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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

31 Mai 2014

Si le Front National n'existait pas...

Si le Front National n'existait pas...

...il faudrait l'inventer (voir point n°5), comme assurance-vie électorale du statu quo.

Après celle de Jacques Sapir, où la question de l'abstention citoyenne était hors champ, voici l'analyse de l'élection européenne par le M'PEP, où l'on va apprendre beaucoup de choses.

1.- L’élection européenne est traditionnellement une élection-défouloir, le millésime 2014 n’a pas dérogé à la règle

2.- Malgré une légère baisse de l’abstention, celle-ci reste le premier « parti » de France

3.- Le Front national ne réalise aucune percée par rapport aux élections de 2012, mais il arrive en tête car il profite de la diminution de l’abstention et de la démobilisation des autres électorats

4.- Les partis qui se réclament de la gauche, en France, sont en voie d’extinction

5.- Aurions-nous assisté à une répétition générale de la prochaine élection présidentielle où le FN doit jouer un rôle majeur ?

6.- Le rassemblement des classes populaires et des classes moyennes dans un nouveau Conseil national de la Résistance pour la libération nationale et sociale : une perspective politique enthousiasmante

Texte complet

Les résultats de l’élection européenne n’ont provoqué aucune « inquiétude » particulière pour les marchés financiers. Nul besoin de les « rassurer » n’est apparu nécessaire. La Bourse, en effet, selon le quotidien de l’économie Les Echos du 26 mai, était même « optimiste » puisque le CAC 40 gagnait 0,75%, nouveau sommet depuis septembre 2008. Même chose en Allemagne où le DAX s’offrait un nouveau record historique. La Bourse de Milan montait de 3,61%, celle de Madrid de 1,22%... Quant à l’euro, il montait par rapport au dollar. Il existe encore des citoyens qui croient à tort que le « Parlement » européen dispose de vrais pouvoirs ; force est de constater que ce n’est pas le cas et que les marchés financiers tiennent bien les manettes. L’Union européenne est leur créature. La Banque centrale européenne (BCE) est leur instrument et le débouché professionnel naturel pour la carrière des meilleurs d’entre eux. La Commission européenne est leur agence, un relais efficace pour faire passer leurs exigences. L’euro, pour sa part, est la monnaie des marchés financiers, sans laquelle leur domination serait largement entravée. Le « Parlement » européen, dans ce montage institutionnel destiné à garantir que la seule politique possible soit celle favorable aux classes possédantes, est une sorte de hochet que l’on agite pour endormir les consciences. Il a été conçu dans ce but, simplement pour simuler la démocratie.

Pour la première fois depuis la création de l’élection européenne, ce sont les enjeux européens qui ont déterminé majoritairement les comportements électoraux, qu’ils s’expriment dans un vote ou dans l’abstention. Ainsi 55% des personnes qui ont voté déclarent avoir choisi leur liste en fonction des enjeux européens, et 45% pour des enjeux nationaux (étude Ifop, voir plus loin). Les enjeux européens, jusqu’à présent, ne représentaient qu’environ un tiers des choix électoraux. Le rejet de l’Union européenne prend donc un caractère beaucoup plus net et beaucoup plus politique que lors des précédents scrutins.

Les résultats de l’élection européenne du 25 mai en France peuvent donner lieu aux premières analyses suivantes :

1.- L’élection européenne est traditionnellement une élection-défouloir, le millésime 2014 n’a pas dérogé à la règle

Comme l’élection européenne ne sert à rien, et que beaucoup d’électeurs l’ont parfaitement compris, ils l’utilisent comme un instrument pour sanctionner, avertir, envoyer des messages… Sans frais bien entendu, car quel que soit le résultat rien ne changera dans les politiques menées par l’Union européenne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’y a jamais de débat sur le moindre projet européen au moment de… l’élection européenne ! A quoi bon débattre des projets que porteront les députés européens dans un « Parlement » européen d’opérette ?

  • En 1984, le FN fait sa première percée avec 2,2 millions de voix et 10,95% des suffrages exprimés. Il faut dire que François Mitterrand et le Parti socialiste ont tout fait pour gonfler le score du FN. Après avoir opéré le « tournant de la rigueur » en 1982-1983, c’est-à-dire aligner la politique de la France sur la révolution néolibérale en cours depuis quelques années aux Etats-Unis (Ronald Reagan) et en Grande-Bretagne (Margareth Thatcher), les socialistes cherchent par tous les moyens à conserver le pouvoir. Ils pensent que le meilleur moyen n’est pas de résoudre les problèmes des Français, principalement le chômage, mais de diviser la droite. Pour y parvenir, ils décident de miser sur Jean-Marie Le Pen qui accepte cette mission avec zèle et enthousiasme. Ils lui ouvrent largement les portes des médias audio-visuels qu’ils contrôlent, et ils changent le mode d’élection des députés en instaurant la proportionnelle. Ainsi les socialistes font entrer le FN à l’Assemblée nationale pour des raisons politiciennes.
  • En 1989, ce sont les écologistes qui font la Une. Antoine Waechter fait monter Les Verts à 1,9 million de voix et 10,59% des suffrages exprimés. C’est la première fois que les Verts font un tel score.
  • En 1994, deux listes font l’évènement. La première est celle de Philippe de Villiers, dissident de l’UDF, marqué très à droite. Il fait 2,4 millions de voix et 12,34% des suffrages exprimés alors que la liste d’union RPR-UDF fait 25,58% des suffrages exprimés. La seconde liste est celle de Bernard Tapie qui venait d’acheter le Parti radical de gauche. Le candidat du PS était Michel Rocard. Ce dernier est détesté par Mitterrand et l’appareil du PS. Ils vont donc militer pour la liste de Bernard Tapie. Résultat : Rocard, candidat du PS, ne fait que 2,8 millions de voix et 14,49% des suffrages exprimés, alors que Bernard Tapie fait 2,3 millions de voix et 12,03% des suffrages exprimés.
  • En 1999, la nouveauté est le score réalisé par le tandem des dissidents du RPR et de l’UDF (Charles Pasqua – Philippe de Villiers), qui réalise 2,3 millions de voix et 13,06% des suffrages exprimés, devançant l’alliance RPR-UDF qui ne réalise que 2,2 millions de voix et 12,82% des suffrages exprimés.
  • En 2004, la surprise vient du PS qui recueille 4,9 millions de voix et 28,90% des suffrages exprimés.
  • En 2009, Les Verts réalisent un très bon score avec 2,8 millions de voix et 16,28% des suffrages exprimés.

En 2014, cette loi du « défouloir » a joué à plein puisque le FN arrive en tête de toutes les listes avec 24,85% des suffrages exprimés. Ce résultat, comme ceux des millésimes précédents, doit être pris avec un certain recul, en s’immunisant du mieux possible de la pression médiatique. L’expérience montre en effet que les partis qui obtiennent de gros scores aux européennes peuvent s’effondrer rapidement ensuite à l’occasion d’élections « normales ». Et inversement, des partis qui réalisent de très mauvais scores aux élections européennes peuvent rebondir assez vite peu après. Ainsi, en 1994, le PS ne fait que 14,49% des suffrages exprimés, mais cela ne l’empêche pas de gagner les élections législatives en 1997 qui déboucheront sur la nomination de Lionel Jospin (PS) comme Premier ministre de cohabitation de Jacques Chirac. De même, en 1999, le RPR et l’UDF, qui faisaient listes communes, ne font que 12,82% des suffrages exprimés. Ce score médiocre ne sera pas un obstacle à la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République en 2002. Il est vrai qu’il était opposé à Jean-Marie Le Pen au second tour. Rien n’était donc plus facile, car la diabolisation du FN ne sert qu’à cela : assurer la victoire des candidats UMP et PS aux élections à deux tours (présidentielle et législatives). C’est pourquoi les frères siamois de la politique – droite et PS – s’arrachent la famille Le Pen, ils veulent tous les trouver en face d’eux au second tour des élections. Si ce calcul a fonctionné jusqu’à présent avec les « fronts républicains » organisés lors des deuxièmes tours, il est en passe d’être remis en cause. PS et UMP jouent désormais avec le feu.

S’il fallait encore se convaincre du caractère particulier de l’élection européenne, il suffirait de regarder le moment du choix des électeurs. C’est une élection-loterie, puisque 52% des électeurs ont choisi pour qui ils allaient voter un mois seulement avant le vote ; 40% la semaine du vote ; 22% le week-end du vote…

2.- Malgré une légère baisse de l’abstention, celle-ci reste le premier « parti » de France

Le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP), dans le cadre de son soutien au Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE), avec le Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), les Clubs « Penser la France » (CPF), les Rouges Vifs Île-de-France, mais aussi le Parti ouvrier indépendant (POI) et le Mouvement républicain et citoyen (MRC), avait appelé au « boycott » de cette élection. La raison principale reposait sur le fait que le système complet de l’Union européenne, avec la Commission, la BCE, la Cour de justice, le Conseil, le « Parlement » et les traités est tout entier conçu pour détruire la souveraineté des peuples membres de l’Union européenne, c’est-à-dire désintégrer la démocratie dans chaque nation. C’est le moyen, pour les oligarques européens, de garantir que seules des politiques favorables aux intérêts des possédants pourront être menées. Il n’existe ainsi aucun moyen d’améliorer de l’intérieur ce système d’aliénation et de domination des peuples. Le « Parlement » européen, dans cet ensemble, n’est qu’un misérable théâtre d’ombres ne servant qu’à simuler un acte démocratique. Participer à cette mascarade électorale ne pouvait servir qu’à cautionner un tel système.

L’enjeu de l’élection européenne, en France comme dans les autres pays membres de l’Union européenne, était donc le niveau de l’abstention. Ce critère, en effet, est celui qui mesure le mieux le rejet du système de l’Union européenne puisque les électeurs font la grève du vote. Ils refusent ainsi d’être complices de l’étouffement de leur souveraineté car chaque voix offerte à quelque liste que ce soit, est une voix en faveur du système. Le niveau de l’abstention, son analyse, font l’objet d’un déni dans les grands médias.

Le résultat de l’élection, en France, ne peut pas être considéré comme un succès puisque l’abstention, au lieu d’augmenter pour accroître la délégitimation du système européen, a légèrement reculé. Mais ce n’est pas un échec non plus, car l’abstention, davantage qu’aucune autre élection européenne jusqu’à présent, a été politisée et les véritables enjeux mis sur la table.

L’abstention reste globalement stable et ultra-majoritaire dans notre pays. A l’élection européenne de 2009, on avait compté 26.290.662 abstentionnistes sur un total de 44.282.823 inscrits, soit 59,37% des inscrits. A l’élection européenne de 2014, ce sont 26.802.113 citoyens qui se sont abstenus sur un total de 46.555.253 inscrits, soit 57,57% des inscrits. L’abstention diminue de 1,80%, soit 511.451 personnes supplémentaires qui se sont pas rendues aux urnes compte tenu de l’augmentation du corps électoral entre 2009 et 2014.

Cette légère diminution du taux d’abstention s’explique par le matraquage tous azimuts qui s’est abattu sur les électeurs pour les inciter à aller voter. On se serait cru revenus au référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, où les conséquences du vote « non » étaient présentées par les puissants comme pire que les sept plaies d’Égypte. Les menaces, le chantage, les insultes ont fusé, accusant les partisans du boycott, par exemple, au mépris des faits, de favoriser le Front national.

Une campagne acharnée a été menée par la Commission européenne et le « Parlement » européen pour inciter les électeurs à aller voter. Des millions d’euros ont été dépensés en brochures de propagande valorisant les prétendus superpouvoirs du « Parlement » européen obtenus « grâce » au traité de Lisbonne. Les frais de déplacements, d’hébergements, de libations et de réservations de salles pour des conférenciers qui n’étaient que des agents électoraux des oligarques européens ont fait couler l’argent à flot. Des enfants ont été enrôlés dès l’école primaire, des collégiens, lycéens, étudiants pour aller porter la bonne parole.

Les grands médias audiovisuels ont rejoué leur numéro désormais bien rodé depuis le référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005. Nous avons assisté au même déchaînement de bêtise, d’incompétence et de mauvaise foi. Alors que l’abstention avait regroupé 6 Français sur 10 en 2009 et que les sondages donnaient à peu près les mêmes prévisions pour 2014, aucun temps de parole officiel n’a été donné à des partis ou personnalités préconisant l’abstention. Le CNR-RUE, qui se voulait la voix politique des abstentionnistes, a été pratiquement banni des grands médias audiovisuels. Seule France 3 a fait un reportage de 3 minutes. Le jour même du scrutin, les médias audiovisuels ont créé une énorme tension sur le taux de participation, en incitant ouvertement les électeurs, parfois avec un ton dramatique, à se rendre aux urnes alors que la campagne électorale était close.

De l’extrême droite à l’extrême gauche, tous les partis qui présentaient des listes se sont retrouvés d’accord pour exercer un chantage moral sur les électeurs. Si les électeurs s’abstenaient, ils favoriseraient le vote Front national. De son côté, le Front national s’est mis lui aussi de la partie en expliquant que le plus grand risque qu’il courait était l’abstention.

