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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

22 Octobre 2015

Humour

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C'est amusant les archives

Publié par Frédéric Maurin à 22:33pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ps , #travail , #hollande

22 Octobre 2015

L'UE fait la pub du Front National

Repéré sur Médiapart, Pierre Guerlain :

"Ceux qui se font appeler "les Européens", ce terme désignant maintenant les technocrates de Bruxelles plus souvent que les 450 millions d'Européens eux-mêmes, disent rejeter les dérives xénophobes ou nationalistes. Cependant leurs décisions ne font que les renforcer."

Un peu à la manière d'un Mélenchon, pour qui "Le principal pourvoyeur des voix FN est à l'Elysée …

Vu aussi sur le site du Nouvel Observateur à qui il arrive parfois, entre 2 publicités, d'accueillir des points de vue dignes d'intérêt :
"Ce qui est bien vu, c'est la manière dont les néo-libéraux qui constituent aujourd'hui la très grande majorité du PS préfèrent crucifier ces trois personnages (Debray,Onfray, Finkielkraut) plutôt que de contribuer à faire disparaître les causes économiques et sociales de la montée de l'extrême droite. On pourrait d'ailleurs sérieusement se demander si ces notables du PS ne se réjouissent pas des progrès de l'extrême droite: un second tour de type 2002 n'est-il pas leur seul espoir de poursuivre leur carrière? "

Publié par Frédéric Maurin à 22:07pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #Union européenne , #front national , #hollande , #debray , #gauche , #mélenchon

21 Octobre 2015

La CGT ouverte au dialogue social

eh oui, contrairement aux idées reçues... la CGT signe des accords:

Pas n'importe quoi, certes, mais elle sait signer des accords.

Dans ce cas ci, il aura fallu tout de même 35 jours de grève pour ouvrir le patronat au dialogue social.

Mais bon, cela aurait pu être pire...

Le 10 septembre 2015, les convoyeurs de fonds de Prosegur avaient décidé de se mettre en grève après avoir découvert sur leurs fiches de paye une perte d’environ 300 euros, suite à une modification du calcul de l’indemnité des congés payés, décidée unilatéralement par l’employeur.

Une somme importante pour un salaire de 1600 euros par mois en moyenne et sans compter qu’ils risquent leur vie tous les jours. Ce conflit a mobilisé les salariés de trois agences de Prosegur Transport de Valeurs (PVT) Rhône-Alpes : le site de la Talaudière près de Saint-Etienne, de Valence et de Lyon, soit 280 salariés employés par ce groupe espagnol.

La direction avait assigné 40 salariés en justice

A l’heure où l’on parle de dialogue social, la direction de Prosegur, a tout fait pour mettre fin au piquet de grève. Elle a assigné 40 salariés au Tribunal de Grande Instance de Saint-Etienne et Lyon par trois fois. Ceci avec l’aide des Préfectures, afin de faire intervenir des dizaines de CRS quotidiennement, de mettre en pratique des actions d’une autre époque pour provoquer l’affrontement, en expédiant 32 agents de sécurité sur les piquets de grève afin de déloger les grévistes, en envoyant des dizaines de constat d’huissier à leur encontre, sans oublier quelques courriers de menaces envoyés à leur domicile, et pour conclure par trois appels en cours au TGI.

La victoire de la solidarité

L’ensemble des salariés grévistes à l’appel de l’intersyndicale CGT-Sud TDF, les élus CGT de Prosegur ainsi que les structures CGT (UD 26, UD 42, UD 69, UL St Etienne, UL Lyon 7/8) ont mené cette lutte avec acharnement.

Grâce à leur combativité et à leur solidarité, les salariés ont obtenu, le rappel de salaire sur l’usage, la dotation au Comité d’Entreprise de 25 600 euros qui seront reversés aux salariés sous forme de chèques vacances, l’application de 3 jours de carence maladie, au lieu des 5 jours conventionnels. Enfin, 50% des jours de grève ne feront pas l’objet de perte sur la rémunération des salariés.

Le conflit a par ailleurs été marqué par un drame, la mort, fin septembre, d’un salarié percuté par un camion sur le piquet de grève du site de Valence.

(Cela, aussi, aurait pu se passer autremet)

On attend par ailleurs les rendus de justice concernant les appels en cours au Tribunal de Grande Instance.

Publié par Frédéric Maurin à 23:37pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #cgt , #grève , #prosegur , #travail

20 Octobre 2015

HOLLANDE : "LA RÉFORME OU LA RUPTURE"

HOLLANDE : "LA RÉFORME OU LA RUPTURE"
La rupture.
Assurément.

Publié par Frédéric Maurin à 22:44pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #ps , #hollande , #travail

20 Octobre 2015

L'européisme est-il un nouveau vichysme?

A votre santé !

