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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

22 Juillet 2015

Au PS comme à PSA : la médecine du travail en ligne de mire

Ce n'est pas les vacances pour tout le monde

D'ailleurs, on vous avait prévenu :
Pendant que vous vous tournez les pouces, les parlementaires solfériniens travaillent d'arrache-pied à l' "amélioration du dialogue social et à l'emploi" .

Ouf ! Là, on se sent déjà mieux, non?

et ils comptent bien s'occuper de nous:

Chez PSA, en revanche, ni rapport parlementaire, ni 49.3 : on en est déjà aux travaux pratiques...

Au PS comme à PSA : la médecine du travail en ligne de mire
Merci d'examiner à l'occasion les deux pétitions ci-dessus.
En attendant, prenez soin de vous.

Publié par Frédéric Maurin à 22:21pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #médecine , #travail , #cgt , #ps , #pétition

21 Juillet 2015

A la demande générale

et malgré mes bonnes résolutions estivales...

(personne n'est parfait, d'ailleurs je suis moi-même abonné au gaz )
un voisin quoi, me recommande de lire un article qui postule que :

1. L’euro interdit radicalement toute politique progressiste possible.

2. S’il en était encore besoin, le traitement criminel infligé à la Grèce en six mois de brutalisation (rebaptisée « négociation ») prouve que l’entreprise de « transformer l’euro », ou l’hypothèse d’un « autre euro possible », sont des chimères qui, par désillusions successives, ne mènent qu’à l’impasse et à la désespérance politiques.

3. Abandonner aux extrêmes droites (qui au demeurant n’en feront rien [1]…) toute perspective politique d’en finir avec l’euro et ses institutions est une faute politique qui condamne les gauches européennes à l’impuissance indéfinie.

4. Sauf à continuer de soupirer après ce qui n’arrivera pas — un « autre euro » et l’« Europe sociale » qui va avec — le réarmement des gauches européennes passe donc impérativement par l’imagination de l’après-euro.

L’avenir de la gauche se joue entre ces quatre propositions.

Alors, si c'est demandé gentiment...

Publié par Frédéric Maurin à 08:38am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grèce , #ue , #euro , #lordon

19 Juillet 2015

TSIPRAS : Trahison, coup d'Etat ou capitulation ?

Avec ce type d'illustrations, on va peut-être se faire beaucoup d' amis...

TSIPRAS : Trahison, coup d'Etat ou capitulation ?

mais au point, de confusions et de désarrois, où nous en sommes, alors allons-y !

Suivent ci-dessous une étude du Parti de l'Emancipation du Peuple sur "la reddition du gouvernement et du parlement grecs et sur la manière élégante de sortir de l’euro", précédée par une des dernières livraisons du citoyen Sapir.

Où il pronostique que " la question de l’Euro sera le grand débat des mois à venir. C’est autour de ce clivage que l’on verra se réunir la véritable gauche, celle qui entend rompre avec les logiques des politiques d’austérité et donc de l’Euro et ceux qui s’enfoncerons toujours plus dans une logique de soumission conduisant à l’acceptation totale de ces logiques austéritaires."

 

INTRODUCTION

Après l’ « accord  » de Bruxelles du 12 juillet 2015 entre l’Union européenne et le Fonds monétaire international d’un côté, et la Grèce d’un autre, beaucoup de commentateurs, notamment dans la « gauche de gauche », ont parlé d’un « coup d’État » orchestré par ces institutions contre la Grèce. Nous ne partageons absolument pas cette analyse. C’est la Grèce qui a capitulé après la trahison de son Premier ministre Alexis Tsipras.

Ce n’est pas un coup d’État de la Troïka, c’est une reddition de la Grèce

Certes la pression a été d’une extraordinaire puissance contre le gouvernement grec. Ce dernier, toutefois, avait le choix, et disposait d’un confortable rapport de force issu du référendum du 5 juillet (61,3% des voix), contrairement à ce qui est constamment affirmé. Il avait en effet la possibilité de rompre avec les oligarques européens en sortant de l’euro et de l’Union européenne afin de retrouver sa liberté et de se libérer des politiques néolibérales. C’est bien parce qu’il y a eu reddition que les institutions néolibérales, UE, BCE et FMI, ont placé la Grèce sous tutelle.. Mais la peur de la sortie de l’euro, propagée par les grands médias, la droite, les socialistes et la « gauche de gauche », a été la plus forte. Les dirigeants de Syriza ont considéré qu’il aurait été « catastrophique » de sortir de l’euro, et ont choisi le prolongement éternel de l’austérité, qui, ainsi, leur semble moins grave. La conséquence de cet aplatissement est que non seulement le peuple de ce pays va encore souffrir, mais que la Grèce est désormais un protectorat, une simple colonie de l’Union européenne, et donc aux mains des milieux d’affaires qui ont pris le pouvoir. C’est un résultat tout à fait stupéfiant dans l’histoire des relations internationales : une coalition de puissances privées – les marchés financiers et les firmes multinationales – par agents interposés (les dirigeants de la Banque centrale européenne, ceux de la Commission européenne, la plupart des chefs d’États et de gouvernements des Vingt-Huit), ont pris directement le pouvoir dans un pays souverain. Ils l’ont fait avec l’accord du gouvernement pourtant réputé être à la « gauche de gauche » et avec le vote du Parlement ! Incroyable ! Il y a de quoi méditer et remettre en cause les certitudes les mieux établies. Ceux qui parlent de « coup d’État » et qui mettent l’accent unilatéralement sur les dirigeants allemands, visent en réalité à exonérer le gouvernement grec et Alexis Tsipras en particulier de ses responsabilités. C’est cette vérité que nous voulons ici rétablir.

Syriza, dès 2012, avait été averti par de multiples canaux

En ce qui concerne le Parti de l’émancipation du peuple (à l’époque il s’appelait le Mouvement politique d’émancipation populaire – M’PEP), par la voix de son porte-parole Jacques Nikonoff, avait diffusé le 26 mai 2012 un document intitulé « Étude sur la Grèce et la sortie de l’euro ».
http://www.m-pep.org/Etude-sur-la-Grece-et-la-sortie-de

Cette étude publiée quelques jours avant les élections législatives du 17 juin 2012, reprenait ce que beaucoup d’économistes envisageaient : « Si les Grecs se donnent une nouvelle fois à leurs bourreaux - le PASOK et Nouvelle Démocratie -, ces derniers appliqueront le mémorandum qui prévoit la poursuite d’une politique d’austérité effarante dont on connaît le résultat : écrasement de la croissance économique, diminution des recettes fiscales, montée du chômage, délitement de la société et impossibilité de rembourser la dette. » Trois ans plus tard, c’est exactement ce qui s’est produit, et personne ne peut être surpris de ce résultat, tout le monde avait été prévenu. C’est la même chose avec le 3e mémorandum signé le 12 juillet 2015 par le gouvernement grec, il aura les mêmes conséquences funestes.

Cette étude de 2012 montrait aussi qu’une partie de l’oligarchie, surtout allemande, se préparait à sortir la Grèce de l’euro. Ceux qui font mine de découvrir aujourd’hui cette réalité ont trois ans de retard, nous écrivions alors : « les milieux d’affaires, les banques en particulier, se préparent depuis des mois à l’explosion de la zone euro. Les logiciels informatiques sont prêts à accueillir les nouvelles monnaies nationales. La société britannique De La Rue PLC est prête à imprimer les billets en drachme. L’Union européenne elle-même a élaboré dans le plus grand secret un plan « B » au cas où la Grèce devrait quitter la zone euro. Il n’y a que les partis et syndicats pour continuer à refuser de penser à ce qui va arriver : la sortie de la Grèce de la zone euro. Comme s’il était plus efficace de réagir à chaud et dans l’improvisation, plutôt que de réfléchir à l’avance aux différentes hypothèses qui peuvent se présenter. L’euro, à gauche, reste un tabou. »

Les oligarques préparaient un plan B de sortie de l’euro, pas Syriza

En novembre 2011, la Financial Services Authority (FSA) britannique a demandé aux banques de réfléchir dans le plus grand secret à un plan d’urgence « dans la perspective d’un départ désordonné de certains pays de la zone euro ». Les banques qui participent au marché des changes comme Citigroup, Barclays ou HSBC « ont adapté leurs systèmes informatiques à une possible réintroduction de la drachme ». Des séminaires sont régulièrement organisés pour les clients en vue « d’explorer ensemble les différents scénarios pour la Grèce, leur coût financier et les canaux de contagion ». De son côté, le président de la Fédération européenne des banques a laissé entendre qu’une sortie de l’euro de la Grèce ne mettrait pas en danger le système bancaire européen (Le Monde, 15 mai 2012). Toujours selon ce journal (16 mai 2012), depuis 2011 une « task force » secrète a été mise en place par le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, chargée d’élaborer des scénarios au cas où la Grèce devrait sortir de la zone euro. Elle aurait élaboré une stratégie de sortie de crise avec les conséquences possibles d’un retrait de la Grèce de la zone euro à la fois pour le reste de la zone et pour la Grèce elle-même. Le commissaire européen au Commerce Karel De Gucht a reconnu, vendredi 17 mai 2012 dans une interview au quotidien néerlandophone belge De Standaard, l’existence de tels plans d’urgence. Le Monde du 21 mai 2012 revenait sur le sujet dans une pleine page titrée « La sortie de la Grèce de l’euro étudiée à Bruxelles ». Le journal, malgré les démentis des autorités bruxelloises, confirmait que « l’hypothèse d’une sortie de l’euro de la Grèce est bel et bien examinée de près à Bruxelles, comme dans les capitales européennes, ainsi qu’à Washington. » Qui pouvait en douter ? La directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, avait elle-même évoqué, mardi 14 mai 2012 à Paris, la possibilité d’une « sortie ordonnée » de la Grèce de la zone euro, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision France 24. À son tour le Wall Street Journal du 20 mai 2012 révélait que la société De La Rue PLC, installée au Royaume-Uni, qui fait partie des quelques rares imprimeries autorisées à imprimer des billets de banque (150 devises) serait en train de se préparer à imprimer des billets dans une nouvelle monnaie pour la Grèce au cas où le pays quitterait la zone euro. Il s’agirait d’une initiative de cette société qui n’aurait reçu aucune commande de qui que ce soit. La banque centrale de Grèce a refusé de répondre aux questions des journalistes de The Times et du Wall Street Journal sur cette affaire. Le Figaro du 24 mai 2012 confirmait tout cela : « le comité de préparation de l’Eurogroupe a demandé, lundi, par téléphone, aux États membres de préparer, chacun de leur côté, un plan d’urgence dans l’éventualité d’un abandon de la monnaie unique par la Grèce ». De son côté, l’agence de presse Reuters déclarait avoir consulté une note de travail, rédigée par un État membre, détaillant le coût pour chaque pays d’une sortie de la Grèce de la zone euro. Le document évoquait « un divorce à l’amiable » avec un soutien de l’Union européenne et du FMI pour accompagner la sortie de la Grèce.

En trois ans, la « gauche » et la « gauche de gauche » n’ont rien appris et n’ont pas avancé d’un poil

Alors que toutes les forces adverses se préparaient à une sortie de la Grèce de l’euro, préparaient des plans, les bisounours de Syriza faisaient de grandes déclarations sur les « valeurs » de l’Europe, ses « principes fondateurs », un « compromis mutuellement avantageux  » et autres balivernes. Rien n’était envisagé, au cas où les oligarques sortiraient la Grèce de l’euro, pour faire face à la situation. . Pour la « gauche de gauche », la sortie de l’euro est comme le diable pour les croyants. À la lecture des commentaires qui ont suivi la reddition grecque, rien n’indique que les choses vont changer. Au contraire.

Alors maintenant, n’avons-nous pas toute légitimité pour être féroces avec cette gauche !

L’étude du M’PEP (aujourd’hui Parti de l’émancipation du peuple), réalisée avant les élections grecques du 17 juin 2012, s’adressait aussi à Syriza : « Les obstacles politiques paraissent insurmontables et nécessitent que SYRIZA et ses partenaires élaborent un plan « B » au cas, le plus probable, d’un refus de l’Union européenne d’accéder à leurs demandes. Ce plan « B » ne peut pas faire autrement que de prévoir la sortie de la zone euro. » Le refus, par les dirigeants de Syriza, de réaliser ce plan « B », c’est-à-dire le refus de penser, le refus d’anticiper toutes les hypothèses qui pouvaient se présenter, lui a été fatal.

La présente étude comporte deux parties : la première traite des questions soulevées par l’effondrement de juillet 2015 ; la seconde précise de manière relativement détaillée les modalités concrètes et élégantes de sortie de la zone euro.

I.- QUESTIONS SOULEVEES PAR L’EFFONDREMENT DE JUILLET 2015

1.- Le 3e mémorandum grec va accentuer l’austérité, sans aucune perspective de redressement économique et social

L’accord de Bruxelles du 12 juillet 2015 marque l’écrasement économique et social de la Grèce. C’est un accord punitif pour ce pays.

Il va accroître la baisse du pouvoir d’achat des classes populaires et moyennes, les classes dominées, par l’augmentation de la TVA, l’impôt le plus injuste. Son taux unifié passe à 23% (la restauration était à 13%). Pour les produits de base, l’électricité et les hôtels elle reste à 13% et à 6% pour les médicaments, livres et places de théâtre. Suppression des avantages fiscaux pour les îles (où les prix sont beaucoup plus élevés que sur le continent).

Cet accord va encore dégrader les conditions de travail quand on y reconnaît les formules bien connues du vocabulaire néolibéral, comme « modernisation des négociations collectives, de l’action syndicale et, conformément à la directive pertinente de l’UE et aux bonnes pratiques, des procédures de licenciement collectif » sur le « marché » du travail. On peut craindre le pire. Quant au recul à 67 ans de l’âge légal de départ à la retraite, il rendra insupportable pour de nombreux salariés les dernières années de leur vie active.

Utilisons les mots qui conviennent, car il ne s’agit en aucun cas d’un plan « d’aide » à la Grèce. C’est un plan pour aider les créanciers à s’enrichir encore plus. Il faut donc être clair sur ce que cet accord n’est pas. Il n’est pas un accord de réduction de la dette car c’est explicitement exclu. Certes la porte semble rester ouverte pour des rééchelonnements, mais tout cela est très flou. Voilà ce que dit le texte de l’accord du 12 juillet : « Dans le cadre d’un éventuel programme futur du MES […] l’Eurogroupe est prêt à envisager, si nécessaire, d’éventuelles mesures supplémentaires (un allongement éventuel des périodes de grâce et des délais de remboursement) […] Ces mesures seront subordonnées à la mise en œuvre intégrale des mesures à convenir dans le cadre d’un nouveau programme éventuel et seront envisagées après le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant. Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale sur la dette ». L’allongement dans le temps du remboursement de la dette n’est donc même pas acquis. Alors que l’objectif du gouvernement grec était de faire bouger la Troïka sur la dette, rien n’a été obtenu. Or la dette publique grecque est insoutenable, même le FMI le reconnaît maintenant. De toute manière, avec quelle capacité de négociation le gouvernement grec pourra-t-il faire bouger les lignes ?

D’autant que des conditions drastiques sont mises au versement des fonds à la Grèce. Les 82 ou 86 milliards d’euros de prêts à la Grèce sont en effet conditionnés par le vote, par le parlement grec, de violentes mesures d’austérité. Elles sont au nombre de trois : augmentation de la TVA, détérioration du système des retraites, respect du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG).

Cet accord est une variante de l’austérité. Les Grecs vont reprendre une nouvelle dose d’austérité, mais cette fois-ci ce sera une austérité « de gauche ». Il n’est pas certain qu’elle soit mieux appréciée que les précédentes. C’est exactement la même logique que les deux autres mémorandums. Il existe un seul petit changement, cosmétique, qui vise à présenter le 3e mémorandum comme plus « juste » que les deux autres. Quelques miettes ont en effet été parsemées pour faire passer la pilule, comme l’augmentation de l’impôt sur les sociétés qui passe de 26 à 28%. Tout ceci n’a aucun sens économique puisque ces mesures, déjà appliquée depuis cinq ans, n’ont fait qu’enfoncer un peu plus la Grèce. Ce plan va donc prolonger la récession. La misère matérielle et morale va croître, les suicides, infarctus, décès par maladie non soignée vont se poursuivre, ils s’ajouteront au désespoir.

Rappelons que le programme de Syriza, au moment des élections de 2012, prévoyait les mesures suivantes, toujours dans le cadre de la zone euro et de l’Union européenne :

  • Remboursement de la taxe foncière imposée en 2011.
  • Augmentation des salaires et des retraites.
  • Renationalisation des banques.
  • Gel des licenciements et des privatisations en cours.
  • Développement de l’économie nationale.
  • Abrogation des lois sur la remise en cause du droit du travail et sur l’immunité pénale des parlementaires.
  • Audit international de la dette publique et moratoire sur son remboursement et le paiement des intérêts.

On mesure, avec trois ans de recul, l’ampleur des abandons opérés par le gouvernement Syriza, aujourd’hui tout a volé en éclats.

