Mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités
Discours de campagne de Jean-Pierre Chevènement, Paris, Gymnase Japy, mardi 28 novembre 2006
A) Pourquoi je suis candidat.
Comme vous le savez, je me suis résolu à faire acte de candidature à l'élection présidentielle. Cette décision s'est progressivement imposée à moi avec la force de l'évidence. Cet été encore je privilégiais, pour faire obstacle à Nicolas Sarkozy, candidat de la droite libérale et non gaulliste, un accord politique avec le parti socialiste.
Puis j'ai pris connaissance dans le détail du projet du PS et j'en ai conçu de fortes inquiétudes pour l'avenir de notre pays. Le projet du PS évoque en effet un nouveau traité Constitutionnel européen. Il n'est pas au clair sur la manière de relancer l'économie ni de réorienter l'Europe.
Son analyse de la politique américaine est on ne peut plus superficielle. Quand on a dit : « L'atlantisme à la britannique est une impasse. L'antiaméricanisme de principe est une impasse », on n'a rien dit du tout. Sur les crises du Moyen-Orient, la faiblesse de l'analyse conduirait, je le crains, à une politique du suivisme à l'égard de la diplomatie américaine, avec tous les risques que cela peut comporter pour la France. De même, sur des sujets très importants comme la sécurité et l'Ecole, le PS est encore très loin d'être au clair avec lui-même. Quant aux propositions faites en matière institutionnelle, elles sont à mon sens dangereuses, car elles conduiraient non à revaloriser le Parlement mais à un régime d'Assemblée qui, par un effet de boomerang, ouvrirait la voie à une réaction autoritaire. Que dire enfin de la Charte du Conseil de l'Europe sur les langues régionales et minoritaires qui, si elle était adoptée, aboutirait, par leur co-officialisation dans l'espace public, à une fragmentation de celui-ci et constituerait un coup porté à la démocratie et à l'unité de la République ? Cette Charte offrirait en effet un tremplin à tous les micronationalismes plus ou moins ethnicisants.
Depuis juin dernier, le PS a privilégié sa relation avec le PRG. C'est son droit. Il n'a pas cherché à tirer avec nous les enseignements de la période écoulée. Il est vrai qu'il faudrait remonter à 1983 au moins et que c'est difficile. Disons clairement les choses : le PS, de 1999 à 2000, a voulu marginaliser le MRC. Il a ensuite cherché à le faire disparaître en faisant battre ses parlementaires, y compris le cas échéant en joignant ses voix à celles de la droite et de l'extrême-droite. Je rappelle cela parce que c'est la vérité et qu'entre amis on doit se parler franchement.
Pour passer un accord il faut être deux et il faut un respect mutuel. C'est alors que je me suis résolu, pour faire respecter nos idées et bien que mesurant l'épreuve, à me porter candidat. C'était le 6 novembre, il y a trois semaines. Je l'ai fait pour mettre la gauche à la hauteur des défis qui sont devant nous, et en définitive, pour servir le pays : il est bon qu'une voix expérimentée et réfléchie, en dehors des convenances de pensée, s'exprime sur l'Europe, sur le moyen de la réorienter, au bénéfice de la croissance et de l'emploi, sur la réactivation du modèle républicain, sur la nécessité enfin de prendre appui solidement sur la nation pour accomplir toutes ces tâches. J'ai rendu public un projet cohérent, ambitieux et réaliste à la fois le 13 novembre, Place de la République : Trois priorités – vingt chantiers pour faire rebondir la France. Nos positions sont claires même si le fond a été occulté sous les questions de tactique politique, les seules qui intéressent les Etats-majors de l'UMP et du PS.
Quand j'ai pris mes résolutions, je l'ai fait sans illusion mais en toute conscience. Je sais par expérience qu'il est possible de réunir sur un projet progressiste 1,5 millions de Français de sensibilités diverses, mus par le seul désir de servir avant tout leur pays. Mais je sais aussi le poids des routines et des allégeances et, plus encore, j'ai appris à mesurer le déclin de la démocratie, sensible à travers la programmation de la télévision où il n'y a plus guère d'émissions politiques. Faut-il rappeler la confiscation quasi-totale des ondes au moment du référendum sur la Constitution européenne au bénéfice des « oui-ouistes » ? C'est ce mépris scandaleux de la démocratie manifesté par nos élites qui suscite un rejet de plus en plus violent, un rejet non instruit et qui, en définitive, fait le jeu de Le Pen. Et combien il est difficile d'expliquer à ces électeurs qu'il existe un projet alternatif, cohérent et construit, pour sortir des ornières où nous a conduits « la seule politique possible » ? La seule évidemment, dès lors que les grands choix d'ouverture à une mondialisation faussée ont été transférés à Bruxelles et à Francfort ! Oui ce travail d'instituteur républicain que je remplis par devoir est infiniment difficile et ingrat car la machine à décerveler est puissante dans l'état actuel du système. J'en sais quelque chose pour avoir subi, au lendemain du 21 avril 2002, une des plus violentes campagnes d'éradication qu'un homme politique ait eu à subir, une campagne menée par la gauche bien pensante relayée par la droite tout aussi bien pensante, et par tous ceux qui ont oublié de faire marcher leur cervelle.
J'y ai résisté avec le soutien de quelques courageux, car il vous fallait du courage et plus que du courage pour résister à la fatwa prononcée contre moi et à travers moi, contre l'idée d'une autre politique que celle que peut agréer l'Establishment financier. Il était plus facile de rejoindre la cohorte de nos petits opportunistes ! Tous les prétextes étaient bons pour s'éloigner et prendre du champ. Cinq ans après, je suis toujours vivant parce que je crois à la force des idées.
Mes adversaires croient à la méthode Coué !
Comme ils n'aimaient pas m'entendre, ils avaient décrété depuis le 22 avril 2002 que je n'existais plus ! Pendant que celles et ceux que j'avais supplantés en 2002 paradaient sur les estrades médiatiques, j'étais pour ma part encerclé d'un boycott étonnant.
Et plus les évènements me donnaient raison et plus ils m'oubliaient !
Référendum en Corse, rejetant les chimères de l'accord Matignon.
Référendum aux Antilles, invalidant l'éclatement de la République.
Guerre d'Irak, éclairant rétrospectivement la guerre du Golfe.
Référendum sur la Constitution européenne.
Chaque évènement leur a donné de nouvelles raisons de me faire passer à la trappe.
Et, à peine ma candidature rendue publique, les mêmes ont décrété aussitôt que j'avais déjà annoncé mon retrait.
A tous ceux qui prennent leurs désirs pour la réalité, je réponds par ma nouvelle devise : Etiam mortuus, redeo. Même mort, je reviens !
C'est donc en pleine lucidité que j'entame ce combat. Avec des moyens réduits certes mais avec une résolution intacte, avec les meilleurs arguments qui soient et avec le soutien de la valeureuse phalange que vous représentez et de réseaux de sympathisants nombreux dans le pays.
Je sais très bien ce qui est accessible et ce qui ne l'est pas. Mon but est de peser. De peser et non de témoigner. Encore qu'il ne faille pas mépriser le témoignage. Il est quelquefois nécessaire comme la semence l'est aux moissons futures.
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Le temps qu'il faudra
Je prendrai le temps qu'il faudra pour faire connaître mes options. Nous sommes encore à cinq mois de l'échéance.
Qu'il soit clair que je me suis présenté contre Nicolas Sarkozy, parce qu'il diviserait gravement le pays s'il était élu et qu'il n'y a rien de bon à attendre d'une thérapie de choc libérale grimée aux couleurs de la priorité donnée aux choix individuels. Encore moins d'une politique sécuritaire qui tourne le dos aux valeurs républicaines qui lient indissociablement éducation, citoyenneté, prévention et répression.
Je ne me suis donc pas présenté contre Ségolène Royal … pour la bonne raison d'abord qu'elle n'était pas encore désignée quand j'ai fait acte de candidature. Certes il ne m'échappe pas que les rescapés de la deuxième gauche veulent la tirer à droite. C'est ainsi que j'ai lu avec intérêt Jacques Julliard dans les colonnes du Nouvel Observateur et Alain Touraine dans celles du Monde. Il est vrai aussi que ceux qui se déclarent à gauche dans le parti socialiste et au dehors, ne seraient pas mécontents d'une telle évolution.
Qu'en est-il exactement ? Certes, on se souvient du discours de Joué-lès-Tours où Michel Rocard avait théorisé l'incapacité des gouvernements d'être autre chose que le reflet de l'opinion publique, mesurée par les sondages. Mais est-ce vraiment la position de Ségolène, Royal ? Celle-ci, cheminant au milieu des obstacles, n'a-t-elle pas choisi une méthode originale qui, en remettant en cause les vieux tabous que j'avais moi-même cherché à briser sur la sécurité, l'Ecole, la nation, lui permettrait peut-être de rebrasser les cartes ? C'est l'hypothèse que j'ai formulée à l'Université d'été des Ulis, en vous invitant à suspendre provisoirement votre jugement.
En attendant, j'ai choisi de faire entendre ma voix, la vôtre, une voix claire, articulée, compréhensible, que bien entendu l'Establishment fait et fera tout pour étouffer. Ségolène Royal s'est mise à l'écoute et moi j'ai décidé de parler aux Français. C'est une posture différente. Je vous mets cependant en garde contre la tentation de faire chorus avec ceux qui se sont toujours trompés et qui croient au virage à droite du PS depuis que Ségolène Royal a été désignée.
Soyons réalistes : le PS n'avait-il pas souvent viré à droite : en mars 1983, par exemple, quand s'est ouverte la fameuse « parenthèse libérale » évoquée alors par Lionel Jospin ?
Le PS n'avait-il pas viré à droite quand, dans une Convention d'avril 1991, il habillait d'un immense calicot « Vers un nouvel ordre international » son approbation de la première guerre du Golfe ?
Le parti socialiste n'avait-il pas viré à droite quand, en approuvant le traité de Maastricht en 1992, il acceptait de faire le chemin inverse qu'avait accompli en 1936 Léon Blum, en nationalisant la Banque de France, en donnant à l'inverse le pouvoir monétaire tout entier à la Banque Centrale européenne indépendante ? Bref, aux gnomes de Francfort qui s'apprêtent, le 7 décembre prochain, à relever les taux d'intérêt quand la croissance est atone, l'inflation en baisse et l'euro plus cher que jamais …
Et ce virage à droite, le PS ne l'avait-il pas théorisé presque en même temps à son Congrès de l'Arche, en 1991, en substituant à la méthode d'analyse de Jaurès, synthèse de la République et de la pensée de Marx, la notion de « complexité » érigée en boussole de l'action ou plutôt de l'inaction ? Il est vrai que tout le monde au PS a oublié le Congrès de l'Arche mais n'a pourtant pas oublié le Congrès d'Epinay.
Et plus récemment encore, le PS n'avait-il pas viré à droite en soutenant le gouvernement de la gauche plurielle quand celui-ci, en septembre 1999, avait théorisé au séminaire ministériel de Fontainebleau, l'incapacité de l'Etat à intervenir dans l'économie ?
Si je rappelle le passé, vous le savez bien, ce n'est pas par un esprit de boutique qui serait déplacé, ni même pour rétablir quelques vérités oubliées mais utiles. C'est avant tout pour préparer l'avenir que la gauche devra inventer par un effort de synthèse originale.
En effet, nous ne pouvons pas faire comme si le capitalisme financier mondialisé n'était pas aujourd'hui installé. Mais nul destin ne nous impose de faire comme si nous devions retourner définitivement au capitalisme d'avant 1914 ! La lutte et le progrès ont de beaux jours devant eux !
Avant de crier au loup avec les loups, sachons donc mesurer chaque propos au trébuchet de la vérité. C'est ainsi que nous servirons le mieux et la gauche et le pays.
La vérité est que le parti socialiste n'a jamais analysé ses dérives pourtant anciennes. Lionel Jospin avait bien évoqué après 1993 un droit d'inventaire mais il ne l'a jamais exercé. L'incapacité de la gauche plurielle à définir un projet commun l'a fait se briser, en 2002, sur l'obstacle. Plutôt que de se remettre en cause, le PS, comme tétanisé par l'annonce du retrait de Lionel Jospin, est entré dans une phase de glaciation ou plutôt de léthargie idéologique. Or il ne pourra pas reconquérir durablement l'électorat populaire s'il ne sait pas corriger sa trajectoire, pour revenir à une pédagogie républicaine, « en mettant, selon l'expression de Marc Bloch, le peuple dans la confidence ». Tel est le défi que Ségolène Royal doit relever en ayant reçu le PS tel que je viens de le décrire, en héritage. Il me semble que de notre part, cette exigence de rigueur intellectuelle et morale n'a rien d'exorbitant car elle vaut pour l'avenir et nous ne réclamons nulle repentance, seulement un peu de conscience.
Ce legs difficile éclaire peut-être les raisons de la désignation de Ségolène Royal comme candidate du parti socialiste. Parce qu'elle symbolise, par sa féminité et sa jeunesse, ce besoin de renouvellement que le vieux parti socialiste ressent instinctivement mais qu'il n'a pas été capable de formuler par lui-même, écrasé qu'il était par ses querelles d'éléphants. Ainsi peut-être la désignation de Ségolène Royal est-elle une « ruse de la Raison », comme aurait dit Hegel. La vérité est que nous n'en savons rien, mais que nous le saurons bientôt. En tout cas sa tâche est rude si elle veut durablement s'attacher le soutien des classes populaires.
Ségolène Royal, qui s'était engagée derrière le « oui » au projet de « Constitution européenne », a quand même déclaré, il y a deux mois, que ce projet était désormais « caduc » et qu'il fallait « faire l'Europe par la preuve ». Cette formulation rationaliste ne saurait nous déplaire. Nous sommes comme Saint-Thomas, le saint que je préfère, celui qu'il faut convaincre.
Ségolène Royal s'est mise à l'écoute. Espérons qu'elle entendra la voix des sans-voix, de ceux que le système prive de toute capacité d'expression pour protester contre le sort injuste qui leur est fait : délocalisations, plans dits « sociaux », chômage de masse, précarité, vie chère, etc. En tout cas, elle entendra ma voix qui n'est inspirée que par le souci de faire réussir vraiment la gauche, avec le peuple et pour le peuple.
B) Faire respecter le vote du 29 mai 2005.
La situation est grave, beaucoup plus encore qu'en 2002. Ce sont les mêmes problèmes qui se posent mais considérablement aggravés.
- Au plan international d'abord : au Moyen-Orient où la funeste « guerre des civilisations » décrétée au lendemain des attentats du 11 septembre a détruit l'Irak et nous fait côtoyer le précipice de nouveaux conflits qui ne nous laisseraient pas indemnes.
- Aux Etats-Unis, la conjoncture économique se retourne et l'année 2007 s'annonce difficile. Le dollar baisse et l'euro cher asphyxie l'économie européenne.
- En France même, que voyons-nous ? Quasi stagnation économique depuis cinq ans, l'euro cher – 60 % de plus qu'en l'an 2000, 1 dollar 32 centimes au lieu de 80 centimes de dollars – accélère les délocalisations, pénalise les exportations, décourage l'investissement ; un chômage de masse s'est installé, qui ne recule pas, malgré les statistiques trompeuses, comme le sont aussi celles qui concernent le pouvoir d'achat. Depuis l'instauration de l'euro, le prix du café au comptoir a plus que doublé et celui du litre d'huile a augmenté de 82 % ! Jamais les inégalités n'ont été aussi profondes et aussi scandaleuses entre les salaires faramineux des grands patrons et les salaires de misère des travailleurs pauvres – 7 millions qui gagnent moins de 700 euros par mois. Rockefeller, qui n'était pas un anticapitaliste forcené, déclarait jadis qu'il ne devait pas y avoir entre son salaire et celui de l'ouvrier le moins payé un écart supérieur à 40 : nous en sommes loin ! Entre le salaire de M. Tchuruk et celui d'un ouvrier d'Alcatel le rapport est de 1 à 1500 ! L'injustice triomphe. La jeunesse piétine devant un avenir bouché. L'ascenseur social ne fonctionne plus. L'intégration des jeunes issus de l'immigration est de plus en plus difficile. La peur et la rancœur dominent trop souvent le paysage de nos banlieues. La République s'efface devant la montée des communautarismes. Or, les candidats en lice ne proposent aujourd'hui que des remèdes ordinaires, voire de simples placebos.
Dans la psychologie des Français, deux tendances se manifestent, si je mets à part les rentiers de la finance, les classes moyennes en effet dans leur appréhension de l'avenir, rejoignent de plus en plus les classes populaires ; nous observons d'une part une tendance au sauve-qui-peut, caractéristique de l'hyper individualisme libéral, au triomphe de l'égoïsme individuel et à la résignation collective. Ce fatalisme, ce « no future », est terriblement inquiétant, quand il touche tout un peuple, comme ce fut le cas à la fin des années trente.
Mais d'autre part il y a dans notre pays un refus de l'écrasement, une aspiration au changement. Il peut certes prendre la forme du rejet, mais le rejet n'est-il pas déjà la manifestation en creux de l'espoir en l'avenir ? Depuis le 21 avril 2002, la société française nous dit que cela ne peut plus durer. Ne l'a-t-elle pas manifesté de manière éclatante, le 29 mai 2005, en rejetant le projet de « Constitution européenne » ? Son adoption aurait signé l'arrêt de mort de la démocratie républicaine et l'acquiescement à l'ordre de plus en plus injuste du monde, à cette dictature du capitalisme financier qui s'est progressivement installée depuis deux décennies.
Tout l'enjeu de cette campagne présidentielle est de savoir quelle tendance l'emportera. D'un côté, la résignation à subir. Ou de l'autre, l'espoir du changement ? Oui, l'enjeu de cette campagne est d'armer la volonté de notre peuple et d'abord pour faire respecter son vote du 29 mai 2005.
Quelle suite aujourd'hui a-t-elle été donnée au vote de nos concitoyens ? Quelles propositions ont été faites à nos partenaires européens ?
Nous avons eu droit aux mines contrites, défaites, de nos dirigeants qui cherchaient à s'excuser à Bruxelles du vote de leur peuple. Ils avaient honte de leur propre peuple !
Notre pays en a assez de ces hommes politiques qui s'excusent des choix de la France, que ce soit contre la guerre d'Irak ou à propos du référendum. Il est temps de renouer la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.
Il est temps que celles et ceux qui ont la charge de la France commencent par en être fiers !
Les citoyens français n'ont pas dit Non pour des prunes !
Qui aujourd'hui est en mesure de prendre appui sur le vote populaire pour sortir de l'ornière et ouvrir le chemin de l'avenir ?
J'entends parler d'un candidat antilibéral, à vrai dire introuvable … Mais le candidat antilibéral, c'est moi !
