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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

29 Octobre 2014

Sivens, en mémoire de Rémi Fraisse

Sivens, en mémoire de Rémi Fraisse

On a évoqué ici le sort des petits soldat de la guerre économique mondiale à l'autre bout de la planète comme en France.

La guerre mondiale faite à l'environnement a tué aussi en France.

Il s'appelait Rémi Fraisse

Ici, un chant à sa mémoire et une question pour continuer son combat...

Quelle est l'utilité des projets inutiles ?

Le M’PEP a choisi d’illustrer les positions qu’il entend défendre sur la question environnementale (1) par la présentation d’exemples concrets. Ainsi, vouloir limiter les impacts écologiques de la production des biens et des services impose une baisse de la consommation matérielle, si l’on admet que l’antiproductivisme (le productivisme étant défini comme le « système d’organisation de la vie économique dans lequel la production est donnée comme objectif premier ») doit constituer un des fondements d’une écologie radicale et républicaine. Il ne s’agit pas bien entendu de s’engager dans une baisse généralisée et indistincte de toute production au motif qu’il faut protéger la planète. Il faut par contre définir par le débat public quels types de production (au sens large) doivent augmenter ou baisser.

Publié par Frédéric Maurin à 07:58am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #écologie , #capitalisme , #démocratie , #Etat , #france , #zad , #rémi fraisse , #le grand soir , #M'PEP , #Notre Dame des Landes

27 Octobre 2014

Les femmes avec LE PEN ?

Elles feraient bien d'y regarder à deux fois.

C'est instructif, les archives récentes...

Publié par Frédéric Maurin à 22:51pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #le pen , #front national , #extrême-droite

27 Octobre 2014

Produire en France ?

Produire en France ?
10 PROPOSITIONS POUR RÉINDUSTRIALISER LA FRANCE

Par le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 30 novembre 2012.

Le rapport Gallois et les mesures prises par le gouvernement pour améliorer la « compétitivité » de la France ont été largement commentés. Le M’PEP a fait part de son analyse dans une étude du 20 novembre 2012 ; pour y accéder, cliquez ci-dessous :

http://www.m-pep.org/spip.php?article3132

Le moment est venu de présenter des alternatives. C’est ce que fait le M’PEP dans le domaine de l’industrie où, lors d’un colloque organisé le 10 mars 2012 à Lyon, 10 propositions ont été formulées pour relancer la politique industrielle ; pour y accéder, cliquez ci-dessous :

http://www.m-pep.org/spip.php?rubrique328

L’objectif est de doubler, en 10 ans, la part de l’industrie dans la valeur ajoutée, et passer de 12,5% à 25%, soit la création de plus de 2 millions d’emplois. Au-delà de l’aspect quantitatif, c’est sur le sens à donner au renouveau de la base productive française que s’interroge le M’PEP. Il s’agit de passer à la coopération internationale afin de réindustrialiser notre pays et sortir de la crise en sortant de l’Union européenne et de l’euro de manière unilatérale.

Il ne faut surtout pas raisonner en termes de « compétitivité », de concurrence, de conquête de marchés, de libre-échange, car c’est la mise en concurrence des peuples et des travailleurs, leur division, et la baisse de leurs salaires et des dépenses publiques sociales. Il faut raisonner en termes de besoins, pour tous, de productions à effectuer pour répondre à ces besoins, de coopération internationale dans le cadre de la charte de La Havane.

Pourquoi parler de politique industrielle ?

Une volonté politique est nécessaire pour reconstruire la base productive nationale, car le marché est incapable de le faire. La preuve se trouve dans les politiques de libéralisation, particulièrement celles affectant les marchés de capitaux, le marché du travail et le commerce international, qui ont abouti à la désindustrialisation actuelle.

L’industrie permet de :

  • Produire des biens utiles, des plus sophistiqués aux plus communs.
  • Gagner le maximum de gains de productivité, contribuant aux économies en travail et en capital, et à limiter les nuisances sur l’environnement.
  • Encourager l’innovation technologique, non pour accélérer le libre-échange, la concurrence et la guerre économique, mais pour améliorer la qualité et la durabilité des produits, la qualité du travail et des processus de production au regard de l’environnement.
  • Assurer des emplois variés, des plus hautes qualifications aux plus modestes.
  • Organiser l’aménagement du territoire car l’industrie sera la pierre angulaire de la résurrection des banlieues et de certains milieux ruraux.
  • Susciter des emplois induits dans les services.
  • Contribuer à la puissance et à l’indépendance nationale.
  • Développer la coopération internationale.
  • Reconstruire un salariat et une classe ouvrière, force propulsive du changement social.

Nous sommes loin, ici, des diversions régulièrement lancées autour de l’économie « verte » ou de la « nouvelle » économie.

1.- Produire et acheter français

Dans les secteurs où le taux de couverture (des importations par les exportations) est le plus faible, une politique de substitution aux importations devra être menée. Ainsi, de mai 2010 à mai 2011 le déficit de la balance commerciale (énergies incluses) était de 76 milliards d’euros. Il faut revenir à l’équilibre (hors énergies) dans les domaines suivants qui connaissent des déficits importants :

  • Véhicules automobiles (7 milliards d’euros)
  • Vêtements (7 milliards)
  • Ordinateurs et équipements périphériques (6 milliards)
  • Produits électroniques grand public (5 milliards)
  • Équipements de communication (4 milliards)
  • Produits pharmaceutiques de base (3 milliards)
  • Chaussures (3 milliards)
  • Appareils électroniques (3 milliards)

Cette politique devra être mise en œuvre par des accords bilatéraux de coopération commerciale s’inspirant de la charte de La Havane. A défaut, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises.

2.- Revaloriser le travail dans l’industrie

Il faut reprendre la réduction de la durée du travail et aller rapidement vers les 32h par semaine en 4 jours, sans perte de salaire. Un fonds de péréquation des salaires et la mise en place de groupements d’employeurs permettront aux petites et moyennes entreprises de faire face sans difficultés à la RTT. Des droits nouveaux devront être accordés aux salariés, aux syndicats et aux comités d’entreprise. L’accent mis depuis des années sur le coût du travail qui serait trop élevé a culpabilisé ceux qui subissaient la désindustrialisation. Il faut mettre un terme définitif à tout ceci. L’ancrage territorial de la réindustrialisation y contribuera.