Il y a aujourd’hui un pessimisme profond dans les élites françaises à propos de la survie de la France. Ce pessimisme qu’exprime un François Hollande ou un Nicolas Sarkozy, c’est celui qui pense que sans l’Union européenne il n’y aurait plus de France. Ce pessimisme pense que la France ne peut faire face au monde qu’en disparaissant dans une entité plus vaste. Or, ce discours, nous l’avons déjà entendu dans notre histoire, et en particulier de 1940 à 1944. Ce fut le discours du régime de Vichy, théorisant la défaite de juin 1940. Ce fut par exemple le discours de Pierre Laval, ancien socialiste et partisan de la déflation quand il fut Président du Conseil en 1935, deux points qui le rapprochent de François Hollande, quand il s’exclame sur les ondes de Radio-Paris « je souhaite la victoire de l’Allemagne ».
En fait la politique européenne menée par nos deux derniers présidents, que ce soit Nicolas Sarkozy ou François Hollande, s’inscrit, consciemment ou inconsciemment, dans la filiation de la politique de renoncement de Vichy. Il en est ainsi parce que ces deux hommes se sont toujours opposés en réalité au Général de Gaulle, et ne cessent de le combattre quotidiennement quand bien même ils le louent par la bouche ou la plume. Il faut donc ici revenir sur ce que le désastre de 1940 nous apprend sur les élites françaises, dont on sait qu’une partie préférait Hitler au Front Populaire. C’est en réalité ce vieux fond réactionnaire, pétainiste, héritier de Vichy, qui ressort dans l’argument que seul l’UE pourrait nous protéger face aux Etats-Unis et à la Chine.

Publié par Frédéric Maurin à 09:20am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #Jacques Sapir , #ue , #euro

15 Octobre 2015

La guerre contre le chômage aura-t'elle lieu ?

La guerre contre le chômage aura-t'elle lieu ?
Le projet "Territoires zéro chômeur de longue durée" d'ATD Quart-Monde
ressemble, dans son chiffrage, dans sa méthode, presque trait pour trait à ce qui avait initié il y a une quinzaine d'année ici : Chômage nous accusons
Tout y est :
Note de présentation : « Territoires zéro chômeur de longue durée »
Annexe 1 : Un nouveau concept d’emploi aidé, un nouvel entrepreneuriat, un nouveau marché
Annexe 2 : Cahier des charges de la loi d’expérimentation
Annexe 3 Étude macro-économique sur le coût de la privation durable d’emploi (synthèse) Étude macro-économique sur le coût de la privation durable d’emploi (détail)
Annexe 4 : Expérimentation à Seiches-sur-le-Loir en 1995
Annexe 5 : L’évaluation de l’expérimentation
Annexe 6 : Foire aux questions
Téléchargez le dossier complet

On entendra bien vite dire que "bien sûr, mais c'est plus complexe"
et ce n'est pas faux.

Mais ne manque-t'il pas surtout, pour le moment, de forces politiques et sociales pour porter ce projet?

Publié par Frédéric Maurin à 22:17pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #chômage , #emploi , #parti de l'emancipation du peuple , #droit opposable à l'emploi

14 Octobre 2015

Le bollorisme n'est pas un humanisme

vu par Tignous, lâchement assassiné le 7 janvier 2015
vu par Tignous, lâchement assassiné le 7 janvier 2015

On s'en doutait. Non, on le savait.

Je m'excuse d'enfoncer une porte ouverte, mais il faut aider Basta qui fait des tas de choses intéressantes.

Le groupe Bolloré a déposé une seconde plainte en diffamation contre le site d’information Basta !. Cette nouvelle plainte nous a été notifiée cet été. Elle vise l’ancien directeur de publication, Julien Lusson, et l’un des journalistes de la rédaction, Simon Gouin, pour un article intitulé « Accaparement de terres : le groupe Bolloré accepte de négocier avec les communautés locales », publié fin octobre 2014.

Publié par Frédéric Maurin à 21:39pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #presse libre , #médias aux ordres , #bolloré , #bollorisme , #ump

11 Octobre 2015

Dialogue social apaisé : merci Molière !

euh, enfin, merci au Grand Soir...
Tartuffe revisité

Le syndicaliste.
Le personnel eut avant-hier la fièvre jusqu’au soir,
Avec un mal de tête étrange à concevoir.
Manuel Valls.
Et le DRH ?
Le syndicaliste.
Il se porte à merveille,
Chemise neuve, le teint frais, et la bouche vermeille.
Manuel Valls.
Le pauvre homme !
Le syndicaliste.
Le soir, le personnel eut un grand dégoût,
Et ne put au souper toucher à rien du tout,
Tant son mal de tête était encore cruel !
Manuel Valls.
Et le DRH ?
Le syndicaliste.
Il soupa, lui tout seul, devant le personnel,
Et fort dévotement il mangea deux perdrix,
Avec une moitié de gigot en hachis.
Manuel Valls.
Le pauvre homme !
Le syndicaliste.
La nuit se passa toute entière
Sans que le personnel pût fermer un moment la paupière ;
Des chaleurs l’empêchaient de pouvoir sommeiller,
Et jusqu’au jour près de lui il nous fallut veiller.
Manuel Valls.
Et le DRH ?
Le syndicaliste.
Pressé d’un sommeil agréable,
Il passa dans sa chambre au sortir de la table,
Et dans son lit bien chaud il se mit tout soudain,
Où sans trouble il dormit jusques au lendemain.
Manuel Valls.
Le pauvre homme !
Le syndicaliste.
A la fin, par nos raisons gagnée,
Le personnel se résolut à souffrir la saignée,
Et l’anémie d’Air France suivit tout aussitôt.
Manuel Valls.
Et le DRH ?
Le syndicaliste.
Il reprit courage comme il faut,
Et contre tous les maux pouvant être mortels,
Pour réparer la saignée faite au personnel,
But à son déjeuner quatre grands coups de vin.
Manuel Valls.
Le pauvre homme !
Le syndicaliste.
Le DRH se porte bien enfin ;
Quant au personnel je vais lui annoncer par avance
La part que vous prenez à sa convalescence ».