Depuis des années, de toutes mes forces, j'ai averti mes concitoyens sur les périls d'une intégration aveugle, sur le contenu du traité de Maastricht, sur la manière absurde dont était conçue la monnaie unique, sur la politique dogmatique et dangereuse de la concurrence.
Avec le temps, les Français ont à présent établi le lien entre ces choix européens qui n'eussent pas été possibles sans la confiscation de la souveraineté populaire et les délocalisations, le chômage de masse, la liquidation des services publics. Voilà pourquoi je vous propose de conduire le pays vers des choix novateurs, de tirer l'Europe libérale de son impasse, pour impulser les électrochocs nécessaires et redresser enfin l'entreprise et cela dans l'intérêt de la France et de l'Europe elle-même. Oui je suis le seul candidat antilibéral et républicain à la fois. Car l'antilibéralisme n'est pas en soi un programme, si on n'affirme pas en même temps la responsabilité du citoyen.
Les marchés financiers ne sont pas l'horizon de l'Humanité. Ceux qui ont décrété la fin de l'Histoire se trompent et vous trompent. Le capitalisme patrimonial chanté par Alain Minc n'est pas le terminus de l'Histoire. Ce sont les peuples qui font l'Histoire, à commencer par le nôtre, le peuple français, qui n'a pas dit son dernier mot.
C) La France a besoin d'un dessein cohérent.
Les équilibres du monde en effet changent à toute vitesse.
1. Nous assistons d'abord à l'émergence rapide de très grands pays à forte capacité technologique et disposant structurellement d'immenses « armées industrielles de réserve », donc de très bas salaires, dans une proportion qui ne paraît pas en voie de se réduire. C'est particulièrement vrai de la Chine et de l'Inde.
2. Dans le même temps, nous assistons au déclin de l'Empire américain, qui vit de plus en plus à crédit : une balance des paiements déficitaire chaque année : 700 Milliards de dollars, un endettement net qui croît à une vitesse exponentielle. Sa monnaie, le dollar, est à la merci de ses créanciers. Il cherche une issue dans le contrôle des matières premières dont les prix s'envolent et d'abord le pétrole. Il s'est jeté dans une guerre dans laquelle il s'enlise de plus en plus.
3. Le peuple français sent tout cela : Comment desserrer le piège que nous voyons se refermer sur la France et l'Europe, coincées entre les Etats Unis qui drainent vers eux 80 % de l'épargne mondiale, y compris la nôtre, et croissent deux fois plus vite que nous, et les grands pays de l'Asie dont le développement est légitime mais le serait davantage s'il s'appuyait aussi sur leur marché intérieur et pas seulement sur l'exportation à bas prix, entraînant l'élimination rapide du tissu industriel dans les pays anciennement développés ? La Chine a besoin du socialisme, celui qui par exemple, commencerait par instaurer la Sécurité Sociale et par décréter la liberté des syndicats ! Nous sommes ainsi plongés dans une mondialisation caractérisée par la domination des marchés financiers sur la production, et par une « déflation salariale » qui conduit à substituer des emplois peu payés à des emplois bien rémunérés (et assortis de protection sociale). Les effets de ces deux phénomènes sont du jamais vu dans l'histoire du développement économique ! Délocalisations, qui satisfont les exigences exorbitantes de rentabilité des actionnaires en privant notre pays de son tissu industriel. Mise en concurrence permanente de nos travailleurs (y compris nos ingénieurs) avec ceux des pays à bas coût de rémunération. Les classes moyennes sont maintenant touchées de plein fouet par cette dégradation de leur pouvoir d'achat.
Tout le monde en France n'a pas pour autant décidé de baisser les bras. Mais il faut un plan cohérent, une vision. C'est ce plan et cette vision que je propose.
*
Pour faire rebondir la France, il faut d'abord réorienter l'Europe. Celle-ci en effet peut être, comme la langue d'Esope, la pire ou la meilleure des choses.
La pire si elle s'abandonne aux vents dominants, qu'ils soufflent de l'Ouest ou de l'Est. D'un côté l'Empire américain veut nous enchaîner à son char. Nos soldats se feraient canarder à Bagdad, si on avait écouté Nicolas Sarkozy en 2003. En attendant, la colonisation du CAC 40 par les Fonds d'investissement américains se poursuit et notre épargne se place à l'étranger, en particulier à Wall-Street.
D'un autre côté, une concurrence entièrement faussée offre nos marchés aux produits à bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l'effet des délocalisations beaucoup plus importantes que veut nous le faire croire la pensée libérale dominante :
- Car outre le transfert d'unités de production, la partie visible, il y a la délocalisation par ouverture d'autres usines dans les pays à bas coût entraînant chez nous la réduction de l'investissement et de la production.
- Il y a également la délocalisation par les achats, par le biais notamment des grandes surfaces : les produits importés représentent aujourd'hui 50 % de notre consommation de biens manufacturés.
- Enfin, il y a les délocalisations qui correspondent aux plans de redéploiement des grands groupes, qui suppriment des emplois dans les pays où les salaires sont les plus élevés : c'est ce que nous connaissons déjà et que nous mesurerons davantage au prochain retournement de conjoncture.
Il est temps de réagir.
L'Europe avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège qui se resserre, si nous en avons la volonté opiniâtre et si nous savons la faire partager autour de nous. La volonté de la France sera un encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation que la nôtre. C'est l'enjeu de cette campagne présidentielle que de faire se lever une France nouvelle, jeune et volontaire. Tel est le sens de la bataille que je propose à nos concitoyens de livrer.
Je veux mettre la gauche à la hauteur de ses responsabilités et des attentes qui sont immenses dans notre pays.
Mon « idée de manœuvre » est simple : pour faire rebondir la France, il faut réorienter l'Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain.
Mes trois priorités sont donc indissociablement :
1) Réorienter la construction européenne ;
2) faire rebondir la France ;
3) remettre en marche le modèle républicain.
Je vais développer successivement ces trois priorités :
I - L'Europe d'abord. Le chemin que je vous propose n'est pas celui de la nostalgie. C'est celui de l'avenir.
J'invite la France à sortir des impasses où l'ont mise des années d'aveuglement, pour défricher les chemins de l'avenir. La France doit aider l'Europe à sortir de l'impasse où elle se trouve.
Depuis cinquante ans, on a fait croire aux Républicains qu'il fallait détruire les nations pour construire l'Europe. Erreur funeste. La faute, la très grande faute, de M. Monnet c'est d'avoir voulu bâtir l'Europe sur les ruines des nations en se passant de la démocratie : on a confié le pouvoir et la définition même de l'intérêt général à des expertocraties irresponsables : Commission européenne, Conseil des gouverneurs de la Banque Centrale indépendante. Voilà la source du fameux déficit démocratique de l'Europe, de l'impasse où nous nous trouvons à présent puisque ces irresponsables, ne jurant que par la concurrence et le marché, ont mis bas toutes les protections douanières, contingentaires, monétaires et toutes les règles qui définissaient le service public, livrant les peuples à des concurrences déloyales et faussées auxquelles notre tissu industriel ne peut résister.
La crise vient de ce qu'un chapitre se ferme sans que le nouveau se dessine encore clairement. Chacun voit que la méthode suivie depuis plus de quarante ans est venue à extinction.
Il faut maintenant déverrouiller l'avenir. C'est sur les peuples et la force des nations que nous construirons une Europe forte et fière, capable de tenir son rang dans le monde, de construire un monde multipolaire, de faire entendre partout la voix de la justice et de la raison.
L'Europe a besoin de repartir sur de nouvelles bases. Les raccourcis imaginés par Jean Monnet et sa suite ont fini dans une impasse. Parce qu'il voulait ignorer les nations, les nations ont fini par se détourner de ce radeau, de ce Kon Tiki devenu en fait radeau de la Méduse.
Voilà donc le chemin du redressement : l'Europe par les nations ! Et c'est par la France retrouvée que cette nouvelle donne fera irruption dans l'Europe en panne.
Les rafistolages ne sont plus suffisants. Il faut du neuf en Europe. Je vous propose d'en apporter ! Voilà comment je compte m'y prendre.
1) Pour réorienter la construction européenne, je suggère que le nouveau gouvernement de la France adresse sans délai un premier mémorandum européen à Bruxelles et aux douze capitales de la zone euro pour mettre en place un gouvernement économique de la zone euro et organiser, à cette échelle, la relance et la croissance de l'économie.
a) Premier volet : la réforme des statuts de la Banque centrale pour que celle-ci voie inscrits au rang de ses objectifs statutaires la croissance et l'emploi.
b) Deuxième volet : l'attribution à l'Eurogroupe, c'est-à-dire aux ministres des Finances représentant les différents gouvernements responsables devant leurs peuples, de pouvoirs précis en matière de politique monétaire - s'agissant notamment du change -, et de politique budgétaire et fiscale.
c) Troisième volet : l'organisation d'une Conférence des Chefs d'Etat pour la définition et la mise en œuvre d'un plan de relance concernant les Universités, la recherche, les grandes infrastructures de transport, la défense et les industries de défense, l'aérospatiale enfin, financé par un emprunt garanti par l'ensemble des Etats-membres.
Le vrai problème, pour arriver à cette réorientation c'est l'Allemagne de Mme Merkel. Il nous faudra gagner l'Allemagne à une conception qui privilégie la croissance interne en Allemagne et en Europe plutôt que le développement de ses exportations hors d'Europe. L'Allemagne réalise 70 % de ses exportations vers l'Europe au sens large, y compris la Russie, et son PIB est le tiers du PIB européen. Cette réorientation européenne irait dans le sens des intérêts du monde du travail en Allemagne même, où il existe plus de quatre millions de chômeurs mais elle ne correspond pas à la politique actuelle du gouvernement Merkel qui prévoit une hausse de trois points de la TVA et une baisse à 30 % de l'impôt sur les sociétés. C'est cet iceberg à l'horizon que les dirigeants du Titanic socialiste ne voient pas. Cette politique de Mme Merkel est celle des milieux dirigeants de l'industrie et de la banque. Elle ne répond pas aux intérêts du monde du travail ni de l'Allemagne elle-même. Mais elle peut être infléchie : il faudra faire prendre conscience à l'opinion publique allemande de la nécessité d'un changement de cap « européen », de nouvelles règles du jeu, plus équitables dans le commerce international. Ce sera une de nos tâches, la plus décisive peut-être.
Le retournement probable de la conjoncture américaine et mondiale peut favoriser cette réorientation. Nous avons besoin d'une Allemagne européenne. A cette condition nous pouvons accepter non pas une nouvelle Constitution européenne mais un petit traité institutionnel pour faciliter les prises de décision. Pour faire simple : la reconnaissance du poids démographique de l'Allemagne contre le gouvernement économique de la zone euro.
2) Dans le même temps le nouveau gouvernement enverra un second mémorandum européen pour une Europe qui protège à Bruxelles et aux 27 pays membres de l'Union.
Premier volet : la réglementation de la concurrence sera confiée à un organisme indépendant de la Commission. Cette réglementation devra préserver le développement des services publics selon des règles nationalement reconnues. Pas question d'appliquer la directive ouvrant la Poste à la concurrence pour les plis de moins de cinquante grammes. Ce serait l'arrêt de mort pour les petits bureaux de poste dispersés sur le territoire.
Il faudra ensuite privilégier la constitution de groupes industriels européens compétitifs à l'échelle mondiale et défendre l'Europe au lieu de l'ouvrir aux OPA de prédateurs extérieurs.
On pourrait par exemple introduire des règles nouvelles encadrant les OPA, à commencer par l'obligation d'achat en cash. De même pourrait-on renforcer les pouvoirs de l'Autorité des marchés pour exiger un audit d'une entreprise effectuant un raid boursier.
Les PME et les très petites entreprises (TPE) ne sont pas moins exposées aux effets de la mondialisation, y compris comme sous-traitantes. A cet égard la directive Bolkenstein touche tout particulièrement les TPE, notamment artisanales. En ne posant pas le principe du « pays de destination », elle ouvre la voie aux interprétations les plus floues. Elle mettra directement en concurrence les travailleurs libres de venir se faire recruter, et les personnes venant s'installer dans des pays comme le nôtre, où la protection sociale est meilleure et donc plus coûteuse que dans le pays d'origine.
De même faut-il réagir contre les délocalisations internes à l'UE. Ainsi on prépare à Bruxelles une directive assouplissant le régime de transfert des sièges sociaux pour des raisons de compétitivité, c'est-à-dire de facilité fiscale. Assez des sièges sociaux de papier à Amsterdam ou à Luxembourg ! Il faut s'opposer résolument à ce texte, contraire au principe même de l'harmonisation des législations qui était l'un des principes fondateurs de la construction européenne.
Deuxième volet : un traité social devra fixer des critères de convergence progressifs en matière fiscale et sociale, contrepartie normale de l'ouverture à la concurrence du grand marché européen et d'aides financières substantielles.
Troisième volet : la reconstruction d'une « préférence européenne » par une réglementation « antidumping social » aux frontières de l'Union. C'est le seul moyen de préserver notre tissu industriel et d'attirer à nouveau l'investissement. La lutte contre le dumping social doit utiliser des instruments efficaces et sélectifs. Il ne s'agit pas de priver les pays en voie de développement de leurs débouchés : il faut distinguer entre les pays moins avancés auxquels il faut garantir ces débouchés, (ainsi l'Afrique, avec des accords tarifaires généreux) et ceux dont le développement permet déjà l'accroissement des revenus de leur population, ainsi la Chine ou l'Inde.
Cette pression serait légitime. La production mondiale aujourd'hui dépend de la consommation américaine ; et si elle ralentit, il est souhaitable qu'elle soit relayée par une capacité accrue de consommation de centaines de millions de Chinois ou d'Indiens, désormais intégrés à l'économie moderne et mondialisée. C'est un sujet qu'il faut inscrire à l'ordre du jour des conférences internationales.
Des tarifs modulés devraient être acquittés pour les produits dont l'importation massive casse notre appareil industriel (textile, biens d'équipement). Le rétablissement d'une telle préférence communautaire serait plus intéressant pour les travailleurs des pays d'Europe que la signature de traités « constitutionnels » ou la promulgation d'une énième directive sur les sujets les plus insignifiants.
De même en matière de marchés publics, des clauses préférentielles devraient-elles être introduites, particulièrement dans le domaine de la défense, si du moins on veut que se constitue une Europe de la défense.
Quatrième volet : les traités seront revus pour permettre à l'Union européenne d'émettre elle-même des emprunts pour financer une grande politique d'équipement et drainer l'épargne européenne vers des investissements en Europe.
3) J'ai proposé un troisième chantier pour faire avancer une Europe de projets dans les domaines les plus divers : recherche – universités – transports – défense – espace – codéveloppement avec le Sud – politique étrangère. Cette coopération à géométrie variable entre les Etats aurait valeur d'entraînement pour tous, pour affirmer l'émergence d'un acteur européen stratégique à l'échelle mondiale.
4) Quatrième chantier, celui qui ferait de l'Europe un acteur et pas un simple contributeur pour qu'elle soit réellement un facteur de paix dans le monde.
a) Nous devons développer un partenariat stratégique avec la Russie. C'est la paix et l'équilibre de notre continent et du monde qui sont en jeu, nos approvisionnements énergétiques, l'organisation d'une co-prospérité de l'Atlantique au Pacifique. Comme l'a dit Gerhard Schröder : « Les Européens veulent-ils une Russie étroitement liée à eux, politiquement, économiquement, culturellement ? Ou veulent-ils qu'à force de difficultés, cette Russie se mure dans son rôle de puissance asiatique ? ». Ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, refusent de « mettre leur main dans la pogne de M. Poutine » (je cite) manquent de vision historique et même de bon sens. Ce sont souvent les mêmes qui veulent isoler et frapper l'Iran. Mais où donc l'Europe ira-t-elle chercher le gaz qui jouera, chacun le sait, un rôle croissant dans son approvisionnement énergétique ?
b) Au Proche et au Moyen-Orient l'intérêt de l'Europe c'est aussi une paix qui reconnaisse à chaque peuple ses droits : il ne saurait y avoir un droit international à plusieurs vitesses, il n'y aura pas de paix sans justice : il faut affirmer à la fois le droit au développement – c'est le cas de l'Iran -, le droit à disposer d'un Etat viable – c'est le cas du peuple palestinien – et le droit à la sécurité, ce qui concerne particulièrement Israël, droit sur lequel il doit être clair que nous ne saurions transiger. Rien ne saurait justifier à ce sujet les propos du président Ahmadinenejad. L'avenir du monde n'est pas dans la confrontation mais dans le dialogue des cultures et des civilisations.
c) Dans ce monde pluriel dans lequel des puissances nouvelles émergent (Inde – Chine – Brésil), une « Europe européenne », c'est-à-dire existant par elle-même, a un rôle irremplaçable à jouer. Alliée des Etats-Unis certes, mais non leur vassale ! L'Europe redressée, c'est aussi cela !
5) Le cinquième et dernier chantier que je propose consiste à tourner l'Europe vers le Sud et notamment vers l'Afrique.
Il s'agit de faire de la coopération Nord-Sud, et pas seulement de l'élargissement vers l'Est, un axe majeur de la politique européenne.
- Relance du processus euro-méditerranéen.
- Réunion des chefs d'Etat d'Europe et d'Afrique. Initiatives pour le co-développement : ouverture du marché européen en franchise de douane aux produits fabriqués en Afrique, relance de l'aide publique au développement des infrastructures (eau – santé – transports - éducation), remises de dette, formation de cadres, organisation de flux temporaires de migration de travail.
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Renégocier les traités, comment ?
Pour mener à bien cette réorientation d'ensemble et notamment la renégociation de certaines dispositions des traités européens existants, il faudra à la fois la détermination d'un gouvernement appuyé sur la volonté populaire et une grande puissance de conviction. Il n'y a pas de traité qui ne puisse se renégocier. Le peuple français a exprimé une claire volonté le 29 mai 2005. Chaque gouvernement européen, chaque force politique représentative devra se déterminer par rapport aux deux mémorandums qu'aura fait connaître à l'opinion publique européenne le gouvernement français. C'est devant l'opinion publique que cette réorientation doit être débattue. Et ce sera cela aussi la nouveauté : engager devant les peuples et à travers eux un grand débat sur le thème : à quoi ça sert l'Europe ? Ce sera une formidable politisation de l'Europe tout entière !
Bien évidemment, si aucune renégociation ne pouvait aboutir, il ne saurait être exclu de suspendre certaines clauses des traités, je pense en particulier aux clauses relatives à la concurrence et aux services publics (j'ai évoqué tout à l'heure La Poste mais il y aurait d'autres sujets !). Dans cette hypothèse, le peuple français serait bien évidemment saisi par la voie du référendum populaire. Celui-ci doit être utilisé à bon escient, mais la force de la démocratie gagnerait à ce que le référendum soit utilisé plus fréquemment, contrairement à l'idée émise par M. Sarkozy qui préfèrerait s'en passer. C'est une forme de démocratie directe, qui permet l'expression incontestable de la volonté populaire ! Il ne faut pas avoir peur du peuple.
