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Mardi 24 juin 2008

 ...impatients de sortir la France et la gauche de l'ornière libérale, impatients de sortir du sarkozysme et de sa gauche sarko-compatible.

Pour cela, après le vote NON irlandais, une clarification politique à gauche est nécessaire.

 

Le 20 juin 2008
Auteur : par Jacques Nikonoff, Michèle Dessenne

 

Source : www.m-pep.org/

 

Résumé de la déclaration

Le vote majoritaire des Irlandais en faveur du « NON » au traité de l’Union européenne (dit traité de Lisbonne), qui était une copie conforme du traité constitutionnel européen déjà rejeté en 2005 par une majorité de Français et de Néerlandais, suscite naturellement de nombreux commentaires. Ceux qui émanent de la gauche ayant mené la bataille du « NON » en 2005 nous inquiètent car ils témoignent de profondes différences d’appréciation provoquant son éparpillement et son impuissance. Or la question européenne est centrale pour l’union des gauches : aucune grande force politique de gauche ne peut advenir sans une réévaluation complète de sa perspective européenne. C’est pourquoi nous souhaitons nous adresser aux dirigeants et aux électeurs de la gauche en leur faisant part de nos réflexions.

En prenant connaissance des analyses et prises de position des uns et des autres, cinq questions cruciales méritent, selon nous, un approfondissement du débat :

  • quel sens politique donner au « NON » irlandais ?
  • faut-il se fixer pour objectif d’aménager la cadre actuel de la construction européenne ?
  • faut-il un nouveau traité ?
  • faut-il un processus constituant européen ?
  • comment poursuivre les mobilisations « pour une autre Europe » ?

Les deux porte parole du M’PEP considèrent que le résultat du référendum irlandais ne traduit aucune perspective politique autour de laquelle la gauche française ou européenne pourrait se rassembler. La grande diversité des motivations du vote « NON » ne permet pas de porter un jugement global sur ce scrutin, hormis une forte et juste exigence de souveraineté nationale et populaire des Irlandais.

Une « autre Europe », avec ou non une constitution européenne au contenu progressiste, est rigoureusement impossible dans le cadre politique et idéologique actuel de l’Europe. Les gouvernements sont très à droite, et quand ils ne le sont pas ils sont socio-libéraux. En cela ils ne font que refléter les opinions publiques en Europe. Dans ces conditions, une constitution européenne ou un nouveau traité n’auraient aucune chance d’être progressistes. Sauf si on croit à la chimère selon laquelle il serait possible d’élaborer des textes constitutionnels « neutres », faisant abstraction de tout contenu idéologique.

Toutes les hypothèses dont les deux porte parole du M’PEP font la revue sont inopérantes. La plupart des dirigeants de la gauche doivent comprendre que le mythe européen est arrivé à son terme, ce dont témoignent particulièrement les trois référendums où le « NON » l’a emporté.

Il faut que toute la gauche s’y fasse et le reconnaisse : l’Union européenne actuelle n’est pas un cadre aménageable. Elle est à déconstruire pour que les peuples réapprennent à disposer d’eux-mêmes tout en retrouvant les voies de la solidarité internationale. L’idée même d’une « autre Europe » est devenue obsolète dès lors que l’oligarchie rejette la démocratie. Elle est en train de bâillonner les peuples d’Europe, elle est un garrot, un nœud coulant qui étouffe l’espoir. Cette Europe ne sera jamais sociale, ni démocratique, ni féministe, ni écologique.

La grande perspective qui s’offre aujourd’hui, enthousiasmante, passe donc par la sortie de l’Union européenne et la construction d’une Europe à la carte, ou à géométrie variable, fondée notamment sur les principes de la Charte de La Havane. C’est plus démocratique, efficace, réaliste et sérieux !

Un texte à lire impérativement sur :

 http://www.m-pep.org/spip.php?article798

 

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Jeudi 19 juin 2008

Merci au peuple irlandais  qui a voté NON à l’UE du capital, de la misère, de la casse des nations libres, de la soumission à l’impérialisme états-unien !


En Irlande comme en France en 2005, tous les partis bourgeois, de la droite et de la fausse gauche, appelaient à voter OUI.
Les médias du capital et de la fausse gauche, par une propagande digne de Goebbels, ont martelé à l’unisson aux Irlandais qu’il fallait voter OUI. La sainte clique européenne supranationale, Barroso, Sarko et Parisot en tête, a défilé à Dublin pour faire pression sur les citoyens irlandais. Kouchner s’est fait remarquer par son chantage au chaos.
Mais le peuple d’Irlande, comme celui de France en 2005, a refusé cette arrogance et ce mépris des classes dirigeantes. Il a jugé l’arbre de l’UE à ses fruits empoisonnés. Il s’est montré le digne héritier des héros irlandais morts pour l’indépendance de l’île, les James Connolly, Bobby Sand et les milliers de martyrs de cette longue et héroïque lutte de libération. Au peuple irlandais nous répétons MERCI d’avoir voté NON au nom de tous les peuples d’Europe. Nous félicitons les forces progressistes, le Sinn Fein ou le PC d’Irlande, pour avoir porté ce NON : un vent d’espoir se lève sur l’Europe.

Les dirigeants de l’euro-dictature vont sans doute poursuivre dans le dos des peuples la prétendue « ratification » du traité par des parlementaires d’accord pour violer la souveraineté de leurs mandants : il n’en reste pas moins, après le Non français, le non hollandais, l’annulation « in extremis » des référendums polonais, britannique et tchèque, et le non irlandais que la poursuite de la « construction européenne » relève du viol de la démocratie. Tôt ou tard les peuples balayeront  l’UE en demandant des comptes à ceux qui leur auront si longtemps imposé ce carcan antidémocratique, antinational et antisocial, y compris les dirigeants de la fausse gauche, complice de la forfaiture sarko-medef.

Les organisations progressistes qui se prononcent pour l’indépendance nationale, le progrès social, la démocratie, la paix, la coopération internationale, pour de nouveaux traités internationaux progressistes analogues à l’ALBA, qui associe les pays dans le respect de la souveraineté nationale, déclarent ensemble à Sarkozy « votre constitution européenne bis votée par les députés UMPS de la honte, est nulle et non avenue » ! Assez des contre-réformes Barroso-Sarko-Parisot destinées à araser l’héritage national progressiste du CNR , de 45, 36, 1905… et 1789-93 !

Nous exigeons un référendum sur le « traité de Lisbonne » pour que le souverain peuple puisse avoir le dernier mot !

Alors que notre pays subit une attaque sans équivalent depuis 70 ans,  au moment où des millions de salariés, de jeunes et de travailleurs indépendants cherchent les voies d’un grand sursaut unitaire majoritaire, aidons le peuple français à prendre appui sur le Non irlandais pour ressaisir l’initiative politique.

 

Dialoguez avec l'auteur : a.manessis@wanadoo.fr

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Jeudi 19 juin 2008

LETTRE OUVERTE DE MASSE

aux états-majors syndicaux

 

Face à la casse généralisée des acquis populaires, seule la construction d'une action déterminée « tous ensemble et en même temps » permettra de stopper la rupture sarkozyste et de remettre la France sur la voie des libertés démocratiques et du progrès social !