3.- Nationaliser les grandes féodalités industrielles

Affaiblir le pouvoir financier, économique, stratégique et symbolique des classes dirigeantes et reprendre en main la production pour :

  • mettre en œuvre une mutation écologique du mode de production, la réindustrialisation ne devant pas se faire à l’identique mais se traduire par un changement radical de la façon de produire et de ce que l’on produit.
  • réorienter la stratégie des entreprises industrielles vers le marché intérieur et la constitution de filières.
  • remplacer le libre-échange par la coopération internationale.
  • installer une charte de la sous-traitance.
4.- Planifier une mutation écologique du mode de production

L’effort de R&D et d’innovation ne doit pas servir au développement de la « compétitivité », mais à améliorer :

  • la situation de l’homme au travail.
  • l’utilité, la durabilité et la qualité des produits.
  • les effets de la production sur l’environnement.
  • la coopération internationale.

Il s’agit de remettre en cause la spécialisation actuelle de l’industrie française vers des niches technologiques très pointues mais vieillissantes : TGV, Airbus, le nucléaire. Cela ne suffit plus à tirer le reste de l’économie. Ce choix de milieu de gamme pénalise la France depuis l’euro qui a accentué la spécialisation dans chaque pays. Les pays émergents gagnent des parts de marché sur tous les segments : bas, moyen et haut de gamme.

La France doit donc élaborer de nouvelles perspectives industrielles. Celles-ci devront permettre une utilisation plus rationnelle et plus économe des ressources énergétiques et minérales.

Les nouvelles énergies devront faire l’objet de gros investissements, comme la transition énergétique et la gestion des déchets en développant particulièrement les filières de recyclage. La réhabilitation thermique de millions de logements individuels et collectifs améliorera radicalement le solde énergétique du pays tout en créant de nombreux emplois non délocalisables. Même chose pour les transports collectifs propres.

L’agroalimentaire recèle d’immenses potentialités de développement autour de l’amélioration de la qualité, tout comme l’agriculture alimentaire de proximité.

5.- Financer l’industrie par le crédit bancaire et non plus par les marchés financiers

Il n’y a pas assez de crédit bancaire pour financer l’industrie dans les PME et PMI. Les banques devront être entièrement nationalisées, le crédit rendu sélectif et encadré. Un Livret E permettra d’apporter des fonds propres aux PME et TPE.

6.- Organiser le dépérissement de la Bourse

La Bourse, normalement, en système capitaliste, est faite pour apporter des capitaux aux entreprises. Ces capitaux viennent de la vente des actions des entreprises qui s’inscrivent à la Bourse ou qui, déjà inscrites, augmentent leur capital par de nouvelles émissions d’actions. La logique voudrait alors que le nombre d’entreprises inscrites à la Bourse, le nombre et le montant des actions émises croissent sans interruption puisque les entreprises ont toujours besoin de capitaux pour leurs investissements. C’est globalement ce qui c’est passé depuis la création des Bourses.

Or le phénomène inverse s’observe depuis quelques années. C’est ainsi, par exemple, pour confirmer cette évolution, que le supplément économie du journal Le Monde du 4 septembre 2012 titrait sur toute sa largeur « La fin de la Bourse de Paris ? ». Les raisons de cette interrogation reposaient sur deux éléments :

  • Jamais les entreprises françaises n’avaient obtenu si peu de financements de la Bourse (43% de leurs investissements en 1998 contre 3,3% en 2011, le reste venant des crédits bancaires classiques, de l’émission de titres de dette et de l’autofinancement).
  • Jamais aussi peu d’entreprises ne s’étaient inscrites à la Bourse de Paris (Euronext) : 52 en 2007 et 3 en 2009 (10 en 2012).

Mais Le Monde oublie trois éléments très importants (source INSEE) :

  • Le nombre d’entreprises cotées à Euronext Paris (nom actuel de la Bourse de Paris) a baissé de 650 en 2002 à 598 en 2008.
  • La capitalisation boursière des actions (valeur de chaque action cotée multipliée par le nombre d’actions émises) a baissé de 1 702 en 2006 à 1 002 en 2008.
  • Les rachats d’actions prennent une dimension considérable (source Banque de France). En 2012, les entreprises ont racheté pour 4 milliards d’euros de leurs propres actions, tandis que les émissions de nouvelles actions se sont élevées à 10,8 milliards, soit un montant net de 6,8 milliards seulement. Le rachat d’actions consiste pour une entreprise à annuler, en les rachetant, ses propres actions, pour éviter une dilution de son capital et redonner l’argent aux actionnaires. L’ouverture du capital des entreprises aux investisseurs institutionnels a modifié la stratégie de ces entreprises pour leur faire adopter des stratégies de recentrage sur leur cœur de métier. Pourquoi ? Parce que les « zinzins » (fonds de pension, fonds mutuels, hedge funds…) exigent une rentabilité d’au moins 15% par an. Un tel niveau de rentabilité ne peut être obtenu dans des groupes diversifiés où, par définition, certaines activités, tout en restant très rentables, le seront malgré tout moins que d’autres. Résultat : la rentabilité globale de l’entreprise incorpore des secteurs moins rentables que d’autres alors que les « zinzins » ne veulent que les secteurs dans lesquels la rentabilité est la meilleure. D’où les ventes et fermetures des secteurs les moins rentables (mais rentables quand même…), les fusions, acquisitions, LBO’s, licenciements boursiers, pour ne garder dans les groupes que le cœur de métier le plus rentable qui permettra de « servir » les 15% demandés par les « zinzins »… Il faut donc exfiltrer les fonds de pension (les « zinzins » en général) du capital des entreprises, en lien avec leur nationalisation, remettre en place l’impôt de Bourse en attendant l’extinction de cette dernière…
7.- Changer l’assiette de calcul des cotisations sociales patronales

Cette assiette est aujourd’hui la masse salariale. Cela pénalise l’emploi. Il faut aller vers une assiette à 3 composantes : la masse salariale, les produits financiers, l’EBE (excédent brut d’exploitation). Cela divisera le patronat entre les grandes entreprises qui s’opposent à cette réforme et les petites qui y ont intérêt.

L’Excédent brut d’exploitation (EBE) sert à mesurer la richesse réelle créée par l’entreprise. Il se définit ainsi : EBE = chiffre d’affaires ht - achats de marchandises et matières premières ht - services extérieurs (loyer, électricité, assurance...) ht - services provenant de tiers (avocats, comptable..) ht - impôts et autres taxes - salaires et charges sociales.