La France est notre principal levier pour agir en Europe et dans le monde. Ne la laissons pas démolir ! Foin des repentances orchestrées ! Notre histoire doit être connue, avec ses ombres et ses lumières. Elle est éclairée tout entière par l'éclat de la grande Révolution dont les valeurs et les principes sont plus que jamais d'actualité, en France et dans le monde. On l'a vu au moment de l'invasion de l'Irak.
Quand donc, à cet égard, M. Sarkozy est-il sincère ? Quand il proclame ici sa fierté d'être Français ou quand il va à Washington s'excuser de l'arrogance de la France pour avoir refusé, à juste titre, de s'associer, en 2003, à la politique de M. Bush. Celui-ci est aujourd'hui désavoué par le peuple américain lui-même !
Il est temps que la France retrouve confiance en elle-même pour pouvoir se projeter dans l'avenir avec vigueur. La mémoire nationale ne doit pas devenir un enjeu entre les différents communautarismes. Ainsi la colonisation a existé. Elle a été un heurt de civilisations, douloureux pour les colonisés. Mais elle était sans doute inévitable, comme une étape historique particulièrement rude d'une première forme, très brutale et souvent inhumaine, de mondialisation. Depuis longtemps déjà, les jeunes nations ont conquis leur indépendance. L'Histoire, même violente, a tissé entre nous des liens ineffaçables, ainsi ceux d'une langue française partagée. Nous conservons une responsabilité et un devoir de solidarité vis-à-vis des populations françaises ou anciennement colonisées qui ont vécu cette histoire conflictuelle. Mais nous devons ensemble nous tourner vers l'avenir, car celui-ci durera plus longtemps que le passé.
De même, il serait temps de voir comme un tout la période 1914-1945. De la compréhension de cette nouvelle guerre de trente ans, la France sortirait grandie ! Car les autres démocraties l'ont souvent laissée bien seule.
La France donc doit être redressée d'abord dans l'esprit de nos concitoyens, à l'abri des campagnes de dénigrement et au-delà de la tentation des replis communautaristes. Il s'agit de faire revivre un patriotisme sain et généreux qui est tout le contraire du nationalisme et qui ne s'oppose en rien à l'idée européenne et encore moins à l'idéal de la fraternité humaine. La nation est le cadre naturel et indépassé à ce jour de la démocratie. Elle est le lieu de la solidarité. Il faut la défendre. Il est donc temps d'organiser le retour de la France en Europe, dans le monde et en France même, à commencer par nos banlieues. Ne croyez-vous pas que nos responsables devraient se placer davantage à l'aune des intérêts du pays pour prendre leurs décisions ? Une France forte est nécessaire à l'Europe et sa voix est attendue dans le monde entier.
La France, sur le plan économique est certes dans une mauvaise passe mais elle garde beaucoup d'atouts que la confiance revenue avec une gauche renouvelée et rassembleuse et un Etat stratège et modernisé peuvent mobiliser.
1) Nouvelle charte de l'entreprise pour qu'elle redevienne l'affaire de ses salariés et pas seulement de ses actionnaires et que soit reconnu le rôle de ses partenaires et notamment des régions et des pays où elle a ses implantations.
2) Recréation d'un grand ministère de l'Industrie et du Développement technologique de plein exercice, veillant à ce que la recomposition du tissu productif prenne en compte les intérêts de l'économie française et du monde du travail veillant aussi au développement des PMI et à celui des industries de l'avenir. La France doit rester un grand pays industriel.
3) Choix énergétiques ambitieux notamment par la confirmation du programme EPR atout maître de l'industrie nucléaire française et moyen efficace de lutter contre le réchauffement du climat. Ne nous laissons pas entraîner par les billevesées de ceux qui courent après les coquecigrues, alors que les pannes d'électricité illustrent les retards de l'équipement électrique de l'Europe, premier effet de la libéralisation du marché de l'énergie.
Je n'ai rien contre les énergies dites nouvelles, à condition qu'elles puissent contribuer efficacement et à un prix raisonnable à nos approvisionnements énergétiques alors que le prix du pétrole restera durablement élevé et que le prix de l'électricité nucléaire est le plus bas de tous.
4) La France doit être au premier rang du combat qui vise à lutter contre l'effet de serre et à préserver la planète et ces biens rares que sont l'air, l'eau, les sols, sans parler de la biodiversité.
5) La matière grise est notre principal atout : priorité donc à l'éducation et particulièrement à l'Université et à la Recherche pour lesquelles un bio-programme devra prévoir une croissance de 25 % de leurs moyens sur cinq ans. Savez-vous qu'un étudiant en France coûte moins cher qu'un lycéen ? Planifions sur dix ans le recrutement des chercheurs.
6) L'agriculture aussi est un grand atout de la France : ne la sacrifions pas aux lobbies et aux grands intérêts financiers.
7) N'oublions pas enfin et surtout que la France est une puissance à vocation mondiale, grâce à la francophonie qui, en 2050, aura 300 Millions de locuteurs, grâce à une diplomatie qui reste l'une des trois meilleures du monde, grâce enfin à une défense indépendante qu'il convient de maintenir et de moderniser. N'écoutons pas les sirènes du renoncement qui nous proposent d'abandonner après 2015 la fabrication de nos têtes nucléaires et seraient prêtes à sacrifier dès aujourd'hui les recherches effectuées en matière de simulation.
Cette vocation mondiale est un grand atout de la France :
Membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU, la France a des devoirs particuliers au service de la paix dans le monde.
Bien évidemment nos capacités militaires ont leur limite et nous devons veiller à ne pas nous laisser entraîner dans des opérations conçues au service d'objectifs qui ne sont pas les nôtres. Il est très souhaitable de développer, à géométrie variable, le cas échéant, les coopérations européennes dans le domaine des forces comme des industries de défense. Il n'y a pas lieu de revenir sur la professionnalisation des armées mais des carences graves se sont créées en matière de défense du territoire et de protection des populations.
Un service civique d'une dizaine de semaines sera institué. Il comportera plusieurs volets (sécurité civile – défense notamment). Il permettra à la fois d'étoffer le recrutement des forces professionnelles par des formules de volontariat service long (un à deux ans) et de relever le niveau des réserves dans le pays.
Oui la France a les moyens de faire face si elle le veut, et de peser en Europe si elle n'oublie pas sa vocation mondiale en chemin. Dans l'équation franco-allemande, chaque pays a ses points forts. Ne sacrifions pas les nôtres à des chimères car l'amitié franco-allemande sera d'autant mieux assurée qu'elle reposera sur un équilibre. L'Allemagne a une industrie deux fois plus puissante que la nôtre mais la France a d'autres atouts, notamment géopolitiques, qu'il faut savoir préserver, dans l'intérêt bien compris de l'Europe que nous voulons, une Europe européenne, capable de s'exprimer par elle-même. Pour cela elle a besoin de la France !
III – Ma troisième priorité, indissociable des deux premières, sera de faire vivre « le modèle républicain ». Les valeurs de la citoyenneté doivent faire reculer la tentation des repliements communautaristes.
Pour restaurer la confiance de nos concitoyens, il faut revenir aux principes et aux valeurs de la République. Tout le monde se dit aujourd'hui républicain. Mais la République n'est pas faite que de valeurs partagées. C'est aussi et d'abord une exigence. Car ces valeurs ne peuvent se maintenir que dans un peuple de citoyens.
Qu'est-ce donc que la République ?
- La République, c'est d'abord la liberté, à commencer par la liberté de recherche, de croyance et d'expression. Une liberté dont très peu de peuples jouissent de par le monde, il ne faut pas l'oublier. Mais la liberté est aussi capacité à penser par soi-même et pour le citoyen capacité à s'élever au niveau de l'intérêt général. La République c'est aussi le civisme.
- La République, c'est aussi la laïcité. La séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les affaires publiques doivent être débattues en commun par tous les citoyens à la lumière de la raison naturelle. La religion, quelle qu'elle soit, doit rester du domaine privé. Elle ne doit jouer aucun rôle dans la sphère publique et dans la politique. A bas le communautarisme !
- La République, c'est aussi la fraternité : la justice sociale et la solidarité, le soutien aux plus faibles, ainsi les personnes handicapées qui sont plus de six millions dans notre pays, les personnes âgées, les enfants, les laissés pour compte.
- La République, c'est aussi la citoyenneté et la fierté d'être Français. Nous, républicains, sommes amoureux de la France, de ses valeurs d'humanisme et de générosité, de sa capacité à accueillir et intégrer, de son art de vivre auquel nous tenons, de son intelligence et de sa capacité d'innovation, de son rayonnement dans le monde, de l'espoir qu'elle représente pour les peuples opprimés, de son combat pour la paix. Mais nous ne confondons pas le patriotisme qui est l'amour des siens avec le nationalisme qui est la haine des autres. Sans patriotisme, il n'y a pas de civisme : la citoyenneté républicaine est un équilibre indissociable de droits et de devoirs.
- La République, c'est enfin et surtout, à mes yeux, &
C'est loin Caracas ! Encore plus politiquement que géographiquement...En effet, imaginez plutôt ici, en France en 2006- 2007, un peuple croyant en la politique, les ouvriers et employés élisant et reconduisant un candidat par plus de 60% des suffrages...envers et contre l'avis des marchés et des médias !
Je sais, il n'est pas de bon ton de se féliciter de la victoire d'Hugo Chavez. Lier question sociale et question nationale... quel populisme! Le regard sur Chavez est en effet différent selon que l'on soit pauvre au Vénézuéla ou riche au journal de 20 h00!
Le maire (MRC) du 11e arrondissement, aux côtés de Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur de son mouvement, a réaffirmé sa "sympathie" avec l'action politique de M. Chavez. "Donnez-nous la recette pour gagner sept fois de suite les élections", a-t-il demandé à son invité, faisant allusion aux multiples consultations organisées au Vénézuela depuis son élection à la présidence en 1998. Dans la salle, Danielle Mitterrand côtoyait Bernard Cassen et Jacques Nikonoff d'Attac. Michel Dufour, ancien secrétaire d'Etat au patrimoine du gouvernement Jospin, était venu au nom du Parti communiste et le maire du 2e arrondissement, Jacques Boutault, pour les Verts. On pouvait apercevoir également Jean-François Kahn, président du conseil d'administration de l'hebdomadaire Marianne, Ignacio Ramonet directeur du Monde diplomatique, et le psychanalyste Gérard Miller. Annick Coupé, porte-parole de l'union syndicale Solidaires, est passée "par curiosité". Les socialistes, eux, s'étaient excusés : "Ils étaient tous en meeting de congrès", explique le cabinet de M. Sarre, qui assure avoir eu des coups de fil d'"excuses".
Extrait du site : http://www.georges-sarre.net/
Ajout du 12 juin 2007 : une analyse du toujours pertinent Bernard Cassen
Le Monde Diplomatique
La valise diplomatique
mercredi 30 mai 2007
Désinformation sur le Venezuela
L’affaire ne pouvait être que de portée planétaire puisqu’elle a donné lieu, ces derniers jours, à des déclarations quasiment simultanées du Sénat des Etats-Unis, du Parlement européen et de la présidence allemande de l’Union européenne, sans parler des articles fleuves et des éditoriaux de la plupart des grands médias occidentaux. De quoi s’agit-il ? De l’Iran, du réchauffement climatique, de la Palestine, du Darfour ? Tout faux : la gravissime affaire en question est le non renouvellement, par le gouvernement vénézuélien, de la concession de 20 ans, venue à échéance le 27 mai, d’une chaîne de télévision privée, Radio Caracas Television (RCTV), afin d’installer sur sa fréquence hertzienne une chaîne de service public. C’est-à-dire exercer le droit souverain qu’a chaque Etat de disposer des biens publics rares que sont les fréquences hertziennes.
Atteinte aux droits de l’homme, à la liberté d’expression, censure, dérive autoritaire, totalitaire – voire fasciste –, toute la panoplie du vocabulaire rodé depuis des années contre le gouvernement de M. Hugo Chavez a été utilisée à nouveau massivement en cette circonstance.
Du côté politique, on retiendra d’abord la résolution votée à l’unanimité, le 24 mai, par le Sénat américain, en particulier par les aspirants démocrates à la succession de M. George Bush, contre la « fermeture » de RCTV. Votée précisément par les mêmes qui, reniant leurs promesses électorales, venaient, également à l’unanimité, de donner leur accord aux 100 milliards de dollars de crédits militaires demandés par la Maison Blanche pour la poursuite de l’occupation de l’Irak. Un bel exemple de rigueur démocratique.
Par la voix des services de Mme Angela Merkel, présidente en exercice du Conseil européen, l’Union européenne est également allée très loin dans l’hypocrisie. Dans une déclaration du 28 mai, elle « a noté avec inquiétude la décision du gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela de laisser expirer la licence d’émission de Radio Caracas Télévision (RCTV) le 27 mai, sans appel d’offres ouvert pour la licence qui lui succède ». On ne sache pas, entre maints autres « oublis », que l’Union ait fait semblable déclaration et ait exigé un nouvel appel d’offres lorsque la licence d’émission de TF1, accordée en 1987 pour 15 ans, a été reconduite par le gouvernement français en 2002 dans la plus totale opacité. Pourtant, la « télé-poubelle » de MM. Bouygues, Le Lay et Mougeotte avait tourné en dérision les engagements qu’elle avait pris dans son cahier des charges en invoquant son « mieux-disant culturel ». Tout indique qu’elle continuera impunément à le faire avec son nouveau patron, M. Nonce Paolini, flanqué de M. Laurent Solly, transféré du jour au lendemain du « staff » de M. Nicolas Sarkozy à sa filiale médiatique.
Pour ce qui est de l’abondante production des médias français, avant et après la date du non renouvellement de la concession de RCTV, la palme de la désinformation revient sans conteste, entre maints autres articles de la même veine, à l’éditorial d’un quotidien de référence, daté du 27-28 mai et intitulé « Censure à la Chávez ». Il vaut la peine d’en citer et d’en commenter quelques passages.
D’emblée le ton est donné : « Le président Hugo Chávez a ordonné la disparition de RCTV ». Non, RCTV ne « disparaît » pas : elle peut continuer à émettre sur le câble, par Internet et sur le satellite, et va sans aucun doute le faire. Mais, comme la loi le prévoit, sa fréquence hertzienne et sa couverture nationale reviennent au service public à l’échéance de la concession dont elle bénficiait. Ou bien faudrait-il considérer que cette concession à durée limitée de RCTV était, en fait, à durée illimitée ? Et cela en fermant les yeux sur ses multiples entorses à son cahier des charges qui lui avaient notamment valu d’être fermée pour des durées de 24 heures à 3 jours non pas par les gouvernements de M. Chávez, mais, en 1976, 1980, 1981, 1989 et 1991, par leurs prédécesseurs sociaux-démocrates ou démocrates-chrétiens. Depuis sa première élection à la présidence de la République en 1998, M. Chávez n’a fermé aucune station de radio ou de télévision ni poursuivi aucun journaliste. Pourtant, dans n’importe quel autre pays démocratique, c’est ce qui se serait passé, compte tenu de la caution ouvertement apportée par la plupart des médias – dont RCTV – au coup d’Etat avorté du 11 avril 2002, quand ce n’était pas à son organisation.
L’éditorial poursuit en dénonçant une décision politique « qui réduit le pluralisme et augmente la concentration de l’audiovisuel aux mains du gouvernement ». De quelle concentration s’agit-il ? En 2006, on comptait au Venezuela 20 chaînes hertziennes VHF privées et une publique. On comptait par ailleurs 28 chaînes hertziennes UHF privées, 6 publiques et 44 communautaires. Actuellement, avec l’incorporation de RCTV, le service public disposera de deux chaînes hertziennes VHF, de deux chaînes UHF et de deux chaînes sur la câble. On est très loin du monopole…
Sans la moindre trace d’ humour, l’éditorial qualifie ensuite RCTV de « chaîne privée qui donnait la parole à l’opposition ». RCTV donnait effectivement la parole à l’opposition, et ne faisait même que cela ! Des études de contenu effectuées sur le mois de janvier 2007 montrent que, dans ses programmes, elle a invité 21 personnalités hostiles au gouvernement, et aucune qui lui soit favorable. Le même mois, une des quatre autres grandes chaînes privées, Globovisión, a invité 59 opposants à M. Chávez et 7 de ses partisans. Seule Televen a respecté la parité : deux de chaque camp.
Certes on peut regretter que la seule chaîne publique hertzienne jusqu’ici contrôlée par le gouvernement, Venezolana de Television (anciennement Canal 8), ne soit pas non plus un modèle d’équilibre, mais comment pourrait-il en être autrement dans un paysage médiatique où la plupart des journaux, radios et chaînes de télévision se comportent en partis politiques d’opposition ? Il faut espérer que TVES, la chaîne qui reprendra le signal de RCTV, tiendra ses promesses de pluralisme, même dans ces circonstances adverses.
Du côté de la presse écrite, la situation est encore plus tranchée : sur 10 quotidiens de diffusion nationale, 9 sont des opposants déclarés au gouvernement. Si l’on étudie le contenu des articles d’opinion publiés dans quatre d’entre eux au mois de janvier 2007, on obtient les résultats suivants : pour El Nacional, 112 hostiles, 87 neutres et 6 favorables ; pour El Universal, les chiffres correspondants sont 214, 89 et 9 ; pour Ultimas Noticias, 31, 59 et 18 ; pour El Mundo, 49, 39 et 15. Ce qui ne les empêche pas de recevoir de la publicité des entreprises, des agences et des collectivités publiques.
Prétendre que la liberté d’expression est menacée au Venezuela relève donc de la plus insigne mauvaise foi. Il suffit de s’arrêter devant un kiosque à journaux ou de passer une heure devant un poste de télévision pour être convaincu du contraire. C’est même sans doute le seul pays du monde où, dans le passé, des appels publics à l’assassinat du président n’ont pas entraîné des poursuites judiciaires.
Mais alors, comme dirait M. Sarkozy, pourquoi tant de haine, pourquoi tant d’acharnement et de contre-vérités ? Que M. Chávez irrite au plus haut point les Etats-Unis et leurs alliés par sa politique de récupération des richesses naturelles nationales et par la dénonciation des politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international peut parfaitement se comprendre. Que des médias appartenant à de grands groupes industriels et financiers répercutent les orientations et les intérêts de leurs commanditaires est dans l’ordre des choses. En revanche, on reste perplexe devant le comportement d’organes de presse où le pouvoir éditorial est officiellement déconnecté du pouvoir des actionnaires…
Bernard Cassen
Ajoutons un appel reçu le 20 novembre 2007, par une belle journée mobilisation syndicale en France.
