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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

18 Janvier 2013

Mali, la guerre,hélas !

Bien que naturellement porté sur Le Mouvement de la Paix, la guerre étant peu propice au progrès social, force m'est de reconnaître que l'intervention au Mali est juste.

Il y en a bien qui, pour se sentir exister, la réduiront à une guerre néo-coloniale, en appelant au besoin Chomsky à la rescousse (voir la fin de cet article) et ce faisant plaquant l'analyse des guerres du Golfe à la situation malienne.

Transformant Hollande en BUSH père et fils à la fois, ce qui fait beaucoup pour un seul homme. Excessif donc insignifiant.

Jean-Pierre Chevènement, qui en connaît un rayon en matière d'intervention militaire illégitime et de souveraineté nationale, appelle à frapper "Vite et fort"

 

Jean-Pierre Chevènement (MRC) estime qu'au-delà de l'intervention militaire française, la "refondation démocratique du Mali" passe par "une négociation entre toutes les parties maliennes rejetant le terrorisme".

"Un coup d'arrêt devait être donné à la décomposition de l'Etat malien dont la survie était menacée par la progression des colonnes islamistes vers Bamako", écrit dimanche le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), dans un communiqué.

Selon lui, "le seul objectif politique raisonnable de la France ne doit cependant pas être perdu de vue : c'est la refondation démocratique du Mali dont l'intégrité territoriale et la souveraineté doivent être préservées et les institutions rétablies dans leur légitimité".

"Cette refondation démocratique ne peut être acquise par le seul effet d'une intervention militaire. Elle suppose une négociation entre toutes les parties maliennes rejetant le terrorisme", poursuit l'ancien ministre de la Défense.

A cet égard, il faut selon lui, "dissocier la population du Nord-Mali des groupes terroristes, et pour cela redéfinir les conditions du vivre-ensemble entre le Sud-Mali, principalement bambara, et les Touaregs et autres populations du nord". "Toute négociation devra impliquer les pays du champ, principalement l'Algérie dont le rôle est indispensable à la stabilité et à la paix dans la région", conclut-il.

Vite et fort

Le coup d’arrêt donné par l’armée française à la progression vers Bamako de colonnes islamistes, sur ordre du Président de la République française, à l’appel des autorités légitimes du Mali, était nécessaire.

Le groupe du RDSE approuve la décision prise, sous l’empire de l’urgence, par le chef de l’Etat. Il ne s’agit pas d’une ingérence qui aurait violé la souveraineté d’un pays africain indépendant. Au contraire, il s’agit d’une assistance apportée à un pays ami en grand danger, dont l’intégrité territoriale avait été violée par des groupes terroristes entendant imposer leur loi - et quelle loi ! - et dont non seulement la souveraineté mais la survie même eussent été compromises, si les éléments islamistes armés avaient pu continuer leur raid vers le Sud. L’intervention de la France s’est faite en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations Unies et a donné lieu à la réunion du Conseil de Sécurité qui a confirmé la légitimité de l’intervention française.

Certes la guerre est toujours haïssable, mais il est des guerres inévitables. Celle-là l’est, car elle répond à un souci de légitime défense non seulement de la part du Mali, mais aussi des pays d’Afrique sahélienne, y compris l’Algérie, et des pays européens clairement visés comme le nôtre par les menaces d’Aqmi.

Certes une solution politique partielle avec les groupes rejetant le terrorisme, eût été préférable, pour isoler les groupes terroristes et rétablir à moindre frais l’intégrité territoriale du Mali ce qui implique un modus vivendi durable entre les populations du Nord et du Sud du pays. Une telle perspective n’aurait pas dispensé, en tout état de cause, de réduire les éléments terroristes dans leurs repaires du Nord-Mali. Mais le choix d’Ansar El dine, groupe touareg fondamentaliste, et de son chef Lyad ag Ghali de rompre toute négociation avec le MNLA et de se joindre aux groupes terroristes que sont Aqmi et le Mudjao, pour menacer Bamako et mettre à bas la République et l’Etat du Mali, ont rendu caduque une telle perspective.

Il n’était tout simplement pas possible de laisser se constituer sur les décombres de la République malienne un sanctuaire du terrorisme au cœur de l’Afrique.

La réactivité exceptionnelle des forces armées françaises doit être saluée et hommage rendu à nos soldats tombés dans l’accomplissement de leur devoir, au service de la France.