L’opération dérisoire qui a consisté à comptabiliser à part le vote blanc ne visait qu’à rabattre vers les urnes des électeurs qui auraient pu être tentés par le boycott. Car voter blanc ou nul c’est toujours voter, et c’est ce que voulaient les oligarques européens. Cette opération a échoué, car le pourcentage de blancs et nuls a diminué entre 2009 et 2014. En 2009, les blancs et nuls n’étaient pas comptabilisés séparément et donnaient 773.547 suffrages (4,30% des exprimés). En 2014, la comptabilisation à part des bulletins blancs donne 548.554 suffrages (2,78% des exprimés), auxquels ajouter 248.950 nuls (1,26% des exprimés). Le total des blancs et nuls en 2014 est donc de 797.504 (soit seulement 23.957 suffrages de plus qu’en 2009 !), représentant 4,04% des exprimés, soit un recul de 0,26% sur 2009.

Malgré ces tirs croisés venant de tous bords, l’électorat a étonnement bien résisté. Le progrès de la participation reste très limité, le refus de s’acoquiner à cette farce électorale a rassemblé une nette majorité de citoyens.

L’abstention massive n’est pas apparue comme un geste a-politique, contrairement au message répété ad nauseam par la bien-pensance. C’est un authentique acte politique de grande portée, une véritable expression politique. Les principales raisons de l’abstention le confirment, si l’on en croit une étude de l’Ifop (Sondage jour du vote : profil des électeurs et clefs du scrutin européen, 25 mai 2014). Un échantillon d’abstentionnistes a été interrogé à partir de la question suivante : « Quelle est la principale raison pour laquelle vous avez décidé de ne pas voter à ces élections européennes ? ». Les réponses confirment toutes le caractère politique quasi-unanime de leur choix. Elles sont les suivantes :

  • Ces élections ne m’intéressent pas : 23%. C’est peut-être là le point faible de cette étude qui aurait dû préciser en quoi et pourquoi ces élections n’avaient pas intéressé ces abstentionnistes. Cette insuffisance ne remet cependant pas en cause l’ensemble de l’analyse.
  • Pour manifester mon mécontentement à l’égard des partis politiques : 16%.
  • Pour manifester mon mécontentement à l’égard de l’Union européenne : 15%.
  • Parce que mon vote n’aura pas d’impact sur la situation en France : 10%.
  • Parce que je ne vois pas de différence entre les projets des différents partis : 6%.
  • Parce que l’Union européenne ne m’intéresse pas : 8%.
  • Parce que je ne vote jamais : 4%.
  • Pour une autre raison : 18%. Là aussi on aurait souhaité davantage de précisions.

Contrairement à une idée reçue, le nombre de personnes qui déclarent ne jamais voter est extrêmement faible. Ce sondage confirme toutes les études réalisées jusqu’à ce jour : l’abstention est un phénomène intermittent. Le « stock » de personnes ne votant jamais, quelle que soit l’élection, reste très faible dans la société française. Certes, les abstentionnistes ne forment pas un « parti » au sens habituel du terme. Ils n’en ont ni les formes d’organisation, ni la cohérence idéologique. Il n’en reste pas moins que l’abstention fait apparaître clairement un élément unificateur : la délégitimation croissante du gouvernement, de l’Union européenne et des partis politiques.

En fait, l’élection européenne ne sert pas à rien. Le vote, en simulant un acte démocratique, contribue à répandre le rideau de fumée servant à masquer la véritable nature de l’Union européenne. Voter, dans ce cadre, était un acte particulièrement incivique, affaiblissant le principe même du suffrage universel.

3.- Le Front national ne réalise aucune percée par rapport aux élections de 2012, mais il arrive en tête car il profite de la diminution de l’abstention et de la démobilisation des autres électorats

Pour comprendre pourquoi le FN ne réalise pas la « percée » que les grands médias veulent faire ingurgiter, il faut raisonner en nombre de voix et en pourcentage sur les inscrits, et pas seulement sur les suffrages exprimés. Il faut également comparer avec l’élection européenne de 2009 mais aussi avec les présidentielles et les législatives de 2012. La situation est alors parfaitement claire. Le FN fait davantage de voix qu’aux européennes de 2009 et qu’aux législatives de 2012, mais il en fait moins qu’à la présidentielle de 2012. Si l’on peut parler de « percée » du FN, c’est seulement en comparaison avec l’élection européenne de 2009 où le FN ne faisait que 1.091.691 voix, soit 2,47% des inscrits. Avec 4.711.339 voix, soit 10,12% des inscrits en 2014, le FN quadruple son score. C’est spectaculaire. Le FN progresse aussi par rapport aux législatives de 2012 où il avait réuni 3.528.663 voix, soit 7,67% des inscrits. En revanche, le FN perd 1,7 million de voix et 3,83% sur la présidentielle où Marine Le Pen avait réalisé son score historique avec 6.421.426 voix, soit 13,95% des inscrits.

Les 4,7 millions de voix obtenues par le FN à l’élection européenne de 2014 doivent être mises en relation avec les 26,8 millions d’abstentionnistes. Le rapprochement de ces deux résultats montre que plus l’abstention augmente, plus le poids relatif du FN diminue. On voit aussi très clairement que malgré la légère remontée de la participation électorale, le FN ne parvient pas à capter les abstentionnistes. La campagne pour le boycott de l’élection européenne a certainement joué un rôle et a limité le vote de nombreux abstentionnistes en faveur du FN. Ces millions d’abstentionnistes représentent une réserve immense de forces prêtes à s’engager pour la libération nationale et sociale pour peu qu’une perspective crédible et un cadre organisationnel adapté leur soit proposé. Ces chiffres relativisent fortement la « percée » du FN et son poids réel dans la société, sans pour autant mésestimer le fait que le FN arrive en tête dans 70 départements. Il ne faut donc pas prendre le résultat du FN comme la fin du monde mais se donner les moyens de le contrer sur le plan idéologique et politique.

Le FN a bénéficié de la légère diminution de l’abstention. Les résultats montrent généralement que là où la participation au scrutin augmente (lorsque l’abstention diminue), le Front national progresse. Et quand l’abstention augmente, le FN régresse. Dans les Alpes-Maritimes, l’abstention régresse de 5,34%, le FN progresse de 9,91%. A Saint-Dizier (52) l’abstention baisse de 1.228 voix, le taux d’abstention diminue de 71,33% en 2009 à 67,38% en 2014 : le FN augmente son score de 1.305 voix, c’est-à-dire à peu près le niveau de l’abstention. En Seine-Saint-Denis l’abstention est de 68,78%, le FN fait moins que sa moyenne nationale avec 20,66%. A Montreuil (93) l’abstention est de 63,77%, le FN fait moins que sa moyenne nationale avec 11,65%.

Les transferts de voix en faveur du FN par rapport à la présidentielle de 2012 viennent d’abord de l’électorat de Nicolas Sarkozy dont 14% a voté pour des listes du FN. Cela fait quand même 900.000 électeurs sur les 4,7 obtenus par le FN en 2014. Les électeurs qui avaient voté pour Jean-Luc Mélenchon viennent ensuite, puisque 7% d’entre eux ont voté pour une liste FN en 2014, soit 280.000 électeurs. On trouve ensuite à égalité 6% des électeurs de François Hollande, Eva Joly et François Bayrou. Cela donne respectivement 616.000 voix, 50.000 voix et 200.000 voix.

Ce sont 29% des 18-24 ans et 20% des 25-34 ans qui se sont exprimés qui ont voté pour des listes FN, ainsi que 36% des employés et 46% des ouvriers. Ce sont des records absolus.

Le contexte dans lequel s’est déroulée l’élection européenne a joué en faveur du FN. Ce dernier, quelques semaines auparavant, venait de remporter un succès certain lors des élections municipales. Le Parti socialiste et le chef de l’Etat étaient gravement délégitimés du fait de la poursuite et de l’aggravation d’une politique d’austérité qui détruit tout. La droite de l’UMP, engluée dans des affaires qui n’en finissent pas, incapable de se distinguer de la politique menée par François Hollande, ne représente aucune alternative crédible. Quant à l’échelon de l’Union européenne, il demeure le lieu où se concoctaient les politiques d’austérité et de destruction de la souveraineté des peuples. Dans ce contexte, le seul parti visible médiatiquement – et pour cause ! – donnant l’impression de combattre l’Union européenne et le gouvernement, était le Front national.

Le FN est parvenu à résoudre une équation improbable : faire voter pour lui afin d’entrer au « Parlement » européen, alors qu’il prétend vouloir « sortir de l’Europe ». Le Monde du 21 mai 2014 présente bien le problème : « l’ennemi principal du Front national reste bel et bien l’abstention. Contrairement à une affirmation devenue lieu commun, l’abstention ne profite pas au FN ». C’est ce que Marine Le Pen dit au rassemblement parisien du 1er Mai aux pieds de la statue de Jeanne d’Arc : « ne nous décevez pas et allez voter. Ne commettez pas la funeste erreur de l’abstention ». Louis Alliot, vice-président du FN, insiste : « l’abstention a été notre principale difficulté jusqu’à présent […] Il va falloir convaincre les classes populaires qui considèrent que le ‘‘machin européen’’ ne sert à rien de voter pour nous ». Pour Nicolas Bay, secrétaire général adjoint du FN « la forte abstention nous est défavorable, car elle touche les catégories populaires qui constituent une forte part de notre électorat ». Plusieurs chercheurs en sciences politiques confirment cette réalité. Sylvain Crépon (Université de Nanterre, Observatoire des radicalités politiques) précise que « les cadres du FN redoutent une abstention forte […] Le scrutin européen ne mobilise pas autant que les autres et ils ont des craintes pour leur électorat. Sociologiquement, il est proche des abstentionnistes : peu diplômé, appartenant aux classes populaires. C’est un électorat qui peut se déplacer pour voter FN mais qui se désintéresse de l’Europe. Et le FN craint qu’il ne se déplace pas. » Pour Nonna Mayer (Centre d’études européennes de Science-Po) : « il y a très peu de gens qui s’abstiennent tout le temps. L’abstention est intermittente » (Le Monde, 11 et 12 mai 2014).

La bataille du boycott était un puissant facteur d’amenuisement du vote FN, à condition que ses partisans puissent se faire entendre. Leur interdire tout accès aux médias a été un formidable cadeau fait au FN.

Le score du Front national repose également, dans de grandes proportions, sur la démobilisation des autres électorats. L’étude de l’Ifop montre que 42% de l’électorat d’Eva Joly à la présidentielle de 2012 ne s’est pas reporté sur les listes EELV et s’est abstenu à l’élection européenne de 2014. Même phénomène pour 43% de l’électorat de François Bayrou. Même chose encore pour l’électorat de Nicolas Sarkozy (44%) et celui de François Hollande (58%). Mais le record est détenu par l’électorat de Jean-Luc Mélenchon qui, à 66%, s’est abstenu aux européennes de 2014. C’est considérable. C’est le record absolu qui montre un problème particulier au Front de gauche.

La diabolisation du FN par les autres partis politiques, et principalement par ceux de gauche et d’extrême gauche, est de plus en plus improductive, elle alimente le vote FN. La diabolisation consiste à transformer le débat politique en combat moral du Bien contre le Mal. Le Mal étant même le Mal absolu dont il faut se débarrasser, aucune place n’est laissée au combat d’idées. C’est ce que fait le FN lui-même vis-à-vis de ses ennemis : les immigrés coupables de prendre le travail des Français et de dissoudre la Nation. Cette double diabolisation des uns envers les autres ne peut que conforter ceux qui se sentent abandonnés par le système et qui trouvent dans la diabolisation du FN la confirmation de la justification de leur rejet du système. Il n’y a alors qu’un pas à franchir pour rejoindre le FN.

La rhétorique antifasciste constitue un des éléments de la diabolisation du FN. Elle tourne pourtant à vide et contribue au succès de ce dernier. Il n’y a pas de menace fasciste en France comme dans la plupart des pays d’Europe. Toute cette rhétorique creuse ne fait que contribuer à placer le FN au centre de la vie politique française et à nourrir les stratégies du PS et de l’UMP. Le FN n’est pas un parti fasciste, même si une partie de ses dirigeants et de ses militants sont des fascistes. L’électorat du FN ne se construit absolument pas sur des bases fascistes mais, avec de nombreuses contradictions, sur des éléments inverses. On y trouve des revendications clairement racistes et xénophobes, une tentation autoritaire, qui cohabitent avec des exigences sociales reprises à la gauche et aux syndicats sur l’emploi, les salaires. Ce que veut une immense partie de cet électorat est d’abord la fin de l’austérité et le retour de la souveraineté nationale. La reconstruction du cadre républicain apparaît comme une demande de cet électorat, c’est-à-dire le contraire des fondements de la montée du fascisme en France en 1934. Les dirigeants du FN font tout ce qu’ils peuvent pour cacher la part fasciste qui est en eux. Aux portes du pourvoir ils ont besoin de rassembler largement et de surtout éviter de donner une image d’extrême droite. D’ailleurs les classes possédantes ne s’y trompent pas et ne soutiennent pas le FN. Dans l’Allemagne des années 20 et 30, au contraire, les classes possédantes (les capitalistes) ont activement soutenu Hitler, notamment sur le plan financier. Rien de tel aujourd’hui avec le FN. Avant-guerre, les classes possédantes avaient besoin de combattre le communisme. Les mouvements fascistes étaient l’instrument idéal pour y parvenir. La menace communiste n’existe plus aujourd’hui, les classes possédantes disposent d’un autre instrument redoutablement efficace pour aliéner les peuples : l’Union européenne. Elles ne veulent pas que ce système, qu’elles ont eu tant de mal à mettre sur pied, soit ébranlé. Elles ont besoin de l’euro et ne peuvent pas suivre les digressions du FN sur ce thème. C’est ce qui rend le FN le plus dangereux pour elles.