Blocage de fait des salaires et pensions, démantèlement de la Fonction publique, de l’Education nationale, et des autres services publics (hôpital, SNCF, EDF-GDF, poste, F.T., impôts…), casse et délocalisation de l’emploi industriel, démolition des conventions collectives, du droit du travail, des statuts publics, étranglement des retraites à répartition et de la Sécu, traque des chômeurs, harcèlement contre les ouvriers sans papiers tout juste bons à payer des impôts, destruction du CNRS, privatisation rampante de l’Université… la « rupture » sarkozyste s’attaque avec brutalité à l’ensemble des acquis sociaux, républicains, laïques et démocratiques du peuple français sous l’impulsion du MEDEF et de l’Union européenne, qui ne cesse de sommer la France de réduire dépenses publiques et sociales. En ce début d'été 2008, la France subit une contre-révolution euro-libérale de grande ampleur et une régression sociale sans précédent depuis 70 ans.

Face à cette offensive mortelle, les Français rejettent massivement la politique socio-économique du gouvernement. Une large majorité de salariés se dit prête à participer à un mouvement d’ensemble pour arrêter le rouleau compresseur de l’UMP et du MEDEF. Des luttes nombreuses et résolues ont lieu (salariés du public et du privé, chômeurs, lycéens, retraités et assurés sociaux, mais aussi travailleurs indépendants écrasés par une politique entièrement au service des grands actionnaires). Notre peuple, sa jeunesse et ses travailleurs, ne se résigne à devenir un peuple d’esclaves !

Pourtant la plupart des états-majors syndicaux continuent d'accompagner la « rupture ». Au lieu de dénoncer l'ensemble de la politique antipopulaire d'un gouvernement qui s'attaque au droit de grève et refuse tout compromis, ils entretiennent la fiction de « négociations » sujet par sujet et signent des accords régressifs, sous prétexte d'obtenir un « moindre mal »... qui débouche toujours sur le pire. Car signer avec Sarkozy, c'est lui donner de l'oxygène pour continuer à casser ensuite (le dernier épisode en date étant la signature du désastreux accord sur la « représentativité syndicale » par les directions CGT et CFDT, sur laquelle le gouvernement s'est immédiatement appuyé pour annoncer que le temps de travail serait désormais « discuté » par entreprise).

Parallèlement, les directions confédérales, pourtant censées coordonner les luttes et les revendications à l'échelle inter-pro, s'appliquent à multiplier les ripostes dispersées, chaque secteur étant appelé à son tour à de grandes journées d'actions isolées et sans perspective. S'agirait-il alors d'organiser des barouds d'honneur à la seule fin de donner des gages à une base combative ? En tout cas, le chef de la CFDT vendait récemment la mèche, en s'inquiétant dans le Monde de ce que le gouvernement « nous entraîne dans une mobilisation globalisante, ce contre quoi j'ai toujours résisté, y compris dans la CFDT » ...

Dans ces conditions, le choix est aujourd'hui plus que jamais pour chaque profession de perdre séparément en plongeant pour longtemps dans l’enfer de l'exploitation sans limite, ou de construire démocratiquement et d’urgence une action « tous ensemble et en même temps » pour gagner et ré-ouvrir enfin des perspectives progressistes.

Les signataires de cette lettre s’engagent à tout faire pour faire monter cette exigence dans leur entreprise, leur quartier, leur syndicat. La balle est dans le camp des directions syndicales nationales qui doivent cesser « d’accompagner » la rupture afin de reprendre le seul chemin gagnant : faire le lien entre toutes les contre-réformes, travailler concrètement à préparer avec les salariés les conditions de l’affrontement de classe victorieux avec ce pouvoir destructeur, construire l’unité dans l’action des travailleurs et de la jeunesse.

 La liste des signataires est ici :

http://www.snadgi-cgt-02.fr/phppetitions/

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Dimanche 15 juin 2008

Pourquoi je serai gréviste ce mardi 17 juin ?

Un livre n’y suffirait pas, alors juste deux raisons :

 

- la montée des travailleurs pauvres qui transforme la baisse des chiffres du chômage en mauvaise plaisanterie.

- le coût des niches fiscales (73 milliards annuels) (1) qui transforme le principe d’égalité et de progressivité de l’impôt en plaisanterie de mauvais goût.

La politesse m’interdira d’évoquer la communication des grands groupes et autres entreprises publiques privatisées, qui se gargarisant de charte éthique ou de développement durable, n'ont en ligne de mire que le gavage de leurs actionnaires et de leurs cadres stratégiques.

Si une journée pour y penser ne suffira pas, d’autres devront suivre. Où nous seront plus nombreux à n'avoir pas le coeur à plaisanter.

(1)Lire et relire cet article du Figaro : « Plus nombreuses et plus chères. Entre 2003 et 2008, le nombre de niches fiscales est passé de 418 à 486, et leur coût de 50 milliards à 73 milliards d'euros, soit près de 27% des recettes fiscales et 3.8% du produit intérieur brut. Une salve de chiffres publiée jeudi dans un rapport de la commission des Finances qui s'inquiète du développement des niches fiscales. Pour les rapporteurs, toutes tendances politiques confondues, elles constituent «une atteinte à l'équité fiscale». Ainsi, «plus un très gros contribuable a des revenus élevés, moins il paie d'impôt (sur le revenu) en proportion», explique le rapport. Et de détailler le cas de 150 contribuables qui «n'ont pas payé d'impôt ou ont obtenu une restitution du Trésor public, alors que leur revenu fiscal de référence était en moyenne de l'ordre d'un million d'euros.»  (Source : www.lefigaro.fr/impots/2008/06/05/05003-20080605ARTFIG00535--millionnaires-ne-paient-pas-d-impot-sur-le-revenu.php)

 

Cela m’empêche de dormir, mais le Figaro n'y est pour rien


 


 


 


Voila pour ce qui me concerne. La CGT l'exprime ainsi :

"Travailler plus et gagner moins" et puis "travailler plus longtemps pour toucher moins à la retraite" : les salariés feront entendre une autre musique le 17 juin.  Lire la suite sur http://www.cgt.fr/


Le 17 juin peut être également l'occasion de creuser cette question :
On peut ne pas aimer Sarkozy et sa mafia de l'Union pour une Minorité de Privilégiés.
Mais s'il n'est que l'exécutant, et il n'est que cela, des exigences du capital financier mondialisé,
il va falloir viser plus haut pour viser plus juste !

D'ou l'intérêt de profiter d'une journée de grève pour creuser la question suivante :

                               Bouger l’Europe ou sortir de l’Union européenne !

                                                http://www.m-pep.org/spip.php?article601

Le peuple d’Irlande a dit NON au traité de Lisbonne, pourtant l’UE et sa future présidence ont décidé de bafouer la souveraineté du peuple.

C’est évidemment avec joie que nous avons accueilli le NON venu d’Irlande, seul pays où le référendum ne pouvait être interdit car il est inscrit dans sa constitution.

Les gouvernements de la France et des Pays-Bas, dont les peuples avaient dit NON au TCE en 2005, eux, se sont détournés de leurs peuples et ont décidé de déléguer l’adoption du Traité de Lisbonne à leurs parlements, comme toutes les autres nations de l’Union européenne, hormis l’Irlande.

