial du jouet.
Depuis plusieurs années, China Labour Watch et Peuples Solidaires pointent du doigt le mépris de l’entreprise pour la dignité des ouvrières et ouvriers chinois. A l'approche des fêtes de Noël, c'est le moment ou jamais d'exiger que Mattel améliore enfin ses pratiques.
Monsieur,
Je suis choqué-e par les conditions de travail et de vie des femmes et des hommes qui fabriquent vos produits en Chine. Je vous demande par conséquent de :
  • prendre des mesures immédiates et de long terme pour corriger et prévenir les violations des droits du travail et en informer le China Labor Watch ;
  • vous assurer que les prix et délais que vous exigez de vos fournisseurs sont compatibles avec le versement d’un salaire vital et avec le respect de la durée légale du temps de travail ;
  • publier la liste complète de vos fournisseurs ;
  • vous assurer que des mécanismes de plainte efficaces existent dans chaque usine et que les travailleurs-ses sont informé-e-s de leurs droits.
Sincères salutations,

Publié par Frédéric Maurin à 09:31am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #capitalisme

22 Octobre 2013

Les partageux ont mauvaise presse

...et c'est bien dommage !
En ces temps de poujadisme, merci à Rue 89, de donner à lire autre chose que le darwinisme social du moment

Richard Wilkinson : « Les inégalités nuisent à tous, y compris aux plus aisés »

L’épidémiologiste anglais Richard Wilkinson travaille depuis longtemps sur le lien entre les conditions sociales et la santé. Ses recherches l’ont amené à faire une découverte : les inégalités de revenus aggravent une grande partie des maux sanitaires et sociaux d’une société (la maladie, la drogue, la délinquance, la défiance, le nombre de grossesses chez les adolescentes). On peut tirer diverses conclusions de ces travaux :

  • l’enrichissement d’un pays s’accompagne d’une détérioration de sa situation sanitaire et sociale si seuls les riches deviennent plus riches ;
  • à revenu moyen identique, une population marquée par les inégalités souffre nettement plus qu’une population plus égalitaire ;
  • les inégalités n’affectent pas que les pauvres : même la santé des plus aisés est plus fragile dans une société inégalitaire !

Pourquoi ? Parce qu’une société inégale génère des rapports plus stressants, plus violents, entre les hommes.

Publié par Frédéric Maurin à 19:18pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #inégalités

22 Octobre 2013

1914 - 2014

Ce n'est pas que je sois pressé d'en finir avec 2013, mais les petits soldats de la guerre économique que nous sommes ont droit à une remise en perspective...

On peut prédire, sans risque de se tromper, que la commémoration, en 2014, du déclenchement de la Première Guerre mondiale sera instrumentée à des fins politiques. Au nom du «Plus jamais ça!», il s’agira, pour nos classes dirigeantes, de justifier la mise en congé de la démocratie en Europe au prétexte, cent fois ressassé, de sauver celle-ci de ses démons.

Même si comparaison n’est pas raison, il m’a paru éclairant, pour comprendre comment l’Europe a été progressivement sortie de l’Histoire, de rapprocher les deux mondialisations, la première, avant 1914, sous égide britannique, et la seconde sous égide américaine, chacune posant la question de l’hégémonie sans laquelle on ne peut comprendre ni l’éclatement de la Première Guerre mondiale ni l’actuel basculement du monde de l’Amérique vers l’Asie.

La brutale accélération du déclin de l’Europe ne tient pas seulement aux deux conflits mondiaux qu’a précipités un pan- germanisme aveugle aux véritables intérêts de l’Allemagne. Elle résulte surtout de la diabolisation de ses nations nécessaire à des institutions européennes débilitantes qui ont permis leur progressive mise en tutelle par de nouveaux hegemon.

Afin de ne pas être marginalisée dans la nouvelle bipolarité du monde qui s’esquisse entre la Chine et l’Amérique, l’Europe a besoin de retrouver confiance dans ses nations pour renouer avec la démocratie et redevenir ainsi actrice de son destin. Rien n’est plus actuel que le projet gaullien d’une « Europe européenne » au service du dialogue des cultures et de la paix, une Europe compatible avec la République où la France et l’Allemagne pourront de concert penser vraiment l’avenir d’un ensemble allant de la Méditerranée à la Russie. Dans une « réconciliation » enfin purgée de ses ambiguïtés et de ses non-dits : celle de deux grands peuples capables de poursuivre ensemble leur Histoire.

