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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

24 Juin 2012

Europe austéritaire : la MES est dite ?

Question de choix...comme le rappelle l'Humanité du 19 juin

http://www.humanite.fr/social-eco/question-de-choix-leditorial-de-patrick-apel-muller-499029

Un nouveau chapitre de la vie politique vient de s’ouvrir. 
C’est sans doute le plus périlleux. La crise s’exacerbe en Europe. Le lâche soulagement qui s’est emparé des milieux dirigeants européens (dont les français) avec la victoire des conservateurs grecs, d’un souffle devant Syriza, la gauche combative qui a progressé d’encore 10 %, trahissait leur obsession de l’austérité… Faire rendre gorge au peuple grec, pressurer les Espagnols, les Portugais ou 
les Italiens avant que vienne le tour des Français. Si le cycle infernal des coupes claires dans les budgets publics, de l’abaissement des coûts du travail plutôt que des frais financiers, des déréglementations en tous genres n’est pas interrompu, la situation continuera de se dégrader sous l’effet d’une croissance anémiée.

 

L’heure des choix a sonné, les rendez-vous sont là. La semaine prochaine, les 28 et 29 juin, se réunit le Conseil européen. Alors qu’Angela Merkel refuse de desserrer l’étau budgétaire qui meurtrit le continent, François Hollande, qui réclame pourtant un geste en faveur de la croissance, semble avoir pris son parti d’une nouvelle vague de sacrifices à demander aux Français.

À Bercy, on travaille le dosage entre plus d’impôts et moins de dépenses, mais revient avec insistance le refrain des « efforts justes ». À Bruxelles, sont tressés les liens avec lesquels on veut ligoter la décision publique et museler les contradictions citoyennes : union bancaire, union budgétaire, fédéralisme politique. 
C’est sur sa capacité à résister à ce plan de bataille des marchés financiers pour répondre aux urgences sociales que sera jugée l’équipe un peu modifiée que va constituer Jean-Marc Ayrault.

À cet égard, on ne peut que s’inquiéter des souhaits du président des sénateurs PS, François Rebsamen – candidat à 
la direction du Parti socialiste – qu’« entrent ou soient associés au gouvernement » des membres du Modem, partisan d’une austérité forcenée.

Les forces qui ont fait la victoire de la gauche débordent très largement les seuls rangs socialistes. 
La gauche dispose d’un socle solide pour affronter droite et extrême droite, qui vont surenchérir dans l’opposition aux solutions de progrès. À condition que tous soient entendus par le gouvernement et que les ministres ne restent pas prisonniers, comme ils le sont aujourd’hui, du programme du président. Les citoyens eux-mêmes, les syndicalistes, 
les militants d’associations peuvent mettre leur poids dans la balance afin qu’elle penche vers des solutions de progrès. Les campagnes du Front de gauche ont ancré dans une large partie de la population une dynamique utile à toute 
la gauche, des revendications qui font pièce aux projets 
de la droite, notamment en substituant la réduction des gâchis financiers à la désastreuse baisse du coût du travail.

À droite, il ne faudra pas si longtemps pour se reprendre. Les débats vont faire rage entre ceux qui sont prêts à embrasser le Front national, sa pompe et ses œuvres et ceux qui, bien tardivement, mesurent le risque mortel 
qui menace l’UMP au terme de cette dérive. François Baroin constate que la stratégie du « ni-ni » (ni FN, ni gauche) « n’est pas pertinente. Elle a troublé. Je l’ai soutenue, 
je le dis franchement, avoue-t-il, mais on est allés au bout 
du processus ». Confession d’un pécheur qui bat sa coulpe sur la poitrine de Nadine Morano et de son tango avec 
le FN. Les milieux d’affaires ne toléreront pas longtemps 
ces errements du personnel politique de droite. Il leur faut des relais pour que s’exerce la pression maximale sur 
le nouveau pouvoir.

Les mois qui viennent seront décisifs.

Mais, comme le glisse le texte ci-dessous, la gauche au pouvoir n'aura peut-être pas besoin d'une "pression maximale" "du personnel politique de droite" pour faire un saut fédéraliste...

L'Europe a-t-elle vraiment besoin d'un «saut fédéraliste» ?

Pierre Levy - Blogueur associé

Rédacteur en chef de Bastille-République-Nations -  http://www.brn-presse.fr/ -  mensuel progressiste radicalement eurocritique...déjà cité sur L'Europe fait des râles

Face à la crise financière, bon nombre de dirigeants européens brandissent la solution d'un plus grand fédéralisme. C'est le constat dressé par Pierre Levy, notre blogueur associé, qui rappelle les propositions de délégation de souveraineté en tout genre, alors que les peuples sont de plus en plus eurosceptiques.

Nouvelle provocation des dirigeants européens ? Alors que l’intégration européenne gagne chaque jour en impopularité, ils sont de plus en plus nombreux à affirmer en substance : «Nous ne sauverons pas l’euro sans accomplir un "saut" vers une Europe ouvertement fédérale.» A peine les Grecs – à qui l’on avait obligeamment expliqué qu’un mauvais choix entraînerait leur pays dans l’abîme, et la monnaie unique avec – avaient-ils voté que la réalité est réapparue : l’euro n’est en rien «sauvé».