Ainsi, une fois encore, lorsque le peuple est appelé à se prononcer il rejette un traité européen.

On pourrait donc en conclure que ce NON irlandais remettra en cause l’adoption de ce traité dit « simplifié ». Pourtant ce n’est pas ce qui va se produire.

Il faut se souvenir qu’en 2001, le NON irlandais au traité de Nice n’avait pas empêché l’adoption du texte original, tout comme le NON danois de 1992 n’avait pas arrêté la marche du traité de Maastricht et que le NON français au TCE en 2005 n’a pas été respecté le 4 février 2008 au Congrès, par une majorité de parlementaires français.

Le référendum irlandais a fait peur à l’Union européenne qui a, cette fois, anticipé un éventuel rejet du traité et organisé la trahison du peuple. Le 20 février 2008, en effet, le Parlement européen approuvait le traité de Lisbonne. Les grands médias n’ont pas omis de le faire savoir. Mais ils ont omis de dire que le 13 février 2008, le député européen Francis Wurtz avec d’autres députés européens de la Gauche Unitaire Européenne, avaient déposé un amendement demandant que le Parlement européen « s’engage à respecter le résultat du référendum irlandais » sur le traité de Lisbonne.

Le bal des hypocrites : une union sans principe contre les décisions populaires

Lors de la séance plénière du Parlement européen du 20 février, cet amendement (n°32) a été rejeté à 499 voix contre 129. Et ce, en contradiction flagrante avec la résolution adoptée au même moment qui stipule que « les députés se félicitent de l’accroissement de la responsabilisation démocratique » permettant aux citoyens « d’avoir un plus fort contrôle de l’action de l’Union ».

499 députés européens ont voté CONTRE l’amendement 32, indiquant ainsi leur détermination à ne pas respecter le résultat du référendum irlandais !

Lors du débat parlementaire de ce 20 février, la députée européenne irlandaise du Sin Féin, Mary Lou McDonald (GUE), a interpellé ses collègues : « Il y a clairement une peur des référendums dans les autres Etats et je me demande pourquoi. Pourquoi alors parle-t-on tant de démocratie ? Qui ici a peur de la voix du peuple ? ».

Les 4 députés européens de gauche de nationalité française qui ont sauvé l’honneur et respecté la décision du peuple français du 29 mai 2005 sont :

Au Parti Communiste : Hénin, Jouye de Grandmaison, Wurtz

Au Parti Socialiste : Laignel

Les 46 députés européens de nationalité française qui ont osé voter CONTRE cet amendement sont :

Chez les Centristes (MoDem et Nouveau Centre) : Beaupuy, Cornillet, Fourtou, Gibault, Griesbeck, Laperrouze, Lehideux, Morillon.

A l’UMP et Divers Droite : Audy, Daul, Descamps, Fontaine, Fouré, Gaubert, Gauzès, Grossetête, Lamassoure, Mathieu, Morin, Sudre, Toubon.

Chez les Verts : Aubert, Benahmias, Lipietz.

Au Parti Socialiste : Arif, Berès, Bourzai, Carlotti, Désir, Douay, Guy-Quint, Hazan, Le Foll, Lefrançois, Navarro, Neris, Patrie, Peillon, Poignant, Pribetich, Savary, Schapira, Vaugrenard, Vergnaud, Trautmann, Weber.

Ainsi, comme par le passé, une alliance politique, entre une partie de la droite et de la gauche, a donc autorisé l’Union européenne à contourner le résultat du référendum irlandais.

La France prend la présidence de l’Union et va « se couper du peuple »

Nicolas Sarkozy, président de la République française, assurera la présidence de l’Union Européenne à partir du 1er juillet 2008.

Le 9 mai 2004, il s’exprimait ainsi à la Convention nationale de l’UMP : « A chaque grande étape de l’intégration européenne il faut donc solliciter l’avis du peuple. Sinon, nous nous couperons du peuple (...) Je le dis comme je le pense, simplement. Je ne vois pas comment il serait possible de dire aux Français que la Constitution européenne est un acte majeur et d’en tirer la conséquence qu’elle doit être adoptée entre parlementaires, sans que l’on prenne la peine de solliciter directement l’avis des Français (...) Je crains dans ce cas (vote parlementaire) une réaction d’incompréhension sévère de nos compatriotes. »

Alors, la présidence française de l’Union européenne aura-t-elle à faire face à une « réaction sévère de ses compatriotes ? »

Nicolas Sarkozy aurait raison de le craindre car ni le Parlement européen, ni la Commission européenne ne respecteront le résultat du référendum irlandais...

Une fois de plus, l’Union européenne démontre son caractère anti-démocratique, met en lumière la complicité des gouvernements de la majorité des pays qui la composent et d’une grande partie des parlementaires dont certains se prétendent de gauche.

Une preuve supplémentaire, s’il en fallait, que le principe même de l’Union bafoue la souveraineté populaire.

Cette répétition de la trahison de la voix populaire conduit de plus en plus de citoyens à poser la question de la sortie de l’Union européenne.

Une question que le M’PEP n’hésite pas à mettre en débat, sans complexe ni tabou.


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Mardi 10 juin 2008
Que faire un jour de grêve contre les projets de Sarkozy,quand la manifestation est finie ?

Ecouter de la musique? Oui, pourquoi pas! Au hasard, deux chansons de Jean Ferrat, dont les paroles suivent

(oyez, braves gens la sacem, j'ai acheté les albums correspondants et n'en fais qu'un usage confidentiel:  la preuve, vous ne visitez pas ce bloc !).

Et là, après plusieurs écoutes, on regrette de n'avoir  que (gentiment et démocratiquement) manifesté !


De plaines en forêts de vallons en collines

Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirais pas d'écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France


Il y a cent ans commun commune
Comme un espoir mis en chantier
Ils se levèrent pour la Commune
En écoutant chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme une étoile au firmament
Ils faisaient vivre la Commune
En écoutant chanter Clément

C'étaient des ferronniers
Aux enseignes fragiles
C'étaient des menuisiers
Aux cent coups de rabots
Pour défendre Paris
Ils se firent mobiles
C'étaient des forgerons
Devenus des moblots

Il y a cent ans commun commune
Comme artisans et ouvriers
Ils se battaient pour la Commune
En écoutant chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme ouvriers et artisans
Ils se battaient pour la Commune
En écoutant chanter Clément

Devenus des soldats
Aux consciences civiles
C'étaient des fédérés
Qui plantaient un drapeau
Disputant l'avenir
Aux pavés de la ville
C'étaient des forgerons
Devenus des héros

Il y a cent ans commun commune
Comme un espoir mis au charnier
Ils voyaient mourir la Commune
Ah ! Laissez-moi chanter Potier
Il y a cent ans commun commune
Comme une étoile au firmament
Ils s'éteignaient pour la Commune
Ecoute bien chanter Clément





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Mercredi 28 mai 2008

Au coeur de la nuit sarkozyste, une lueur d'espoir !