2.- La Grèce, par sa reddition, a perdu sa souveraineté, elle est désormais placée directement sous la tutelle de l’Allemagne et de la Troïka

L’accord de Bruxelles du 12 juillet 2015, qui est en réalité la mise sous tutelle de la Grèce acceptée par le Premier ministre et le Parlement grecs, marque l’écrasement politique de ce pays qui devient une sorte de colonie allemande et de la Troïka. On a peine à croire que le gouvernement grec ait pu signer un tel abandon et qu’une majorité écrasante des parlementaires l’ai voté. Une tutelle féroce du gouvernement et du parlement va s’abattre sur le pays. Les pertes de souveraineté pour la Grèce sont très graves et même inimaginables. C’est le cas dans les domaines suivants :

  • Les transformations de l’État : « mettre en place, sous l’égide de la Commission européenne, un programme de renforcement des capacités et de dépolitisation de l’administration grecque ».
  • Les projets de loi : « le gouvernement doit consulter les institutions et convenir avec elles de tout projet législatif dans les domaines concernés dans un délai approprié avant de le soumettre à la consultation publique ou au parlement ». Il faut se frotter les yeux pour être certain d’avoir bien lu, car les créanciers détiennent désormais le pouvoir de définir les lois que le parlement grec devra voter, et de fixer le jour du vote. Ils ont pris les commandes, non seulement pour les grandes orientations, mais aussi pour le détail.
    • Ainsi, le 15 juillet le parlement devra voter ceci : « une rationalisation du régime de TVA et un élargissement de l’assiette fiscale afin d’accroître les recettes ; des mesures directes pour améliorer la viabilité à long terme du système des retraites dans le cadre d’un programme global de réforme des retraites ; […] introduction des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapage par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires ».
    • Le 22 juillet, le parlement devra voter « l’adoption du code de procédure civile […] la transposition de la directive relative au redressement des banques […] ».
  • La destruction des rares mesures positives prises après le 25 janvier par le gouvernement grec : on efface tout « à l’exception de la loi sur la crise humanitaire, le gouvernement procédera à un réexamen en vue de modifier les dispositions législatives adoptées qui sont contraires à l’accord du 20 février puisqu’elles constituent un retour en arrière par rapport aux engagements pris au titre du programme précédent ou il définira des mesures complémentaires clairement équivalentes pour les droits acquis qui ont été créés par la suite ». Ce sera le cas des 4 000 fonctionnaires réembauchés par le gouvernement.
  • Le fonds de privatisation, certes, sera « mis en place en Grèce », mais il sera géré « sous la supervision des institutions européennes concernées ». Ces privatisations massives indiquent que le pillage de la Grèce va s’amplifier : privatisation de l’opérateur du réseau de distribution d’électricité (ADMIE), privatisation des aéroports régionaux, des ports du Pirée et de Thessalonique. Le fonds « indépendant  » sera alimenté par les recettes des privatisations. Cela permettra de rembourser le prêts de 50 milliards d’euros du MES dont 25 milliards pour la recapitalisation des banques, sommes qui ne feront que le tour de l’Acropole pour retourner aux créanciers, 12,5 milliards pour diminuer le ratio d’endettement et 12,5 milliards seulement pour les investissements d’avenir.
  • Les excédents budgétaires extravagants que le gouvernement grec s’est engagé à atteindre – qu’il ne parviendra pas à faire – visent à empêcher toute tentative d’autonomie budgétaire. Autrement dit des coupes budgétaires automatiques se produiront en cas de déviation par rapport aux objectifs d’excédents primaires. On sait sur quoi portent toujours ces coupes : sur les dépenses sociales. Ces excédents budgétaires viendront de l’austérité, ils visent à rembourser la dette et non à investir dans l’avenir du pays.

La preuve qu’il ne s’agit pas d’un coup d’État mais d’une reddition de la Grèce se trouve ici : « les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu ». C’est marqué noir sur blanc dans « l’accord » du 12 juillet. Tous les dirigeants des autres pays de la zone euro (19) se sont ligués contre la Grèce, participant à la négation des deux votes du peuple grec de janvier et juillet 2015, c’est-à-dire à la négation du peuple grec lui-même. C’est à cela qu’ont participé activement Alexis Tsipras et le Parlement.

3.- Une nouvelle fois la preuve est donnée qu’on ne peut pas améliorer l’Union européenne de l’intérieur, confirmant sa nature tyrannique à laquelle s’ajoute désormais la déstabilisation des États


C’est peut-être le Wall Street Journal qui a le mieux défini la situation. Dans son édition du 12 juillet 2015, il note que « l’ultimatum de l’Europe à la Grèce, demandant une capitulation complète comme prix à payer pour un nouveau plan de financement, marque l’échec de la rébellion par un petit pays criblé de dettes contre les politiques d’austérité de ses prêteurs, après que l’Allemagne a montré ses muscles et offert le choix à Athènes entre l’obéissance ou la destruction. La déclaration de dimanche de l’eurozone sur la Grèce restera comme une des démarches diplomatiques les plus brutales dans l’histoire de l’Union européenne, un bloc construit pour favoriser la paix et l’harmonie qui maintenant en arrive à menacer publiquement l’un des siens de la ruine s’il ne se rend pas ». L’éditorialiste ajoute : « La chute de Monsieur Tsipras après seulement six mois de pouvoir, soulève des questions fâcheuses sur la portée de la démocratie dans une Europe qui se présente elle-même comme un phare de la souveraineté populaire dans le monde ».

Le refus, par l’Union européenne, d’accepter le rejet de la constitution européenne par référendum en France, en Irlande et aux Pays-Bas, avait déjà ouvert les yeux à bon nombre d’euro-somnambules. La compréhension du contenu du Traité de Lisbonne, visant à neutraliser les souverainetés populaires pour garantir la pérennité des politiques néolibérales, avait également aidé. Il faut le redire – ce que n’avait pas voulu comprendre le gouvernement grec – aucune négociation n’est possible car le traité de Lisbonne, qui fixe notamment les règles pour la Banque centrale européenne, détermine, en dernière instance, les politiques de l’UE et leur caractère irréversiblement néolibéral. N’est-ce pas Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne qui le dit ? : « Il n’y a pas de choix démocratiques contre les traités européens ». La politique économique définie par ces traités est même constitutionalisée dans un pays comme la France au travers du titre XV de la Constitution. Tsipras a confirmé les propos de Juncker.

Après la reddition de la Grèce, d’autres consciences s’éveillent à la vraie nature de l’UE. Celle-ci vient en effet d’ajouter à son arsenal déjà bien pourvu la déstabilisation d’un État et sa mise sous tutelle avec la complicité du Premier ministre grec. Le pouvoir n’est plus entièrement dans les mains du peuple grec, de son parlement et de son gouvernement, mais dans celles des oligarques européens, avec la complicité du Premier ministre grec.

C’est l’Allemagne qui a joué le rôle moteur dans le combat contre la Grèce, et particulièrement Madame Merkel et Monsieur Schäuble. À ce propos, l’ancien secrétaire d’État américain au Trésor, Timothy Geithner, a révélé une conversation qu’il a eue avec Wolfgang Schäuble en 2012, où ce dernier expliquait, avant même la victoire électorale de Syriza, que la sortie de la Grèce de l’euro était nécessaire. Et ceci non pas pour le bien du peuple grec ou celui des autres peuples européens, mais pour des raisons de basse politique intérieure allemande - c’est ce que veut l’électorat - et pour « terrifier » les autres pays de la zone euro, particulièrement la France, afin de maintenir la discipline. La leçon est claire : il faut rompre avec l’Allemagne. Dans ce pays, non seulement chez les dirigeants, mais aussi chez une large fraction du peuple, il y a eu volonté délibérée de déstabiliser le gouvernement grec, à base de haine contre ce pays, son peuple, Syriza. Une véritable xénophobie. Le journal britannique The Guardian du 13 juillet a raison de parler de « vengeance » à propos de l’attitude des oligarques européens, singulièrement allemands, vis-à-vis de la Grèce.

Ce refus d’accepter les demandes de la Grèce, pourtant fort modestes, prouve, s’il en était besoin, la véritable nature de l’UE : la défense des intérêts des classes dominantes. Les oligarques ont montré que pour rester dans la zone euro il fallait accepter leurs règles, et principalement celles de l’Allemagne. Dans ces conditions, nul besoin d’avoir recours au fascisme, l’Union européenne, le FMI et l’Allemagne suffisent.

Au total, la souveraineté grecque, issue de deux élections, a été niée. Les membres de la zone euro n’ont pas agi comme des nations respectant la souveraineté d’une autre nation – la Grèce – mais comme des créanciers obsédés à faire rendre gorge à un débiteur mauvais payeur.

Il ne fait pas de doute que la conception de l’Union européenne et de la zone euro qui a émergé dans cette crise aura des conséquences incalculables sur les plans politique, juridique, institutionnel.

4.- Le gouvernement Syriza, présenté comme le modèle européen de la gauche dite « radicale » (ou de la « gauche de gauche »), a joué en fait un rôle de facilitateur pour empêcher la Grèce de sortir de l’euro et de l’Union européenne

Depuis son élection le 25 janvier 2015, sur la base du refus de l’austérité et de l’abandon des mémorandums, mais dans le cadre de l’euro et de l’Union européenne, le gouvernement Syriza n’a pas cherché à affaiblir les pouvoirs des classes dominantes pour répondre aux besoins du peuple. Il a constamment tenté de négocier avec la Troïka dans le but d’amoindrir les politiques d’austérité et d’obtenir une restructuration de la dette. En procédant de la sorte, il refusait d’admettre que l’on ne peut pas modifier de l’intérieur, dans un sens progressiste, l’Union européenne et sa monnaie unique. Le gouvernement Syriza est donc entré dans la logique des mémorandums, même s’il avait la volonté d’en amoindrir les effets les plus néfastes. Il était parfaitement irréaliste que le gouvernement Syriza demande un « compromis décent ». Ce n’était pas possible dès le départ, et cette illusion reposait sur une analyse erronée de la nature de l’Union européenne et sur une sous-estimation de l’ampleur et de la radicalité des luttes à mener contre elle.

Les erreurs stratégiques et tactiques se sont alors multipliées

Le gouvernement, par exemple, a maintenu des partisans des forces politiques défaites aux élections (PASOK et ND), agents du système de l’UE, dans les hauts postes de l’administration, les banques et les entreprises publiques. Plus grave encore, le gouvernement n’a pas pris le contrôle de la banque centrale de Grèce. Le gouverneur, ancien ministre de droite, qui n’a cessé d’entraver l’action du gouvernement, a été laissé en place.

Surtout, le gouvernement n’a pas préparé une sortie éventuelle de l’euro ni utilisé cette menace dans les « négociations » (un plan B). Le Premier ministre fragilisait alors sa position car seule cette menace pouvait faire douter les oligarques européens. Cette menace levée, la voie était ouverte pour enfoncer la Grèce et la menacer elle-même de sortie de l’euro puisqu’elle venait de démontrer que cette perspective l’effrayait. Ne pas brandir la sortie de l’euro comme une menace a affaibli de manière décisive le gouvernement grec qui s’est privé de la seule arme de dissuasion et de mobilisation du peuple dont il disposait. Il pouvait parfaitement dire au peuple qu’il n’avait pas reçu le mandat pour sortir de l’euro, mais que si c’était la condition pour stopper l’austérité, il faudrait en passer par là ; qu’il étudierait les modalités pratiques et consulterait alors le peuple pour savoir s’il fallait sortir de la zone euro.

Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances, limogé par Alexis Tsipras pour satisfaire la Troïka, avait eu l’outrecuidance de dire que l’UE faisait preuve de « terrorisme » vis-à-vis de la Grèce. Partisan déclaré de l’euro et de l’UE, il a ainsi écrit sur son blog « les Grecs, à juste titre, frissonnent à la pensée de l’amputation de l’union monétaire ». Il ajoute : « Dans l’Irak occupé, l’introduction de nouvelles monnaies de papier a pris près d’un an, une vingtaine de Boeing 747 étaient affrétés, la puissance de l’armée américaine, trois entreprises d’impressions et des centaines de camions étaient mobilisés. En l’absence d’un tel soutien, Grexit serait l’équivalent de l’annonce d’une forte dévaluation de plus de 18 mois à l’avance : une recette pour liquider tout le stock de capital grec et le transférer à l’étranger ». Une telle déclaration, d’une naïveté incroyable, ne pouvait que donner le feu vert à la Troïka pour faire avaler au gouvernement grec tout ce qu’elle voulait. Le gouvernement grec aurait dû répondre positivement à la proposition de l’entreprise britannique De La Rue PLC - il devrait le faire maintenant également - et lui demander d’imprimer des drachmes. Le stock de billets aurait été immobilisé, et aurait servi de menace contre les oligarques, tout en rassurant la population puisque l’opération de conversion et d’introduction des drachmes, avec l’aide de l’armée et de la police, se serait réalisée en un week-end.

Le mandat obtenu du peuple lors de l’élection législative de janvier 2015 – rejet des mémorandums – offrait de larges marges de manœuvre au gouvernement. Lorsque les oligarques européens ont compris que le gouvernement grec ferait tout pour éviter la sortie de l’euro, ils ont accru la pression sur Athènes et fait de la surenchère sur ce qui était proposé. Ils en demandaient toujours plus. Quand la pression est devenue intenable, l’organisation du référendum devait servir, notamment, à redonner un peu d’oxygène au gouvernement.

Le dimanche 5 juillet 2015, le NON au référendum obtenait près de 62% des voix sur les bases suivantes : rejet du plan présenté par la Troïka, rejet de l’austérité, obtention de nouvelles marges de négociations, mais toujours dans le cadre de l’euro et de l’Union européenne. Que s’est-il passé pour que ce formidable rapport de force, marqué néanmoins par la contradiction fondamentale entre stopper l’austérité et rester dans l’euro, soit dilapidé en quelques heures ?

Nous avons assisté, ébahis, à une inversion totale du sens de ce référendum

Le camp battu, qui avait appelé à voter OUI : Pasok (socialistes), Nouvelle Démocratie (droite) et To Potami (centre) est devenu le porte-parole officiel du plan du gouvernement. Le NON est devenu un OUI à l’austérité. Le résultat du référendum du 5 juillet était pourtant exceptionnel. Dans un contexte de guerre médiatique, de chantages et de menaces, les banques fermées, les retraits plafonnés à 60 euros par jour, le NON obtenait plus de 61%. C’était un vote de classe : les classes dominées, la jeunesse, les forces vives de la nation, dans une très grande proportion, avaient voté NON. Si le NON était majoritaire dans toutes les classes d’âges, il faut souligner la forte proportion de votes NON chez les jeunes (85% chez les 18-24 ans). Cette radicalité du vote jeune (tout à fait remarquable par comparaison avec d’autres élections) révèle à la fois le désespoir de cette classe d’âge qui se voit, à juste titre, comme une génération sacrifiée, mais doit également être interprétée comme un signe très encourageant pour les choix futurs du peuple grec. La mobilisation à la base avait été remarquable, l’enthousiasme était revenu, y compris à l’étranger.

Le lundi 6 juillet, sous l’égide du président de la République (qui avait appelé à voter OUI), le gouvernement convoquait tous les responsables de partis représentés à la Vouli (Chambre des députés), sauf Aube dorée (parti néonazi). L’objectif officiel était d’élaborer un cadre de négociations dans lequel la sortie de l’euro serait la ligne à ne pas franchir. À l’issue de cette réunion, Syriza et Anel, membres du gouvernement, signaient un texte avec Potami, Nouvelle Démocratie et Pasok (les partis qui exerçaient précédemment le pouvoir et qui avaient mis en œuvre les deux premiers mémorandums rejetés par le peuple). Tous soutenaient les propositions du gouvernement dans les négociations tout en restant dans l’euro. Le but officieux de cette réunion était en réalité de contourner la minorité de Syriza qui était prête à ne pas voter l’accord. Alexis Tsipras voulait ainsi se débarrasser de sa minorité de gauche (la Plateforme de gauche), procéder à un remaniement ministériel et gouverner avec le soutien de la droite et des socialistes.

Le mardi 7 juillet se tenait l’Eurogroupe à Bruxelles, sans que les représentants grecs viennent avec la moindre proposition. Il aurait été pourtant cohérent que la Grèce vienne avec des propositions en ligne avec le résultat du référendum. Se plaçant lui-même sur la défensive, le gouvernement grec était alors soumis à un nouvel ultimatum, sachant que les échéances de remboursement étaient les suivantes :

  • 20 juillet : 6,9 milliards d’euros (3 milliards d’échéance des obligations d’État, 468 millions au FMI et 3,5 milliards à la BCE)
  • Fin juillet : 1,7 milliard d’euros pour le traitement des fonctionnaires et le paiement des retraites.
  • 20 août : 4,3 milliards d’euros (1 milliard d’échéance des obligations d’État, 182 millions pour le FMI et 3,2 milliards dus à la BCE)

La Grèce rentre dans le rang

Le mercredi 8 juillet, Euclide Tsakalotos, nouveau ministre des Finances remplaçant Yanis Varoufakis, adressait une lettre au Mécanisme européen de stabilité (MES), organisme qui gère la plus grande partie de la dette grecque. Le ministre demandait un prêt de 50 milliards d’euros, sachant qu’il ne pouvait être obtenu qu’à la condition d’accepter un troisième mémorandum. Cette lettre se terminait par l’engagement de la Grèce à « honorer en temps et en heure l’intégralité de ses obligations financières à l’égard de tous ses créanciers ». Le message à la Troïka était clair : la Grèce rentrait dans le rang. Dès lors, ce désarmement politique jetait la Grèce à terre. La Troïka comprenait le message et pouvait appuyer sans limite sur la tête des Grecs.

Dans la nuit du 12 au 13 juillet, à Bruxelles, la Grèce, du moins son Premier ministre et son gouvernement, se sont soumis. On ne peut même pas dire qu’ils ont rendu les armes car il n’y en a jamais eu. Tsipras auraient pu les prendre, mais il est toujours resté dans le périmètre autorisé même si lui ou son ministre se sont fendus de quelques violences verbales.

Le contenu de l’accord du 12 juillet est l’inverse du contenu des votes des 25 janvier et 5 juillet. Il est le même que le plan Juncker rejeté par les électeurs, et il n’est pas compatible avec le programme de Syriza. Les oligarques, avec l’aide de Tsipras, ont ainsi réussi à annuler ces votes. En une nuit, les 36% obtenus par Syriza le 25 janvier 2015 et les 61% obtenus le 5 juillet se sont volatilisés. Dans une démarche suicidaire, le gouvernement a dilapidé le rapport de force.
Dès la reddition de la Grèce consommée, au petit matin du 13 juillet 2015, la première chose dite par Alexis Tsipras pour se féliciter de cet accord a été : « la Grèce pourra reprendre le chemin de la croissance économique ». Il ajoutait un deuxième mensonge en disant « l’accord obtenu prévoit la restructuration de la dette grecque et un financement à moyen terme ». Et enfin, « la possibilité de la sortie de la Grèce de la zone euro appartient désormais au passé ». Il insistait : « avec un pistolet sur votre tempe, vous diriez aussi OK à tout… ».

Le 16 juillet à la télévision grecque, avant le vote du Parlement, il revenait sur ces thèmes : « je n’avais pas le choix », « je ne crois pas à cet accord », « il fallait éviter le désastre », « c’est l’échec de Schäuble qui voulait le Grexit », « j’ai signé le couteau sous la gorge »... Où est l’amélioration du pouvoir de négociation promise grâce au référendum du 5 juillet ? Pourquoi ce renoncement ? La réponse est désormais limpide, il y avait un objectif supérieur à tous les autres, en quelque sorte vital : « éviter la sortie de l’euro ». Le gouvernement grec s’est enfermé de lui-même dans la fausse alternative suivante : soit la Grèce cédait, soit elle était poussée hors de la zone euro. Tsipras a choisi de céder.

Un Parlement d’unité nationale

Toujours le 16 juillet, le Parlement grec était appelé à voter l’accord signé par le gouvernement à Bruxelles. C’est donc avec l’accord du Parlement grec que la Troïka a pris les commandes du pays. Le gouvernement grec a littéralement livré son pays aux créanciers. Le gouvernement, en effet, n’est pas le seul en cause, puisque le Parlement a voté l’accord, une majorité de députés Syriza mêlant leur vote à celui des socialistes et de la droite. Comme en France en 2008 quand les députés et sénateurs avaient voté le traité de Lisbonne alors qu’il avait été rejeté par référendum le 29 mai 2005, les députés grecs ont remis en cause le résultat du référendum du 5 juillet. Une crise politique et institutionnelle vient de s’ouvrir en Grèce, s’ajoutant aux crises humanitaire, sociale, morale, économique, financière . Le gouvernement et le Parlement ne sont plus légitimes.