Le 21 avril 2002, le candidat socialiste Lionel Jospin avait été éliminé du second tour de l’élection présidentielle. Pour la première fois le candidat du FN était qualifié, provoquant, déjà, ce que tout le monde appelait un « séisme » politique. Depuis rien n’a été fait, ni par le PS, ni par l’UMP, ni par le Front de gauche pour analyser cette situation et trouver les bonnes réponses.

Beaucoup continuent à se demander, en tournant en rond, « pourquoi le FN apparaît comme la force antisystème » alors que la « gauche de gauche » n’y parvient pas ? Ou encore « pourquoi la colère sociale choisit-elle le FN plutôt que de se répartir entre les gauches ? » La réponse est simple. Seules des forces se réclamant de la gauche peuvent, doivent tenir ce discours. Les partis de la gauche actuelle ne le font pas, ils sont en train d’être balayés et portent une lourde responsabilité dans le choix désespéré d’une fraction significative du peuple pour le FN. Le FN tient en partie le discours que les partis qui se qualifient de « gauche » devraient tenir sur l’Union européenne, l’euro, le protectionnisme, la nation, la protection des citoyens contre la mondialisation, le rôle de l’Etat... Mais la haine de la France et de la nation professée par de larges fractions de la gauche lui interdit de mener un combat efficace contre la duplicité du FN pour qui la nation française n’est que celle du Blanc contre le Noir ou l’Arabe, du Français contre l’Espagnol, l’Italien ou le Grec. Pour le FN, la France, comme nation, n’est pas l’espace principal de la lutte des classes. Ce n’est pas non plus, pour lui, la France des Lumières, de la Commune de Paris, du Front populaire, de la Résistance, des grèves ouvrières et des luttes étudiantes de mai-juin 1968. Seules des forces se réclamant de la gauche peuvent parler de cette France-là. La gauche actuelle ne le fait pas, elle est en train d’être balayée.

4.- Les partis qui se réclament de la gauche, en France, sont en voie d’extinction

Si l’élection européenne de 2014 a confirmé le profond manque de légitimité du « Parlement » européen, le même phénomène frappe la plupart des partis qui ont présenté des listes à ces élections. C’est le cas, particulièrement, de ceux qui se réclament de la gauche, du PS à l’extrême gauche. La notion même de gauche ne semble plus avoir qu’une signification résiduelle et romantique. Elle n’est plus incarnée et semble avoir perdu son sens. François Hollande et le Parti socialiste lui ont donné le coup de grâce. Quant au Front qui se qualifie de « gauche », il est dans une telle impasse stratégique qu’il se trouve au bord de l’agonie, tandis que l’extrême gauche se voit réduite à néant.

Le Parti socialiste est le grand perdant de ces élections européennes. Pourtant il ne perd pas beaucoup sur les européennes de 2009 où il réalisait 2,8 millions de voix (6,41% des suffrages sur les inscrits), alors qu’il obtient 2,6 millions de voix (5,7% des suffrages sur les inscrits) en 2014. Ce n’est pas une perte de 200.000 voix qui peut être considérée comme un effondrement. La véritable descente aux enfers que le PS s’est infligé à lui-même par la politique menée par le gouvernement se mesure en comparant ses résultats aux européennes 2014 à ses résultats de la présidentielle et des législatives de 2012. Aux législatives de 2012, le PS totalisait 7,6 millions de voix (16,53% des inscrits), alors qu’à la présidentielle il avait obtenu 10,2 millions de voix (22,3% des inscrits). Le PS perd donc 4,8 millions de voix sur les législatives et 7,4 millions sur la présidentielle 2012. C’est colossal. La sanction contre le PS est particulièrement violente, et rien n’indique qu’elle se limite à un simple avertissement passager. La rupture entre le PS et l’électorat est probablement beaucoup plus profonde et durable.

On peut ajouter au score du PS son satellite habituel, EELV. Ce parti s’effondre par rapport aux européennes de 2009. A l’époque il avait réalisé un score plus qu’honorable avec 2,8 millions de voix (6,33% des inscrits). En 2014, il n’est plus qu’à 1,7 million de voix (3,6%). Toutefois il fait mieux qu’aux législatives de 2012 (1,4 million de voix et 3,08% des inscrits), et qu’à la présidentielle de 2012 où Eva Joly avait loupé sa campagne (0,8 million de voix et 1,8% des inscrits).

On peut intégrer également au score du PS son nouveau satellite : Nouvelle Donne. Présente pour la première fois à une élection, cette formation politique se place dans le sillage du PS, même si elle développe sur certains sujets un point de vue critique. Toutefois son orientation favorable à un fédéralisme européen la place fondamentalement dans la lignée de Jacques Delors et l’arrime au PS. Elle obtient 549.774 voix, soit 1,18% des inscrits. L’électorat de Nouvelle Donne est composé de 7% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2012, 5% des électeurs de François Hollande, 6% des électeurs d’Eva Joly, 5% des électeurs de François Bayrou. Rien n’indique que Nouvelle Donne parviendra, dans la durée, à préserver cet équilibre improbable entre ces différents électorats.

Nul ne pourra contester le manque de cohérence de François Hollande et du Parti socialiste. Ils demeurent, contre vents et marées, fidèles à leur choix de 1982-1983 lorsqu’ils avaient décidé le « tournant de la rigueur ». Ils avaient ensuite poursuivi cette politique orthodoxe d’inspiration néolibérale quand ils étaient revenus aux affaires en 1997, avec la « gauche plurielle » et Lionel Jospin comme Premier ministre, en anesthésiant le Parti communiste français qui était entré au gouvernement. Depuis le printemps 2012 c’est encore la même politique qui est menée par le président de la République François Hollande, son Premier ministre Jean-Marc Ayrault et sa majorité parlementaire. Manuel Valls, au lendemain de la débâcle des européennes a été fidèle à cette ligne politique : « on accélère ! », a-t-il martelé. C’est en effet le meilleur moyen d’arriver plus vite dans le mur. Avec le PS, les résultats ont été nuls et même largement négatifs pour les classes populaires dans les années 80, puis dans les années 90, et le seront aussi dramatiquement dans la décennie 2010.

Le PS apparaît de plus en plus pour ce qu’il est : le véritable concepteur du néolibéralisme en France et celui qui l’a mené à son terme. Le Pacte transatlantique pour le commerce et l’investissement (PTCI ou TAFTA), et l’Accord économique et commercial global (AEGC OU CETA), impulsés avec enthousiasme par le gouvernement PS, en fournissent un nouvel exemple.

François Hollande et le Parti socialiste auront ainsi probablement donné le coup de grâce à la gauche. La politique gouvernementale qu’ils mènent participe à grande échelle au brouillage du clivage gauche-droite qui présuppose qu’il y a coïncidence entre ce clivage et le clivage de classe. De fait, non seulement le PS, comme l’UMP, est au service exclusif des classes possédantes, mais il en est même le parti le plus stratégique, le plus efficace, celui qui est le seul à même de réaliser pleinement le cadre structurel et institutionnel néolibéral. Car son étiquette « de gauche » lui permet de neutraliser une partie des classes populaires. Si le PS n’existait pas, les classes possédantes l’auraient inventé.

Les listes du Front de gauche recueillent 1.200.389 voix aux européennes 2014, soit 2,58% des inscrits. C’est mieux qu’en 2009 lorsque le Front de gauche avait réuni 1.041.911 voix et 2,37% des inscrits. En 5 ans le Front de gauche a gagné 158.478 voix et 0,21% des inscrits. Mais par rapport à la présidentielle de 2012, la chute est vertigineuse, puisque le Front de gauche faisait quasiment 4 millions de voix et 8,7% des inscrits. Chute également par rapport aux législatives de 2012 quand le Front de gauche réalisait 1,8 million de voix, soit 3,89% des inscrits. Dans le premier cas le Front de gauche perd 3 millions de voix, et 800.000 dans le second.

Les électeurs qui ont fait défaut au Front de gauche par rapport au score de Jean-Luc Mélenchon en 2012 sont allés chez EELV (11% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon), au PS (10%), à Nouvelle Donne et au FN (7% chacun). Les électeurs qui ont voté pour des listes du Front de gauche aux européennes 2014 et qui avaient voté pour un autre candidat que Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle viennent de Hollande (7%), Joly (1%), Sarkozy (1%), Le Pen (1%). Le solde est négatif, il y a davantage d’électeurs du Front de gauche qui votent pour d’autres listes que l’inverse. Les électeurs du Front de gauche sont en outre les plus nombreux, en proportion, à avoir décidé de leur vote le mois précédent le scrutin (17%), alors qu’ils ne sont que 10% pour le FN ou 12% pour le PS.

Le record d’abstention est détenu par l’électorat de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle 2012. Les deux-tiers de son électorat (66%) ne sont pas allés voter aux européennes de 2014. C’est énorme, c’est le record absolu par rapport aux autres candidats. Le Front de gauche a d’abord perdu chez lui, il n’a pas rassemblé son électorat, il connaît un problème de fidélisation de son électorat. Le Front de gauche a été sanctionné par son propre électorat. S’il tente de comprendre pourquoi il a été frappé par ce phénomène, il est possible de le mettre sur la piste. Le Front de gauche porte l’entière responsabilité de son propre affaiblissement. Il a, entre autres, empêché une bonne partie de ses électeurs qui veulent sortir de l’UE et de l’euro de voter pour lui à cause de ses positions européistes. Le Front de gauche porte ainsi une part de responsabilité non négligeable dans le score du FN. L’acceptation de regarder la réalité en face semble loin d’être acquise si on lit le journal L’Humanité du 27 mai 2014. On peut y lire que le Front de gauche « progresse sans élan », qui fait le titre d’une page entière. On apprend en effet que « dans la débâcle de la gauche au scrutin européen, le Front de gauche fait figure d’exception. Avec 6,43% des voix exprimées dans l’hexagone, la formation […] est la seule à ne pas s’effondrer »…

L’électorat du Front de gauche apparaît fragile, il est volatil, il est loin d’être solidifié. Des causes conjoncturelles et structurelles expliquent les très mauvais résultats du Front de gauche.

Sur le plan conjoncturel, les fanfaronnades habituelles de Jean-Luc Mélenchon ont été contreproductives. Ainsi, l’annonce qu’il avait faite de vouloir transformer l’élection européenne en référendum sur le PTCI était à la fois inadaptée à la nature du scrutin et dépourvue de toute application concrète. Le « Parlement » européen, en effet, n’est absolument pas en mesure de mettre un terme au PTCI. C’est pourtant sur ce mensonge grossier que le Front de gauche a fait campagne, choquant les électeurs qui connaissent le sujet, et décevant ceux qui s’étaient laissé convaincre dans un premier temps. Le « Parlement » européen, peut en effet voter contre le PTCI, mais le Conseil peut décider de faire ratifier ce traité par la voie intergouvernementale. Le Front de gauche a caché cette réalité aux citoyens. Quant au « référendum » évoqué sur le sujet, ce n’était que des paroles en l’air. Il n’a d’ailleurs donné lieu à aucune action de mobilisation. L’autre annonce faite par Jean-Luc Mélenchon était de passer devant le PS, en allant au-delà de la barre des 10%. Avant même le scrutin, beaucoup savaient qu’il ne s’agissait que de paroles qui n’auraient aucune suite. De tels procédés ne sont pas propices à rendre crédible une formation politique.

Toujours sur le plan conjoncturel, la proposition faite par le Parti de la gauche européenne (PGE), dont sont membres le PCF et le PG, de présenter la candidature d’Alexis Tsipras, le leader grec de Syrisa, à la présidence de la Commission européenne, a eu des conséquences très négatives. Cette candidature légitimait la Commission européenne, et laissait entendre qu’un nouveau président pouvait changer le cours de la politique européenne. C’est parfaitement faux, car le rôle de la Commission est de faire respecter les traités européens. Ses marges de manœuvres sont étroites et de toutes manières encadrées par le Conseil. Ainsi, après avoir combattu le traité constitutionnel européen, les partis qui composent le Front de gauche se sont proposés comme candidat à l’application du traité de Lisbonne qui en est la copie conforme ! De nombreux électeurs du Front de gauche ont considéré que ce n’était pas admissible et se sont abstenus.

L’affirmation sans cesse répétée par le PS, l’UMP et le Front de gauche, selon laquelle le « Parlement » européen allait élire le président de la Commission était un mensonge absolu. Le traité de Lisbonne (art. 17, TUE) dispose que : « En tenant compte des élections au Parlement européen et après avoir procédé aux consultations appropriées, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au Parlement européen un candidat à la fonction de Président de la Commission. Ce candidat est élu par le Parlement européen […] Si ce candidat ne recueille pas la majorité, le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose, dans un délai d’un mois, un nouveau candidat », etc. et ceci jusqu’à ce que le « Parlement » européen vote conformément aux désirs du Conseil. »

Les suites des élections municipales ont eu aussi un effet conjoncturel dévastateur pour le Front de gauche. La direction du PCF, et des responsables communistes dans plusieurs dizaines de villes, en présentant aux électeurs des listes avec le PS, ont provoqué un rejet du PCF et du Front de gauche dans son ensemble, similaire au rejet du PS. Le même phénomène de rejet a été provoqué par la tentative de rapprochement entre le PG et EELV. L’incohérence était manifeste entre la participation du PCF à des listes communes avec le PS aux municipales et la critique sévère – et justifiée – du Front de gauche contre la politique d’austérité du gouvernement socialiste. Certains sympathisants du Front de gauche y ont vu là davantage que de l’incohérence, ils y ont vu de l’hypocrisie et de la duplicité.