Reçu ce jour le communiqué du Mouvement Politique d'Education Populaire (mais n'hésitez à disséquer leur site www.m-pep.org  qui montre ce que serait, sera, une gauche à la hauteur de ses responsabilités) :


Le Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) a tenu son congrès fondateur le 24 mai 2008 en Seine-Saint-Denis. Au moment de sa création, le M’PEP était composé de militants ou anciens militants de partis de gauche, d’associations, de mouvements altermondialistes ou de syndicats, ayant mené la bataille victorieuse du référendum sur le traité constitutionnel européen en 2005, et qui veulent donner un débouché politique à leur engagement.

Trois ans après cette victoire historique, le paysage politique français est un champ de ruines. L’incroyable élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, il y a tout juste un an, fait honte à la France. Elle n’a été permise que par la faillite de la gauche : renoncements, calculs politiciens, sectarismes, jeux des egos, ont provoqué l’échec et ne semblent plus avoir de fin.

Toute la gauche française est à reconstruire. Elle est en haillons et n’a plus de fondements idéologiques solides. Une partie d’entre elle s’est même inscrite dans le cadre intellectuel du néolibéralisme, ne cherchant, timidement, qu’à freiner les conséquences de la mondialisation capitaliste. Elle s’est résignée. Elle a capitulé. Fascinée par le martèlement idéologique de la droite et du Medef, cette gauche a perdu l’initiative et se retrouve impuissante à s’engager sur la voie d’un projet de société libéré de l’emprise du capitalisme. Elle croit que c’est en tournant ses regards vers le « centre » qu’elle pourra se « moderniser ».

L’élection présidentielle de 2007 a marqué une rupture dans la vie politique française. Alors que la droite affiche ses convictions, souvent avec mépris et arrogance, la gauche rase les murs. Elle ne croit plus à ce qui lui a donné sa raison d’être : la lutte pour l’égalité et contre le capitalisme, pour la République sociale et laïque et le socialisme.

La création du M’PEP répond à une double finalité : contribuer aux débouchés politiques des activités d’éducation populaire et des luttes sociales ; participer à la création d’une grande force politique de gauche.

C’est pourquoi le M’PEP considère qu’il faut engager dès à présent une bataille de fond pour ouvrir un nouveau cycle idéologique, culturel, philosophique et politique : celui de l’épuisement de la pensée néolibérale et de l’avènement d’un socialisme du XXIe siècle. Il faut organiser le réarmement idéologique et culturel de la gauche. La gauche doit se décomplexer et renouer avec son ancrage populaire. Il faut faire grandir l’idée et construire une nouvelle force politique de gauche, à vocation majoritaire et internationaliste.

Après avoir mené un intense travail collectif pendant un an, disponible sur son site Internet (www.m-pep.org), le M’PEP s’est fixé six objectifs :

  • agir pour repolitiser les citoyens
  • démystifier la mondialisation qui vise à établir définitivement la domination du capitalisme
  • contribuer à la construction d’une grande force politique de gauche
  • placer la souveraineté des peuples au centre du débat politique
  • sortir de l’eurolibéralisme
  • lutter contre l’emprise du capitalisme et ouvrir la voie à un socialisme du XXIe siècle

Ses autres travaux portent notamment, pour l’instant, sur les questions suivantes qui sont mises au débat public :

  • Mettre un terme à la financiarisation de l’économie.
  • Stopper le vandalisme sur l’environnement et le pillage des ressources naturelles.
  • Dynamiser les principes de la République qui lient les citoyen-ne-s entre eux : démocratie, intérêt général, laïcité, égalité, services publics…
  • Remettre en cause l’existence du FMI, de la Banque mondiale, de l’OCDE et de l’OMC.
  • Inciter la France à lancer une vaste offensive diplomatique pour un nouvel ordre politique, économique, social, démocratique et environnemental mondial, basé sur la Charte de La Havane, outil de lutte contre le libre-échange favorisant la coopération internationale.
  • Prélever sur les flux et stocks de capital et les hauts revenus les moyens nécessaires aux politiques sociales.
  • Baisser, à moyen terme, la TVA.
  • Appliquer le droit constitutionnel à l’emploi en le rendant opposable à partir du financement de plusieurs millions d’emplois.
  • Créer un service public national décentralisé de l’aide aux familles et aux personnes seules.
  • Etablir un pôle public de l’énergie.

Le 28 juin, au cœur du département de la Haute-Savoie frappé par les délocalisations, le M’PEP organise une journée d’étude sur le thème « Face aux délocalisations, faut-il sortir de l’Union européenne ? ». Lors de son université d’été à Poitiers, le 23 août, il rendra publique sa plateforme politique. Après les élections européennes de 2009, le M’PEP diffusera son programme de gouvernement. Dans l’immédiat, dans la perspective des élections européennes de 2009, le M’PEP lance une campagne intitulée « Faire bouger l’Europe ou sortir de l’Union européenne ».

Le M’PEP est présent dans chaque département. Il est prêt à accueillir tous ceux et toutes celles qui souhaitent mettre de l’éducation populaire dans la politique et de la politique dans l’éducation populaire pour reconstruire une gauche courageuse, prête à affronter les intérêts du capitalisme et à ouvrir la voie à un socialisme du XXIe siècle.

Le 24 mai 2008.

Siège social : 168, rue Cardinet – 75017 Paris - contact@m-pep.org

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Lundi 26 mai 2008
Lu sur : http://www.legrandsoir.info/

La science politique progresse tous les jours en France grâce à Sarkozy. Lui et sa bande s’attaquent à ce point à la République, aux fondements de notre société qu’ils suscitent des réflexions radicales, des mises en perspective originales, des questionnements dont l’urgence ne peut que stimuler les esprits lucides.

Collaboratrice du Monde Diplomatique, Mona Chollet vient de publier un ouvrage roboratif sur l’imaginaire sarkozyste (celui du président et de ceux qui le suivent), et la fascination « béate et complaisante » par laquelle répondent les médias et une grande partie de la classe politique à l’exercice de sa pratique et de son pouvoir présidentiels.

Une des raisons du succès de Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle (on ne parlera pas ici de la faiblesse idéologique de son antagoniste) est qu’il est parvenu, relayé évidemment par un matraquage médiatique qui a pris, à persuader quantité de gens – en particulier de condition modeste – qu’ils étaient entourés de cossards et de parasites. En outre, et sans que ce soit jamais explicite, il s’est arc-bouté sur le slogan des années quatre-vingt de Margaret Thatcher selon lequel « la société n’existant pas », le salut ne peut être qu’individuel, dans l’acceptation des règles et de l’organisation socio-économique telle qu’elle est. La vie en groupe, en bande, en communauté selon Sarkozy s’inscrit dans un monde sans solidarité, un monde d’ambitions individuelles, l’univers pré-darwinien du « survival of the fittest ». D’où ce slogan de lutte des classes, de guerre civile ; «  travailler plus pour gagner plus », c’est-à-dire, pour les salariés, de « produire toujours plus de richesses qui retombent de moins en moins dans leurs poches ». Mona Chollet rappelle que, selon les chiffres de l’OCDE, la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, après avoir augmenté de 1971 à 1983, de 57% à plus de 64%, n’a plus cessé de diminuer depuis. Les facteurs quantitatifs ne sauraient faire oublier les données qualitatives. D’après une étude du collectif Autres Chiffres du Chômage (ACDC) publiés le 29 mars 2007, 11,4 millions de salariés français occupaient en 2005 des « emplois inadéquats » (bas salaires, précarité, sous-emploi, pénibilité, dangerosité, déclassement professionnel selon les normes du BIT (http://acdc2007.free.fr/acdc4.pdf). Pour répondre aux exigences du capital financier, les entreprises flexibilisent les contrats pour pouvoir ajuster leurs effectifs en temps réel. Complices, les pouvoirs publics, de droite comme de gauche, se sont, depuis un quart de siècle, attaqués aux normes préexistantes de l’emploi. En 2008, trois embauches sur quatre se font en CDD, alors que la loi ne prévoit ce type de contrat que pour des motifs très précis. C’est pourquoi plus de quatre millions de salariés sont en situation de « travail insoutenable », c’est-à-dire dans des emplois qui ne permettent pas de préserver leur santé.

