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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

19 Juillet 2011

L'exaspération qui vient

Source : http://www.brn-presse.fr/

 

6 mai. Les fonctionnaires portugais, aux premières loges des mesures d’austérité européennes, débrayent massivement. 6 mai toujours : l’Italie connaît une grève générale accompagnée d’impressionnantes manifestations. 11 mai : les Grecs descendent à leur tour dans la rue à l’occasion d’une nouvelle journée de lutte contre les plans dévastateurs imposés par l’UE (et le FMI). Pour les grands médias français, il s’agit de non-événements : au mieux une phrase ici, une brève là, s’en font l’écho. Seule la mobilisation des jeunes Espagnols a fugacement réussi à crever l’écran, tant la forme d’action a pris de court les forces établies, à commencer par les syndicats. Sans doute ces derniers étaient-ils trop occupés à négocier le recul de l’âge de la retraite pour assurer une « paix sociale » visant à complaire aux « marchés ».

 

Cette discrétion est impressionnante. Craint-on une prise de conscience croissante des citoyens quant à la responsabilité de Bruxelles ? Si de tels mouvements avaient touché la Biélorussie, secoué le Venezuela, ou paralysé l’Iran, on imagine sans peine les reporters envoyés en mission pour louer en direct la colère populaire et annoncer la fin de régimes « autistes ».

 

Mais le silence médiatique n’empêche pas l’exaspération de monter. Nul, peut-être, n’a encore véritablement pris la mesure de cette dernière. Et quand elle ne s’exprime pas dans la rue, elle éclate dans les urnes, à travers la percée de partis à tort ou à raison classés à l’extrême-droite (Hongrie, Pays-Bas, Danemark, Autriche…). Il y a quelques semaines, les Finlandais ont propulsé sur le devant de la scène une formation qui exige l’arrêt des transferts financiers visant non à « sauver » les Grecs ou les Portugais, mais à garantir les intérêts des créanciers internationaux et la survie de l’euro. En France même, Marine Le Pen empoche avec le sourire les conséquences tant de la brutalité de la mondialisation que du refus de la « gauche » d’évoquer la responsabilité de l’UE : des sociaux-libéraux aux altermondialistes, on continue à ahaner les psaumes d’une improbable « Europe sociale », sans remettre en cause ni l’existence de l’euro, ni le principe de l’ouverture des frontières (Schengen).

 

L’exaspération pourrait bien être encore attisée par le pédigrée des oligarques qui ont inventé et pris le contrôle de la gouvernance mondiale. Pour succéder au directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Bruxelles soutient Christine Lagarde, dont un des avantages comparatifs est d’avoir fait carrière à la tête du plus grand cabinet d’avocats d’affaires américain. Un CV comparable à celui de Mario Draghi, l’Italien qui devrait prendre la suite de Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne en octobre. M. Trichet avait inauguré ses fonctions à Francfort en déclarant (en anglais) « je ne suis pas un Français », signifiant ainsi à quel point la référence à un ancrage national était honnie. M. Draghi, diplômé du MIT, et ancien numéro deux de la banque d’affaires américaine Goldmann Sachs, ne manquera pas de surenchérir.

 

Pour diriger le FMI, on eût pu tout aussi bien choisir Alassane Ouattara si ce dernier n’avait pas été installé par la grâce des commandos français à la présidence de la Côte d’Ivoire (après une élection pour le moins douteuse), son pays d’origine qu’il connaît moins bien que les moquettes du Fonds. Et si les « rebelles » de Benghazi devaient finalement conquérir Tripoli à force de « frappes » otaniennes, Mahmoud Jibril peut exciper d’états de service justifiant sa cooptation au sein des cette toute petite caste mondialisée, totalement « hors sol », qui entend régenter la planète entière. Ses membres sont, au fond(s), unis par leur objectif commun le plus essentiel : se débarrasser du cadre des états-nations, ultime obstacle au règne millénaire du libre marché et du libre-échange.

 

Jamais sans doute, dans l’histoire de l’humanité, on n’aura réuni autant d’arrogance et de connivence. Mais peut-être aussi autant d’inconscience, face à la rumeur des peuples qui enfle.

 

PIERRE LÉVY

Publié par Frédéric Maurin à 22:41pm
Avec les catégories : #rupture tranquille

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