(Pardon, Molière).

La saignée :
« Clystérium donare, postea saignare, ensuita purgare. Ensuita, resaignare et repurgare ».
Utiliser le clystère, puis saigner et enfin purger.

Rien n'a changé...

Publié par Frédéric Maurin à 23:44pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #air france , #chômage , #austérité , #libre-échange , #presse libre , #drh , #molière

11 Octobre 2015

1336

en vidéo à partager... soit 1336 jours en moins de 4 minutes.

Publié par Frédéric Maurin à 23:36pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #1336 , #cgt , #travail , #grève

11 Octobre 2015

FN-PS : le grand détraquage

"Faire des sciences sociales, c’est la capacité à analyser des choses qui ne vous plaisent pas."

Et, pour sûr, cet entretien d'Emmanuel Todd dans Fakir - dont on attend avec impatience la prochaine livraison- déplaira à beaucoup...

(et consolidera, si besoin était, son statut de "journal-fâché-avec-tout-le-monde-ou-presque")

Emmanuel Todd est un peu tout : démographe, anthropologue, historien, etc., mais pour nous, il reste l’auteur de L’Illusion économique. Un ouvrage de référence, publié en 1997, où il reliait les choix économiques – l’euro, l’Europe, le libre échange, la mondialisation – à la situation politique – divorce de la gauche, passivisme des éduqués, émergence du Front national.

Fakir : Comme point de départ, je voudrais revenir sur l’émission Mots croisés, diffusée il y a quelques jours et intitulée « À quoi sert l’Europe ? ». Vous étiez invité, et à vos côtés, il y avait des dirigeants du Parti socialiste, des Verts, de l’UMP, d’un think-tank pro-européen, ainsi que Florian Philippot du Front national. Et entre vous deux, durant plus d’une heure, on apercevait presque une complicité. Dès que vous déclariez : « Il y a un problème, c’est que l’euro ne fonctionne pas ! », Phillipot hochait la tête « c’est sûr ». Lorsque vous dénonciez « l’euro est une monnaie sacrificielle, c’est une sorte de religion », Philippot approuvait : « Voilà. » Et quand, pour moquer les louanges européistes sur la paix et la prospérité, vous avez mimé un joueur de violon, Philippot a repris en s’amusant : « Il y a effectivement les violons... Moi j’ai l’impression d’être sur le Titanic, pendant qu’il coule l’orchestre joue encore en haut. » Karine Berger, la députée socialiste, a même parlé de « votre ami Philippot » et de « l’axe Todd-Philippot ». Ça ne vous a pas gêné, cette proximité à l’écran avec le Front national ?

Emmanuel Todd : Pas du tout.
À la sortie de ce plateau, d’ailleurs, contrairement à d’habitude, je n’ai subi aucun reproche de cette nature. Pour quelle raison ? C’est, je pense, que le discours des partisans de l’euro est devenu tellement nul, tellement vide, tellement creux, et c’est tellement visible que combattre cette nullité relève, désormais, du bon sens et non pas de la connivence avec le Front national.
Ensuite, au fond, je serai – pas tout seul, évidemment, nous serons, avec vous sans doute, avec d’autres qui adoptent une ligne proche – nous serons le dernier rempart contre le Front national. Quelle chance ce serait pour ce parti xénophobe s’ils n’avaient, en face d’eux, que les béni-oui-oui de l’euro, qui dénient la réalité, la violence que produisent leurs politiques économiques.
Enfin, j’étais présent sur ce terrain avant le Front national ! La critique du franc fort, puis de l’euro fort, du libre-échange, l’appel à un protectionnisme, nous – je pense à Sapir, à Gréau, à quelques-uns – nous avons porté ces thèmes bien avant que le Front national ne s’en saisisse. Si les idées politiques faisaient l’objet d’une propriété intellectuelle, ce sont nos noms, pas les leurs, qu’on retrouverait à l’INPI. Et franchement, dites-moi quelles idées le Front National a produites ? Ces gens-là ne m’intéressent pas, ils ne pensent pas.