Pour faire rêver ces millions de travailleurs, les programmes de TF1 ne suffisent plus, même si Laurent Solly, directeur adjoint de la campagne de Sarkozy, pour qui « la réalité n’a aucune importance, il n’y a que la perception qui compte », fut nommé, quinze jours après l’élection présidentielle, directeur général adjoint de la grande chaîne privée. Pour alimenter le rêve, le nouveau président a propulsé, tel un metteur en scène, le spectacle de personnages qui, tels Rachida Dati, ont été capables de « forcer leur condition ». Mona Chollet écrit des pages presque aussi savoureuses que la caricature ( ?) qu’en font les Guignols sur cet ovni de la politique dont le parcours peut nous amener à nous demander « s’il ne faudrait pas encore ajouter des obstacles à l’intégration, plutôt que de chercher à les supprimer. » Qu’il y ait une Arabe au gouvernement ou, en la personne de Ramatoulaye Yade, une Noire issue de la bourgeoisie sénégalaise, cela occupe sans doute jusqu’à saturation l’espace médiatique mais, observe Chollet, permet de faire oublier que la présidentielle s’est largement gagnée à l’extrême droite, sans rien changer à la condition ordinaire des Noirs et des Arabes en France. Ce qui pose problème à propos de Rachida Dati, ce n’est pas son obstination à frapper à toutes les portes, son ambition étalée avec complaisance. Ses motivations, explique Chollet, « ne se sont jamais accompagnées de la moindre réflexion, du moindre recul critique sur le sens qu’elle voulait donner à son engagement dans le monde. » Dati dit refuser de « lire son parcours de façon ethnique », mais sa nomination a été accompagnée d’un message fallacieux de Sarkozy aux descendants d’immigrés qui ont subi les premières foudres du nouveau ministre de la Justice (abaissement de la majorité pénale à seize ans, peines plancher). Dati ne fut rien d’autre, selon l’expression de Claude Askolovitch, que son « propre projet ».

Vivant en contiguïté avec le personnel politique, les médias jouent ce jeu en réduisant la politique à un diaporama, à l’affrontement d’ambitions et de stratégies rivales qu’ils se complaisent à « décrypter et arbitrer, à des conflits de personnes, des incidents, des ragots. »

Cela permet de faire oublier aux travailleurs les agissements de ceux et celles qui cognent réellement. Mona Chollet s’intéresse tout particulièrement à Christine Lagarde, qui, c’est sûr, le mérite bien. Quand elle se pique d’idéologie, Lagarde affiche son souverain mépris pour ceux qui ne pensent pas comme elle, pour ceux qui souffrent : «  La lutte des classes est bien sûr une idée essentielle … essentielle pour les manuels d’histoire. Il faudra certainement un jour en étudier les aspects positifs [comme si on avait attendu que s’en préoccupe cette avocate d’affaires "américaine" – présidente du grand cabinet Baker et McKenzie – ayant raté le diplôme de Sciences-Po et l’entrée à l’ENA], mais elle n’est aujourd’hui d’aucune utilité pour comprendre notre société. » On ne sait pas assez qu’en bonne adepte de la lutte des classes, l’ancienne championne de natation synchronisée, mit sur pied, lorsqu’elle travaillait chez Baker et McKenzie, un département parisien de droit social suite au vote, en 1982, des lois Auroux sur les libertés des travailleurs dans l’entreprise. Elle se spécialisa dans le bétonnage de plans sociaux de grands groupes (Hoover, Levi’s). L’obsession de Lagarde est que la France continue à s’aligner sur le modèle anglo-saxon, ce qui permettra, à l’effarement de l’économiste Camille Landais, de retrouver rapidement les écarts de revenus et de patrimoine de la France des rentiers du début du XXe siècle.

Mona Chollet s’appuie, à juste titre, sur un des ouvrages séminaux de 2007, Storytelling de Christian Salmon (La Découverte). Salmon explique que les grands récits de l’histoire humaine « racontaient des mythes universels et transmettaient les leçons des générations passées […]. Le storytelling parcourt le chemin en sens inverse : il plaque sur la réalité des récits artificiels, bloque les échanges, sature l’espace symbolique de séries et de stories. Il ne raconte pas l’expérience passée, il trace les conduites, oriente les flux d’émotions, synchronise leur circulation. Il met en place des engrenages narratifs, suivant lesquels les individus sont conduits à s’identifier à des modèles et à se conformer à de protocoles. » (http://www.dailymotion.com/video/x3...). Alors, l’histoire de France, revisitée par Sarkozy et sa plume pensante Guaino, est plus proche de Jean-Pierre Pernaud que de De Gaulle : la Lorraine est « une terre sainte », le Languedoc est « une bien vieille terre », l’Auvergne « un vieux pays volcanique ». L’appel à Guy Môcquet (voir ma note d’octobre 2007 http://blogbernardgensane.blogs.nou...) se fait en taisant que les fusillés de Chateaubriand sont morts en criant « Vive la France » ET « Vive le communisme », et que le leader des métallos CGT parisiens, Jean-Pierre Timbaud, est mort en criant « Vive le parti communiste allemand ». L’assassinat de Timbaud décidera Aragon à entrer dans la Résistance active : « Le nom de Timbaud, parmi ceux des otages de Châteaubriant, devait être », écrira le poète, « ma raison directe, ma raison individuelle d’accepter la tâche clandestine qui m’incombait alors. »

Alors, comme disait Vladimir Oulianov, que faire ?