8.- Réprimer les licenciements boursiers

Le M’PEP a repris une proposition de loi de l’association Un travail pour chacun (UTC) réalisée avec le professeur Gérard Lyon-Caen relative à une « restitution sociale » que verseraient les entreprises qui commettraient des licenciements boursiers.

http://www.m-pep.org/spip.php?article722

9.- Interdire les délocalisations et relocaliser

Le M’PEP a élaboré une proposition de loi à cet effet.

http://www.m-pep.org/spip.php?article965

10.- Sortir de l’euro et de l’Union européenne

Tout ce qui vient d’être proposé jusqu’à présent n’est pas possible dans le cadre de l’Union européenne et de l’euro, c’est pourquoi il faut sortir de ce système et de sa monnaie unique.

  • Aucune politique industrielle n’est possible à l’échelle de l’Union européenne. Définie en 2000, la stratégie de Lisbonne n’a été qu’une supercherie. Son objectif – jamais atteint – était d’allouer 3% du PIB à la R&D et à l’innovation. Cette stratégie se basait sur une idéologie délirante : l’économie de « la connaissance » remplacerait la production matérielle. Le dogme de la libre-concurrence interdit toute politique industrielle européenne, il faut donc un État stratège et interventionniste. Pour ne prendre que cet exemple, l’encadrement et la sélectivité du crédit ne sont pas possibles dans le cadre de l’Union européenne.
  • Dans le cadre de l’Union européenne, aucune politique de substitution aux importations n’est possible puisque seul le libre-échange est autorisé.
  • La dévaluation n’est pas possible non plus.

La sortie de l’euro permettra d’éviter que les économies européennes continuent à se mener une concurrence destructrice par la baisse des salaires. Dès lors les gains de productivité, particulièrement en France où elle est très forte, pourront être répartis pour les salariés.

Publié par Frédéric Maurin à 21:36pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #france , #fiscalité , #austérité , #banque , #chômage , #droit opposable à l'emploi , #europe , #libre-échange , #M'PEP , #souveraineté nationale

26 Octobre 2014

GATTAZ l'enfumage

C’est le 24 septembre que le président du Medef, Pierre Gattaz, a publié un petit livre jaune intitulé « 1 million d’emplois… C’est possible ! ». Parmi les mesures les plus emblématiques qui permettraient – soi-disant – de créer ces emplois, figurent la suppression de jours fériés, l’autorisation, entreprise par entreprise, de déroger à la durée légale du travail ou encore des dérogations concernant le salaire minimum pour certaines catégories de demandeurs d’emplois.

La famille Gattaz est habituée à l’escroquerie intellectuelle puisque le père de Pierre, Yvon, ancien président du Conseil national du patronat français (CNPF), ancêtre du MEDEF, avait sous la cohabitation Mitterrand-Chirac promis la création de centaines de milliers d’emplois si l’autorisation administrative de licenciement était supprimée. Celle-ci a bien été supprimée, mais depuis, le chômage n’a pas cessé de monter.

Pour Pierre Gattaz, les salariés français ont trop d’avantages, ils seraient des paresseux et s’ils travaillaient plus, il y aurait moins de chômage. Le chômage ne cesse d’augmenter depuis la mise en place de la politique de rigueur d’abord par Valéry Giscard d’Estaing (son Premier ministre Raymond Barre lance le premier plan d’austérité en 1976), puis par un gouvernement PS en 1983. Depuis 2012, comme les gouvernements de droite qui les ont précédés, les gouvernements « socialistes » ont abreuvé le patronat de cadeaux censés faire baisser le chômage. Les milliards ponctionnés sur les services publics n’ont fait que faire monter régulièrement la courbe du chômage, tandis que la cote de popularité du président de la République est la plus basse depuis le début de la 5e République. Cette politique est désastreuse sur tous les plans, sauf celui des dividendes distribués par les groupes français qui ont été de 40 milliards d’euros au 2e trimestre 2014, soit une hausse de 30% en un an.

L’échec historique des politiques de déflation salariale pour lutter contre le chômage.

Après la crise de 1929, les libéraux des années 1930 avaient cru résoudre le problème de la dépression et du chômage qui en était la conséquence en pratiquant la déflation salariale avec la réduction des avantages liés au salaire et du salaire lui-même. Cette politique fut un échec. Mise en œuvre en Allemagne par le chancelier social-démocrate Brüning, elle provoqua une telle explosion du chômage que Hitler fut appelé au pouvoir en janvier 1933. En France, mise en œuvre par Pierre Laval en 1934, elle accentua le chômage et suscita les grandes grèves ouvrières de juin 1936. Quelles que soient leurs conséquences, ces politiques n’ont jamais atteint le but qu’elles revendiquaient et on ne peut que s’étonner que les leçons de l’Histoire n’aient pas servi.

Dans les années 1930, les pays réagissaient individuellement à la crise ; aujourd’hui, ils agissent collectivement sous la direction de la Commission européenne, mais le résultat n’est pas meilleur. L’Allemagne présentée comme un modèle parce qu’elle pratique depuis plus de 10 ans une politique de déflation salariale connaît un fort ralentissement économique et les autres pays européens ont une croissance nulle, alors que la croissance marchande est le moteur et le but du système capitaliste car c’est elle qui génère les profits. Dans tous les pays européens, le mot d’ordre est la diminution du coût du travail, entendons la baisse du salaire direct ou indirect. Mais elle est inefficace pour créer de l’emploi, elle ne fait que réduire la demande et bien sûr enfoncer les sociétés dans la récession. Elle est également inefficace vis-à-vis de pays émergents comme la Chine dont le coût du travail est encore plus d’une dizaine de fois inférieur à celui de la France.

Le patronat ne veut pas faire baisser le chômage.

Comme l’économiste anglais Keynes l’avait préconisé dans les années 1930, la solution est l’augmentation de la demande qui ne peut être que le fruit de l’augmentation des salaires et du plein emploi. Mais il y a une condition à cela : la mise en place de mesures protectionnistes unilatérales à l’échelle nationale pour éviter que le développement de la demande augmente les importations et donc le déficit commercial de la France déjà très élevé. Depuis sa création, le M’PEP préconise la suppression de toutes les aides patronales à la création d’emplois que le patronat ne crée pas et l’utilisation par l’Etat des quelques 200 milliards d’euros qui seraient libérés. Le M’PEP a calculé en 2008 qu’il serait possible de financer 3.300.000 emplois payés au salaire moyen dans le secteur non-marchand (http://www.m-pep.org/spip.php ?article700). Les sommes dilapidées dans le CICE et les 50 milliards du pacte de responsabilité ne sont évidemment pas prises en compte dans le calcul. La vérité est que le patronat encourage le chômage de masse parce qu’il met en concurrence les travailleurs entre eux et pousse les salaires à la baisse.