Publié par Frédéric Maurin à 09:52am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #europe , #france , #allemagne

22 Octobre 2013

Islam : Halte à l'invasion !

Oui ! Halte !

Halte à l'invasion de nos messageries par des rumeurs relatives à l'Islam aussi imbéciles que confuses.

La dernière en date que j'ai reçue avait été lancée en 2008.

Cela revient en période pré-électorale.

Elle concernait les propos d'un certain Mohamed Sabaoui, un "jeune sociologue et socialiste de l'université catholique de Lille".

Un Mohamed Sabaoui qui, bien évidemment, n'existe pas.

Les ou les auteurs de cette intoxication (bleue Marine?) , bien qu'ils soient un peu bas du Front (National?) sont néanmoins beaucoup lus.

Alors que faire ?

Passer cela à la moulinette des chasseurs de canulars:

http://www.hoaxbuster.com/forum/roubaix-enclave-musulmane

et surtout le faire gentiment savoir aux aimables réexpéditeurs dont certains.

Je reproduis donc tel quel ce qui m'apparaît être un bulletin de vote Front National, juste pour le plaisir de la première phrase :

"93% des étrangers ont voté Hollande !"

93% des étrangers ?

Cela fait 7 milliards de voix?

Voila pour l'introduction, tout le reste est dans la même veine..."Bonne lecture".

EFFARANT ! À LIRE ABSOLUMENT ! ! ! et surtout à faire circuler S.V.P. :

93% des étrangers ont voté Hollande ! ça vous parle !

Voici ce que vient de déclarer Mohamed Sabaoui, jeune sociologue et socialiste de l'université catholique de Lille, d'origine algérienne, naturalisé français Ceci est plus que prometteur !

Je cite : «Notre invasion pacifique au niveau européen n'est pas encore parvenue à son terme. Nous entendons agir dans tous les pays simultanément. Comme vous nous faites de plus en plus de place, il serait stupide de notre part de ne pas en profiter. Nous serons votre Cheval deTroie. Les Droits de l'homme dont vous vous réclamez, vous en êtes devenus les otages.


> > > > > > > > > >

Ainsi, par exemple, si vous deviez vous adresser à moi en Algérie, ou en Arabie Saoudite, comme je vous parle maintenant, vous seriez, dans le meilleur des cas, arrêtés sur-le-champ. Vous autres Français n'êtes pas en mesure d'imposer le respect à nos jeunes. Pourquoi respecteraient-ils un pays qui capitule devant eux ?


> > > > > > > > > > > > > > > >

On ne respecte que ce qu'on craint. Lorsque nous aurons le pouvoir, vous ne verrez plus un seul de nos jeunes mettre le feu à une voiture ou braquer un magasin... Les Arabes savent que la punition inexorable que mérite, chez nous le voleur, c'est l'amputation d'une main ».

Et, toujours du même Mohamed Sabaoui lors d'une interview récente du 10-01-2012 qu'il a cité :

Les lois de votre République ne sont pas conformes à celles du Coran et ne doivent pas être imposées aux musulmans, qui ne peuvent être gouvernés que par la Charia. Nous allons donc oeuvrer pour prendre ce pouvoir qui nous est dû. Nous allons commencer par Roubaix, qui est actuellement une ville musulmane à plus de 65 %.

Lors des futures élections municipales, nous mobiliserons nos effectifs, et le prochain maire sera musulman. Après négociation avec l'État et la Région, nous déclarerons Roubaix enclave musulmane indépendante comme le KOSOVO et nous imposerons la Charia (loi de Dieu) à l'ensemble des habitants, ainsi que le voile obligatoire.

La minorité chrétienne aura le statut de Dhimmis. Ce sera une catégorie à part qui pourra racheter ses libertés et droits par un impôt spécial.

En outre, nous ferons ce qu'il faut pour les amener par la persuasion dans notre religion. Des dizaines de milliers de Français ont déjà embrassé l'Islam de plein gré comme Frank RIBERY, GARAUDY et d'autres, pourquoi pas les chrétiens de Roubaix ?

Et puis avec l'entrée prochaine de la TURQUIE en Europe, c'est plus 80 millions de Musulmans qui circuleront librement et se chargeront d'Islamiser toute l'Europe. Actuellement à l'université de Lille, nous mettons sur pied des brigades de la foi, chargées de 'convertir' les Roubaisiens récalcitrants chrétiens, ou juifs, pour les faire rentrer dans notre religion, car c'est Dieu qui le veut !

