Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

20 Décembre 2012

L'insurrection, c'est pour Noël ?

on peut l'offrir et se l'offrir ici : - L'Insurrection

C'est bien sûr valable après les fêtes, et même avant, selon la critique :

En 2022, toute l’Europe est unifiée, soumise à un ordre totalitaire libéralo-écologiste aussi absurde et cruel dans ses fondements que dégoulinant de bons sentiments en surface. Toute ? Toute, car, à la différence d’Astérix, le roman de Pierre Lévy, au moins dans sa première moitié, ne laisse entrevoir aucune résistance à l’empire qu’il dénonce. Dans le flot souvent terne des publications du Temps des Cerises (un petit éditeur communiste en partie héritier des Éditions sociales), ce livre se distingue agréablement : humour, rythme, élégance du style sont au rendez-vous et vous transportent d’un bout à l’autre du récit, à grande vitesse et avec la légèreté d’une plume, comme dans un rêve (ou un cauchemar), dont l’imagerie se situerait entre Le Château de Kafka et Le Meilleur des Mondes d’Huxley.

De charmantes trouvailles émaillent le récit pour décrire ce que pourrait devenir notre monde, si, par malheur, il poussait ses travers actuels au bout de leur logique : le tribunal privatisé qui punit d’une peine de travaux généraux une dame qui eut le malheur de mélanger du gras de jambon à des déchets végétaux dans sa poubelle de tri sélectif, le jeune énarque (pardon : le jeune diplômé de «l’Espace pédagogique européen de gouvernance»), rejeton de deux traders abandonné aux îles Caïmans, l’armée mondiale qui élimine préventivement les potentiels tyrans aux quatre coins de la planète, la journée de la liberté de l’esprit imposée dans les écoles à grand renfort de lectures obligatoires, etc. Les gags se précipitent même et se bousculent à chaque page à tel point que par moments la trame narrative paraît n’être là que comme un prétexte à les collectionner.

Les puristes amateurs de grande littérature se demanderont peut-être s’il s’agit vraiment d’un roman ou plutôt d’un pamphlet, comme l’indique la quatrième de couverture. Les personnages n’ont pas vraiment d’épaisseur psychologique, pas d’existence propre en dehors du flot d’événements et d’institutions ubuesques au milieu desquels ils se débattent, et l’on cherchera en vain une véritable intrigue au milieu des tableaux de la vie quotidienne (sauf un petit rebondissement assez inattendu dans les deux derniers chapitres, mais qu’on se gardera bien de dévoiler !). Partout, c’est le souci didactique qui l’emporte, comme en témoigne in fine le choix (assez contestable) qu’a fait l’auteur d’ajouter à son histoire une postface du physicien belge Jean Bricmont, lequel propose une sorte de «mode d’emploi» de «ce qu’il faut penser de tout ça», comme si cela ne ressortait pas clairement du contenu même du récit (on remarquera d’ailleurs que cette postface reproduit à l’identique ce que le savant a déjà exposé dans maintes publications au préalable – bis repetita placent).

Que penser justement du «message» que délivre l’ouvrage ? Sur le fond, Pierre Lévy force-t-il un peu le trait ou voguons-nous vraiment sur le fleuve qui mène aux Enfers ? L’ouvrage porte les couleurs de la mouvance dans laquelle l’auteur baigne (celle d’un courant de pensée républicain, formé de marxistes, de gaullistes et de quelques autres francs-tireurs viscéralement attachés aux vieux fondements de la souveraineté populaire dans le cadre des États-Nations) avec les croyances caractéristiques de ce milieu et probablement aussi ses illusions (par exemple le dénigrement jacobin des identités régionales basque et bretonne comme de purs artéfacts technocratiques, ou la foi dans ce que peuvent apporter à l’avenir du monde des pays comme le Venezuela, voire, et l’on s’en étonnera encore davantage, du Sri Lanka…). Mais laissons le lecteur disséquer par lui-même la morale de toute cette histoire et se faire sa propre opinion sur le fond de tous ces sujets.

Ce roman d’anticipation démontre en tout cas, s’il en était besoin, que la fiction demeure un précieux aiguillon pour stimuler la réflexion. Mêlée à la distance humoristique, elle remplace avantageusement les pédantes démonstrations et les apostrophes haineuses. Le rire tend hélas à disparaître de l’arsenal des armes politiques aujourd’hui. Le roman de Pierre Lévy contribue utilement à le réhabiliter.