Les attaques de plusieurs dirigeants du Front de gauche contre les partisans du boycott ont rangé le Front de gauche, de fait, dans le camp de la Commission européenne, des grands médias, de tous les autres partis politiques et notamment le FN qui développaient le même thème. Jean-Luc Mélenchon a lancé : « camarades socialistes, n’allez pas ajouter à toutes vos bêtises l’abstention. » Peu après il précisait : « s’abstenir, c’est signer un chèque en blanc » (L’Humanité, 20 mai 2014). Quant à Patrick Le Hyaric, tête de liste du Front de gauche en Île-de-France, il s’en prenait aux « discours sur l’abstention qui finissent par s’ancrer dans les têtes, ce qui serait la pire des choses ». Il s’attaquait « à certains qui, prétendument de gauche, appellent à l’abstention, ce qui serait donner un blanc-seing à la politique actuelle » (L’Humanité, 16, 17 et 18 mai 2014). En combattant l’abstention, ces dirigeants du Front de gauche ne se rendaient-ils pas compte qu’ils favorisaient le FN ?

Le Front de gauche apparaît désuni et incohérent. Deux meetings communs seulement se sont tenus avec Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Nancy et Toulouse. Aucune dynamique ne pouvait résulter d’une campagne aussi terne. D’autant qu’aux incohérences conjoncturelles du Front de gauche sont venues s’ajouter de profondes incohérences structurelles. Le M’PEP, depuis quatre ans, les a signalées. Elles concernent les relations trop proches du Front de gauche avec le Parti socialiste, sa conception négative de la nation, son analyse de l’Union européenne, de l’euro et de la mondialisation favorable à ce système. Sur ces trois sujets le Front de gauche s’est fondamentalement aligné sur le PS.

Le Front de gauche est dans une profonde impasse stratégique et organisationnelle. S’il veut continuer à exister, trois changements radicaux doivent intervenir dans sa stratégie et son programme, proposés depuis quatre ans par le M’PEP sans succès. En premier lieu, le Front de gauche doit rompre avec le PS. Ce parti doit être analysé pour ce qu’il est réellement : le meilleur parti de défense des intérêts des classes possédantes. C’est loin d’être gagné, car André Chassaigne, président communiste du groupe de la Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale, se demande « est-ce que la stratégie c’est front contre front contre le Parti socialiste en considérant que, nous, on est la gauche vertueuse, la bonne gauche, et que le Parti socialiste est perdu pour toujours ou est-ce qu’on considère que l’on peut faire bouger l’ensemble de la gauche ? » (Le Monde, 18 et 19 mai 2014). Une telle analyse est purement et simplement suicidaire pour le Front de gauche. Ensuite, le Front de gauche doit montrer qu’il aime la France et qu’il croit en l’avenir de notre pays. Car le Front de gauche apparaît comme rejetant la Nation refusant la lutte pour la reconquête de la souveraineté nationale. Enfin, le Front de gauche devra prendre clairement position pour la sortie de l’Union européenne, de l’euro et en faveur de la démondialisation. Seuls ces changements, à condition qu’ils interviennent très rapidement, peuvent donner encore une chance au Front de gauche. Mais ce sera la dernière.

Les militants du Front de gauche pourront-ils s’insurger et imposer un débat qui pour l’instant est verrouillé ? Si tel n’est pas le cas, le Front de gauche aura démontré qu’il n’était pas réformable de l’intérieur – comme l’Union européenne – et qu’il fallait alors en sortir pour bâtir du neuf. Le M’PEP est prêt à accueillir fraternellement tous les militants du Front de gauche qui voudront avancer sur ces bases.

L’extrême gauche, de son côté, a atteint un plancher historiquement bas. Lutte ouvrière ne fait que 222.509 voix et 0,48% des inscrits. A la présidentielle de 2012, sa candidate, Nathalie Arthaud, ne réalisait déjà que 202.548 voix et 0,56% des inscrits. Quant au NPA, il obtient 75.304 voix et 0,16% des inscrits, contre 411.160 voix et 1,15% des inscrits pour son candidat à la présidentielle de 2012, Philippe Poutou. Le choix de l’isolement fait par ces formations politiques les place en dehors de la vie politique du pays sur laquelle ils n’ont qu’un minuscule impact.

Cette élection européenne a été l’occasion, une nouvelle fois, d’observer combien la gauche persévère hardiment dans la perspective de sa propre dilution. Car lorsque l’on parle de « gauche », aujourd’hui, on ne sait plus très bien de quoi l’on parle. Veut-on parler de monsieur Hollande et de monsieur Valls ? Veut-on qualifier la majorité qui dirige le pays et la politique que mène le gouvernement ? Il faut se demander pourquoi il est devenu relativement banal d’entendre dire qu’il n’y avait plus désormais de différences entre droite et gauche. Il est maintenant admis, en effet, par une large fraction des citoyens en France et dans d’autres pays, qu’il n’y a plus de véritable opposition entre la gauche et la droite (entre le PS et l’UMP). Ce sentiment est unanimement confirmé selon une intensité croissante par toutes les enquêtes d’opinion depuis des années. Il est vrai que le Parti socialiste fait tout ce qu’il peut pour alimenter ce sentiment, en renonçant systématiquement, une fois parvenu au pouvoir, à mener des politiques qualifiées de gauche.

C’est tout cela qu’un nombre croissant de citoyens interrogent aujourd’hui. On ne peut pas dire que le Parti socialiste les aide à y voir clair. L’acceptation de Pascal Lamy, membre du PS, comme directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et celle de Dominique Strauss-Kahn, membre du Parti socialiste, comme directeur général du Fonds monétaire international (FMI), n’auront probablement pas contribué à clarifier les choses. Sans oublier les présidences stratégiques de la Commission européenne par cet autre éminent « socialiste » qu’est Jacques Delors. Ces trois institutions supranationales, en effet, sont parmi celles qui sont le plus en pointe dans la mise en œuvre des politiques néolibérales. Quel excellent moyen d’annihiler le clivage gauche-droite ! Comment s’étonner, dès lors, du brouillage des notions de « gauche » et de « droite » ? Le clivage gauche-droite est désormais inutilisable car il ne revêt plus de sens pour les classes populaires et moyennes. Il n’est maintenu que par les grands médias des classes dirigeantes qui espèrent ainsi faire croire qu’il existe une alternative entre le PS et l’UMP.

5.- Aurions-nous assisté à une répétition générale de la prochaine élection présidentielle où le FN doit jouer un rôle majeur ?

L’abstention et le vote en faveur du FN ont été utilisés par des millions de citoyens comme instruments permettant de sanctionner la politique du gouvernement socialiste, rejeter cette union européenne et se distinguer de tous les autres partis. Cependant, le score relatif du Front national est aussi le résultat logique de la campagne insidieuse menée en sa faveur par les grands médias et toutes les forces politiques qui le diabolisent et le mettent au centre de la vie politique afin de préparer l’élection présidentielle de 2017. Car au sein de l’élection européenne de 2014 se cachait l’élection présidentielle de 2017. Le journal Le Monde l’a bien compris qui titre le 26 mai 2014 : « Européennes : le PS et l’UMP menacés d’un séisme présidentiel ». Le journal avait déjà titré sur la largeur de la page : « Le FN profite des européennes pour préparer 2017 » (Le Monde, 21 mai 2014). Le FN est en train de devenir le pivot du tripartisme. C’est pourquoi, de plus en plus, il abandonne tous les signes visibles de ce qui peut l’identifier à l’extrême droite. Il a besoin de continuer à s’ouvrir et rassembler, notamment à un ancien électorat de gauche qui ne trouve plus son compte au PS ou au Front de gauche. Il est déjà parvenu à capter une partie importante des électorats Pasqua – de Villiers, ce que n’est pas parvenu à faire Debout la République (DLR). Etre le premier à l’élection européenne a crédibilisé le FN pour la présidentielle de 2017.

Ni le PS, ni l’UMP, n’ont aujourd’hui la certitude d’être présents au second tour de l’élection présidentielle de 2017. Les résultats de l’élection européenne de 2014, à cet égard, s’ils traduisent un rapport de force électoral qui a vocation à être durable, ne laissent planer aucun doute. Sauf « retournement » imprévu de l’opinion, on ne voit pas comment le PS pourrait se qualifier à coup sûr pour le second tour de l’élection présidentielle. Même chose pour l’UMP. Ces deux partis auront besoin d’une large union pour les soutenir dès le premier tour. Les grands partis attendent beaucoup du scrutin majoritaire à deux tours de l’élection présidentielle. Ce système, en effet, nécessite des alliances pour être dans les deux premiers au premier tour et être ainsi qualifié pour le second. Or le FN ne peut et ne veut pas d’alliance. Sans alliance, sa probabilité d’accession au pouvoir est quasi-nulle. On ne voit pas comment le FN pourrait obtenir plus de 50% au deuxième tour de la présidentielle et gagner une majorité de députés. Tel est le raisonnement des dirigeants du PS et de l’UMP. C’est pourquoi il se dit que le PS veut affronter Marine Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle. Même chose pour le candidat de la droite. En vérité, PS et UMP s’arrachent Marine Le Pen !

PS et UMP ont donc besoin de diaboliser le FN pour que leur stratégie fonctionne. Ils ont besoin de faire un chantage à la peur en agitant l’épouvantail du FN. Ils veulent reproduire les menaces de catastrophe qui avaient été annoncées en 2005 si le traité constitutionnel européen était adopté. Nouvelle Donne, EELV, le Front de gauche accepteront-ils de ne pas présenter de candidat en 2017 et d’appeler à voter par exemple, pour… monsieur Valls ? A droite, le MoDem et l’UDI feront-ils pareil ? D’où le besoin de faire monter le FN et de dramatiser sa progression pour que l’électorat accepte le choix du vote utile et du « moins pire ».

Il y aura déchaînement médiatique contre tous ceux qui refuseront ce chantage en persistant à vouloir sortir du système eurolibéral. Le PCF et le Front de gauche jouent déjà ce jeu, ils ont commencé pendant les élections européennes en attaquant les partisans du boycott.

Les petites formations politiques comme Debout la République (DLR) et l’Union populaire républicaine (UPR) payent leur erreur politique de ne pas avoir appelé au boycott de l’élection européenne et sont désormais dans une impasse stratégique totale. Leurs leaders, croyant avoir un destin historique, se préparent depuis des années pour l’élection présidentielle. Cette voie leur est entièrement fermée pour 2017. S’ils se présentent, à condition d’obtenir les 500 signatures nécessaires dans un contexte politique très différent, ils seront accablés de tous bords. On les accusera de « diviser » leur camp (plutôt à droite) et de favoriser le FN. Une partie de l’électorat de DLR ira voter pour les candidats ayant des chances d’être présents au second tour (l’UPR n’a pas vraiment d’électorat).

Cependant, le PS et l’UMP jouent avec le feu. Car le frein à l’égard du vote FN continue de disparaître. Et rien n’indique que l’élection de Marine Le Pen en 2017 soit impossible. Pour faire face à cette hypothèse, PS et UMP ont un plan « B », c’est celui d’une « grande coalition » à l’allemande ou d’un gouvernement d’ « unité nationale » à la française. Une « grande coalition » PPE-PSE existe déjà de fait au « Parlement » européen et dans 13 pays de l’UE sur 28…

C’est ce que prépare Pascal Terrasse, secrétaire national du Parti socialiste, député de l’Ardèche : « notre histoire récente est faite de rapports de force. Pour autant, lorsqu’il a fallu se rassembler, nous avons su le faire, à l’instar du Conseil national de la Résistance après la Seconde Guerre mondiale. Le temps de l’union nationale est venu en France ». Il ajoute : « l’austérité s’impose désormais à nous par des formes plus ou moins autoritaires ». Il précise sa pensée : « nous devons revoir notre système de redistribution depuis les prestations sociales jusqu’au contrat de travail encore trop rigide, et en particulier pour la jeunesse ». (Le Figaro, 28 novembre 2013). C’est parfaitement clair. Pour rendre l’austérité permanente, il faut un gouvernement PS-UMP, et quelques satellites autour. Michel Barnier de l’UMP, commissaire européen, lui a répondu sur France Inter le 26 mai 2014 et sur France Culture le lendemain. Pour lui, « au regard du résultat des élections, il faut désormais que le PPE et le PSE travaillent ensemble ». Au journaliste qui utilisait le mot « coalition » pour qualifier cette stratégie, il a répliqué qu’il préférait parler de « projet commun ». Les choses sont donc en route.

La question qui se pose dès maintenant à tous ceux qui refusent ce chantage sera de savoir pour qui voter en 2017 dans le cadre de la Ve République et de l’Union européenne.