Merci Chavez !
Alors que le peuple français doit défendre pied à pied ses acquis sociaux (retraites, sécurité sociale), ses services publics (éducation nationale, poste, chemins de fer, électricité, hôpital public...), son indépendance nationale (volonté de Sarkozy d'imposer une constitution européenne bis en ignorant le vote souverain de mai 2005, alignement sur la politique belliqueuse des USA), ses libertés démocratiques (traque des immigrés, limitation du droit de grève, gonflement de l'appareil répressif, réforme institutionnelle donnant tous les pouvoirs à un individu), le peuple venezuelien s'est engagé dans un processus révolutionnaire orienté vers l'indépendance nationale, la démocratie participative de masse, l'amélioration du pouvoir d'achat populaire, le développement des services publics et de l'industrie nationale.
Sous la conduite du président élu Chavez, et malgré plusieurs tentatives de putschs fascistes télécommandées par le grand patronat et par Washington, ce processus vise clairement à mettre en place un "socialisme du 21ème siècle".
En outre, avec Cuba, le Nicaragua, la Bolivie, l'Equateur, le Venezuela bolivarien construit un nouveau traité progressiste international appelé l'ALBA qui, à l'encontre du traité de MAastricht et de la constitution européenne bis, est respectueux de la souveraineté des peuples et des acquis sociaux des travailleurs latino-américains. Evidemment, cette prétention des ouvriers, paysans, intellectuels, artisans, étudiants venzueliens a décider de leur propre avenir et à combattre le capitalisme suscite la haine de tout ce que le monde et la France compte de réactionnaires et de défenseurs du capital financier.
C'est pourquoi à l'occasion de la venue en France d'Hugo Chavez, nous affirmons notre totale solidarité avec le peuple du Veneziela bolivarien qui concrétise, dans les conditions propres à ce pays, tout ce que nos luttes portent d'aspiration à une rupture démocratique, socialiste et anti-impérialiste avec la politique néfaste de la droite dure, du MEDEF, du FMI et de l'UE néolibérale.
Premiers signataires :
Léon Landini, Officier de la Légion d’Honneur – Médaille de la Résistance – Grand Mutilé de Guerre – Ancien FTP-MOI – Décoré par l’Union Soviétique.
Georges Hage, président de la Confédération d'Action Communiste
Section de Douai du PCF
Alexis lacroix, président des JRCF
Georges Gastaud, philosophe, porte parole du PRCF
Jean Pierre Hemmen, président délégué du PRCF
Jacques Coignard, membre du CE du PRCF
Antoine Manessis, membre du CPN du PRCF
Frédéric Maurin, citoyen de Saint Martin d'Hères
Signatures à retourner à : a.manessis@wanadoo.fr
Source, réactions, dossier de presse et analyse sur :
http://www.chevenement2007.fr/index.php?action=article&numero=122&preaction=nl&id=3297095&idnl=17129&
A travers les projets qu'ils ont respectivement élaborés, le Mouvement républicain et citoyen et le Parti socialiste entendent définir un programme de législature qui constitue une alternative durable à une politique de la droite, faite d'acceptation d'une mondialisation sans règle et de résignation devant le chômage de masse et ses conséquences, d'injustice sociale, de démantèlement de nos industries, de liquidation des services publics, d'abandon des principes républicains.
Le PS et le MRC se sont prononcés différemment lors du referendum sur le Traité constitutionnel européen. Ils prennent acte du vote des Français le 29 mai 2005, refusent toute ratification du texte rejeté, sauf introduction dans un simple traité institutionnel de dispositions ne posant pas de problème de fond (ainsi la désignation d'un président du Conseil européen pour deux ans et demi renouvelables) ou sur lesquelles un accord entre partis pourra intervenir. Ils entendent construire l'avenir en respectant cette volonté populaire.
- Le MRC et le PS entendent réorienter la construction européenne pour la mettre au service de l'emploi et de la croissance concertée. Pour cela ils proposent de réformer le Pacte de stabilité pour en faire un pacte de croissance, d'instituer un gouvernement économique de la zone euro, capable de mettre en œuvre cette priorité à la croissance, de réformer les statuts de la Banque centrale européenne pour inscrire dans ses missions la recherche d'une haut niveau d'activité et d'emploi. La lutte contre l'euro cher sera une de nos priorités.
- Nous proposons un effort renouvelé en matière de recherche et en matière d'innovation, et d'impulser une politique industrielle capable de relever les défis d'une économie mondialisée, spécialement dans les secteurs vitaux et stratégiques. Il s'agira notamment de lutter contre les OPA hostiles et de mieux maîtriser le capital de nos grandes entreprises. En matière énergétique, il sera indispensable de faire face aux prix durablement élevés du pétrole et du gaz en favorisant les énergies sans émission de gaz à effet de serre parmi lesquelles l'énergie nucléaire, domaine dans lequel les atouts industriels exceptionnels de la France doivent être préservés, le développement d'acteurs énergétiques publics puissants capables d'assurer la sécurité de nos approvisionnements, ainsi que les économies d'énergie.
- Nous agirons pour changer les règles de l'OMC, exiger des normes sociales et environnementales, lutter concrètement contre les délocalisations et les destructions massives d'emplois, en protégeant l'industrie européenne et en renforçant le tarif extérieur commun par une clause antidumping social.
- La relance de la croissance suppose d'augmenter le pouvoir d'achat, de revaloriser le travail et notamment les bas salaires et d'élever les taux d'activité dans notre pays. Cette exigence appellera une réforme du financement de la protection sociale, notamment par transfert d'une partie des cotisations patronales sur la valeur ajoutée de l'entreprise, et par contribution accrue des revenus du capital au financement de la protection sociale
- Nous agirons pour préserver les services publics de la frénésie de libéralisation qui les détruit ou les menace, pour la maîtrise publique des énergéticiens nationaux, pour que de nouveaux services publics apportent des réponses aux besoins de nos concitoyens.
Relever la République sera notre ambition.
Nous entendons renouer avec le projet égalitaire et émancipateur de la République. Pour cela nous voulons mettre un terme à l'affaissement de l'Etat pour le moderniser et en faire l'instrument par lequel le bien commun s'affirme par-dessus les intérêts particuliers. La décentralisation doit cesser d'être opposée à l'Etat et doit respecter la solidarité nationale. Une vigoureuse politique d'aménagement du territoire est indispensable pour repenser la politique de la ville, l'action en faveur du logement, la politique d'aménagement rural.
L'idéal de la citoyenneté passe par une claire définition des missions de l'Ecole pour qu'elle soit capable de relever les défis de la démocratisation, de garantir l'apprentissage des savoirs fondamentaux par tous, de promouvoir tous les talents et de former des citoyens. La rénovation de l'Université sera une priorité. Plus que jamais dans la mondialisation nous devons faire le pari sur l'intelligence.
Par ailleurs, un service civique court d'une dizaine de semaines, éventuellement fractionné, pourrait à la fois recréer un lien social indispensable et répondre aux besoins de la nation, dans le domaine civil comme dans celui de la défense et pouvant notamment ouvrir sur des formules de volontariat service long.
L'égal accès à la citoyenneté est un enjeu majeur : aux jeunes issus de l'immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d'égalité. La France pourra demeurer une terre d'immigration à condition que soit affirmée la finalité de l'intégration à la République et que soit mise en œuvre une vigoureuse politique de co-développement avec les pays d'origine.
La laïcité, constitutive de la citoyenneté, est le meilleur moyen de briser l'enfermement dans le communautarisme. La France est un pays de citoyens égaux en droits et en devoirs indépendamment de leurs origines ou de leurs convictions philosophiques ou religieuses. La République est le cadre dans lequel les citoyens s'expriment en Corse comme ailleurs sur le territoire national. Le choix des électeurs de Corse exprimé par le référendum insulaire du 6 juillet 2003 sera respecté.
L'exigence de citoyenneté porte en elle le droit, égal pour tous, à la sûreté. Nous n'opposerons pas la prévention à la sanction, mais nous voulons articuler ces ceux dimensions de l'action : prévention précoce, police de proximité, liaison police-gendarmerie-justice, efficacité de la justice. Ni angélisme ni démagogie sécuritaire : nous remplirons notre devoir d'assurer la sécurité à tous, et spécialement aux plus modestes qui sont souvent les plus exposés à la délinquance.
Dans le domaine des institutions, le rôle du Parlement qui contrôle le gouvernement et vote la loi doit être renforcé, et dès lors que la stabilité de l'exécutif sera assurée par un gouvernement procédant du Président de la République et présentant chaque année son programme de travail devant le Parlement. Une dose de proportionnelle, sur des listes nationales en complément des candidatures de circonscription, sera alors introduite dans le mode de scrutin législatif.
La France fera entendre sa voix en Europe et dans le monde
En Europe, une relance sera proposée à nos partenaires, fondée sur une action concertée de retour à la croissance (gouvernement économique de la zone euro, réforme de la BCE et du pacte de stabilité). Si des avancées institutionnelles sont possibles en accord avec nos partenaires, elles feront l'objet d'un traité institutionnel soumis à referendum mais qui ne saurait en aucun cas prévaloir sur la constitution nationale.
Les délégations de compétences sont utiles lorsqu'elles multiplient les capacités d'actions ; elles doivent demeurer démocratiquement contrôlées. De même nous proposerons de simplifier la procédure des coopérations renforcées, capables de porter de projets concrets en Europe ou de mettre en œuvre ces projets à côté des traités. Nous proposerons une active politique de partenariat en Méditerranée et en direction de la Russie pour garantir le développement et la paix sur notre continent et dans ses approches.
En matière de défense, l'effort doit être recentré sur les missions de défense et non sur la fourniture de contingents pour opérations extérieures souvent à la remorque des Etats-Unis. L'indépendance de notre défense dont le noyau reste la dissuasion, est un atout pour construire en Europe un acteur stratégique indépendant dans un monde que nous voulons multipolaire et rééquilibré. Nous sommes les alliés des Etats-Unis, nous ne sommes pas leurs vassaux.
Le message de la France républicaine doit être porté avec force par la gauche : le libre-échangisme dogmatique ne résout pas les problèmes du développement et de la faim. Ce n'est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais le souci de la justice et la coopération Nord-Sud, notamment avec les pays d'Afrique. Le co-développement est notre horizon : effacement de la dette, relèvement de l'aide publique au développement, taxation des mouvements de capitaux spéculatifs, fonds structurels mondiaux, réforme du FMI et de l'OMC, organisation de flux temporaires de migration de travail. La vie internationale doit être régie par le droit. La justice internationale, telle qu'elle est élaborée notamment par le Conseil de Sécurité de l'ONU, ne doit pas être une justice internationale à deux vitesses.
La France a de nombreux atouts. C'est un grand pays fier du message universel dont la Révolution de 1789 a posé les principes. Elle dispose d'immenses ressources pour relever les défis de l'avenir, dès lors qu'on fait appel au courage, à la volonté et à l'intelligence civique. Refonder la République et retrouver la confiance des citoyens : telle est la grande ambition collective que nous proposons à la gauche pour remettre la France en marche.
Lu sur http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=18933, une analyse très intéressante de Nicolas Cadène
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Extrait d'un forum du Figaro (mes amitiés au passage aux lecteurs de Grenoble)
le 23/12/2006 11:36:11, RACHIC a écrit:
Alain Carignon était l’un des grands espoirs de la droite française avant sa condamnation en 1996 à trois ans de prison ferme pour corruption et abus de biens sociaux.
Depuis 1986, Nicolas Sarkozy est un ami intime d’Alain Carignon.
Lors de son procès, ce dernier choisit d’ailleurs comme avocat l’associé de Nicolas Sarkozy, Guy Danet. Après sa traversée du désert consécutive à 29 mois de prison, c’est encore Nicolas Sarkozy qui va lui remettre le pied à l’étrier dans son ancien fief en l’aidant à redevenir le président de la fédération UMP de l’Isère.
En septembre 2005, c’est un proche d’Alain Carignon, Fabien de Sans Nicolas, que Nicolas Sarkozy choisit pour remettre de l’ordre dans l’organisation de jeunesse de l’UMP, les Jeunes Populaires, acquise jusqu’à lors à Alain Juppé.
Dernier épisode en date : Nicolas Sarkozy a, le 22 octobre 2005, adoubé son ami de toujours comme candidat “légitime” de l’UMP dans l’Isère pour 2007. Alain Carignon ne s’est pas privé de mettre en avant ce soutien et a aussitôt fait savoir qu’il déposera sa candidature pour cette élection.
Arrêt définitif de la cour d'appel de Lyon, chambre correctionnelle.
09 juillet 1996 :
Le maire de Grenoble Carignon « n'a pas hésité à trahir la confiance que ses électeurs lui manifestaient, en monnayant le pouvoir qu'il tenait du suffrage universel, afin de bénéficier d'avantages matériels qui se sont élevés à 19 073 150 francs (2 907 683 euros) et de satisfaire ses ambitions personnelles ; il a ainsi commis l'acte le plus grave qui puisse être reproché à un élu. »
Décidément, ca pauvre Sarkozy s'entoure bien mal. Redressement fiscal de Doc Gynéco, fuite à Varennes du Roi du rock...il lui en faudra beaucoup des discours républicains pour effacer tout çà !
Maintenant c'est Bernard Tapie, se disant effrayé par le soutien de Chevènement à Ségolène Royal, qui se jette dans les bras de Nicolas Sarkozy.
C'est la meilleure nouvelle pour la gauche et la République en ces fêtes de fin d'année !
Voir à ce sujet :
Un point de vue piqué sur www.chevenement.fr
Que M. Sarkozy soit un talentueux démagogue ne devrait surprendre personne. Il en fait tous les jours la démonstration. Il a prévenu son camp : « je vais m'adresser à l'autre, à l'électorat de gauche. Ne prenez donc pas à la lettre ce que je réserve à ces gogos ».
- Il défend en paroles la valeur du travail, mais la logique du capitalisme financier dont il est le candidat impose à nos entreprises rentabilisation à outrance, restructurations, délocalisations, licenciements, compression salariale, précarisation du travail.
- Il propose aux Français de gagner plus en travaillant plus, mais que vaut ce slogan quand manque l'offre de travail ? Il se garde bien de mettre en cause la logique déflationniste des politiques européennes et pas davantage la concurrence faussée des pays à très bas salaires.
- Il défend « les petits patrimoines, fruit du travail », mais propose un « bouclier fiscal » destiné à exonérer les très grandes fortunes et ceux dont le taux d'imposition sur leur revenu dépasse 50 %.
- Il se veut le parangon de la République, mais, hier, il proposait à la Corse un statut dérogatoire qui aurait livré l'île aux mafieux, statut dont nos concitoyens de Corse, attachés à l'égalité de tous devant la loi, n'ont pas voulu. Il flatte tour à tour toutes les communautés, exacerbant ainsi les communautarismes. Dans un livre récent sur les religions, il proposait de revoir la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat, sous prétexte que les œuvres religieuses pouvaient calmer le jeu dans les quartiers aussi bien que les clubs de foot subventionnés.
- Il se réclame de la Résistance et du gaullisme, mais il s'excusait hier à Washington de « l'arrogance de la France » refusant au Conseil de Sécurité de s'associer à l'invasion de l'Irak.
- Il qualifie aujourd'hui celle-ci de « faute », quand M. Lellouche révélait hier qu'il était le seul ministre à s'en être déclaré partisan.
- Il prétend faire la synthèse de l'Ancien Régime et de la Révolution : Curieuse conception de la République qui se définit, au plan philosophique et juridique, comme une rupture radicale avec l'ordre des privilèges garantis par le droit divin !
M. Sarkozy, avocat de profession, peut défendre toutes les causes avec talent. Nos concitoyens sauront distinguer derrière la paille des mots le grain des choses : Ils renverront cet as du barreau à ce qu'il sait le mieux faire.
Quelques autres liens qui méritent le détour avant de débattre, de voter, de s'engager :
Se présenter comme des REACS DE GAUCHE, il fallait oser ! Mais à l'heure où la modernité se confond avec le libéralisme (je préfère parler de merdonité capitaliste), être progressiste procède d'un ressourcement aux "vieilles valeurs modernes" de la République.Bon, je lâche le morceau : il s'agit en fait des Réactionnels de gauche. Nous voilà bien avancé maintenant!
http://reacsdegauche.typepad.fr/reacsdegauche/02_pour_une_gauche_rpublicaine_et_sociale/index.html
Un site entièrement dédié à Nicolas Sarkozy, avec sa lettre d'information très fournie, quasi-quotidienne et (pas toujours) humouristique :
http://sarkostique.over-blog.com/
Bien, assez ri ! Le site de la fondation res publica contient tout ce qui manque dans cette campagne. Hauteur de vue, qualité d'analyse, refus de la simplification et de la démagogie, c'est ici et pas sur journal télévisé de TF1 :
http://www.fondation-res-publica.org/
Et pour finir, horizons, un site qui décidément voit loin : http://horizons.typepad.fr/
Eh bien voilà, ce qu'il faut écrire !
