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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

31 Décembre 2013

1914-2014

...ceci n'est pas une carte de voeux mais bien une note de lecture.

Enfin, c'est ce que je crois.

Après, en regardant bien, on peut penser autre chose...

Par exemple : "Cette combinaison de vision historique, d’expérience et de volonté, est peu commune dans le monde politique. Pour tout dire, elle est unique en France où des nains (dont Nos amis socialistes?) dansent sur les tombes de géants. C’est cette combinaison qui laisse aujourd’hui une place à l’espoir."

Bonne année, bonnes lectures.

1914-2014,

l’Europe sortie de l’Histoire?,

Jean-Pierre Chevènement,

Fayard, Paris, octobre 2013.

L’histoire, l’Europe et l’Euro

Par Jacques Sapir

Le livre que Jean-Pierre Chevènement vient de publier chez Fayard [1] est à remarquer, et à lire, pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il est passionnant et, n’en doutons pas, va provoquer d’importants débat. Ensuite, ce livre montre une hauteur de vue, une capacité à envisager l’histoire avec recul et sagacité dont peu d’auteurs sont capables, et encore moins des hommes politiques de premier plan. Or, Jean-Pierre Chevènement n’est pas un scientifique, un historien ou un spécialiste des relations internationales. Il est un homme politique, que l’on peut apprécier ou critiquer, mais qui est inséré dans la vie politique actuelle. C’est ce qui rend d’autant plus intéressant cet ouvrage. Enfin, les fortes conclusions de ce livre impliquent que son auteur n’a pas encore renoncé à peser sur l’histoire qu’il sait si bien analyser. Chacune de ces trois raisons est amplement suffisante pour justifier la lecture de l’ouvrage. Leur réunion en fait véritablement un livre unique. À partir de la commémoration de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), l’auteur dresse un tableau général de la fin du « siècle européen », siècle qui commença en fait dans les années 1850 et qui s’acheva avec la mise en place du « Marché Commun » qui préfigurait l’Union Européenne. En fait, ce livre interroge cet apparent paradoxe : comme se fait-il que la constitution de l’Union européenne, qui se voulait l’achèvement d’un mouvement commencé avec la CECA dans les années 1950 aboutisse à la disparition politique de l’Europe et des nations européennes.

La commémoration de 1914 et l’instrumentalisation politicienne de l’histoire

L’introduction qui ouvre cet ouvrage fera date car elle fait litière des errements de la pensée que nous subissons depuis maintenant plus de trente ans. En particulier se trouve ici épinglée l’idée fausse que le besoin d’Europe est une « réaction » à la guerre de 1914-1918. En réalité, la construction mythique de l’histoire à laquelle se sont livrés les thuriféraires de l’Union européenne est soigneusement, minutieusement, et pour tout dire brillamment déconstruite par Jean-Pierre Chevènement. Il faut, pour justifier les institutions actuelles de l’Europe, construire la thèse d’une guerre survenue « par hasard » ou par « accident » [2] et « par la faute des Nations ». Or, rien n’est plus faux, et l’auteur, s’appuyant sur de nombreux textes universitaires et les travaux de la recherche historiographique de ces quarante dernières années, le montre de manière irréfutable [3]. L’origine de cette guerre est bien à chercher non dans le « peuple » allemand, mais dans les élites allemandes qui ont délibérément choisi la guerre pour imposer leur domination tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Et c’est Joschka Fisher, l’ancien ministre des affaires étrangères de G. Schroeder qui peut soutenir que, contrairement aux apparences, le Traité de Versailles n’était pas trop dur mais trop doux [4]. En fait, ceci peut s’expliquer par le fait que les structures tant économiques que politiques qui avaient produit la guerre en Allemagne survivaient. La question n’était donc pas tant celle des réparations, point sur lequel Chevènement donne raison à Keynes [5], que de la démocratisation en profondeur des structures sociales et économiques de l’Allemagne.

Mais l’origine de la « Grande Guerre » n’est hélas pas le seul point sur lequel joue une mémoire politiquement sélective qui n’hésite pas à faire disparaître les faits qui la gênent. Ce n’est pas seulement l’origine ou les cause du conflit qui ont été tordues et dénaturées par des politiciens ou des essayistes aux ordres. C’est aussi toute l’histoire de la guerre de 1914-1918 qui devrait être réécrite pour corriger les mensonges, soit directs soit par omission. Avec, pour commencer, le rôle de la Russie. La Russie n’est perçue qu’à travers l’alliance Franco-Russe avant 1914 et à travers la Révolution d’Octobre 1917. Mais qui se souvient que l’offensive des troupes russes contre l’Allemagne en août 1914 provoqua une telle panique à Berlin qu’elle imposa le retrait de nombreuses divisions du front occidental, ce qui rendit possible la victoire de la bataille de la Marne ? Si l’offensive russe fut un échec (ce que l’on ne pouvait prévoir) ce fut aussi à cause des divisions entre les généraux du Tsar.

Volonté d’ignorer le rôle de la Russie, escamotage des responsabilités des élites allemandes au profit d’une responsabilité des « nations », tel est le bilan, et il est lourd et significatif, de l’instrumentalisation politique de la mémoire aux fins de l’européisme. Le manuel franco-allemand pour les classes de premières en fournit d’autres exemples [6]. C’est ce qu’établit précisément Jean-Pierre Chevènement [7]. Et l’on peut y trouver l’origine de cette hubris fédéraliste qui pousse à la construction d’une Europe non-démocratique comme on le voit depuis le référendum de 2005 sur le projet constitutionnel. Car, pour les partisans du rêve fédéral, il est clair que « la souveraineté nationale, voilà l’ennemi » [8].

La question du « Sonderweg » et la place de l’Allemagne en Europe

Tout cela est juste. Il fallait le dire, et la manière dont c’est dit dans l’ouvrage est certainement un de morceaux de bravoure de Jean-Pierre Chevènement. Il ne s’en tient pas là. Suit alors une réflexion tout aussi intéressante sur la question de l’identité, tant politique, culturelle qu’économique de l’Allemagne. Le lecteur y découvrira un Chevènement attentif aux débats d’outre-Rhin, maîtrisant à merveille les basculements que l’on a connus depuis 1820 dans l’histoire allemande. En tout les cas, ces pages prouvent combien sont fausses et dénuées de tout fondement les accusations d’anti-germanisme qui ont été parfois portées contre l’auteur quand ce dernier s’autorisait des critiques justifiées de la politique allemande.

Si l’on peut risquer une critique sur ce point c’est peut-être quant à la place prise par la dimension culturelle dans l’explication du Sonderweg allemand qui me semble un peu excessive. Cette question de la spécificité de la trajectoire de l’Allemagne a soulevé de nombreux et virulents débats. Les bifurcations et les ruptures ont aussi existé à l’intérieur même de cette trajectoire. La première est liée aux conditions de l’accession de l’Allemagne à la modernité du capitalisme. On oublie trop souvent que ce pays s’est engagé dans la révolution industrielle après la Grande-Bretagne et la France et que la pression exercée par ces deux pays l’a contrainte à prendre une voie spécifique. Ce fut magistralement démontré par un de ces grands auteurs oubliés et qui pourtant reste d’une étonnante actualité, Alexandre Gerschenkron [9]. La constitution d’entreprises de grande taille qui fut une des caractéristiques du développement industriel de l’Allemagne à la fin du XIXème siècle en découle directement. On retrouve cette question d’ailleurs dans la deuxième partie du livre, qui est consacrée à la « mondialisation ». Jean-Pierre Chevènement cite le livre de Suzanne Berger [10]. Mais cette vision oublie que la diversité des capitalismes fut le produit du développement du capitalisme lui-même. De ce point de vue, la normalité c’est la spécificité et la particularité de la trajectoire. Le développement mondial du capitalisme, c’est l’histoire de vagues successives d’entrées dans le monde marchand et salarial et dans l’industrie. Les rapports de forces spécifiques entre pays « premiers » et pays « seconds » sont ici déterminants. Il faut alors comprendre comment ces rapports de forces incitaient les « seconds » à adopter des formes du capitalisme différentes de celles des « premiers ». C’est la réaction des États-nations, menacés pour certains dans leur puissance et pour d’autres dans leur existence même par les pays « premiers », qui a engendré le développement mondial du capitalisme. Il ne faut chercher ici nulle rationalité économique désincarnée. Si les élites japonaises ou russes se décident pour d’ambitieuses réformes structurelles entre 1860 et 1880, ce n’est pas parce qu’elles sont convaincues de la nécessité théorique du capitalisme. C’est pour sauver leur peau, à travers la survie de l’État-nation qu’elles contrôlent. La première mondialisation, celle qui va du milieu du XIXème siècle (avec l’accord franco-britannique dit Cobden-Chevalier sous le second Empire) à la guerre de 1914-1918, a été portée essentiellement par des politiques publiques. Même dans le cas des États-Unis, que l’on perçoit à tort comme un produit du libéralisme, ce sont des politiques interventionnistes et protectionnistes mises en œuvre par l’État fédéral qui assurent le véritable démarrage de l’économie capitaliste américaine [11]. Dans le cas japonais ou russe, l’action de l’État est encore plus visible.

La seconde bifurcation au sein du Sonderweg est représentée par le basculement dans l’hitlerisme. Le filtre « racial » [12] induit rapidement une coupure avec la réalité. Ainsi, quand les démocraties parlementaires cèdent devant Hitler, au lieu d’analyser ces résultats comme traduisant une crise politique dans ces pays (crise qui peut être durable ou temporaire…), Hitler estime qu’il s’agit d’une confirmation de la supériorité raciale des Allemands. Les premiers succès d’Hitler valident donc en apparence ses hypothèses de départ, le conduisant à leur accorder de plus en plus de crédit. Mais ce processus ne se limite pas à Hitler. En effet, outre la dimension raciste de son idéologie, il est persuadé d’être le vecteur de la « Providence » (terme étrange dans une idéologie qui récuse en partie le catholicisme considéré comme un produit « juif »). Cela le conduit à détruire volontairement tout processus institutionnel au nom du « culte du chef » (le Führer Prinzip), encourageant par là même des comportements violemment antagoniques au sein de l’élite nazie.

En fait, l’État Nazi régresse vers un modèle archaïque, semi-féodal [13], alors qu’il doit gérer une économie et un système militaire développés. De ce point de vue, il est important de noter que si l’Allemagne nazie a pu donner l’illusion avant 1939 d’être un système « rationnellement organisé » pour faire la guerre [14], cette perception de la réalité a été mise à mal par les travaux exploitant les archives et les témoignages des acteurs. De ce point de vue, le travail pionnier de Berenice Caroll, exploitant les archives et témoignages des responsables de la planification industrielle militaire allemande [15], a été pleinement confirmé par les recherches historiographiques des trente dernières années. Le système nazi n’est pas seulement monstrueux par sa finalité, il l’est aussi et même en premier lieu dans son fonctionnement quotidien, qui est profondément pathologique. On est en présence d’une régression vers une forme étatique et administrative « pré-moderne » (au sens de Max Weber) appliquée sur une société et une économie « moderne ». Cette dimension pathologique du système nazi (et dont Hitler est une des sources, mais qui va largement au-delà de la personne du dictateur) a été bien analysée par Ian Kershaw, aujourd’hui reconnu comme la référence sur Hitler [16]. On comprend alors que l’Allemagne nazie n’est nullement une suite, radicalisée certes mais directement comparable, de l’Allemagne de Guillaume II. En réalité le nationalisme allemand s’est effondré quand il a capitulé devant l’idéologie raciale du national-socialisme [17]. Nous sommes bien en présence d’un système de type nouveau, même s’il emprunte à l’ancien nombre de ses formes.