FREDERIC DELORCA

 

Recension parue dans Bastille-République-Nations du 17/09/12
sous la plume de François Asselineau

Lorsque les censures des pouvoirs autocratiques de l’Europe d’Ancien Régime se faisaient trop pressantes, certains essayistes contournaient le problème en publiant des pamphlets codés ou des romans à clé.

 Ils les présentaient comme des lettres faussement naïves écrites par des étrangers (Les Lettres persanes de Montesquieu, parues en 1721) ; ou bien ils les situaient dans un monde imaginaire (Les Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift) ; ou bien encore, ils les situaient dans un futur imaginaire. Ce dernier procédé rhétorique fut par exemple utilisé, en 1771, par le Français Louis-Sébastien Mercier, dans son livre L'an deux mille quatre cent quarante. Rêve s'il en fût jamais. Dans ce tout premier roman d’anticipation dont le retentissement s’étendit à toute l’Europe, Mercier imaginait qu’il s’endormait pour se réveiller 669 ans après, en l’an 2440. Ce qu’il y découvrait avait de quoi mettre le vieux Louis XV en pétard : la monarchie était devenue constitutionnelle, Versailles était tombé en ruines, et l’impôt, désormais volontaire, ne dépassait pas les 2% des revenus. Détail ravageur puisqu’en 1771, le monarque français venait de sanctionner la Cour des Aides qui avait osé critiquer la levée de nouveaux impôts. Lesquels visaient (déjà !) à lutter contre le déficit budgétaire.

 En cette fin 2012, cette belle tradition pamphlétaire vient de s’orner d’un nouveau petit bijou signé Pierre Lévy. Dans L’Insurrection, l’auteur nous emmène non pas en 2440, mais plus modestement en 2022. C'est un roman d’anticipation politique, un peu à la manière de Mercier. Mais son contenu a de quoi provoquer, chez Jacques Delors, Nicolas Sarkozy ou François Chérèque, un trouble de l’humeur à côté duquel la colère de Louis XV devant le pamphlet de Mercier ferait figure de légère irritation.

 Au gré des pages de ce roman qui se lit d’une traite, s’égrènent impitoyablement toutes les idées reçues européistes, toutes les niaiseries médiatiques, toutes les imitations américanolâtres, et tout le catéchisme ultralibéral de notre époque. Le narrateur nous y décrit, dans un style d’une candeur désarmante, un univers de bisounours décervelés qui portent tous des prénoms américains (Dylan, Samantha, Cindy, Jordan, Steven…), et dont l’horizon conceptuel est strictement borné à la pensée de Bernard-Henri Lévy et de Laurence Parisot. Il y est question d’interventions militaires aux quatre coins du globe pour y protéger la liberté du commerce et la légitime rentabilité des entreprises.

 Dans ce monde où la France a été dépecée et fusionnée dans une « Communauté euro-atlantique des Valeurs » (CEAV), tout ou presque a été privatisé, y compris la justice, certaines municipalités et des États entiers. Mais l’inhumanité atroce et la violence des rapports sociaux qui en découlent sont systématiquement occultées par un discours lénifiant et des antiphrases orwelliennes.

 Sous la réserve qu’un taux de suicide minimum parmi les salariés de chaque entreprise permette de rassurer les actionnaires sur la recherche de la rentabilité optimale, on y chante donc la transparence, la gouvernance, la stabilité, la tolérance, la compétitivité, la biodiversité, la solidarité, la rentabilité et l'on en passe. Tous ces concepts doivent aussi être étiquetés : globaux, solidaires, harmonieux, citoyens, innovants, équitables, renouvelables, soutenables, responsables, durables, etc. Et le discours public consiste à marier toutes les combinaisons possibles entre ces substantifs et ces adjectifs politiquement corrects. On pourra ainsi, au choix, militer pour une « biodiversité équitable », une « tolérance solidaire », une « stabilité globale », une « gouvernance citoyenne », etc. En 2022, la pensée politique a ainsi disparu pour laisser la place à un jeu de « cadavres exquis » digne des surréalistes.