Lu et approuvé par le bloc-note de rupture, cet article de Thomas Piketty volé sur http://www.liberation.fr/rebonds/234540.FR.php
Impossible promesse fiscale
Parmi les éléments les moins crédibles du programme de Nicolas Sarkozy, la palme revient sans conteste à la promesse de réduire de 4 points de PIB (produit intérieur brut) le taux de prélèvements obligatoires. Pour tous ceux qui n'ont pas la chance rare de patauger quotidiennement dans ce type de statistiques, l'objectif peut sembler abstrait et difficile à évaluer. Après tout, avec un taux global de prélèvements obligatoires en France d'environ 44 % du PIB (sous forme d'impôts, cotisations et diverses taxes), pourquoi ne serait-il pas possible d'envisager une réduction de 4 points ? Pour aider à se faire une idée et comprendre à quel point un tel objectif n'a aucune chance de se réaliser au cours de la prochaine législature, il est utile de rappeler quelques ordres de grandeur. Quatre points de PIB, cela représente, par exemple, davantage que toutes les recettes cumulées de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur les successions et de l'impôt de solidarité sur la fortune. Si Sarkozy envisage de supprimer ces trois impôts d'un geste auguste, qu'il l'annonce ! A titre de comparaison, Chirac est parvenu en 2002-2007 à réduire de moins de 20 % l'impôt sur le revenu. Surtout, cette baisse a été plus que compensée par les multiples hausses de taxes et de cotisations, si bien que le taux global de prélèvements obligatoires, stabilisé autour de 42-44 points en France depuis 1985, a en réalité progressé de près de 1,5 point entre 2002 et 2007, en particulier quand l'actuel candidat UMP était en charge de Bercy... Car, pour réduire de 4 points de PIB les prélèvements tout en réduisant les déficits, il faudrait être capable de réduire de 4 points les dépenses publiques et indiquer précisément lesquelles. Or, 4 points de PIB, cela représente, par exemple, quatre fois le budget de l'Enseignement supérieur et de la recherche, ou bien une réduction de plus de 50 % des dépenses de santé. Comment Sarkozy compte-t-il s'y prendre pour faire de telles économies ? A ce jour, les seules économies vaguement mentionnées concernent les habituels percepteurs et supposées gabegies de Bercy, gisement considérable... inférieur à 0,1 point de PIB, et qui vu la mollesse avec laquelle notre audacieux candidat évoque le prélèvement à la source a peu de chances d'être exploité. La vérité est que, compte tenu de la hausse structurelle des dépenses de santé et de retraites (qui ne pourront être stabilisées que par une régulation patiente, novatrice et courageuse), et compte tenu des nouveaux besoins (formation, recherche...), il n'est ni possible ni souhaitable de promettre des réductions de dépense aussi massives. Quant à l'idée absurde selon laquelle la croissance permettrait mécaniquement de réduire la part de l'Etat dans le PIB, elle révèle une étonnante incompréhension des mécanismes économiques élémentaires : sauf à supposer un fort décrochage des salaires du public (perspective peu souhaitable pour un Etat qui se veut efficace), l'Etat devra toujours consommer peu ou prou la même part du PIB pour offrir les mêmes services de santé, formation, retraites, etc. Si la croissance avait pour effet magique de réduire massivement le taux de prélèvements, cela se serait vu, en France comme à l'étranger. De fait, la meilleure façon d'apprécier l'absence totale de crédibilité de la promesse sarkozienne est de jeter un coup d'oeil aux expériences internationales. La vérité toute simple est que jamais aucun pays développé n'a abaissé de 4 points son taux de prélèvements obligatoires. Au moment où la révolution thatcherienne a produit ses effets les plus forts, de 1985 à 1995, les prélèvements n'ont baissé au total que d'à peine 2 points de PIB au Royaume-Uni (avant que Blair ne les réaugmente de 2 points, retrouvant ainsi aujourd'hui le taux d'environ 37-38 points de 1985). Nicolas Sarkozy envisage-t-il de faire des coupes deux fois plus lourdes que Margaret Thatcher dans une période de temps deux fois plus courte ? Si l'on examine les autres pays, dont on vante habituellement l'expérience modernisatrice, on constate au mieux une stabilisation des prélèvements obligatoires, en aucun cas des baisses de 4 points de PIB : la Suède a stabilisé ses prélèvements autour de 50-52 points de PIB depuis 1990, le Danemark autour de 49-50 points, etc. En France, pas davantage que dans tous les autres pays, aucun gouvernement dans un avenir prévisible ne baissera de 4 points de PIB en quelques années. En se lançant dans de telles promesses, sans même prendre la peine d'expliquer le début du commencement de la méthode envisagée (et pour cause), Nicolas Sarkozy révèle une fois encore sa vraie nature. Loin du parler vrai et de la transition douce du gaullisme vers le libéralisme social et moderne, le candidat UMP incarne une sorte de gaullo-bushisme autoritaire et populiste. Comme Bush, qui stigmatisait ceux qui osaient dénoncer les conséquences ultra-inégalitaires de ses baisses d'impôts («fuzzy Washington math»), il affiche son mépris pour les statistiques et les analyses qui le contredisent. Comme son modèle, sa foi messianique dans son intuition intime de ce que veut le «peuple» (en vérité quelques groupes de pression croisés ici et là) le rend capable de tous les excès.
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IL SEMBLE, QUI PLUS EST, AMNESIQUE :
Les propositions de Sarkozy en matière de fiscalité révèlent une amnésie par rapport au bilan de la droite et confirment des choix marqués par l’injustice. I) Une amnésie sur le bilan gouvernemental Nicolas Sarkozy oublie le bilan du gouvernement dont il est le numéro deux depuis 2002 : • la croissance et le pouvoir d’achat ont été divisés par deux : 1,5 %/an, contre 3 % entre 1997 et 2002 ; la majoration des heures supplémentaires au-delà de 35 heures hebdomadaires a été baissée de 25% à 10% ; • les comptes publics ont été lourdement dégradés : + 300 Mds € de
dettes depuis la mi-2002 ; • le commerce extérieur est historiquement déficitaire : - 30 Mds € en
2006 (- 26,5 en 2005), alors que la France dégageait encore des excédents en 2002 ; • l’emploi a stagné : la France a créé dix fois moins d’emplois (38 000/an) que sous la précédente législature (360 000/an); • la précarité s’est développée : la part des CDD et de l’intérim représente 78 % des intentions d'embauche en 2006, contre 35 % en 2000 ; • les prélèvements obligatoires ont augmenté : ils sont passés de 43,1 % à 44 % du PIB, soit une ponction supplémentaire de 17 milliards d’euros par an depuis 2005; • les inégalités se sont accrues : – l’impôt sur le revenu a été massivement baissé au profit des catégories les plus aisées : 70 % des baisses de l’impôt sur le revenu ont bénéficié aux 10 % les plus aisés ; – le bouclier fiscal à 60 % a permis à 17 000 foyers fiscaux imposables à l’ISF de bénéficier d’une baisse de 350 millions d'euros, soit 20 600 euros en moyenne par an ; – la réforme de l’ISF (exonération de 75 % de la valeur des actions) a permis par exemple au détenteur d’un patrimoine de 15 millions d’euros d’acquitter 100 000 euros d’ISF en moins par an.
II) Un programme injuste : donner de l’argent à ceux qui en ont déjà le plus Les dernières propositions de Nicolas Sarkozy ne marquent pas une rupture avec cette politique, mais bel et bien son prolongement et son accentuation : 1. Baisse de l’ensemble des impôts, taxes et cotisations de 70 milliards d’euros Cette promesse est injuste et démagogique : • injuste : elle repose sur des coupes dans les dépenses publiques prioritaires
(non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite) ou sur la création de nouveaux prélèvements injustes (institution d’une franchise de soins) ; • démagogique : fidèle à la technique chiraquienne, Nicolas Sarkozy promet de
baisser les prélèvements de 68 milliards d’euros, tout en réduisant les déficits et la dette sans affecter les dépenses prioritaires : promettant tout, il ne tiendra rien. • dangereuse : avec une telle baisse des prélèvements obligatoires, la dette
publique s’envolerait de nouveau, réduisant d’autant les capacités d’actions de l’État. 2. Suppression totale des cotisations sociales et de la fiscalité pesant sur les heures supplémentaires Cette mesure, au coût de 4,6 milliards d’euros par an, serait très préjudiciable à l’emploi, dès lors qu’il deviendrait plus intéressant financièrement pour l’employeur d’imposer des heures supplémentaires que d’embaucher. C’est tout le contraire d’une politique de création d’emplois et de valorisation du travail. 3. Fin des droits de successions Cette mesure favoriserait les 20 % de Français les plus aisés, qui sont les seuls à acquitter des droits de successions : le patrimoine d’un personne avec trois enfants est aujourd’hui exonéré de droits de succession en ligne directe si sa valeur est égale ou inférieure à 226 000 euros ; 4. Abaissement à 50 % du bouclier fiscal Cette mesure coûterait entre 2 et 3 milliards d’euros par an à l’État et signerait la mort de l’ISF. Elles reviendrait en pratique à exonérer totalement la quasi totalité des redevables à l’ISF du paiement de l’impôt, puisque seuls les patrimoines supérieurs à 6 millions d’euros resteraient imposables. Cette mesure, dédiée aux 350 000 foyers qui disposent d’un patrimoine supérieur à 1,2 millions d’euros, favoriserait la rente et non le travail. Avec Nicolas Sarkozy, l’argent va à l’argent ! --------------------------------------------------------------------------------
Allez, j'en rajoute :
Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt »
la suite sur http://www.alternatives-economiques.fr/petition/
Celà changera de la complainte de Contribuables et autres petits porteurs mécontents...
Maintenant, j'ai compris !
Comme beaucoup, je m'expliquais mal la popularité de Nicolas Sarkozy après 5 années d'Etat UMP.
Des mois de réflexion, de recherches dans la presse, les éditoriaux du Monde, du Figaro, de la presse d'opinion hebdomadaire... le survol des essais du moment.
Rien. Aucun argument significatif. Rien de décisif. Ni dans le bilan, ni dans le projet.
Et puis, un fait divers, relaté dans Libération du jeudi 15 mars 2007, m' a fait prendre conscience de la mesure du changement de société.
Il s'agit d'une mobilisation citoyenne qui a eu lieu à Lesparre, en Gironde.
Le 22 février dernier, alors le conseil municipal s'apprêtait à baptiser une rue du nom de l'Abbé Pierre de courageux riverains se sont levés pour s'y opposer.
Morceau choisi de leur argument massue : "Nous n'habitons pas une cité HLM. Donnez ce nom à vos centre sociaux. Au prix où nous avons payé nos maisons, nous méritons mieux."
Un autre, un brin hyprocrite : " Malgré toute notre estime pour l'abbé Pierre, ce nom devrait être réservé à ceux qui en ont besoin".
Et en filigrane, cité par le journaliste, la peur de voir leur bien se dévaluer.
Du fond du coeur, et du fond de ma rue Eugène Varlin, fier communard, je remercie ces habitants de Lesparre, Gironde.
Car ce n'est n'est certes qu'une petite connerie pour l'homme (ils s'apprêtent vraisemblablement à en faire une beaucoup plus grosse le 22 avril 2007), mais un pas de géant pour ma sociologie politique !
Malgré eux, rappelons le bilan et le projet de leur candidat.
Nicolas Sarkozy, le candidat sortant : un bonimenteur au bilan consternant
Nicolas Sarkozy gouverne le pays depuis 2002 en tant que « numéro 1 bis » de toutes les équipes gouvernementales de la Droite. Ministre de l’Intérieur et des Finances, il n’a jamais hésité à se mêler de tout, d’éducation et de justice notamment. Il préside le parti majoritaire au Parlement, le Conseil général le plus riche de France après avoir été maire de Neuilly, le ghetto des riches. Détenteur de tous ces leviers d’action, en quoi son action, depuis cinq ans, a-t-elle permis d’améliorer la situation du pays ? Au-delà de l’agitation médiatique du candidat, l’examen des faits montre qu’il a été l’un des dirigeants de Droite les plus inefficaces. Sarkozy ne peut pas échapper à son bilan. Sécurité : un bilan accablant, loin des promesses et des annonces « Je n’ai pas été nommé pour stabiliser mais pour faire reculer la délinquance. Je veux être jugé sur mes résultats et s’il n’y a pas de recul durable de la délinquance, j’en tirerai toutes les conséquences.» (Nicolas Sarkozy, 2003) - Le démantèlement de la police de proximité ; - Plusieurs semaines d’émeutes dans les banlieues menant à l’instauration de l’Etat d’urgence en novembre 2005, à cause de ses discours provocateurs ;
- Les violences faites aux personnes en augmentation sur la période, selon les chiffres du Ministère de l’Intérieur (+14% depuis 2002).
- Des statistiques « arrangées » sur instructions.
- Un sentiment d’insécurité qui ne faiblit pas dans les banlieues
- La violence politique n’a pas diminué en Corse malgré 22 visites médiatiques sur place.
- Une volonté de mettre au pas la justice, privée de moyens mais sans cesse montrée du doigt.
- Une attitude de défausse permanente sur les juges, les travailleurs sociaux, les enseignants... pour justifier les insuffisances de son action.
Finances et économie : déficits et préservation des intérêts des plus favorisés
Comme lors de son passage au Ministère du Budget, sous Balladur, Nicolas Sarkozy a été le champion de la dette et de la baisse du pouvoir d’achat.
- En 2004, le budget préparé par Nicolas Sarkozy multiplie les cadeaux fiscaux aux plus riches (ISF, héritage) mais constate une hausse globale des prélèvements obligatoires. La baisse de 5 % des prix de la grande distribution promise n’a jamais eu lieu.
- La France ne parvient plus à réduire les déficits publics. - Le déficit commercial atteint un record en raison de la baisse de compétitivité de nos entreprises. - La croissance la plus faible de la zone Euro.
- Le déficit de la Sécurité sociale explose, la dette s’accumule pour les générations futures et l’accès aux soins se dégrade.
Le candidat-sortant, ne peut pas compter sur sa gestion dans les Hauts-de-Seine pour rattraper son bilan gouvernemental :
- La précarité y a explosé, avec une augmentation des RMIstes de 50% depuis 2002.
- La moitié des villes du département n’applique pas la loi fixant à 20 % la part des logements sociaux dans les communes ; Neuilly-sur-Seine, dont il est vice-maire, en compte péniblement 3%.
Nicolas Sarkozy : un projet politique dangereux pour la France
Si Nicolas Sarkozy n’a pas de programme précis et s’il multiplie les propos contradictoires (sur les baisses d’impôt, l’euthanasie...), il dévoile pourtant, au fur et à mesure de sa campagne et malgré ses propos racoleurs, sa vraie nature.
Son projet politique est profondément
libéral et fortement autoritaire.
Appliqué, il provoquerait un conflit permanent dans la société française : entre les générations, dans le monde du travail, sur les territoires et dans la vie politique.
Ce n’est pas ce que veulent les Français.
Nicolas Sarkozy veut précariser le travail
Travailler plus pour gagner plus ? Fausse liberté, vrai frein à l’emploi
C’est l’employeur et non le salarié qui décide des heures supplémentaires, qu’il peut même imposer. « Travailler plus » est donc une fausse liberté pour le travailleur mais peut en revanche devenir une vraie contrainte.
Les entreprises auront intérêt à charger leurs salariés les plus productifs d’heures supplémentaires exonérées plutôt que d’embaucher. Cette mesure empêchera la création d’emplois stables et pénalisera les comptes de la Sécurité sociale.
Un CPE pour tous ? Le rêve de la fin du droit du travail
Nicolas Sarkozy souhaite un contrat avec une séparation sans motivation. Il parle d’un divorce à l’amiable, mais c’est le patron qui emporte les meubles. Derrière ses nombreux revirements sur le sujet, une chose est sûre : ce sera finalement la séparabilité imaginée par le MEDEF...
Nicolas Sarkozy : le renoncement et l’affrontement
Les peines planchers : après le tout répressif, le tout carcéral
Nicolas Sarkozy propose des peines automatiques. Il nie ainsi la capacité des juges de comprendre et sanctionner avec justesse. L’automatisation des peines multiplierait par trois le nombre de détenus dans des prisons déjà saturées. Elle empêcherait tout accompagnement et augmenterait ainsi le nombre de récidivistes. L’admiration de Nicolas Sarkozy pour le « tout carcéral » à l’américaine est mauvaise conseillère.
Après le démantèlement de la police de proximité, Nicolas Sarkozy prône une police des quartiers ?
Ce revirement cache mal son mauvais bilan sur la sécurité et le fait que les méthodes qu’il a imposées à la police (tout répressif, quotas d’interpellations et de gardes-à-vue...) se révèlent inefficaces.
Nicolas Sarkozy : le candidat qui protège les très grandes fortunes, pénalise les plus pauvres et affaiblit les services publics
En multipliant les promesses électorales coûteuses il veut supprimer en même temps 68 milliards de recettes publiques
Nicolas Sarkozy a promis d’alléger les impôts quatre fois plus que Margaret Tatcher : promesse démagogique et irresponsable qui aggraverait les déficits publics et la dette... Proposition injuste : baisse d’impôts en faveur des mieux lotis (suppression des droits de succession, bouclier fiscal, réforme de l’ISF), augmentation des prélèvements pour le plus grand nombre (franchise de soin pour tous par exemple). À défaut de diminuer les prélèvements obligatoires pour tous, il le fera uniquement pour les plus riches.
Non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite :
Ce qu’il ne dit pas : cela signifierait concrètement une baisse massive du nombre de professeurs dans les écoles ou d’infirmières dans les hôpitaux, de policiers dans les quartiers...alors même que cela ne rapportera que peu de chose au budget de l’Etat (moins de 5 Mds € en 5 ans).
Nicolas Sarkozy sous influence américaine
Au moment où notre pays est confronté à la mondialisation, Nicolas Sarkozy s’affirme comme le candidat du renoncement par un triple alignement :
1. L’alignement sur la politique étrangère des Etats-Unis, comme l’a si bien signifié sa visite à George W. Bush et, à cette occasion, ses propos dénonçant l’attitude arrogante de la France.
2. L’alignement de son projet au modèle économique et social anglo-saxon qui prône le chacun pour soi, comme en témoigne son dénigrement permanent du modèle français.
3. L’alignement sur le modèle sécuritaire et communautariste.
Nicolas Sarkozy : la rupture... avec la droite républicaine ?
Nicolas Sarkozy qui essaye aujourd’hui piteusement de se présenter comme l’héritier de Jacques Chirac, n’a retenu de celui-ci que l’écart entre les discours et les actes, oubliant les valeurs essentielles de la République.
Dès que la compétition à Droite se fait plus dure et que le FN commence à exercer une pression, Nicolas Sarkozy court derrière Jean-Marie Le Pen. De l’appel à donner des signatures à Jean-Marie Le Pen en passant par la création d’un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration, Nicolas Sarkozy s’éloigne de la règle d’isolement du FN qu’avait fixée Jacques Chirac. À l’évidence pour le 2ème tour, Nicolas Sarkozy sait qu’il devra d’abord compter pour son élection sur le bon vouloir du FN.
Notre bilan du candidat Nicolas Sarkozy continue :
Le vrai bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur
Il m'est souvent arrivé de citer le nombre de policiers blessés en service quand j'exerçais les fonctions de ministre de l'Intérieur : 5000 par an. C'était dans les années 1997-2000. Or, j'apprends de source officielle que ce nombre a atteint 11000 en 2006.
Chiffre impressionnant qui correspond à presque 10% de l'effectif des fonctionnaires de la police nationale.
Qu'il y ait dans notre société une montée de la violence, c'est malheureusement une évidence comme le manifeste la montée continue des agressions gratuites ou crapuleuses exercées contre les personnes et bien sûr les policiers.
Mais il y a une autre explication qui est dans la doctrine d'emploi de la police : en supprimant la police de proximité et en privilégiant la police d'intervention qui par définition ne connaît pas la population et interpelle souvent à l'aveuglette, M. Sarkozy a contribué à la montée des tensions urbaines. Son expression, à travers des mots qui portent une forte charge de violence, a aussi favorisé ce climat d'intolérance et de non-respect.
Le bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur est lourd. Rien ne l'illustre mieux que les violences urbaines de novembre 2005 ou l'émeute à la gare du Nord qui a pris hier en otage des milliers de passagers. Ce climat d'extrême tension entre la police et certaines catégories de la population n'est pas normal.