Il y a ainsi deux Sonderweg qui cohabitent dans l’histoire contemporaine de l’Allemagne. Le premier est le produit de l’histoire de la constitution de la Nation allemande, et il n’est pas différent, en substance, de ce que l’on a connu en Europe. Assurément, l’histoire de l’Allemagne est spécifique, mais ni plus ni moins que toutes les histoires nationales. Et puis, il y a la rupture de 1933, qui produit un système qui est en réalité la négation de ce qu’il prétend. Loin de représenter une hypertrophie du nationalisme, le Nazisme en est en réalité sa négation. Pour Hitler, le sujet de l’histoire n’est pas la Nation mais la Race, peut-être parce qu’il pressent ce que la Nation doit à la démocratie et à quel point ces deux notions sont en réalité liées.

Une incompétence systémique allemande ?

Il est de bon ton dans certaines élites françaises de vouloir toujours donner l’Allemagne comme modèle. C’est très souvent le cas dans les milieux européistes, et il ne faut jamais oublier que Robert Schuman, l’un des “pères” du projet européen, avait en son temps voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Un fil rouge permet de repérer ceux qui ont su faire confiance dans la France de ceux qui s’en sont toujours méfiés, peut-être justement parce que dans Nation il y a Peuple, et que la révolution française était l’un des aboutissements de la construction nationale multi-séculaire.

Il faudrait aussi, et tout d’abord, pour que cela soit possible, que la clef du succès allemand soit disponible aux autres pays. Or, et c’est la thèse de Gerschenkron, ce qu’un pays a fait, ses voisins immédiats ne peuvent le refaire. Pour que l’Allemagne soit un modèle, il faudrait d’abord démontrer en quoi ses méthodes sont généralisables. Si tous les pays d’Europe avaient mis en œuvre en même temps les mesures Harz-IV allemandes, que croit-on qu’il serait survenu ? Une immense dépression européenne !

Mais l’on peut aller plus loin, et revenir sur la période nazie. Elle est caractéristique d’une double incompétence. Nous sommes en présence des bases de ce que l’on pourrait appeler une « incompétence systémique » allemande qui se manifeste à plusieurs niveaux, dès que l’on sort des éléments tactiques les plus étroits. De manière intéressante, ce sont les Italiens, au contact permanent des élites nazies, qui ont donné les meilleures descriptions de cette « incompétence systémique » ou « désordre structurel » de la prise de décision [18]. Le « Journal de Ciano », notes prises par C. Ciano et publiées après-guerre, montre d’ailleurs très bien comment un observateur, qui est pour le moins ambivalent vis-à-vis d’Hitler, observe la succession de décisions qui ne sont cohérentes que sur un espace limité et qui sont incohérentes entre elles. Mais il y a aussi une incohérence stratégique qui se manifeste clairement dès 1939 tout comme elle existait en 1914 ainsi que le montre Jean-Pierre Chevènement. L’appareil militaire allemand n’est pas prêt à une guerre contre la France et la Grande-Bretagne à cette époque. D’ailleurs, Hitler affirme – pour calmer ses généraux – que la France et la Grande-Bretagne ne se battront pas pour la Pologne. Le triste et révoltant éditorial de Marcel Déat (le célèbre Mourir pour Dantzig ?) l’a certainement conforté dans son opinion. Néanmoins, et la diplomatie allemande et la diplomatie italienne attirent son attention sur le fait que la détermination franco-britannique est cette fois solide. Dans ce contexte, la recherche d’un compromis aurait été logique, d’autant plus qu’Hitler avait indiqué 1942/43 comme date de la guerre qu’il voulait. Tous les plans de réarmement allemands, air, terre et mer inclus, étaient conçus en fonction de cette date et non d’une guerre en 1939. Pourtant Hitler attaque la Pologne car il « veut » la guerre, au-delà du gain qu’il attend de cette dernière. Il prend alors le risque d’une rupture avec Mussolini [19].

De manière caricaturale, une certaine historiographie occidentale reprend les thèses des généraux allemands qui, dans leurs mémoires, font porter la responsabilité de leurs défaites soit sur la « folie » de Hitler (certes, bien réelle), soit sur les Italiens. Cependant, une analyse réaliste des éléments factuels montre que ces mêmes généraux sont responsables de leurs défaites en dépit et même à cause de leurs succès tactiques. Ce fait a bien été établi par M. Geyer qui montre que, dès 1937/38, la pensée stratégique allemande se dissout dans la tactique [20].

L’Euro et la mondialisation

La deuxième partie de l’ouvrage est certes intéressante mais incontestablement plus commune. La description des effets de la « mondialisation », que ce soit la première ou la deuxième, a déjà été faite dans plusieurs livres. Si l’ordre du XIXème siècle est contesté dès la guerre hispano-américaine de 1898 et l’émergence du Japon comme puissance régionale avec la guerre sino-japonaise de 1895, on peut considérer que la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et les « camps de reconcentration » inventés par Lord Kitchener lors de la « seconde guerre des Boers » de 1899 à 1902 préfiguraient déjà certaines des horreurs du siècle à venir [21]. Pourtant, en réalité, rien n’est acquis avant 1914. Les anciennes dynamiques issues de 1815 sont rompues, de nouvelles ne se sont pas encore constituées en un ensemble cohérent [22]. Il y a donc quelque chose qui ressemble à un « intersiècle », comme on dit un interrègne. Il court de 1895 à 1914. Cette période est marquée par l’émergence de nouveaux facteurs, dont certains n’ont pas manqué de fasciner l’imagination des contemporains. Il y eut ainsi entre 1895 et 1901 la même illusion quant à l’émergence d’une forme radicalement nouvelle d’économie que l’on a connue entre 1995 et 2002 avec la bulle Internet. Autour de 1900, ce furent l’électricité et le téléphone qui portèrent cette illusion, et elle engendra, elle aussi, une vague spéculative [23]. Si les contemporains sont ainsi sensibles aux changements qui se dessinent, ils ne peuvent cependant en mesurer les conséquences et les implications. Ces « intersiècles » se révèlent alors des « temps des troubles ».

Elle pose néanmoins des problèmes essentiels, qu’il s’agisse de l’internationalisation du Yuan, ou du fait que les questions douanières ont été aujourd’hui supplantées par les questions monétaires, ou encore du rapport entre valeurs spécifiques (et nationales) et valeurs universelles.

La question de l’ordre monétaire qui prévalut dans la « première » mondialisation et celui qui prévaut aujourd’hui est une question clef, qui sera d’ailleurs reprise dans la troisième partie de l’ouvrage. En effet, comment ne pas voir que la monnaie unique, l’Euro, a les mêmes effets délétères désormais que l’étalon-Or ? De même qu’au tournant des années trente, l’Euro aujourd’hui pousse les pays que l’ont adopté vers des politiques de déflation dont les conséquences tant économiques que sociales sont absolument désastreuses. Les lecteurs de ce carnet connaissent mes opinions, et savent que je me bats pour que l’on dissolve la zone Euro. Ils ne seront donc nullement étonnés de me voir hautement apprécier les passages de la troisième partie du livre où Jean-Pierre Chevènement prend fortement position pour une semblable dissolution. Bien entendu, il ne s’agit pas de laisser les pays aller au gré des vents de la spéculation monétaire. Une fois retrouvées des monnaies nationales (mais nécessairement après cette dissolution de la zone Euro) on pourrait et l’on devrait penser à la constitution des formes de concertations monétaires pouvant déboucher sur une monnaie commune, utilisée avec les pays ne faisant pas partie de l’Europe. Jean-Pierre Chevènement va jusqu’à écrire :

« Mais il est des circonstances où l’exigence du salut public commande la décision » [24].

En d’autres termes, il n’hésiterait pas, s’il devait retourner au pouvoir, à agir unilatéralement si d’aventure nos partenaires devaient par trop traîner des pieds. C’est une véritable vision d’homme d’État qui se révèle au lecteur, d’un homme d’État averti des réalités de la politique tant intérieure qu’internationale, et qui sait ce qui peut être fait en concertation avec des partenaires européens et ce qui doit être fait par la France, quitte à devoir le faire de manière unilatérale.

Cette combinaison de vision historique, d’expérience et de volonté, est peu commune dans le monde politique. Pour tout dire, elle est unique en France où des nains dansent sur les tombes de géants. C’est cette combinaison qui laisse aujourd’hui une place à l’espoir.

[1] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ? Paris, Fayard, octobre 2013, 341p.

[2] Comme le soutient Georges Ayache, Une guerre par accident, Pygmalion, Paris, 2012.

[3] Il faut ici citer l’ancien mais excellent Fischer F., Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918, préface de J. Droz, Éditions de Trévise, Paris 1970, 623p (traduit de l’allamnd).

[4] Fisher J. et Fritz Stern, Gegen den Strom. Ein Gespräch über Geschichte une Politik, C.H. Beck, Munich, 2013.

[5] Keynes, J.M., The Economic Consequences of the Peace, publié à compte d’auteur, Londres, 1919. Publiée en 1920 à New York par Harcourt Brace.

[6] Manuel pour les classes de premières L/ES/S, Klett et Nathan, 2008.

[7] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?, op.cit., p. 73-74.

[8] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?op.cit., p. 41.

[9] Gerschenkron A., Economic Backwardness in Historical Perspective, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1962.

[10] Berger S., Notre Première Mondialisation, Paris, Seuil, 2003.

[11].Par exemple, les tarifs douaniers fortement protectionnistes McKinley, où la décision dans les années 1880 de lancer un ambitieux programme de construction navale afin de fournir un débouché à l’industrie lourde. Sur ce point, voir Norman Friedman, U.S. Cruisers. An Illustrated Design History, Londres, Arms and Armour, 1985.

[12] M. Burleigh et W. Wippermann, “The Racial State – Germany 1933-1945”, Cambridge University Press, 1991.

[13] R. Koehl, “Feudal Aspects of National-Socialism”, American Political science Review, vol. 54, 1960, n°3, pp. 921-33.

[14] Thèse défendue par O. Nathan, The Nazi Economic System, Duke University Press, Durham, NC., 1944, et par L. Hamburger, How Nazi Germany has Controlled Business, The Brookings Institution, Washington, D.C., 1943.

[15] B.A. Caroll, “Design for Total War”. Arms and Economics in the Third Reich, Mouton, The Hague, 1968.