On mesure à l’occasion de ces évènements l’intérêt des forces françaises pré-positionnées et l’erreur d’appréciation, que j’avais signalée lors de l’adoption du « Livre blanc », qui consistait à ne vouloir conserver qu’une seule base en Afrique de l’Ouest. Heureusement il restait encore quelques forces disponibles à Dakar, à Ndjamena et en Côte d’Ivoire.

Bienvenue est l’arrivée de matériels - ERC Sagaïe et hélicoptères Tigre - assurant une meilleure protection à nos soldats.

Un mot d’abord sur les buts politiques de l’intervention :
Le Président de la République en a défini trois : arrêter l’agression terroriste, sécuriser Bamako, permettre enfin au Mali de recouvrer son intégrité territoriale. « La France a-t-il ajouté, n’a pas vocation à rester au Mali. Son but est de préparer la venue d’une force africaine, encadrée et soutenue par la communauté internationale, afin qu’il y ait au Mali des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terroristes quand nous partirons ».

Constatons cependant que, pour le moment, la France se trouve seule en ligne avec ce qui reste des forces armées maliennes combattantes. C’est une réalité. C’est dans des moments comme ceux-ci que se révèle la réalité sur la base de laquelle les politiques doivent être construites.

Les troupes de la Cedeao mettront un certain temps pour monter en ligne. Cela dépendra beaucoup des moyens logistiques disponibles ou mis à disposition par nos alliés. Une partie de ces forces sera peu opérationnelle. Ces forces dans leur majorité, seront plus des forces de maintien de la paix que des forces d’intervention proprement dites. On peut espérer que certains pays comme le Tchad, le Niger ou la Mauritanie, pourront fournir des forces aguerries.

Sans être « aux abonnés absents », nos partenaires européens manifestent peu d’empressement à se joindre à nous. C’est à l’aune des réalités qu’on mesurera la pertinence des discours sur la « défense européenne ».

Espérons que le Conseil des Ministres des Affaires étrangères européen qui devrait se réunir demain, démentira le constat fait par un membre du gouvernement « d’une mobilisation un peu minimale de l’Union européenne » et de « certaines absences regrettables ». Je suis moins surpris que d’autres de cette carence.

Ainsi l’acquisition du troisième objectif fixé par le Président de la République risque de prendre du temps.

Or la France est engagée. Il vaut donc mieux frapper vite et fort pour dérouter l’adversaire et profiter autant que faire se peut, de l’effet de surprise. Ne nous laissons pas enliser dans le schéma peu opérationnel initialement prévu. Si les alliances doivent avoir un sens, c’est maintenant qu’elles doivent se manifester. En tout état de cause, il faut acheminer des renforts. Il ne faut pas attendre trop longtemps pour occuper les villes du Nord.

Une précaution indispensable : dissocier autant que possible les populations du Nord, Touaregs et autres, des éléments terroristes. En tout cas ne pas les solidariser. Eviter au maximum ce qu’on appelle les « dommages collatéraux ». Ne sous-estimons pas non plus la dimension ethnique du conflit. Il y a un problème touareg au Mali qui ne se pose pas d’hier puisque nous en sommes à la quatrième rébellion touarègue depuis l’indépendance en 1960.

Les autorités de Bamako doivent être fortement incitées à trouver un accord avec le MLNA et avec les éléments égarés d’Ansar El Dine qui réprouvent le terrorisme et souhaiterait le rejoindre. L’objectif est la refondation démocratique du Mali. Celle-ci sera d’autant plus facile que le rapport des forces aura évolué au détriment des groupes terroristes. Une certaine autonomie territoriale des provinces du Nord serait alors souhaitable. Je me félicite que la déclaration gouvernementale ait évoqué ce problème et le souci de le voir abordé dans la feuille de route qu’adoptera le gouvernement malien. C’est le cœur des populations qui doit s’exprimer en faveur d’une telle refondation démocratique, au Nord comme au Sud. Nul ne peut ignorer que la répression des précédentes rébellions n’a pas laissé de bons souvenirs aux populations du Nord. Les ressentiments existants n’excusent d’ailleurs en aucune manière le massacre récent de soldats maliens.