Rien ne démontre mieux la nécessité d'un « ordre juste » fondé sur des valeurs républicaines : égalité des droits – respect de la loi – police citoyenne connaissant la population et connue d'elle.
La tâche de maintien de l'ordre public n'est certes pas une chose facile : il est évident que les passagers du RER doivent payer leur billet et qu'une interpellation policière ne doit pas, si elle est effectuée correctement, entraîner une rébellion. Mais ce qui suscite la réflexion, c'est la solidarisation contre la police, en plein Paris, dans une gare hyperprotégée, de dizaines de jeunes dont il faudrait savoir s'ils se trouvaient là par hasard. De toute évidence, des paramètres plus généraux sont en cause : la dégradation du rapport entre la police et certaines catégories de la population est révélatrice du vrai bilan de l'ex-ministre de l'Intérieur.
Mercredi 28 Mars 2007
Jean-Pierre Chevènement
Après l'ex ministre, l'avis d'un utilisateur :
La Gare du Nord et la goutte d’eau
Urbanisme et urbanité
mercredi 28 mars 2007, par Lionel Labosse
Les échauffourées du 27 mars 2007 à la Gare du Nord ne m’ont pas surpris, et elles sont amenées à se reproduire de plus en plus fréquemment parce que des décideurs à mon avis incompétents ou vénaux ont laissé faire ou organisé un environnement aliénant et criminogène. Voici un certain nombre de gouttes d’eau qui, emplissant jour après jour le vase des usagers de cette gare, ne peuvent que déborder. Il m’est arrivé d’avoir envie de « tout casser » dans ce trou à rats inhumain, alors comment s’étonner qu’avec des jeunes un peu plus nerveux que moi, on en arrive à ces extrémités !
1. Observez un plan du métro de Paris, et comptez le nombre de stations de RER B au nord de Paris et au sud de Paris. Tout au sud, la station Cité internationale dépose les honnêtes citoyens directement auprès du riant Parc Montsouris ; un peu plus au nord, les stations Denfert-Rochereau, puis Port-Royal au nom si prophétique, puis Luxembourg, enfin Saint-Michel, déposent l’usager au pied de son appartement cossu. Le RER est comme un métro. Au centre de Paris, Châtelet permet de changer de ligne ou de profiter du centre commercial que naguère le maire de Paris Jacques Chirac a installé au centre de la plus belle ville du monde ; puis on a Gare du Nord pour déverser ses foules de pauvres, et point barre. 5 stations au sud, une au centre, une seule au nord. L’habitant des quartiers populaires (10e, 18e, 19e) n’a pas la chance du bourgeois des 14e et 5e arrondissements : il lui faut entamer ou terminer son trajet biquotidien dans des bus ou métros bondés, mais surtout, les centaines de milliers d’habitants de ces quartiers s’ajoutent à ceux des banlieues nord et est pour se fondre dans une des plus grandes gares du monde. Comment s’étonner alors des conséquences inévitables d’une telle concentration de personnes issues pour une grande part des classes populaires ?
2. Pourquoi traîne-t-on les pieds pour entamer les travaux pour créer des stations intermédiaires qui réduiraient cette concentration et soulageraient les usagers d’un quart d’heure à une heure de trajet par jour ? La future station de la porte d’Aubervilliers sur la ligne E est enfin programmée pour 2012 je crois, alors qu’elle est envisagée depuis une dizaine d’années. Je n’ai jamais entendu un seul politicien parisien évoquer un pendant de la station Cité Internationale au nord de la ligne B, à la Porte de la Chapelle. Les habitants des quartiers populaires et populeux du XVIIIe et du XIXe, qui fournissent pourtant un grand nombre des travailleurs à bas salaire de la zone de Roissy (ou de la Plaine Saint-Denis, etc.), sont obligés de descendre Gare du Nord, puis de remonter sur Roissy. Ce sont peut-être leurs enfants qui ont causé les émeutes. Il est vrai que ces parents qui rentrent tard et épuisés du travail, et pour cause, ont sans doute moins le temps de s’occuper de leurs enfants que les riverains de la station Port-Royal.
3. Les récents travaux d’aménagement de la Gare du Nord, en sous-sol puis en surface, n’ont pas consisté en l’amélioration de la vie des usagers, mais à créer de toutes pièces un immense centre commercial souterrain, avec entre autres un Monoprix et la litanie des franchisés qui pourrissent déjà tous les centre-ville de toutes les villes de France ; avec sans doute dans le cahier des charges secret, de retarder au maximum la création d’autres stations, pour pourvoir aux actionnaires de ces magasins le maximum de clientèle. J’ai tendance à ne pas les plaindre, et si je ne me réjouis pas des émeutes, parce que j’en serai forcément la victime un jour ou l’autre, je constate tous les jours ce qu’on aurait dû faire pour éviter cette situation, et qu’on a fait exactement le contraire. Comment peut-on avoir tout fait pour retenir un maximum de gens dans ce sous-sol glauque, pour enrichir les actionnaires des chaînes de distribution, et s’étonner que des jeunes aiment s’y réunir ? Les travaux qu’aurait engagés un véritable service public, au lieu de créer un centre commercial, auraient consisté par exemple à créer une sortie directe à l’extrémité nord des quais. (Je ne parle pas de la belle vitrine du parvis, mais de ce qui se cache en sous-sol, la où grouillent les banlieusards des lignes B, D, E). Au lieu de cela, l’usager est obligé d’emprunter le couloir interminable de correspondance avec la station La Chapelle de la ligne 2. Un couloir avec des angles morts, où les caméras n’empêchent pas les agressions. Les flux ainsi créés permettent de transformer l’usager de la SNCF en client captif. La sortie par ascenseurs côté rue du Faubourg Saint-Denis, propose des appareils inadaptés, en verre, à fonctionnement manuel, donc constamment cassés et en panne pendant des semaines, voire des mois. On peut se demander pourquoi, dans un lieu de passage si intense, la SNCF n’a pas installé des ascenseurs à fonctionnement automatique, avec habillage métallique et non en verre, beaucoup moins fragiles, comme il y en a par exemple à la station Auber (RER A).
4. On peut évoquer encore le type de rames choisi pour le RER D : longues rames à deux étages, avec seulement 2 portes, qui créent des bousculades quotidiennes et ralentissent le trafic et les voyageurs. Erreur rattrapée pour les rames plus modernes du RER B (un seul étage et 4 portes) et du RER E (deux étages et 3 portes), mais pendant combien d’années les usagers de la ligne D (la ligne la plus populaire et la plus bondée de toutes, comme par hasard) vont-ils supporter ces bousculades créées par un matériel inadapté ?
5. Il faudrait aussi réfléchir à un moyen pour que tous les clochards et toxicomanes du nord de Paris n’investissent pas les escaliers et quais de cette immense gare. On réfléchirait utilement à la décision à mon avis stupide de la RATP de supprimer les sièges des stations de métro des quartiers nord de Paris. Par exemple à la station Marx-Dormoy, il n’y a pas un seul siège, soi-disant pour éviter les personnes indésirables. La RATP n’aurait jamais osé agir de cette manière dans le XVIe arrondissement. Comme si, dans les quartiers nord, il n’y avait pas non plus de personnes âgées et de femmes enceintes qui auraient besoin de sièges. Mieux, savez-vous comment s’appellent ces appuie-fesses inconfortables qui prolifèrent dans nos stations de métro pour empêcher qu’on puisse s’asseoir confortablement ? Des « appuis ischiatiques » (sic !). Je l’ai su pour avoir écrit à la RATP à l’époque où une adresse courriel était affichée. Maintenant, ce n’est plus possible, il faut se perdre dans des « FAQ » (lire à l’anglaise) ou des numéros de téléphone surtaxés. Le problème est qu’en agissant ainsi, toutes ces personnes se concentrent à Gare du Nord. Les habitants des quartiers populaires sont toujours plus mal servis que les autres. Par exemple la station citée ci-dessus est actuellement en travaux pour remplacer l’escalier mécanique, ceci jusqu’en juin 2007 (alors qu’elle avait déjà été fermée pour rénovation il y a trois ans !) L’unique escalier d’accès, réduit à 1m50 de large, engendre des bousculades tous les jours, parce que cette station est une des plus fréquentées de Paris, mais jamais on n’a investi dans la création je ne dis pas d’une sortie à l’autre bout de quai, pourtant fort nécessaire, mais simplement d’un autre escalier qui éviterait de traverser le carrefour gris et dangereux baptisé ironiquement « Place Paul Eluard ». On pourrait faire un effort, quand on compare avec le luxe inouï que la RATP a déployé pour creuser d’immenses tunnels déserts pourvus de luxueux trottoirs roulants pour créer des accès directs aux Galeries Lafayette depuis le RER E à Saint-Lazare.
6. Les usagers de la Gare du Nord habitant ou travaillant dans le quartier n’ont pas digéré l’escroquerie dont ils ont été victimes il y a une dizaine d’années, quand les billets terminus en gare du Nord (pareil pour les autres gares) ont été supprimés, avec obligation d’acheter un billet couplé train + métro dit « section urbaine ». En outre, ces billets obligent à utiliser le métro et non le bus. Dans le cas de Marx-Dormoy, au lieu de prendre le 65, direct et rapide aux heures creuses, il faut prendre le métro n°4 pour 3 stations, puis emprunter l’interminable couloir de Marcadet-Poissonniers, puis la ligne 12 pour une station, tout ça pour ne pas se faire arnaquer d’un billet qu’on nous a forcé à acheter. Autre escroquerie, quand vous avez une carte orange et que vous voulez dépasser votre zone, depuis quelques années, il faut payer le trajet entier. Avant, on ne payait que le dépassement. Les adultes des classes populaires ont accepté ça sans broncher, mais sans doute leurs enfants ont-ils entendu leurs récriminations, jour après jour, depuis des années…
7. Enfin, cerise sur le gâteau, depuis plusieurs années, sur les quais des stations de RER E et B, depuis la gare du Nord ou Haussmann jusqu’en terminus de réseau, est diffusé sans aucune interruption, le programme d’une radio commerciale privée, informations et publicité comprises, en l’occurrence RFM. Le volume est suffisamment élevé pour qu’une personne normalement constituée ne puisse plus se concentrer sur aucune autre activité intellectuelle, par exemple lire un livre. Vous me direz : « Quelle importance, puisqu’il s’agit uniquement de l’attente du train ? » Je vous répondrai que, si l’on rate un train en soirée, et que le train suivant est annulé, ce qui, si l’on est un utilisateur quotidien, vous arrive au moins une fois par semaine, cela entraîne entre quinze et trente minutes d’attente sur le quai. Trente minutes, quand on a entre les mains un livre passionnant et dans les oreilles une ritournelle dont on n’a aucun moyen de se protéger, certains spécialistes de la torture n’auraient guère imaginé plus sadique comme conditionnement. De plus, la radio choisie est RFM, une radio privée qui appartient sans doute encore au groupe Lagardère.
Les gens qui ont décidé d’obliger les usagers de la Gare du Nord à écouter la radio d’un vendeur d’armes, ou qui ont laissé faire, sont sans doute parmi les premiers à s’offusquer des émeutes. Quant à moi, quand on me parle de violence et de délinquance, j’ai tendance à étendre le concept, et à chercher des solutions. Je sais bien que l’on va me traiter de doux rêveur politiquement correct. Je ne nie pas que nous sommes dans une époque de brumisation. Je me souviens du drame du stade du Heysel en 1985. Certes, on peut, au café du Commerce, gloser sur la sauvagerie des supporters de football comme sur celle des jeunes usagers de la Gare du Nord. Un commentaire pourtant m’avait marqué : si les sorties du stade avaient été protégées par des larges colonnes de béton situées devant et non sur le côté des portes, les gens ne se seraient pas écrasés les uns les autres. Du lien entre urbanisme et urbanité… À voir s’accumuler ces gouttes d’eau, on ne s’étonne pas que le vase déborde. En résumé, après avoir laissé hurlé les loups, si vous voulez réduire le nombre d’émeutes, construisez de nouvelles gares plus respectueuses des flux de voyageurs, de nouvelles sorties, utilisez un matériel plus adapté, encouragez la SNCF et la RATP à rester des fournisseurs de transports et non des fournisseurs de clients pour des centres commerciaux.
Par Lionel Labosse, le 28 mars 2007.
tiré du site http://www.altersexualite.com/
Un thème de campagne oublié....
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Manifeste progressiste
pour la défense de la langue française Georges Hage , député du Nord, doyen de l’Assemblée nationale, et Georges Gastaud , philosophe, auteur de la Lettre ouverte aux bons Français qui assassinent la France (Temps des cerises, 2005) et 145 militants politiques et syndicaux, anciens résistants, écrivains, ouvriers et employés, artisans, étudiants, écrivains, enseignants, ingénieurs, chercheurs… appellent les travailleurs manuels et intellectuels, les étudiants et les démocrates à la résistance sociale, politique et… linguistique ! Défendons
la langue française contre la langue, la pensée, la politique et l’économie uniques ! Si incroyable que cela paraisse, la langue de Molière et de Racine, de Descartes et de Pascal, de Diderot et de Rousseau, de Victor Hugo et de Rimbaud, de Proust et d’Aragon, de Jeanne d’Arc et de Louise Michel, de Prévert et de Brassens, de Lavoisier et de Langevin, de Piaget et de Lacan, d’Aimé Césaire et de Mouloud Feraoun, la langue dans laquelle furent écrits le Discours de la méthode et la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, la langue native de la Marseillaise et de L’Internationale, la langue française est en danger. Non seulement elle est de plus en plus privée des moyens nécessaires à son rayonnement international, mais elle est assiégée en France, en Europe et dans nombre de pays francophones par des groupes politiques, économiques et idéologiques liés au grand patronat; c’est que ainsi le Baron Seillière, l’ex-patron du MEDEF devenu président de l’UNICE (le syndicat patronal européen) a fait officiellement part à Bruxelles de sa décision de promouvoir l’anglais comme unique « langue des affaires et de l’entreprise » ; relayant ce choix patronal, des forces puissantes, qui ont la haute main sur la direction de l’UE, s’acharnent à faire de l’anglais la langue officielle unique de l’Europe des 30. En France même, cer-tains états-majors du CAC 40 communiquent en anglais « à l’interne »… en attendant de pouvoir imposer la chose à l’ensemble de leur personnel ! Le français est menacé par l’industrie américaine de la chanson et du spectacle qui impose ses normes unilingues jusque dans les titres jamais traduits des films made in Hollywood avec l’objectif d’unifier linguistiquement le marché mondial de la culture et d’en éliminer les productions non anglophones. Le français est menacé par une bonne partie de la « France d’en haut », qui répudie la nation républicaine, déchire son « modèle social » et vomit tout ce qui évoque les luttes passées et présentes pour une République sociale, laïque et démocratique. Fascinée par ce que le monde anglo-saxon a de pire, cette « élite » méprise son peuple, coupable de garder au cœur l’héritage des Lumières et de la Révolution, de la Commune et du Front populaire, de la Résistance et de Mai 68 ; en adoration devant l’Europe supranationale et la mondialisation néo-libérale, ladite « élite » veut anéantir tout ce qui, de la langue nationale à l’histoire commune, permet aux travailleurs et aux citoyens de s’unir pour résister au néolibéralisme prédateur. Le français est menacé par un Conseil constitutionnel qui autorise les transnationales à submerger le marché français de produits dont l’emballage et le mode d’emploi sont exclusivement rédigés en anglais. Le français est menacé par un Conseil Supérieur de l’Audiovisuel complaisant, qui laisse les chaînes publiques et privées ignorer la création française et internationale non anglophone tout en multipliant les publicités en anglais destinées à la jeunesse. Le français est menacé par la direction de l’Education nationale qui réduit les horaires de français, marginalise les langues anciennes et régionales et qui impose de fait l’anglais utilitaire comme unique langue étrangère première. Le français est menacé par le snobisme de ceux qui cherchent à se placer au-dessus de leur peuple en faisant parade de ce qu’ils croient être de l’anglais et qui n’est en fait que du globish ou pire, du franglais, ce sabir qui ridiculise ceux qui l’emploient auprès des vrais anglophones. Le français est menacé par l’aliénation de nombreux consommateurs qui n’écoutent que de la chanson anglo-saxonne et qui ignorent tout ce qui se crée dans les parties non anglophones du monde. Le français est menacé par des mouvements séparatistes qui prennent prétexte de la défense des langues régionales (lesquelles peuvent jouer un rôle, à côté du français, pour résister à l’uniformisation culturelle) pour promouvoir « l’Europe des régions » au détriment de la République une et indivisible. Cette menace n’est pas seulement linguistique : elle est idéologique et politique puisqu’elle sape ces valeurs progressistes que sont la souveraineté des peuples, la liberté de pensée, la pluralité des cultures, l’attachement au progrès social, la coopération pacifique entre peuples égaux : ainsi, laisser assassiner le français, et avec lui la littérature, le théâtre, la philosophie, la chanson, le cinéma et la science d’expression française, c’est capituler devant l’idéologie insidieusement totalitaire de la mondialisation néo-libérale qui règne encore plus « naturellement » quand elle est portée « spontanément » par la prétendue « langue de l’avenir ». Quand demain tous les jeunes Français ne baragouineront plus que le basic english à l’entreprise, quand ils ne répondront plus dans nos rues qu’en globish aux étrangers européens (auxquels on n’enseignera plus dans leurs pays que cet idiome en guise de langue étrangère), le français sera réduit au rôle de langue domestique ; l’heure aura sonné de son extinction ou de sa momification sous la forme d’une langue morte, dite « de culture », réservée à cette même « élite»… qui l’aura assassinée ! Que restera-t-il alors de la France et de l’idéal républicain qui l’inspire depuis deux siècles ? Quelle déchéance, quelles humiliations