[16] Ian Kershaw, Hitler, a Profile in Power, Londres, 1991 ; “Nazi Dictatorship : problems and Perspectives of Interpretation”, Londres Oxford UP, 1993 ; “Working towards the Führer”, in I. Kershaw et M. Lewin (eds.) Stalinism and Nazism – Dictatorships in Comparison, Cambridge Univ. Press, 1997.

[17] W. Sheridan Allen, “The Collapse of Nationalism in Nazi Germany”, in J. Breuilly (ed), The state of Germany: the national idea in the making, unmaking and remaking of a nation-state, Londres, Longman 1992. Voir aussi W. Sheridan Allen, Une Petite Ville Nazie, ed. 10-18, UGE, Paris, 2003.

[18] J. Sadkovich, “German Military Incompetence Through Italian Eyes”, War in History, vol. 1, n°1, Mars 1994, pp. 39-62 ; du même auteur, “Of Myths and Men: Rommel and the Italians in North Africa”, International History Review, 1991, n°3.

[19] Max Gallo, « L’Italie de Mussolini », Marabout Université, Verviers, 1966, pp. 302-06.

[20] M.Geyer, “German Strategy in the Age of Machine Warfare”, 1914-1945, in P.Paret (ed.) Makers of Modern Strategy, Princeton University Press, Princeton, N.J., 1986.

[21].Ces camps avaient pour but de « reconcentrer » la population afrikaner civile, c’est-à-dire de la parquer afin de mieux la contrôler et de l’empêcher de soutenir la guérilla des combattants Boers. Cette pratique est la première occurrence du tragique couple « transport ferroviaire – enfermement de masse », même s’il est clair que la volonté n’est pas de tuer mais de produire du contrôle politique. La mortalité dans ces camps, compte tenu des conditions de surpopulation et d’hygiène, fut néanmoins importante, même si elle n’était pas intentionnelle.

[22] Berstein S. et Pierre Milza, Histoire de l’Europe contemporaine : le xixe siècle de 1815 à 1919, Paris, Hatier, 1992.

[23].Sur ce parallèle, voir R.J. Shiller, Irrational Exuberance, Princeton, N.J., Princeton University Press, 2e éd., 2005, chap. 1.

[24] Chevènement J-P., 1914-2014 L’Europe sortie de l’histoire ?op.cit., p. 327.

Publié par Frédéric Maurin à 18:44pm - Voir le commentaire ()
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28 Décembre 2013

La France en face

Un grand documentaire diffusé par le service public.

Présentation ci-dessous tirée du huffingtonpost.fr/

Le film documentaire La France en face, diffusé sur France 3 le lundi 28 octobre, apporte une contribution aussi limpide que saisissante. Parce qu'il fait la part belle à la géographie sociale, la proposition pourrait pourtant paraître déconcertante, or il n'en est rien. Oubliez d'ailleurs tout ce qu'on vous a appris à l'école. La France n'est plus constituée d'une grande classe moyenne, avec ses 10% d'exclus en bas, et ses 10% de nantis en haut. À travers des portraits, des témoignages mais aussi les analyses de géographes, d'économistes et d'historiens, ce film réalisé par Jean-Robert Viallet, avec Hugues Nancy témoigne de l'existence de deux France, que tout oppose.

Chronique des deux France

La France en face, c'est chacune de ces deux France, qui regarde l'autre comme médusée, ahurie. D'un côté, il y a "la France des fragilités", de l'autre celle de la mondialisation. D'un côté il y a ces territoires, les déserts, de l'autre ces métropoles qui ont su dépasser l'ère industrielle et rentrer dans l'ère du numérique. À l'origine de cette fracture, une ritournelle déjà bien connue. Aux trente glorieuses ont succédé les trente piteuses, et entre les deux quoi? "La mondialisation," répond le géographe Christophe Guilluy.

Encore un laïus de gauche pour clouer le bec aux apôtres du néolibéralisme? Loin s'en faut. Les géographes, comme les auteurs du film reconnaissent les richesses de la mondialisation, encore faut-il regarder en face ses travers. Aujourd'hui, ce n'est donc plus seulement l'origine sociale et économique qui détermine l'individu, c'est aussi sa position géographique.

Mais combien sont-ils dans cette France de la campagne, des petites villes et des banlieues à ne pas avoir réussi à prendre le train de la mondialisation? La réponse des géographes: 60%, c'est la proportion de Français qui vivent dans ces territoires "socialement fragiles", à l'image de Saint Dizier, une localité "en déprise" où l'on croise Morgane, une jeune chômeuse. Après l'usine, elle a travaillé en interim, est partie une fois en vacance au cours d'une vie dans laquelle elle ne se projette plus. "Y'a plus rien, plus de travail," dit-elle. Un constat si commun, si fréquent qu'il en perdrait tout sens.

Mise à l'écart

Mais y a-t-il vraiment un sens à ce que donne à voir le film de Viallet et Nancy? Peut-être seulement une nécessité, regarder effectivement la France en face, pour la comprendre et mieux la soigner.

Comprendre, c'est-à-dire prendre note de la gentrification, ce processus de mise à l'écart des classes populaires auquel n'échappe aucune des 25 grandes métropoles. Comprendre, c'est aussi constater le ressentiment de ces nouveaux territoires du vote Front national qui ne se trouvent plus au sud-est ou dans le nord, mais bien dans l'ouest de la France. Comprendre que "dans la France d'aujourd'hui, il y a ceux qui ont gagné, et ceux qui attendent encore".

Il y a en effet urgence. En témoigne le regard que trois anciens ouvriers de Meurthe-et-Moselle, témoins impuissants de la fermeture des hauts fourneaux de Florange en particulier et de la désindustrialisation en général, portent sur leur époque. Entre "mal au coeur" et appel à la violence contre les puissants, ils s'estiment pourtant presque privilégiés d'avoir pu lutter pour quelque chose. "Nous, on avait notre travail, déclare l'un d'eux, là aujourd'hui, ils se battent parce qu'ils n'ont plus de travail."

Comment s'en sortir? Comment désenclaver des populations mises à l'écart? Le bon sens voudrait qu'ils quittent leur campagne pour aller à la ville, vivre un nouvel exode rural qui ne serait qu'un non sens. Et pour cause: les villes sont déjà pleines. "L'idée qu'on peut bouger de sa maison pour trouver un emploi quand on est propriétaire précaire est absurde puisque c'est tout ce qui leur reste, un toit," affirme le géographe Christophe Guilluy.

Cet attachement au toit, on en comprend toute la valeur et la peine à travers le portrait d'Alain et Sylviane, à Villaines-la-Juhel, en Mayenne. Tous deux au chômage, Alain, 48 ans, le visage bouffé par la vie, n'a trouvé qu'un emploi à temps partiel, se lever tous les jours à 2h du matin pour distribuer Ouest-France. Autour d'eux, plus rien, ni usines, ni interim, leur maison est tout ce qu'ils ont.

Espoirs

Face à la fragilisation, le documentaire apporte tout de même quelques notes d'espoir. D'abord, celui de la volonté, mais aussi et peut-être surtout celui d'une autre économie. C'est ce que raconte l'histoire de Jocelyne, une agricultrice bio de Joncquières-Saint-Vincent dans le Gard. Étouffée par les demandes des grossistes, elle manque de mettre la clef sous la porte. C'est alors qu'elle entend parler des AMAP (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne), qui lui garantissent des débouchés toute l'année, une bouée de sauvetage dans une France où un agriculteur se suicide par jour.

Et c'est peut-être bien là la morale du documentaire. Dans un système à bout de souffle, le salut passerait par une économie plus solidaire, mais pas seulement. Car la crise n'est pas seulement économique ou financière, c'est aussi une crise de territoires qui doivent réapprendre à cohabiter pour ne faire plus qu'une. S'il esquisse un constat solide, le documentaire n'apporte pas de solutions. Un objectif néanmoins s'impose: au lieu d'investir dans les métropoles, l'essentiel est d'insuffler un souffle nouveau aux périphéries.

Publié par Frédéric Maurin à 18:42pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #france , #chômage , #crise , #austérité , #front national , #presse libre

26 Décembre 2013

Nos amis socialistes

ANI , Choc de compétitivité , Retraites, répression antisyndicale
...sans chercher à être exhaustif, le prolétariat a bien ramassé en 2013.
Le PS voudrait préparer le terrain au retour d'une droite dure qu'il ne s'y prendrait pas autrement.
Il faudra en tirer des conclusions et ce dès les prochaines échéances électorales , là où c'est possible pour les élections municipales et partout ailleurs pour les élections européennes!
J'emprunte cet article au Grand Soir pour alimenter la réflexion...

Cette épuisante sensation de courir dans l’eau (plaidoyer pour rompre définitivement avec le PS)

Viktor DEDAJ

Vous avez déjà essayé de courir dans l’eau ? Epuisant n’est-ce pas ? Au bout de quelques pas, je me dis que j’irai plus vite en marchant. Alors je marche. Comme je n’ai jamais pris la peine de me chronométrer, je ne sais ce qu’il en est réellement, mais la sensation d’aller plus vite et plus loin est bien là. Et quoi de plus subjectif que le temps ?

Socialistes, j’ai un aveu à vous faire :je ne vous supporte plus. Ni vos tronches, ni vos discours, ni vos écrits, ni vos déclarations, ni vos commentaires.

Je ne supporte plus vos promesses, vos analyses, vos décisions, votre éducation, votre culture, votre économie, votre politique, vos médias.

Socialistes, je ne vous supporte plus ni en peinture, ni en photo, ni en dessin.

Voilà, c’est écrit, c’est annoncé, c’est officiel. (P’tain, qu’est-ce que ça fait du bien.)

Le PS est-il encore fréquentable ?

Cela n’a pas toujours été le cas, croyez-moi. Je me souviens encore lorsque, membre du PCF, nous collions dans les rues les affiches de la section locale du PS qui n’avait - paraît-il - pas vraiment de militants pour ça. On se moquait d’eux, c’est vrai, mais c’était comme on se moque d’un copain qui vient à un week-end de randonnée avec des chaussures de ville. Ce côté décalé, légèrement à côté de la plaque, maladroit mais plein de bonne volonté. Sa souffrance à aller de l’avant finit par faire de la peine, et tout le monde ralentit pour l’attendre. On lui prêterait bien une paire de chaussures de marche, mais qui aurait pensé que... ? En tous cas, c’est comme ça que je voyais les choses.

C’est dire si je les connaissais mal.

Comprenez-moi bien : ce n’est pas leur positionnement politique stricto sensu que j’ai fini par haïr, après tout, il m’arrive de trouver des gens « sympas » de pratiquement tous les bords politiques. Engueulez-moi si vous voulez mais, dans le camp adverse, j’ai une petite affection pour Bayrou, par exemple. Je crois que c’est un type bien, comme on dit. Ah, on sera probablement jamais membres du même parti, mais j’aime les gens cultivés (il l’est), propres sur eux (il le paraît), aux véritables convictions (il me semble). C’est quelqu’un, divergences politiques mises à part, qui m’inspire confiance, avec qui j’aurais envie de discuter un brin. Oui, je sais, je peux me tromper, mais en attendant, c’est comme ça.