Un Etat responsable devant la Nation et non devant le patronat ne devrait avoir aucune hésitation à faire cesser le scandale qui consiste à garder dans les difficultés et improductifs plus de cinq millions de nos concitoyens. Que de richesses non créées, que de besoins non satisfaits notamment dans les services publics, que de compétences sous-utilisées ou pas utilisées du tout ! Plutôt que de laisser dire que les Français ne travaillent pas assez, disons qu’ils ne sont pas assez à travailler. S’ils étaient plus nombreux, on pourrait diminuer le temps de travail de chacun, mais le patronat se plaindrait de la diminution de ses profits.

Depuis plus de 30 ans, les grandes entreprises délocalisent leurs activités pour augmenter leurs bénéfices. La réindustrialisation ne se fera pas sur la base de discours moralisateurs sur le patriotisme économique mais en créant ou en recréant des industries avec des fonds d’Etat.

Une telle orientation est évidement à l’opposé de la politique suivie par les gouvernements de droite comme de gauche depuis 30 ans.

La sortie de l’euro est indispensable pour résoudre la question du chômage.

Supprimer le chômage et la précarité nécessite l’indépendance monétaire, par conséquent la sortie de l’euro. L’économiste Jacques Sapir a calculé que la sortie de la France de l’euro créerait mécaniquement un million d’emplois car la France pourrait exporter et redresser ainsi la balance commerciale largement déficitaire. Même le Premier ministre reconnaît que l’euro est surévalué et bride nos exportations. L’Allemagne qui fait fabriquer beaucoup de ses produits chez ses voisins, Pologne, Hongrie, République tchèque, pays à faible coût du travail, n’est pas gênée par l’euro fort. Si la France revenait au franc, elle n’aurait pas à implorer l’Allemagne de faire baisser l’euro, elle serait libre de dévaluer sa monnaie de façon à pouvoir exporter.

La sortie de l’Union européenne et du libre-échange.

L’orientation antilibérale ainsi amorcée nécessiterait la sortie de l’Union européenne qui, en application des traités, nous interdit l’imposition de droits de douane et de quotas d’importations à nos frontières. Comment pouvoir résister à la concurrence de produits fabriqués par une main-d’œuvre sous-payée et dans des conditions ne respectant ni le droit du travail, ni l’environnement ? La réindustrialisation est impossible dans un monde de libre-échange. N’oublions pas que les Etats-Unis et l’Allemagne au XIXe siècle se sont industrialisés derrière des barrières douanières (jusqu’à 100% pour les Etats-Unis) pour se prémunir de la concurrence de l’Angleterre, alors le pays le plus avancé techniquement au monde. De même, les dragons asiatiques (Corée du Sud, Singapour, Taïwan, etc.) ont créé dans les années 1950 une industrie à partir de zéro derrière des barrières douanières.

On nous répondra que le protectionnisme économique est préconisé par l’extrême-droite. Soyons clairs : les nationalistes veulent favoriser l’industrie française aux dépens des autres dans la mondialisation. Tel n’est pas notre but, nous voulons que le peuple français puisse choisir ses conditions de vie sans que sa décision soit orientée par les objectifs du capitalisme national et international. Nous voulons simplement rendre la démocratie possible, non seulement pour nous mais pour tous les peuples. La charte de la Havane de 1948, qui n’a malheureusement jamais été appliquée, prévoyait des accords économiques entre les pays de façon à favoriser l’emploi et l’autosuffisance alimentaire dans chacun d’eux. Sous l’égide d’une organisation internationale, l’Organisation internationale du commerce qu’elle préconisait de mettre en place, dépendant de l’ONU, les balances commerciales de tous les pays devaient être équilibrées.

En attendant qu’une organisation de ce type remplace l’actuelle Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le but est le libre-échange, quels que soient les dégâts sociaux qu’il crée, les Etats qui le désireraient pourraient signer des accords bilatéraux. La coopération internationale serait initiée par un pays, le nôtre par exemple qui instaurerait le protectionnisme pour lui-même.

Défense des dominés et restauration de l’idée de Nation.

Ces propositions du M’PEP sont moins utopiques qu’elles le paraissent. Pendant les trente glorieuses (1945-1975), tous les pays ont pratiqué le protectionnisme et cette période est la plus longue de l’histoire du capitalisme à ne pas avoir connu de crise économique. Même s’il n’est pas possible de revenir à une époque révolue, revenons aux principes qui en ont fait la vitalité. Détruisons cette plaie qu’est le libre-échange.

En nous battant pour la défense des dominés et la restauration de l’idée de nation, nous combattrons le néolibéralisme du Capital et nous préparerons le socialisme du XXIe siècle.


Pour aller plus loin sur les propositions du M’PEP :

Publié par Frédéric Maurin à 21:21pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #medef , #emploi , #pierre gattaz , #chômage , #m'pep

22 Octobre 2014

Le coût de l'euro fort pour la France

403 000 000 000 d'euros.

Un ordre de grandeur à ne pas perdre de vue.

Publié par Frédéric Maurin à 09:27am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #euro

9 Octobre 2014

Avis de grève et manifestations le jeudi 16 octobre

Avis de grève et manifestations le jeudi 16 octobre

Ce n'est pas parceque la France s'est doté d'un gouvernement de gauche et d'un Président en phase avec les attentes du prolétariat qu'il faut pour autant baisser la garde...

Ce 16 octobre, c'est la CGT qui s'y colle.

Publié par Frédéric Maurin à 22:12pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #cgt , #grève , #syndicalisme , #sécurité sociale , #16 octobre , #16 octobre 2014 , #manifestation , #austérité

1 Octobre 2014

RussEurope : Déconneurs, Gourdel,Ukraine...

Repérés sur le Carnet de Jacques Sapir... où l'on comprend que Le Monde déconne sur la sortie de l'Euro, que l'assassinat de Monsieur Gourdel ne doit pas nous faire oublier d'où vient l'Etat islamique, qu'en Ukraine les pro-russes n'ont pas le monopole des atrocités...