Fakir : Justement. J’ouvre mon bouquin sur une citation de Gramsci (ça fait toujours chic de citer Gramsci) : « La tendance répandue à rabaisser l’adversaire est par elle-même un témoignage d’infériorité de celui qui en est possédé ; on tend en effet à rabaisser rageusement l’adversaire pour pouvoir croire qu’on en sera sûrement vainqueur. » Est-ce que vous n’êtes pas dans le même mépris ?

E.T. : Vous vous plantez complètement.
D’abord, le Front national n’est pas mon adversaire prioritaire, je ne décris pas Marine Le Pen au seuil de l’Élysée. Et si mépris il y a, il est avant tout moral.
Car l’intelligence n’est pas le problème. Je ne méprise pas Hitler intellectuellement. Je suis tout à fait capable de dire : « Adolphe Hitler avait compris en terme de politique économique ce que tous les économistes classiques libéraux s’appliquaient à nier ». Je peux te citer des passages à hurler de rire de Hitler sur les remarques que lui faisait Schacht, son ministre de l’Économie, à propos de « l’inflation menaçante », Hitler lui répondant : « Ah ah, je vais envoyer mes SA dans les épiceries et vous verrez si les prix augmentent ». De fait, Hitler a résorbé la question du chômage en quelques mois, et après le peuple allemand a considéré que c’était un génie. Voilà. Tandis que pour les démocraties occidentales, il a fallu, à la place, que Keynes écrive La Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, pour « suggérer que le capitalisme et un certain type de régulation par l’État étaient compatibles », etc.
Sur le terrain moral, en revanche, je méprise le Front national : c’est un parti xénophobe, qui est fondé sur la haine de l’immigré. Et qui, dès lors, salit toutes les idées qu’il touche.

« Fête de la fraternité »

Fakir : N’empêche que vous partagez désormais ces idées avec le Front national…

E.T. : Si vous dites « chute de l’euro », « protectionnisme », etc. le FN en parle et il a raison.
Au stade actuel, l’appartenance à la zone euro, appelons-la plutôt « la zone mark », nous assure une perte de substance infinie : l’indépendance nationale, l’activité industrielle, le niveau de vie, et par-dessus tout la désespérance.
Qu’on sorte de ce cadre, et on revient à une histoire qui est notre histoire, avec des difficultés qui sont nos difficultés. On redevient maître de notre propre destin. Ce qui mine les gens, actuellement, ça n’est pas simplement la baisse du niveau de vie, ou le chômage, ou des perspectives sombres : c’est le sentiment d’impuissance. Avec une appartenance collective, les gens débattent entre eux, éventuellement se foutent sur la gueule, prennent une décision, sont collectivement responsables de ce qui leur arrive. Je suis convaincu que, malgré les difficultés, inévitables, d’une sortie de la zone euro, l’effet psychique serait bénéfique, serait extraordinaire sur tout le monde.
(Il se prend la tête, comme une migraine, maugréant :) Putain mais on est là, à se faire chier, dans un ensemble de non-décisions, avec Bruxelles, avec Francfort, des négociations humiliantes, sans perspective, avec une histoire infiniment nulle qui se profile, et tout d’un coup, ça y est, on est dans la merde, ensemble, en tant que Français, on retrousse nos manches et on essaie de s’en sortir. Ça n’est pas beau, ça ? Et la démocratie renaît. Et au début, on est un petit peu appauvris. Mais on va quelque part, et nos enfants vont quelque part.
Mais ne nous leurrons pas : cette issue se fera dans la douleur. Ce sera un choc immense. Pour mettre en œuvre ce plan, la condition minimale, c’est la cohésion nationale. Ces mesures ne sont réalisables que, je dirais, dans un contexte de fraternité territoriale. Or, à entretenir le doute entre Français, anciens, récents, de souche, de demain, le Front national est un obstacle à cette fraternité, il est une barrière à son propre programme économique. Il y a tellement d’immigrés, désormais, en France, et tellement d’enfants d’immigrés, que le simple fait de gueuler contre les Arabes, les Noirs, les musulmans, c’est la garantie que ces mesures énergiques seront inapplicables.
Car de quoi avons-nous besoin, en même temps qu’on sort de l’euro ? D’une nouvelle fête de la fédération. Vous savez, ce jour de 1790 où toutes les provinces, tous les corps français, se sont retrouvés pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille, pour fraterniser. Et bien entendu, comme le Front national refuse de voir l’ampleur de l’immigration déjà réalisée – ce qui explique, au passage, pourquoi en région parisienne il ne compte plus : il y a tellement de gens d’origine étrangère, et tellement de diplômés du supérieur – comme le Front national n’accepte pas cette immigration déjà-là comme un fait, comme une donnée, toute politique de protectionnisme, de sortie de l’euro, de sursaut national, etc., est rendue impossible. Cette orientation doit, au contraire, se coupler avec une réinclusion de tous les immigrés et leurs enfants dans la nation.
Et d’ailleurs, et c’est là qu’on voit que les gens du Front national ne comprennent pas ce qu’ils font, qui seraient les premiers bénéficiaires d’une politique protectionniste ? Ceux dont les métiers sont les plus concurrencés par les pays à bas coût, les plus faibles, les moins qualifiés, à la scolarité laborieuse, donc les premiers bénéficiaires seraient très largement les immigrés et leurs enfants ! Les dirigeants du Front national sont incohérents.