Eux par contre... plus jamais. Non, ce qui me débecte chez eux, c’est leur façon d’être, leurs façons de faire, ce sentiment, à l’origine diffus mais qui a pris corps, qu’ils ne sont jamais ce qu’ils prétendent être (qui n’est déjà en soi pas toujours reluisant). Ce sentiment que tous leurs propos (notamment pré-électoraux) sont contrôlés par une partie de leur cerveau qui a coupé tout contact avec la partie qui contrôle leurs faits et gestes.

Ils sont si peu regardants qu’ils n’ont même pas changé le nom de leur parti. Ou alors ils le gardent sciemment dans un objectif inavoué. Lequel ? Faire perdre un maximum de crédibilité au mot « socialiste » ? Attirer le gogo de passage ? Pour ratisser large ? Peut-être qu’ils n’y prêtent même plus attention. Peut-être ne l’ont-ils même pas remarqué. Peut-être se rachètent-ils une sorte de bonne conscience, comme un ivrogne qui prendrait sa carte à Alcooliques Anonymes ? Toujours est-il que « mystère ».

Les soupapes sociétales du Capitalisme

Il y a des années, j’ai lu une interview de Noam Chomsky où on lui demandait quelle était la différence entre le Parti Démocrate et le Parti Républicain. Sa réponse (de mémoire) fut laconique : « le sexe ». Il faisait le constat que sur pratiquement tous les domaines, les positions du Parti Démocrate et du Parti Républicain se recouvraient. Le seul domaine – à l’époque – où existait encore une véritable distinction était les questions de sexualité (homosexualité, notamment) et d’une manière générale, tout ce qui concernait la sphère de la vie privée. La position plus « progressiste » du Parti Démocrate faisait qu’il était plus ou moins soutenu par tout un aréopage de mouvements progressistes qui s’accrochaient à ces questions face à un Parti Républicain nettement plus conservateur. On trouvait donc dans le sillage du Parti Démocrate, des mouvements de libération divers et variés, les milieux culturels et médiatiques, ainsi que Hollywood, etc. Pour tout le reste, rien ne pouvait réellement distinguer le Parti Démocrate du Parti Républicain. Chomsky faisait même remarquer que, du point de vue historique, ce sont plutôt des Démocrates qui déclenchent les guerres et les Républicains qui les arrêtent (les choses ont changé depuis).

Toujours est-il que pour aboutir à une fusion idéologique totale, il suffisait que le Parti Républicain franchisse le Rubicon en quelque sorte, c’est-à-dire qu’il abandonne son homophobie, par exemple. Mais que les Républicains franchissent ou non le Rubicon importait peu en réalité dans la mesure où – encore une fois – les deux partis avaient la même politique. Mieux encore, la position sociétale réactionnaire du Parti Républicain pouvait même être utile au système en donnant l’impression d’une alternative, d’une véritable opposition entre deux camps qui s’étripaient avec d’autant de virulence que leur accord sur pratiquement tous les autres sujets était total.

Il s’ensuit que, puisque le parti au pouvoir et le parti dans l’opposition étaient d’accord sur la politique économique, sociale et internationale, le champ de discussion se trouvait de plus en plus rétréci, pour la plus grande satisfaction des pouvoirs économiques et politiques en place. A ma droite, un bon vieux parti bien « réac » (et encore), à ma gauche, un parti « progressiste » (et encore). Chez l’un et l’autre, la même servilité au système. A l’extérieur, réduits au silence et exclus des médias et du champ « réaliste » et « raisonnable » du débat, tout ce qui pouvait remettre en cause la distribution du pouvoir et des richesses.

La main-mise idéologue du capitalisme devenait ainsi totale, grâce aux questions sociétales qui opèrent comme une soupape de sécurité sans pour autant remettre en cause les rapports de pouvoirs. En France, selon moi, la dernière soupape en date fut le mariage pour tous, qui a permis le passage en toute discrétion de l’abominable ANI.

Notons au passage qu’il me semble qu’il ne reste plus beaucoup de « soupapes sociétales ». L’interdiction de quelques groupuscules d’extrême-droite ? Le vote des étrangers, peut-être ? Et après ? Pas grand chose. C’est pour vous dire que si vous ne pensez pas que l’heure est grave, le Capitalisme, lui, doit commencer à en être convaincu.

Ah si, il reste au Capitalisme une grosse soupape, son joker, son va-tout : le Front National. "Nan, jamais", pensez-vous. Alors réfléchissez à ceci en pensant à ce qui précède : le Front National est plus probablement plus proche du pouvoir qu’on ne le pense en général, car il lui suffirait de "franchir le Rubicon" sur quelques questions sociétales (nous avons vu que ça mangeait moins de pain que les étrangers) pour que sa fréquentabilité explose et que les appels incantatoires contre son racisme et sa xénophobie perdent leurs derniers pouvoirs de résistance. Gageons que s’ils organisaient un gay-pride à la fête bleu-blanc-rouge, Libération trouverait Marine Le Pen métamorphosée et très "in". Je sais, c’est triste, mais comme ça. En tous cas, si j’étais à la tête du Front National, c’est ce que je ferais, avec un petit clin d’oeil à la base pour leur faire comprendre que c’est "pour du faux".

La proximité idéologique entre le PS et la Droite n’empêche nullement la confrontation. On pourrait même dire que plus les idéologies se ressemblent, plus la confrontation se doit d’être exacerbée et « théâtralisée » pour justifier son appartenance à une des équipes tenants du système en place – sinon, à quoi bon avoir plusieurs partis ? Une confrontation qui relève plus de supporters de foot se bagarrant entre eux qu’à de véritables enjeux de société. La confrontation peut donc être virulente et sincère, tout en paraissant ridicule aux yeux des passants et des spectateurs non concernés. Deux camps de supporters qui se battant pour leurs équipes respectives, le tout au nom d’un même sport joué avec les mêmes règles. Et il n’est pas dit qu’ils ne s’unissent le temps de tabasser un fan de basket qui passerait par là.

Une dérive qui rétrécit le champ du débat

Observons à présent un phénomène : la dérive droitière du PS, à l’instar de son courroie de transmission la CFDT, s’opère au fur et à mesure que la crise du capitalisme et du libéralisme économique s’amplifie, ce qui constitue en soi un étrange paradoxe. Qui peut sérieusement croire que plus de droite résoudrait une crise fondamentalement de droite ? Les caciques, porte-voix, idéologues, etc, du PS ne sont ni des « pragmatiques » ni des « réalistes » mais des médecins de Molière. S’il fallait démontrer que le PS n’a jamais été (ou n’est plus, comme vous voulez) de gauche, ce simple constat suffit en lui-même, car qui rallierait l’idéologie adverse au moment même où cette dernière est malmenée ?

Pour ceux qui n’ont pas compris l’ampleur de la dérive, je les invite à interrompre leur lecture de ce texte et de (re)lire le Programme Commun de gouvernement, signé par le PCF, le PS et les Radicaux de gauche et qui date de 1972. http://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1972-06-le-programme-commun/ Un des partis signataires était un parti "de centre-gauche".

C’est ainsi que la dérive du PS provoque le même rétrécissement du champ de discussions, la même exclusion du champ du « raisonnable » et du « réaliste ». A tel point que la question des (re)nationalisations de certaines entreprises est devenue une question littéralement taboue, y compris (et surtout ?) au PS. C’est comme si la porte de discussion se refermait derrière le PS au fur et à mesure qu’il dérive de plus en plus à droite.

Et j’appelle à la barre des témoins l’actualité récente, qui vient de révéler comment la véritable gauche se faisait désormais étiqueter de « extrême ». Etre de gauche aujourd’hui, c’est être « extrême ». Le piège tendu depuis des années est donc en train de se refermer, et la caution politique et morale de ce piège n’est ni plus ni moins que le PS.

Alors partons d’un constat : le Parti Socialiste est aujourd’hui plus à droite que la droite que nous combattions jadis, et que nous traitions de « réactionnaires » même et, allez, pendant qu’on y est, de « facho ». Oui, on était jeunes, on était beaux, on sentait bon la lutte des classes.

Une dérive en forme de chantage

Cette dérive s’opère par une manœuvre relativement simple : plus la droite se droitise, et plus le PS peut se droitiser, tout en prétendant être plus « à gauche » (ou « moins à droite ») que la droite officielle... A tel point que c’est devenu apparemment sa seule raison d’être (Qui a oublié la mémorable campagne du PS en 1986 qui n’avait comme argument sur ses affiches que « Au secours ! La droite revient ». Tu parles.)

Cette dérive soulève évidemment la question suivante : jusqu’où ? Question qui s’adresse en réalité plutôt à nous qu’au PS. Après tout, si le PS a envie de dériver, qu’il dérive - et nous agiterons des mouchoirs sur le quai en proférant des « Adieu », des « Farewell » et des « Vaya con Dios » (personnellement, j’opterai pour « crève charogne », mais vous n’êtes pas obligés de me suivre).

Parce que nous n’avons jamais tracé de ligne (celle que nous aurions tracée jadis si nous avions su), celle-ci se trouve déjà très loin derrière nous...

Cette question est d’autant plus importante pour nous que le PS entraîne dans cette débâcle tous ceux qui sont accrochés à lui par ces liens qu’on appelle la « discipline républicaine » et le « vote utile »... Accrochés, à l’instar d’un parachutiste qui tombe en vrille et qui n’arrive pas à décrocher le parachute défectueux... A moins de couper la lanière et de prier que le parachute de secours veuille bien s’ouvrir. Manœuvre qu’il faut évidemment effectuer avant qu’il ne soit trop tard.

Une élection après l’autre, la « discipline républicaine » et le « vote utile » auront été les passe-droits d’un Parti Socialiste qui n’aura même pas eu au passage la reconnaissance du ventre. Fort de son chantage systématique d’être « un moindre mal », fort de la véritable impunité dont il a bénéficié au cours de toutes ces années, il est devenu comme tous ceux qui estiment n’avoir de comptes à rendre à personne – ni à la population, ni aux militants qui se sont sacrifiés pour l’amener là où il est. Et s’il ne nous crache pas ouvertement à la figure, c’est uniquement parce qu’il sait qu’après une élection, il y en aura une autre, puis une autre... et à chaque fois rebelote.

Ce qui soulève une question brûlante : qu’allons-nous faire de ce parti ?

Cette pénible sensation de courir dans l’eau

Appeler à voter Hollande au second tour pour dégager Sarkozy, ça c’est une décision tactique. Les décisions tactiques valent ce qu’elles valent, elles sont prises ou pas et le cours des événements suit le plan, ou pas. Pas de quoi se crêper le chignon. Le vote utile et la discipline républicaine tactiques sont des outils parmi d’autres, qui ne sont ni à jeter ni à sacraliser. Mais lorsque la discipline républicaine et le vote utile deviennent systématiques, totalement prévisibles donc, et par conséquent inconditionnels, cela devient une stratégie. Et une stratégie, ça se discute. Et le cas échéant, ça se change. De préférence avant qu’il ne soit trop tard. Sinon, on finit par appliquer la discipline républicaine et surtout le vote utile pour apporter des voix à des candidats que appliquent une politique nettement plus à droite que la droite pour laquelle « jamais au grand jamais » nous n’aurions apporté la moindre voix... avant.