subira alors, cette majorité de Français et d’immigrés qui continueront à parler français en France, soit par choix, soit parce que leur situation sociale les exclura de tout accès au nouveau code mondialisé de la domination? Mais ce n’est pas seulement pour défendre le peuple de France et la francophonie, gravement menacée en Wallonie, en Suisse romande, au Québec, etc., qu’il faut que se développe un mouvement populaire de défense du français. Si le français, l’une des langues les plus « reconnues » au monde, est attaqué en France même, quelle autre langue n’est-elle pas en péril de mort, notamment dans le tiers-monde ? A travers le français, c’est le droit à la différence culturelle, politique et idéologique que met en cause mondialement une entreprise totalitaire qui menace l’humanité d’un appauvrissement sans précédent. D’ailleurs, la langue anglaise et ses prolongements américains périraient à leur tour si le français finissait par sombrer ; car le globish est moins une langue, porteuse d’histoire, de poésie, de sentiments, de pensée, d’expérience humaine en un mot, qu’un code commercial idéologiquement chargé dont le rôle insidieux est de normaliser le marché des idées. C’est pourquoi nous appelons notre peuple et sa jeunesse à la résistance linguistique. Cet appel s’adresse d’abord au monde du travail, car l’éviction programmée du français de la sphère économique prépare et accompagne le démontage de l’industrie nationale, des entreprises nationalisées et des conquêtes sociales. Notre appel s’adresse donc aux travailleurs salariés, à leurs organisations politiques et syndicales, dont certaines mènent déjà l’action collective contre les tentatives d’évincer la langue française de la communication interne des entreprises. Le présent appel interpelle les jeunes, « précaires », chômeurs, étudiants, lycéens, qui ont montré leur capacité de résistance sociale et idéologique, mais qui restent la cible privilégiée des ennemis de notre héritage linguistique. Le manifeste s’adresse aux agriculteurs, artisans, petits commerçants et membres des professions libérales dont la responsabilité est d’obliger les marques à respecter la clientèle francophone et à travers elle, l’existence même d’un marché national et local dont dépend l’existence même de la petite et moyenne entreprise. Le manifeste interpelle également les intellectuels, enseignants, chercheurs, ingénieurs, créateurs, écrivains, journalistes, producteurs d’émissions audiovisuelles, qui ont la charge de transmettre notre héritage en l’ouvrant sur l’avenir. En particulier, nous demandons aux chercheurs de publier et de communiquer en français, a fortiori s’ils exercent leur métier en France, quitte à exiger de l’Etat qu’il fournisse les moyens nécessaires pour traduire et de diffuser, si nécessaire, les articles scientifiques en anglais. Nous interpellons aussi les travailleurs immigrés qui nous font l’honneur de vivre en France, de parler français ou d’apprendre cette langue. Pas plus que nous n’opposons la défense du français à la langue anglaise en tant que telle, nous n’opposons le français aux langues arabe, berbère, swahili, wolof, etc.: certes, le français est, ou a pu être utilisé comme une arme de ségrégation par les colonisateurs et certains Etats néo-coloniaux; par principe, nous soutenons donc tout effort visant à permettre aux peuples anciennement colonisés d’étudier, d’écrire et de créer dans leurs langues maternelles respectives ; nous ne sommes pas non plus hostiles aux efforts pour diffuser une langue internationale indépendante telle que l’espéranto. Mais d’abord, ce n’est pas la langue française qui est coupable de l’usage qu’en ont fait les colonisateurs ; et aujourd’hui, ce n’est pas le français, lui-même assiégé par l’anglo-américain, qui menace la diversité linguistique dans le tiers-monde ! Au contraire, il nous est insupportable que le « l’usage domestique » du français serve de critère au ministre de l’Intérieur pour chasser de France des familles africaines pauvres… alors que le pouvoir en place laisse les conseils d’administration de grandes sociétés françaises (et même de certains états-majors militaires !) se tenir en anglais sur notre sol ! Nous appelons aussi les citoyens étrangers épris d’humanisme à soutenir notre action ; cela concerne ceux qui pratiquent le français, ceux qui, sans parler français, veulent défendre une langue qui appartient au patrimoine de l’humanité, ceux qui voient dans la défense du français un rempart contre la langue mondiale unique. Enfin, nous invitons les amoureux de l’Europe des échanges culturels à défendre le français sans confondre la « construction européenne », triste résultat des traités néo-libéraux et supranationaux, avec le projet universaliste initialement porté par l’« Europe des Lumières ». Pour défendre le français, les signataires du présent manifeste constitueront un Collectif populaire de résistance linguistique ; il recensera, analysera et dénoncera les agressions politiques, économiques, publicitaires, médiatiques, contre la langue française (il ne s’agit pas de pointer les « fautes de français », la création verbale, les parlers régionaux ou argotiques… nous ne sommes pas des puristes !). Il proposera et promouvra des expressions françaises là où la domination commerciale des Etats-Unis impose des expressions américaines. A partir de son objet propre, ce Collectif interviendra auprès des travailleurs en lutte contre les délocalisations et les dénationalisations... De même, dans l’esprit unitaire du 29 mai 2005 (date du référendum qui permit au peuple français de refuser la constitution européenne), ce Collectif interviendra de manière non politicienne dans les débats sociaux, politiques, culturels et sociétaux. Il soutiendra toute action visant à empêcher l’anglo-américain de s’ériger en langue unique « des affaires et de l’entreprise ». Il interpellera et au besoin, dénoncera, les décideurs politiques, économiques, médiatiques, qui « accompagnent » le déclin planifié du français. De même, ce comité militera-t-il pour que la francophonie, d’outil néo-colonial qu’elle fut (et reste pour une part ?), devienne un outil international de résistance en alliance avec tous les peuples qui veulent défendre leur langue sans opprimer d’autres groupes linguistiques. Le comité dénoncera les publicités en anglais, exigera que les titres des films américains soient, sauf cas particuliers, traduits en français ainsi que la dénomination et le mode d’emploi de tout produit importé; il pourra appeler au boycott des marques et des magasins qui privilégient l’anglais dans leur intitulé ou leur communication en direction du public francophone. Le comité exigera également que l’enseignement des langues étrangères, mais aussi, celui des langues régionales et des langues anciennes, soit élargi et diversifié à l’école, dans le Second degré et à l’Université. Enfin, le comité militera pour que l’enseignement du français soit rétabli dans toute sa force, car la maîtrise par tous de la langue nationale est la clé de la citoyenneté. ------------------------------------------------------------------------------------------ Je soutiens ce MANIFESTE – à renvoyer à Georges Gastaud, 10 rue Grignard, 62300 Lens ou gastaudcrovisier2@wanadoo.fr NOM/PRENOM QUALITE ADRESSE POSTALE ET INFORMATIQUE SIGNATURE SOUSCriptION Les 160 premiers appelants
Adrienne Achilli, PRCF (13), Georges Aillaud, ingénieur (93) ; Henri Alleg, journ. communiste, écrivain, milit. anticolo-nialiste (91) ; Daniel Antonini, anim. Internat. PRCF ; Albert Aoust, prof. lettres clas. (43) ; Henri Aprin, artiste-dessinateur, PRCF-13 ; Françoise Bachelard, prof. de lettres (43) ; René Ballet, écrivain, a. grand reporter à L’Humanité ; Simone Ballet, universitaire ; Claude Beaulieu, pdt Comité Valmy (06) ; Ali Bendris, ouvrier, CGTE-Dalkia (93) ; Marcel Beziau, agrégé de lettres; Danielle Bleitrach, sociologue, Univ. Aix-Marseille ; Marianne Bonnebaud, resp. nat. MODEF (syndicat agricole) (84); Abdel Bouazzi, ouvrier, Tunis ; Jacqueline Boutine, pdte Com. sociale AG2R, admin. Crédit Mutuel Provençal, ex-vice-pdte du Grand Conseil de la Mutualité (13) ; Michelle Belot, cons. mun. Loos-en-Gohelle (62) ; Roger Bordier, écrivain ; Pierre Bouis, maire-adj. de Florensac (34) ; Etienne Broillet, Neuchâtel, Suisse ; Stéphanie Brulin, prof. de lettres (62) ; René Calamel, resp. MODEF 84 ; Philippe Capdeville, ouvrier, CGT-E-Dalkia ; Joëlle Carpentier, biblio-thécaire ; Jean Carassus, secr. gén. Gauche républicaine, maire de Vaux-le-Pénil (77) ; J.-François Chalot, pdt de l’UFAL 77 ; Annette Charpentier, enseign., synd. CGT ; Jean-Pierre Chevènement, a. ministre, Paris ; Evariste Chiorri, commerçant (83) ; Robert Clavijo, mil. écolo. et souverainiste (34) ; Gérard Cohen, médecin gén., Marseille : Rachel Choukroun, pdte Fem. en noir Marseille ; Jacques Coignard, a. ouvrier métal., co-pdt du Pôle de Renaissance Communiste en France (22) ; Marcel Collet, mil. CGT retraités (53) ; Jean-Pierre Combe, ingénieur, a. polytechnicien (19) ; Jean-Marc Coppola, secr. fédéral PCF-13 ; Francis Combes, poète, éditeur, mil. communiste (93) ; Michèle Crovisier, prof. de math. 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Théâtre Tourski (Marseille) ; Dominique Mazire, prof. de lettres clas., mil. comm. ; Michel Mélinand, ingénieur, PCF (95) ; Jean Metellus, écrivain ; Michel Meurdesoif, prof. de collège (59) ; Jean-Claude Meuriot, médecin-inspecteur général de Santé publique honoraire (06) ; Dany Mismacque, médecin, cons. mun. Lens; Frédéric Moncomble, prof. d’anglais (62) ; Aymeric Monville, éditeur, mil. comm. (75) ; Alexandre Moumbaris, Directeur de publication (93) ; Laurent Nardi, prof. de lettres, syndic. (74) ; Simone Nicolo-Vachon, a. résistante, dir. journal Le Citoyen (44) ; Monique Nivet, a. prof. d’EPS (59); Marc Ogeret, chanteur ; Jacky Omer, synd. cheminot (92) ; Christian Orlovier, ouvrier, syndic. (62) ; Jean-Michel Padot, cons. mun. Bully-les-mines ; Bernard Paillot, cons. mun. de Gauchy, a. cons. régional de Picardie (02) ; Bernard Parquet, syndic. EDF (94) ; Christophe Patte, prof. EPS, a. international de Volley (34) ; Gaston Pellet, mil. anti-impérialiste (30) ; André Picciola, écrivain, historien, pdt des Amis d’Henri Barbusse ; Serge Piedplat, dél. CGT-métallo abusivement licencié par la multinationale Hawker (62); Pierre Pranchère, a. FTP, député honor., a. eurodéputé (19) ; Nicolas Pomiès, secr. nat. de l’Union des Familles Laïques ; Nicole Remmery, méd. hospitalier (62) ; Jean Réveillac, ouvrier marbrier, mil. internationaliste (32) : Marie Ribbens, inspectrice du travail (59) ; Jean de Rohan-Chabot, synd. SNES (58) ; Françoise Roncheray, prof. agrégée d’anglais en classe prépa. (59) ; Alain Ruscio, historien, spécialiste histoire coloniale ; Gilberte Salem, prof. de lettres retr., milit. anticolonialiste (91); Jany Sanfelieu, prof. de lettres clas., maire-adj. Dannemoine ; Bruno Sinagoga, synd. CGT-E/Dalkia ; Jean-Pierre Sinkiewicz, prof. de physique, syndic. (62) ; Laurent Secco, prof. d'allemand (43) ; Guillaume Suing, agrégé biologie-géologie (59) ; Roger Sylvain, ouvrier retr., ex-admin. salarié, ex-resp. CGT Renault ; Bernard Teper, pdt de l’UFAL ; Patrick Tort, direct. Institut Charles Darwin, lauréat de l’Acad. des sciences ; Franck Vandeputte, instit., synd. (15) ; Pierrette Varéa, artisan du bât. (34) ; Yves Vargas, philosophe (93) ; Nicole Vaur, prof. de math., synd. (81) ; Marc Vieillard, journaliste ; Maxime Vivas, écrivain ; Théo Vogt, géomorphologue, retr. CNRS; Robert Vossion, infographiste, a. secr. PCF Harnes ; Jean Vottero, infirmier D.E. (73) ; Karine Van Wynendaele, synd., agrégée d’histoire ; Amaury Vazé, ouvrier, synd. (62) ; Berthe Weinstein, fille de déporté à Auschwitz, mil. PCF et Secours pop. ; Max Weinstein, a. résistant de l’Union de la Jeunesse Juive-zone Sud, PCF. PS/ pour mesurer le siège que subit la langue française, il est conseillé de lire le livre de Cl. Hagège, Combat pour le français (O. Jacob 2005) ainsi que le compte-rendu de ce livre dans Initiative communiste sous la signature de Vincent Flament, juillet 2006 (199 rue Zola, 62800 Liévin). ------------------------------------------------------------------------------------------ Nouvelle liste ouverte le 14-01-07 : soit 185 signataires Régis Ravat, resp. CGT de Carrefour / Nîmes-Sud (30) ; Sylvain Marsaud, ouvrier métallurgiste, syndic. CGT (92) ; Arsène Tchakarian, FTP-MOI du groupe de Missak Manouchian, chevalier de la Légion d’honneur ; René Roussel, a. résistant ; chevalier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre ; Lina Girelli, retraitée ; Gilda Guibert, prof. agrégée d’histoire; Max Lecante, chef d’entreprise (24) ; Raphaël Riquéna, prof. à l’Université du Mirail (31) ; René Gilli, a. dirigeant FTP, chevalier de la Légion d’honneur, médaille de la Résistance, chevalier de l’Ordre du Mérite (06) ; Patrick Montorcier, prof. d’histoire ; Claude Cossard, chef de service (92) ; Ginette Gonella, retraitée ; Marcel Langrand, chef d’entreprise (92) ; Paul Haget, chef de service ; Georges Le Dortz, retraité ; Marcel Saint-Etienne, retraité ; Alain Leriche, retraité (92) ; Emile Lenoble, retraité (92) ; Frédéric Rogalewicz, prof. de philosophie (62) ; Annie Crovisier, prof. d’Education physique et sportive (62) ; Françoise Guichard, prof. de lettres classiques en CPGE (13) ; Claude Vinci, auteur-compositeur-interprète (75) ; Anne Krier, styliste (75) ; Léo Purguette, étudiant journaliste, UEC et PCF (Maroc) ; Denis Foucambert, Université de Montréal ; Jacqueline Fraysse, députée (92) ; Anne Thomas, prof. de SVT, syndicaliste (62) ; Guy et Denise Choisi, retraités (13) ; Jacques Vignaux (84) ; Elise Fouquet (84) ; Gabriel Casadesus, infirmier, PRCF (32) ; Mathieu Casadesus, ouvrier charpentier (32) ; Alain Rondeau, milit. PRCF (78) ; Gisèle Rondeau, milit. CGT (78) ; Robert Rondeau, a. résistant (FNIF), maire honoraire de Guyancourt, PRCF (78) ; Paulette Rondeau, a. chef de service ASEM (78) ; Viviane Vandeputte, instit. retr. (34) ; Christian Lamarque, agrégé des Lettres, retr., PRCF (78) |
Paris le 1er octobre 2007
COMITÉ CONTRE LA RATIFICATION
DU PROTOCOLE DE LONDRES
LA GRANDE MANIPULATION DU MEDEF
SUR LE PROTOCOLE DE LONDRES
POUR IMPOSER LE TOUT ANGLAIS AU PROFIT
DES GRANDES ENTREPRISES INTERNATIONALES
Le gouvernement et les élus de l’Assemblée nationale se sont fait abuser par une grande manipulation du MEDEF qui a instrumentalisé le coût soi-disant exorbitant de la traduction des brevets pour imposer, à travers le protocole de Londres, le tout-anglais dans la recherche. Il en résultera une très forte fragilisation des PME françaises dans la protection des résultats de leur recherche, au plus grand profit des grandes entreprises internationales.
Tout le « lobbying » du MEDEF depuis près de 10 ans, d’abord auprès du gouvernement socialiste de l'époque (2001), puis auprès du Gouvernement actuel, en faveur du protocole de Londres, est fondé sur la demande de réduction du coût soi-disant exorbitant de la traduction : ces frais de traduction constitueraient, d’après lui, 40 % du coût du dépôt des brevets. C’est le chiffre repris constamment par le Gouvernement et tous les partisans du protocole. D’où ce chiffre vient-il ? Personne ne le sait. Et le MEDEF est incapable de le justifier, sinon dans un cas de figure particulier que nous allons expliciter. C’est en fait un chiffre faux, instrumentalisé par le MEDEF pour justifier la nécessité de supprimer la traduction des brevets, soi-disant pour favoriser le développement de la recherche dans les PME alors qu’il va favoriser le tout-anglais et les grandes entreprises qui déposent beaucoup de brevets. Cette technique de négociation employée par le MEDEF est connue sous le nom de la méthode des « faux pivots » : le MEDEF fait semblant de négocier sur un point en apparence majeur (le coût de la traduction) alors qu’en fait son but caché est d’obtenir autre chose de bien plus important : imposer en Europe le tout-anglais dans la recherche et le droit des affaires.
LE MENSONGE SUR LE COÛT DE TRADUCTION DES BREVETS
Pour connaître le coût d’un brevet, et en particulier celui de la traduction, il suffit d’interroger l’OEB qui a fait une étude récente fondée sur une enquête auprès de plus de 200 entreprises. Cette étude est disponible sur le site de l’INPI. Ses conclusions sont édifiantes : le coût de la traduction est, en moyenne, inférieur à 15 % du coût total du dépôt. Le coût moyen du dépôt d’un brevet est ainsi de 32 000 euros, dont 4 600 euros, en moyenne, pour la traduction (sur la base d’un dépôt de brevet de 18 pages dans 6 pays et pour 10 ans). Certes, ce n’est pas négligeable. Mais c’est sans commune mesure avec les autres postes de coûts du dépôt de brevet et en particulier le coût des taxes prélevées par l’OEB qui représentent 5 à 6 fois le coût de la traduction, soit l’essentiel du coût du dépôt des brevets. Les résultats de cette étude ne sont pas étonnants mais jamais évoqués par les partisans du protocole de Londres car ils remettent en cause toute l’argumentation du MEDEF et du Gouvernement. Aux taxes prélevées par l’OEB, il faudrait aussi rajouter pour les entreprises françaises les taxes ensuite prélevées par l’INPI. De cette double taxation personne n’en parle non plus.
LE VRAI COÛT D'UN BREVET POUR UNE PME
Il suffit de faire un petit calcul simple à partir de chiffres facilement vérifiables, en allant interroger les traducteurs et les cabinets de conseils en propriété industrielle.
Une page de traduction de brevet (environ 300 mots à 0,20 euro/mot) est facturée 60,00 euros par un bureau spécialisé en dépôts de brevets, soit 900,00 euros par langue pour un brevet de 15 pages, cas le plus fréquent pour une PME.
Une PME française qui dépose un brevet en français devra donc en moyenne consacrer 900 euros ´ 2 = 1 800 euros pour la traduction dans les deux autres langues officielles (anglais et allemand), pour une protection sur 10 ans, soit 1 800 euros/10 = 180,00 euros par an et pour deux langues ! C’est incontestable. Cette somme de 1 800 euros pour la traduction, cas le plus fréquent pour une PME, représente à peine pour elle 10 % du coût total du brevet. Ainsi l’enjeu économique du protocole de Londres pour les PME est marginal.