Fakir : Mais en face également, alors, au Parti socialiste…

E.T. : Absolument. Avec la même logique, je peux dire que le Front national exerce un racisme conscient, tandis que le Parti socialiste, qui se prétend « défenseur des immigrés », « des concepts universalistes » etc., par sa politique économique, de soutien à l’euro, après le franc fort, par son approbation du libre-échange, a une politique économique qu’on pourrait définir comme « raciste objective ». Puisque les gens qui, avec ces choix macroéconomiques, en prennent le plus dans la gueule, ce sont les enfants d’immigrés.
Ce sont des inconséquences symétriques. Et c’est à cause de ce genre de trucs qu’on voit qu’ils font système. L’important est de ne pas arriver à une solution.
Ce dont tous les Français ont besoin, à l’inverse, c’est de se retrouver, pour reprendre leur indépendance. Là, tu as un projet idéologique, de conscience collective, qui est compatible avec le protectionnisme. Voilà pourquoi nous sommes l’alternative !

« Deux groupes parias »

Fakir : Dans votre livre L’Illusion économique, publié il y a une quinzaine d’années, vous décriviez la « plongée d’une proportion importante d’ouvriers dans le vote Front national », à tel point que « le pauvre, dans le regard du riche, commence d’être défini par son naufrage moral autant que par ses difficultés économiques. »

E.T. : Au départ, la clientèle frontiste n’était pas à ce point populaire. Jusque là, c’était la vieille extrême droite française, des mecs antisémites, germanophiles, aristocrates ou bourgeois, la routine. Mais entre 1984 et 1986, le Front national effectue une percée chez les ouvriers, employés, chômeurs. Suit un temps d’hésitation, où dans le 16ème arrondissement, on vote encore un peu Front national, avec une sorte de colère contre la gauche, une radicalisation de la droite, etc. Et puis, le vote Front national devient un marqueur social, celui des « basses classes », un stigmate moral, et la bourgeoisie, les éduqués se refusent dès lors à voter Front national, ne serait-ce que pour se démarquer.

Fakir : D’où le « nouveau discours du FN », sur le mondialisme, sur le protectionnisme… qui n’est pas si « nouveau » au fond, il date de Maastricht…

E.T. : Les cadres du Front national se sont trouvés comme saisis par leur succès, qu’ils n’avaient pas prévu, portés par leur public, et ils ont, consciemment ou non, adapté leur discours à cet électorat.
C’est l’association de deux groupes parias.
Les milieux populaires d’origine française subissent alors, et aujourd’hui encore, le choc du libre-échange et du franc fort. Ils sont exclus ou menacés dans leur emploi. Ils se voient refouler hors des villes, à la périphérie des départements. Ils sont par ailleurs symboliquement maltraités, par les médias, sans porte-parole forts. Ces milieux populaires anciens sont devenus des nouveaux parias.
Et les cadres du Front national, c’est un autre groupe paria. L’extrême droite, dans la tradition française, c’est marginal, à l’inverse de l’Allemagne. Quand on écrivait L’Invention de la France, il y a trente ans, avec Hervé Le Bras, je cherchais une carte du vote d’extrême droite. Et j’ai découvert, en 1936, aux élections du Front populaire, l’inexistence électorale de l’extrême droite. Ça n’a jamais existé. Les dirigeants de l’extrême droite eux-mêmes sont des loufoques. J’en ai croisés, parfois, des sympathisants bourgeois, royalistes. C’est un monde loufoque, et périphérique, et assez drôle aussi, oscillant sans arrêt entre l’antisémitisme et le philosémitisme, avec une fascination répulsion pour cet autre groupe paria, les Juifs. Le Front national reste d’ailleurs ce parti qui a du mal à trouver des cadres, du mal à trouver des candidats, avec des rigidités, qui a du mal à évoluer.

Fakir : Les marginalisés de l’économie s’identifient aux marginalisés de la politique ?

E.T. : En quelque sorte.
Même si, attention, les milieux populaires demeurent les producteurs de richesses : si vous regardez la carte des exportations, quelles sont les régions qui exportent ? Le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, tout votre coin, la Haute-Normandie, le Centre, l’Alsace, la Lorraine, et donc quand on aura exterminé tous ces groupes parias, là on va voir notre niveau de vie qui décline ! Comme les Anglais. Car ces groupes parias sont toujours producteurs de richesses à l’exportation, le truc qu’il ne faut jamais lâcher. Donc, si leur éviction du système politique, déjà effectuée, se traduisait par une éviction du système économique, ça serait vraiment une erreur fatale pour les classes supérieures. Quand on aura exterminé leurs secteurs industriels, paf, tout le monde dans le trou.

