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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

11 Février 2012

La morsure du chien de garde

...reçue de Mémoires des luttes (www.medelu.org)

Crise de la dette : un petit dessin qui vaut un long discours

Il fut un temps où les gouvernements gouvernaient, y compris en matière économique et financière. Ils prenaient des décisions en puisant dans une panoplie de politiques dont les conséquences étaient généralement prévisibles. C’est le sens de la maxime dont on attribue la paternité à Emile de Girardin, journaliste français du XIXème siècle : « Gouverner c’est prévoir ». Qui pourrait dire aujourd’hui que cette affirmation a encore la moindre validité ? La crise de la dette publique qui affecte l’Europe en offre en tout cas un contre-exemple caricatural.

Les principaux dirigeants de la zone euro – Angela Merkel, Mario Monti, Nicolas Sarkozy, et accessoirement Mariano Rajoy – consacrent une partie croissante de leur temps à se rencontrer ou à se téléphoner pour tenter d’aboutir à des positions communes. Quand ils y parviennent, cette position est rapidement invalidée par la réalité. Tout simplement parce qu’ils n’ont plus aucune prise sur des mécanismes mis en place par les traités européens qu’ils ont eux-mêmes votés. Pour financer la dette publique – dont il faut en permanence rappeler que l’accroissement est largement imputable aux cadeaux fiscaux consentis aux catégories privilégiées et au sauvetage des banques privées -, ils ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne (BCE). Contrairement à la Réserve fédérale et à la Banque d’Angleterre, qui jouent le rôle de prêteurs en dernier ressort, la BCE ne peut avancer des liquidités aux Etats. Elle a seulement le droit de le faire aux banques privées. C’est absurde ? Certainement, mais alors il ne fallait pas voter le traité de Maastricht et celui de Lisbonne !

Reste donc, comme seule possibilité, le recours aux marchés financiers, à des taux prohibitifs pour les Etats les plus vulnérables (28 % pour les bons grecs à 10 ans !). Conséquence : la spirale infernale plans de rigueur/récession/ diminution des rentrées fiscales/ augmentation de la dette/ nouveaux plans de rigueur, etc. Et qui détermine les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ? Le jugement des agences de notation, chiens de garde des marchés, par les « notes » qu’elles donnent aux Etats. D’où les efforts désespérés des gouvernements pour donner des gages à Standard & Poor’s (S&P), à Moody’s ou à Fitch Ratings. Nicolas Sarkozy a poussé le ridicule, sinon l’indécence, jusqu’à qualifier de « trésor national » non pas la démocratie ou le respect de la volonté populaire, mais la note AAA de la France !

Il arrive que les chiens de garde mordent la main qui les caresse dans le sens du poil. C’est ce que S&P vient de faire en dégradant d’un cran la note de la France, et de deux crans celles de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal. En ce qui concerne la France, ce camouflet s’accompagne d’un cours d’économie à l’usage des nuls : « Un processus de réforme fondé sur le seul versant de l’austérité budgétaire risque de se vouer lui-même à l’échec, la demande intérieure chutant parallèlement aux inquiétudes croissantes des consommateurs sur la sécurité de l’emploi et de leurs revenus, minant les recettes fiscales des pays ». En d’autres termes, une récession est bien plus dangereuse que l’augmentation des déficits. S&P condamne ainsi – comble de l’humiliation - les plans de rigueur qui avaient pourtant été mis en place à seule fin de lui complaire !

Impuissants face à la BCE, prisonniers des contraintes de la survie de la zone euro, et rabroués par des marchés financiers auxquels ils avaient confié leur salut, les gouvernements font penser à des mouches qui se heurtent aux parois d’un bocal dans lequel elles se sont elles-mêmes enfermées. Mais qui osera faire sauter le bouchon de ce bocal ?

 

Qui oserait ? Des populistes évidemment...  L'Euro ou Le Pen ?

Jean-Pierre Chevènement lui n'en démord pas. Il y a bien un débat interdit...

http://www.chevenement.fr/

 

L’idée de Mme Merkel de considérer les affaires européennes comme des affaires de "politique intérieure" est l’illustration même d’une dérive européiste grosse de dangers.