Le problème touareg n’est pas propre au Mali. Les Touareg – environ un million de personnes – sont dispersés entre au moins six Etats : le Mali, le Niger, le Burkina-Faso, le Nigeria, l’Algérie, la Libye. Ils sont mêlés à d’autres ethnies, Arabes berrabiches ou chaambi, Noirs soyinkés, Peuhls, Bambaras, etc. Je doute pour ma part que les villes du Nord puissent être reprises sans l’appoint substantiel de militaires français.

Le problème de fond c’est plus que « le coup d’après », et le « billet de retour » de nos soldats, c’est le temps. Le temps dans ces espaces immenses qui vont de l’Atlantique à la Mer Rouge battus non seulement par les vents de sable mais aussi par celui de contestations venues du fond de l’Histoire, bien avant la colonisation. Les frontières qu’ont tracées, il y a à peine un siècle, nos officiers n’ont pas encore été pleinement intériorisées par ces populations, même si la loi internationale, celle de l’ONU et celle de l’Union africaine, leur confère à juste titre un caractère d’intangibilité.

Les tribus touarègues par exemple se connaissent et s’interpénètrent par-delà les frontières.

Quoi qu’il en soit, la communauté internationale devra financer et mettre en œuvre un vaste plan de développement du Sahel. L’Union européenne pourrait montrer dans cette affaire son utilité.

Pour mettre avec nous le temps, nous avons, dans cette région du monde, un allié : c’est l’Algérie. C’est le seul grand Etat de la région sahélienne (je mets à part le Maroc situé plus à l’Ouest). Les autres Etats sont fragiles, y compris le Nigeria rongé par un mouvement djihadiste, le Boko Haram. On ne peut pas concevoir la paix et la stabilité de cette immense région sans l’Algérie dont l’armée, soit dit en passant, compte 300 000 hommes. L’Algérie a elle-même dû faire face, dans les années 1990, à la terreur islamiste. Elle a payé un lourd tribut au djihadisme. En ce moment même ses soldats doivent faire face à In Amenas à une tentative d’enlèvement concernant des ressortissants français, japonais, mais aussi britanniques et norvégiens.

J’entends s’exprimer ici ou là des critiques : « les terroristes auraient pu s’approvisionner en essence en Algérie, etc. ». C’est ne rien connaître à cette région que de penser qu’on puisse contrôler facilement des trafics d’essence. Aussi bien l’Algérie qui privilégiait la voie d’un isolement des groupes terroristes, a choisi clairement de leur fermer sa frontière, longue de 1200 km, avec le Mali. L’Algérie a autorisé le survol de son territoire par les avions français. Bref, dans la lutte contre le terrorisme, l’Algérie et la France combattent côte à côte.

Au moment où le Président de la République, François Hollande, vient de déclarer, à Alger, le 20 décembre 2012, devant les deux chambres du Parlement algérien, vouloir « ouvrir une nouvelle page dans les relations entre la France et l’Algérie », il ne faudrait pas que ceux qui ne sont pas encore résolus à tourner la page, empêchent, par myopie, la construction au Sahel avec tous les pays riverains d’un espace pacifique et stable, durablement purgé du terrorisme. Celui-ci n’apporterait que malheur à la population de ces régions.

Nous comptons sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, sous l’autorité du Président de la République, pour bâtir un avenir partagé entre la France, l’Algérie et les pays africains amis. Cette vision politique est nécessaire pour résoudre les immenses problèmes qui se posent aujourd’hui à cette région, à commencer par celui de sa sécurité. Nous faisons confiance au gouvernement et à vous particulièrement, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, pour mettre en œuvre les médiations nécessaires, tisser les alliances, coordonner l’effort. Certes, c’est une tâche gigantesque mais le soutien du pays tout entier ne vous fera pas défaut si cet effort lui est convenablement expliqué dans toutes ses dimensions, comme nous n’en doutons pas vous concernant, et comme nous y encourageons l’ensemble du gouvernement. 

Source: mes voisins le blog mrc38 et MRC - Mouvement Républicain et Citoyen


Le Front de Gauche, sous la plume de la sénatrice Demessine, apporte un soutien plus nuancé à cette intervention, posant, entre autres, la question des richissimes soutiens des groupes terroristes, les pétromonarchies... 

Depuis le vendredi 11 janvier, la France est en guerre.Il s’agit d’une action grave, potentiellement lourde de conséquences, décidée, comme il en va de sa responsabilité,  par le Président de la République. 

