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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

27 Janvier 2013

Dévaluer François Lenglet et accepter Jacques Sapir

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Lenglet : à France 2 aussi le changement c'est maintenant !

Le retour des FTP n'y change rien: à peine arrive-t'on à faire taire un perroquet que les nouveaux chiens de garde : Accueil reforment et renforcent leur meute.

Tant il est vrai qu'on ne détruit que ce l'on remplace, on va s'efforcer d'apporter une réponse articulée à leur matraquage.

Et, cela tombe bien, Jacques Sapir y travaille....

 

 

 

 

Dévaluer ou accepter la flexibilité (et tout ce qui va avec…)

24 janvier 2013

 

Par Jacques Sapir

Pêché sur le blog mrc38

Les confidences de François Lenglet

Dans le journal de 20h00 le mardi 22 janvier sur France-21, François Lenglet2 s’est laissé aller aux confidences.

La première, et elle n’est pas nouvelle en réalité, consistait à dire qu’une dévaluation serait une solution à nos problèmes actuels. Mais cette confidence était « équilibrée » par la seconde. François Lenglet, droit dans ses bottes d’éditorialiste économique, nous a asséné que cette solution ne pouvait être que transitoire et que seule une cure sévère de dévaluation interne (comprendre de baisse de nos revenus) était à même de nous faire retrouver le chemin de la compétitivité. Ces confidences étaient mises en scène dans un contexte très particulier, le chantage exercé par Renault (qui sera révélé dans sa totalité le lendemain, mercredi 23), mais aussi par d’autres entreprises, sur les ouvriers pour imposer plus de « flexibilité », c’est-à-dire travailler plus pour gagner autant, voire moins. Nous y voilà donc. Le thème de la flexibilité s’invite dans l’ordre du jour des politiques.

Dans le discours de François Lenglet revient comme une scie, toute prête à se transformer en un dramatique couperet social, la description d’une Allemagne « vertueuse » opposée à des pays qui, comme la France et l’Italie, ont trop longtemps cédé à la facilité de dévaluations successives.

I. Les infortunes de la vertu. Les prospérités du vice 

Arrêtons-nous sur ce point. Qu’est-ce qui définit la « vertu » en économie ? On peut répondre l’inscription dans la longue durée (plus de 10 ans) d’une trajectoire de croissance supérieure à celle d’autres économies. On peut aussi répondre la croissance de la part du secteur industriel, qui produit le plus de valeur ajoutée, dans le PIB. Or, si l’on regarde la période de l’après-guerre, celle où tant la France que l’Italie ont dévalué systématiquement, on constate que la trajectoire de croissance de ces deux pays est largement égale, voire supérieure, à celle de l’Allemagne. On a pris volontairement un indice 100 vers le milieu de la période étudiée, pour éviter les biais classiques des représentations depuis les origines en période de changements importants. Il est clair, sur les graphiques (1) et (2), que les performances de l’Allemagne sont légèrement supérieures de 1951 à 1960 (ce qui est normal quand on considère la destruction du potentiel industriel allemand), mais ces mêmes performances se dégradent nettement sur la période 1960-1973.

Graphique 1

Sources: Données historiques de l’OCDE

  • L’Italie fait d’ailleurs preuve d’un remarquable dynamisme. Ces observations se répètent sur la croissance de la part de l’industrie dans le PIB (graphique 2). Certes, l’Allemagne, qui avait une part déjà supérieure aux deux autres pays en 1951 (25,8%), conserve son avantage atteignant un pic de 37% en 1970. Mais la France, qui était avant-guerre moins industrialisée que l’Allemagne ne connaît pas moins une forte croissance, son taux passant de 18,1% en 1951 à 26,3% en 1973. En fait, la croissance est en France supérieure à celle de l’Allemagne (45% contre 43%). Mais c’est l’Italie, pays faiblement industrialisé en 1951 (12,1%) qui connaît en réalité la plus forte croissance (51%) de 1951 à 1973 (voir tableau 1). En fait, l’Italie aura une monnaie “faible” à la suite de dévaluations successives jusqu’à son entrée dans la zone Euro en 1999.

Graphique 2

 Tableau 1

 

Source: Données historiques de l’OCDE

Les dévaluations de la France et de l’Italie n’ont pas objectivement entraîné une économie « vicieuse », loin de là. En fait, les modèles de croissance ont été assez différents. L’Allemagne, pays qui possédait en 1939 la deuxième industrie (derrière les États-Unis) du monde, s’est vue concurrencée par des pays nettement moins industrialisés. Dans ces pays, à commencer par la France et l’Italie, la croissance des années 1950 – 1973 a aussi été un processus de transformation des sociétés, marqué par une forte industrialisation. Quand on compare ce processus aux avantages de l’Allemagne en 1950 qui sont (i) le fait d’être débarrassé de sa partie rurale la plus arriérée (la Prusse) qui est devenue la RDA, (ii) la présence de troupes américaines en nombres, avec leurs familles, impliquant une forte injection de dollars (monnaie rare à l’époque) dans l’économie allemande, (iii) la disposition d’une main d’oeuvre bien formée et à bon marché en nombre exerçant une forte pression sur les salaires (les personnes quittant massivement la RDA pour la RFA jusqu’à la construction du “mur”) et (iv) un budget militaire minimal jusqu’en 1956, on doit relativiser le “miracle” allemand. S’il y eut “miracle” dans les années 1950 et 1960, il fut bien plus le fait des “cigales”, de ces pays ayant adopté une stratégie “vicieuse” de dévaluation comme la France et l’Italie que de la “vertueuse” Allemagne.