Déconnants décodeurs

24 septembre 2014

Par Jacques Sapir

Le 20 septembre dernier Le Monde, dans sa rubrique des « décodeurs », publiait un article de Maxime Vaudano sous le titre racoleur « La sortie de l’euro prônée par le Front national nous ruinera-t-elle ? » [1]. Ce papier contient des ambiguïtés et des erreurs, parfois si énormes, que l’on se demande s’il ne ressort pas d’une rubrique humoristique des « déconneurs ». Je n’aurai pas eu vocation à le commenter si je n’étais cité, et souvent mal cité, dans le cours de cet article. Me voici donc contraint de rétablir les faits, une fois pour toute. (ndr: non, une fois de plus!)

1. Au sujet de la dette publique.

L’article se focalise sur la dimension juridique du problème et présente comme un « scénario radical » la redénomination en Francs des montants de dette souveraine souscrit dans des contrats de droit français. Il m’attribue une position mais sans donner les raisons qui fondent cette dernière : « L’économiste Jacques Sapir n’a aucun doute sur le sujet : « un principe juridique s’impose à tous », et ils perdront devant les tribunaux. ». En fait, les OAT et autres bons du Trésor émis en droit français stipulent que c’est dans la monnaie ayant cours légal en France que ces dettes seront remboursées. La monnaie ayant cours légal fut le Franc, puis l’Euro, et pourrait parfaitement redevenir le Franc. Il convient de regarder quelle est la jurisprudence internationale en la matière, depuis la fin des années 1920. Elle est constante sur ce point : un Etat rembourse dans « sa » monnaie, du moment qu’il a emprunté dans celle-ci, et peu importe le nom de cette dernière. C’est ce que l’on appelle la « lex monetae », mais ce principe est en réalité antérieur au nom juridique sous lequel il est connu. Si la France décidait donc de sortir de l’Euro et de rétablir le Franc, la conversion se ferait de droit, automatiquement. La meilleure preuve est donnée par un des arguments présentés par Vaudano :

« Meilleure preuve : la mesure radicale prise fin 2011 par la Banque d’Angleterre : suggérer aux institutions financières d’intégrer systématiquement dans leur contrat une clause de sortie de la zone euro, pour réduire l’incertitude en cas de changement de monnaie de leurs débiteurs. ». Si la Banque d’Angleterre a fait cette suggestion, c’est en réalité pour protéger des investisseurs britanniques contre l’application du principe juridique cité. S’il y avait eu en la matière ce que les juristes appellent un « doute raisonnable » que les dettes puissent être remboursée dans une autre monnaie que celle du pays considéré, la BofA n’aurait pas eu besoin de faire cette recommandation. En la matière, le problème n’est pas celui d’un possible conflit entre la loi française et la loi européenne. L’Euro, d’ailleurs, n’est pas assimilable à une mesure relevant du droit européen, mais d’un droit particulier de coordination des Etats membres, ce que vérifie la structure de la Banque Centrale Européenne qui n’a pas supplanté les Banques Centrales des différents Etats. Il eut suffi au rédacteur de l’article de consulter des juristes qualifiés en la matière, ce qu’il n’a visiblement pas fait.

Mais, il y a une dimension économique à cette question, qui est d’ailleurs traitée avec la même légèreté dans l’article incriminé. La question se pose de savoir quelle sera la réaction des investisseurs face à une sortie de la France de l’Euro, accompagnée d’une forte dépréciation de notre monnaie tant par rapport au Dollar qu’au Deutschemark. Cette réaction sera la même que celle d’un investisseur français, ou américain, décidant d’acheter de la dette souveraine japonaise. Tout investisseur sait qu’il court un risque de change, soit négatif (la monnaie du pays se déprécie et il perd de l’argent) soit positif (la monnaie du pays s’apprécie, et il gagne de l’argent). L’investisseur arbitre entre ces risques. Ce qui est vrai aujourd’hui pour le Japon et les Etats-Unis, et qui l’était avant 1999 pour la France, le redeviendra avec une sortie de l’Euro, entraînant rapidement une dissolution de fait de la zone Euro. On va dire, alors, que ces investisseurs étrangers vont se détourner du « risque » français. Mais, il faut considérer la masse d’épargne qui cherche à se placer dans le monde entier. L’Allemagne, pays de référence, n’a qu’une dette limitée, et qui ne devrait guère s’accroître dans les prochaines années. L’arbitrage sera donc entre la dette française, la dette italienne, la dette espagnole, etc…Qui, honnêtement, peut penser qu’après un éclatement de l’Euro, ce que provoquerait il n’en faut pas douter une sortie de la France, nous serions plus mal traités que l’Italie, l’Espagne, sans même parler du Portugal ou de la Grèce ?

Par ailleurs, les autorités françaises disposent des moyens visant à rediriger l’épargne française vers la dette publique. Ces méthodes étaient couramment employées avant 1986. On pense ainsi au plancher minimum de détention d’effets publics dans le bilan des institutions financières (banques et assurances). Ce plancher, ajustable tous les six mois, permet de réguler la demande de la part de ces institutions financières pour des titres publics, et donc d’en réguler aussi le coût.

Ainsi, une présentation objective de la question aurait du conduire l’auteur de l’article a dire qu’il n’y avait aucun problème juridique et les problèmes économiques étaient gérables.

2. La question des dettes privées.

Le sieur Vaudano, après avoir (mal) cité mes travaux sur la dette publique, oublie carrément ceux qui parlent des dettes privées. C’est attristant de constater cette déficience chez un journaliste. Soit il est atteint d’une affection rare, la Sapirphobie qui l’empêche d’aller jusqu’au bout de la lecture des différents travaux que j’ai réalisé, que ce soit en collaboration ou seul, sur le sujet. Soit il en perd la mémoire à peine les a-t-il lus. Dans ce cas, c’est une forme précoce et très préoccupante de perte de mémoire, qui devrait être reconnue comme maladie chronique par la Sécurité Sociale et lui valoir le statut de longue maladie.

Pour tous les autres lecteurs, ni atteint de troubles de la mémoire ni de la Sapirphobie je rappelle que le problème des dettes privées est discuté dans l’étude publiée à la fondation ResPublica en septembre 2013, mais aussi à de multiples occasions sur mon carnet RussEurope. J’ai eu l’occasion de montrer que cette question soit n’en était pas une (l’endettement des ménages et des PME se fait en droit français) soit, pour les sociétés transnationales, les dettes doivent être mises en regard des bénéfices, qui sont largement fait en dollars. On peut même considérer à cet égard qu’une sortie de l’Euro et une dépréciation du Franc auraient des avantages importants pour des sociétés qui font une large part de la dette privée « en droit étranger », comme Total SA, Renault-Nissan et Loréal. En fait, la répartition par origine et par cadre légal d’émission peut être trouvée, en particulier chez Nomura Securities.