6.- Le rassemblement des classes populaires et des classes moyennes dans un nouveau Conseil national de la Résistance pour la libération nationale et sociale : une perspective politique enthousiasmante

Si le boycott citoyen de l’élection européenne avait obtenu davantage de soutiens, non seulement le FN aurait été affaibli, mais l’Union européenne aurait été davantage délégitimée. Imaginons que d’autres forces politiques se soient engagées dans la bataille du boycott. Tout aurait été différent. On ne parlerait pas de « séisme » à propos du score du FN mais à propos de l’abstention. Le système de l’Union européenne aurait été ébranlé, comme la politique gouvernementale. Le FN serait apparu comme à la traine et dépassé par les évènements. Imaginons, donc, qu’hormi les forces rassemblées dans le Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE) et celles qui, à l’extérieur, ont milité pour le boycott (MRC, POI), de nouvelles forces se soient ajoutées. Le Front de gauche, LO, le NPA, DLR et l’UPR auraient également appelé au boycott. Une campagne avec cet ensemble de forces aurait pu conduire sans faire d’hypothèses extravagantes à un taux d’abstention de 66%. Cette pression populaire accrue aurait eu des effets sur l’Union européenne et sur le gouvernement qui auraient été contraints de faire quelques gestes en faveur des classes populaires et moyennes.

Quoi qu’il en soit, la grève du vote à laquelle nous avons activement participé a contribué à politiser l’abstention. D’un rejet individuel du système européen actuel, elle est devenue pour beaucoup une action politique consciente et porteuse d’avenir. L’abstention de 2014 est indéniablement davantage politique que celle de 2009. Nous avons été la voix politique de beaucoup d’abstentionnistes et nous continuerons dans cette voie. Si nous ne sommes pas parvenus à placer l’abstention comme enjeu principal de l’élection européenne, on a cependant beaucoup parlé de l’abstention et du boycott dans la campagne. Il aurait fallu une abstention encore plus forte pour faire bouger les lignes.

L’enjeu de la période est de faire germer une forme politique qui succède au mouvement ouvrier né au XIXe siècle, qui a connu son épanouissement au XXe et son déclin au XXIe. C’est dans cette perspective que se place le M’PEP. L’élément unificateur, celui qui peut rassembler les forces les plus diversifiées, celui duquel tout dépend pour résoudre la crise est la lutte pour la souveraineté nationale. Car il s’agit aujourd’hui de se battre pour la survie de la France comme nation indépendante. La défense de la France n’a rien à voir avec du nationalisme. C’est aussi un enjeu international pour faire vivre les valeurs des Lumières.

L’activité du Comité national de résistance républicaine à l’Union européenne (CNR-RUE) et des comités départementaux qu’il a essaimés doit être poursuivie et amplifiée. Ils sont ouverts à tous les citoyens qui veulent libérer la France du carcan de l’Otan, de l’Union européenne et de l’euro, car ce sont les conditions indispensables à la suppression du chômage et de la précarité.

Quant au M’PEP, ses forces doivent être décuplées. Tous les citoyens qui ont apprécié le rôle qu’il a joué dans la bataille des européennes sont invités, sans tarder, à le rejoindre !

Publié par Frédéric Maurin à 22:38pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #ps , #Parti Socialiste , #front de gauche , #m'pep , #élections européennes , #ue

27 Mai 2014

25 mai 2014 : de quel séisme s'agit-il ?

25 mai 2014 : de quel séisme s'agit-il ?
Voici l'avis (attendu) de Jacques Sapir,

Comportant une phrase qui me pique les yeux : "si l’on additionne les voix qui se sont portées sur des partis remettant en cause l’UE (DLR, FdG et FN), on obtient 35% des suffrages" ... pas sûr qu'une addition de cette nature contribue à sortir du débat interdit

Stupeur et tremblement
Les élections européennes qui se sont déroulées autour de cette fin de semaine (et ce dimanche 25 mai en France) montrent un véritable soulèvement contre les politiques menées en Europe.
Ce soulèvement est évident en France, en Grande-Bretagne, mais aussi en Italie où le M5S et la Ligue du Nord font l’équivalent du parti de centre-gauche (33%), tandis que les restes du Berlusconisme (Forza Italia) virent de plus en plus anti-UE.
Ce soulèvement est aussi clair en Grèce, où Syriza remporte haut la main ces élections, mais aussi dans l’Est de l’Europe où des partis à tout le moins eurosceptiques dominent. Elles confirment en même temps l’absence de synchronie des espaces politiques que sont les différentes nations,, car ce soulèvement prend des formes très différentes.
Ce soulèvement a donc pris des formes marquées par le cadre historique de la formation de la vie politique, de la démocratie en quelque sorte, qui s’appelle la Nation.
Cette absence de synchronie, si dans l’immédiat elle va permettre aux conservateurs du PPE de garder une majorité relative, signe la fin des espoirs de certains de voir émerger un « peuple » européen. Si un rejet global s’est exprimé, il l’a fait dans un cadre national qui lui donne se spécificité.
En France, ces mêmes élections sont reconnues pour provoquer, selon les mots du Premier-Ministre un « séisme ».
Encore faut-il dire précisément ce que cela signifie.
Ce séisme, il est manifeste moins par le score du Front National, assurément historique (25% des voix, premier parti de France), que par l’effondrement symétrique du bloc au pouvoir (23% pour l’alliance PS+EELV) et de l’UMP, qui dépasse à peine les 20%.
En réalité, si l’on additionne les voix qui se sont portées sur des partis remettant en cause l’UE (DLR, FdG et FN), on obtient 35% des suffrages.
On notera que le succès du Front National n’a pas empêché le petit parti de Nicolas Dupont-Aignan de réaliser un beau score (près de 4%). On peut penser que si de mesquines querelles d’appareil n’avaient fait échouer le projet de listes communes avec les partisans de Jean-Pierre Chevènement (le MRC), ces listes auraient pu peser nettement plus dans ces élections. A l’inverse, si l’on regroupe les voix des deux partis qui assumaient leur « fédéralisme » européens, l’UDI et EELV, on n’obtient que 18,7% des suffrages.
C’est ce chiffre là qu’il faut aussi retenir. Il mesure le poids réel des partisans du « fédéralisme » en France.
Le discours qu’a tenu dans la soirée de dimanche le Premier-Ministre s’est avéré être parfaitement inadapté et montre l’incapacité du gouvernement, et des femmes et hommes qui le composent, à s’ajuster à la nouvelle situation.
On est dans un cas d’autisme politique qui est véritablement pathologique. Au lieu de prendre acte de ce que les électeurs avaient envoyé un message de défiance vis-à-vis de l’Europe, demandant plus de Nation et moins de Bruxelles, Manuel Valls s’est contenté de répéter la même rengaine sure « les réformes » et « changer l’Europe ». Ceci laisse présager des jours sombres pour la démocratie, avec un gouvernement désormais déshabillé de toute légitimité. Face à ce gouvernement qui est à nu, c’est le Front National qui représente l’opposition, et c’est cela le « séisme » dont il est question.
En France, ces résultats traduisent donc et un rejet massif des institutions européennes, radicalement contestées par 35% des votants, et une crise particulière dans différents partis. L’UMP recule de manière spectaculaire, ce qui est loin d’être compensé par les timides progrès de l’UDI. Il en va de même pour le PS, directement mis en cause par l’effondrement de son allié écologiste. Pour l’UMP, c’est incontestablement la crise de gouvernance interne, ainsi que le manque de lisibilité de la ligne politique de ce parti qui est la cause de ces résultats. Pour le PS, il devrait poursuivre sa marche à la destruction en raison de la politique qu’il continue à mener. Il y a une obstination suicidaire dans la persistance des thèmes de la rigueur chez Manuel Valls. Mais, deux faits retiennent l’attention :
  1. Le parti écologiste EELV paye très lourdement et son européisme béat, et ses palinodies qui montrent à tous qu’il est plus un syndicat d’élus qu’un véritable parti.
  2. Le Front de Gauche a été dans l’incapacité de capitaliser sur le rejet du PS et sur l’immense colère qui monte dans les classes populaires. Il le doit au manque absolue de lisibilité de sa ligne politique, ce qu’a reconnu courageusement l’un de ses deux co-présidents, Jean-Luc Mélenchon. Mais, il doit surtout à l’incompréhension profonde de ce que représente la Nation, tant dans la réalité que dans l’imaginaire des Français. Soit il connaîtra dans les semaines qui viennent une rupture culturelle fondamentale, un « moment Chevènement » le conduisant sur une autre trajectoire, soit il est condamné à dépérir.

Allons,allez ! Une bonne grève générale balaiera tout cela...

25 mai 2014 : de quel séisme s'agit-il ?

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Avec les catégories : #élections européennes , #front national , #front de gauche , #ps , #ump , #les verts , #abstention

27 Mai 2014

UE, austérité et vote FN...

 UE, austérité et vote FN...
un extrait de FAKIR, que l'on ne présente plus ici, où l'on cause élites, UE et vote FN...

Dans son n°61, Fakir publiait « Ce qui mine, c’est le sentiment d’impuissance », une longue interviou d’Emmanuell Todd, sur son désenchantement du « Hollandisme révolutionnaire », le libre-échange, la nation, la monnaie unique, le passivisme. Autant de thèmes que le démographe évoquait dans « L’Illusion économique », il y a quinze ans, déjà. Dans la bataille des idées qui est en cours sur l’Europe, l’euro, l’Allemagne, on en a ressorti quelques extraits, bien d’actualité. La vidéo de cet entretien à la fin de l’article.

François Ruffin : Mais est-ce que ces socialistes sont des gens qui pensent ?

Emmanuel Todd : Ah non.

F.R. : Est-ce qu’il y a une pensée au sein du Parti socialiste ?

E.T. : Je n’en ai pas l’impression, ni au sommet, ni dans ses sections. Ceci dit : on peut cibler le PS, parce qu’il est aux affaires, dire « il ne pense pas », mais il faut se demander « pourquoi ? » C’est un phénomène social massif.

F.R. : Vous voulez dire que, au fond, les socialistes sont représentatifs de la pensée zéro, d’un coma intellectuel ?

E.T. : C’est un état psychique et mental de la société française. Vous devez mentionner, également, la timidité de la gauche de la gauche, son incapacité à contester tout ça. Comment demander au Parti socialiste de réclamer le protectionnisme, directement, brutalement, si Attac ne l’ose pas ? Comment demander au PS de sortir de l’euro si le Front de Gauche ne l’ose pas ?

F.R. : Vous avez un mépris pour la gauche de gauche…

E.T. : Ah non, ne me laissez pas le terme mépris. Vous me mettez dans une attitude de bourgeois, qui regarde de haut. C’est de l’exaspération, plutôt. Les mecs que je méprise, ce sont les énarques de l’Inspection des Finances, de la Cour des comptes et du Conseil d’état, qui se croient intelligents, alors que ce sont en général des super-glands intellectuels, des mecs qui ne lisent jamais un livre, ceux-là je les méprise. Que ça soit clair. Mais les militants de la gauche de la gauche, ne mettez pas le mot mépris : ils m’énervent, ça on peut le dire.

F.R. : S’ils vous énervent, c’est meilleur signe, c’est que vous n’en seriez pas si éloigné que ça…

E.T. : Mais c’est une évidence. Mon reproche, c’est qu’ils donnent dans des rêves utopiques, de dépassement du capitalisme, etc. Mais vu l’état du rapport des forces, vu l’état des mentalités, tout débat général, grandiose, sur la Révolution n’a aucun sens. Il faut être capable d’accoucher d’un programme de gouvernement, avec sortie de l’euro et protectionnisme sectoriel. Or, sur ces mesures concrètes, ils sont bien timorés.

F.R. : Votre exaspération, je la comprends. Je me considère comme un compagnon de route de la gauche critique, mais longtemps j’avais honte d’appartenir à ce camp. Sur le plan idéologique, avec l’absence de pensée cohérente sur le libre-échange, une interdiction de penser même. Et quant à la politique proprement dite, les querelles Buffet-Besancenot-Bové pour se partager 10 %, c’était d’une nullité, et les forums altermondialistes à répétition sans proposition nationale me lassaient…

E.T. : C’est vous qui le dites.

F.R. : Je le dis. Mais là, est-ce qu’il n’y a pas une force qui renaît, encore immature, avec des contradictions, mais qui se structure lentement ?

E.T. : Prenez l’euro, c’est le point faible des dominants. Comment faire claquer ce système ? Le foirage de l’euro : il est rare qu’une population entière ait sous les yeux l’incompétence de sa classe dirigeante. Donc, il faut redevenir maître de sa monnaie. Mais au Front de gauche, ça n’est pas clair, c’est alambiqué, ça piétine. Si Mélenchon arrive aux affaires, avec des mesures radicales mais en restant dans l’euro, en quinze secondes il devient François Hollande ! Sur le protectionnisme, ça avance, mais avec quel retard sur les classes populaires qui, elles, ont saisi depuis deux décennies le théorème de Heckscher-Ohlin [en gros : à l’ouverture des échanges répond l’inégalisation interne des économies], ou du moins ses implications !

LA GAUCHE
« Les enseignants, qui constituent l’un des cœurs sociologiques de la gauche, sont faiblement menacés par l’évolution économique. N’ayant pas à craindre au jour le jour le licenciement ou une compression de salaire, ils ne se sentent pas menacés d’une destruction économique, sociologique et psychologique. Ils ne sont donc pas mobilisés contre la pensée zéro. (...) Sans être le moins du monde “de droite”, statistiquement, ou favorables au profit des grandes entreprises, ils sont atteints de passivisme et peuvent se permettre de considérer l’Europe monétaire et l’ouverture des échanges internationaux comme des projets idéologiques sympathiques et raisonnables. (...) L’acceptation implicite de la gestion économique par cette catégorie sociale, idéologiquement et statistiquement beaucoup plus importante que les “bourgeois” ou les hauts fonctionnaires, assure la stabilité européiste et libreéchangiste du Parti socialiste, dans ses tréfonds militants et non pas simplement parmi ses dirigeants. On peut ici formuler une prédiction de type conditionnel : si les enseignants viraient sur les questions de la monnaie unique et du libre-échange, la pensée zéro serait, du jour au lendemain, morte, et l’on verrait se volatiliser les prétendues certitudes du Medef et de Bercy.