La droitisation du PS couplée à la discipline républicaine et le vote utile nous droitise à notre tour – puisque nous apportons nos voix à un parti de plus en plus à droite. Se distancer verbalement du PS, tout en accompagnant électoralement sa dérive, ne fait qu’amplifier le grand écart entre nos discours et nos actes (un des reproches que nous faisons au PS, justement).

La première étape consisterait à arrêter de se raconter des histoires : non, le PS ne changera pas. Et pourquoi changerait-il ? S’il devait changer, ce serait parce qu’il estimerait qu’il n’aurait plus le choix et non pas parce qu’il en aurait envie ou qu’il y croirait ou qu’une lueur bleutée serait tombée du ciel pour l’envelopper d’un halo de béatitude progressiste. Et si malgré tout, il changeait, ce serait dans sa nature et fidèle à ses manœuvres de changer « juste ce qu’il faut » pour désamorcer la crise de confiance. Il changerait pour une question de survie d’appareil, pour pouvoir encore et encore profiter de la discipline républicaine, du vote utile, de son image de moindre mal, tout en préparant la Nième trahison, donc la Nième déception, donc la Nième fuite des électeurs vers quelque chose de « différent ».

Le PS ne changera pas pour une question de principes ou d’idées, parce que si ce parti était capable de principes ou d’idées, il ne serait pas le PS dont on parle et je ne serais pas en train d’écrire ceci.

Des générations entières de militants (y compris du PS, faut-il le préciser), les forces vives du changement, ont été épuisées et s’épuisent encore à tenter de faire gagner une "gauche" en compagnie d’un PS dont la nuisibilité et la nuisance sont établies.

Autant se battre pour une cause et contre un adversaire peut se révéler une activité stimulante, autant jouer à ce numéro de « je t’aime, moi non plus » avec un PS cocufieur est une activité épuisante et démotivante. Combien de temps encore allons-nous nous épuiser à tenter de courir dans l’eau ?

Et pour ceux qui ont encore des doutes sur les limites de cette dérive, rappelons au passage que lors des dernières élections au Venezuela, le « socialisme » a préféré se rallier derrière Capriles, le candidat d’extrême-droite - ce qui constitue une position assez récurrente des partis dits socialistes à travers le monde.

Avant qu’il ne soit trop tard

Ceux qui pensent ou espèrent que la gauche pourrait profiter du discrédit du PS sur-estiment la culture politique de la population – nourrie en majorité à du TF1. Car le PS est, aux yeux de la très grand majorité, un parti de gauche, point barre. Vous et moi sommes de gauche. Donc nous sommes « comme le PS ». Alors, à moins de bien faire comprendre que nous ne sommes en rien « comme le PS »... Comment ? D’abord en le faisant savoir et, surtout, en le faisant bien comprendre. A la France, et aussi au PS. De préférence avant qu’il ne soit trop tard.

Commençons par nous débarrasser définitivement de la « discipline républicaine » et du « vote utile » stratégiques. La discipline et le vote s’appliqueraient désormais au coup par coup, candidat par candidat, circonscription par circonscription, en considérant le bilan et les votes à l’Assemblée Nationale de chacun. Qu’avons-nous à perdre ?

C’est sûr, nous aurions dû réagir plus tôt, et plus vigoureusement, mais nous sommes comme celui qui souffre d’une rage de dent et qui ira « demain » chez le dentiste. Hier, c’eut été un plombage. Aujourd’hui, ce sera une couronne. Demain...

Avec un PS posé comme un verrou sur la porte menant à tout véritable changement, nous n’avons que trois options :

1) trouver la clé

2) faire sauter le verrou

3) défoncer la porte.

Du point de vue historique, il me semble que la première option est définitivement perdue et que nous sommes actuellement très précisément devant la deuxième. Quant à la troisième, que répondre, à part « en attendant le rapport de forces nécessaire » ? D’ailleurs, c’est pas moi qui le dit, c’est l’Histoire. Généralement, elle sait de quoi elle parle, même lorsqu’elle bégaie.

Viktor Dedaj

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Publié par Frédéric Maurin à 14:56pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ps , #parti socialiste , #austérité , #ani , #fiscalité , #retraites , #Hollande , #crise , #capitalisme

20 Décembre 2013

Médias de M....

Quand les mots viennent à manquer,autant laisser parler les chiffres...

« Closer » écrase « Le Monde diplomatique »

La publication par le ministère de la culture et de la communication du tableau des deux cents titres de presse les plus aidés en 2012 permet d’apprécier la sollicitude des pouvoirs publics envers Le Monde diplomatique.

Notre journal se classe au 178e rang. C’est-à-dire très loin derrière des publications aussi cossues et adorées des annonceurs que Le Nouvel Observateur (8e), L’Express (9e), Télé 7 jours (10e), Paris Match (12e) et Valeurs Actuelles (66e).

Plus édifiant, des titres aussi indispensables au débat public que Télécâble Satellite Hebdo (27e), Grazia (74e), Point de Vue (86e), Closer (91e), Le Journal de Mickey (93e), Gala (95e), Voici (113e), Prions en église (121e), Auto Moto (124e), Mieux vivre votre argent (129e), Détente Jardin (167e), Spirou (172e) se retrouvent devant Le Monde diplomatique...

Un rapport récent de la Cour des comptes a estimé que les aides publiques représentaient entre 7,5 % et 11 % du chiffre d’affaires global des éditeurs (1). Dans le cas du Monde diplomatique, qui a obtenu 188 339 euros en 2012, cette proportion est plus proche de 2%. C’est dire la part décisive que prennent au financement de notre travail nos acheteurs, nos abonnés et ceux qui, chaque année plus nombreux, nous versent des dons.

L’an prochain, il est possible que nous ne figurions plus du tout dans le tableau du ministère de la culture. En effet, la moitié des aides reçues par Le Monde diplomatique en 2012 l’ont été au titre de notre diffusion à l’étranger. Or, en 2013, cette aide au développement de notre lectorat international a été divisée par cinq, passant de 95 900 euros à 18 600 euros. Ajoutons à cela le relèvement important des tarifs postaux qui va nous concerner, alors même que le président de la République vient d’en annuler l’essentiel pour les quotidiens et pour les magazines d’actualité hebdomadaires, et chacun pourra se faire une idée de l’affectation étrangement ciblée des aides à la presse. C’est-à-dire en définitive de l’argent des contribuables.

Il y a trente ans, le Parti socialiste proclamait : « Un réaménagement des aides à la presse est indispensable. (...) Il faut mettre un terme à un système qui fait que les plus riches sont les plus aidés, et les plus pauvres les plus délaissés. (...) La réforme des aides à la presse devrait également mieux différencier la nature des titres et ne pas traiter de la même façon la presse politique et d’informations générales et la presse récréative. Elle devrait distinguer, en particulier en matière d’aides postales, la presse bénéficiant d’un fort volume de publicités et celle qui en est dépourvue (2). »

Les données officielles récemment rendues publiques ainsi que les derniers arbitrages présidentiels en matière de presse démontrent que cette analyse, à laquelle nous ne pouvons que souscrire, n’a pas reçu le moindre début d’exécution. Faute de quoi, comment expliquer que Télé 7 jours ait reçu trente-sept fois plus d’argent public que Le Monde diplomatique ?

En nous versant un don, que vous pourrez partiellement déduire de vos impôts, vous corrigerez à notre avantage cette répartition fantaisiste des sommes que l’Etat verse chaque année à la presse.

(1) « Les aides de l’Etat à la presse écrite » (PDF), communication de la Cour des comptes à la commission des finances du Sénat, juillet 2013. Le tableau détaillé des publications aidées se trouve page 40.

(2) Cité dans l’article de Serge Halimi, « Nous ne sommes pas des robots », Le Monde diplomatique, octobre 2013.

Vous aussi, soutenez « Le Diplo »

L’information gratuite n’existe pas. Les articles du mensuel en accès libre sur notre site n’y figurent que parce qu’ils ont été préalablement payés par nos acheteurs, nos abonnés et par ceux qui, chaque année plus nombreux, nous versent des dons.

Publié par Frédéric Maurin à 10:09am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #presse libre , #médias aux ordres , #fakir , #bastille République Nations , #BRN

18 Décembre 2013

J'aime bien les pompiers

comme beaucoup de petits garçons de mon époque (les petites filles d'alors préférant souvent les infirmières et les maitresses...c'était avant que les rêves des enfants de l'ère SarkoRolex ne se portent sur les footballers multimillionnaires ou les carrières du mannequinat...).

Or ce jeudi 12 décembre, sans trop forcer ma nature, j'étais en grève et, incidemment, au Conseil Général où les pompiers mais pas seulement (assistantes sociales, éducateurs spécialisés...) manifestaient comme de juste contre un cocktail du Parti dit socialiste aux affaires, mêlant harmonieusement 150 suppressions de postes et le travailler travailler plus pour gagner moins du précédent quinquennat.
Cela a été l'occasion de ma première prise de gaz lacrymogène depuis le 6 mai 2012 et, je suis formel, celui-ci n'a pas changé : ni de nature ni d'effets secondaires.
A ceusses qui pensaient qu'un autre usage de la matraque était possible, je confirme que j'en doute encore plus depuis jeudi...
Les pompiers , et beaucoup d'autres, aussi :

A Grenoble , on gaze les salariés !

en Bretagne ont fait des courbettes aux Bonnets rouges

A l’appel des syndicats, le 12/12/13 au Conseil Général on comptait 57% grévistes sur l’agglomération grenobloise et 38% sur l’ensemble du département. Plus de 1500 manifestants s’opposaient au projet du Président M. VALLINI et de ses équipes.

Régime sec pour les agents : augmentation du temps de travail qui aura pour conséquence la suppression de 150 postes.

En réponse aux demandes de négociations des syndicats représentants les fonctionnaires (dont le salaire est gelé depuis 4 ans), M. VALLINI rétorque par les violences policières qui se sont concrétisées par le gazage de centaines de manifestants et par l’agression et l’envoi à l’hôpital d’un pompier. Ces méthodes

sont indignes des élus de la république et confirme le mépris à l’égard des aspirations des agents.

Faut-il rappeler que le Conseil Général Isère gèle depuis 6 ans, la contribution au SDIS, dans un département 1.2 millions d’habitants. Les socialistes préconisent l’augmentation du temps de travail des sapeurs-pompiers, sans plus de considération pour la santé et la sécurité des Isérois. Ces raisons ont motivés les pompiers à la grève et à la mobilisation.