Tableau 1

Pour tout dire, l’article du Monde porte à s’inquiéter sur l’état de santé de son auteur, auquel on ne saurait que conseiller un long repos….

3. Sortie de l’Euro et changement de cadre financier

Par contre, il y a un problème qui n’est pas abordé dans cet article et qui est central : une sortie de l’Euro impliquerait, que l’on en est conscience ou non, une modification importante du cadre et des institutions financières françaises. En fait, l’Euro sert aujourd’hui de clé de voute à un cadre institutionnel qui se caractérise par la domination des pratiques financières sur l’ensemble des autres pratiques, et en particulier sur celles reliées à la production et à l’innovation. Sortir de l’Euro impliquerait de modifier très rapidement, en fait en quelques semaines, le cadre des institutions financières, qu’il s’agisse du statut de la Banque de France (qui perdrait son indépendance), de la mise en place de formes adaptées de contrôles des capitaux, ou encore de mesures que l’on a citées comme le plancher des effets publics dans le bilan des institutions financières (banques et assurances). Ceci conduirait à une définanciarisation partielle de l’économie française. C’est en réalité l’un des objectifs de long terme d’une sortie de l’Euro, et c’est pourquoi cette sortie est l’objet de telles attaques de la part des banques et des gens qui y sont liés. Ce qui se joue autour de la question de savoir si nous devons rester ou sortir de l’Euro c’est bien la domination actuelle de la sphère financière sur la sphère des activités productives.

Or, cette domination de la sphère financière a eu un coût très lourd sur l’économie française. Une étude économétrique récente chiffre à 12% du PIB de 2000 à 2010 dans le cas de la France [2]. En fait, cette étude réalise un calcul à minima qui tend à sous-estimer l’impact de l’Euro. D’autres calculs conduisent à penser qu’avec les effets d’entraînement qui ne se sont pas produits, c’est probablement autour de 15% du PIB que nous aura coûté l’Euro. Si l’on étend ces résultats jusqu’à la période actuelle, on obtient alors cette courbe spectaculaire, qui est réalisée à partir de l’étude citée.

Graphique 1

De cela, les lecteurs du Monde n’en sauront rien, comme ils n’auront pas accès aux différents travaux des partisans d’une sortie de l’Euro (je pense aux études de A. Bagnai en Italie, ou de Brigite Granville en Grande-Bretagne, ou encore de Stefan Kawalec et Ernest Pytlarczyk et de Heiner Flassbeck et de Costas Lapavitsas, et bien entendu un large part des miens). Mais, arrivés à ce point, on peut se demander si l’information est encore un souci majeur du sieur Vaudano et du journal Le Monde…

[1] http://www.lemonde.fr/mmpub/edt/zip/20140916/181452/index.html

[2] Puzzello L. et Gomis-Porqueras P., Winners and Losers from the euro, discussion paper, Monash University, Indiana University and University of Oregon, Janvier 2014.

RussEurope

Le tragique et l’obscène

25 septembre 2014

Par Jacques Sapir

L’assassinat (et non on ne sait quelle « exécution » comme le disent et l’écrivent très malencontreusement de nombreux journalistes) de notre compatriote Hervé Gourdel suscite une intense er légitime émotion tant en France qu’à l’étranger. On s’associe naturellement à la peine et aux chagrins de ses proches. Mais, sous le coup de l’émotion, un certain nombre de contre-vérités, de mensonges éhontés, sont aussi proférés. Il n’est pas admissible de laisser la politique étrangère prise en otage par l’émotion, aussi légitime que soit cette dernière. Il est inacceptable que la politique intérieure puisse être cyniquement manipulée au nom de cette émotion. On voudrait ici rappeler un certain nombre de faits

1. Le soi-disant « Etat Islamique » est le fruit de plus de dix ans de politique américaine au Moyen-Orient.

L’organisation s’appelant « Etat Islamique », dont la barbarie est évidente, et qui donne tous les jours les preuves de sa sauvagerie dans la manière dont elle traite les populations sous son contrôle n’est pas née du hasard. Ce n’est pas le fruit simplement du « fanatisme » religieux, même si ce dernier joue un rôle de justification et de légitimation. Il convient de rappeler ici que le soi-disant « Etat Islamique » se développe sur les ruines laissées par l’intervention de ce qu’avec Maurice Godelier nous appelions en 2003 « l’isolationnisme interventionniste providentialiste » des Etats-Unis [1]. C’est cette intervention, avec ses suites, qui a durablement déstabilisé la région. Elle se fit au mépris du droit international et du droit des gens [2]. Les traces qu’elle a laissées sont encore douloureuses.

2. La montée de l’intégrisme musulman est le produit de la destruction des nationalismes arabes.

Un deuxième point, tout aussi important, est que la montée d’un intégrisme militant musulman répond à la destruction, elle aussi organisée et voulue par les Etats-Unis, des nationalismes arabes. Non que ces nationalismes, qu’il s’agisse du Nassérisme ou des partis se réclamant du parti Baas aient été exempts de défauts. Les régimes issus du nationalisme arabe ont été corrompus et souvent despotiques, mais en un sens pas plus que les nôtres. Le temps de leur nécessaire maturation ne leur fut jamais accordé. Rappelons que le discours de Michel Aflak, l’idéologue de ce nationalisme, correspondait à une véritable introduction de la modernité dans cette région du monde. La devise initiale du mouvement Baas, Wahdah, Hurriyah, Ishtirrakiyah, ce qui signifie « Unité, Liberté, Socialisme », fait référence à une idéologie reconnaissant le statut individuel de la personne humaine. Aflak d’ailleurs, tout en reconnaissant la présence dominante de la culture musulmane, affirme la nécessité de construire un Etat laïc.