« L’immobilité idéologique des enseignants les a séparés de cet autre cœur sociologique de la gauche que constituent les ouvriers, qui eux subissent, depuis près de vingt ans, toutes les adaptations, tous les chocs économiques concevables. Les résultats électoraux des années 1988-1995 mettent en évidence cette dissociation, peut-être temporaire, des destins. La stabilité du vote enseignant pour la gauche, aux pires moments de la plongée du Parti socialiste, a contrasté avec la volatilité du vote ouvrier, désintégré, capable de se tourner vers le Front national comme vers l’abstention. »

« Le stade politique de la crise »

F.R. : Et quel retard sur le Front national, aussi, qui est devenu hyper-efficace sur ces questions. Vous voyez le FN comme le parti des dominés, le refuge pour le refus du libre-échange, pour le refus de l’euro…

E.T. : Le parti des dominés, il n’y a qu’à regarder les statistiques, il n’y a qu’à regarder les cartes. Le vote FN se déplace des marges anti-maghrébines, situées à l’est, pour aller se loger dans le vieil espace révolutionnaire égalitaire français. Alors, avec Hervé Le Bras, on aurait pu lui prédire un grand avenir. Mais il y a une contradiction fondamentale, une bizarrerie dans sa construction : c’est un parti foncièrement inégalitaire, avec une élite convaincue de sa supériorité de race et de classe, mais qui s’épanouit désormais dans les vieilles régions révolutionnaires françaises. Donc, notre intuition, c’est plutôt que ses dirigeants n’arriveront pas à profiter de la situation jusqu’au bout, que leur façade se lézardera et qu’ils seront rattrapés par leur fond traditionnel.

F.R. : Donc, vous entrevoyez quel débouché politique à la crise ?

E.T. : On entre maintenant, vous avez raison, dans le stade politique de la crise. Il est clair que la Grèce a perdu son indépendance, que la démocratie grecque est détruite par l’euro. L’Italie, l’Espagne suivent. L’Euro est en train de détruire la démocratie. Et la France prend conscience, à son tour, que ses classes dirigeantes mettent en péril l’indépendance – industrielle, budgétaire – du pays. C’est extrêmement grave : la classe dirigeante est en voie d’être délégitimée. On sent un élément de fébrilité dans le système.

F.R. : Et donc ?

E.T. : Et donc, joker.

F.R. : Pourtant, bien souvent, ça ne vous effraie pas de jouer un peu les Madame Irma…

E.T. : Sauf qu’on est dans une situation vraiment inédite. La zone euro est le trou noir de l’économie mondiale. Mais cette crise intervient dans des circonstances jusqu’alors inconnues : jamais on n’a vu un pareil niveau éducatif. Jamais on n’a vu, non plus, une telle structure d’âge, avec autant de « vieux ». Il est donc difficile de trouver des comparaisons. En France comme ailleurs, l’effondrement de l’idéologie dominante va restructurer l’ensemble du champ politique, sans doute accoucher d’un projet plus collectif, plus interventionniste, plus protectionniste, plus autonome sur le plan monétaire. La droite aussi peut changer. En général, d’ailleurs, les changements de paradigmes économiques et sociaux touchent la gauche et la droite. La révolution néolibérale a touché la gauche et la droite, durant les années 1960 la droite était aussi keynésienne…

LE FRONT NATIONAL
« La “plongée” d’une proportion importante d’ouvriers ou, plus généralement, de membres des catégories populaires, dans le vote Front national, conduit à une situation sociologique et psychologique originale. Le pauvre, dans le regard du riche, commence d’être défini par son naufrage moral autant que par ses difficultés économiques. C’est ainsi que naît le climat très particulier des années 1990, durant lesquelles les milieux populaires sont systématiquement dénoncés. C’est sans doute un moment de bonheur intense pour les catégories supérieures de la société, qui peuvent ainsi jouir, simultanément, de leurs privilèges matériels et du sentiment d’être du côté de la justice. Rarement une société aura tant donné à ses élites : la culture, l’argent, et la bonne conscience en prime.

« La société française des années 1988- 1998 combine un discours civilisé, soft, moderne, sur les droits de l’homme, la démocratie et la sexualité, à une gestion féroce, cruelle, indifférente, des rapports économiques et sociaux. Le libre-échange et la politique du franc fort ont imposé à l’économie des adaptations aussi dures qu’inutiles, les élites ont infligé à la société des souffrances inouïes. Le vote Front national ne révèle pas une violence populaire spécifique, il n’est que le reflet, dans les milieux populaires, de la violence de la classe dirigeante. »

Retrouvez l’entretien en vidéo :

Publié par Frédéric Maurin à 08:58am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #Union européenne , #front national , #fakir , #france , #Parti Socialiste , #front de gauche , #austérité , #abstention

26 Mai 2014

Jérôme Kerviel n'est pas Dreyfus

Jérôme Kerviel n'est pas Dreyfus
Selon Jacques Sapir...

"Jérôme Kerviel n’est pas l’équivalent du capitaine Dreyfus, comme l’a dit Jean-Luc Mélenchon. Dreyfus était innocent et Kerviel est coupable. Mais, il n’est pas le seul coupable, ni le pire d’entre eux, loin de là. Le scandale vient de ce qu’il paye non pas pour ses fautes, mais pour que le système puisse continuer à fonctionner en paix, pour que la financiarisation de l’économie puisse continuer. En cela, son emprisonnement est une injustice totale. On maintient ce mensonge que les crises seraient des « accidents », provoqués par des « irresponsables » comme Kerviel, alors que c’est un système qui est en cause[9]. Un système que les différents gouvernements de François Hollande, n’est-ce pas Monsieur Moscovici, se sont refusés de réformer au fond. Il y a ici une imposture énorme qui colle aux basques du Président qui dit un jour, c’était en 2012, que « la finance » était son ennemi."

L'Humanité, qui nous a plus habitué, à juste raison, à prendre la défense des syndicalistes harcelés et des salariés en lutte, a publié une lettre ouverte de l'avocat de Jérôme Kerviel.
J'ignore si l'affaire Kerviel est une nouvelle affaire Dreyfus mais, après lecture, je suis sûr de deux choses :
- si j'avais un compte à la Société Générale, je le fermerais fissa,
- même haut de gamme, un prolo reste un prolo et, en justice de classe, devient à ce titre facilement coupable.
Il n'est pas inutile de la rappeler...

Lettre ouverte au Président de la République

Lettre ouverte de David Koubbi, avocat de Jérôme Kerviel

Jeudi, 15 Mai, 2014

Alors que Jérôme Kerviel, l’ex-trader, risque d’être incarcéré dès son passage à la frontière samedi, son avocat, David Koubbi, interpelle François Hollande sur la responsabilité de la Société générale et lui demande d’intervenir pour « qu’éclate enfin la vérité »… Lire le texte intégral de la lettre de Maître David Koubbi.

Monsieur le Président,

En janvier 2012, alors que vous vous présentiez au suffrage des Français, vous déclariez : «Mon véritable adversaire, il n'a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera jamais élu et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c'est le monde de la finance ». C’est ce même adversaire que j’ai croisé devant les juges qui ont condamné Jérôme Kerviel.

Vous souvenez-vous des faits. Seul coupable parce que seul poursuivi, en première instance comme en appel, Jérôme Kerviel a été condamné à payer 4,9 milliards d’euros à la Société générale, somme correspondante à la perte supposée de cette banque. Sans aucune expertise indépendante démontrant la réalité de cette perte, ce montant a été justifié par une simple feuille de papier, comme l’a récemment dénoncé Madame Éva Joly, ancienne magistrate qui s’est intéressée aux comptes de la banque.

Alors que ce dossier ne peut exister, en droit et en fait, qu’à l’unique condition que la Société Générale ait tout ignoré des activités de son trader junior, ce dernier a été condamné sans aucune expertise indépendante relative au degré de connaissance de la banque, pas plus qu’à la réalité même de la perte qu’elle a agitée comme un leurre devant les médias du monde entier.

Dans son arrêt du 19 mars 2014, la Cour de cassation a reconnu les défaillances de la Société générale, faisant éclater le volet civil du dossier qui condamnait Jérôme Kerviel à payer 4,9 milliards de dommages, et ordonnant le renvoi devant la Cour d’appel pour statuer sur les responsabilités de la Société Générale. A date donc, les 4,9 milliards d’euros de « perte » n’existent plus. Pourtant Jérôme Kerviel demeure condamné à 5 ans de prison dont 3 années fermes. Car si la Cour reconnaît les défauts de contrôle hiérarchiques de la Société générale dans le volet civil (perte financière), elle ne les apprécie pas de la même manière dans le volet pénal (responsabilité de Jérôme Kerviel) créant ainsi une contradiction de fait. D’une erreur initiale de jugement point le risque d’erreur judiciaire. C’est ce que nous voulons éviter.

Alors qu’il chemine de Rome à Paris, Jérôme Kerviel sera incarcéré dès le passage de la frontière. En dépit de ce qui précède et qui est exact dans les faits, la peine serait inique.

Le combat que nous menons est double. Tout d’abord, nous dénonçons l’exposition de Jérôme Kerviel comme responsable de l’affaire Société générale, et nous entendons lutter contre les dysfonctionnements du système financier et de ses acteurs, ce qui est le sens de la marche entreprise par Jérôme Kerviel, à la suite de notre rencontre avec Sa Sainteté le Pape François.

Dans le même temps, nous avons déposé trois plaintes pénales contre la Société Générale pour :

  • « Faux et usage de faux » : la Société Générale a grossièrement trafiqué ce qu’elle a présenté comme étant les aveux de Jérôme Kerviel.

  • « Escroquerie au jugement » : Elle a volontairement aggravé les pertes qu’elle attribue à Jérôme Kerviel en vendant les portefeuilles de trois autres traders pour parvenir au résultat construit de 4,9 milliards d’euros. Elle A réalisé des opérations fictives de même nature que celles reprochées à son ancien trader, alors qu’elle mentait éhontément à la Brigade financière, déclarant que de telles opérations n’avaient pas cours en ses murs. Pourtant la même « fraude » a eu lieu en 1997, impliquant les mêmes intervenants, et agitant les mêmes signaux d’alertes. Cette banque sans mémoire a oublié le suicide, dix ans plus tard, du trader Luigi Casu, qui s’est fait « prendre » en train de procéder aux mêmes opérations fictives… S’y ajoute que la Société Générale a perçu plus de 2 milliards d’euros d’argent public, directement en lien avec cette affaire et en violation de la Jurisprudence du Conseil d’état en la matière, sous le Ministère de Madame Christine Lagarde.

  • « Subornation de témoin » : Elle a payé, parmi la hiérarchie de son salarié et ses collègues de travail, des témoins ou acteurs majeurs du dossier dit « Kerviel » sept (7) années de salaire fixe. Tous ayant témoigné dans le sens de la Banque.

Ces plaintes sont en cours de « traitement » par la Justice, et leur issue est évidemment susceptible de montrer que la banque n’ignorait rien des agissements de son trader junior.

A la condition que la Justice mette enfin un terme à ses égarements à l’invitation de cette banque multirécidiviste.

Quelques questions se posent au Premier magistrat de France que vous êtes, Monsieur le Président :

  • Si la banque est bien la victime de Jérôme Kerviel, en quoi était-il nécessaire d’effacer des pièces dédouanant le coupable de ce dont il est accusé, et qui montrait que son employeur non seulement savait, mais qui plus est, l’encourageait dans ses opérations ?

  • Pourquoi payer des témoins au-delà du risque judiciaire sinon pour acheter le silence ?

  • Pourquoi avoir fait croire que Jérôme Kerviel était « membre des services de contrôle » sinon pour fabriquer une thèse à laquelle le marché n’adhère pas un instant ?

  • Pourquoi mentir devant la Brigade financière, les juges d’instruction et les juridictions de jugement saisies ?

  • Pourquoi avoir fait courir le bruit disant que Jérôme Kerviel était en fuite, ce qui n’a jamais été le cas ?

  • Pourquoi avoir prétendu que Jérôme Kerviel avait usurpé des identifiants et des mots de passe informatiques ?

  • Pourquoi ne pas avoir demandé, par commission rogatoire internationale, un état des pièces sauvegardées tant par l’EUREX ; chambre de compensation allemande permettant de savoir qui avait gagné ce que la Société Générale prétend avoir perdu (il est vrai que le sujet des chambres de compensation est devenu judiciairement radioactif depuis l’affaire Clearstream) ; que par le système ZANTAZ à Chicago ?

  • Pourquoi avoir truqué les aveux prétendus de Jérôme Kerviel ?

  • Pourquoi n’a-t-il pas été tenu compte des témoins issus de la Société générale entendus à la demande de la défense ?

  • Est-il utile de dépenser plus de 100 millions d’euros de communication pour réhabiliter une image durement écornée ?

Toutes ces questions montrent comment les acteurs de ce système ont fabriqué un coupable idéal pour masquer leurs propres turpitudes.