« Mouvement vers le cœur »

Fakir : Ce virage idéologique du Front national, même superficiel, témoigne d’une intelligence politique, tactique…

E.T. : Mais quelle intelligence politique ? Ils ne sont arrivés à rien ! En 1988, ils étaient à presque 15%, en 2012 ils sont à 17 %. Où est l’intelligence politique ? Je n’ai ni cru ni craint cette « vague » dans les années 80, je ne la redoute pas davantage aujourd’hui. Ce qui me marque, derrière les commentaires récurrents sur la « menace », c’est plutôt la stabilité de ce vote.

Fakir : Vous dites que le FN n’a pas fait des bonds considérables…

E.T. : + 2 % ! En un quart de siècle !

Fakir : J’ai remarqué que les ouvriers, en 1988, votaient 1,4 fois plus FN que le reste de la population, aujourd’hui ce taux de corrélation est quasiment passé à 2. Ça augmente mais ça reste assez constant, ça n’a pas tellement changé. Et pourtant, ce que vous montrez dans Le Mystère français, c’est que, derrière cette apparence de constance, il y a des très grosses transformations. Pas forcément sociologiques, mais géographiques…

E.T. : En effet.
D’abord, quand le Front national fait une percée, en 1984, on a une forte corrélation avec la présence maghrébine, les deux cartes se superposent quasiment, le coefficient de corrélation est de 0,85. Ce qui est très important. Aujourd’hui, il est tombé à 0,10. C’est une chute spectaculaire. Ça signifie que les questions migratoires, xénophobes, sont devenues des motivations secondaires dans le vote Front national.
Aussi, le Front National se retire des villes et des banlieues où résident les immigrés, pour aller vers le vieil espace révolutionnaire français, central, de tradition libérale-égalitaire : la Champagne, la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, la Picardie, la vallée du Rhône, la Provence.
À vrai dire, seules sont épargnées les régions catholiques zombies, comme la Bretagne, ou encore le Sud-Ouest.

Fakir : Un mouvement, donc, vers le cœur politique et égalitaire de la France ?

E.T. : Oui. Et on pourrait, dès lors, prédire des heures glorieuses au Front national.
Sauf que.
Sauf que, plusieurs choses.
Sauf qu’au milieu de cette zone centrale, il y a l’immense région parisienne, dont le Front national a été déjà quasiment éjecté. Car que se passe-t-il dans le chaudron de la grande région parisienne ? On voit cette espèce d’étoile énorme sur les cartes. Il y a, à la fois, une concentration de cadres supérieurs à Paris, et tout autour une plateforme d’atterrissage de l’immigration. Ici est en train de couver, en train de cuire la fusion des populations, mais qui n’est pas encore opérée.
Alors, pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui en France, ou plutôt ce qui ne se passe pas !, il faut saisir cela : la désactivation politique de la région parisienne. Ce n’est d’ailleurs pas de là que viennent les révoltes. Le système est disjoncté, parce que la région parisienne, qui pèse énormément, qui compte plus de dix millions d’habitants maintenant, ne joue plus son rôle de régulateur central. D’où cette espèce d’apesanteur, de provinces en révolte, en quasi-sécession, mais qui ne trouvent pas de relais dans la région parisienne, et d’issue politique dans la capitale.
Derrière tout ça, se lit la division du monde populaire, entre Français d’origine lointaine et Français d’origine récente. C’est désagréable, mais tu ne peux pas en faire l’économie : les gosses d’ouvriers du bassin parisien et les fils d’immigrés de la région parisienne prennent la même chose dans la gueule, mais pour l’instant ils ne sont pas un peuple. C’est comme ça. Tout n’est pas que jonction de classes…
Et enfin, même dans cet espace central, les électeurs du Front national, ce sont assez exclusivement des milieux à faible niveau éducatifs, marginalisés, opprimés, tout ce qu’on veut, qui influent peu. C’est horrible. Mais faire des sciences sociales, c’est la capacité à analyser des choses qui ne vous plaisent pas.

Fakir : Vous dites : « Le FN ne parviendra pas au pouvoir, parce que les classes qu’il représente sont trop opprimées », en gros elles ne pourraient pas incarner une alternance…

E.T. : Ne pas voter Front national est devenu un symbole social : « Je n’appartiens pas aux basses classes. » Ce réflexe sert de digue, il existe comme un plafond de verre, un seuil qu’ils ne dépasseront pas.
Je suis épaté par l’enthousiasme du Parti socialiste à se ruer dans la lutte contre le Front national, qu’il suscite lui-même avec ses choix économiques, dans un espèce de post-mitterandisme. On les sent tellement contents qu’il y ait une « menace »…

Fakir : C’est un remake…

E.T. : Même pas conscient.

Fakir : D’autant plus efficace qu’inconscient.