 Page après page, le lecteur est également joyeusement noyé sous les tartufferies de notre époque, tels le « recyclage citoyen », les « expérimentations innovantes », la nécessité « d’assouplir les retraites », de « moderniser le droit de grève » ou de « faire respirer les rapports entre salariés et employeurs ». Tous ces euphémismes ayant toujours le même objectif – celui des « réformes indispensables » – que nous ne connaissons que trop bien : encore et toujours, détruire tous les acquis sociaux.

 Dans la foulée, la plume de Pierre Lévy souligne implacablement les ridicules de la discrimination positive et du communautarisme, nous informe de l’invention du « crime contre la stabilité économique » justiciable d’un nouveau Tribunal de la Haye, nous explique pourquoi il a été décidé de substituer les sondages aux élections, et nous montre comment tous les opposants à cet univers sont disqualifiés par la simple apposition d’épithètes méprisantes (« intégristes de l’État de droit », « intégristes de la laïcité », « intégristes des acquis sociaux », « populistes », « archaïques », etc.). Comme le dit son narrateur dans un élan de « pédagogie », de toute façon, « il n'y a pas le choix ».

 Déjà implacable, la plume de l’auteur devient carrément cruelle pour dépeindre, par quelques formules exquisément assassines, la façon éhontée dont des responsables syndicaux trahissent ceux qui leur font confiance.

 Ces syndicalistes jaunes, qui approuvent en catimini toutes les mesures de régression sociale, ne se battent, pour la galerie, que sur des modalités d’application ridicules. Tel syndicat, par exemple, « exige » que les licenciements minutes soient notifiés au salarié par courriel et pas seulement par SMS… Une association féministe, quant à elle, « exige » que les licenciements touchent équitablement les hommes et les femmes. Et tout ce beau monde tombe d'accord pour que la grève « modernisée » se limite à une inscription sur le site Internet « jesuisengreve.com », étant entendu que le « gréviste » continue à travailler pour ne pas mettre en péril l’équilibre financier de l’entreprise.

 Devant un tel torrent d’idées percutantes et de dénonciations qui font mouche, on regrettera peut-être certains passages un peu trop appuyés, ou des clins d’œil parfois trop explicites. La nostalgie affichée pour l’Allemagne de l’Est ne convaincra sans doute pas tous les lecteurs. Et d’autres feront peut-être la moue devant quelques jeux de mots qui frisent la plaisanterie de potache.

 Mais j’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher de rire souvent devant cet intarissable feu d’artifice de calembours, dont Pierre Lévy nous prouve une nouvelle fois qu’il en est un maître incontesté. Pour n’en citer qu’une poignée parmi des dizaines, le conseil d'un père à son rejeton né des amours éphémères d’un couple de traders : « tu seras un gnome, mon fils » ; l’agence de communication « Triple Buzz » ; le projet « d’érection des Maisons de la Tolérance » ; ou les limites de négociations atteintes lorsque la Commission de Bruxelles a « épuisé ses quotas de prêche ». Je laisse le lecteur faire la compilation de tous les autres, notamment de ceux que « la décence m’interdit de préciser davantage », comme disait le regretté Pierre Dac.

 Ce monde de 2022 est aussi peuplé d’organisations dont les acronymes, plus burlesques les uns que les autres, invitent à en rechercher le sens caché, toujours drolatique et souvent plein de sel : l’AISE, la FAUST, l’EPEG, les CCTV, la FEU, l’OCU, le FÉE, le MAM, le HCSIG, etc., avec une mention spéciale pour le Fonds EELV (Ethnic Equity / Loyal View) qui rachète la Corse et le Pays basque.

 Lorsque l’on referme cet ouvrage, qui se conclut de façon très enlevée par deux coups de théâtre successifs, on se dit que l’on n’a pas perdu son temps. Non seulement on a pu rire de bon cœur devant ce spectaculaire « chamboule-tout », mais l'on sent aussi que derrière cette jubilation se cache une immense colère contenue. L’arme de la dérision se révèle spécialement efficace pour démasquer cet affreux mélange de tyrannie et de bonne conscience, qui est d'ores et déjà le monde enchanté de l’Union européenne.

 Armé de cet excellent pamphlet, il nous appartient de tous nous mobiliser pour hâter la nécrose de cet univers qu'il nous laisse entrevoir. Une nécrose qui a déjà largement commencé.

FRANCOIS ASSELINEAU

 

Publié par Frédéric Maurin à 08:58am
Avec les catégories : #Union européenne

commentaires