Les politiques d’austérités décidées mènent inévitablement à l’étranglement des budgets alors que dans les même temps se sont des cadeaux de millions d’€ qui sont fait aux entreprises. Cette argent M. VALLINI compte bien aller le chercher dans les poches des agents, au détriment de la qualité des services publics.

La colère des salariés est puissante, elle sait se transformer en revendications puis en action, à l’image des appels à la grèves des Cheminots contre la réforme du ferroviaire ou encore à La poste contre les menaces de fermetures du centre de tri de Sassenage.

Il est évident que les pouvoirs publics ont renoncé à la démocratie sociale et à écouter les salariés. Destruction de l’emploi, des acquis sociaux, réorganisation du travail voici la stratégie du patronat et du gouvernement.

La CGT ne restera pas l’arme au pied, d’autres luttes sociales s’organisent comme celle des Geg, des Schneider, des Caisses de Sécurité Sociales, ou encore prochainement celle du Crous..

Notre ambition de convergence de luttes nous amène à construire une grande journée d’action nationale et interprofessionnelle de grève le 6 février 2014

Le 6 février 2014 :Toutes les raisons de revendiquer

Pour mémoire, le CPE. Puissent les mêmes causes produire les mêmes effets

Ach, l'austérité juste; gross malheur !

Publié par Frédéric Maurin à 10:03am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grenoble , #ps , #Parti Socialiste , #hollande , #austérité , #cgt , #vallini

18 Décembre 2013

La solitude du bloc-noteur de fond

Quand on s'attache à vouloir dégonfler la baudruche Front National on peut être confronté à de grands moments de solitude. De lassitude,de découragement.

Cela peut certes parfois prêter à sourire. Oui, c'est vrai, il y a quand même de bons moments : la preuve par Mohamed Sabaoui

Mais quand des fascisants vous livrent à domicile leurs interprétations de l'Apocalypse selon Saint Jean, et recrutent Einstein, Stephan Zweig (oui, même lui, Jaurès ne leur suffit pas!) ou encore Chateaubriand dans leur combat...là, cela devient pénible.

Pour preuve, si vous voulez partager mes petits soucis, je vous laisse copie d'un des joyeux messages reçus via RUPTURE TRANQUILLE.

Où l'on comprendra que l'entreprise de dédiabolisation du Front National ne sera pas chose si aisée...

De: José CASTANO <joseph.castano0508@orange.fr> Date: mardi 12 novembre 2013 17:40

Objet: Message envoyé sur RUPTURE TRANQUILLE

« Pleure comme une femme ce royaume que tu n’as pas su défendre comme un homme!"

« Le temps des mille ans s’achève. Voilà que sortent les nations qui sont aux quatre coins de la terre et qui égalent en nombre le sable de la mer. Elles partiront en expédition sur la surface de la terre, elles investiront le camp des saints et la ville bien-aimée » (XXe chant de l’Apocalypse)

Printemps 1491. Après sept siècles de luttes contre l’occupant Musulman, la « Reconquista » sous la conduite des rois catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, est sur le point d’aboutir. Le 26 avril commence le siège final de Grenade, seule province espagnole encore aux mains des Maures commandés par le Sultan Boabdil. Les réserves de nourriture s’épuisant et le moral de ses hommes étant au plus bas, Boadbil, comprenant que la fin était proche, négocia, dans le souci de conserver sa vie, celle de sa famille et de sa cour, les 1 et 2 janvier 1492 sa reddition qui prévoyait un départ en exil vers l’Afrique du Nord. Le 2 janvier au matin, les Espagnols avec à leur tête les Rois catholiques, entraient sans combattre dans Grenade. Aussitôt, la bannière de Castille et la Croix chrétienne furent hissées sur la forteresse de l’Alhambra, bijou architectural maure. Dans le même temps, arrivé avec sa troupe sur les hauteurs d’un col surplombant Grenade d’où l’Alhambra se dessinait majestueusement, Boadbil, dans un instant de dépressive mélancolie se mit à pleurer. Le surprenant en larmes, sa mère Aïcha El Horra, s’exclama sur un ton de reproches : « Lloras como una mujer, lo que no has sabido defender como un hombre ! » (Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme). Depuis lors, on appelle ce col « El Suspiro del Moro », « Le Soupir du Maure ». Ce moment historique est particulièrement bien relaté par Chateaubriand dans sa nouvelle « Les aventures du dernier Abencerage».

Pourquoi cette anecdote historique ? Parce qu’elle préfigure parfaitement ce qui pourrait advenir de semblable, demain, des Nations européennes (particulièrement la France) si elles persistaient dans leur entreprise d’asservissement et d’autodestruction. Souvenons-nous à cet effet de cette prédiction que Larbi ben M’Hidi, redoutable terroriste du FLN, avait lancée à la face des parachutistes français venus l’arrêter en 1957 lors de la « bataille d’Alger » : « Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous prédis, moi, que vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ». Aujourd’hui, l’histoire se répète, sauf que cette fois c’est le monde occidental qui est en passe d’être confronté à une défaite dans le déshonneur total, comme celle que l’on doit à la trahison de gouvernants veules, de chefs de partis aveuglés par de maigres illusions qui s’entredéchirent pour une meilleure place à la mangeoire, de dirigeants qui exfiltrent des centaines de milliers d’euros vers leur compte de « là-bas » en prévision du grand séisme qu’ils vont eux-mêmes provoquer, d’une pseudo élite qui s’aplatit devant des rustres pour de piètres privilèges avec, en prime, la corruption politique, le mépris du gouvernement pour le peuple, l’arrogance des oligarques… tous vivant dans une impudique sérénité se riant du blâme lancé, jadis, par Châteaubriant : « Honneur aux pays qui se lèvent et honte aux pays qui se couchent ! » Comme, hier en Algérie, la tactique dite du « salami » est, aujourd’hui, utilisée (notamment en France) et il se trouve toujours des responsables politiques de tous bords, des usuriers à l’affut du gain ou simplement des opportunistes du « show biz » pour faire digérer chaque tranche à une opinion publique assoupie depuis des lustres. « Ce peuple que tu as trahi, il oubliera jusqu'à ton nom » écrivait le poète Arnulf Overland… sauf que, ces gens là seront, à leur tour, défenestrés et l’Histoire traînera leurs noms dans la fange. Mais ce sera une piètre consolation pour un peuple enchaîné. Jamais la prophétie de Lénine n’a été aussi véridique et sur le point de se réaliser : « L’Occident nous vendra la corde pour le pendre ». Le plus triste cependant, c’est de voir ce peuple indifférent à son propre sort, qui regarde mourir sa nation. « L’Europe s’aperçoit en frémissant que par sa sombre indifférence une puissance destructrice a fait irruption chez elle, puissance qui paralysera ses forces pendant des siècles » vitupérait Stephan Zweig. Et dans ce terrifiant augure, très peu discernent l’imminence de l’inéluctable naufrage. La majorité silencieuse se contente de vivoter, de courir après de pathétiques leurres, lorsqu’elle ne s’enferme pas dans de ridicules tours d’ivoire qui s’écrouleront au premier coup de massue. Et Jean Raspail de dénoncer ce comportement en ces termes : « Ce que je ne parviens pas à comprendre et qui me plonge dans un abîme de perplexité navrée, c’est pourquoi et comment tant de Français avertis et tant d’hommes politiques français concourent sciemment, méthodiquement, je n’ose dire cyniquement, à l’immolation d’une certaine France sur l’autel de l’humanisme utopique exacerbé ». Et c’est ainsi que nous regardons, impuissants, notre monde s’effriter par pans entiers jusqu’au jour où, poussés sans combattre vers l’exil mais ne sachant où aller, nous connaîtrons à notre tour la dépressive nostalgie de Boadbil et laisserons nos larmes couler sur ce qui fut, jadis, notre raison de vivre. Alors, la juste sentence d’Aïcha, s’appliquera dans son implacable rigueur : « Pleure comme une femme ce royaume que tu n’as pas su défendre comme un homme ! »

José CASTANO e-mail : joseph.castano0508@orange.fr

« L’Occident n’a pas encore compris que les Blancs, dans un monde devenu trop petit pour ses habitants, sont maintenant une minorité et que la prolifération des autres races condamne notre race, ma race, irrémédiablement à l’extinction dans le siècle à venir, si nous nous en tenons à nos actuels principes moraux » (Jean Raspail)

« Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire » (Albert Einstein)

- En août 2012, dans la mosquée d’Evry, le porte-parole du Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), Marwan Muhammad, déclarait : « Qui a le droit de dire que la France, dans trente ou quarante ans, ne sera pas un pays musulman ? Qui a le droit ? Personne, dans ce pays n’a le droit de nous enlever ça. Personne n’a le droit de nous nier cet espoir, là, de nous nier le droit d’espérer dans une société globale fidèle à l’Islam. Personne n’a le droit, dans ce pays, de définir pour nous ce qu’est l’identité française ». … à méditer.

Vous êtes arrivé jusqu'ici ?

Alors, il est temps pour vous de tirer la chasse d'eau ...

A bientôt.

Publié par Frédéric Maurin à 08:30am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #le pen , #rbm , #extrême-droite , #fascisation

15 Décembre 2013

Allez les Verts !

Veille de fêtes oblige, on pense bien sûr aux Pères Noël verts du Secours populaire, mais aussi aux bonnets de la même couleur.

Car ils considèrent que les transports en commun sont des biens de première nécessité, Les Bonnets Verts n'ont rien pour s'attirer les bonnes grâces des médias-aux-ordres et d'un gouvernement décidé à leur faire payer son Choc de compétitivité.
Pas de TVA à 10% pour les transports en commun

Monsieur Le Premier Ministre, Monsieur Le Ministre du Budget et Monsieur le Ministre des Transports.

Votre gouvernement a décidé de suspendre l'Écotaxe dont le secteur du transport routier devait s'acquitter. Ce dispositif fiscal semble être repoussé aux calendes grecques.

Le produit de cette taxe était censé alimenter "l'enveloppe" destinée notamment à la modernisation de l'infrastructure ferroviaire. Et ainsi, promouvoir un transport éco-responsable.

Dans le même temps, des millions d’usagers qui vont travailler ou étudier avec les transports en commun (bus, tramway, métro, train...) dits "propres" vont avoir à subir les conséquences de l’augmentation de la TVA dans le secteur de l’éco-mobilité. Le taux passant
de 7% à 10%.

Les opérateurs du secteur, comme la SNCF, ont fait savoir qu’ils répercuteraient la hausse de cette taxe sur les tarifs des billets et des abonnements.

Par ailleurs, cette TVA à 10% toucherait les revenus les plus modestes, les personnes les plus fragiles. Elle s'apparenterait à une injustice sociale flagrante.

Pour nous, une fiscalité juste est une fiscalité qui ne pénalise pas le contribuable soucieux de son environnement.

Les transports en commun sont des services publics de première nécessité. Nous vous demandons la suspension immédiate de cette mesure fi
scale.

Nous vous prions d'agréer, Monsieur Le Premier Ministre, Monsieur Le Ministre du Budget et Monsieur le Ministre des Transports, l'expression de notre très haute considération.