Les 6 mois qui se sont passés après le 25 janvier auraient dû servir à préparer la sortie de l’euro et de l’Union européenne sur les plans idéologique, politique et logistique, en tant que plan B. Le gouvernement grec, devant l’asphyxie de ses banques par la BCE, avait la possibilité de les nationaliser et de réquisitionner la banque centrale de Grèce. Alexis Tsipras, tout en respectant le mandat reçu deux fois du peuple (lors de son élection le 25 janvier 2015 et le 5 juillet lors du référendum), pouvait – et devait ! – éviter de faire peur à la population sur la sortie de l’euro. En raison de sa popularité il a freiné la progression des opinions favorables à la sortie de l’euro alors que le premier semestre 2015 aurait sans doute suffi à convaincre une majorité de Grecs de la nécessité et de l’opportunité d’une sortie de l’euro, ce qu’il aurait pu valider début juillet par référendum. Pendant les « négociations », le gouvernement grec aurait dû sauter sur l’opportunité que leur offrait paradoxalement Wolfgang Schäuble d’une sortie totale ou provisoire de la Grèce de la zone euro. Il proposait lui-même un « accompagnement » des « institutions » !

Les choses devraient être désormais claires pour la gauche « radicale » ou la « gauche de gauche », et particulièrement pour Podemos en Espagne qui se prépare aux élections générales avant la fin de l’année 2015. Il ne faut pas aller au pouvoir sur des bases floues et croire qu’il sera possible, une fois parvenu aux affaires, d’aller vers une sortie subreptice de l’euro. Il faut au contraire expliquer publiquement, à l’occasion d’un débat difficile, sans concession, qu’il faut sortir de l’euro (et de l’Union européenne). Croyant gagner du temps, la stratégie de l’ambiguïté donne des résultats comme ceux de Syriza : l’échec . C’est bien parce que les dirigeants allemands et ceux des autres pays ont exploité les erreurs du gouvernement grec qu’ils ont gagné. Il faut tenir compte de cette expérience et ne pas renouveler les mêmes erreurs.

5.- En France, le Front de gauche n’a plus de raison d’être car il fait doublon avec le Parti socialiste, il va disparaître

La bataille de Grèce, avec les épisodes du référendum du 5 juillet, la reddition du 12 juillet et la mise en place d’une majorité parlementaire d’unité nationale le 15 juillet a révélé une nouvelle fois, mais avec une intensité accrue, le vide stratégique de la gauche française, du PS à l’extrême gauche.

Le président de la République a mis en avant, avec un rare fracas médiatique, le rôle « décisif  » qu’il s’attribue, notamment face à l’Allemagne, pour empêcher la Grèce de sortir de l’euro. Il n’en fallait pas plus pour que Pierre Laurent du PCF et Jean-Luc Mélenchon du PG, tous deux du Front de gauche, applaudissent bruyamment le chef de l’État pour ses efforts consacrés à « sauver l’euro ». Pierre Laurent donne un coup de chapeau à François Hollande : « je me réjouis que la France ait joué un rôle positif ». Le 11 juillet, la veille de la reddition de la Grèce, Jean-Luc Mélenchon estime sur son blog que « les experts français [sont] venus à la rescousse du gouvernement grec et que François Hollande s’implique pour freiner la violence de Merkel et Schäuble ». Il ajoute que « la position du gouvernement français, actuellement, est un renfort pour le gouvernement grec ». Et pourquoi Jean-Luc Mélenchon prend-il cette position ? Parce que « la France est intéressée directement et concrètement à l’échec du Grexit voulu par le gouvernement allemand et ses satellites de l’est de l’Europe ». Mais c’est exactement le contraire !

Tout ce beau monde, en faisant pression sur le gouvernement grec pour l’empêcher de sortir de l’euro, l’a poussé vers davantage d’austérité et la soumission en lui interdisant la seule perspective d’émancipation qui s’offrait à lui : sortir de l’euro et de l’Union européenne pour reprendre son destin en main

C’est l’union sacrée pour la défense de l’euro entre la droite, la gauche, la « gauche de gauche »…

François Hollande, en outre, a annoncé qu’il voulait « plus d’intégration ». Il a été soutenu, là encore, par Mélenchon et Laurent. Mais quel pays serait assez fou pour entrer dans l’UE, et pire encore, dans la zone euro ? On ne peut souhaiter cela à personne. Messieurs Laurent et Mélenchon auraient dû dire que la zone de crise permanente qu’était l’UE ne présentait que des inconvénients pour les pays qui voudraient y entrer.

Les socialistes « frondeurs », en ce qui les concerne, pour les plus courageux d’entre eux, se sont abstenus lors du vote du Parlement sur le plan grec, le 17 juillet.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du PGE, a été en-dessous de tout. Il a publié un communiqué hallucinant le 13 juillet. Lui aussi, comme Tsipras, parle d’un « accord de compromis » qui « écarte le scénario du Grexit et l’asphyxie financière de la Grèce ». Ainsi Pierre Laurent confirme qu’il vaut mieux signer n’importe quoi plutôt que de sortir de l’euro. Les classes dominantes sont averties : il suffit d’agiter l’épouvantail de la sortie de l’euro pour faire passer Pierre Laurent sous la table. On tremble ! Et si un accord a été signé, « c’est grâce au courage du Premier ministre grec ». Une perle : « certaines des concessions faites ont été imposées à la dernière minute. N’oublions pas que ce fut sous la menace ». Là aussi les oligarques sont prévenus, il suffit de brandir quelques « menaces » pour faire trembler Pierre Laurent. Mais où sont les traditions communistes héritées de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale ? Que sont ces communistes de carton-pâte à la mode Laurent qui sont prêts à tout lâcher si on leur met le « couteau sous la gorge » ou le « pistolet sur la tempe » ! Non seulement Pierre Laurent est un pleutre, mais il est un incompétent et un menteur quand il ajoute : « Le gouvernement grec a fait un choix responsable, celui de permettre avant tout la stabilité financière durable du pays et l’investissement pour l’emploi et le redressement productif du pays. La dette sera rééchelonnée et les taux d’intérêts renégociés. Alexis Tsipras a confirmé son intention de faire porter les efforts sur les grecs les plus riches et de protéger les classes populaires ». Et il appelle à « un avenir solidaire dans l’Union européenne ». Il n’a toujours rien compris ! Ou plutôt il fait semblant de ne pas comprendre. Mais ce que les classes dominées doivent comprendre c’est qu’il est un dirigeant irresponsable !

Tout est faux dans ce que dit Pierre Laurent :

  • Si la Grèce était sortie de l’euro, elle n’aurait connu aucune « asphyxie financière » si elle avait fait ce qu’il faut, particulièrement en appliquant les recommandations du Parti de l’émancipation du peuple (voir partie 6). Au contraire, elle aurait repris en main la politique monétaire et l’aurait mise enfin au service du développement économique et social du pays.
  • Aucun rééchelonnement de la dette n’a été décidé. Le sujet est certes évoqué dans l’accord, mais il est soumis à des conditions drastiques.
  • Aucun « effort » n’est demandé « aux plus riches » dans cet accord, même si quelques mesures fiscales cosmétiques y ont été placées à de seules fins de communication.

Que font les militants communistes ? Ils sont d’accord avec ce discours de déchéance ? Ils laissent faire ? Ils restent au PCF ?

Quant à Jean-Luc Mélenchon, la lecture des articles publiés ces derniers jours sur son blog n’a rien d’une partie de plaisir, c’est une véritable épreuve. Elle est pourtant nécessaire, bien que coûteuse, pour comprendre quelque chose à sa pensée à travers la logorrhée de ses textes entièrement écrits à sa gloire. Le 7 juillet, le fondateur du Parti de gauche confirme son étrange attrait pour l’euro : « L’éjection de la Grèce serait un acte de guerre. Une guerre dont les perdants principaux seraient le reste de l’Europe ! Sans oublier la commotion du capitalisme mondial que cela peut contenir. » On sent que l’écriture automatique de Mélenchon s’est emballée et qu’il raconte n’importe quoi. En quoi la sortie de la Grèce de l’euro ferait-elle perdre quoi que ce soit au « reste de l’Europe » ? Veut-il dire, comme les socialistes, la droite, les grands médias, que les prêts accordés à la Grèce - en échange de l’austérité - ne seraient pas remboursés aux pays préteurs ? Et quelle est cette histoire à dormir debout de « commotion du capitalisme mondial  » ? Oui, c’est vraiment n’importe quoi. Le 13 juillet il dit que « un revolver sur la tempe, Tsipras a signé un compromis » que Jean-luc Mélenchon critique sévèrement à juste titre. Mais il ajoute aussitôt « Le gouvernement d’Alexis Tsipras doit accepter un armistice dans la guerre qui lui est menée. » Équilibriste de haute volée, Mélenchon arrive à la conclusion suivante : « Il faut soutenir Alexis Tsipras et ne pas s’ajouter à la meute de ceux qui veulent le déchirer et se rendent complice du coup d’État tenté contre lui et les Grecs. Mais il ne faut pas soutenir l’accord pour ne pas cautionner la violence dont il est issu et qu’il prolonge. » Ce n’est pas un coup d’État, c’est une reddition. Quant à la position qui consiste à soutenir Tsipras tout en ne soutenant pas l’accord, elle est incompréhensible. Tsipras est impardonnable, il a trahi son peuple, il n’a pas à être soutenu. Le 15 juillet, et c’est très bien, Mélenchon annonce qu’il voterait contre l’accord s’il était député national.

Contradictions, ambiguïtés, faux-semblants, hypocrisies et mensonges

Aux contradictions, ambiguïtés, faux-semblants, hypocrisies et mensonges de la « gauche » et de la « gauche de gauche » française, s’ajoutent celles de ses « partis frères ». Ainsi, en Espagne, Pablo Iglesias, le leader de Podemos, a déclaré le 16 juillet qu’il n’était pas favorable à l’accord conclu en Grèce, « mais c’était une situation limite : soit l’accord, soit une sortie de l’euro ». Les députés de Die Linke au Bundestag, quant à eux, ont voté pour l’accord…

Même phénomène pour la plupart des organisations syndicales, à l’échelle française et grecque, comme à l’échelle européenne.

Ainsi, le mercredi 1er juillet 2015, la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE), le plus important syndicat des travailleurs du secteur privé en Grèce, totalement corrompu et contrôlé par le Pasok, affilié à l’inénarrable Confédération européenne des syndicats (CES), a fait une stupéfiante déclaration publique. Elle demande purement et simplement l’annulation du référendum voté par le Parlement grec, prévu le 5 juillet. Le même jour, la CES lui a immédiatement apporté son soutien.

Les masques tombent. Cette organisation emblématique du double discours syndical contemporain, qui s’est déclarée contre le prolongement et l’aggravation de l’austérité incluse dans tous les memoranda de la Troïka, appelle pourtant à l’annulation de la seule démarche qui aurait pu permettre à Alexis Tsipras de contrer la pression des créanciers, tant que l’on reste dans le cadre des institutions européennes et de ses traités.

La GSEE, et la CES à sa suite, devant cette démarche démocratique qu’était le référendum, ont considéré qu’il y avait le risque de mette en péril l’adhésion encore majoritaire des Grecs aux institutions européennes et accélère la sortie probable du pays de la monnaie unique. Elles n’ont pas hésité à condamner la seule possibilité qui aurait permis que les négociations repartent sur des bases moins dramatiquement hostiles aux intérêts des salariés qu’elles sont censées pourtant défendre. Ces syndicats ont refusé de comprendre que le principe même de ces négociations était particulièrement antidémocratique, car le destin économique et social d’un peuple ne peut se négocier, d’autant que les élections du 25 janvier 2015 avaient porté au pouvoir un gouvernement sur un programme d’arrêt de l’austérité.

Les syndicats de la CES ont choisi l’austérité éternelle plutôt que la sortie de l’euro

Entre la sortie des institutions européennes et une violente austérité provoquée par ces mêmes institutions, la CES et les 88 confédérations syndicales en faisant partie – dont certaines françaises – ont fait leur choix. Elles ont, sans sourciller, choisi la poursuite de l’austérité. Tous les syndicats faisant partie de la CES, organisation européiste financée par l’Union européenne, sont donc solidaires de cet aveu spectaculaire : plutôt la misère et l’austérité perpétuelle, la destruction des services publics et des acquis sociaux, le chômage de masse, que la menace de sortie des institutions néolibérales européennes ! Ces syndicats n’ont de syndicats que le nom. Ce double discours est une hypocrisie permanente, et les cadres dirigeants de ces organisations qui font le contraire de ce que ces dernières sont censées faire, tant qu’ils resteront européistes, sont les comparses du vaste processus de déconstruction sociale et démocratique des États européens par le biais des institutions européennes.

Désormais tout le monde peut le constater de manière de plus en plus nette, on ne peut à la fois être européiste et syndicaliste, européiste et démocrate. Il faut choisir. La CES avait choisi depuis le début. Mais désormais cela se voit. La CGT, la CFDT, FO, la CFTC, l’UNSA, syndicats français membres de la CES, et la FSU qui a demandé son adhésion, n’ont pas condamné les propos de la CES pour dire que les Grecs devaient être souverains et libres de choisir leur destin…

Quant à la gauche de gauche associative, incarnée par l’association Attac, elle a fait preuve d’une étonnante perspicacité politique. Dans un communiqué du 7 juillet 2015 elle affirme en effet « cette victoire historique [celle du NON au referendum du 5 juillet en Grèce] a une portée plus profonde : elle confirme que dans le sillage de puissants mouvements sociaux, des forces nouvelles et dynamiques se lèvent en Europe avec beaucoup d’intelligence politique et de dignité, au nom de la démocratie, de l’égalité et de la justice »…

Le maintien dans l’euro voulu par la « gauche de gauche » possède un prix, c’est celui d’une austérité décuplée pour la Grèce et sa mise sous tutelle. Il faut tirer toutes les conséquences de la prise de position de messieurs Laurent et Mélenchon. S’ils parviennent un jour au pouvoir, leur programme, déjà bien faible, proche de celui de Syriza, et à l’exemple de Syriza leurs négociations avec les oligarques aboutiront à des plans encore plus drastiques au détriment des peuples. Les Français ont tout à craindre de la mouvance Front de gauche et autre gauche dite radicale. Car nous savons maintenant beaucoup plus clairement qu’ils feront comme Monsieur Tsipras, et qu’ils choisiront l’austérité et la tutelle comme prix à payer pour rester dans l’euro. Il faut donc cesser de voter pour le Front de gauche, devenu le FDG (Front de la guimauve), ses militants démondialisateurs et anti-européens doivent cesser de perdre leur temps, le quitter et rejoindre le Parti de l’émancipation du peuple !

Comment cette « gauche de gauche » politique, syndicale, associative, peut-elle dire à la fois qu’elle lutte contre l’austérité et que Tsipras a raison ?

Comment lutter pour le retour de la retraite à 60 ans à taux plein en France et soutenir le gouvernement grec qui augmente cet âge à 67 ans ? Comment lutter contre la privatisation des services publics en France, et soutenir un gouvernement qui privatise les siens ? Si nous acceptons cela aujourd’hui pour la Grèce, cela veut nécessairement dire que nous l’accepterons demain pour la France et les autres pays. Quelle différence entre cette gauche et le PS ?

Cette gauche doit enfin admettre qu’il n’est pas possible de mener des politiques anti-austérité et de rester dans l’euro et l’Union européenne. L’austérité est inhérente à l’euro et à l’Union européenne. La meilleure façon d’aider la Grèce est de lutter, dans chaque pays, pour la souveraineté nationale afin d’affaiblir l’Union européenne. Mais c’est maintenant beaucoup trop tard, les directions du PCF, du PG, d’Ensemble, du NPA… sont congelées, figées, pétrifiées dans leur européisme, l’européisme étant à l’Europe ce que le nationalisme est à la nation. Tenter de les faire bouger, de l’intérieur ou de l’extérieur, est un leurre comme le montrent les contestataires communistes qui luttent depuis des années au sein du PCF sans aucun résultat. C’est la même chose au PG où les manœuvres d’appareil interdisent tout véritable débat. Au lieu de s’épuiser en vain, ces militants sont invités à venir construire le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP). Et à battre ces partis, sur le plan idéologique, politique et électoral.

6.- La sortie de l’euro et de l’Union européenne reste la condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante, pour mettre un terme aux politiques néolibérales

Ceux qui considèrent que la compréhension de la réalité, honnêtement et sans tabous, est un impératif pour y voir clair, auront beaucoup appris au mois de juillet 2015. La preuve a été faite par l’expérience, pour la première fois, que l’on ne pouvait pas transformer l’UE de l’intérieur. Jusqu’à présent, rares étaient les experts et les forces politiques, à l’image du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP), qui expliquaient que la nature de l’UE – et donc de l’euro – interdisait toute possibilité de transformation progressiste de l’intérieur. Mais il s’agissait d’analyses certes très détaillées et argumentées, mais qui ne reposaient pas encore sur une expérience grandeur nature. Or, aujourd’hui, nous avons le cas grec qui confirme cette hypothèse. D’ailleurs, quand les Mélenchon, Laurent, Iglesias et autre Tsipras disent que le gouvernement grec était obligé de céder car il avait « le couteau sous la gorge » et « le pistolet sur la tempe », que disent-ils d’autre ? Ils reconnaissent, tout en voulant le masquer, qu’on ne peut pas changer l’Union européenne de l’intérieur, car l’abandon des politiques d’austérité entraînerait la sortie de l’euro qui, selon leurs élucubrations, provoquerait une « catastrophe » bien pire. En cela ils ne font que reprendre les épouvantails traditionnels agités par l’oligarchie.

La preuve est donc faite que l’euro n’est pas une simple monnaie, techniquement parlant

Elle est bien davantage que cela. Elle est une conception économique fondée sur l’austérité pour le plus grand nombre, afin de favoriser l’Allemagne. L’euro est le nouveau nom du Deutschemark. C’est un système de domination. Il ne permet pas une gestion efficace de la monnaie, notamment parce que les pays de faible développement économique ne peuvent pas résister. Les firmes multinationales détruisent alors, précisément grâce à l’euro, leur tissu productif et leur agriculture. En outre, l’illusion selon laquelle la zone euro était un lieu de convergence et de solidarité entre pays membres a volé en éclat. La zone euro apparaît mieux encore pour ce qu’elle est : un lieu de domination des pays forts (l’Allemagne) sur les pays faibles. L’euro n’est pas une monnaie qui rapproche les peuples et qui est ouverte à tous. C’est la monnaie d’un système oligarchique contrôlé par la BCE au plus grand profit du système financier, des firmes multinationales à base européenne et de l’Allemagne, résultat obtenu en privatisant les monnaies nationales des pays membres. On comprend pourquoi l’Union européenne est prête à tout pour conserver le système, et qu’il existe bien une direction politique de la zone euro. C’est-à-dire une oligarchie autoritaire parfaitement a-démocratique.