Les Etats-Unis n’ont eu de cesse depuis maintenant une vingtaine d’années, de détruire ce qui aurait pu être l’embryon d’une modernité. Ceci a profité exclusivement aux courants les plus rétrogrades, et a engendré le développement d’un fanatisme religieux qui, désormais, s’attaque aussi aux Etats-Unis. C’est donc ce courant idéologique, que l’on associe aux « Néoconservateurs », et qui a produit cet isolationnisme interventionniste providentialiste, dont j’écrivais en 2003 qu’il était de la plus grande importance que l’on puisse l’endiguer [3]. C’est cette idéologie, et les intérêts qui lui sont sous-jacents, qui est l’origine réelle de l’intégrisme et du fanatisme musulman, même si ces derniers se développent maintenant selon des logiques qui leurs sont propres. On conçoit alors que de parler de « guerre de religion » ou de « choc des cultures » n’a aucun sens dans ce contexte, si ce n’est de construire un écran de fumée pour masquer les responsabilités réelles de cette crise et des drames qu’elle engendre.

3. Les victimes sont essentiellement et principalement locales.

Aussi horrifié que nous puissions l’être, et je le répète encore à juste titre, par l’assassinat barbare de notre compatriote, il ne faut pas oublier que les morts sont d’abord et avant tout en Irak et en Syrie. Qu’il s’agisse de musulmans, de chrétiens, de yazidis, ce sont les premières et bien plus nombreuses victimes de cette organisation barbare que l’on qualifie « d’Etat Islamique ». L’assassinat de la juriste et militante des droits de l’homme Samira Saleh Al-Naimi à Mossoul, qui vient juste d’être annoncé, vient nous le confirmer [4]. Il est tragique, et honteux, que l’on se focalise sur des victimes en oubliant les autres. Aussi, la manipulation et l’instrumentalisation de la douleur de la famille et des proches d’Hervé Gourdel à des fins politiques « franco-françaises », à laquelle se livrent tant le gouvernement (et le Premier-Ministre Manuel Valls) que des politiciens de l’opposition (comme l’ancien Président Nicolas Sarkozy) sont des actes irresponsables politiquement, et moralement de la plus grande obscénité.

4. La nécessité d’une défense de la laïcité.

Dans ce contexte, il convient de rappeler l’importance du principe de laïcité, inscrit dans nos institutions mais plus encore inscrit dans notre culture. Les croyances religieuses sont du domaine de l’intime, de la sphère privée. Elles ne doivent pas, quelles qu’elles soient, envahir l’espace public. Toute religion, si elle ne veut pas être « stigmatisée » doit se conformer à ce principe. Nous ne demanderons pas à la « communauté » des musulmans de France de manifester se désapprobation de l’acte odieux dont Hervé Gourdel fut l’innocente victime par ce que nous ne pensons pas qu’existe une « communauté » musulmane (ou juive, ou catholique, ou protestante, etc…). Il n’y a QUE DES FRANÇAIS ! C’est en tant que Français que nous devons répondre à cet acte, en laissant nos convictions religieuses (ou athées) là où elles doivent être, soit dans la sphère privée.

[1] Maurice Godelier, Jacques Sapir, « Les États-Unis ou le chaos », Libération, 4 avril 2003, p. 13.

[2] Tribune du 12 mai 2003 dans Libération, http://www.liberation.fr/tribune/2003/05/12/l-irak-occupe-par-des-rapaces_433438

[3] Sapir J., « Endiguer l’Isolationnisme interventionniste providentialiste américain », article publié dans la Revue Internationale et Stratégique, n°3/2003 (51), pp. 38-44.

[4] http://gc4hr.org/news/view/758

RussEurope

Ukraine: présent et avenir

28 septembre 2014

Par Jacques Sapir

La situation dans l’Este de l’Ukraine ne fait plus la une de la presse. Pourtant, l’application chaotique du cessez-le-feu, mais aussi la révélation des atrocités qu’auraient commises certaines des unités du régime de Kiev, commencent à filtrer. Par ailleurs, la situation générale n’est pas en faveur du gouvernement de Kiev.

1. Application du cessez-le-feu.

Le cessez-le-feu semble se maintenir en Ukraine, quoique les violations soient assez nombreuses et, semble-t-il, essentiellement du fait des forces du régime de Kiev. La zone de l’aéroport de Donetsk semble désormais entièrement contrôlée par les insurgés, les unités pro-Kiev ayant évacué leurs positions ou ayant été détruites. Sur le site de l’aéroport, un certain nombre d’indices laissent à penser que les forces de Kiev comprenaient des mercenaires. Des dictionnaires Tchèque-Anglais ont été retrouvés, ainsi que de papiers d’identités polonais, lituaniens et lettons. Il est cependant impossible en l’état actuel de se prononcer sur la véracité de ces documents, qui peuvent avoir été falsifiés. Les forces de Kiev semblent mettre à profit le cessez-le-feu pour se retirer, en général en abandonnant le matériel lourd (chars et véhicules blindés). Ce matériel est bien entendu récupéré et remis en état par les insurgés. Globalement, le cessez-le-feu a permis de stabiliser une « ligne de front ». La carte ci-dessous donne une vue de la situation au 21 septembre. Depuis, il semble que les troupes de Kiev aient évacué un certain nombre de leurs positions. Les unités « politiques » de la Garde Nationale et des bataillons dits « territoriaux », unités dont la détermination à combattre était évidente, semblent avoir été retirées de la ligne de front.

Carte de la situation militaire au 21 septembre

Sources: SLAVYANGRAD

Nous avons de plus six cas documentés où les forces armées du régime de Kiev ont délibérément violé le cessez-le-feu :

  1. une attaque au lance-roquettes multiple « Grad » près de Sakhanka.
  2. Un tir d’artillerie a visé la mine de Yenakievskaya.
  3. Des tirs de mortiers contre les résidences de la cité de Kirov (Kirovskoe).
  4. Des tirs de snipers à Peski, où au moins un civil a été blessé.
  5. Lors de l’évacuation de Zhdanovka, les hommes du 41ème Bataillon de Défense Territoriale « Chernigov-2 » ont tenté de miner les installations de la mine de charbon « Kommunar ».
  6. Les soldats de la 93ème Brigade ont détruit, lors de leur retraite le pont routier de Nyzhnyaya Krynka (à proximité de la mine « Kommunar »).