Pour Mona Chollet, la réponse des socialistes à cette question est misérable et vouée à l’échec : « En dépit des gamelles électorales qui ont toujours sanctionné ses stratégies d’alignement sur le centre et la droite, ses représentants conjuguent, sans crainte du ridicule, les discours volontaristes sur la nécessaire reconstruction de la gauche et l’alignement systématique – par souci d’apparaître crédibles – sur les valeurs de la droite. » Valls, Moscovici, Strauss-Kahn et autres défendent cette posture avec acharnement. Bertrand Delanoë les a récemment rejoints dans son dernier ouvrage De l’audace (il en faut, en effet, quand on se dit de gauche, pour conforter le système capitaliste en place). Fasciné par l’entrepreneur comme figure centrale de la mythologie libérale, le maire de Paris se qualifie de « manager progressiste » doté de « l’esprit d’entreprise ». Nous sommes alors, soutient Mona Chollet, « dans un « totalitarisme soft » qui subordonne la valeur des êtres humains – réduits à des ressources humaines –, donc à des utilitaires, et leur droit à la vie à leur productivité, leur fonctionnalité, leur conformisme, leur docilité, leur adaptabilité. » Les néo-libéraux à la rose ont tort de croire dans le mythe du "self-made man". Il n’est pas innocent que ce concept soit étatsunien : le self-made man est né de l’imaginaire du capitalisme américain. Ce mythe occulte presque toujours, rappelle Chollet, une sous-estimation des moyens disponibles au départ. Ces moyens (matériels et culturels) peuvent être très inférieurs à la fortune finale. En tout état de cause, Bolloré, Seillières et autres ne viennent pas du caniveau. Les grands capitalistes français n’ont pas fait fortune grâce à l’économie de marché, mais grâce à l’État : subventions de toutes sortes, énormes prêts du temps ou les grandes banques étaient nationalisées, exploitation des failles du système, évasion fiscale etc. Chollet cite l’exemple, très parlant, du fondateur d’Ikea dans la Suède social-démocrate. Ingvar Kamprad eut la bonne idée, en pleine guerre froide, de confier la fabrication de ses meubles à un organisme d’État polonais, avec des coûts de main-d’œuvre quatre fois plus faibles qu’en Suède. Pour une bonne part, il doit sa fortune (la septième au monde, la première en Europe) à l’économie planifiée socialiste.

J’ai été frappé par l’attitude des ouvriers d’une usine de Vienne en Isère, ville assiégée lors de la venue de Sarkozy (un policier pour trente habitants, des tireurs d’élite sur les toits). Il n’y eut point d’échanges du style « enculé », « casse-toi, pauv’ con » mais, chez Sarkozy, la gêne, comme on dit en anglais, d’une cheville carrée dans un trou rond, d’un pantin pas du tout dans son élément qui s’agitait en tentant d’expliquer que tout n’était pas « foutu » et, chez les ouvriers, un regard noir adressé au représentant "bling-bling" d’une société de casinotiers (http://in.truveo.com/Sarkozy-Vienne...).

Rêves de droite : Défaire l’imaginaire sarkozyste
de Mona Chollet
Paris : Éditions La Découverte, 2008.
présentation du livre :
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

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Dimanche 25 mai 2008


Nous, on veut vivre


Jeudi 15 Mai 2008, Grenoble : le centre-ville est le théâtre de plusieurs heures d'affrontements entre quelques milliers de manifestants et les forces de l'ordre. Manifestations sauvages à répétition, lancer de canettes, de pommes pourries, ou de caillasses d'un côté, contre flashballs et grenades lacrymogènes à outrance (plus de 250 tirées dans la journée) de l'autre. L'énergie, l'entêtement et l'endurance des manifestants ont marqué les esprits et notamment ceux des tenants de l'ordre établi, qu'ils soient policiers, journalistes ou syndicalistes. Et de s'indigner plus ou moins ouvertement contre "ces pratiques qui ne mènent à rien", cette "routine des affrontements", de stigmatiser des "militants anarcho-libertaires manipulateurs". Avec, au bout, toujours les même questions : "mais pourquoi vous faites ça ? "; "qu'est-ce que vous voulez ?".

Ce qu'on veut ?

Nous, on veut pas finir policier.

Lors de la dernière manif' lycéenne, Jean-Claude Borel-Garin, directeur départemental de la sécurité publique et commissaire central de Grenoble, a fait la morale aux manifestants pour leur expliquer comment réaliser une manif' "réussie". C'est normal, il s'y connaît : c'est un homme qui a tout "réussi". Ancien numéro 2 du Raid, il vient d'être nommé "contrôleur général", un des plus hauts grades de la Police. Ayant grandi dans la cité ouvrière et populaire de Jean Macé, parmi les pauvres; il est maintenant bien installé parmi les dominants, habitant une maison chic dans les hauteurs embourgeoisées de Corenc. On comprend donc tout l'intérêt qu'il a à ce que les manifs soient "réussies", c'est-à-dire inoffensives pour les dominants.
Sans doute un modèle pour Amin Boutaghane, directeur des Renseignements Généraux de l'Isère et chevalier de la Légion d'honneur, ou Dorothée Celard, 26 ans et Commissaire-adjoint de sécurité-proximité de Grenoble à la tête de 400 policiers.
Ces différents exemples de "réussite" nous font vomir. Une vie passée à la défense de l'ordre établi, de l'Etat et des dominants. Une vie à ficher, interpeller, réprimer les pauvres, les fouilles-merdes, les pas normaux, les engagées, les enragés. Merci, très peu pour nous.
Nous, on ne veut ni de piscine à Meylan, ni de Légion d'honneur, ni de salaires mirobolants. Nous ne cherchons pas à avoir une vie "réussie" mais à réfléchir à comment la vie pourrait valoir le coup d'être vécue
.


Nous, on veut pas finir au Daubé (ni à Libé).

Le Daubé, qui ajoute ses notes au concert médiatique nauséabond sur les "évènements" de mai 68, mais qui dénigre la page d'après les manifestations de colère actuelles.
Le Daubé qui ne manque jamais d'enthousiasme et d'entrain pour relater telle inauguration, tel match de rugby, tel débat chiant à mourir. Mais qui à propos des manifestations sauvages parle, avec dédain, de "routine".
Non, ce n'est pas ça la routine. La routine, c'est le travail quotidien des Denis Masliah ou Vanessa Laime, "journalistes" au Daubé en faits divers. Être obligé de se torturer l'esprit pour trouver quelques traits d'humour afin d'agrémenter les informations brutes - jamais vérifiées - de la Police; voilà bien un triste métier. On comprend dès lors qu'ils méprisent celles et ceux qui tentent de sortir d'une routine, de vivre intensément.
La routine, c'est aussi "Grenews", dernier rejeton du Daubé, qui court après les "jeunes qui bougent" qu'ils soient footeux, artistes ou contestataires pour tenter de grappiller de nouveaux lecteurs et ainsi satisfaire les publicitaires. Vendre du temps de cerveau disponible à Ikea, Renault, ou au Summum, voilà toute l'ambition politique du Daubé.
La routine, c'est l'inverse de ce que devrait faire des journalistes. Un travail d'enquêtes et d'investigations pétri d'esprit critique bien loin de la production de lèche-cul-des-autorités du Daubé. Nous, on a soif de véritables informations. On veut comprendre le monde dans lequel on vit. Pas celui des élites, le vrai.


Nous, on veut pas finir à la CGT

Quelle tristesse que le spectacle de ces cortèges mous, transpirant la certitude d'être entrain de tout perdre. Quelle désolation que de s'apercevoir que les intérêts du pouvoir et des responsables syndicaux sont liés; et qu'ils s'entendent très bien pour ne pas faire déborder les luttes des cadres établis, pour qu'elles ne remettent pas trop en cause le système. Quelle consternation que de voir les ex-responsables syndicaux lycéens ou étudiants rejoindre les structures du pouvoir (par exemple, au niveau local, Laure Masson et Hélène Vincent, anciennes responsables de l'Unef, aujourd'hui adjointes au maire de Grenoble).
Nous, on veut pas, dans 20 ans, se retrouver à défiler pour s'indigner contre le passage à 53 années et demi de cotisations, puis remballer nos autocollants et banderoles deux manifs plus tard, après que nos dirigeants aient obtenu des "garanties" du gouvernement. Nous, si l'on sort dans la rue, c'est parce que l'on étouffe dans les règles et normes de cette société; et qu'on veut la changer, ici et maintenant.
"Discours, merguez et traditions. Elle est pour quand, la révolution ?"