Cependant, grâce à l’épisode grec, la zone euro a pris beaucoup de plomb dans l’aile. C’est l’effet positif – involontaire – de l’échec de Tsipras. Ce qui était jusqu’à présent inimaginable – la sortie d’un pays de la zone euro – a été mis sur la table comme jamais. Tout le monde arrive maintenant à la conclusion qu’il est donc possible de sortir de la zone euro, puisque la BCE l’a reconnu ainsi que les dirigeants allemands et l’Eurogroupe lui-même. C’est donc crédible.

Bien sûr le retour aux monnaies nationales ne se fera pas sans difficultés. Mais une perspective positive sera enfin tracée : la souveraineté, la liberté, le redémarrage, la sortie du cauchemar et l’espoir. La sortie de l’euro est la condition sine qua non de tout changement de politique économique. Les partis politiques et syndicats européens vont-ils le comprendre ? Maintenant, tout le monde connaît la véritable nature de l’euro et de l’UE, aucune excuse ne sera plus valable : il faut renverser l’ordre européen.

Tous les gouvernements membres de l’UE sont responsables de la débâcle que connaît la Grèce puisqu’ils ont soutenu la politique absurde qui lui a été imposée.

La « construction » européenne n’a pas d’autre but que de réduire à néant la démocratie – le pouvoir du peuple – en le privant de l’instrument qui lui permet de changer les choses : la souveraineté nationale. La fédéralisation de notre pays constitue une étape supplémentaire vers ce chaos. Ceux qui ne voyaient pas, ou faisaient semblant de ne pas voir, ont désormais toutes les cartes en main pour juger de la vraie nature de l’euro et de l’Union européenne et en tirer les conclusions qui s’imposent.

II.- MODALITES CONCRETES DE SORTIE DE LA ZONE EURO : 10 MESURES POUR Y PARVENIR

Sortir de la zone euro n’est pas un but en soi et ne règlera pas par miracle tous les problèmes économiques et sociaux des pays qui en font partie. Si, dans cette perspective, la sortie de la zone euro n’est pas une condition suffisante, elle est en revanche une condition absolument impérative pour mener de véritables politiques de développement économique et de redressement social. Les pays qui sortiront de la zone euro devront agir vite, fort, de manière systémique. C’est tout un système qu’il faut démanteler, c’est donc un autre système qui doit voir le jour.

Les dix mesures qui suivent doivent être prises le même jour. Toutes. Une loi, votée le lendemain de la victoire électorale, devra créer les bases politiques (la confiance et la mobilisation du peuple) juridiques et opérationnelles de la fin de l’austérité et de la restauration de l’indépendance nationale. Cette loi devra inclure : l’annulation des plans d’austérité, l’annonce du défaut de paiement et de la restructuration de la dette publique, le contrôle des changes et des mouvements de capitaux, la reprise en main de la banque centrale et de la politique monétaire, la nationalisation des banques et des compagnies d’assurance, le début du démantèlement des marchés financiers, la sortie de la zone euro et de l’Union européenne, la dévaluation de la monnaie nationale, des mesures protectionnistes. Tout cela doit être réalisé pour atteindre l’objectif final : créer les conditions de la fin du chômage et de la précarité en trois ans. Tout ceci devra être voté le même jour, même si la mise en œuvre se fera nécessairement à des rythmes différents.

1.- Annuler les plans d’austérité

Dans tous les pays de la zone euro, à des degrés divers, les plans d’austérité ont concerné les salaires, les retraites, la restriction des budgets publics pour des activités d’intérêt général comme la justice, l’Éducation, l’hôpital public, l’assurance-chômage, les minimas sociaux… L’annulation et non l’aménagement de toutes ces mesures d’austérité est déjà l’objectif clairement annoncé de nombreuses luttes sociales. C’est donc à leur prolongement, en leur donnant une perspective politique, et à cette condition seulement, que des gouvernements qui voudraient résoudre les problèmes, partout en Europe, pourraient agir de façon optimale. Ils disposeraient d’un large soutien de la population et de sa mobilisation active. En outre, l’expérience grecque en témoigne, l’austérité ne fait qu’aggraver la crise et menacer la démocratie.

L’annulation des plans d’austérité est-elle compatible avec les politiques de l’Union européenne qui mettent l’accent, au contraire, sur l’austérité, au prétexte d’importantes dettes publiques ? L’annulation des plans d’austérité est-elle compatible avec le maintien dans la zone euro ? L’annulation des plans d’austérité, par une majorité parlementaire qui aurait le mandat obtenu des urnes, quel que soit le pays, aurait pour conséquence, dans le cadre actuel, une augmentation du déficit budgétaire et de la dette publique du pays en question. Des pays comme la Grèce, le Portugal, l’Irlande ont déjà été privés d’accès aux marchés financiers et se sont trouvés placés sous perfusion des fonds de l’Union européenne (c’est-à-dire des autres États membres) et du FMI. Ils risqueraient de voir ces fonds bloqués. Privés d’euros, s’ils veulent toujours annuler les plans d’austérité, les gouvernements de ces pays n’auront pas d’autre choix que de sortir de la zone euro pour utiliser une nouvelle monnaie. Il y a donc incompatibilité totale entre le maintien dans la zone euro et l’abandon de l’austérité, il y a incompatibilité totale entre dynamisme économique et maintien dans la zone euro.

2.- Annoncer le défaut de paiement et restructurer la dette

L’exemple grec, pour notre démonstration, peut être étendu à tous les autres pays de la zone euro, dont la France. En mai 2012, la Grèce se trouvait placée dans une situation similaire à celle qu’elle a connue en mai 2010 et aussi en juillet 2015. Le 19 mai 2010, la Grèce devait rembourser un emprunt obligataire à 10 ans de 8,5 milliards d’euros. Mais le pays ne possédait pas les fonds nécessaires et risquait d’être contraint d’annoncer le défaut. Pour l’éviter, un gigantesque plan de « soutien » a été décidé les 9 et 10 mai 2010 par les pays membres de l’Union européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international pour 110 milliards d’euros. En contrepartie, ces deux institutions ont exigé des conditionnalités : une austérité généralisée pour que le maximum de richesses produites dans le pays aille aux remboursements des banques créditrices.

Annoncer un défaut est un acte politique extrêmement fort, et l’on comprend que des gouvernements hésitent à prendre des mesures aussi radicales sortant des chemins balisés du néolibéralisme. Les conséquences, en effet, sont importantes.

Premièrement, les marchés financiers, les forces politiques de droite et même une partie de la gauche et de la « gauche de gauche », le grand patronat, la Commission européenne, les gouvernements de l’Union, le FMI, les grands médias, hurleront à la mort contre une telle décision. Ils menaceront, feront pression, lanceront des campagnes d’intimidation et d’affolement de la population comme on l’observe une nouvelle fois en mai 2012 et en juin-juillet 2015… Face à une telle tempête, un gouvernement voulant résoudre les problèmes devra se préparer et conserver son sang-froid, garder le cap et s’assurer à tout moment du soutien du peuple. Toutes ces questions doivent être étudiées avant une éventuelle victoire électorale pour préparer les citoyens, une fois la victoire acquise, à faire front. La population doit être préparée longtemps à l’avance à un défaut qui rend inéluctable la sortie de la zone euro, pour ne pas être prise au dépourvu et contrainte à l’improvisation.

Un défaut a une seconde conséquence : l’exclusion de fait des marchés financiers, c’est-à-dire la perte de la faculté de leur emprunter. C’est logique et c’était d’ailleurs déjà le cas fin 2010 pour la Grèce qui ne pouvait plus y emprunter. On ne voit pas pourquoi les créanciers (banques…) continueraient à prêter encore de l’argent à un État qui ne les rembourse pas.

Une fois le défaut annoncé, les paiements d’intérêts et les remboursements du capital interrompus, un gouvernement qui prendrait cette décision devra engager le processus de restructuration de sa dette.

Un dispositif de gestion du stock de la dette publique (les emprunts déjà émis qui restent à rembourser) et des flux de dettes à venir (les futurs emprunts hors marchés financiers) devra être mis en place. Le gouvernement devra prendre l’engagement de rembourser les petits porteurs qui ont prêté de l’argent à l’État en lui achetant des obligations. Beaucoup de personnes modestes ou des classes moyennes, dans un pays comme la France mais aussi ailleurs, achètent des obligations d’État car elles sont un bon placement, normalement sans risque, dont l’usage est « moral » puisque réputé servir l’intérêt général. Pourquoi les pénaliser en ne les remboursant pas ? Pourquoi en faire les adversaires d’un gouvernement qui veut résoudre les problèmes alors que ce dernier est censé, au contraire, représenter leurs intérêts ? En même temps, parmi les personnes physiques détentrices d’obligations d’État, comment identifier les personnes modestes et des classes moyennes qu’il faut rembourser intégralement et celles qui ont d’importants portefeuilles d’obligations pour lesquelles le remboursement ne devra pas être automatique ? Pour y voir clair, le remboursement du capital prêté à l’État par ces ménages peut se faire sur présentation de l’avis d’imposition. Les personnes peu ou moyennement imposables, ou non imposables, seraient totalement remboursées. Les personnes situées dans la tranche marginale de l’impôt sur le revenu verraient leurs remboursements réduits ou même supprimés dans certains cas selon un barème à déterminer. La situation des personnes physiques doit donc être examinée au cas par cas dans le cadre d’une politique de réduction des inégalités.

En revanche, les personnes morales comme les Hedge Funds, les banques, les fonds de pension et autres fonds qui détiennent des obligations d’État, pourront voir leurs remboursements réduits, reportés dans le temps ou même annulés, selon leur rôle dans la spéculation. Même chose pour le versement des intérêts annuels qui, de toute façon, seront annulés ou fortement réduits.

Bien évidemment, ces remboursements du capital et paiements des intérêts se feront en monnaie nationale (drachme, francs, etc.) et non en euros. On pourra se demander pourquoi rembourser les investisseurs institutionnels et autres personnes morales – pour celles qui le seront - en monnaies nationales puisque ces monnaies ne seront pas convertibles (voir plus loin). Que vont-ils en faire ? Ils devront acheter des biens et services produits dans les pays concernés pour les aider à rétablir leur balance des paiements. Précisons que ces remboursements peuvent être effectués par la banque centrale, au moyen de la création monétaire.

L’impossibilité d’emprunter aux marchés financiers conduira les pays qui font défaut à recourir à trois types de mesures pour garantir la continuité du financement de la trésorerie de l’État et des investissements publics : s’appuyer sur leur épargne nationale ; imposer aux banques et compagnies d’assurance l’achat obligatoire de titres d’État ; recourir aux avances sans intérêt et parfois non remboursables de leur banque centrale. Tout ceci, bien évidemment, est rigoureusement impossible dans le cadre de l’euro et de l’Union européenne (voir plus loin).

3.- Contrôler les changes et les mouvements de capitaux

La France, pour ne prendre que cet exemple, a connu le contrôle des changes entre 1939 et 1967. Aucune devise étrangère ne pouvait être vendue ou achetée sans l’intermédiaire d’un fonds de stabilisation des changes géré par la Banque de France. Rétabli en 1968, il a été définitivement supprimé en 1989 alors que Pierre Bérégovoy (PS) était ministre des Finances, après avoir été assoupli à partir de 1984 quand le ministre des Finances était Jacques Delors (PS). Pendant les périodes de contrôle des changes, il n’y avait pas de crises… Il faut donc remettre en place le contrôle des changes et des mouvements de capitaux.

Le contrôle des changes est une décision prise par un gouvernement pour réglementer l’achat et la vente de monnaies étrangères par ses ressortissants (personnes physiques ou morales) et de sa monnaie nationale par des non-résidents. Lié à la non-conversion de la monnaie, le contrôle des changes consiste à autoriser une opération de change à condition qu’elle corresponde à une réalité économique (l’achat d’une machine, de marchandises, le tourisme…). Ces mesures répondent à plusieurs objectifs.

D’une part, il s’agit d’empêcher les achats excessifs de monnaies étrangères, essentiellement par les banques et institutions financières, qui peuvent contribuer à la dépréciation de la monnaie nationale et aggraver le déficit de la balance des paiements (si la monnaie est convertible). D’autre part, il s’agit d’entraver les importations de produits susceptibles de concurrencer l’industrie nationale, et de réserver les achats avec des devises étrangères au règlement des importations jugées les plus utiles et les plus urgentes (biens d’équipement, matières premières par exemple). Un tel objectif va dans le sens de la relocalisation des productions industrielles et agricoles. Enfin, cela sert à empêcher l’évasion des capitaux et des revenus taxables. Là encore, il ne s’agit en aucun cas de pénaliser les petits acheteurs de devises tels que les touristes, qui bénéficieront de quotas de devises largement suffisants pour leurs dépenses touristiques.

Aujourd’hui, l’immense majorité des achats de devises ne sert ni à acheter des biens et des services, ni à acheter des titres financiers, mais à acheter d’autres devises dans le but exclusif de spéculer.

4.- Reprendre en main la politique monétaire

Pour parvenir à mettre en œuvre une politique d’abandon de l’austérité, de plein-emploi, de redémarrage des services publics, de reconstruction de la protection sociale et de mutation écologique du mode de production, le contrôle de la banque centrale par le gouvernement est indispensable. Les nouveaux gouvernements auront besoin de s’attaquer au cœur du système et de reprendre en main la politique monétaire en redonnant à la banque centrale les pouvoirs que les représentants des classes dirigeantes lui avaient ôtés. La nationalisation complète des banques et du secteur financier, ainsi que des compagnies d’assurance, sera engagée, complétant le dispositif de remise en ordre de l’économie et de démantèlement des marchés financiers.

Dans le système capitaliste, la monnaie est à l’économie ce que le sang est au corps humain. On appelle politique monétaire les mesures prises par les banques centrales concernant les conditions du financement de l’économie : niveau des taux d’intérêt (le loyer de l’argent), création de nouvelles quantités de monnaie, parités de change avec les autres monnaies, prêts gratuits à l’État, avances remboursables ou non, achats de titres d’État à un faible taux d’intérêt, contrôle du système bancaire et financier, financement direct d’organisations productives ou de services, gestion d’un fonds de réserve pour les changes, préteur en dernier ressort…

Pour s’assurer que le capitalisme disposera des moyens de son financement et préservera la rentabilité du capital en bloquant l’inflation quelles que soient les gouvernements, les banques centrales ont été rendues indépendantes du pouvoir politique à partir de la révolution conservatrice néolibérale du tournant des années 1970 et 1980. Elles ont alors été confiées à des mains sûres : des agents des marchés financiers. Les politiciens de droite, avec l’accord enthousiaste de nombreux socio-démocrates, ont verrouillé le système monétaire pour qu’il ne serve qu’aux intérêts des marchés financiers. C’est la raison de la création de la Banque centrale européenne. On ne peut mieux dire que le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, pour dénoncer l’indépendance des banques centrales : « la banque centrale indépendante se voit donner un mandat pour servir un certain groupe d’intérêts. Il s’agit d’une sorte de verrouillage, soit par Constitution, soit par traité. [par exemple le traité de Lisbonne] On cadenasse certaines politiques économiques pour servir les intérêts de quelques groupes au détriment d’autres » (Le Monde, 27 février 2004).

Aucune véritable politique de sortie de crise ne sera possible si la Banque centrale européenne reste dans les mains des représentants des marchés financiers. Des lois devront être votées dans chaque pays pour mettre fin à l’indépendance de leur banque centrale et lui donner un statut d’autonomie. Renoncer à l’indépendance des banques centrales ne signifie pas pour autant les rendre totalement dépendantes du gouvernement. Car celui-ci pourrait avoir tendance à laisser filer la création monétaire au-delà de ce qui est nécessaire.

Les pays qui quitteront la zone euro pourront alors retrouver le monopole de la création de leur monnaie, soustraire cette activité essentielle des griffes des banques privées, et finalement recouvrer leur indépendance et leur souveraineté monétaires. Pour compléter le dispositif, il faudra faire abroger, en France et ses équivalents dans les autres pays, la loi de 1973 qui a obligé la Banque de France à abandonner son monopole de création monétaire (scripturale) en le transférant aux banques privées. Deux outils de politique monétaire devront être réactivés : l’encadrement du crédit et la sélectivité du crédit.

Encadrement du crédit

Il consiste, pour un gouvernement, à déterminer le volume de crédits que les banques devront distribuer, en d’en confier le contrôle à la banque centrale. C’est un dispositif très simple, très efficace et aux effets immédiats, qui permet d’éviter la politique d’argent cher et la restriction du crédit aux agents économiques. Chaque banque se voit allouer une enveloppe de crédits, les parts de marché sont ainsi gelées, la concurrence entre les banques change de nature. La course au gigantisme et à la rentabilité des fonds propres pour rémunérer les actionnaires, au détriment de la sécurité des fonds déposés par les épargnants et le financement de l’économie, sont stoppés net. Comme le seront aussi les opérations spéculatives à effet de levier. Ce système, supprimé en France en 1985 par le socialiste Pierre Bérégovoy, ministre des Finances, doit être rétabli et étendu à tous les pays qui sortiront de la zone euro.

Sélectivité du crédit

Jusqu’en 1986, avant que le même ministre des Finances Pierre Bérégovoy supprime cet instrument, le gouvernement français pouvait donner des instructions aux banques concernant le niveau des taux d’intérêt à accorder à tel ou tel secteur de l’économie à partir d’une orientation définie par le Parlement. Les banques étaient ainsi le relai obligé des politiques publiques pour soutenir des branches économiques particulières en leur accordant des taux d’intérêt plus bas qu’aux autres. Parfois même ces taux d’intérêt étaient bonifiés.

Prenons l’exemple des délocalisations. Certaines entreprises privées s’endettent aujourd’hui pour placer leurs fonds ailleurs, notamment pour financer leur délocalisation. En France, en 2009, ce phénomène a représenté 150 milliards d’euros. L’encadrement du crédit et sa sélectivité empêcheront définitivement ces opérations sans aucune difficulté technique : c’est très simple à faire.

Prenons un second exemple, celui des prêts accordés par les banques aux Hedge Funds, aux opérations de LBO’s et de fusions et acquisitions. Toutes ces opérations ont pour point commun d’être uniquement à vocation spéculative, sans aucun rapport avec le développement harmonieux de l’économie. Les banques, complices de ces opérations par les prêts qu’elles leurs accordent, ne pourront plus agir en sens contraire de l’intérêt général. Ces prêts seront purement et simplement interdits, la pompe à finance sera arrêtée, les spéculateurs seront asphyxiés.