E.T. : C’est vrai. Donc, je maintiens l’idée d’un plafond de verre. Mais le doute s’immisce, et je peux vous en faire part : ce plafond est-il en train de sauter ?
J’ai entendu une citation de Copé à mourir de rire. Il expliquait qu’il n’y aurait jamais d’accord avec le Front national, parce qu’entre le FN et l’UMP il y avait un gros désaccord sur l’euro ! C’est-à-dire, dans le délire anti-immigrés, on va les suivre, on va les précéder, on n’a plus de souci moral avec ça… Il est donc possible que la donne change à droite.
Surtout, la situation économique devient franchement dramatique et ridicule. Jamais il n’a été aussi évident que la France n’a plus de gouvernement. Dans mes débats, je parle maintenant du « vice-chancelier Hollande ». Ce n’est pas tellement que Hollande, pour lui-même, soit impopulaire, mais les Français savent qu’il n’y a plus de président de la République… À partir du moment où il y a l’euro, même si en théorie le monarque républicain a tous les pouvoirs, avec le pouvoir de création monétaire qui échappe à la France, le Président n’est plus rien. Si t’es Sarkozy, tu t’agites, tu fais des grands discours et ça se voit pas trop. Si t’es Hollande avec ton sourire niais, tu n’existes pas. Cette transparence, cette inexistence, saute aux yeux.
Les Français sont un peuple politique, et ils ont tout à fait percuté que la France vit sous hégémonie allemande. À partir du moment où les gens savent que les classes dirigeantes ont failli, qu’elles ne les protègent plus contre le monde extérieur, là, il y a un nouveau risque d’instabilité. Et on ne peut pas exclure un sentiment d’effondrement national.

« L’inventaire du détraquage »

Fakir : Vous parlez de « menace », mais à vrai dire moi je m’en fiche que le FN constitue une « menace ». Quand je vois les licenciements chez Goodyear, ce que devient par chez moi le Val-de-Nièvre ou le Vimeu rouge, je ne dis pas « Oh la la ! Qu’est-ce que j’ai peur parce Marine Le Pen va se retrouver à l’Élysée ! » Mon souci, pour l’instant, c’est que les ouvriers, les opprimés, ne constituent pas une autre menace. Contre l’ordre économique, contre les dominants, les maîtres.

E.T. : Auparavant, j’étais assez dans un discours anti-élite, après Maastricht, dans un truc du rêve français, d’attribuer au peuple des vertus… Et ça me gêne de le dire, mais la façon dont le monde ouvrier a tourné, à cause du stress, de la régression économique, de la médiocrité des partis de gauche, de la nouvelle stratification éducative, certes les élites françaises ont mal tourné, mais le peuple français tourne mal aussi en un sens.

Fakir : Je ne suis pas ouvriériste, je ne pense pas l’être, je n’angélise pas le peuple. Je n’ai aucune difficulté à concevoir, par exemple, qu’il existe un racisme populaire, de longue date, bien avant le FN. Et de même, je ne crois pas à un prolétariat qui amènerait sur terre un royaume de paix et de prospérité…

E.T. : En terme de modèle historique, je n’ai jamais cru aux opprimés comme moteur de l’histoire. Je parie plutôt sur les classes intermédiaires éduquées.

Fakir : Mais pas seules ?

E.T. : Pas seules.

Fakir : Dans L’Illusion économique, toujours, vous évoquiez un divorce entre « les deux cœurs sociologiques de la gauche ». Les ouvriers, d’un côté, qui se sont pris la mondialisation en plein dans la figure, et la petite-bourgeoisie intellectuelle, les enseignants, les journalistes, moi par exemple, qui ne souffrent pas du libre-échange et l’acceptent donc, moins par enthousiasme que par « passivisme ». Quinze années plus tard, ces classes intermédiaires, comme vous dites, sont à leur tour touchées, s’inquiètent pour leurs enfants, voient les mesures d’austérité frapper la fonction publique. Il y aurait, alors, une possibilité de réunion pour ces deux cœurs sociologiques. Car tous les grands moments de notre histoire, tous les sursauts égalitaires, naissent au fond de cette réunion, toujours dans la tension, de ces deux cœurs. Qu’est-ce que la révolution de 1789 ? C’est la jonction d’une petite bourgeoisie intellectuelle, et les paysans dans les campagnes, un prolétariat d’artisans à Paris…

E.T. : Spécialement dans ton coin…

Fakir : Oui, on les a tous : Camille Desmoulins, Robespierre, Danton, Saint-Just, Babeuf…

E.T. : Tout le monde. C’est là-bas que ça se passe, un creuset de l’égalité.
Et c’est la jonction de ces deux classes, avec des contradictions, avec des luttes, qui va faire tenir, avancer, la Révolution durant six années. Mais de la même manière, 1936, c’est encore la jonction des deux, la bourgeoisie intellectuelle contre le fascisme, les ouvriers pour des conquêtes sociales. Mai 68, avec ses limites aussi, les étudiants dans le quartier latin, les ouvriers qui bloquent le pays, un mariage toujours imparfait bien sûr. En 1981, les deux se retrouvent dans les urnes, même s’il manque un débouché dans la rue ensuite. Tout ne se passe pas dans les classes populaires…mais rien ne se passe sans elles.