N'en déplaise à ceux qui aimeraient bien nous catégoriser ("jeunes radicaux", "révolutionnaires", "anarcho-libertaires", "ultra-gauchistes", "casseurs", "adolescents attardés", "totos"....), nous ne rentrons pas dans des cases. Différents, multiples, non réductibles à une appellation, nous sommes unis par le refus de la fatalité et la volonté d'essayer d'ouvrir des possibles, loin des trottoirs battus.
Pas naïfs pour autant, nous sommes bien conscients que coincés entre la BAC et le Bac, ce mouvement-ci va peut-être mourir petit-à-petit. Mais ce sera pour mieux revenir plus tard. "Back dans les bacs".
Avec toujours la même volonté de relancer l'économiste le plus loin possible et de libérer nos vies du culte du fric, de la marchandise, et de la nouvelle-réalité--mondiale-à-laquelle-il-faut-s'adapter.
Avec toujours la même volonté de résister avant que les dernières "innovations" technologiques (vidéosurveillance, biométrie, puces implantables sous la peau, drônes...) rendent suicidaires toute opposition au pouvoir
.

Nous on a des rêves


De grèves sans trêves où l'on trouve du groove
D'instants intenses dépassant les interdits installés
Face à la morne mélancolie, on veut remplir nos vies de poésie
Même dans les tracts et pouvoir aux bas mots
Casser la barack, comme Obama.

Nous avons toute la vie pour ne pas nous contenter de notre sort
Nous aurons toute la mort pour ne pas avoir de remords



Nous, on veut vivre.



Premiers signataires :
Association "Place de Verdun : J'y suis, j'y reste"; groupe "La Rue Kinousappartient"; A l'Attac 38; Solidarité Bande de Gazage; Union "Touche pas à ma rue"; Comité pour un gazage sans OGM; mouvement "Guerre sociale et amour fou"; comité "Passe sur la BAC d'abord"; club "GF 38" (Gazs vs Fumigènes 38); Michel et Olivier (Derniers Poilus de la Bataille de Verdun); parti NPA (Noix et Pommes Avariées), Michael scofield de Prison Break, union syndicale CRS (Citron, Rage et Sérum phy); groupe-Facebook "Salut, ça gaze ? ", collectif unitaire "Un jour, j'irai au Rectorat avec toi..."; Ligue des Droits des Pommes, Association "Arrêté, crie ton nom" (ACTN), Réseau FTC (Fous Ta Cagoule), FIDL Gastro, Front de Libération des Rues, fan-club de Magali Coppere...

 
Voilà l'état d'esprit des participants aux "manifestations illégales".
Au delà des mises en cause personnelles et des lieux qui échapperont aux lecteurs, je juge utile d'écouter ceux "qui veulent vivre", à un moment où le débat est saturé de ceux qui veulent liquider ou simplement  commémorer Mai 68.



Une lettre de Michel ARDIN :

Une question agite préfecture et services de police, rédactions, rectorat, inspection académique et proviseur(e)s: que se passe-t-il donc dans les lycées de l'agglomération grenobloise? "Tous n'en mouraient point, mais tous étaient touchés"...
Le Dauphiné Libéré, dans son édition du 24 mai, prend peur:

"MOUVEMENT LYCEEN Un défilé annoncé aujourd'hui.
 QUAND LES MANIFS TOURNENT A L'EMEUTE"      

On nous rassasie des sempiternels milieux "anarcho-libertaires" et de leurs sites web auxquels se greffent ... Ce que je vois comme parent :
Des jeunes, qui ont une reflexion sur la société, largement non-violents, mais qui ont compris que ce n'est pas avec des manifs bien gentilles et respectueuses que l'on fera reculer le pouvoir sur ses projets les plus néfastes. Alors, ils bloquent les lycées, et occupent les rues, les places, les rails du tram, jusqu'à ce que les forces de l'Ordre les en dégagent par la force. De toute façon, projectiles (pommes avariées au début) ou pas, ils auront droit aux lacrymos et au charges. Bien sur, les niveaux de conscience et de participation sont très divers, mais ce n'est pas un jeu. Il y a des blessés et des arrestations; pour certains, c'est l'année scolaire, le bac, qui est compromis, et "c'est pas évident". Mais "on ne va pas s'arrêter".
Ce qui se passe en ce moment à Grenoble est impressionnant. On a le sentiment que la jeunesse est entrée en guerre, une guerre contre "ce dont Sarkozy est le nom", une guerre de l'humain contre l'inhumain.
Au delà de la nécessaire prudence qui nous commande de ne pas encourager des jeunes à griller leur avenir, ne devons-nous pas nous laisser interpeller, être aussi de ce combat qui nous concerne tous?
"Nous, on veut vivre" disent-ils. Et nous?
 
Michel Ardin
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Mardi 13 mai 2008

En attendant sa démission...un arrêt de travail ! Tel est l'avis des médecins de la revue Pratiques...


Citoyens ! Vous êtes persuadés que la bonne santé des institutions d’un pays démocratique est le capital commun de la Nation ? Alors, aux côtés de Pratiques, Les Cahiers de la Médecine Utopique, exigez :

1. Que le Président de la République et son gouvernement bénéficient de l’arrêt de travail réparateur auquel ils ont droit, de par leur dévouement au service de la dite Nation,

2. Que soient supprimées, en conséquence, les mesures prises par l’article 103 de la loi de financement de la Sécurité Sociale pour 2008.

En effet, l’une de ces mesures, inique parmi bien d’autres, prévoit l’invalidation de tels arrêts par des médecins, désormais directement rémunérés par l’employeur du sujet, avec suspension totale des indemnités correspondantes.

Tout le monde conviendra, en cas d’invalidation de cet arrêt de travail par des médecins commis par l’« employeur » du Président et de son gouvernement, et comme ce projet de loi leur en donne latitude :

- Qu’il serait indécent de voir les faibles revenus de nos dirigeants amputés de cette façon mesquine, à l’instar de ceux de la plus humble des caissières de supermarché harcelée par son employeur,

- Qu’une reprise prématurée de leur activité par les intéressés, si elle devait s’accompagner d’une médication lourde - cas du commun des mortels -, pourrait s’avérer dramatique tant pour le déficit de l’Assurance Maladie que pour la santé des susdits - notre souci principal, cela va sans dire.

En conséquence, nous convions l’ensemble de nos concitoyens, à s’associer à l’initiative :

UN ARRET DE TRAVAIL POUR SARKO ET SON GOUVERNEMENT !

Signez cette pétition, diffusez-là, par la parole, le papier, la Toile !

Rendez-vous sur le site www.pratiques.fr pour en suivre le développement.

Madame, Monsieur,

 

Vous avez signé la pétition : « Un arrêt de travail pour Sarko et son gouvernement », qui totalise actuellement 2100 signatures. La revue Pratiques vous en remercie et donne la parole au Collectif des Médecins du Travail de Bourg-en-Bresse, qui a bien voulu s'associer à cette initiative, suite à la publication d'un communiqué de presse du SMG consacré aux arrêts de travail.