Les « Bonnets Verts »

Publié par Frédéric Maurin à 17:52pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #fiscalité , #secours populaire , #écologie , #médias aux ordres

15 Décembre 2013

Construisons Wikiluttes !

A la manière de l'Institut d'Histoire Sociale le journal FAKIR, qu'on ne présente plus ici, contribue à chaque numéro à un dictionnaire des conquêtes sociales.
C'est souvent, voire toujours, pertinent comme vous le constaterez ci-après.
Du bon travail pour qui veut contrecarrer la guerre idéologique

Rien de plus à ajouter ?

Si l'abonnement reste toujours aussi accessible.

Le droit de grève : un ébranlement général

Depuis la Révolution jusqu’au Second Empire, les grèves sont interdites, et n’en tournent que plus vite à l’émeute. Napoléon III, puis la IIIe République, vont lentement les légaliser. Une manière, aussi, de les canaliser.

On est à Rive-de-Gier (Rhône), le 5 avril 1844 :
« La cavalerie a formé un demi-cercle devant les charrettes, relate le procureur de Lyon, elle a repoussé à coups de sabre les ouvriers qui faisaient pleuvoir des pierres sur eux. L’agression est devenue plus vive, les armes ont été chargées. L’infanterie, criblée de pierres, a tiré plusieurs coups de fusil. »
Depuis la loi Le Chapelier en 1792, la grève est formellement interdite. Alors, tant qu’à être hors-la-loi, pourquoi l’être à moitié ? En cette aube industrielle, les prolétaires s’arment aussitôt de bâtons, de pioches, de pierres. Les grèves sont alors brusques, brèves, violentes : elles éclatent, comme un éclair de révolte, dans une nuit de résignation. Malgré les fusils, malgré l’arrestation des « meneurs », le mouvement ouvrier croît. Et huit ans plus tard, en 1852, le procureur de Lyon, toujours, lui rend presque hommage, à l’occasion d’une grève dans la peluche, à Tarare (Rhône) : les grévistes « s’entretenaient au moyen de secours envoyés par les caisses ouvrières de Lyon. On a ainsi une nouvelle preuve de l’esprit de solidarité et de l’effort d’organisation qui existe chez nos populations ouvrières malgré la différence des industries et sur la base unique d’une communauté d’intérêts de classe ».

L’Empereur social

L’Empereur Napoléon III en prend acte. Plutôt que de réprimer à tout-va, il cherche un appui dans la classe ouvrière. Ainsi, lors de l’exposition de Londres, en 1862 : 183 délégués élus pourront, pendant trois mois, visiter l’exposition et surtout, surtout, découvrir le mouvement anglais – bien en avance sur la France. Les rapports, établis au retour, constituent de véritables cahiers de doléances :

« Nous demandons :
1. L’abolition de la loi sur les coalitions,
2. L’abrogation de toutes les dispositions pénales qui ne reconnaissent pas à l’ouvrier les droits et les prérogatives des autres citoyens,
3. Le droit de réunion et de discussion en ce qui concerne les salaires et les autres conditions de notre travail,
4. L’association encouragée, aidée et subventionnée par l’État ».
Dès 1864, par la loi du 25 mai, adoptée sur un rapport d’Emile Ollivier, est reconnue « la liberté de coalition ». De son côté, le ministre de l’Intérieur, Paul Boudet, annonce la neutralité nécessaire de l’État : « La latitude la plus grande doit être laissée aux patrons comme aux ouvriers pour la défense de leurs intérêts, et l’administration ne doit intervenir que pour maintenir l’ordre, s’il était troublé. »

Cet état d’esprit, plus conciliant, a un effet stimulant, libérateur : dans le textile, dans les mines, dans les vieilles régions industrielles, des grèves éclatent rapidement. La Chambre de Commerce de Rouen s’inquiète :
« À son apparition, elle a donné un ébranlement général aux conditions centenaires qui réglaient les rapports des travailleurs ; des prétentions exagérées ou justifiées se manifestent de tous côtés ». D’autant que ces grèves tiennent plus longtemps : de quatre jours, au maximum, auparavant, leur durée moyenne est désormais de onze jours entre 1871 et 1890.

Nouvelle répression

Et pourtant, cette loi est bien imparfaite : plus qu’un véritable droit accordé, c’est avant tout un délit qui est supprimé, celui de « coalition ». Si la répression ne prend plus, plus toujours, le visage des soldats, ne passe plus par le procureur, ne conduit plus à la prison, elle prend d’autres formes. Le renvoi, par exemple. Pas seulement le renvoi de l’usine, mais aussi du logement – qui appartient bien souvent au patron. À Noeux-les-Mines, en 1877, la compagnie minière « a fait des démarches et même des menaces aux mineurs qui sont attachés au sol », et les enfants des grévistes sont exclus des écoles. Une verrerie lyonnaise demande, elle, à ses ouvriers « de remettre les clefs de l’appartement en se faisant régler ». Et surtout, on trie les fortes têtes à l’entrée : en 1872, l’ingénieur-conseil à la Société des mines de Carmaux recommande à ses supérieurs de « se préserver des indociles […] qui ne peuvent que désorganiser l’ordre et l’activité indispensables à la bonne marche et au rendement économique de l’exploitation ». Du coup, durant les années 1870, les militants eux-mêmes marquent, à l’égard de la grève, une certaine défiance. Un rapport de délégués syndicaux, en 1873, la considère comme « le progrès forcé du moment », qui met en place des « moyens violents, et par conséquents injustes » dont il convient « par une organisation préventive, d’en empêcher le retour ». La grève est trop coûteuse, déplore-t-il, pour les ouvriers et leurs organisations.

Canaliser les grèves

Remis de la Commune, de l’écrasement populaire de 1871, le mouvement syndical va connaître un nouveau souffle. En 1881, on dénombre déjà cinq cents chambres syndicales. Des congrès ouvriers se réunissent à Paris en 1876, à Lyon en 1878 et à Marseille en 1879. La République des Opportunistes va s’adapter à cette réalité. Le 21 mars 1884, les syndicats deviennent légaux. La loi stipule que les personnes « exerçant la même profession, des métiers similaires ou des professions connexes » pourraient, sans autorisation gouvernementale, se constituer en syndicats. Le but avoué ? Lutter contre les rouges. Canaliser les grèves. Pour le père de la loi, Waldeck-Rousseau : « Les syndicats ne font pas seulement les grèves, ils les régularisent, les disciplinent ». Son collègue Jules Ferry avait, à la Chambre des Députés, le 31 janvier 1884, exprimé cette idée encore plus clairement :
« Réprimer aveuglément les coalitions favorisait la prolifération des sectes socialistes. En autorisant les syndicats professionnels, ce gouvernement a mis en place une administration composée de l’élite des ouvriers prompte à l’arbitrage de la préfecture et capable d’isoler les agitateurs professionnels ! » Entre 1890 et 1902, 43 % des conflits se déroulent sous la conduite d’un syndicat, puis 84 % en 1903-1914. De nouvelles habitudes sont prises. On privilégie l’annonce préalable, les réunions. On discute et écrit les revendications, pour les soumettre à l’employeur. Et, en fonction de sa réponse, on prend la décision, ou non, de mise en grève. Voici les carriers du Dramont (Var) : lors de leur assemblée générale, le 17 août 1899, ils « proclament la grève et rédigent un épais dossier de doléances », tout en laissant une semaine de réflexion à la direction de la compagnie. Le 24 août, « après une réunion houleuse, un vote secret décide de la grève par 411 voix contre 122 et 200 abstentions ».

L’arme par excellence

Mais les « agitateurs » et les « sectes socialistes » vont parfaitement s’accommoder de cette légalité. Ils feront du 1er mai comme des répétions de révolution. Ils tenteront de pousser, et de passer de la grève à la grève générale. En 1909, le secrétaire de la CGT, Victor Griffuelhes, en décrit les vertus, sans réserve désormais : « La grève est l’arme par excellence puisqu’elle est un moyen, pour le salarié, de démontrer sa force, c’est-à-dire la valeur du travail sans lequel la société ne peut vivre, puisqu’elle est le moyen matériel d’atteindre le patron et puisqu’elle constitue la rupture par laquelle le prolétariat ose défendre ses droits et ses intérêts. La grève est donc pour nous nécessaire puisqu’elle frappe l’adversaire, stimule l’ouvrier, l’éduque, l’aguerrit, le rend fort par l’effort donné et soutenu, lui apprend la pratique de solidarité et le prépare à des mouvements généraux devant englober tout ou partie de la classe ouvrière ».

La négociation

Après la Première Guerre mondiale, suivent des grèves d’ampleur, quasi insurrectionnelles, inspirées de la révolution russe. Lourdement réprimées (voir encadré), elles échouent. Et durant l’entre-deux guerres, c’est la négociation qui prime. En 1927, le secrétaire CGT de la Fédération des cuirs et peaux, résume ce changement : « J’appartiens à une Fédération où on n’a pas peur des grèves, des conflits, mais quand par la puissance et par l’autorité des Fédérations, des syndicats et de la CGT, nous sommes capables de faire donner aux camarades le maximum de résultats, il est inutile de les jeter à l’aventure, car l’on sait toujours le jour où a éclaté la grève, on ne sait jamais le jour où elle se terminera ». Cette mue peut avoir une interprétation ambivalente, se lire dans deux sens contraires. Soit le mouvement ouvrier s’est renforcé, désormais assez puissant, au fil des ans, pour arracher des conquêtes à l’adversaire patronal par la seule peur, par de simples menaces, sans le besoin de les mettre en oeuvre. Soit les syndicats se sont institutionnalisés, ont perdu la révolte qui habitait leurs aînés et n’ont gagné qu’en timidité. Et les deux sont sans doute vrais, alors, simultanément vrais. Même la CGT-U, liée au Parti communiste, ne semble pas résister à ce modérantisme. En août-septembre 1923, les gaziers parisiens, exigeant des augmentations, cessent le travail. Un rapport de police se moque gentiment des syndicalistes révolutionnaires :

« Ils n’ont pas craint de fréquenter, aux premiers jours de leur mouvement, les antichambres de M. Maunoury [Ministre de l’Intérieur du gouvernement Poincaré], de M. Gellié [chef de cabinet], des conseillers municipaux de Paris et des dirigeants de la Société du Gaz, comme de vulgaires réformistes »

Réunions tripartites

Le Front populaire, avec trois millions de grévistes, va libérer ces colères et ces espoirs trop longtemps comprimés. Le secrétaire du Parti communiste, Maurice Thorez, alors avant tout soucieux de politique étrangère (voir Fakir n° 48) théorisera, quasiment, la modération : « Il faut savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas été acceptées, mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications. Tout n’est pas possible ». C’est alors, également, que le « dialogue social » entre dans les mœurs. Les premières réunions tripartites, état-patronat-syndicats, se déroulent en juin 1936. Et le 31 décembre, une loi sur « l’arbitrage obligatoire » implique les autorités dans la résolution des grèves. Entre le 1er janvier 1937 et le 30 mars 1938, 35 % des conflits collectifs sont réglés rapidement, via un surarbitre.