5.- Nationaliser les banques et les compagnies d’assurance

Le rôle des banques est de financer l’économie. Elles le font de moins en moins, préférant spéculer. C’est pourquoi le financement de l’économie ne doit plus être confié au marché, il faut nationaliser tout le système bancaire. Intégralement. Cela permettra aussi d’affaiblir les positions de la classe dirigeante. Les conditions optimales seront alors créées pour démanteler les marchés financiers, et non simplement les réguler.

Les banques et autres institutions financières ont pris beaucoup trop de poids dans l’économie et même dans la politique. Elles sont responsables de nombreuses crises à répétition qui secouent le monde depuis une trentaine d’années. Les banquiers gagnent trop d’argent, gavés notamment de bonus et de stock-options. Ils ne pensent plus qu’à leur enrichissement personnel et ruinent les déposants et les économies qu’ils sont censés financer. Imbus d’eux-mêmes, gonflés de leur suffisance, ils ont fait preuve d’une incompétence qui les disqualifie et incite à les renvoyer dans les agences de quartier pour en tenir les guichets. Il faut le répéter, les banques ont un rôle de service public : garantir les dépôts des épargnants et non les ruiner, assurer le financement de l’économie et non l’assécher.

L’arrivée au pouvoir d’une coalition politique voulant s’attaquer réellement aux problèmes, ayant annoncé son intention de nationaliser les banques et les compagnies d’assurance, provoquera un mouvement de panique à la Bourse. Tout le monde voudra vendre les titres des banques et des compagnies d’assurance. C’est excellent ! C’est ce qu’il faut ! Le prix de ces titres s’écroulera. Ce sera le moment que devra choisir un fonds public d’intervention pour ramasser les titres de ces établissements au prix le plus bas possible. Les actionnaires des banques, coresponsables de la crise, seront ainsi justement sanctionnés. Par le marché lui-même ! Les salariés de ces entreprises victimes de la propagande qui les avait incités à acheter des actions de leur banque seront, quant à eux, remboursés. Pour acheter ces actions, la Banque de France donnera les fonds à l’État, par création monétaire, comme le fait la Banque centrale américaine. C’est tout simple.

6.- Démanteler les marchés financiers

Il faut déclarer la guerre à la finance. Personne ne sera surpris si un gouvernement déterminé à mettre fin à la souffrance du peuple met en œuvre ce principe. Les nuisances de la finance dérégulée, depuis la fin des accords de Bretton Woods en 1971 qui ont mis un terme aux taux de change fixes, sont désormais suffisamment connues pour faire un bilan : il est négatif sur tous les plans. Nous n’en sommes plus à l’époque des interrogations et tergiversations sur le rôle de la finance de marché. Nous sommes au moment où il faut se débarrasser de la finance. On peut y parvenir aisément en démantelant les marchés financiers et en instaurant, pour y contribuer, le contrôle des changes et des mouvements de capitaux à partir d’initiatives nationales.

Un système financier est nécessaire à toute société. S’il est correctement conçu et organisé, il doit permettre aux agents économiques en surplus d’épargne (les ménages) de prêter aux agents économiques en besoin d’épargne (les entreprises, l’État, les services publics…). Il ne faut toutefois pas confondre système financier et marchés financiers. Le système financier doit avoir un simple rôle d’intermédiaire au service de l’intérêt général et ne pas se transformer en marché financier spéculatif n’agissant que pour les profits d’intérêts privés. Or, c’est bien ce qu’est devenu aujourd’hui le système financier sous l’effet de la révolution conservatrice. Totalement dérégulé, il n’est plus qu’un vaste champ de manœuvres pour ses opérateurs. Les réguler ne suffit plus, ce serait totalement inadapté à la situation actuelle, il faut les démanteler.

La fermeture du marché obligataire

Dans le programme qui est ici proposé, il y aura toujours des émissions d’obligations d’État. Toutefois, les pays sortis de la zone euro ne se financeront plus sur le marché obligataire qui sera fermé, il n’y aura plus ni marché primaire, ni marché secondaire. Les États continueront à émettre des obligations, mais elles ne pourront être souscrites que par les ménages, dans le cadre d’un plafond pour éviter la constitution de rentes par les plus fortunés ; par les banques et compagnies d’assurances, dans le cadre d’un quota obligatoire d’achats ou de leurs provisions et réserves (emprunts forcés) ; et enfin par la banque centrale.

Le marché secondaire étant fermé, les obligations souscrites ne pourront être revendues, sauf exceptions, particulièrement pour les personnes physiques, et seulement à l’État. Les entreprises et les collectivités locales ne pourront plus émettre d’obligations, elles devront revenir au financement classique par prêt bancaire. Il n’y aura donc plus de marché obligataire.

Organiser le dépérissement de la Bourse jusqu’à sa fermeture

Le financement des entreprises par le mécanisme boursier, plutôt que par l’emprunt bancaire, n’est absolument pas nécessaire pour leurs investissements. Il est même de plus en plus néfaste pour les entreprises elles-mêmes. Les actionnaires pompent désormais davantage de capitaux des entreprises qu’ils ne leur en apportent. Sans parler des scandales à répétition qui ont fait des marchés boursiers des espaces de fraude et de corruption généralisé.

De plus, la «  dictature » de l’actionnariat impose aux entrepreneurs des orientations qui non seulement ont des conséquences sociales et environnementales dévastatrices, mais ne tiennent même pas compte de la pérennité de l’entreprise, devenue une marchandise comme une autre, achetable puis jetable. Sans parler de l’utilité réelle des productions pour le pays d’implantation, souvent contestable.

La relation entre l’entreprise et ses actionnaires est inversée : ce ne sont plus les actionnaires qui financent l’entreprise, c’est l’entreprise qui finance ses actionnaires. Ces derniers sont des prédateurs qu’il faut empêcher de nuire. Une des racines les plus profondes de la crise du capitalisme contemporain se trouve dans le système boursier. Pour l’avenir lui-même des entreprises, qui doivent être considérées comme des organisations productives fabriquant des biens et des services utiles, il faut organiser le dépérissement de la Bourse. Et libérer les entreprises de leurs actionnaires.

En brisant les marchés financiers sur son territoire, un gouvernement dynamique donnera un signal universel.

7.- Sortir de la zone euro, revenir à la monnaie nationale qui ne sera pas convertible

Dans un régime démocratique, le pouvoir de battre monnaie doit être confié aux élus du peuple. Car battre monnaie signifie la possibilité de définir une politique monétaire qui servira à financer la politique économique. Comment est-il possible d’accepter la dictature monétaire exercée actuellement par les marchés financiers qui, en rendant indépendante les Banques centrales des pouvoirs publics, les ont retirées des mains du peuple ? Refuser de sortir de la zone euro, c’est refuser de redonner le pouvoir monétaire au peuple. Est-ce une politique susceptible de sortir de la crise ?

La monnaie et la politique monétaire font partie d’un ensemble plus vaste qui est la politique économique. On trouve aussi, dans la politique économique générale, la politique fiscale, celle du commerce international, la politique industrielle, la politique budgétaire, etc. Une politique économique, dans toutes ses composantes, ne peut pas être neutre, c’est-à-dire ni en faveur des classes dominantes ni en faveur des classes dominées. Pour une raison très simple : toute politique économique a deux conséquences principales, l’une sur l’environnement et l’autre sur le partage des richesses. Les conséquences de la politique économique sur l’environnement dépendront des choix implicites ou explicites faits par un gouvernement, par exemple en matière de commerce international. Si l’un des objectifs de cette politique économique est de développer le commerce international, la conséquence immédiate sera la dégradation de l’environnement par l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. La seconde grande conséquence d’une politique économique concerne le partage de la richesse produite. Là aussi, de manière implicite ou explicite, il y a toujours un choix qui est fait entre le travail et le capital. Soit la politique économique va conduire à un encadrement raisonnable des revenus et de l’accumulation du capital pour favoriser le travail, soit elle se fixera une priorité inverse pour favoriser le capital.

On comprend, dès lors, que le partage d’une monnaie unique entre plusieurs pays doit résulter d’un accord profond sur la politique économique et le choix de société qu’elle traduit. Or, dès le départ, la zone euro a réuni des pays aux caractéristiques économiques et aux projets politiques très différents. Les écarts se sont ensuite creusés du fait des politiques menées qui ont été non seulement divergentes mais contradictoires. Ainsi les dirigeants allemands – d’abord les socio-démocrates alliés aux Verts, puis les conservateurs avec madame Merkel alliés aux socio-démocrates – ont mené la même politique économique visant la priorité aux exportations dans la zone euro et la déflation salariale. Ils ont déshabillé Pierre (les autres pays de la zone euro) pour habiller Paul (la classe dirigeante allemande).

Le premier pays qui sortira de la zone euro, provoquera, il faut l’espérer, un effet d’entraînement. Sur le plan politique, des partis, des syndicats, des mouvements divers pourront vérifier par l’expérience que cette première sortie de la zone euro n’a pas provoqué le déluge qui terrorisait certains (si cette sortie de la zone euro se fait en appliquant les mesures proposées dans cette étude). Les pays concernés, revenus à l’air libre, pourront diminuer leur taux de chômage et faire repartir leur système de protection sociale en annulant toutes les directives européennes et lois nationales qui l’avaient démantelé. Les classes dominées reprendront de la vigueur en Europe, les forces d’extrême droite reculeront. Des coalitions se formeront, pouvant devenir majoritaires, face aux partis sociaux-démocrates, travaillistes et socialistes.

Le non-remboursement de leur dette publique privera les pays concernés, pour longtemps, de l’accès aux marchés financiers afin d’emprunter. Est-ce un mal ? Dès lors, comment trouver les fonds nécessaires au fonctionnement de la société ? Il n’existe, pour y parvenir, aucune véritable solution dans le cadre de la zone euro. Rompre avec les marchés financiers, comme on l’entend dire parfois, ne peut s’imaginer qu’en dehors du cadre de la zone euro, car cette monnaie est partie intégrante des marchés financiers et ne peut en être disjointe. Avec la monnaie unique et les traités européens, le financement des dépenses publiques hors marchés financiers est impossible.

Il est loin d’être certain que l’épargne nationale, selon les pays, soit suffisante pour répondre aux besoins de financement sans importations de capitaux. La Grèce, par exemple, est l’un des pays de l’UE ayant le taux d’épargne le plus faible (8% du PIB, contre 19% en 2008 pour la France). Pour un PIB de 239 milliards d’euros en 2008, l’épargne grecque représentait 19 milliards d’euros, alors qu’en 2010, la Grèce avait besoin d’emprunter 54 milliards d’euros. Par ailleurs, la dette publique étant de 133% du PIB à l’époque, soit 315 milliards d’euros pour un PIB de 237 milliards d’euros en 2009, il faudrait à ce pays 16 années pour rembourser sa dette (sans compter les intérêts !), à condition d’y consacrer chaque année la totalité de son épargne nationale. On voit que ni le financement des investissements par l’épargne nationale, ni le remboursement de la dette ne sont possibles en Grèce dans les années qui viennent. Il faut nécessairement de la création monétaire, ou alors l’austérité frappera ce pays pendant au moins vingt ou trente ans. C’est ce choix qui a été fait sans remord par le gouvernement « socialiste » grec, avec le soutien de l’Union européenne et du FMI, et maintenant par le gouvernement de la « gauche de gauche » de Monsieur Tsipras.

En revanche, la situation est différente en France où le taux d’épargne était de 19% du PIB en 2008, soit 370 milliards d’euros pour un PIB de 1.950 milliards d’euros. Les emprunts d’État à moyen et long terme, en 2010, étaient estimés à 188 milliards d’euros. Quant à la dette publique, elle était à 78% du PIB fin 2009 (1.489 milliards d’euros). Ainsi, pour la rembourser à partir de la seule épargne nationale, il faudrait seulement 4 années à la France. Il ne s’agit là que d’un exemple pour montrer les véritables proportions du problème. Dans la réalité, toute l’épargne ne peut aller aux emprunts d’État, il faut qu’une partie de l’épargne soit disponible pour financer le logement, la production agricole et industrielle.

On peut conclure que les pays à faible taux d’épargne ont un intérêt encore plus marqué de sortir de la zone euro, alors que ceux disposant d’un certain niveau d’épargne ont des marges de manœuvres plus importantes.

Par la loi, le gouvernement grec ou n’importe quel autre gouvernement, peut imposer aux banques et compagnies d’assurances, y compris étrangères installées sur leur territoire, d’acheter un pourcentage convenu des émissions obligataires de l’État, à un taux d’intérêt très bas fixé par le gouvernement et non par le marché. Le marché secondaire sera fermé : les détenteurs de ces obligations ne pourront pas les vendre, sauf à l’État, et devront les garder jusqu’à leur terme, sauf cas particulier. Elles joueront notamment le rôle de réserves obligatoires.

Organiser la conversion des euros en monnaie nationale le jour et l’heure convenus

Ceux qui ont vécu le passage des monnaies nationales à l’euro se rappelleront sans doute qu’il s’est très bien passé, sauf les augmentations des prix à la consommation. Il n’existe aucune raison pour que le mouvement inverse, le passage de l’euro aux monnaies nationales, se déroule mal. Les actions suivantes devront être engagées :

  • Les salaires et revenus de transfert seront versés en drachmes (ou en francs).
  • Les dépôts bancaires seront convertis en drachmes (ou en francs).
  • Les titres seront valorisés en drachmes (ou en francs).
  • Les bilans des entreprises et des institutions financières seront immédiatement convertis en drachmes (ou en francs).
  • Les personnes physiques pourront convertir leurs euros en drachmes (ou en francs) dans les banques. Ces conversions seront l’occasion d’un examen de la situation fiscale des personnes physiques et morales, particulièrement dans les pays à faible organisation et pression fiscales. Le montant des sommes converties devra être en adéquation avec la profession des intéressés et leurs revenus déclarés, le chiffre d’affaires pour les entreprises… - L’euro sera interdit dans les transactions courantes. Il faudra préciser si une période de double monnaie est nécessaire pendant la phase de transition. Il faut fixer une perspective d’espoir. C’est la détermination et la précision avec lesquelles sera évoqué la nécessité de la sortie de la zone euro, comme première étape incontournable pour construire une autre Europe, qui peut dédramatiser, acclimater les esprits à cette idée, rendre cette orientation en quelque sorte banale, en dominer les différents aspects, qu’ils soient politiques, psychologiques, sociaux, médiatiques, financiers, monétaires, techniques…

Annoncer la non-convertibilité de la monnaie nationale

Une monnaie est dite convertible lorsqu’elle peut être achetée et vendue sans restriction contre une autre monnaie. C’est le libre-échange de la monnaie, sous-ensemble de la libre circulation des capitaux. Une monnaie peut être déclarée non convertible dans d’autres monnaies à la suite de décisions gouvernementales.

Les pays qui sortiront de la zone euro, du moins dans un premier temps, devront choisir la non-convertibilité totale. Cela ne signifie pas empêcher le tourisme ou le commerce international comme une propagande grossière le laisse parfois entendre. Les résidents de ces pays voulant voyager à l’étranger pourront évidemment disposer des devises nécessaires, quel que soit le pays de leur destination. Même chose pour les touristes étrangers venant dans les pays qui ne seront plus dans la zone euro et qui pourront disposer des monnaies locales dont ils auront besoin, comme aujourd’hui lorsqu’on se rend par exemple en Angleterre. Même chose encore pour les entreprises des pays sortis de la zone euro qui voudront importer en payant dans la monnaie du pays exportateur, qui disposeront des devises nécessaires. En revanche, les opérations financières purement spéculatives seront privées de devises.

8.- Dévaluer

Dévaluer une monnaie signifie baisser la parité officielle de cette monnaie par rapport à une autre monnaie. Une fois sortis de la zone euro, les pays qui auront décidé de reprendre leur destin en main devront généralement dévaluer leur monnaie par rapport aux autres. C’est particulièrement vrai pour les pays connaissant un déficit commercial. La raison est très simple : les dirigeants allemands ont provoqué des déficits commerciaux chez leurs voisins. Pour revenir à l’équilibre commercial vis-à-vis de l’Allemagne, il faut favoriser les exportations des pays européens en Allemagne et décourager les importations allemandes dans ces pays. Même chose pour les exportations dans les zones dollar et yen, puisque l’euro était surévalué (fort).

L’intérêt pour la Grèce de la dévaluation de la drachme concerne surtout le tourisme. Actuellement, alors que la Turquie possède une monnaie qui connait régulièrement des dévaluations qui attirent les touristes, la Grèce est bloquée par l’euro. Les voyagistes évoquent d’ailleurs « la dévaluation constante de la livre » turque au point qu’il est illusoire d’en préciser le cours car elle peut baisser pendant le séjour.

En Argentine et en Russie, les dévaluations ont été de 60-70% après l’annonce de leur défaut de paiement. Mais il est vrai que la Grèce n’a pas les mêmes capacités d’exportation que ces deux pays. En Islande, trois ans après la crise, la croissance économique était repartie, les créations d’emplois se multipliaient, l’émigration des jeunes avait cessé, le commerce extérieur était redevenu positif. Il a fallu, pour y parvenir, dévaluer la monnaie de 50%. Pourquoi pas en Grèce, qui est un pays beaucoup plus grand que l’Islande ?

Des taux de change fixes

Un taux de change fixe signifie qu’il est constant par rapport à une monnaie de référence (principalement le dollar US ou l’euro), ou à un panier de monnaies, par décision de l’État qui émet cette monnaie. Le taux ne peut être modifié que par une dévaluation ou une réévaluation décidée par cet État.

Dans le cadre d’un taux de change fixe, un gouvernement peut décider de déprécier sa monnaie par rapport à une autre et de modifier le taux de change. La baisse de la valeur de la monnaie nationale provoque une hausse du prix des importations et une baisse du prix des exportations.

Le but serait de rééquilibrer les balances des paiements déficitaires, du fait, en particulier, de l’agressivité de la politique des dirigeants allemands et du choix de la BCE de l’euro fort. Le retour aux monnaies nationales implique un taux fixe, la monnaie nationale n’étant par ailleurs pas convertible.

Au moment de l’entrée de la Grèce dans l’euro, le taux de conversion était de 1 EUR = 340,750 GRD. Pour la France, le taux de conversion était de 1 EUR = 6,55957 FFR. Faut-il revenir à ces taux ? Ce serait compliquer les choses, provoquant, comme au passage à l’euro, une perte de repères de la population, favorable à l’augmentation des prix. Le plus simple serait de convertir 1 pour 1, c’est-à-dire 1 euro pour 1 franc et 1 euro pour 1 drachme.