 

« Forts de nos constats faits auprès des salariés de l'immense coût humain qu'ils ont à payer face à un travail massivement dégradé, face à une fréquente sous-prise en charge de leurs problèmes de santé dans un contexte de fort soupçon ambiant de la société vis-à-vis des malades, nous avons rapidement relayé l'appel du SMG : notre mission nous confère le devoir d'alerte sur cette menace qui pèse lourdement sur ce qui donnait jusqu'à présent à la personne malade une minimale prise en charge en indemnités journalières.


Et si la pétition, dans un mode un peu inhabituel, a pu faire prendre conscience à un grand nombre de personnes de l'extrême danger d'une telle réforme, nous en sommes satisfaits. Dans le même temps, nous restons soucieux du maintien de l'état d'alerte au niveau que requiert la gravité d'une telle atteinte à la qualité de la prise en charge et au droit pour les malades et les médecins d'avoir accès à ce nécessaire aspect central des soins qu'est le repos.


L'exigence de vérité est toujours plus que jamais nécessaire vis-à-vis de l'extraordinaire mensonge qui est à l'oeuvre, faisant peser sur les malades, et les soupçons d'abus et la responsabilité du déficit de la sécurité sociale. »


Le Collectif des Médecins du travail de Bourg-en-Bresse

 

Pour notre part, à Pratiques, notre pétition continue. Faites la connaître en renvoyant vos amis, connaissances, proches, collègues de travail sur notre site http://www.pratiques.fr/ ou directement à l'Edito introduisant la pétition : http://www.pratiques.fr/Edito-Un-arret-de-travail-pour.html .

 

Continuez le combat. Nous en ferons le point de départ de nouvelles initiatives.

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Samedi 3 mai 2008

 

L’habit de fait pas le moine pourrait-on dire suite à l’entretien télévisé du jeudi 24 avril 2008. Et de fait, le travestissement des formes n’y change rien, Nicolas Sarkozy reste le président qui détruit la République. Pourtant tout a été fait pour séduire : apparat des décors, cadre solennel, jeu d’acteur et tentative de réinvestissement du costume traditionnel de président... il serait faux de dire que le président pétainiste n’a pas fait des efforts pour « changer la donne ».

(cf lettre http://www.gaucherepublicaine.org/2,article,1900,,,,,_l-De-quoi-Badiou-est-il-le-nom-r.htm)

Mais hélas, en matière de donne, c’est bien exclusivement de la sienne dont il s’est préoccupé, et non celle des individus vivant sur le sol de ce pays. Car sous le fard de l’apparat, le message délivré est limpide : rien ne sera changé. Pire ! En se réinstallant dans une posture présidentielle, le sarkozysme propose une confusion encore plus grande dans les valeurs de la République et, de ce fait, participe encore plus activement à la destruction de ces valeurs.
Ce principe de destruction, ce travail de sape, contribue toujours davantage à vulgariser les valeurs républicaines ; c’est à dire à la vider de leur sens, à les rendre confuses, imprécises, à faire en sorte que les individus puissent y voir tout et n’importe quoi. À l’évidence, « les valeurs républicaines » ne voudra plus rien dire, ne présentera plus aucun repère, ne tracera plus aucune ligne idéologie forte sur laquelle il serait possible de s’appuyer. Cette vulgarisation éthique, cette attaque du savoir, signe toutes les périodes de décadence politique depuis l’effondrement de la Rome républicaine jusqu’à l’avènement de la France de Vichy. En ce sens, Sarkozy est à combattre, non pas uniquement comme un ennemi politique, mais avant tout comme un ennemi culturel et éthique. Les lignes éthiques, «  la sienne  » et «  la notre  », ne sont pas même opposées, elles sont orthogonales.

Un travail de surface

Le discours du président était clair : augmentation de la durée de cotisations à 41 ans pour la retraite à taux plein, suppression effectives des postes dans l’enseignement, pas de régularisation globale des travailleurs « sans-papiers », mesures superficielles pour le pouvoir d’achat, et toujours « travailler plus pour gagner plus » (sans préciser s’il s’agit bien de la même personne qui travaille plus... et qui gagne plus !). Et la critique pourrait sans peine s’en tenir là. Elle serait conforme à l’usage politique dans un monde où la politique devient de plus en plus une affaire superficielle et reléguée aux calculs électoralistes (dans lesquels se sont engouffrés Mme Royale et M Fabius, mettant en évidence une fois de plus la médiocrité politique des dirigeants du PS).
La vulgarisation des idéaux républicains menée par le sarkozysme contribue à rendre floue toute fondation sur laquelle appuyer une politique. Le problème est que la gauche ne dispose plus d’une ligne éthique forte, c’est à dire d’une assise sur laquelle fonder des analyses et un projet alternatif. Car penser et concevoir une politique ne se fait pas sans rien. Il faut des idées claires, précises, reliées les unes aux autres par des articulations logiques fortes (par exemple Respublica a toujours présenté une ligne claire et cohérente de ce qu’est le principe de laïcité). Sur une base éthique claire – précisant ce qu’est la culture, ce qu’est une richesse, ce qu’est une valeur marchande, ce qu’est un individu – il est alors possible d’élaborer un projet global comme la République. Sarkozy est un acteur pétainiste au sens où il mine cette base rendant ainsi impossible la réflexion politique des citoyens.

Au delà de la politique, il y a l’éthique

Que disent « éthiquement » les propos de Nicolas Sarkozy ? L’augmentation de la durée de cotisation fait fi de toutes les données concernant notre société : l’emploi des seniors est de 54 % pour les plus de 55 ans, et de 13 % pour les plus de 60 ans. Or, seuls ceux qui travaillent peuvent cotiser, et allonger la durée de cotisation prend alors un tout autre sens : réduire les pensions. A cela vient s’ajouter la baisse des remboursements de santé par notamment le système des franchises médicales. De telles mesures vont conduire à une augmentation de la misère. On assiste donc à une absence de redistribution des valeurs marchandes. Or, cette redistribution permet une création de richesses qui n’ont rien de monnayables, car il s’agit de véritables richesses. La réduction de la misère, l’assurance d’être soigné convenablement, l’assurance de pouvoir profiter d’une retraite méritée, tout cela contribue à la réduction de la tension sociale, à l’apaisement, à la vie sereine des individus, c’est à dire des gens qui composent la société. Cette tranquillité, cette assurance et cette paix qui permettent le développement, voilà une richesse que le libéralisme n’introduit jamais dans ces comptes de valeurs marchandes. Toute l’installation du libéralisme sur le plan culturel et éthique (c’est à dire comme « évidence » normale et naturelle) repose sur l’indistinction entre ce qui est une « richesse » et une « valeur marchande monnayable ». Or rien n’est plus faux ! La totalité du Pacte Républicain repose précisément sur la distinction claire du fait qu’une richesse n’est pas une valeur marchande et que c’est la redistribution des valeurs marchandes qui permet la création et le développement des richesses.

La suppression des postes dans l’enseignement en est un autre exemple. Sous prétexte de réduction des coûts, de rentabilité, d’e