Régulation

Ce « dialogue social » est devenu la norme.« L’action syndicale [revêt] des formes diverses pouvant aller jusqu’à la grève ». C’est le premier article des statuts votés par la CGT, en décembre 1995. « Jusqu’à la grève » : voilà qui apparaît comme un maximum. Là où, un siècle plus tôt, le secrétaire de la CGT voyait dans la grève un point de départ, quasiment, qui « prépare à des mouvements généraux devant englober tout ou partie de la classe ouvrière ». C’est que l’après-guerre a vu la mise en place des États sociaux. Avec la Sécu, les comités d’entreprise, les commissions du Plan, etc., les pouvoirs syndicaux se sont renforcés. Les organisations de travailleurs ont participé aux institutions – devenant des institutions elles-mêmes. Hier révolutionnaires, les syndicats ont adopté une posture de régulation. « La vieille mythologie selon laquelle l’action syndicale c’est seulement la grève, cette mythologie a vécu », déclarait Edmond Maire, le secrétaire de la CFDT, au milieu des années 1980. La grève doit intervenir simplement « quand les syndicats ont épuisé leur rôle d’intermédiaires et de négociateurs ». Ce raisonnement marchait, lorsque, par la seule discussion, on arrachait au patronat des avantages. Mais que dire quand ce « rôle d’intermédiaires et de négociateurs » consiste, depuis trois décennies, à entériner des reculades ? L’ambivalence, alors, ne joue plus : l’appréhension à se lancer dans une grève trahit, dès lors, une faiblesse à nue.

Depuis 1864, la répression n’est plus la règle. Elle n’en devient pas pour autant l’exception, fluctuant selon les gouvernements.
Ainsi, le boucher de la Commune, Adolphe Thiers, ne lésine pas non plus avec les grévistes. En 1872, il adresse ses recommandations au Préfet du Nord, confronté aux mineurs :
« Un second régiment est prêt à partir... Soyez donc tranquille et agissez avec rigueur. Châtiez. Faites que tout cela finisse absolument. Dispersez les bandes par de la cavalerie appuyée d’infanterie. Faites saisir les mutins et livrez-les à la Justice »
Avec l’arrivée des républicains, le ton s’adoucit. Waldeck-Rousseau, le ministre de l’Intérieur de Jules Ferry, envoie le 27 février 1884 une circulaire aux préfets quant aux grèves :

« La gendarmerie est la seule force publique dont vous ayez à user habituellement pour assurer l’ordre et protéger la tranquillité ; c’est là sa mission, c’est là son rôle normal ; la troupe en a un autre, aussi n’y devez-vous recourir qu’à la dernière extrémité ».
Puis le ton change à nouveau. De 3 % en 1882, le taux d’intervention des troupes redevient supérieur à 10 % à partir de 1886 et atteint même 15 % en 1890. L’année suivante, en 1891, a lieu le massacre des mineurs de Fourmies, faisant neuf morts, et au moins trente-cinq blessés en quarante-cinq secondes. Paul Lafargue décrit ainsi le drame :
« Alors, les soldats, sans avoir été provoqués par la foule, sans avoir fait les trois sommations réglementaires, tirèrent. La boucherie aurait duré encore longtemps si le curé catholique Margerin, n’était pas sorti de la maison et n’avait pas crié : “Assez de victimes.” Neuf enfants étaient couchés sur la place, un homme de 30 ans, 2 jeunes gens de 20 ans, 2 enfants de 11 et 12 ans et quatre jeunes filles de 17 à 20 ans. »
Georges Clemenceau s’émeut alors à la tribune, rend hommage à « ces femmes et ces enfants dont le sang a pour si longtemps rougi le pavé ». Mais ce sera bientôt son tour, comme ministre de l’Intérieur, comme président du Conseil, de faire couler le sang. À la fin de la Première Guerre mondiale, les mouvements revendicatifs reprennent de plus belle, avec des grèves très dures, et une répression non moins impitoyable, la bourgeoisie étant hantée par le spectre bolchevik. Au printemps 1920, 20 000 cheminots sont révoqués. Le ministre de l’Intérieur, Steeg, se félicite à la Chambre des Députés :
« Le Gouvernement, comme c’était son droit et comme c’était son devoir, a assuré la liberté du travail, a imposé le respect de la loi (Très bien ! Très bien !) Il a sévi contre les excitations criminelles. Il a posé en principe que c’était un fait délictueux et non pas simplement politique que d’entreprendre contre la vie du pays une oeuvre concertée de bouleversements et de ruines. (Vifs applaudissements.) Nous avons pris des mesures exceptionnelles. On nous les reproche ! Mais ne croyez-vous pas que nous nous sommes trouvés en présence d’une situation exceptionnelle, en face de grèves exceptionnelles ? (Interruptions à l’extrême gauche). »
La grève des mineurs de 1948 demeure, jusqu’à aujourd’hui, le dernier cas d’une répression d’ampleur. 60 000 soldats et CRS furent envoyés dans les bassins miniers. Avec, à la clé, six morts, des milliers de blessés, 3 000 arrestations, 1 500 emprisonnés, 3 000 licenciements et une centaine de délégués syndicaux révoqués. L’un d’eux raconte :
« Ils sont venus à la maison, on a eu deux jours pour déguerpir, avec femme et enfants. Mon épouse était enceinte. C’était une répression sauvage, injuste. Le droit de grève était inscrit dans la Constitution. Les mineurs licenciés ont donc perdu leur travail, le logement qui allait avec, le chauffage. Et puis, quand on retrouvait un travail, quelqu’un des Houillères passait voir le patron et on était de nouveau licencié. Il y a pire, nous étions considérés comme de mauvais mineurs et ne pas être dignes des Houillères. À l’époque, dans les mines, c’était la honte ! »

Le travail nous a été bien mâché par Stéphane Sirot et son Histoire sociale de la Grève en France, Éditions Odile Jacob, 2002.
Toutefois, comme on avait pas grand chose à faire sur les plages picardes cet été, on a complété avec : Les ouvriers en grève, Michelle Perrot, éditions Mouton, 1974
Avec les ouvriers de Mazamet 1909-1914, Rémy Cazals, François Maspero, 1978
La grève ouvrière, Guy Caire, Éditions ouvrières, 1978
Clemenceau, briseur de grèves, Jacques Julliard, collection Archives, 1965
La Nation et les Grèves, Alexandre Millerand, Bureaux de l’action natio
nale, 1920

Publié par Frédéric Maurin à 17:19pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grève , #cgt , #gauche , #fakir , #ciag

13 Décembre 2013

Joyeuses fêtes

Mais, comme une grève, cela se prépare.
Aussi, sans prétendre être exhaustif, quelques suggestions d'usage, pas lues sur les médias aux ordres, pour des fêtes de fin d'années réussies.

Pour le volet optimisation fiscale, il n'est pas trop tard pour adresser vos dons à la presse Libre. On en aura encore besoin en 2014 et c'est déductible des impôts.

Plutôt branché audio-visuel ? Du beau cinéma d'utilité publique vous est proposé en lien.

Pour éviter quelques containers Made in Chine ou Bangladesh de plus, le site Madine France est pour vous

(si 5 ans de rupture tranquille sarkozyste et 18 mois de changement hollandais vous en ont laissé les moyens).
Enfin, pour la Saint Sylvestre, un rappel important :
certains répondent aux sollicitations commerciales de restaurateurs hors de prix.
Bon, le pire n'est jamais sûr.
Mais une telle démarche comporte plusieurs risques, dont ceux de passer une soirée sur des musiques douteuses et ou de financer indirectement, à son corps défendant, des Bonnets rouges ou l'UMPEN.

Or, il y a toujours un Plan B.

J'en cite un, au hasard :

La Section de Grenoble-Meylan du PCF organise un Réveillon de fin d'année à la Fédération. Nous envisageons le menu suivant:

- apéritif convivial
- huitres et foie gras
- poulet 5 épices
- gratin dauphinois ou riz créole fuité ou clous de girofle
- plateau de fromage
- bûche glacée
- café
- 1 verre de vin rouge
- 1 verre de vin Blanc

Tarifs proposés:
- de base: 30 euros (chèque à l'ordre de PCF)
- réduit ( enfant, étudiant, sans emploi) 15 euros (chèque à l'ordre de PCF)
- de soutien 5O euros chèque à l'ordre d'ADF PCF)

En sus du menu d'autres vins et champagne vous serons proposés.

Afin de nous permettre de faire les commandes en conséquence nous invitons les camarades désireux d'y participer à se faire connaître très rapidement par mail sur les adresses suivantes:
pcf grenoble: pcf.grenoble@wanadoo.fr
Pechalat : christian.pechalat@numericable. fr

Date limite d'inscription : 23 décembre

Forts de ces conseils,

RT vous souhaite de joyeuses de fin d'années !

Publié par Frédéric Maurin à 09:17am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #presse libre , #pierre carles , #fiscalité , #pcf

12 Décembre 2013

Décroissance, quand tu nous tiens !

Marre du "Travailler plus pour gagner plus" sauce Sarkhollande?

De l'augmentation des salaires qui ne vient pas ?

Assez du capitalisme vert et du développement durable servi à toutes les sauces marchandes ?

Alors La Décroissance est pour vous.

Car La Décroissance ne croit pas "qu'il faille choisir entre la question écologique et la question sociale, qui sont pour nous intimement liées. La décroissance vise à rendre aux générations futures une planète sur laquelle non seulement il sera encore possible de vivre mais où il fera bon vivre. La décroissance ne propose pas de vivre «moins» mais «mieux», avec «moins de biens et plus de liens». La décroissance repose sur une autre conception de la société que toutes celles que proposent les autres partis politiques. Elle se fonde sur un autre rapport à l'espace et au temps mais qui n'est qu'une façon de renouer avec une longue histoire de combat contre dominations et aliénations. Nous sommes convaincus que l'émancipation sera l'oeuvre des humains eux-mêmes et au premier chef des plus faibles."

"Le journal soutiendra toute initiative de simplicité volontaire mais travaillera aussi à l'articulation de ces initiatives individuelles ou communautaires à la construction d'un projet politique capable de faire rêver. Le journal sera une tribune des débats qui divisent et diviseront toujours ce mouvement. "

(extrait de la charte du Journal La Décroissance)

La Décroissance ouvre des débats (et des pratiques, ce n'est pas si courant) salutaires visant à dépasser du même pas crise économique et crise écologique.

Des analyses critiques des technologies au service du profit sont également bienvenues.

Toutefois

Sur les 10 points du programme des « décroissants », plusieurs peuvent être partagés avec le M’PEP. Mais d’un point de vue général, le M’PEP diverge très fortement avec les analyses et les propositions de « décroissance ».

Publié par Frédéric Maurin à 18:26pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #écologie , #les verts , #Le Postillon , #m'pep , #capitalisme , #crise , #front de gauche , #gauche , #hollande , #presse libre