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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

27 Mars 2013

Avec Paul Quilès, Arrêtez la bombe, le 15 mai à Grenoble

Un ancien Ministre de la Défense en guerre contre l'arme nucléaire, cela ne se rate pas.

Bien évidemment, on peut être réservé : qui sera au pouvoir dans 10, 20, 30 ans dans d'autres puissances nucléaires, en Russie, au Pakistan, en Israël, en Iran, en Chine, aux USA ?

Avec quelles intentions ? Dans quel contexte : de guerre de tous contre tous pour l'accès à des ressources énergétiques, alimentaires, raréfiées ?

Et le retour implicite au parapluie américain que cela signifierait... c'est souhaitable?

On en parlera avec Le Mouvement de la Paix

le mercredi 15 mai à 19H30

Maison du tourisme de Grenoble

L'auteur s'en explique d'ores et déjà sur le site du Parti Socialiste...

Tribune — Pourquoi j’ai écrit «Arrêtez la bombe!» par Paul Quilès

Dans un livre intitulé Arrêtez la bombe !, Paul Quilès, ancien Ministre de la Défense, dévoile sa vision de la dissuasion nucléaire et explique pourquoi il a «pris conscience progressivement de l'absurdité de l'arme nucléaire.» Dans les lignes qui suivent, l'ancien ministre de la Défense revient sur ce qu'il a conduit à écrire cet ouvrage et détaille certains éléments de sa réflexion. 

 


 

Paul Quilès 

Depuis la fin des années 80, j’ai pris conscience progressivement de l’absurdité de l’arme nucléaire, de la confusion des doctrines qu’elle implique, de l’impréparation des dirigeants, de l’influence dangereuse du « lobby militaro-industriel »[1]. Lorsque le Mur de Berlin est tombé, j’ai constaté que le démantèlement du bloc soviétique, qui mettait fin à la bipolarisation du monde et qui marquait une rupture majeure sur la scène internationale n’avait fait émerger aucune nouvelle doctrine de sécurité. La dissuasion nucléaire - qui consiste à exposer son adversaire à un risque de destruction massive – restait le pilier des politiques de défense, notamment en France. C’est à partir de l’année 1995, qui a vu se dérouler le seul débat sur l’armement nucléaire dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale[2], que je me suis prononcé clairement pour l’objectif d’un monde débarrassé d’armes nucléaires.

C’est pour cela que je prends le risque, en publiant « Arrêtez la bombe ! »[3], d’être accusé de commettre un acte impie ou de lèse majesté, puisque j’y dénonce les idées reçues* sur la pertinence de l’arme nucléaire qui, pour être martelées, n’en sont pas moins contestables. Les menaces auxquelles nous devions faire face hier sont à ranger au nombre des peurs du passé et la théorie de la dissuasion nucléaire n’est plus adaptée au monde en mouvement de ce début de 21ème siècle. Aujourd’hui, c’est l’existence même des armes nucléaires, couplée au risque de prolifération et de terrorisme nucléaire, qui constitue paradoxalement la véritable menace.

Clausewitz considérait que « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Même si cette formule date du début du 19ème siècle, elle décrit bien ce qu’est encore aujourd’hui, trop souvent, la réalité des relations entre les Etats, mais elle oublie que la guerre est toujours un échec des hommes. C’est pour cela que je préfère me référer à l’œuvre et à l’action inlassable de Jaurès en faveur de la paix et de « l’arbitrage international », qui prit corps dans la SDN, malheureusement incapable d’empêcher la montée des régimes autoritaires, puis dans l’ONU, après la 2ème guerre mondiale. Jaurès n’était pas ce que l’on appelle de façon parfois réductrice et méprisante un « pacifiste », comme le montre son fameux livre « l’Armée nouvelle » (1911).

Certes, les réalités du monde d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que celles d’il y a un siècle et les dangers ne sont pas de même nature. Encore faudrait-il ne pas considérer que tout ceci est trop sérieux et trop complexe pour faire l’objet de débat public ou même parlementaire. Les socialistes semblent se satisfaire du fonctionnement de nos institutions, qui abandonnent beaucoup de pouvoir au Président de la République dans le domaine de la défense[4] et ils considèrent qu’il n’y a donc pas lieu de trop débattre sur ces questions. On avance aussi, pour éviter d’éventuelles remises en cause, un prétendu « consensus », en s’appuyant sur des enquêtes d’opinion dont la validité est douteuse, puisqu’il n’y a ni information préalable ni débat contradictoire. Ce climat n’est pas nouveau : Jaurès, à son époque, regrettait déjà que les partis politiques ne s’intéressent à ces questions que « par le biais de la vision électorale », allant même jusqu’à reprocher aux socialistes une attitude qui « se borne le plus souvent à une opposition générale sans précision et sans effet ».

On me dit qu’il est bien audacieux de vouloir remettre en cause le fameux « consensus français» sur la bombe, présentée comme notre « assurance vie », « la garantie de notre indépendance ». J’entends même dire que qu’il faut une bonne dose de mauvaise foi pour évoquer des dangers qui n’existent pas, puisqu’on nous affirme que l’arme nucléaire serait une « arme de non emploi » !

Si c’est ce que vous pensez, lisez vite « Arrêtez la bombe ! ». Vous y trouverez la preuve que ces dangers existent bien et que la bombe atomique a failli servir à plusieurs reprises depuis 60 ans. Vous verrez que les doctrines de mise en œuvre de l’arme nucléaire ont beaucoup varié depuis sa première utilisation le 6 août 1945 à Hiroshima. Vous pourrez juger de la pertinence des analyses et des arguments des militaires, des industriels, des politiques, des experts, des médias, dans leur défense de la dissuasion. Vous comprendrez le danger que représente l’influence du « lobby militaro-industriel ». Vous verrez pourquoi il n’y a jamais de débat public sur le sujet et pourquoi on préfère se contenter de répéter les formules du catéchisme nucléaire.

Certains considèreront que d’autres sujets, plus intéressants ou plus immédiats, occupent l’actualité. Je n’aurai pas le mauvais goût de faire le tri dans les thèmes qui embouteillent les médias. Je souhaite seulement que l’on veuille bien prendre un peu de recul pour lancer un débat qui n’a pas eu lieu en France et qui n’est pas mineur, puisqu’il s’agit de réfléchir à la meilleure façon d’organiser la sécurité de notre pays et de préparer un monde plus sûr.

 

[1] Dans son discours de fin de mandat (17 janvier 1961), le Président américain Eisenhower  mettait en garde les Etats-Unis contre les dangers du « complexe militaro-industriel », dont « l’influence illégitime risquait de mettre en cause les libertés ou les méthodes démocratiques »

[2] Débat sur la reprise des essais nucléaires (13 décembre 1995)

[3] « Arrêtez la bombe ! », Paul Quilès, avec Bernard Norlain et Jean-Marie Collin, Editions du Cherche Midi.

[4] Dans sa conférence de presse du 31 janvier 1964, le général de Gaulle affirme que « l’autorité indivisible de l’Etat est déléguée tout entière au Président de la République », après avoir pris un décret qui précise le rôle exclusif du Président de la République quant à l’usage de l’arme nucléaire.

 

Publié par Frédéric Maurin à 10:17am
Avec les catégories : #rupture tranquille

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