Le grand argentier allemand, Wolfgang Schäuble, qui s’était vu remettre le prix Charlemagne le 17 mai, avait à cette occasion relancé sa proposition d’élire un «président de l’Europe» au suffrage universel, et de transformer la Commission en véritable gouvernement.


Dans une tribune publiée par le Monde le 9 mai, une dizaine de personnalités – parmi lesquelles Romano Prodi (ancien président de la Commission, et du gouvernement italien), Pascal Lamy (en sa qualité de directeur de l’OMC ?) et Jacques Attali (probablement au titre d’expert en tout) – n’hésitaient pas à affirmer : «Le fédéralisme est la seule voie pour éviter une crise majeure qui sacrifierait une génération entière.»


Exprimé en termes plus diplomatiques, c’est manifestement l’esprit du mandat qu’ont confié les vingt-sept au président du Conseil européen. Pour le sommet des 28 et 29 juin, Herman Van Rompuy est chargé d’une étude ouvrant la voie à une «nouvelle étape», voire un nouveau traité – encore un !


C’est dans ce cadre que sont évoquées les euro-obligations (emprunts communautarisés). Si des structures supranationales ayant directement la main sur les budgets des différents Etats-membres sont mises en place, l’opposition de l’Allemagne pourrait à terme être surmontée. Sous couvert d’alimenter la croissance, c’est donc en réalité un objectif très politique qui est discrètement visé.


Cette perspective d’abandon de souveraineté n’a nullement été rejetée par le nouveau ministre français des Affaires européennes. Bernard Cazeneuve a estimé que les euro-obligations «pourraient justifier une intégration plus grande des mécanismes de gouvernance au sein de la zone euro». Pour sa part, le Commissaire européen Michel Barnier, nommé par Nicolas Sarkozy en 2010, a déclaré que le temps d’un «saut fédéraliste» était venu.


Le président de la Commission entend bien nourrir l’étude commandée à M. Van Rompuy. José Manuel Barroso va proposer «une feuille de route et un calendrier» vers une «union économique complète». Pour lui, en effet, «une confirmation au plus tôt des étapes à franchir soulignerait l’irréversibilité et la solidité de l’euro». Sous-entendu : ce qui est pour l’instant loin d’être acquis. Le chef de l’exécutif européen a d’ailleurs exprimé ses préoccupations sur l’état de l’opinion publique, tout en précisant : «Il est normal qu’en période de rudes difficultés économiques, le sentiment public envers l’intégration européenne soit plus négatif.» On ne lui fait pas dire.


M. Barroso a enfin insisté sur le projet d’«union bancaire». Sous couvert de garantir les dépôts à l’échelle de l’UE, il s’agirait de transférer le contrôle (renforcé) des banques, aujourd’hui réalisé par des institutions nationales, vers un régulateur centralisé.

 
L’union bancaire compléterait la gouvernance centralisée. Quelques jours auparavant, Jörg Asmussen – jeune économiste allemand social-démocrate, qui fut secrétaire d’Etat dans le cabinet d’Angela Merkel avant d’être envoyé par cette dernière au directoire de la BCE – avait plaidé pour de nouveaux transferts de souveraineté budgétaire.


M. Draghi avait pour sa part jeté un pavé dans la mare en proposant un «plan de dix ans» dans cette direction, car «nous devons accepter une délégation de souveraineté budgétaire vers une sorte de gouvernement central». «C’est pourquoi le Pacte fiscal (projet de Traité TSCG) est si important, car il en constitue le point de départ», a-t-il précisé, ce qui éclaire la véritable portée de ce texte.


Déjà, le mécanisme du «semestre européen» (selon lequel chaque pays doit soumettre son cadre budgétaire et de réformes avant le 30 avril à la Commission), ainsi que les clauses prévoyant des sanctions «préventives», constituent des jalons en ce sens (c’est dans ce cadre qu’une mission bruxelloise a été envoyée à Paris, comme dans onze autres capitales, pour étudier les «problèmes de compétitivité» française).


Mais c’est incontestablement à Jean-Claude Trichet que revient la palme. Le prédécesseur de M. Draghi à Francfort (qui avait déjà plaidé pour la mise en place d’un ministre des finances unique pour la zone euro) était l’invité d’un forum mondial des affaires qui s’est tenu en ouverture du G8 à Camp David, près de Washington. Le jeune retraité a proposé que Bruxelles puisse «activer des pouvoirs fédéraux lors de circonstances exceptionnelles». Celles-ci pourraient survenir dès lors qu’un gouvernement ou un parlement de la zone euro s’avèrerait «incapable d’appliquer une politique budgétaire approuvée par l’UE». L’Etat en question pourrait même être déclaré en faillite, et mis sous tutelle – comme une entreprise en redressement.

L’auditoire, composé de la crème mondiale des patrons, a réservé un accueil chaleureux à l’audace de M. Trichet.
Allez savoir pourquoi.

Publié par Frédéric Maurin à 21:28pm
Avec les catégories : #Union européenne

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