Les sénateurs du groupe communiste républicain et citoyen n’ont jamais considéré l’entrée de leur pays dans un conflit comme une victoire annoncée, comme une solution positive à une situation donnée, quelle qu’elle soit. 

Ils considèrent que le choix des armes est toujours le résultat d’un échec; échec économique, échec social ou culturel, échec diplomatique et politique.

Trop souvent la guerre laisse une situation dégradée, toujours elle meurtrit les populations et enracine les haines. 

Ces propos ne sont pas ceux d’une pacifiste béate ou idéaliste, ils sont le résultat de l’analyse lucide de l’histoire ancienne ou récente. 

Oui la guerre peut être évitée et ce succès est le résultat d’un travail diplomatique considérable en amont pour négocier, débattre, désamorcer.

L’exemple malien est édifiant. C’est le résultat d’une catastrophe annoncée, qui a menée un pays, longtemps présenté comme une réussite démocratique africaine, se déliter, son Etat s’effondrer, la misère se développer plus encore. 

Faut-il rappeler que le Mali est l’un des pays les plus pauvres du monde ?

Peut-on penser que tout a vraiment été entrepris pour construire une alternative à la déferlante islamiste qui est maintenant une réalité au Mali comme dans de trop nombreux pays ?

La crise malienne c’est le résultat du maintien de ce pays dans un sous-développement économique, social et institutionnel par des décennies de domination occidentale, et de sociétés multinationales, dont la préoccupation première n’était pas, on le sait,  l’épanouissement des populations.

Plus ponctuellement, la crise actuelle est la conséquence indirecte, cela doit être fermement rappelé, de l’intervention en Libye qui a permis la dissémination d’un arsenal considérable dans l’ensemble de la région.

Cette intervention a également  poussé des Touaregs, déjà de longue date  en rébellion contre l’Etat malien, à revenir sur leur terre dans des conditions de précipitation qui ouvraient le chemin de la déstabilisation.

Je le disais à l’instant, l’Etat malien s’est effondré. La déliquescence de son armée depuis le coup d’Etat de 2012, a aussi contribué à laisser la voie libre aux groupes islamistes et, pour certains d’entre eux, terroristes.

La France, qui a exercé et exerce encore une forme de tutelle sur la région, l’expression « Françafrique » est bien connue, ne peut s’exonérer, même si elle regrette cette situation, d’une certaine responsabilité dans cette terrible évolution

Ces premières réflexions faites, la réalité s’impose à nous : des groupes armés, sous l’influence la plus radicale de l’islamisme combattant, certains directement liés à AL-QUAIDA comme AQMI, occupent depuis des mois le nord du pays  faisant régner la terreur, appliquant la charia. L’un des symboles de cette violence est la destruction du patrimoine historique que constituaient les mausolées soufis de Tombouctou.

Bien entendu il faut faire la part des choses. La notion de groupes terroristes ne peut être appliquée à l’ensemble de ces mouvements.

Il serait donc utile, monsieur le ministre des Affaires étrangères, que vous nous décriviez, avec la précision qui vous caractérise, la réalité des adversaires que la France affronte aujourd’hui.

Qu’en est-il par exemple de la mouvance indépendantiste ou autonomiste touareg non liée historiquement avec l’islamisme radical ? Ne doit-on pas veiller, avec une grande vigilance, à ne pas faire d’amalgames qui pourraient servir de prétexte à  des exactions contre les  population touareg, comme s’en est déjà rendue responsable dans le passé l’armée malienne.

Cette force composite menée par des mouvances incontestablement menaçante pour l’idéal de démocratie et de progrès ont fait mouvement jeudi dernier vers Bamako, la capitale.

Fallait-il laisser ces forces conquérir, au-delà de Bamako, l’ensemble du Mali ?

Notre réponse est clairement : NON !

 

Il fallait empêcher dans l’urgence l’avancée de ces groupes dont l’idéologie porte à instaurer des régimes despotiques d’une rare violence, en particulier à l’égard des femmes.

 J’insiste également sur le fait que ces groupes s’appuient souvent sur une organisation de type mafieuse leur assurant un financement important issu du trafic de drogue ou d’armes.