9.- Des mesures protectionnistes dans le cadre internationaliste de la Charte de La Havane de 1948 rénovée

Le libre-échange, qui est l’un des principaux piliers du néolibéralisme, nous est imposé comme une vérité révélée, sans alternative possible. On peut cependant constater que l’augmentation du commerce international, censée résulter de la suppression des barrières douanières et de l’intensification de la concurrence, ne favorise pas la croissance économique. Et encore moins une croissance économique fondée sur le respect des travailleurs et de l’environnement. De plus, le libre-échange avec les pays en développement, par conséquent entre pays de niveau économique très différent, n’a pour résultat que de bloquer l’évolution des plus faibles et de les placer sous la domination des plus riches. C’est le cas de la Grèce.

Par exemple, interdire à certains pays de disposer d’écluses commerciales, c’est-à-dire d’avoir recours à des mesures protectionnistes est criminel. Cela revient à détruire la production agricole locale, l’artisanat et la petite industrie. C’est nourrir l’immigration. Et c’est fournir la matière première aux forces nationalistes, racistes, xénophobes, d’extrême droite.

Un projet de système de commerce international se donnant pour perspective le développement de tous les pays et non la conquête de nouveaux marchés a existé avec la Charte de La Havane de 1948. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il avait été prévu de créer une Organisation internationale du commerce (OIC) sur la base de cette charte, mais elle n’a malheureusement jamais vu le jour. Pourtant cette charte avait été signée par 53 pays. Le Sénat américain, qui venait de changer de majorité, a refusé de ratifier le texte. La Charte de La Havane de 1948, même si elle reste dans la conception erronée que le commerce crée l’emploi et la croissance économique et qu’il faut donc le développer, contient néanmoins un ensemble de principes et de procédures susceptibles d’assurer un fonctionnement raisonnable du commerce international, en le sortant du libre-échange. Son article 1, qui détermine ses buts, dit clairement qu’il s’agit « d’atteindre les objectifs fixés par la Charte des Nations Unies, particulièrement le relèvement des niveaux de vie, le plein emploi et les conditions de progrès et de développement ». L’article 2 précise que « la prévention du chômage et du sous-emploi est une condition nécessaire pour […] le développement des échanges internationaux et par conséquent pour assurer le bien-être de tous les autres pays ». Dans l’article 3, le principe de l’équilibre de la balance des paiements est le plus important : « aucun pays, à long terme, ne peut fonctionner avec une balance déficitaire ». Le texte précise que « les États membres chercheront à éviter les mesures qui auraient pour effet de mettre en difficulté la balance des paiements des autres pays », c’est-à-dire la « conquête » de parts de marché chez les autres. Et l’article 21 détaille « les restrictions » au commerce destinées à « protéger la balance des paiements », strictement encadrées par l’OIC.

La Charte de La Havane de 1948 autorise donc à avoir recours à des mesures protectionnistes. Elles sont le moyen de rééquilibrer les balances des paiements. Leur objectif n’est pas d’inverser la situation des pays concernés, c’est-à-dire de les faire passer d’une position déficitaire à une position excédentaire. Grâce à ce principe d’équilibre de la balance des paiements, le commerce international devient un lieu de coopération et non d’affrontement.

Les mesures protectionnistes à prendre ne seront pas globales mais sélectives. Sur le plan pratique et opérationnel, un gouvernement qui voudra vraiment sortir de l’ordre néolibéral s’adressera à tous les pays de l’Union européenne et au-delà. Il leur parlera de la Charte de La Havane de 1948 comme le cadre, à mettre à jour, d’un nouvel ordre possible pour le commerce international. Il proposera qu’une conférence se tienne dès que possible, en dehors de l’OMC. Parallèlement, il demandera l’organisation d’un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne pour remettre tout à plat dans le domaine du commerce international. Mais il ne faut pas se faire d’illusions sur les débouchés d’un tel sommet.
Conjointement à ces initiatives multilatérales, ce gouvernement devra proposer individuellement aux 153 pays membres de l’OMC – et à ceux qui n’y sont pas – de conclure des accords bilatéraux pour réorganiser, entre eux, selon les principes de la Charte de La Havane, leurs échanges commerciaux. Quel que soit le solde de la balance des paiements du pays concerné, déficitaire ou excédentaire, un plan progressif sur 5, 10 ou 15 ans de retour à l’équilibre sera négocié. Des mesures protectionnistes seront prises de manière unilatérale par les pays qui voudront s’engager dans cette voie internationaliste à l’encontre de ceux des pays qui choisiront de rester dans le cadre de la guerre commerciale qu’est le libre-échange.

Le libre-échange se poursuivra donc avec les pays qui auront refusé de s’engager dans ces accords bilatéraux de retour à l’équilibre. Il n’y a aucune raison de baisser la garde vis-à-vis de ceux qui refusent la coopération. Il ne faudra donc pas renoncer à gagner des parts de marché dans ces pays. Avec ces mesures protectionnistes, les entreprises ne pourront pas dire que l’augmentation des salaires les a handicapées sur le plan de la concurrence internationale. Au contraire, elles auront trouvé de nouveaux marchés en développant la consommation intérieure et en coopérant au plan international.

Les mesures protectionnistes prises dans la perspective de la Charte de La Havane de 1948 permettront de mettre un terme à la concurrence internationale entre les travailleurs. Elles permettront aussi la diminution des transports qui ralentira les émissions de gaz à effet de serre. En contrepartie, certains secteurs exportateurs devront s’attendre progressivement à de probables diminutions d’activité. Les 29 pays s’engageant dans la refonte du commerce international, ne peuvent à la fois revendiquer un nouvel ordre commercial mondial fondé sur l’équilibre des balances des paiements, et continuer à accumuler des excédents dans certains secteurs, sauf si ces excédents compensent des déficits dans d’autres secteurs. Les travailleurs des branches concernées ne pourront comprendre et accepter cette situation qu’à la condition d’avoir un filet de sécurité. C’est ce que permet, précisément, le droit opposable à l’emploi (voir plus haut).

Le cas de la Grèce

La balance commerciale de la Grèce connaît un énorme déficit : 32 milliards d’euros en 2010 qui a été réduit en 2015 non par une augmentation des exportations, mais par une diminution des importations provoquée par l’effondrement économique. La Grèce – comme la France – consomme plus qu’elle ne produit. Elle vit à crédit et dans ces conditions son déficit global ne peut que se creuser. Ce pays doit se donner les moyens de produire ce dont il a besoin. La recherche d’accords bilatéraux de coopération commerciale lui est donc vitale.

Prenons l’exemple des relations commerciales entre la France et la Grèce. En 2010, la France a exporté pour 2,7 milliards d’euros, et n’a importé que pour 0,6 milliard d’euros. La France possède donc un excédent de 2,1 milliards sur la Grèce et 1,9 milliard en 2011, contribuant à enfoncer ce pays. Un accord commercial bilatéral entre nos deux pays doit permettre d’établir un équilibre : soit en ralentissant les exportations françaises vers la Grèce ; soit en augmentant les importations grecques en France ; soit par une combinaison des deux.

La France exporte de la viande de boucherie, des produits pharmaceutiques, des produits de raffinage, des parfums, des moteurs et turbines, des produits sidérurgiques et aéronautiques, des céréales. Pour chacun de ces produits, l’accord bilatéral de coopération commerciale entre la France et la Grèce devra comporter des modalités pour aider la Grèce à conduire une politique de substitution aux importations.

Celle-ci devra concerner, d’abord, l’agriculture (3,3% du PIB et 12% de la population active en 2010). Paradoxalement, pays agricole, la Grèce est un importateur net de produits alimentaires. Cette situation n’est pas acceptable.

Les services, essentiellement la marine marchande et le tourisme, mais aussi le petit commerce, représentent 78,9% du PIB (68% de la population active). La dévaluation de la drachme favorisera l’afflux de touristes en Grèce. L’effet sera immédiat sur le petit et moyen commerce qui bénéficiera aussi de la hausse du pouvoir d’achat de la population.

Il reste l’industrie et la construction qui représentent 17,9% du PIB et 20% de la population active. La substitution aux importations devra porter sur :

  • Les médicaments.
  • L’industrie navale.
  • Les véhicules.
  • Les pioches, pics, houes, binettes, râteaux et racloirs.
  • Les machines pour le travail des métaux.

En menant cette politique, la Grèce s’en sortira.

10.- Supprimer le chômage et la précarité

Un gouvernement soucieux du bien-être de la population voudra répondre à la préoccupation principale qu’elle exprime : le chômage et la précarité. Les conditions économiques propices au développement de l’emploi marchand doivent être créées, un droit opposable à l’emploi doit constituer le filet de sécurité qui ne laissera personne sur le bord de la route.

Pour que des emplois soient créés dans le secteur marchand (le secteur privé des entreprises), dans l’agriculture, l’industrie et les services, il faut que des marchés existent. Les biens et services, pour être produits, doivent correspondre à une demande des consommateurs que les entreprises vont anticiper. Une fois produits, les biens et services doivent alors trouver preneurs, les anticipations des entreprises seront ainsi confirmées dans la vente au consommateur. Mais pour acheter les biens et services produits, les consommateurs ont besoin de revenus. En Grèce et dans les autres pays de la zone euro les revenus ont été écrasés par les politiques d’austérité. Salaires et emplois sont donc liés. L’emploi créé l’emploi, et le chômage crée le chômage.

Il faut donc commencer à créer les conditions d’un niveau satisfaisant des salaires dans la société. C’est la première condition à réunir pour supprimer le chômage et la précarité. Les carnets de commandes des agriculteurs, commerçants, artisans, petits entrepreneurs se rempliront alors, suscitant du coup des créations d’emplois pour répondre à la demande. Ce dont souffrent certaines entreprises, c’est du chômage ! Il limite leurs débouchés. En augmentant les salaires, on augmente les débouchés des entreprises.

Tout gouvernement dispose de nombreux instruments pour pousser les salaires à la hausse : salaire minimum, loi d’augmentation des salaires si les syndicats et le patronat ne parviennent pas à conclure des accords interprofessionnels, salaires des fonctionnaires, allocations diverses (chômage, handicap…), échelle mobile des salaires et des prix, création d’emplois publics...

Le niveau de l’emploi dans le secteur marchand dépend également de la parité de change entre les monnaies. La surévaluation de l’euro, comme c’est le cas pour des pays comme la Grèce ou la France, réduit les capacités d’exportations et facilite la pénétration du marché intérieur par des produits importés. Le retour aux monnaies nationales, s’accompagnant de mesures protectionnistes, permettra la relance des exportations et la diminution des importations. La surévaluation de l’euro présente un autre inconvénient qui est d’encourager les délocalisations. Ces dernières, par la loi, devront être interdites, les relocalisations organisées.

Le droit opposable à l’emploi

Le droit opposable à l’emploi signifie que celui qui n’a pas d’emploi peut s’opposer à l’État en faisant gratuitement appel auprès des tribunaux. L’État sera alors condamné à proposer des emplois au plaignant car l’État sera l’employeur en dernier ressort. Il permet à tout citoyen privé d’emploi de s’en voir proposer un sans délai, conforme à ses souhaits et à ses compétences. La notion de droit opposable, et particulièrement de droit opposable à l’emploi, remet en cause les principes mêmes du capitalisme. Elle pose en effet le problème de la finalité de l’économie et propose une réponse progressiste et internationaliste. Avec des droits opposables qu’il faut financer, l’économie est remise à sa place qui est de produire des richesses permettant de répondre aux besoins de la population, dans le respect de l’environnement. On produira biens et services pour permettre l’application du droit au logement, aux soins, à l’éducation, à la culture, à une alimentation saine, etc. C’est l’orientation générale de l’économie qui est changée, le mode de production lui-même sera profondément transformé. Le droit opposable à l’emploi est universel, il peut s’appliquer dans n’importe quel pays.

Comment financer le droit opposable à l’emploi ? Depuis une trentaine d’années, dans tous les pays industrialisés, la révolution conservatrice, souvent menée par des dirigeants politiques socio-démocrates, a eu pour but d’opérer un détournement massif des revenus du travail vers le capital. Il faut donc inverser la tendance. En France, en trente ans, la rémunération du capital a pris au travail (masse des salaires et des cotisations sociales) près de 10% du PIB, soit environ 200 milliards d’euros chaque année. C’est-à-dire largement de quoi financer 4 millions de salaires au coût moyen chargé annuel de 40 000 euros.

Ces emplois seront créés principalement dans le secteur non-marchand (fonctions publiques d’État, hospitalière, territoriale ; associations ; syndicats ; mutuelles ; entreprises et groupements de fait à but non lucratif...), car il s’agit d’abord de répondre aux besoins des populations. Imposer des embauches obligatoires dans le secteur marchand (privé) ne semble pas réaliste. Pour embaucher du personnel, en effet, l’employeur privé doit avoir un marché auquel répondre par l’embauche. Quand ce marché n’existe pas, comment faire ? Subventionner sur fonds publics le secteur privé ? Cette option n’a pas été choisie. Le droit opposable à l’emploi règlera à court terme la question particulière de l’emploi des jeunes.

En revanche, il faudra prendre garde à ne pas renouveler l’expérience malheureuse de la relance organisée par la gauche française en 1981-1982 après la victoire de François Mitterrand en mai 1981. À l’époque, l’augmentation du pouvoir d’achat avait suscité une vague d’importations déséquilibrant gravement la balance française des paiements, situation utilisée pour justifier ensuite les plans de rigueur décidés par le Parti socialiste qui opérait à cette occasion son tournant néolibéral. Tout l’intérêt des créations d’emplois, des augmentations de salaires et des revenus de transfert serait annulé par ces importations.

Il faut donc lier la suppression du chômage et de la précarité, l’augmentation des salaires et des revenus de transfert (allocations publiques et pensions diverses) à la stratégie de reconstruction de l’ordre commercial international à partir de la Charte de La Havane de 1948 (voir point suivant).

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Publié par Frédéric Maurin à 20:45pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grèce , #PEP , #euro , #TSIPRAS , #syriza , #austérité , #Union européenne , #parti de l'émancipation du peuple

18 Juillet 2015

C'est l'été : on veut du cul !

Merci les Charlies
Merci les Charlies
Bien, maintenant que l'Euro est sauvé et puisque tout le monde est content :

on va enfin pouvoir aller à l'essentiel.

Et, justement, Fakir nous livre cet été un dossier très cochon:

C'est chaud, c'est chaud !
C'est chaud, c'est chaud !
Donc si à cette heure vous ne vous prélassez pas sur Mikonos ou Lesbos, vous pourrez le trouver en France chez votre marchands de journaux (1).
Bonnes vacances.

(1) les radins et illéttrés se contenteront des vidéos :

Publié par Frédéric Maurin à 10:01am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #sexe , #fakir , #euro , #Union européenne

15 Juillet 2015

L’Europe aux périls de l’Euro

Toujours Jacques Sapir et ce talent de remettre les événements en perspective.

"Le projet de création d’une monnaie unique, sans assurer dans le même temps les conditions tant économiques qu’institutionnelles de la viabilité de cette monnaie, ne pouvait qu’entraîner un désastre. Il fallait se résoudre à une « union de transfert ». On ne l’a jamais fait. Si, dans des pays fédéraux comme l’Inde, l’Allemagne ou les Etats-Unis une même monnaie fonctionne en dépit des divergences parfois extrêmes qui existent entre les territoires composant ces pays c’est avant tout parce qu’existent des flux de transfert importants. Ceci n’a pu être mis en place au sein de la zone Euro, en raison de l’opposition de nombreux pays mais, par dessus tout, en raison de l’opposition totale de l’Allemagne.
Beaucoup de ceux qui écrivent en faveur de l’Euro se lamentent alors sur ce qu’ils appellent « l’égoïsme allemand »[1]. Ils ne prennent jamais la peine de chercher à mesurer ce que coûterait à l’Allemagne le financement de ces flux de transfert. Le calcul a été présenté dans ce carnet[2]. Il se montait alors autour de 260 milliards d’euros par an, sur une période de dix ans, et ce uniquement pour aider les 4 pays du « Sud » de la zone que sont l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce. Sur cette somme, on peut penser qu’environ 85% à 90% serait fourni par l’Allemagne. On aboutit alors à un prélèvement sur la richesse produite en Allemagne compris entre 8% et 9% du PIB. Une autre source estimait même ce prélèvement à 12%[3]. Il est clair qu’imposer un tel prélèvement à l’Allemagne détruirait son économie. La question donc n’est pas que l’Allemagne ne veuille pas (ce qui est un autre problème) mais avant tout qu’elle ne peut pas supporter de tels prélèvements."
(...)
Il faut aujourd’hui admettre que l’Euro n’est pas viable dans le cadre actuel, et que changer de cadre, passer au « fédéralisme » comme l’invoquent certains, est impossible. Dès lors, il faut en tirer les conséquences et procéder à un démontage coordonné de la zone Euro. Réfléchissons-y bien ; ce démontage, s’il est réalisé de manière coordonnée, sera un acte d’union. Il n’y a aucune honte à reconnaître que les conditions nécessaires n’ayant pas été remplies, la monnaie unique ne peut être viable. Il n’y a aucune honte à cela, sauf à faire de l’euro un fétiche, une nouvelle idole, une religion. Et c’est bien ce qui est inquiétant. Pour de nombreux dirigeants dans les pays de l’union européenne l’Euro n’est pas un instrument, c’est une religion, avec ses grands prêtres et ses excommunications.

on y lit encore :

En novembre 2012, un sondage réalisé sur l’ensemble des pays européens montrait que le pourcentage de personnes disant ne pas faire confiance dans l’Union européenne était de 42% en Pologne, de 53% en Italie, de 56% en France, de 59% en Allemagne et de 72% en Espagne[5].

Mais, les bons apôtres de la construction européenne, comme M. François Hollande, ne peuvent – eux non plus – espérer sortir indemne de cette crise. Leur responsabilité est en réalité tout autant engagée que celle des autres politiciens. Si M. Hollande avait été fidèle à ses engagements de la campane présidentielle du printemps 2012, il aurait affronté immédiatement et directement la chancelière allemande. Au lieu de cela, il a accepté d’entrer dans la logique austéritaire qu’elle proposait et il a cédé, en tout ou partie, à ce qu’elle exigeait. Il est alors logique que Mme Merkel se soit sentie confortée dans ses choix et les ait poussés jusqu’au bout de leur absurde et funeste logique concernant la Grèce. M. Hollande cherche depuis quelques jours à faire entendre une musique différente. Mais, il n’est que trop visible que l’homme est déjà en campagne pour sa réélection. Sur le fond, il est un bon représentant de ces fanatiques de la construction européenne, de ces « eurobéats », dont l’attitude va aboutir à faire éclater l’Union européenne.

et encore : L’Euro, raison délirante

où sont mises au jour les lectures mensongères de l'histoire par notre Président:

"Ce mensonge, il le répète bien plus bas dans ce texte, en particulier quand il affirme : « La Grèce est un pays ami qui a voulu entrer dans l’Union européenne après des années de dictature ». En fait, et la date d’adhésion le montre bien, c’est aux Communautés Economiques Européennes, autrement dit au « Marché Commun » que la Grèce a adhéré après l’épisode de la dictature des colonels. Elle ne pouvait adhérer en 1981 à l’UE alors que cette dernière ne date que de 1992 et l’Acte unique européen de 1986. François Hollande bouleverse donc l’histoire et ne tient guère compte de la chronologie. Mais, là encore, il y a une logique dans le mensonge : celle de prétendre que l’UE, projet titanesque, projet inouï, a existé avant même que de naître. Si ce n’est pas de l’aveuglement idéologique on ne sait pas ce que c’est."