Il y a bien d’autres questions…

En dépit de la communication de la banque, tendant à faire passer pour fantaisiste la réalité telle qu’elle est, de nombreuses personnalités ont pris position pour interroger tel ou tel aspect de cette affaire, ou pour dénoncer telle ou telle anomalie ayant affecté le traitement judicaire du dossier. Parmi ces personnalités se trouvent Monseigneur Jean-Michel di Falco (Président d’honneur du Comité de soutien officiel à Jérôme Kerviel), Roland Agret, Président d’Action Justice, Paul Jorion économiste, Eva Joly ancienne Juge d’instruction, le Père Patrice Gourrier ; des responsables politiques tels que Jean-Luc Mélenchon, Julien Bayou, Alexis Corbières, François Bayrou, les députés Nicolas Dupont Aignan, Thierry Solère, Benoist Apparu, Edouard Philippe, Jérôme Guedj ; les Sénateurs de la République Marie-Noëlle Liennemann, Eric Bocquet ; de nombreux élus locaux, et le maire de Segrate (Italie), Adriano Alessandrini ; les journalistes Martine Orange, Denis Robert, Nicolas Cori, Irène Inchauspé ; et plus de 15.000 anonymes qui tous les jours suivent la marche de Jérôme Kerviel sur les réseaux sociaux.

Vous même, Monsieur le Président de la République, en 2010 sembliez avoir tout compris puisque vous déclariez : «Parmi toutes les choses choquantes dans cette affaire, il y en a beaucoup, maintenant on apprend que, finalement, la Société Générale va se faire rembourser. Comment admettre que lorsqu’une banque fait une erreur, ce soit le contribuable qui paie?»

Depuis vous présidez le Pays.

Nous, citoyens de France, vous demandons, Monsieur le Président de la République (et accessoirement, Madame la Ministre de la Justice ) - quelles que soient les raisons faisant qu’il ne faille pas regarde les comptes de la Société Générale - de faire en sorte que Jérôme Kerviel ne fasse pas un jour de prison, tant que la lumière pleine et entière n’aura pas été faite sur cette affaire, dans sa globalité, impliquant en ceci la mise en place d’une expertise totalement indépendante, permettant de vérifier aussi bien les dires de Jérôme Kerviel que de battre en brèche les foutaises articulées par cette banque.

Les citoyens français que nous sommes refusons radicalement l’idée de toute incarcération pour Jérôme Kerviel dans ces circonstances grossières où les petits arrangements entre amis (formés dans ces grandes écoles et ces grands corps de l’Etat) ont prévalu improprement sur les principes fondamentaux qui régissent notre République.

Il n’en va pas seulement de la vie d’un homme, il en va de la Justice en France. Celle-ci n’a pas à s’agenouiller pour se faire abuser par une finance déréglée.

N’ayez pas peur, Monsieur le Président, de respecter vos engagements de campagne, n’ayez pas peur d’être socialiste puisque vous le dites, n’ayez pas peur de prendre position, n’ayez pas peur de servir la Justice et de favoriser l’extraordinaire entreprise que nous menons au service de la Vérité et contre les abus de la finance qui asservissent nos concitoyens. Nous sommes nombreux à avoir compris que la « crise » est le petit nom donné aux débordements de quelques uns pour préserver leurs privilèges.

N’ayez pas peur du bon sens et de la beauté de la Justice qui retrouve toujours son chemin, n’ayez pas peur du bon goût et de l’intelligence de nos concitoyens qui ont tout vu et tout compris.

C’est pour cela que vous avez été élu.

Lorsque nous écrivons à vos Ministères, ils répondent par lettre type qu’ils n’entendent pas prendre part à une affaire judiciaire en cours. Or, nous dénonçons un dysfonctionnement. Je ne vous demande pas un passe-droit, nous vous demandons le droit.

Et si, contre le sens commun, Jérôme Kerviel devait être incarcéré en dépit de ce qui précède et qui est factuellement exact, nous serions nombreux à continuer à ses côtés le combat que nous avons initié.

Notre travail, au-delà de la défense des intérêts de Jérôme Kerviel est et sera de faire en sorte que la Société Générale, ses dirigeants et ceux qui l’auront servie dans cette entreprise violant tout à la fois le droit et la réalité aient l’air de ce qu’ils sont.

Si, à ma suite, d’autres personnes viennent signer cette tribune que je vous destine, j’entends ici indiquer que j’en assumerais seul les conséquences juridiques, en ma qualité d’avocat de Jérôme Kerviel, pour le cas où la banque -au-delà des effets d’annonces dont elle est coutumière- entendait poursuivre tel ou tel passage dont elle estimerait qu’il porte atteinte à son honneur et sa considération.

Pourquoi faut-il emprisonner Jérôme Kerviel, Monsieur le Président ? Pour sauvegarder des intérêts « supérieurs » ou pour masquer d’autres pertes que celles qu’on veut lui imputer ? Nous comptons sur votre engagement pour qu’éclate enfin la vérité et pour libérer cet homme de l’accablement qui l’empêche d’imaginer l’avenir.

David Koubbi, Avocat

Publié par Frédéric Maurin à 21:55pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #banque , #finance , #société générale

26 Mai 2014

Aux origines du carcan européen

Annoncée le 20 mai dernier :

Conférence "Aux origines du carcan européen"

en vidéo, ci-dessous !

Publié par Frédéric Maurin à 13:07pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ue , #capitalisme , #impérialisme , #grenoble

26 Mai 2014

Encore une grande victoire du FN ?

Encore une grande victoire du FN ?
Dans la continuité des élections municipales, difficile d'échapper ce matin à la "grande victoire du Front National".
Or, le vrai résultat est le suivant :
Abst: 58%
FN: 10,5%
UMP: 8,7%
Autres : 6,3% (dont un bon tiers à Debout la République)
PS: 5,9%
UDI-Modem: 4,1%
EELV: 3,8%
FDG: 2,7%
On peine aujourd'hui à trouver des analyses dépassant cet épouvantail utile qu'est le clivage "Ou l'UE ou l'extrême-droite", soit le meilleur garant du statu quo.
Une exception ICI :
Le niveau d’abstention, qui demeure élevé, est sans équivoque : une majorité de Français ne se sont pas rendus aux urnes, marquant ainsi leur désaffection vis-à-vis d’un Parlement sans légitimité ni pouvoir d’inflexion sur la conduite de l’Europe.

Au lieu de fustiger les abstentionnistes, il faut rechercher les causes de ce refus de se rendre aux urnes. Le mépris qui a suivi les résultats du référendum de 2005 est toujours vivace, comme le renoncement de François Hollande à renégocier le traité TSCG préparé par Mme Merkel et Nicolas Sarkozy.

Le MRC avait fait le choix de se tenir à l’écart de cette compétition électorale déconnectée des véritables enjeux, organisée en circonscriptions virtuelles et rythmée par un simulacre d’affrontement entre les candidats à la présidence de la Commission.
C’est une indifférence collective légitime qui a dominé.

La campagne du Parti Socialiste autour de Martin Schulz aura démontré ici l’impasse de la fuite en avant supranationale et de la politisation artificielle à base de slogans et de promesses en très grand décalage avec la politique réelle que la coalition SPD-CDU mène à Berlin et l’austérité que Bruxelles cherche à nous imposer.

Face à un Parlement croupion et mal élu, le Conseil se retrouve plus que jamais au cœur de l’Union. Une responsabilité historique repose sur les chefs d’Etat, à commencer par François Hollande, pour refaire une Europe au service des peuples et des Nations.

Publié par Frédéric Maurin à 09:00am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #front national , #Union européenne , #mrc , #chevènement

23 Mai 2014

Paroles de Résistance 2014 sur le plateau des Glières

Comme chaque année

(avec une proposition de transport pour les martinérois)

L’association « Citoyens Résistants d’hier et d’Aujourd’hui »
organise les 31 mai et 1er juin 2014
le rassemblement « Paroles de Résistance » sur le plateau des Glières
  • En réponse aux instrumentalisations indignes de l’Histoire de notre pays
  • Pour protester contre le démantèlement du programme du CNR (Conseil national de la résistance)
  • Pour conjuguer le verbe résister au présent, comme le disaient Lucie et Raymond Aubrac, face à la montée du FN
  • Un moment d’éducation populaire qui, nous l’espérons, redonnera l’envie à tous de construire ensemble un avenir plus digne
Interventions et témoignage
La Société des Lectrices et des Lecteurs de l’Humanité de St Martin d’Hères vous invite à participer à ce rassemblement
Dimanche 1er juin 2014 à 10h30
  • Déplacement en car au départ de St Martin d’Hères (arrêt possible au péage de Crolles)
  • Départ : 7h45 parking en face de la mairie de St Martin d’Hères avenue Ambroise Croizat
  • Retour : aux alentours de 18h30 (plus tôt si pluie)
  • Participation financière : 10 €
  • Prévoir un pique nique, des vêtements chauds et un chapeau de soleil …
  • Important : le rassemblement se déroule sans badge, sans banderole, sans mot d’ordre (discrétion sur un lieu de recueillement)
  • Pour s’inscrire :

Renvoyer le plus rapidement possible ce bulletin d’inscription accompagné du paiement de 10 € X … à l’ordre de la SLLH (Société des Lectrice et des Lecteurs de l’Humanité) à :

Marie et Charles Rollandin

33, rue Eugène Varlin

38400 Saint Martin d’Hères

crollandin@aol.com

Programme et plus d’infos : http://www.citoyens-resistants.fr

  • ………………………………………………………………………………………………………
  • Noms : …………………………………………………………….
  • Prénoms : …………………………………………………………….
  • Tel portable : …………………………………………………………….
  • e.mail : …………………………………………………………….

Publié par Frédéric Maurin à 16:35pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #saint martin d'hères , #glières , #résistance , #crha , #cnr

19 Mai 2014

Portrait d'un abstentionniste

Portrait d'un abstentionniste

Le 25 mai prochain, les abstentionnistes représenteront peut-être les 2/3 du corps électoral.

Nombre d'heureux élus, ou de piteux battus, le regretteront, se demanderont comment relancer le rêve européen ou fustigeront l'indifférence de ces mauvais citoyens.

Si le portrait qui suit pouvait les aider à ne pas dire trop d'âneries, j'en serais heureux.

Léon Landini est signataire de l'appel à l'abstention citoyenne aux élections européennes

Citoyen Résistant d'Hier et d'Aujourd'hui

Publié par Frédéric Maurin à 22:25pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #élections européennes , #abstention , #grève , #gauche , #Union européenne

19 Mai 2014

Elections européennes : France 2 en campagne

Elections européennes : France 2 en campagne

Je n'ai pas regardé le "Roman de l'Euro" diffusé par France 2 à la veille des élections européennes, je savais trop à quoi m'attendre avec David Pujadas.

Jacques Sapir s'y est courageusement collé et, au vu de ce que cela lui a inspiré, cela devait être effectivement affligeant.

Pour les tableaux et graphiques, voir la source :

L’Euro-Cauchemar

L’Euro-Cauchemar

16 mai 2014

Le « roman de l’Euro » présenté le jeudi 15 mai au soir a été l’occasion d’une scandaleuse soirée de propagande sur France-2 ! Non que l’on ne puisse parler ni même défendre l’Euro sur cette chaîne, comme sur les autres d’ailleurs. Mais le déséquilibre de l’émission, réalisée à grands frais par le service public et la malhonnêteté de l’argumentation ont passé les bornes. On a bien été en présence d’un exercice de « Funkpropaganda ». L’histoire de l’Euro nous a donc été présentée comme un « roman ». Mais pour la majorité des Français, mais aussi des Italiens, des Espagnols, des Portugais et des Grecs, il s’agit d’un véritable cauchemar. Il faut signaler que les réalisateurs n’avaient pris aucun risque. Les voix discordantes étaient réduites au strict minimum. Et si il faut saluer le courage d’un Philippe Villin, droit dans ses bottes et dans ses convictions face à ses adversaires et toujours très battant sur ce terrain, le spectateur moyen est laissé dans l’ignorance sur le nombre important d’économistes qui ont exprimé, ou qui expriment aujourd’hui, leurs doutes quant à la survie et surtout l’efficacité de l’Euro[1]. Des Bernard Maris, conseiller économique à la Banque de France, Bernard Mazier, Alain Cotta ou Frédéric Lordon, il ne fut donc pas questions, ni des quelques soixante-dix noms d’économistes européens ou américains. Le téléspectateur sera donc laissé dans l’ignorance qu’il existe une association d’économistes réputés combattant l’Euro, le European Solidarity Manifesto[2]. Il ne saura donc pas que la ESF-liste des membres inclut non seulement des économistes de premier plan, mais aussi des professionnels réputés et des responsables ou ancien responsables des Banques Centrales. Il ne saura pas, non plus, que plusieurs journalistes économiques de premier plan, dont le rédacteur en chef adjoint de l’Expansion[3], ont pris position très nettement pour une sortie de l’Euro dans un livre récent[4]. De « débat » donc, il n’y eut que le nom, et cela est indigne, mais hélas très habituel, dans la télévision publique mais aussi dans la France en général. Et l’on ne peut qu’être frappé du décalage de la situation entre notre pays et l’Italie ou l’Allemagne, pour ne pas parler de la Grande-Bretagne ou des États-Unis. Une réflexion poussée sur l’état de la démocratie dans notre pays s’imposera pour la suite.