Cette idée est une nouvelle formulation du "droit d’ingérence". Comme chacun sait, on n’a jamais vu les faibles s’ingérer dans les affaires des forts. A l’inverse, on voit Mme Merkel, et à ses côtés M. Sarkozy, bien mal inspiré, tancer la Grèce de très haut pour n’appliquer pas assez vite les recettes déflationnistes conçues par le nouvel "hégemon" (puisqu’on s’exprime ainsi désormais).

Mme Merkel s’est aussi immiscée de manière malencontreuse dans la campagne présidentielle française en appuyant M. Sarkozy. L’un et l’autre veulent faire avaler la prétendue "règle d’or" au peuple français, à deux mois de l’élection présidentielle.

Cette potion est absurde : Joseph Stiglitz et Paul Krugmann, deux prix Nobel d’Economie, sans parler de beaucoup de nos économistes parmi les plus chevronnés (Jean-Paul Fitoussi et j’en passe…) ont démontré que la mise en œuvre simultanée de plans de déflation dans toute l’Europe conduirait à une récession générale. Ce point essentiel ne peut-il être débattu ? La zone euro est et reste fragile. Ce n’est pas parce que les banques, inondées de liquidités à trois ans, à un taux de 1%, ont momentanément souscrit des bons d’Etat à 5,8% en Italie que la crise des dettes souveraines est derrière nous. La récession en marche fera sauter les fragiles barrières imaginées par "Merkozy" : croit-on ainsi que le MES (mécanisme européen de stabilité), au capital de 80 milliards d’euros, pourra recueillir par voix d’émissions sur les marchés financiers, les 500 milliards d’euros prévus qui seraient de toutes façons insuffisants pour faire face à un défaut espagnol ou italien ?

Les problèmes structurels (hétérogénéité de la zone euro, écarts de compétitivité insupportables) n’ont pas été résolus. Les écarts de compétitivité se reflètent dans les excédents et les déficits de balances courants des pays membres de la zone euro. Pierre Lellouche citait hier au Sénat le montant de l’excédent automobile allemand en 2011 : 100 milliards d’euros à comparer au déficit français : 5 milliards d’euros. Il y a encore cinq ou six ans, l’automobile était dans la balance du commerce extérieur français un poste excédentaire (environ 10 milliards d’euros en 2005). Ainsi l’automobile représente aujourd’hui près de la moitié de l’écart qui sépare l’excédent global allemand (150 milliards) et le déficit français (70 milliards) : 105 milliards sur 220 milliards.

Comment allons-nous remonter cet écart ? A partir de quelles marges financières aujourd’hui écrasées de nos entreprises, de quelles aides publiques aujourd’hui taries, de quelle médecine de cheval, sinon celle d’une austérité à perpétuité inscrite dans le traité européen qui doit être signé le 1er mars prochain ?

Il est d’autant plus choquant qu’un journal comme Le Monde (certes depuis longtemps au cœur du "cercle de la raison" cher à Alain Minc) puisse appeler dans l’éditorial de première page de son édition du 10 février 2012 à "ne pas toucher au pacte budgétaire".

"Il ne faut pas rouvrir la négociation sur ce traité" intime Le Monde à François Hollande, à grand renfort d’arguments particulièrement spécieux.

Nos bien-pensants vont encore une fois invoquer "la parole de la France" (pour mieux enterrer celle-ci). Deux rappels historiques :
- Le Général de Gaulle n’a-t-il pas subordonné l’entrée en vigueur du traité du Marché Commun, signé en 1957, à l’adoption d’une politique agricole commune (1962) et à la reconnaissance d’un droit de véto (crise de la "chaise vide" en 1965) ?
- Deuxième exemple : le Général de Gaulle s’est-il senti "lié par la parole de la France" quand il a décidé en 1966 le retrait de notre pays des Etats-majors intégrés de l’OTAN (mis en place au début des années cinquante) après la ratification du traité de l’Atlantique Nord ?

On assiste là à un dévoiement par l’Establishment de la politique extérieure de la France. Celle-ci deviendrait ouvertement un carcan destiné à étouffer la voix du peuple français. C’est "le débat interdit". Et après cela, Le Monde viendra dénoncer la montée des "populismes"!

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 18:00pm
Avec les catégories : #rupture tranquille

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