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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

29 Septembre 2011

Sortir de l'eurolibéralisme

 

L’euro, une cause majeure de la crise

Article paru dans (l'indispensable) Bastille République Nations, mensuel progressiste eurocritique. Qui n'existe que par ses abonnés.

Essayez-le, c'est ici:  http://www.brn-presse.fr/

 

« Ne l’oublions pas, l’euro est un atout » titrait encore Le Monde, le 15 juillet dernier. Depuis, les professeurs prompts à nous rappeler que « l’euro nous protège » se sont fait plus discrets, et pour cause. Ils ont modifié leur angle pédagogique. L’on nous prie de croire que la cause de la débandade n’est pas la monnaie unique, mais l’endettement public – en particulier des Etats impécunieux.

 

Cette « montagne de dettes », soi-disant due à l’égoïsme des peuples vis-à-vis « des générations futures », d’où vient-elle vraiment ? Le traité de l’Union européenne (Maëstricht) puis ses successeurs ont inscrit dans le marbre l’interdiction, pour les Etats, d’emprunter à leur propre banque centrale : désormais, les Trésors publics doivent se tourner vers les marchés financiers internationaux, aux conditions de ces derniers. Forcément, l’addition est salée. La suppression du financement des besoins sociaux et nationaux à coût faible ou nul par les instituts d’émission publics (Banque de France, etc.) constitue une cause majeure de la montée de l’endettement.

 

Deuxième cause : les considérables diminutions et allègements fiscaux accordés, dans les dernières décennies, aux entreprises en général, aux grands groupes en particulier (mais aussi aux riches et très riches contribuables). Par exemple, l’impôt sur les sociétés en France est à 33% ; en 1985, il se situait à 50%. Quant aux groupes du CAC 40 (qui attendent des profits nets en hausse de 10% à 15%, après leur niveau record de 2010), un rapport vient de pointer leur rachitique contribution aux finances publiques. Au fil des années, cela représente des centaines de milliards d’euros de manque à gagner – c’est-à-dire d’endettement. L’Union européenne n’y est pas pour rien : dès sa fondation, elle a érigé la « compétitivité des entreprises » en dogme, et n’a de cesse de promouvoir un transfert massif des revenus du monde du travail vers celui du capital. Car ce sont naturellement les salariés qui paient la note de cette « compétitivité » jamais suffisante, à travers les salaires en berne et les services publics démantelés. S’ouvre alors ce cercle vicieux : plus d’austérité, moins de croissance, moins de recettes publiques, ce qui justifie de nouveaux sacrifices, etc…

 

Là se trouve d’ailleurs la racine ultime de la crise : en comprimant toujours et encore la rémunération (directe et indirecte) du travail, seule source de création de richesse réelle, on sape les fondements d’une économie saine et d’une croissance forte. A noter que le surendettement des ménages (avec les bulles spéculatives qui peuvent en découler) est une conséquence du pouvoir d’achat qui manque aux salariés. Et qui pourra contester le rôle de premier plan que joue Bruxelles dans cette promotion permanente de la « rigueur » et de la « modération salariale » ?

En outre, la monnaie unique a des responsabilités spécifiques. A commencer par son cours considérablement surévalué par rapport au dollar, notamment. Cela handicape lourdement les exportations, et partant la croissance et l’emploi. De plus, le dogme de la libre-circulation des capitaux a entraîné la suppression des portes coupe-feu et donc attisé la propagation de l’incendie financier.

Surtout, l’euro a fait entrer de force des économies nationales très différentes (croissance, structures, cycles, mais aussi culture monétaire) dans un moule unique qui impose le même cours de change, les mêmes taux d’intérêt… C’est pour faire tenir – artificiellement – ensemble ces économies que le corset « pacte de stabilité » a été inventé, puis progressivement renforcé, limitant jusqu’à les éliminer toute marge de manœuvre nationale, non seulement monétaire mais aussi budgétaire, fiscale… et sociale.

La réalité se venge ? Il faut aller plus loin, toujours plus loin, assènent les professeurs de l’euro. Autrement dit, instituer une politique unique, un budget unique, un ministre unique – bref, un gouvernement européen.

Ce qui était prévisible avant même le lancement de l’euro se confirme brutalement aujourd’hui : sa tare originelle, génétique en quelque sorte, n’est pas économique, mais politique. La monnaie unique ne peut exister que si l’on prive les peuples de leur liberté de décider des choix essentiels. Ce qui est nouveau, c’est que ses partisans et concepteurs l’avouent eux-mêmes, parfois avec un cynisme qui laisse pantois (lire ci-dessus).