Le Sahel est ainsi devenu une gigantesque plaque tournante.Nous approuvons donc cette décision d’éviter la prise de Bamako et d’empêcher l’avancée des groupes islamistes.

De plus, cette action de la France résulte d’une demande officielle d’intervention du Président malien au titre de l’article 51 de la Charte des Nations Unies. Elle reçoit d’évidence le soutien des populations au Mali, des Maliens de France et de leurs organisations.

Elle reçoit aujourd’hui une approbation sans ambiguïté de l’ensemble du Conseil de sécurité de l’ONU.

L’urgence a justifié une décision précipitée sans consultation préalable du Parlement, ce que nous regrettons. La semaine dernière les préparatifs de nos armées étaient évidemment déjà en cours, et différents scénarios d’intervention étaient élaborés.

Un débat aurait pu être organisé au Parlement.

Nous avons regretté et combattu avec l’ensemble des parlementaires de gauche l’évolution constitutionnelle de 2008 qui a renforcé les prérogatives de l’exécutif en la matière, alors qu’elles étaient déjà particulièrement excessives.

Nous sommes bien éloignés de nombreux voisins européens, comme l’Allemagne, où la captation par un seul homme du pouvoir de décider du déclenchement d’hostilités parait peu concevable.

Une meilleure anticipation, un travail étroit du Parlement avec le gouvernement aurait permis de mieux appréhender aujourd’hui les finalités de notre engagement.

J’ai lu hier que des responsables américains redoutaient un enlisement rapide comme en Afghanistan.

Que se passera-t-il si les djihadistes trouvent refuge dans les montagnes de l’ouest ?

L’annonce d’un engagement militaire de notre pays par le Président de la République jusqu’à la stabilisation du Mali nous semble une échéance bien lointaine qui donne un cadre trop large et trop flou à notre intervention.

Nous souhaitons donc que ce débat puisse notamment apporter des précisions à ce sujet.

Prenons garde qu’au nom de la lutte contre le terrorisme d’obédience islamiste, cette guerre qui risque d’être longue, ne nous rappelle fâcheusement le concept de guerre de civilisation porté par Georges Bush en 2001.

Il faut travailler à isoler les groupes à proprement parler terroristes qui sont minoritaires en évitant, je le répète tout amalgame avec des forces moins radicales qui se sont engagés dans ce conflit du fait de la déstabilisation du pays et de la région.

Nous soutenons clairement que soit proclamé l’objectif de reconstruction de l’Etat malien et de restauration de la Démocratie.

Adopter uniquement la posture d’une déclaration de guerre à l’islamisme radical et au terrorisme serait dangereux et vain.

Si action politique, diplomatique contre l’islam radical, véritable fascisme de notre temps, il y a, cette action doit être cohérente.

Qui finance certains groupes en action au Mali si ce n’est le Quatar ? Doit-on se voiler la face ? Les groupes radicaux à l’œuvre en Libye, en Syrie comme au Soudan ou en Palestine, soutiennent, ou vont soutenir activement, les forces que nous commençons à combattre au Mali.

Que fait notre diplomatie à l’égard des émirats, où le Président de la République vient de se rendre, à l’égard du Quatar ou de l’Arabie saoudite, régimes monarchiques et despotiques qui fondent leur influence sur leurs immenses richesses, pour les dissuader de continuer leur action au proche ou moyen orient comme en Afrique pour déstabiliser, diviser et finalement combattre les valeurs démocratiques, les valeurs de progrès et d’épanouissement ?

M. le Ministre lorsque les autorités wahabites décident en Arabie Saoudite de faire décapiter au sabre une employée sri lankaise immigrée, n’ envoient elles pas des signaux de haine et de violence qui se propagent dans le monde entier et au Mali ?

Aujourd’hui, ne sommes-nous pas victimes de groupes que nous avons-nous-mêmes, avec d’autres pays occidentaux, contribué à créer et à armer, consciemment ou involontairement.

Nous demandons donc avec force une nouvelle cohérence dans notre politique à l’égard de l’islam radical.

Enfin nous demandons que conformément aux engagements internationaux cette intervention soit prise en charge par un nombre croissant de pays aux premiers rangs desquels les pays africains.

La force d’intervention décidée par les Nations Unies par la résolution 2085 doit devenir réalité au plus vite.

Il faut à tout prix éviter que nous restions, un temps indéterminé, seuls, en première ligne.