Par contre, l'enjeu juridique est considérable. Ce protocole placera ces petites entreprises, par la généralisation du tout-anglais dans les dépôts de brevets, dans une insécurité juridique qui va les fragiliser considérablement et les découragera encore plus de déposer des brevets. Pourquoi le MEDEF se bagarre-t-il alors si ardemment pour diminuer le coût de la traduction des brevets (1 800 euros pour une PME) ? Parce que l'enjeu pour le MEDEF n’est pas dans la défense des PME mais au contraire de favoriser les grandes entreprises.
POURQUOI LES GRANDES ENTREPRISES SERONT-ELLES LES GRANDES GAGNANTES DE CE PROTOCOLE DE LONDRES ?
Alors, d’où vient le chiffre de 40 % avancé par le MEDEF pour le coût de la traduction, sans aucune preuve et que tout le monde a accepté sans en vérifier l’exactitude ? Ce chiffre est vicieux car pas complètement faux. Il correspond par exemple aux coûts de traduction des grands laboratoires pharmaceutiques qui déposent des brevets comportant plusieurs centaines de pages et dans de très nombreuses langues, hormis celles qui sont officielles. Pour ces entreprises, le coût de la traduction peut en effet atteindre 40 % du coût du brevet. Et par miracle, c’est le chiffre avancé par le MEDEF ! Plus c’est gros, plus ça passe ! Le MEDEF prend un cas exceptionnel et limite, représentatif de celui des grandes entreprises internationales, et laisse croire que c’est celui payé par les PME : c’est la technique bien connue de l’amalgame. On fait semblant de défendre les petites entreprises pour défendre en réalité les intérêts des grosses, ce qu’on ne peut pas reprocher au MEDEF. Mais pourquoi la CGPME et le Gouvernement les suivent-ils aveuglément ?
Les grands gagnants de ce protocole de Londres, ce seront aussi les grandes entreprises multinationales qui déposent annuellement des dizaines, voire des centaines de brevets, soit pour se protéger de la concurrence, soit, en raison de la technique du « bouquet », pour étouffer les initiatives des PME qui prétendraient jouer dans la cour des grands. Un petit gain sur chaque traduction d’un brevet est d’autant plus intéressant que le nombre de brevets déposés et le nombre de pages du brevet sont élevés. On mesure l’enjeu économique pour Philips qui a déposé 4425 brevets en 2006, pour Samsung 2355, Siemens 2319, Mitsushita 1529, LG Electronics 1214, Sony, 1088, General Electrics 768, 3M 601 brevets, etc.
Inversement, les PME qui déposeront seulement quelques brevets, avec un nombre de pages moyen, plutôt faible, au cours de toute leur vie, n’économiseront que quelques centaines d’euros avec la suppression des coûts de traduction que prévoit le protocole de Londres.
POURQUOI LE MEDEF NE DÉNONCE-T-IL PAS LES COÛTS EXORBITANTS DES TAXES PRÉLEVÉES PAR LE MEDEF POUR DIMINUER LE COÛT DES BREVETS ?
Pour diminuer le coût des dépôts de brevets, ce qui est un objectif louable, il suffirait de diminuer le montant des taxes prélevées par l’OEB, qui représentent la plus grosse partie des coûts. Si les coûts de dépôts des entreprises aux États-Unis sont beaucoup plus faibles qu’en France, comme le répète à l’envie le MEDEF, c’est parce que es taxes de l’Office américain des brevets sont en effet beaucoup moins élevées. Pourquoi, le MEDEF ne dénonce-t-il pas les taxes de l’OEB, lui qui est tellement revendicatif sur toutes les taxes et impôts ?
LES COÛTS EXORBITANTS DE L’OEB
L'OEB est devenu une véritable entreprise de services pour ses clients, majoritairement les grandes entreprises internationales qui le font vivre. Les tarifs sont à la hauteur de ces services. Il suffit d’aller sur le site de l’OEB pour constater le coût exorbitant des taxes prélevées :
(cf. site OEB ci-dessous : epoline)
Taxe d’examen : 1 335 euros
Taxe de délivrance : 750 euros
Taxe de recherche internationale : 1 615 euros
Taxe pour recherche européenne : 1 000 euros
Taxe de délivrance de brevet + impression (35 pages max) : 750 euros
Taxe d’impression (photocopies), pour chaque page à partir de la 36e page : 11 euros la page !!!
Taxe pour chaque revendication à partir de la 11e : 45 euros/page
Taxe de redevance pour un avis technique : 3 185 euros !
Etc.
Quand on compare le coût de ces taxes cumulatives de l’OEB (sans parler des taxes additionnelles de l’INPI) au coût de traduction, on comprend que le problème des PME ne se situe pas au niveau des coûts de traduction qui sont marginaux pour ces petites entreprises : 15 % du coût. Le coût « repoussoir » se situe au niveau des taxes prélevées par l’OEB, sans avoir la garantie d'un retour sur investissement puisque les PME sont très dubitatives sur le niveau de la protection juridique assurée par ce brevet.
LA VÉRITÉ SUR LA FAIBLESSE DU NOMBRE DE BREVETS DÉPOSÉS PAR LES PME
Si les PME françaises ne déposent pas suffisamment de brevets, c’est non seulement parce que les taxes de l’OEB sont dissuasives mais sans doute aussi pour une autre raison plus fondamentale : les PME n’ont pas du tout confiance dans la capacité du système juridique français à les défendre en cas de litiges. Cette confiance sera encore altérée par le quasi-monopole de la langue anglaise dans la rédaction des brevets qui serait consécutif à la ratification du protocole de Londres et qui va augmenter les incertitudes des PME à pouvoir bien se défendre en cas de litiges. Autant cacher sa découverte si la PME a peu de chances de gagner un litige et dans des délais raisonnables face à une grande entreprise qui a les moyens de payer de grands cabinets d’avocats. C’est probablement dans le système actuel une bonne analyse de risques de la part des PME, analyse bien différente pour les grandes entreprises pour les raisons inverses. On notera que les entreprises allemandes dont les coûts de dépôt des brevets sont supérieurs aux nôtres déposent trois fois plus de brevets que la France !
UNE AVANCÉE DU MEDEF POUR IMPOSER LE TOUT-ANGLAIS QUI FRAGILISERA LES PME
Ainsi automatiquement les dépôts de brevets en anglais seront les grands gagnants de ce protocole de Londres puisque ce sera la solution adoptée par toutes les grandes entreprises et institutions européennes et mondiales pour faire des économies sur les coûts de traduction et aussi être plus opaques vis-à-vis des PME concurrentes.
La suppression de la traduction obligatoire et donc le dépôt de brevets dans la seule langue anglaise (ou allemande, encore plus) ne constitue-t-elle pas également une entorse au droit de la concurrence ? : il n’y a pas de libre concurrence sans transparence. Or, la domination de la langue anglaise dans les brevets annoncée avec ce protocole sera un facteur d’opacité et aussi d’incertitudes juridiques majeures pour les PME qui n’ont pas les services juridiques structurés, ni une culture anglaise pour veiller et se défendre dans les conflits potentiels avec les grandes entreprises.
Ainsi, les grands gagnants de ce protocole seront les grandes entreprises à culture ou d’origine anglo-saxonne, qu’elles soient françaises, européennes, américaines ou japonaises et non les PME françaises : la ratification de ce protocole n’engendrera pas l’accroissement du nombre de dépôts de brevets en français par les PME, c’est le phénomène inverse qui se produira. Le protocole de Londres va renforcer la prédominance de l’anglais et des grandes entreprises dans les dépôts de brevets et dans la recherche européenne. Ce ne sera pas non plus un atout pour la croissance car seules les PME sont créatrices nettes d’emplois alors que les grandes entreprises sont plutôt destructrices d’emplois.
CONCLUSIONS :
Le MEDEF a donc instrumentalisé habilement le coût de la traduction des brevets à l’OEB pour favoriser en fait la protection de la recherche et le développement des grandes entreprises, ce qui est logique de sa part. On comprendra moins la position de la CGPME car les intérêts sont manifestement contradictoires.
LE SÉNAT SE LAISSERA-T-IL ABUSER PAR LE MEDEF COMME L’ASSEMBLÉE NATIONALE ? Réponse dans 10 jours…
Paris le 1er octobre 2009
Le Comité contre la ratification du Protocole de Londres
Contact : Gil Kressmann
Chargé de communication du Comité contre la ratification du protocole de Londres.
Tél. : 06 83 46 55 33
VISITEZ le site de l’OEB pour connaître les tarifs pratiqués par l’OEB. Vous serez édifiés !
http://www.epoline.org/portal/public/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLN4i39ATJgFjGpvqRqCKOcAFfj_zcVH1v_QD9gtzQiHJHRUUAV8eTCQ!!/delta/base64xml/L0lDU0lKQ1RPN29na21DU1Evb0tvUUFBSVFnakZJQUFRaENFSVFqR0VKemdBIS80SkZpQ28wZWgxaWNvblFWR2hkLXNJZDJFQSEhLzdfMF9WT0YvMjUzMzYwL3NhLnNlYXJjaA!!#7_0_VOF <http://www.epoline.org/portal/public/!ut/p/kcxml/04_Sj9SPykssy0xPLMnMz0vM0Y_QjzKLN4i39ATJgFjGpvqRqCKOcAFfj_zcVH1v_QD9gtzQiHJHRUUAV8eTCQ!!/delta/base64xml/L0lDU0lKQ1RPN29na21DU1Evb0tvUUFBSVFnakZJQUFRaENFSVFqR0VKemdBIS80SkZpQ28wZWgxaWNvblFWR2hkLXNJZDJFQSEhL>
Voir en haut à gauche "Groupe de taxes", faites défiler jusqu’à "Toutes les taxes".
"M. Sarkozy est le candidat du grand capital financier mondialisé »
Jean-Pierre Chevènement répond aux questions du Parisien / Aujourd'hui en France dans son édition du dimanche 4 février 2007.
Jean-Pierre Chevènement. M. Sarkozy est un grand récupérateur. Son discours, parfaitement démagogique, tend à masquer ses contradictions. Il parle de revaloriser le travail, mais il propose de supprimer l'ISF et l'impôt sur les successions. Or, sur ce sujet justement, Léon Blum, en 1946, dans son livre « A l'échelle humaine », avait expliqué qu'on pouvait créer une société socialiste - c'est-à-dire plus juste - en augmentant l'impôt sur les successions des plus fortunés. M. Sarkozy est donc aux antipodes de la pensée de Blum. En réalité, M. Sarkozy tire, tout à fait provisoirement, parti d'une entrée en campagne remarquablement médiatisée. Dès la fin du mois de février, Mme Royal reprendra l'avantage.
Certains, jusqu'au PS, évoquent pourtant un puissant « trou d'air » ?
Ségolène Royal a eu un excellent mois de décembre. C'est seulement depuis le 15 janvier que M. Sarkozy a marqué un avantage, je le répète, provisoire. Il reste quatre-vingts jours d'ici au 22 avril, date du premier tour. J'ai vu Ségolène Royal mercredi en tête à tête : elle se tient tout à fait ferme et droite dans sa démarche. Elle a conservé tout son sang-froid, sa bonne humeur, son humour. Je lui fais confiance pour s'affirmer dans cette bataille qui est une bataille de mouvement.
Pourtant, bien des électeurs de gauche semblent s'interroger...
Mme Royal a choisi dans une première phase de privilégier l'écoute à travers des débats participatifs. Le 11 février, elle fera ses premières propositions, et lancera l'offensive, à la fois dans la critique et dans les propositions. Elle s'exprimera au fond, car c'est une femme qui a du fond. La situation me fait penser à ce formidable film, « Alexandre Nevski ». Vous vous souvenez ? On voyait l'armée des chevaliers teutoniques s'avancer sur le lac gelé avec des airs terribles. Je vois le grand maître casqué de cet ordre. Il est aussi terrifiant que M. Sarkozy. Comment ça s'est terminé ? Le poids des chevaliers sur leurs montures lourdement caparaçonnées a fait craquer la glace, et tous ont été emportés. Eh bien, Mme Royal est aujourd'hui dans la situation d'Alexandre Nevski. Elle attend patiemment un adversaire trop sûr de lui.
C'est totalement surréaliste. Ségolène Royal a été désignée par 60 % des militants du PS en novembre, et elle est aussi devenue en décembre la candidate du Mouvement républicain et citoyen. C'est elle que nous soutenons, et personne d'autre. En face, nous avons un homme dangereux derrière la tête duquel on aperçoit toutes les têtes du CAC 40. M. Sarkozy, c'est le candidat du grand capital financier mondialisé. Les délocalisations, voilà la logique du système qu'il incarne ! La dévalorisation du travail par les multinationales qui exploitent les pays aux salaires de misère.
Avez-vous réussi, Ségolène Royal et vous, à vous mettre finalement d'accord sur l'avenir de l'industrie nucléaire civile ?
Elle souhaite développer de façon très volontariste les énergies renouvelables : les éoliennes, la biomasse, les biocarburants, et aussi le solaire photovoltaïque, qui implique des recherches considérables, forcément à long terme. Nous combattrons le réchauffement du climat et, par conséquent, nous favoriserons les énergies qui n'émettent pas de gaz à effets de serre. Les centrales nucléaires ont le double avantage de ne pas émettre de gaz à effet de serre et de procurer une électricité à bon marché. En fonction de cela, on peut examiner comment pourrait évoluer le bouquet énergétique français. Mais je crois qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. Tous ceux qui connaissent un peu le dossier énergétique savent que le principal gisement est dans les économies d'énergie. Pour le reste, je me fais un devoir de préserver les atouts de la France. Et l'industrie nucléaire est incontestablement, comme l'a rappelé l'accord MRC-PS, un atout majeur de la France dans la compétition mondiale. On vient de le voir avec la vente de deux réacteurs EPR à la Chine.
Comment avez-vous analysé la bourde de Jacques Chirac sur l'Iran ?
La première leçon, c'est qu'il faut être extrêmement prudent avec les journalistes (rires). En fait, M. Chirac a développé une sorte de théorie de la dissuasion stabilisatrice, qui est la vieille théorie française. Et il l'a fait pour montrer que cela n'apporterait rien à l'Iran d'avoir l'arme atomique. Il a rappelé à juste titre les dangers de la prolifération dans une région extrêmement dangereuse et qui n'est pas toujours portée à la rationalité. L'Iran doit se comporter enfin comme un membre responsable de la communauté internationale. Nous en sommes loin.
Avez-vous été surpris par les rémunérations octroyées à Laurence Danon, l'ex-PDG du Printemps, au moment de son départ ?
Ces rémunérations excessives, tout comme les salaires mirobolants de quelques grands patrons, qui se chiffrent par millions d'euros, portent gravement atteinte au moral du pays.
Comment expliquez-vous que François Bayrou intéresse une fraction de la gauche ?
François Bayrou a toujours été un ardent partisan de l'Europe fédérale, et il a été au premier rang de la campagne du oui. Or la majorité des électeurs de gauche - plus de 60 % - a voté non à la Constitution européenne. Je doute donc qu'ils se retrouvent en François Bayrou.
Certains, à l'image de Bernard-Henri Lévy, disent que l'actuelle campagne est d'une rare médiocrité...
Si tel est l'avis de ce milliardaire pseudo-philosophe, il y a beaucoup de chances que mon avis soit inverse (rires)... Soyons sérieux. Le premier tour est le 22 avril. Beaucoup de choses vont se passer d'ici là. Il ne faut donc pas que les électeurs de gauche comme les républicains attachés à l'indépendance du pays qui ne veulent pas de M. Sarkozy à l'Elysée se découragent. Il faut avoir confiance dans Ségolène Royal, qui se tient tout à fait droite, non pas dans ses bottes, mais dans la conviction qu'elle a de répondre à l'espoir du peuple français et d'incarner, demain, l'image d'une France nouvelle qui parlera au monde.
____________________________________________
suite ...
A propos du « candidat du capital financier mondialisé» : courtoise réponse à Madame Parisot
Mme Laurence Parisot répondant le février à Nicolas Demorand, sur France Inter, a déclaré à propos de la caractérisation de Nicolas Sarkozy comme «candidat du capital financier
mondialisé» : «C'est une phrase qu'on aurait pu entendre il y a vingt ou trente ans».
1. En premier lieu, le poids croissant du capital étranger dans l'économie française, qu'il s'agisse d'investissements directs ou de prises de participation dans le capital de nos entreprises. Je ne lui apprendrai certes pas que les fonds d'investissement, principalement anglo-saxons, détiennent près de la moitié du capital des quarante plus grandes entreprises françaises, celles du CAC 40.
2. En second lieu, Madame Parisot ne peut ignorer que nos entreprises réalisent une part toujours croissante de leurs chiffres d'affaires, de leurs investissements et de leurs profits à l'étranger, notamment hors d'Europe, que ce soit aux Etats-Unis ou dans les grands pays émergents.
En 1987 et à plus forte raison en 1977, les mouvements de capitaux n'étaient pas libres. Le capital de nos grandes entreprises n'était pas détenu, comme il l'est aujourd'hui, par des fonds spéculatifs. Ce n'est pas à Madame Parisot que j'apprendrai ce qu'est la théorie reine du capitalisme financier mondialisé : l'acquisition de la valeur par l'actionnaire. Nos grandes entreprises sont de plus en plus soumises au diktat d'un actionnariat dont la nationalité n'est pas française. Faisant de plus en plus leurs bénéfices à l'étranger, elles se soucient de moins en moins du territoire national et de ceux qui y travaillent, sauf quand il s'agit de trouver un appui en cas de coup dur.
Madame Parisot ne disconviendra pas que depuis vingt ou trente ans, le capitalisme français s'est à la fois financiarisé et mondialisé. Ses patrons n'obéissent plus à la même logique, car leurs actionnaires, devenus omnipotents, leur demandent de faire beaucoup plus de profits, ce qui les amènent à rechercher la main d'œuvre la moins chère, dans les pays où l'existence d'une immense « armée de réserve industrielle » (pour parler comme Marx) maintient durablement des salaires à moins de cent euros par mois, et bien entendu sans charges sociales.
Nos grands patrons ont parfaitement intégré ce système. Ils n'en imaginent d'ailleurs pas d'autre. M. Lachmann, PDG de Schneider Electric, expliquait, il y a deux ans, qu'il n'investirait plus un euro dans la zone euro. Et M. Tchuruk, PDG d'Alcatel, ne se faisait-il pas, il y a quelques années, le thuriféraire de « l'entreprises sans usines » ?
Qui peut nier sérieusement que M. Sarkozy soit le candidat de ces patrons-là ? Il peut bien, de temps à autre, verser une larme sur le capitalisme familial de papa, par exemple sur les meubles Parisot dans la Haute-Saône proche.
Mais M. Sarkozy est un homme moderne : il est du côté des actionnaires, du côté de ce fameux « capitalisme patrimonial » chanté par M. Minc, qui d'ailleurs le soutient et tape avec entrain sur Ségolène. CQFD.
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