L’Euro et ce que l’on en attendait

L’Euro existe depuis 1999 pour ce qui concerne l’Euro bancaire (ou Euro scriptural) et depuis 2002 pour la monnaie courante, ce que l’on appelle l’Euro fiduciaire. Les attentes qu’il avait suscitées étaient nombreuses. Certains prédisaient que son existence seule se traduirait par un gain de croissance important. D’autres qu’il engendrerait une unification des marchés européens. Il est temps aujourd’hui d’en tirer le bilan. Les conséquences de sa mise en œuvre ont en effet pu être observées avec un certain recul. Et ce bilan est sans appel, qu’il s’agisse de l’euro lui-même ou des économistes qui ont « vendu » l’Euro aux politiques et aux populations. Il faut donc signaler l’écart extrêmement important entre ce que l’on espérait de l’Euro et la réalité.

Jusqu’en 2008, soit jusqu’à la crise des subprimes, il a provoqué un fort ralentissement de la croissance sur les pays qui l’ont utilisé. On peut comparer les taux de croissance annuels entre pays de la zone euro et le reste des pays développés.

Tableau 1

L’écart est, par an, de 0,5% à 0,7% avec la moyenne des pays de l’OCDE, qui inclut en fait les pays de la zone Euro. Cette situation s’est en réalité aggravée avec la crise, et l’on voit que dans la période 2007-2011, le taux de croissance annuel de la zone Euro est bien plus faible que celui des États-Unis, ou de la Suisse et de la Norvège. L’effet de freinage sur la croissance dû à l’existence de l’Euro est indéniable. Encore faut-il savoir que la zone Euro est elle-même très hétérogène. L’impact de la crise de l’Euro sur les divers pays mérite que l’on s’y attarde. On constate que l’Euro a freiné de manière considérable la sortie de crise voire a aggravé cette dernière dans de nombreux pays.

Tableau 2

On constate immédiatement qu’un seul pays a vu son PIB s’accroître de manière conséquente par rapport à 2008, c’est l’Allemagne. La France stagne (avec un gain total pour l’ensemble de la période, soit 5 ans de 0,72%). Par contre la chute est importante pour les autres pays. Elle est impressionnante dans le cas de la Grèce (-23,3%) mais elles est très significative pour l’Espagne, l’Italie et le Portugal, et loin d’être négligeable pour un pays comme les Pays-Bas. Si l’on retirait l’Allemagne de la zone Euro, on verrait que le bilan global est encore plus négatif. De ce point de vue, le cas de la France est assez emblématique. Le gain de PIB par rapport à 2008 est dérisoire et l’on voit, à partir des données de l’INSEE, comment la croissance stagne depuis 2011.

Graphique 1

L’Euro-Cauchemar

Mais, ces chiffres sont loin de nous dire l’ampleur réel du problème induit par l’Euro. Il entraine une crise qui compromet les perspectives de croissance des pays européens pour les dix prochaines années.

Vers une décennie perdue dans la zone Euro ?

La chute des investissements est encore plus spectaculaire que celle de la croissance, et cette fois elle est générale. Or, cette chute compromet le développement de l’économie pour les prochaines années, et annonce l’équivalent d’une décennie perdue pour les pays de la zone Euro.

De 2008 à 2013, l’investissement, autrement dit la source même du progrès économique et social pour toute économie, s’est donc contracté dans tous les pays considérés. Cette contraction est très faible en Allemagne, significative en France et en Belgique, importante en Italie, aux Pays-Bas et au Portugal, et catastrophique en Espagne et en Grèce. Ces derniers pays sont ramenés au niveau d’investissement qui était le leur au milieu des années 1980. Il ne faut donc pas nourrir d’illusions quant à l’effet positif des politiques d’austérité.

Ces dernières ont permis à certains de ces pays de retrouver une balance commerciale en équilibre, mais ce fut au prix d’une contraction drastique des importations. Compte tenu de l’effondrement des investissements dans ces pays, on doit s’attendre à des chutes importantes de la productivité qui vont faire réapparaître à bref délai un problème de balance commerciale.

Graphique 2

Source : Base de donnée du FMI.

On voit, par contre, que l’Allemagne a un excédent important, et qui paraît même déraisonnable. L’Allemagne se fait tracter par le reste du monde, zone Euro incluse. Cette situation, elle la doit à l’Euro. Si l’Allemagne avait conservé le Deutschmark, ce dernier se serait réévalué au fur et à mesure des excédents commerciaux. Son taux de change serait probablement compris entre 1,50 et 1,55 dollars (ou USD) pour 1 DM. Mais, l’Allemagne bénéficie de l’Euro, et l’impact dépressif sur le taux de change qu’exercent les situations des autres pays. C’est pourquoi le taux de change de l’Euro, poussé à la hausse par les excédents allemands, mais à la baisse par les déficits des autres pays (dont la France) voit son taux de change évoluer entre 1,35 et 1,40 USD. Ce taux est excellent pour l’industrie allemande, mais bien trop fort pour les autres pays, qui doivent pour s’ajuster sacrifier leurs importations et leurs investissements. Un taux de 1,10 USD correspondrait à ce qui serait nécessaire pour la France, et pour l’Italie et l’Espagne, des taux compris entre 1,05 USD et 0,95 USD assurerait une bonne compétitivité sans avoir à sacrifier le long terme, par la compression des investissements. On mesure immédiatement qu’il ne peut y avoir de taux de change unique correspondant aux différentes économies. L’écart des taux de change d’équilibre pour les différents pays, et sans inclure la Grèce, va de 0,95 à 1,55 USD. L’ampleur de cet écart signe l’impossibilité de faire fonctionner la monnaie unique sans provoquer une catastrophe en Europe, et au-delà dans l’économie mondiale. Car l’impact des politiques d’austérité qui n’ont été mises en œuvre que pour « sauver » l’Euro dépasse de loin les frontières de l’Europe[5]. En fait, la zone Euro exerce une effet dépressif sur l’ensemble de l’économie mondiale. L’impact social de l’Euro est aussi catastrophique, en particulier, mais pas uniquement, dans le domaine du chômage.

Les politiques d’austérité mises en place justement pour « sauver l’Euro » ont abouti à un véritable désastre sanitaire en Grèce et, dans une moindre mesure en Espagne et au Portugal.

Une prise de conscience tardive

La prise de conscience de la catastrophe induite par l’Euro sur l’économie européenne commence à être perçue, que ce soit par les gouvernements ou par les agents privés. De fait, aujourd’hui, le marché des dettes tant publiques que privées, tend à se fractionner, c’est à dire que les banques de chaque pays n’achètent plus, de préférence, que des dettes de leur pays. On est ainsi revenu à la situation de 2000. Il faut ici rappeler que le marché des dettes était le seul sur lequel on avait pu noter une réelle convergence. Cette dernière est désormais effacée.

Il ne faut donc pas s’étonner si des voix s’élèvent pour demander une baisse du taux de change de l’Euro face au Dollar, et en particulier en France. Mais, si l’économie française qui est l’une des moins intégrées dans la zone Euro pourrait en tirer quelques profits, cela ne résoudrait nullement le problème de l’Italie ou de l’Espagne. Or, qui peut croire que la croissance reviendrait en France si ces deux pays sont en dépression ?

Mais, les calculs réalisés au Ministère des Finances, et dont Arnaud Montebourg s’est fait l’écho au début de cette année avec une déclaration importante au journal les Échos, dans une interview sur le site internet[6], ont l’immense intérêt de montrer de manière incontestable que nous aurions grand intérêt à sortir de l’Euro. Les taux de croissance qui sont indiqués par la DGTP (Direction Générale du Trésor et de la Prévision), soit 1,2% de croissance la première année et 0,6% la seconde en cas de dépréciation de 10%[7] de l’Euro correspondent d’ailleurs aux valeurs « hautes » du modèle qui a été publié en septembre dernier. Nous tablions, pour une dépréciation de 20% de la monnaie française (et non de l’Euro seulement) sur un gain direct de 2,5% à 2,8%, et un gain indirect total de 4,5% à 6% par an se répétant pour les 3 premières années[8].

La solution dite de « dépréciation » de l’Euro se heurte à plusieurs obstacles. D’une part, on ne « déprécie » pas si simplement la monnaie correspondant à une zone économique qui est en excédent commercial (du fait de l’Allemagne). On peut certes faire l’équivalent d’une « quantitative easing [9]» à l’européenne, soit obliger la Banque Centrale Européenne à racheter des montants importants de dettes publiques pour injecter de la monnaie et, par un processus de marché, comme il y aurait plus d’offre d’euros que de demande, provoquer une baisse du cours par rapport au Dollar et au Yen. Mais un tel programme rencontrera l’opposition absolue de l’Allemagne. En effet, l’article 88 de la loi fondamentale allemande interdit à la Banque Centrale de prêter à l’État, et la cour de Karlsruhe a statué que les pratiques de la BCE ne doivent pas violer la constitution allemande. D’ailleurs, le problème se pose dès aujourd’hui à propos du programme Outright Monetary Operation envisagé par Mario Draghi, le président de la BCE, dont la légalité au regard de la loi allemande et du statut de la BCE est mise en cause par 6 juges sur 8[10]. Enfin, il faudrait que la BCE adopte de manière claire une politique de ciblage du taux de change (et du taux de change réel par surcroît), ce qu’elle s’est toujours refusée à faire. On peut le déplorer, mais il faut le constater, il n’y a pas de majorité qui permette de faire changer de politique la BCE. Sauf à expulser l’Allemagne de la Zone Euro, rien ne sera possible dans la Zone Euro.

On le mesure alors. La seule solution raisonnable, celle qui mettrait fin au cauchemar de l’Euro, serait une dissolution concertée de ce dernier. Il faut souhaiter qu’elle soit prise le plus rapidement possible, car le désastre imposé par l’Euro n’a que trop duré.

[1] On consultera une liste, d’ailleurs incomplète, sur http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/aucun-economiste-n-est-pour-la-fin-150926

[2] http://www.european-solidarity.eu/index.php

[3] http://news360x.fr/franck-dedieu-sauve-qui-peut-hors-de-leuro/

[4] Laura Raim, Benjamin Masse-Stamberger, Franck Dedieu et Béatrice Mathieu, Casser l’Euro pour sauver l’Europe, Les Liens qui Libèrent, Paris, 2014.

http://www.atlantico.fr/decryptage/sacrifier-euro-pour-sauver-europe-ou-monnaie-commune-beatrice-mathieu-1066394.html#53WtcIrMPXkL8Iq7.99

[5] Bibow J. et A. Terzi, edits. Euroland and the World Economy, Palgrave MacMillan, New York, 2007.

[6] Consultable ici : http://www.lesechos.fr/economie-politique/france/interview/0203303714652-arnaud-montebourg-nous-devons-faire-baisser-l-euro-648970.php

[7] « D’après la direction du Trésor, une dépréciation de 10 % permettrait d’accroître notre taux de croissance de 1,2 %. Cela créerait 150.000 emplois, améliorerait la balance commerciale et réduirait notre déficit public de 12 milliards »

[8] Sapir J., Murer P. et C. Durand, Les scénarii de dissolution de la zone Euro, Fondation Respublica, Paris, 2013.

[9] Ou « aisance quantitative » du nom des programmes mis en place par la FED aux Etats-Unis.

[10] Voir la décision de la Cour : http://www.bundesverfassungsgericht.de/pressemitteilungen/bvg14-009

Publié par Frédéric Maurin à 20:56pm - Voir le commentaire ()
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14 Mai 2014

Conférence "Aux origines du carcan européen" le 20 mai

Conférence "Aux origines du carcan européen" le 20 mai

A l'invitation du

Comité de Résistance à l'UE

Ce mardi 20 mai à 21h à la Maison Des Associations de Grenoble, rue Berthe de Boissieux (entrée libre et gratuite)

CONFÉRENCE PUBLIQUE

d' ANNIE LACROIX RIZ historienne,

professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris VII Denis Diderot

autour de son ouvrage Aux origines du carcan européen

...désolé, pour le moment je n'ai que la 4ème de couverture à livrer :

L’union européenne a été présentée aux Français sous le jour engageant du « Plan Marshall », ennemi de la misère et de la servitude des peuples européens. Son objectif aurait cadré avec le projet, pacifique des « pères de l’Europe », Jean Monnet, Robert Schuman, Konrad Adenauer, etc., appliqués à proscrire défnitivement les guerres qui avaient endeuillé et affaibli le Vieux Continent de 1914 à 1918 puis de 1939 à 1945.
La paix serait garantie par la protection américaine, gage d’une liberté refusée aux peuples « de l’Est » soviétisés.
Cette union fondée sur la « libre concurrence » entre égaux, en lieu et place des puissants cartels, se débarrasserait du Comité des Forges des sidérurgistes et marchands de canons enrichis par les guerres mondiales : mettant fin aux crises et aux guerres, elle vaudrait à tous la prospérité et « le pain blanc », bref, l’Eldorado. Seule la récente crise, née d’une « épidémie » financière, aurait fait « dériver » ce noble projet, au risque de compromettre ses objectifs initiaux.
« Dérive » récente d’une « Europe sociale » ou « alibi européen » indispensable, à l’ère impérialiste, à la maximisation du profit monopoliste et à la guerre aux salaires ?
Le présent ouvrage décrit, sources à l’appui, la stratégie, depuis le début du xxe siècle, d’effacement du grand capital français devant ses deux grands alliés-rivaux hégémoniques, l’Allemagne et les États-Unis, si précieux boucliers sociopolitiques.

Publié par Frédéric Maurin à 10:13am - Voir le commentaire ()
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