Si nous sommes les plus forts, c'est que Dieu l'a voulu.

Nous n'avons pas les contraintes de l'obligation chrétienne de porter assistance, à l'orphelin, aux faibles et handicapés. Voir votre Soeur EMMANUELLE. Nous pouvons et devons, au contraire, les écraser s'ils constituent un obstacle, surtout si ce sont des infidèles » .

Une réalité que beaucoup prennent pour de la fiction, et rigolent en lisant, mais c'est la vérité du futur de notre France . . .
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A MEDITER ............. Longuement ! A faire circuler largement !!!!!!

Mails envoyé à plus de 362 144 personnes pour l'instant objectifs atteindre les 500.000 personnes minimum ! Notre devoir est de dire la vérité à tous ce qui veulent protéger leur pays d'origine sauvons la France je vous en supplie, ainsi que pour l'avenir de nos enfants !!

Publié par Frédéric Maurin à 08:37am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #médias aux ordres

19 Octobre 2013

Jacques Sapir a (presque) toujours raison

Unir la gauche et la droite anti-Euro...

J'aime bien les titres iconoclastes, l'annonce qui émoustille,

"Aujourd’hui, il faut unir les forces tant de gauche que de droite qui ont compris le danger que représentait l’Euro, non pas dans un seul parti mais dans une alliance qui sera capable de porter une politique de rupture."

C'est bien mais quand on voit le foutoir que provoque, ne serait-ce qu'au Front de Gauche, la moindre élection municipale, on peut raisonnablement penser que ce n'est pas chose aisée de passer de l'analyse économique à la politique.

Mais Jacques Sapir a (presque) toujours raison...

Source :
RussEurope | Carnet de Jacques Sapir

Unir la gauche et la droite anti-Euro

Interview au blog “l’Antidiplomatico”

J’ai donné le 9 octobre un interview au blog italien “l’Antidiplomatico”.

En voici le texte, avec l’aimable autorisation des animateurs de ce blog. La traduction italienne se trouve ici.

1. Monsieur le Professeur, vous avez été parmi les premiers économistes européens à mettre en évidence les dommages produits par l’euro et à en demander sa fin. Dans une de vos dernières analyses vous avez écrit que c’est désormais une fin inévitable. Selon vous, combien de temps passera-t-il encore avant que cela n’arrive et de quel pays partira l’initiative ?

Il faut bien distinguer ici deux problèmes. Le premier est celui de l’analyse de la situation économique que l’Euro a créée et de ses conséquences. Nous voyons depuis maintenant près de 13 ans que l’Euro non seulement n’a pas induit de convergences macroéconomiques mais qu’il a au contraire exacerbé les divergences. Je l’ai dit à plusieurs reprises, et désormais, cette position fait consensus chez les économistes. Nous voyons aussi que l’Euro est un énorme frein à la croissance pour la majorité des pays qui l’ont adopté, sauf, bien entendu, l’Allemagne. Nous voyons enfin que l’Euro aggrave les déficits, tant en interne que les déficits extérieurs, et qu’il conduit à un endettement toujours plus grand des pays qui sont entrés dans Union Économique et Monétaire. Tout ceci est copieusement documenté par de très nombreux auteurs. J’en déduit que l’Euro ne pouvant fonctionner que dans une spirale d’appauvrissement pour de très nombreux pays, il est condamné. Mais, ici, nous avons un deuxième problème, celui des conditions qui mettront fin à l’Euro. Ces conditions peuvent être une crise catastrophique qui prenne naissance sur le marché obligataire. Pour l’instant, de ce point de vue, la situation est stabilisée par la Banque Centrale Européenne. Mais, la crédibilité de cette dernière tient beaucoup à ce qu’elle n’est pas testée. Un jour ou l’autre les marchés vont tester la résolution de la BCE, et ce jour-là M. Mario Draghi va se retrouver fort dépourvu. Ces conditions peuvent aussi provenir des tensions politiques croissantes que l’Euro provoque tant entre les pays membres de l’UEM qu’au sein de ces pays où les forces anti-européennes prennent aujourd’hui de l’ampleur. Elles peuvent à un moment confronter les acteurs politiques avec la nécessité de dissoudre la zone Euro ou de quitter l’Euro.
J’ai, personnellement, surestimé la rapidité des évolutions financières, sur la base de ce que nous avions connus en 2008-2009. Mais ceci ne change rien à l’analyse de fond.