Nous avons pris nos responsabilités et il fallait le faire. Mais ce cavalier seul ne peut durer. C’est notre autorité politique et démocratique qui est en jeu ainsi que notre sécurité.

Ce conflit, le drame malien peut être un signal de plus à l’urgence du développement.

L’Afrique possède toutes les richesses, naturelles et humaines pour se développer. Il faut pour cela cesser le pillage des matières premières et des compétences intellectuelles.

Ces mots, que beaucoup ici ont utilisés, doivent enfin devenir des actes afin que l’Afrique ne compte pas un Mali puis deux puis trois, avant l’embrasement de toute une région.


 

et ici, comme promis, les petits malins qui calque l'analyse de Noam Chomsky à cette intervention :

« Il n’y a pas de guerre contre le terrorisme »

Excellente initiative d’Olivier Berruyer qui reprend sur son site une interview de Noam Chomsky sur les pseudo-guerres contre le terrorisme. « Il n’y a pas de guerre contre le terrorisme », déclare Chomsky, mais bien plus sûrement une prise de contrôle irresponsable de ressources énergétiques ou de positions géopolitiques. Ceux qui qualifient l’expédition malienne d’« impératif démocratique » pour enrayer une « invasion barbare » et assurer l’« indépendance » d’un pays ami feraient bien de s’aviser que le Mali est aussi le premier pays africain en matière de production aurifère. Et que son voisin nigérien détient de précieuses réserves d’uranium.

Ceux-là devraient aussi se demander pourquoi les mêmes vertueux croisés démocratiques luttent contre le terrorisme d’Etat d’un El Assad en Syrie... en armant ouvertement les mêmes « barbares » islamistes ! Le précédent libyen ne leur suffisait-il pas ? C’est de ce pays que partent aujourd’hui armes et combattants islamistes du Nord-Mali.

La fabrique à terroristes

En Irak, indique Chomsky, il est faux de dire que les forces américaines ne trouvèrent pas d’armes de destruction massive. Ils y trouvèrent celles qu’ils avaient eux-mêmes vendues dans les années 1980 à Saddam Hussein, au temps où celui-ci était encore considéré comme un allié bien commode.

Chomsky va plus loin encore :

« La guerre [contre le terrorisme] a augmenté le terrorisme. En fait, elle a même produit quelque chose qui n’existait pas auparavant, un nouveau terrain d’entraînement pour les terroristes. »

La défense agressive d’intérêts bien compris n’explique pas tout. La folie finit par s’en mêler. Les prétendues forces du Bien sécrètent elles-mêmes le venin qui les tuera. Combien de nouvelles germes du terrorisme seront secrétées, jusque dans certains de nos propres quartiers, par cette nouvelle lamentable opération guerrière ?

Une guerre contre nous-mêmes

Ces guerres d’occupation ne peuvent pas être gagnées. Au Mali, nos Rafale et nos Mirage porteront des coups sans doute sévères aux fous de Dieu d’Ansar Dine. Mais déjà les premières désillusions transparaissent : le fiasco somalien, une résistance « plus forte que prévue » au Nord-Mali.

Au Mali, en Irak, en Afghanistan, en Libye, nous nous battons contre nos propres démons, fussent-ils incarnés par les barbes et les djellabas des islamistes fous. Nos armées classiques sont à la peine face à des adversaires aussi déterminés qu’insaisissables. Al Qaïda est-il mort avec Ben Laden ?

Nos guerres ne sont pas commandées que par la raison ou l’intérêt maquillé sous de vagues prétextes idéologiques, mais par l’impossibilité de notre raison et de notre intelligence à enrayer nos pulsions aveugles de dominance.

Cette dominance, que son système économique et financier en pleine déliquescence ne peut plus lui assurer, l’Empire occidental, né il y a presque soixante-dix ans sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale, va essayer de l’imposer par les armes et la guerre. Mais une guerre qu’il va perdre. Comme les guerres perdues de tous les autres empires parvenus au bout de leur histoire.

On ne combat pas le terrorisme avec des armes. On le prive de ce qui le nourrit : la misère, l’injustice, l’arrogance des puissants. On ne gagne pas une guerre contre soi-même ; plus qu’une guerre, un suicide.

 

 

Publié par Frédéric Maurin à 09:12am
Avec les catégories : #rupture tranquille

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