2. Témoignages sur les atrocités commises par des troupes du régime de Kiev.

Par ailleurs, les témoignages, essentiellement dans la presse russe, se multiplient sur les exactions que des troupes du régime de Kiev auraient commises. Certains de ces témoignages, comme ceux rassemblés par des ONG russes et révélés le 24 septembre, semblent suffisamment solides pour donner lieu à une enquête des Nations Unies [1]. On parle ainsi d’enterrement hâtif de dizaines de corps, dont certains présentent des signes d’exécutions sommaires voire de tortures. Le 28 septembre, une autre fosse commune a été trouvée près du village de Nizhnyaya Krynka, où se trouvaient tant la 93ème Brigade de l’armée de Kiev qu’un bataillon de la « Garde Nationale » [2]. Le responsable pour l’Europe de la Croix-Rouge internationale a proposé immédiatement l’aide de son organisation pour identifier les corps et les causes du décès. Les insurgés imputent ces atrocités aux hommes du 41ème Bataillon de Défense Territoriale « Chernigov-2 ». Ce bataillon, « sponsorisé » par un oligarque ukrainien [3], a été constitué au mois de juin. Son premier commandant a été tué le 21 juillet. En règle générale, les hommes de ces unités tendent à avoir un comportement extrêmement brutal avec les civils [4].

Il faut ici signaler la quasi-absence dans la presse occidentale de ces témoignages, qui semblent au-dessus de tout soupçons. L’attitude des médias occidentaux est préoccupante car elle accrédite l’idée, aujourd’hui majoritaire en Russie, d’un « double discours » sur la question des Droits de l’Homme. La presse, si prompte à dénoncer des violations dans de nombreux pays, ce qui est son honneur, se tait quand il s’agit de crimes commis par des troupes se réclamant du régime de Kiev. John Mearsheimer, dans une conférence avec les éditeurs de Foreign Affairs a d’ailleurs exprimé cette crainte combinée au sentiment de la Russie d’avoir été « agressée » par les pays de l’OTAN [5]. Il n’est pas question, ici, d’accuser la totalité du régime, dont on comprend bien que le contrôle qu’il exerce sur ses propres troupes est pour le moins fragile. Mais, le caractère répété et systématique de ces crimes montre bien que des forces internes au régime de Kiev ont pratiqué et pratiquent encore des actes génocidaires sur les populations russes de l’Est de l’Ukraine. D’une certaine manière, ces crimes signent aussi un point de non-retour, comme le remarque le journaliste indépendant Marc Meillassoux [6].

3. Quel avenir ?

Ceci soulève la question de l’avenir de l’Ukraine et de cette région dans les mois qui viennent. La situation économique de l’Ukraine, du moins de la partie restée sous le contrôle du gouvernement de Kiev, apparaît désormais comme désastreuse. Les différents indicateurs économiques montrent un effondrement de l’activité économique, effondrement dont les conséquences sociales seront d’ici cet hiver des plus importantes.

Production industrielle en Ukraine

De plus, l’Ukraine se trouve coupée du commerce avec la Russie, où elle exportait une partie de sa production, alors qu’elle est contrainte d’importer du gaz pour se chauffer et faire tourner son industrie. La production d’électricité, très dépendante du charbon du Donbass, est désormais compromise, car plus de 60% des capacités de production charbonnière sont aux mains des insurgés. Il est donc clair que l’Ukraine devra faire face à une crise économique et sociale grave dans le cours de cet hiver. Le gouvernement de Kiev, qui a déjà obtenu une aide substantielle du Fonds Monétaire International, va probablement demander à l’Union Européenne une somme de 8 à 15 milliards d’Euros. Mais, cet argent, si jamais il est effectivement versé, ne servira strictement à rien. Il faudra que l’Union européenne place l’Ukraine sous perfusion, et ce à un moment où la plupart des budgets européens sont réduits. Ce n’est pas divulguer un grand secret que de dire que le gouvernement de Kiev recevra bien plus de beaux discours que d’argent comptant. Le fait que l’Union européenne ait renvoyé l’application de l’accord qu’elle a passé avec Kiev à décembre 2015 est un bon indicateur de ce que sera l’attitude réelle des gouvernements européens.

D’un autre côté, est désormais évident que les régions de l’Est de l’Ukraine n’accepteront pas de solution « fédérale » [7]. Cette solution, que j’avais à de nombreuses reprises soutenue dans ce carnet, est morte dans les combats du mois d’août dernier. Il faut désormais admettre que l’Est de l’Ukraine va avoir un statut de fait d’indépendance, même si cette dernière ne sera pas reconnue internationalement. Les gouvernements de Donetsk et de Lugansk pourront cependant compter sur une aide de la Russie qui devrait leur permettre de faire fonctionner l’économie locale. Cette dernière est traditionnellement très tournée vers la Russie, et il est probable que ces régions seront intégrées de fait dans le développement du Donbass russe.

Alors que tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le Moyen-Orient, et vers l’Irak en particulier, on doit rappeler que la solution de l’autonomie mise en œuvre pour le Kurdistan irakien pourrait servir de modèle à une solution pacifique dans l’Est de l’Ukraine. Une telle solution nécessite cependant une coopération de long terme entre la Russie et l’Union européenne, et elle ne sera possible que si l’UE reconnaît le caractère autodestructeur des sanctions [8] et se décide à les abroger d’ici la fin de l’année et si l’UE prend enfin conscience des infractions aux Droits de l’Homme qui ont été commises par des troupes du régime de Kiev dans l’Est de l’Ukraine et se décide à les sanctionner.

[1] http://en.itar-tass.com/world/751011 (communiqué du 24 septembre 2014).

[2] « New burial site found near Donetsk », http://en.itar-tass.com/world/751726

[3] Igor Kolomoyski

[4] « Ukraine’s Punitive Battalions », sur le site SLAVYANGRAD,

http://slavyangrad.org/2014/09/16/ukraines-punitive-battalions/

[5] Foreign Affairs, « Conference call with John Mearsheimer », 9 septembre 2014,

http://www.foreignaffairs.com/discussions/news-and-events/conferen…isis#cid=soc-twitter-at-news-conference_call_with_john_mear-000000

[6] Meillassoux M., « A l’Est de l’Ukraine, un point de non retour? », La Tribune, 26 septembre 2014,

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20140925trib000850514/a-l-est-de-l-ukraine-un-point-de-non-retour.html

[7] King C., « Ukraine’s breakaway region is becoming a de facto country », Washington Post, 16 septembre 2014,

http://www.washingtonpost.com/blogs/monkey-cage/wp/2014/09/16/ukraines-breakaway-region-is-becoming-a-de-facto-country/

[8] Voir J.O. de l’Union Européenne, L271, 12 septembre 2014.

Publié par Frédéric Maurin à 22:20pm - Voir le commentaire ()
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