2. Sur votre blog, vous avez fait allusion à un retour possible au SME après une éventuelle dissolution de la zone Euro. Quelle est selon vous, la meilleure stratégie pour sortir de l’Euro pour les pays de l’Europe méridionale ?

Un retour au SME implique que chaque pays retrouve sa monnaie nationale. La question de la stratégie est ici centrale. Les pays d’Europe du Sud ont le choix entre prendre une décision de sortie isolément ou demander la dissolution de la zone Euro. Si certains pays, comme l’Italie, la France et l’Espagne disaient lors d’un conseil ECOFIN qu’ils sont prêts à quitter l’Euro mais qu’il vaut mieux le dissoudre, compte tenu de l’attachement des Allemands pour le Deutsch Mark, la solution de la dissolution serait rapidement acceptée. Elle serait de loin la meilleure car étant prise de manière collective elle apparaîtrait comme une décision « européenne ». La fin de l’UEM n’impliquerait pas la fin de l’Union Européenne ni celle d’une coopération sur les questions monétaires entre les pays concernés. Néanmoins, cette solution est aussi la moins probable à l’heure actuelle. Une sortie isolée d’un pays est aujourd’hui la solution la plus probable. Elle entraînera à terme (6 mois probablement) l’éclatement de la zone Euro. Mais le contexte politique sera bien plus conflictuel.

3. Quelle est, selon vous, la part de responsabilité des partis socialistes européens dans la crise actuelle et quelles forces politiques considérez-vous capables d’effectuer un changement ?

La responsabilité des partis socialistes européens est écrasante. Elle est tout d’abord directe : ces partis ont capitulé sans condition devant les exigences de la finance et du capital ; ils ont imposé des politiques austéritaires inouïes à leurs populations et ils portent de ce fait une large responsabilité dans la stagnation économique que nous connaissons. Mais il y a aussi une responsabilité indirecte. En prétendant qu’il n’y a pas d’autres solutions que l’austérité, et proclamant le « dogme » de l’Euro, en agitant des catastrophes hypothétiques en cas d’une « sortie » de l’Euro ces partis socialistes ont construit un discours politique qui bloque la situation et qui fait partie intégrante de la crise. C’est pourquoi il ne pourra y avoir de sortie de crise que par la destruction de ces partis, leur éclatement, et des recompositions politiques importantes. Nous sommes en train d’assister à cela en France et en Grèce.
Aujourd’hui, il faut unir les forces tant de gauche que de droite qui ont compris le danger que représentait l’Euro, non pas dans un seul parti mais dans une alliance qui sera capable de porter une politique de rupture.

4. Vous considérez la France comme un pays de l’Europe méridionale ou d’Europe du Nord ? En fonction de sa position, quels sont les risques que votre pays encourra en 2014 ?

Très clairement, pour moi, la France est un pays d’Europe Méridionale. Elle l’est si l’on regarde les caractéristiques tant structurelles que conjoncturelles de l’économie et qu’on les compare à celles de l’économie italienne par exemple. La France est aussi culturellement bien plus proche de l’Europe méridionale que de l’Europe du Nord. De ce fait, elle est la plus exposée aux conséquences conjuguées des politiques d’austérité menées en Italie et en Espagne. Tant que ces trois pays resteront dans la zone Euro ils sont condamnés à être dans une concurrence féroce les uns contre les autres. Par contre, dès qu’ils auront retrouvé leurs monnaies nationales, ils pourront retrouver des marges de manœuvre importante.

5. Pour conclure, comment jugez-vous les vicissitudes de la politique italienne depuis novembre 2011 quand Mario Monti a commencé à imposer les mesures d’austérité de L’Europe ?

La politique de Mario Monti a consisté à chercher à obtenir des résultats à très court terme sans se préoccuper du long terme. Il a bloqué les paiements qui étaient dus par l’État aux entreprises, il a laissé le crédit s’effondrer et l’investissement se contracter, ce qui condamne à moyen terme l’économie italienne. C’est le contraire d’une politique d’ »expert ». La réputation de « spécialiste » qu’il s’est construit est parfaitement usurpée. Il s’est conduit comme l’un de ces politiciens de bas étage dont le nom a disparu dans les poubelles de l’histoire.

Publié par Frédéric Maurin à 19:08pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #euro , #Union européenne , #gauche , #Islande