Francois Hollande: "La France a un rôle particulier à jouer : faire en sorte que ce processus, cette construction qui se sont noués au lendemain de la guerre puisse se poursuivre avec, bien sûr, des épreuves, des défis, mais en même temps toujours avec la volonté d’incarner une force, celle de la zone euro, une zone monétaire qui doit permettre la stabilité et la croissance. Il n’y a pas de stabilité sans croissance, il n’y a pas de croissance sans stabilité [9]». Retenons le mélange des genres, qui n’est certes pas accidentel. On présente la zone Euro comme venant dans la continuité du Plan Marshall et de la Communauté Economique Européenne (le « Marché Commun »). Ceci constitue une erreur flagrante, une distorsion étonnante de la vérité historique. Mais, l’affirmation sur laquelle se conclut cette citation, en associant croissance et stabilité, constitue à nouveau un impudent mensonge. Car, la zone Euro a entraîné une chute de la croissance pour les pays membres de l’Euro, et s’est accompagnée de fluctuations extrêmement importantes. Ceci est établi dans de nombreux ouvrages[10], et dans le livre que j’avais écrit en 2012 en particulier[11]. De fait, la zone Euro n’a jamais été un facteur de stabilité ni un facteur de croissance pour les pays membres.

Pour compléter : "

"Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme."

"S’il est parfaitement légitime de laisser l’Allemagne poursuivre ses obsessions monétaires, il est tout aussi légitime de ne pas désirer les poursuivre avec elle. Particulièrement quand ces principes monétaires ne conviennent pas aux structures économiques et sociales des autres pays, et, en l’occurrence, en conduisent quelques-uns au désastre. Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent…"

Et pour finir (provisoirement, car cela va secouer!), 30 ans de rouleau compresseur libéral, depuis l'Acte unique de libre circulation des capitaux" (1986) , de "construction d'une économie de marché où la concurrence est libre " (Article 3A traité de Maastricht) ...cela ne s'effacera pas d'un trait de plume.

La religion de l'euro est plus forte que la magie du vote, fut-il référendaire.

Et s'il manque la volonté claire d'en finir, il y aura d'autres désillusions...

Publié par Frédéric Maurin à 22:05pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #crise grecque , #euro , #europe , #Union européenne , #france , #allemagne , #tsipras , #podemos

15 Juillet 2015

Après Syriza, au tour de Podemos ?

Pas facile
Pas facile
Puisque mon mauvais jeu de maux ne fait rire personne (ce que je peux comprendre), retour au Monde Diplo qui remet en perspective l'article de l'un de ses contributeurs.

"Beaucoup, notamment à gauche, continuent de croire qu’on va changer l’euro. Qu’on va passer de l’euro austéritaire présent à un euro enfin rénové, progressiste et social. Cela n’arrivera pas. Il suffirait d’évoquer l’absence de tout levier politique en l’état d’incrustation institutionnelle de l’actuelle union monétaire européenne pour s’en faire une première idée. Mais cette impossibilité tient surtout à un argument beaucoup plus fort, qui s’exprime à la manière d’un syllogisme."

"S’il est parfaitement légitime de laisser l’Allemagne poursuivre ses obsessions monétaires, il est tout aussi légitime de ne pas désirer les poursuivre avec elle. Particulièrement quand ces principes monétaires ne conviennent pas aux structures économiques et sociales des autres pays, et, en l’occurrence, en conduisent quelques-uns au désastre. Car certains Etats membres ont besoin de dévaluation ; certains, de laisser se creuser les déficits ; certains, de répudier une partie de leur dette ; d’autres, d’inflation. Et tous ont surtout besoin que ces choses-là redeviennent des objets possibles de délibération démocratique ! Mais les principes allemands, inscrits dans les traités, l’interdisent…"

Les mêmes causes pouvant entraîner les mêmes effets, autant s'y préparer...

Image cliquable
Image cliquable
c'est navrant mais il va peut-être falloir avant tout compter sur nos propres forces.

Publié par Frédéric Maurin à 09:12am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #Ue , #démocratie , #syriza , #podemos

13 Juillet 2015

LE GOUVERNEMENT GREC A-T-IL CAPITULÉ DEVANT LA TROÏKA ?

Une initiative pour tenter d'y voir clair...

Le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP) s’est procuré le document du gouvernement grec (remis aux députés grecs en anglais !) et en a fait la traduction en français. Il organise un grand débat national pour savoir que penser de ces propositions à partir d’un forum sur son site Internet.
Que penser des nouvelles propositions du gouvernement grec à la Troïka?
Faut-il admettre, comme le fait Alexis Tsipras, « que nous n’avons pas le choix » sinon ce sera la sortie de l’euro et de l’Union européenne ?
et, ci-dessous, l'analyse de Jacques Sapir : "Capitulation"
... sans points d'interrogation?

"L’Euro est, on en a eu la preuve aujourd’hui, indissolublement lié à la politique d’austérité. La politique économique menée dans la Zone Euro consolidée par le rôle des divers traités, et en particulier du dernier le TSCG ratifié en septembre 2012, ne peuvent que mener à l’austérité. Si on ne l’avait pas encore compris c’est aujourd’hui parfaitement clair : l’Euro c’est l’austérité. Bien sur, il peut y avoir des politiques d’austérité sans l’Euro. Mais l’Euro implique en réalité la politique d’austérité et toute politique menée dans le cadre de l’Euro conduit à l’austérité. Il faut comprendre le sens profond de cette affirmation. Aujourd’hui, tant que l’on restera dans la zone Euro, il sera impossible de mener une autre politique économique que l’austérité. Pour ne pas avoir compris cela Alexis Tsipras s’est mis de lui-même la tête sur le billot."

Publié par Frédéric Maurin à 09:41am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grèce , #dette , #Union européenne , #syriza , #m'pep , #PEP , #Jacques Sapir , #russeurope

10 Juillet 2015

"Tsipras, social-traître" : encore un OXYmore ?

En rhétorique, un oxymore ou oxymoron, du grec ὀξύμωρος est une figure de style qui vise à rapprocher deux termes que leurs sens devraient éloigner, dans une formule en apparence contradictoire. ...

Allez, foin de rhétorique, un peu de sérieux:

Publié par Frédéric Maurin à 21:39pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #grèce , #austérité , #Union européenne , #france , #allemagne , #tsipras , #syruza

10 Juillet 2015

L'Union Européenne démocratique : un OXImore ?

L'Union Européenne démocratique : un OXImore ?
Vous n'avez rien compris au titre ?
Ne vous en faites pas, moi non plus.
C'est presque aussi incompréhensible que de refuser l'austérité pour les prolos et, dans le même mouvement, vouloir rester dans la zone euro.
Passer sous la table ou la renverser...
REFERENDUM GREC : LA LEÇON DE CHOSES EUROPEENNE

Communiqué du Bureau politique du Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP).

Le 6 juillet 2015.

L’extraordinaire processus politique à l’œuvre en Grèce depuis l’élection d’Alexis Tsipras le 25 janvier 2015 peut être considéré comme une leçon de choses européenne. Il révèle au grand jour la réalité, la véritable nature des institutions européennes et leur incompatibilité radicale avec le moindre processus démocratique. Jusqu’à présent, aucun gouvernement de la « nouvelle » gauche « radicale » (Syriza, Podemos, Front de gauche, Die Linke, etc.), se distinguant apparemment des partis de gauche classique tout en restant dans la logique européiste, n’était parvenu au pouvoir au sein de l’Eurozone. Les forces politiques qui, comme le Parti de l’émancipation du peuple (ex-M’PEP) en France, ou Antarsia, MARS, Plan B ou l’EPAM en Grèce sont pour une reconquête des processus démocratiques par la sortie des traités et institutions néolibérales européennes, étaient accusés de faire des procès d’intention ou de professer un scepticisme jugé désagréable de la part de ceux qui pensent qu’une rupture avec le néolibéralisme est compatible avec le maintien dans les institutions européennes.

Depuis l’accession au pouvoir de SYRIZA, il en va tout autrement. Personne ne peut plus se payer de mots. C’est désormais à l’épreuve de la réalité que l’on voit ce qui est réellement possible et ce qui ne l’est pas dans le cadre institutionnel européen. De l’autre côté de ce rapport de force dont tous les européistes se seraient bien passés, la logique sous-jacente des institutions européennes est contrainte de révéler au grand jour ce qui se passe réellement derrière son idéologie sucrée et hypocrite. L’année 2015, de ce point de vue, restera comme un spectaculaire effet de réel, ou effet de loupe, sur la réalité adémocratique des institutions européennes. Tout le monde aura pu observer le cynisme impitoyable de la Troïka et des « créanciers » face au gouvernement grec tentant désespérément de donner une perspective crédible à un double mandat totalement contradictoire, rester dans l’euro et stopper l’austérité.

L’Allemagne, la BCE et la Commission européenne, (la France de Hollande ne se distinguant en rien de fondamental des exigences de ces acteurs décisifs), étaient dans une position « dure ». Il leur fallait démontrer que les contraintes des politiques économiques dictées par les institutions européennes n’étaient surtout pas modulables en fonction des résultats électoraux, faisant donc de la Grèce un cas d’espèce, une victime pour l’exemple. Alors que la crédibilité de Tsipras, leader de la gauche dite « radicale » « alter-européiste », impliquait au contraire que ses « partenaires » institutionnels lui laissent un minimum de marge de manœuvre, ne serait-ce que symboliquement, pour pouvoir garder un tant soit peu la tête haute face à la population grecque à l’issue de négociations particulièrement asymétriques. Cette contrainte essentielle notamment pour l’Allemagne, tant qu’elle reste souterraine et réservée aux couloirs discrets des institutions européennes, peut être masquée aux yeux de l’opinion publique. Mais vu le contexte public et spectaculaire des négociations grecques, l’effet révélateur met au grand jour ce qui n’est supportable que lorsque cela reste masqué, c’est l’effet « Dracula » pour les institutions européennes, qui prennent normalement grand soin de l’éviter à tout prix. C’est dire si cette année aura été exceptionnelle en tous points.

Alexis Tsipras savait dès le début que la partie serait particulièrement délicate, mais tablait sur son habileté et l’intérêt bien compris de chaque partenaire de lâcher un peu afin que chacun puisse sauver la face. Mais les intérêts de la Grèce et de l’Allemagne sont à ce point objectivement opposés dans le cadre de l’Eurozone, et cette opposition structurelle encore plus avivée par le contexte politique de l’élection d’un « alter-européiste » au pire moment pour Merckel, que le fait que les deux acteurs soient tous les deux des européistes déclarés ne change rien aux données de fond qui contraignent chacune des deux parties à une lutte frontale. De manière moins spectaculaire mais tout aussi objectivement contraignante, François Hollande, à la remorque de l’Allemagne, ne peut se permettre l’effet, pour lui délétère, d’une petite Grèce financièrement étranglée qui prouverait qu’elle peut obtenir plus de marge de manœuvre que la France de Hollande, qui elle, n’aura jamais tenté de rien renégocier, malgré les promesses pourtant molles de la campagne présidentielle française. Le référendum désespéré de Tsipras forme ainsi un cruel contraste entre un président français particulièrement suiviste et un politicien grec beaucoup plus volontariste. Là aussi, l’effet de réel est dévastateur.

La victoire très nette du NON à ce référendum (plus de 61% avec de surcroît un très fort taux de participation) porte déjà toute une série de leçons politiques précieuses.

PREMIÈRE LEÇON, tout simplement, le fait que la population grecque est scandalisée de l’humiliation des « négociations » où des créanciers lui imposent une politique aux conséquences sociales dramatiques sans aucune rationalité économique, autre que la démonstration que la démocratie ne peut contredire des décisions prises dans les enceintes institutionnelles européennes. Les contraintes budgétaires, économiques et sociales du carcan imposé par la Troïka, instances non élues, et des traités, ne peuvent pas être mises en balance avec le résultat d’élections nationales. Telle est la première et spectaculaire leçon de choses. Mais les électrices et électeurs ne peuvent accepter une telle réalité, et dès que l’occasion leur est donnée, le font massivement savoir, comme chez nous en 2005, et en Grèce en 2015, dix ans après.

DEUXIÈME LEÇON, tout aussi évidente : dans le contexte européen, épicentre de la révolution de la mondialisation néolibérale au niveau institutionnel, les processus électifs, notamment parlementaires, sont devenus vides de sens. Ils sont en effet sans portée politique et démocratique du fait que les décisions cruciales ont toutes été déportées au niveau antidémocratique européen (cet espace supranational où on n’entend pas une mouche démocratique voler). Les seuls procédés démocratiques résident encore dans les référendums décisionnaires, où les processus « représentatifs » sont court-circuités par une décision directe de la nation souveraine. Du moins tant que des partis de gouvernement visibles médiatiquement ne portent pas l’exigence de sortie unilatérale des institutions néolibérales européennes.

TROISIÈME LEÇON : Tsipras a martelé, afin de gagner ce référendum puisque les Grecs veulent encore majoritairement rester dans l’euro et l’UE, et parce que telle était sa propre volonté, que ce référendum portait sur le contenu du mémorandum de l’Eurozone, et non pas sur le maintien dans l’euro. Ce référendum a ainsi été organisé comme un moyen de reprendre la main dans des négociations qui étaient dans l’impasse pour Alexis Tsipras. Il n’aurait pu conserver une majorité au Parlement s’il était revenu une fois de plus sans aucun acquis contre l’austérité pour obtenir la prochaine tranche de prêt indispensable à la survie financière de la Grèce tant qu’elle reste dans l’euro. La victoire fait donc repartir à nouveaux la machine des négociations, seule manière de rouvrir un jeu qui ne lui laissait plus aucune marge de manœuvre, à l’intérieur comme à l’extérieur, et qui l’aurait à terme condamné à la démission. Mais tout indique que c’est reculer pour mieux sauter. Sa pression pour faire immédiatement démissionner son symbolique ministre des Finances, le trop médiatique Varoufakis, au verbe haut, indique trop bien que Tsipras est très conscient que l’humiliation ouverte des institutions européennes, désavouées publiquement par le peuple grec qu’elles sacrifiaient volontairement, implique un geste symbolique symétrique, afin de rétablir la position inégale de chacune des parties.

Le compte n’y est naturellement pas, et la Commission ainsi que l’Allemagne vont tout tenter pour démontrer qu’on ne peut s’écarter de la ligne tracée par les traités, la BCE, la Commission et l’Allemagne, gardienne du temple de l’austérité budgétaire. Mais c’est la preuve que Tsipras est embarrassé de sa propre victoire, sentant le moment proche où l’Allemagne préférera éjecter la Grèce voire même sortir elle-même de l’euro, ou le faire tomber, plutôt que de mettre en question sa politique monétaire et budgétaire. Il aura ainsi bien malgré lui provoqué une accélération de l’histoire qui contredit ses convictions, sa stratégie et son intérêt.

QUATRIÈME LEÇON, plus amère mais pédagogique sur un aspect essentiel : les Grecs, comme toutes les nations de l’UE en général et de l’Eurozone en particulier, ne sont plus du tout souverains. Là-dessus, plus personne ne peut se raconter d’histoires. Le destin économique et social de tout un peuple, se joue lors de négociations avec un tiers qui n’est ni politique, ni démocratique, et qui n’est responsable devant personne. La Troïka est un ensemble technocratique constitué de la BCE, de la Commission européenne, et du FMI, au service des classes dominantes européennes. Les Grecs avaient déjà solennellement signifié qu’ils ne voulaient plus d’une folle et criminelle austérité qui aggravait la dette en détruisant les bases économiques et sociales de leur pays, simplement pour satisfaire la volonté de fer de l’Allemagne pour maintenir coûte que coûte - pour les Grecs - le statu quo. L’Union européenne représenterait donc la paix entre les peuples européens, comme nous le chante la propagande européiste, tout aussi contrefactuelle là-dessus que sur le reste. Mais les élections dans le cadre des institutions européennes valant ce qu’elles valent, c’est-à-dire rien, il leur faut le redire encore plus clairement. Nous verrons bientôt que cela aura été tout autant en vain.

Il y a là une perversité que tout le monde ne voit pas forcément clairement. En faisant ce référendum dans les conditions et les termes proposés, les seuls possibles à vrai dire en raison du contexte, les Grecs cautionnent par-là, bien malgré eux, et légitiment officiellement une aberration démocratique. Celle qui veut que leurs « décisions » ne soient en définitive qu’un élément de négociation avec des créanciers et des technocrates en dehors du jeu démocratique, et en dehors du périmètre national . Cette soi-disant « décision » qui ne décide en fait de rien, se révèle ainsi cruellement pour ce qu’elle est au sein des institutions européennes antidémocratiques, l’équivalent d’un sondage sans valeur décisionnelle. C’est la « démocratie participative » à l’échelle supranationale selon la célèbre formule : « vous participez, nous décidons »… Alexis Tsipras, en poussant à la démission son charismatique et emblématique ministre des Finances Yanis Varoufakis le lendemain d’un référendum lui donnant raison, en dit long sur les contraintes rédhibitoires du point de vue démocratique de la logique du fonctionnement réel des institutions européennes dans lesquelles cette équipe veut à tout prix rester. Il s’agit en effet de reprendre des négociations sans lesquelles toute la stratégie et les engagements de l’équipe au pouvoir changent radicalement de sens. Il va falloir reprendre une logique antidémocratique, mais après avoir dû mobiliser ce qu’il reste d’espace démocratique dans les institutions européennes, le référendum, qui se voit le lendemain pour ainsi dire annulé par le jeu même des processus européens. Cette perversité fondamentale ne pourra qu’apparaître pour ce qu’elle est aux yeux des Grecs et des peuples européens. Et notamment à toutes celles et à ceux qui se bercent encore d’illusion sur ce qu’il est possible ou pas de faire au sein des institutions européennes, qu’ils voudraient tellement croire être un outil « international » neutre, apte à recouvrir n’importe quelle politique, même antilibérale si les « bons » gouvernements son élus.