La raison d’être de l’euro est de priver les peuples de politique. Ce devra être, demain, sa raison de disparaître.

Alors Faut-il sauver l'euro ?

Consacrez 20 minutes à cette vidéo avant de répondre:

 

 



Si ce lien dysfonctionne, retrouvez la source ici :

http://www.m-pep.org/spip.php?article2078

http://dai.ly/kppLAy

 

Tribune parue sur l'Humanité (14092011)

Chaque jour enfonce un peu plus les peuples des pays de la zone euro dans la crise. Si la sortie de l’euro – par la gauche ! – n’est pas suffisante, elle est l’acte de rupture fondateur qu’imposent les circonstances. Rester dans l’euro est beaucoup trop dangereux. On ne peut pas, à court ou moyen terme, faire une Union européenne ou un euro de gauche, alors que pour l’instant tous les gouvernements de la zone sont de droite ou socio-libéraux. C’est comme si, en 1789, les révolutionnaires avaient voulu transformer la monarchie de l’intérieur ! Il fallait une rupture : ce fut la révolution. À une autre échelle, plus modeste, lorsque Jean-Luc Mélenchon et ses amis sortent du Parti socialiste pour fonder le Parti de gauche, c’est parce qu’ils ne sont pas parvenus à transformer le PS de l’intérieur. C’est la même chose avec l’Union européenne et l’euro : il faut en sortir immédiatement, ou alors progressivement selon le rapport des forces, par un processus de désobéissance européenne !
Voici un scénario possible. Un président de la République réellement de gauche est élu. Son programme prévoit de mettre un terme à la crise qui dure maintenant, sous des formes diverses, depuis plus de 30 ans. Dès le soir de son élection, il annonce l’entrée en vigueur de l’article 16 de la Constitution sur les pouvoirs « exceptionnels ».
Un référendum sera organisé le même jour que les élections législatives avec pour question : « Êtes-vous favorable au retrait de la France de l’Union européenne, conformément à l’article 49 A du traité de Lisbonne ? Ce retrait a pour conséquences, d’une part, de sortir de l’euro et de revenir au franc, et d’autre part de réviser la Constitution française en lui ôtant son titre XV ‘‘De l’Union européenne’’ devenu obsolète ».
Il s’agit de permettre rapidement la réalisation du plein-emploi grâce à la sortie de l’Union européenne et de l’euro : réquisition de la Banque de France, des banques et des compagnies d’assurance (les salariés sont invités à prendre possession des lieux dès le lendemain matin) ; instauration immédiate du contrôle des changes et des mouvements de capitaux ; fermeture temporaire de la Bourse ; fermeture définitive du marché obligataire primaire et secondaire... Le président précise que la France sort également des autres piliers de l’ordre néolibéral mondial que sont l’OTAN, le FMI, la Banque mondiale, l’OMC et l’OCDE. Les plans d’austérité sont annulés. Le défaut sur la dette est proclamé, elle sera libellée en franc, ce dernier étant non convertible. Les paiements d’intérêt et remboursements du capital sont arrêtés. Le SMIC est augmenté, comme les retraites, l’assurance-chômage, l’allocation adulte handicapé, les salaires des fonctionnaires… Le RMI est étendu aux jeunes de 16 à 25 ans sans emploi et non scolarisés...
Un appel à des accords bilatéraux de coopération commerciale est lancé à tous les pays membres de l’Organisation des Nations unies, et non simplement à ceux de la zone euro ou même de l’UE. Ils définiront la nature et le volume des échanges et les conditions d’un retour à l’équilibre de la balance des paiements pays par pays. Certains pays signeront, créant ainsi les bases d’un nouvel ordre commercial débarrassé du libre-échange. D’autres refuseront, probablement ceux qui sont très excédentaires (Chine, Allemagne). Dans ce cas, des mesures protectionnistes unilatérales seront prises de manière à permettre à la France de recréer les industries nécessaires à sa souveraineté industrielle et sociale.
La sortie de l’euro, par la gauche, sera un pas décisif vers la fin de l’ordre néolibéral mondial et de son relai européen, l’Union européenne. La construction d’un nouvel ordre mondial fondé sur la paix, la coopération, l’internationalisme, sera possible, notamment entre les 49 pays européens.

*Porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP). Auteur de « Sortons de l’euro ! », Mille-et-une-nuits (mai 2011).

Publié par Frédéric Maurin à 20:54pm
Avec les catégories : #rupture tranquille

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