II. La vertu et la lutte des classes

Là où le problème de la « vertu » ou du « vice » se pose, c’est en matière de partage des revenus. L’Allemagne a toujours eu une structure de sa richesse nettement plus favorable aux 1% les plus riches que dans les autres pays. Aujourd’hui, cette part – tout en restant inférieure à celle des États-Unis ou de la Grande-Bretagne – est largement supérieure à celle de la France et de l’Italie. Et c’est bien le problème. Si nous entrons dans la logique de la dévaluation interne, rien ne garantit la croissance. Tout garantit même que la récession s’amplifiera. Mais, les marges de profit seront nettement plus importantes, ce qui revient à dire que les plus riches deviendront encore plus riches alors que les pauvres deviendront encore plus pauvres. Nous découvrons donc soudain ce que provoque l’impossibilité de dévaluer du fait de l’existence de l’Euro. Cela place nos sociétés devant le choix entre les deux scénarii suivants : soit (scénario 1) donner toujours plus de gages au capital, avec la déformation de la répartition au profit du 1% le plus riche et la montée (comme en Allemagne) de la catégorie des travailleurs pauvres, soit  (scénario 2) accepter des pertes de compétitivité telles qu’à un moment elles provoqueront des hausses intolérables des dettes (tant publiques que privées) pour maintenir l’équilibre social. Comme, de toute manière, la partie la plus riche de la société (les 1%) pratique de plus en plus une fraude fiscale légale, il n’y aura plus de solution que de répartir la pénurie, jusqu’au moment où une partie des classes moyennes le refusera. Et, à ce moment, nous rebasculerons dans le premier scénario.

Voici donc la magie de l’Euro. Construire sous l’apparence de mesures techniques « neutres », et donc aisément vendables à une partie de la gauche européenne cherchant désespérément à dépasser le nationalisme, un cadre de long terme contraignant, l’obligeant en fait à capituler sur le front de la lutte des classes. Je n’ai pu résister à employer cette expression, dont je signale qu’elle n’est pas de Marx à l’origine3, car c’est elle qui décrit le mieux la situation actuelle. Oui, la politique de François Hollande est une politique de classe, mais certainement pas celle du « prolétariat », ou, dirons-nous aujourd’hui, des travailleurs de l’industrie et des services. C’est ce qu’expriment, avec toujours plus de colère, les travailleurs de Renault, de PSA, mais aussi de Florange qui se sont heurtés mercredi 23 janvier une nouvelle fois à une fin de non-recevoir de la part du gouvernement. C’est pour cela que la déconstruction de l’Euro, loin d’être le terrain de prédilection des nationalistes, est un champ qui doit être investi par ceux qui prétendent défendre les intérêts des travailleurs. Faute de le faire, n’est-ce pas cher Jean-Luc Mélenchon, il ne faudra pas s’étonner de voir ces travailleurs se détourner et chercher ailleurs, et parfois dans des directions bien étranges, les moyens d’échapper à cette capitulation. La politique a horreur du vide, il faut s’en souvenir…

Cette vérité va devenir de plus en plus évidente, de plus en plus directement lisible. Merci donc à François Lenglet pour ces confidences qui valent des aveux. Même si le côté de la lutte vers lequel il penche n’est pas le nôtre.

Citation

Jacques Sapir, “Dévaluer ou accepter la flexibilité (et tout ce qui va avec…)”, billet publié sur le carnet Russeurope le 24/01/2013, URL: http://russeurope.hypotheses.org/750


  1. http://www.france2.fr/jt/20h/ Le 20h, Mardi 22 janvier. L’intervention commence 14’28’’ après le début de la vidéo. []
  2. 2 journaliste, rédacteur en chef du service France au sein de la rédaction de France 2 []
  3. 3 Je signale que l’origine en revient à François Guizot, le ministre de Louis-Philippe, le seul ajout de Marx ayant été de dire que la lutte des classes mettrait fin à la lutte des classes, formule typique de la philosophie de Hegel. []

Encore un point sur France 2: sans forcément sortir la tondeuse...

...il ne faudrait pas que les sarkozystes y fassent leur nid trop longtemps.

Merde quoi, ils ont déjà des soutiens financiers énormes sans avoir à pomper notre redevance en plus.

Service public oui ! Sévices public, non !

Part du secteur manufacturier dans le PIB

 

France

Italie

RFA

1950

18,1%

 

25,8%

1951

18,9%

12,1%

27,0%

1952

18,7%

11,8%

27,9%

1953

18,7%

11,9%

28,6%

1954

18,7%

12,4%

29,7%

1955

18,9%

12,4%

31,1%

1956

19,9%

12,8%

31,2%

1957

19,9%

12,9%

31,5%

1958

20,0%

12,5%

31,8%

1959

19,8%

13,1%

32,3%

1960

20,2%

13,7%

33,6%

1961

20,4%

14,1%

34,1%

1962

20,5%

14,6%

34,2%

1963

21,1%

15,0%

33,9%

1964

21,8%

14,6%

34,6%

1965

22,0%

14,8%

35,3%

1966

23,0%

15,4%

34,9%

1967

23,0%

15,9%

34,1%

1968

23,4%

16,1%

35,5%

1969

24,5%

16,2%

36,9%

1970

25,3%

17,1%

37,0%

1971

25,6%

17,0%

36,4%

1972

25,9%

17,4%

36,0%

1973

26,3%

18,6%

36,4%

Publié par Frédéric Maurin à 18:13pm
Avec les catégories : #rupture tranquille

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