Seulement, la chronique de ce tragique échec annoncé, ne sera pas la même que si ce référendum crucial n’avait pas eu lieu. Car désormais, autant les acteurs institutionnels européens qu’Alexis Tsipras sont tenus par le rappel solennel du peuple grec : la perpétuation de l’austérité en Grèce n’est pas compatible avec une démarche démocratique ! Le réel va donc implacablement continuer à s’accentuer et se dramatiser. Si les « négociations » (comment peut-on accepter de négocier une décision référendaire ?) persistent à maintenir ce que le peuple grec a par deux fois refusé en 6 mois, plus personne ne pourra se dissimuler derrière des phrases creuses et généreuses, la clarification sera dévastatrice.

CINQUIÈME LEÇON, la crédibilité de la « gauche radicale », qui tente depuis des années de se refaire une virginité et se drape dans les habits de la nouveauté politique à peu de frais tout en dissimulant les véritables alternatives (maintien ou sortie des institutions néolibérales), se joue désormais à la vue et au sus de tous en Grèce et des fameuses « négociations » de l’Eurozone. Lorsque Alexis Tsipras sera arrivé au bout de son talent de négociateur, il faudra bien se résoudre à conclure sur ce qu’il est possible de faire et de ne pas faire en restant dans le cadre contraignant des institutions européennes. Car paradoxalement, son talent et son courage indéniables serviront bien malgré lui à démontrer l’inverse de ce qu’il voulait prouver : la démocratie et le progrès social sont incompatibles avec les institutions européennes, quelle que soit la détermination des dirigeants et des peuples eux-mêmes. Cette démonstration tragique et spectaculaire en vraie grandeur sera sans doute faite avant les élections générales espagnoles de novembre 2015, pour le malheur de Podemos, qui devra revoir son logiciel européiste ou se résoudre à disparaître aussi vite qu’il est apparu. En France, le peu de crédibilité du PG, du PCF et du Front de gauche qui va pour les mêmes raisons se faire achever par cette même démonstration dont ils se seraient volontiers passé, car les discours idéologiques aussi généreux qu’ambigus ne craignent rien de plus que l’épreuve cruelle de la réalité.

SIXIÈME LEÇON, la Grèce est isolée parmi les dirigeants européens. Elle l’est, d’abord, auprès de ce que le gouvernement grec appelle ses « partenaires » (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international). Mais la Grèce est également isolée auprès de tous les gouvernements de l’Union européenne. Il ne s’en trouve pas un seul pour témoigner de la moindre solidarité ou même, c’est moins onéreux, de la moindre compassion. Hormis l’Allemagne, les gouvernements les plus vindicatifs sont ceux d’Espagne, de Pologne, des pays baltes… Autant dire qu’une révision du traité de Lisbonne, processus juridique et politique obligatoire pour qui veut changer l’Union européenne de l’intérieur, n’est pas pour demain. Autant dire également que la sortie de l’euro et de l’Union européenne ne sera qu’unilatérale, chaque pays exerçant alors sa souveraineté.

L’histoire s’accélère, et désormais, les effets de réel s’accumulent malgré le gigantesque effort de toutes les classes dirigeantes et des grands médias pour masquer la réalité inhérente au processus des institutions européennes. Mais ils peuvent être battus, comme le démontre l’exemple des Grecs qui ne se sont pas laissés impressionner par la campagne de peur organisée par les oligarques européens. D’ici un an, les peuples européens sauront encore mieux que la démocratie n’est plus qu’un mot creux, vide de toute réalité, depuis qu’ils ont accepté de laisser coiffer leurs institutions nationales par les institutions européennes. En quelque sorte, là aussi la mauvaise monnaie chasse la bonne : soit on accepte des traités et institutions supranationales qui s’emparent des choix économiques et sociaux, soit on maintient des processus démocratiques qui ne peuvent être autre chose que des rapports de force nationaux, dans le cadre de la souveraineté nationale, afin que les décisions en dernier ressort restent dans le périmètre où se passent les élections politiques, la nation. Mais on ne peut avoir les deux, il faut choisir, ou en accepter les conséquences inévitables et de plus en plus dramatiques. La crise aura au moins servit à cela : révéler impitoyablement la réalité qui se masquait derrière les discours lénifiants. Ce sont des raisons supplémentaires pour intensifier la lutte en faveur de la sortie de l’euro et de l’Union européenne.

Publié par Frédéric Maurin à 07:06am - Voir le commentaire ()
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9 Juillet 2015

Les Grecs ont dit OXI. Et après ?

Charb Akbar
Charb Akbar
Et après ?
Bien moi, en attendant le retour des grandes marées grévistes, pour le moment, je continue d'approfondir les Ruptures et de bouffer du FAKIR.

Les dirigeants néolibéraux répètent à l’envie : tina, tina, tina (there is no alternative, il n’y a pas d’alternative). L’un de ceux-là, celui-là même qui a permis l’ « optimisation fiscale » des banques et des firmes multinationales au Luxembourg, véritable paradis fiscal au milieu de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker, donc, actuellement président de la Commission européenne, placé là par les néolibéraux de droite et de gauche, ajoutait : « Il ne peux y avoir de choix démocratique aux traités européens ». Peu importe aux néolibéraux que ces traités n’aient pas été décidés par un processus démocratique, la démocratie doit s’effacer devant les intérêts du capital.
La Commission et le Conseil européens ne pouvant exclure un pays via le traité de Lisbonne, ont délégué à l’Eurogroupe, qui n’est pas une instance légale de l’UE, le pouvoir d’asphyxier la Grèce par l’assèchement des liquidit
és.

La situation grecque est inhumaine

On connaît la situation sociale de la Grèce : hausse de 45 % de la mortalité infantile, hausse de 42 % du taux de suicides, baisse de trois ans de l’espérance de vie, 44,6 % de retraités vivant en dessous du seuil de pauvreté, le plus grand hôpital du pays, Évangélismos, ne pouvant plus fonctionner à compter de la fin juillet 2015, violation systématique des droits sociaux, économiques et humains de la population grecque au cours des quatre dernières années (Rapport relatif aux droits humains des Nations unies, présenté par Cephas Lumina).

Selon M. Jyrki Kataïnen, ancien Commissaire aux affaires économiques et monétaires de l’UE, « la validité de la Charte des droits fondamentaux de l’UE est suspendue en Grèce mais aussi dans tous les pays sous programme », dans la mesure où les memoranda n’ont pas à être soumis au droit communautaire. En décembre 2014, avant l’arrivée de Syriza au pouvoir et en réponse à une question d’eurodéputés de Syriza sur le non-respect du droit du travail en Grèce, son successeur, le très socialiste et humaniste Pierre Moscovici, faisait valoir, pour justifier de telles violations du droit, que les memoranda étant des accords intergouvernementaux, ils n’étaient pas soumis en tant que tels au droit communautaire (voir notamment « Un coup d’État financier contre Athènes », 29 juin 2015, de Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque de philosophie Alitheia.

Selon V. Skoumbi, « ce qui est affirmé sans ambages ici est le fait que le principe fondateur de la démocratie depuis Solon, à savoir l’isonomie, n’est plus valable, ni pour les Grecs, ni pour les autre pays sous la tutelle de la Troïka. En somme, ce dont il s’agit, c’est de l’instauration de véritables zones de non-droit au sein de l’Europe, qui fonctionneront comme hauts lieux d’une exploitation extensive, d’autant plus que, du droit du travail, il ne reste presque rien. Un presque rien que les créanciers trouvent encore excessif et s’efforcent de rendre équivalent à zéro. Cette création des zones économiques spécialisées, régies par la seule loi du plus fort, ne sert pas uniquement la maximisation de profits sur place, mais l’intimidation de ceux qui ailleurs en Europe se mettront à résister à l’offensive néolibérale. »

Le gouvernement Tsipras ne peut pas négocier sur le long terme avec l’oligarchie de l’UE sans trahir le peuple grec

Malgré une réelle volonté de départ de négocier avec l’oligarchie, Alexis Tsipras n’a pas voulu trahir le peuple grec, comme l’avait fait le parti socialiste grec. Il a donc décidé de provoquer un référendum populaire, mais a il dû mettre en place un contrôle des capitaux et fermer provisoirement des banques tout en assurant le maintien des avoirs du peuple dans ces banques. Par ailleurs, la présidente du Parlement grec a installé la « Commission de la vérité sur la dette grecque » qui a présenté ses travaux et notamment les « Fondements juridiques de la suspension et de la répudiation de la dette souveraine grecque »1.

Alexis Tsipras a ainsi déclaré qu’« après cinq mois de négociations, nos partenaires en sont venus à nous poser un ultimatum (…). Leur but est l’humiliation de tout un peuple (…). Notre responsabilité dans l’affirmation de la démocratie et de la souveraineté nationale est historique en ce jour, et cette responsabilité nous oblige à répondre à l’ultimatum en nous fondant sur la volonté du peuple grec. J’ai proposé au conseil des ministres l’organisation d’un référendum, et cette proposition a été adoptée à l’unanimité »2.

La réalité matérielle a donc transformé un gouvernement voulant négocier en un gouvernement menant la bataille contre l’Eurogroupe et le FMI. Une fois encore, la volonté ne suffit pas à tordre la réalité matérielle ; c’est bien la réalité matérielle et ses lois tendancielles qui régissent le réel. D’où l’importance d’une formation politique et économique pour tous les cadres et militants afin qu’ils ne prennent pas pour argent comptant les beaux discours techniques des « stars » de l’hétérodoxie néo ou post keynésienne ou encore du marxisme vulgaire. Ainsi, la question centrale n’est plus de décréter ce que nous devons faire sur le plan économique. Nous pouvons nous épuiser à lire toutes les stars de l’Autre gauche française, nous ne trouverons chez elles aucune réponse politique. Pour chercher ce qu’il convient de faire politiquement et comment le faire ici et maintenant, il faut rassembler le peuple, sans lequel rien n’est possible. C’est donc la politique qui doit être remise au poste de commande.

La montée en force depuis 2009 de la poussée populaire grecque

Nous constatons à chaque élection la poussée populaire grecque. Syriza faisait 4,6 % à l’élection législative de 2009 et 4,7 %, à l’élection européenne, puis 26,9 % à la législative de 2012, 26,57 % à l’européenne de 2014, et 36,3 % en janvier 2015, quand Syriza prend le gouvernement grâce au bonus de 50 députés pour la liste arrivée en tête et avec l’appoint de la droite souverainiste. Après qu’en 2013, le cartel Syriza a fait place à une organisation unifiée fusionnant tout le cartel et qui a obtenu plus de 60 % des voix sur le non (oxi) au référendum anti-austérité, malgré toutes les tentatives et bidouillages des médias et des néolibéraux grecs.

Ce non est un non à l’austérité néolibérale voulue par une Union européenne sous direction allemande et soutien de ses alliés, parmi lesquels la France de Hollande. Pour la première fois, et c’est en Grèce, une majorité du peuple construite par une alliance des ouvriers, des employés et des couches moyennes intermédiaires, bouscule le château de cartes ordolibéral de la zone euro et donc de l’union européenne elle-même. Il faut se réjouir politiquement de l’existence ici et là de poussées populaires qui accompagnent le mouvement social et l’émergence d’un parti unifié qui a surgi ces dernières années. Mais les lois tendancielles de la formation sociale capitaliste continueront à agir et à montrer que la zone euro et les traités de l’union européenne sont des carcans qu’une simple poussée populaire nationale (comme celle du 5 juillet) ne parviendra pas seule à ôter.

Ainsi, Tsipras a démissionné le bouillant Varoufakis qui, au vu de la large victoire du non, a cru pouvoir déclarer dimanche qu’il ne signerait jamais un accord austéritaire. Tsipras aurait été prêt, selon la rumeur, à passer sous la table en annulant le référendum et en acceptant l’essentiel des demandes des « institutions », quand, dans un dernier sursaut, il a au dernier moment maintenu ledit référendum. Fort d’un quasi-plébiscite, Tsipras espère maintenant pouvoir reprendre les négociations et obtenir ce à quoi il avait failli renoncer, la restructuration de la dette grecque, à laquelle FMI et Allemagne étaient farouchement opposés. Tsipras n’avait pas les moyens de renverser la table, et il sait que le référendum ne suffit pas à les lui donner, mais il peut espérer faire plier quelque peu l’UE, qui devra peut-être lui accorder les moyens de rembourser le FMI pour le sortir du jeu. Ce n’est pas la fin de la guerre que les dirigeants néolibéraux de droite comme de gauche et les économistes mènent contre les peuples, mais la poussée populaire change la donne, même si la fin de l’histoire n’est pas écrite.

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour prévoir une plus grande vigueur des peuples européens qui verront que la résistance est possible, d’où une augmentation des tensions politiques au sein de la direction de l’Union européenne. Et il y aura aussi augmentation des tensions d’ordre géopolitique, car la Grèce ne pèse certes qu’un peu plus de 2% du PIB de la zone euro, mais ses liens culturels avec l’Est de l’Europe, et même avec la Russie, et son ancrage dans le bassin méditerranéen lui donnent un poids géopolitique qui dépasse largement son poids économique.

Cet épisode est donc pour nous un tournant d’une importance capitale que nous saluons, car il relève d’un mouvement général de résistance à la gestion néo-libérale de la crise. Ainsi, Podemos se prépare à ouvrir en Espagne un nouveau front dans la lutte globale et internationale, tandis que les manifestations de soutien au peuple grec se développent et que des solidarités entre États-nations se font jour3. Il est temps en France à sortir du débat people du type « Pierre Laurent a-t-il raison d’aller aux régionales contrairement à ce qu’il a dit un mois auparavant ? », et d’engager un processus politique visant à organiser une action de transformation de la réalité matérielle du peuple.

Les tâches de l’heure en France

Nous invitons les camarades à réfléchir aux conditions actuelles d’une lutte plus efficace :

– la priorité à l’éducation populaire en milieu populaire pour augmenter la conscientisation, la volonté de l’émancipation et la puissance d’agir ;

– la nécessité de l’éducation populaire dans les classes moyennes pour montrer l’inanité de la seule lecture des « stars » de la gauche de la gauche et pour centrer les débats sur comment connaître et rassembler le peuple par lui-même car c’est la seule solution ;

– l’efficacité de plus en plus faible des cartels, tels le Front de gauche en France ou Izquierda Unida en Espagne, et la force des organisations nouvelles sans cartels, tels Syriza, parti unique depuis 2013 qui monte en puissance, ou Podemos, mouvement citoyen

– la nécessité, pour mobiliser le peuple, de partir de ses préoccupations au lieu d’évoquer abstraitement les causes des injustices. Ces préoccupations se manifestent dans les actions liées à l’accès aux soins (les dispensaires gratuits en Grèce et les marches blanches en Espagne), au logement (les luttes contre les expulsions en Espagne), à la nourriture (les actions du type « Restos du cœur » en Grèce, liées à l’éducation populaire), aux services publics, y compris de proximité, etc. ;

– le développement du contact avec le peuple : porte à porte, théâtre de rue, liens avec le mouvement syndical revendicatif travaillant en milieu populaire, réinvestissement des MJC en milieu populaire, idem pour les associations de parents d’élèves et des associations familiales travaillant en milieu populaire, etc ;

– la nécessité d’une formation des militants bénévoles aux lois tendancielles du capitalisme et aux théories révolutionnaires et non aux variantes bourgeoises de la doxa militante ;

– le besoin de saisir les bases d’appui des grands mouvements populaires (même confus comme celui du 11 janvier), car il convient de tenir compte de la culture d’un peuple pour mener la bataille de l’« hégémonie culturelle » gramscienne. Cette bataille doit entraîner la fin des mono-combats censés régler par enchantement tous les autres maux de la planète pour lui substituer la globalisation jaurésienne des combats dans une liaison des combats démocratiques, laïques, sociaux, écologistes et féministes sans en oublier un seul ;

– la nécessité de comprendre que dans la gauche de la gauche, sont aujourd’hui pris à contre-pied ceux qui, majoritaires dans les directions des organisations associatives, syndicales et politiques de l’Autre gauche française, considéraient que l’Europe sociale était possible dans le cadre de l’Union européenne et de la zone euro. Là, les dirigeants de la gauche de la gauche de type « Europe sociale dans l’UE » où les nouveaux « Jésus Christ » de la prééminence surplombante d’une idée qui résout tout à elle toute seule nous sont de peu d’utilité dans la période car la priorité est ailleurs ;

– la nécessité de prendre de conscience qu’il faut combler le fossé entre le peuple et les équipes militantes : il suffit de faire une distribution de tracts dans un quartier populaire pour vite comprendre que le problème central est de supprimer le fossé entre la représentation politique de la gauche de gauche et les couches populaires ouvrières et employées (53 % de la population qui aujourd’hui s’abstiennent très majoritairement de voter pour tous les candidats gauche de la gauche comprise) ; on peut comprendre que ceux qui ne lisent que les « stars » de la gauche de la gauche sans avoir jamais distribué un tract en débattant dans un quartier populaire ont quelques difficultés à appréhender la réalité matérielle ;

– le rappel de ce que nous disons dans notre journal depuis très longtemps, que la perspective d’une Europe sociale compatible avec les traités de l’Union européenne et la zone euro est une chimère, que ces derniers sont des carcans qui empêchent toute orientation progressiste. Mais que la sortie de ces carcans ne se fera pas comme un dîner de gala par des mesures techniques à froid comme le présente certaines « stars » de la gauche de la gauche mais à chaud. Tout simplement parce que le problème n’est plus technique, mais politique et géopolitique. Il s’agit d’enlever des manettes les mains de l’oligarchie, et la lutte des classes est implacable. Mieux vaut se préparer à cela plutôt qu’à l’idéalisme des conseillers du prince car il n’y a plus de prince en place à conseiller.

Hasta la victoria, siempre (jusqu’à la victoire finale)

Si, se puede (si, c’est possible)

  1. http://cadtm.org/Fondements-juridiques-de-la []
  2. http://syriza-fr.org/2015/06/27/allocution-du-premier-ministre-a-tsipras-au-peuple-grec-la-choix-au-peuple-souverain-referendum/ []
  3. Prenons un exemple parmi d’autres, l’Argentine : « Llevados por el FMI ». El jefe de Gabinete, Aníbal Fernández, expresó ayer su solidaridad con el pueblo y el gobierno griego frente a su delicada crisis económica y financiera. El funcionario responsabilizó al Fondo Monetario Internacional por presionarlos a un ajuste y comparó la actual situación de la economía helena con la crisis socio-económica de 2001-2002. “Esto ya lo vimos alguna vez en la Argentina, con la complicación que significa que se van los fondos y se complica a los bancos y se los deja realmente en riesgo de quiebra”, remarcó el precandidato a la gobernación bonaerense en su habitual contacto con la prensa en Casa de Gobierno.
    Traduction très synthétique : Le Cabinet de la Présidence argentine (donc le Gouvernement) exprime sa solidarité avec le Gouvernement et le peuple grecs. []

Publié par Frédéric Maurin à 22:03pm - Voir le commentaire ()
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