Fakir : Voilà. Donc la question, pour moi, n’est pas « Est-ce que Marine Le Pen va entrer à l’Élysée ? », mais qu’elle gèle la situation politique, qu’elle maintient un statu quo, qu’elle fige le divorce entre ces deux classes…

E.T. : L’alliance des classes, que tu as décrite, avec une violence révolutionnaire, n’est possible, ne se produit que dans des bassins de culture égalitaire. Mais bien entendu, dans toute la périphérie catho, de famille souche, etc., ce sont des régions qui sont restées monarchistes, ou conservatrices, qui se sont opposées à la Révolution, ou qui ont donné les Girondins. Et le grand détraquage de la France actuelle, toi tu le prends au niveau des alliances de classes, mais moi je le regarde en anthropologue : les régions et les groupes sociaux qui contrôlent le système, ce sont les régions de catholicisme zombie. C’est la deuxième gauche, la CFDT, Hollande, Le Monde, tous les mecs du PS... On retrouve la trace des catholiques qui se sont convertis à l’argent, ou à des carrières bureaucratiques. Donc c’est normal que le pays se porte mal, qu’il paraisse mou, amorphe : on a l’irruption au centre de toute une culture qui était périphérique, des groupes et des régions qui ont combattu la Révolution !
Et tout cela à cause, aussi, je le souligne, d’un affaissement de la culture centrale, du silence politique de la grande région parisienne, qui avait porté la Montagne et son élan égalitaire.

Fakir : Je vois, au passage, comme une contradiction. Le Front national cartonne dans les « régions libérales-égalitaires », comme vous appelez ça. Et pourtant, bien qu’ils se donnent les apparences d’un discours de gauche, en même temps, la question de l’égalité est absente…

E.T. : C’est tout à fait ça. Ils ne peuvent pas la revendiquer. L’électorat se dirige vers le Front national par réflexe anti-élite, c’est l’un des effets pervers de la culture égalitaire française, mais ses cadres ne croient pas à l’égalité...
De toute façon, je suis sorti du Mystère français avec une certitude : le système politique français, comme représentation, est complètement détraqué. Il n’y a plus de correspondance entre les aspirations des gens, les valeurs, les votes. Donc tu vas trouver le PS atteignant une force maximale dans des régions qui n’ont jamais cru en l’égalité, le sud-ouest. Tu as Sarkozy qui, au deuxième tour de la présidentielle, reste majoritaire dans les régions de Champagne, dans les milieux populaires, dans ces régions qui étaient au cœur de la révolution française. Tu vas avoir des socialistes qui prétendent défendre les immigrés et qui mettent en œuvre des politiques économiques destructrices pour ces immigrés et leurs enfants. Tu as une gauche qui se révèle plus apte à flexibiliser le marché du travail que la droite sarkozyste, elle-même vérolée par les conceptions étatistes et égalitaires des régions où elle domine ! Tu as le Front national pris entre discours xénophobe et … Bref, tu as un grand détraquage. La trahison de la gauche, entre guillemets, n’est qu’un élément de ce détraquage.

Fakir : À l’absence de représentation, à l’Assemblée nationale, des partis – puisqu’il y a un décalage entre le vote et les députés – ou à la non-représentation de la France dans sa diversité, sociale et ethnique, vous ajoutez donc ce détraquage...

E.T. : Et il se voit partout. Par exemple, les bonnets rouges : la révolte vient d’un département qui n’a envoyé que des députés socialistes ou apparentés à l’Assemblée ! Qui a voté majoritairement « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Quant à ces députés socialistes du Finistère, ils se passionnent plus, au Parlement, dans les commissions, pour la Défense ou les Affaires étrangères que pour l’agriculture ou l’agro-alimentaire…
Alors, dans ce système détraqué, où aucun des partis n’est en phase avec les valeurs qu’il devrait représenter, il y a deux options. La tentation actuelle, c’est de s’imaginer que le parti qui paraît en dehors du système, le Front national, va ramasser pour ce détraquage et refaire la synthèse. Or, je pense qu’il fait partie de ce système détraqué, lui-même détraqué, comme un piano désaccordé.
Ou alors, et je suis plus là-dessus, on va vers une remise en phase à long terme, notamment dans le chaudron parisien avec la fusion des populations immigrées dans la culture libérale-égalitaire. Ça peut prendre du temps, mais ça peut également s’accélérer : la vitesse de la crise, l’emprise des banques sur l’État, la domination trop voyante de l’Allemagne sur la France, et ça crée une espèce de choc cathartique. Mais pour l’instant, on ne peut faire que l’inventaire du détraquage.

À lire :
L’Illusion économique, Emmanuel Todd, 1997, Gallimard.
Le Mystère français, Hervé Le Bras, Emmanuel Todd, Seuil, 2013.]

Publié par Frédéric Maurin à 22:53pm - Voir le commentaire ()
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