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RUPTURE TRANQUILLE

RUPTURE TRANQUILLE

Bloc-note de rupture avec l'Union pour Minorité de Privilégiés (UMP), désormais macronisée

9 Mai 2014

9 mai, journée de l'Europe : cela se fête !

par un rappel de quelques articles et, ensuite, une série de vidéos que l'on doit à Fakir .

D'abord les articles, fête tourner :

51 raisons de boycotter l'élection européenne

Européennes : des écologistes abstentionnistes

Appel à l'abstention aux européennes: pourquoi signer?

Adresse aux syndicalistes

Euro : Un autre usage de la matraque est possible !

Européennes : le MRC appelle à l'abstention

La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ?

Frédéric Lordon avec nous ?

Rue 89 avec nous ?

Bernard Maris avec nous ?

Les anarchistes, avec nous ?

Le retour des bonnets rouges

Européennes : pourquoi ne (surtout pas) voter PS ?

L'abstention aux européennes, une arme contre le FN ?

Faisons péter l'APT

Tous Ensemble, boycottons les élections européennes!

Europe, démocratie, internationalisme

L'Euro, un débat tabou?

Le débat interdit

Les Echos mentent ? Sans blague ?

Jacques Sapir a (presque) toujours raison

Les scenarii de dissolution de l'euro

Gauche fracturée

Au FN, Job à mi-temps à 5000 euros

J'aime tellement l'Humanité

Le Plan B, la renaissance.

Oskar Lafontaine, un facho xénophobe?

29 mai 2005 - 29 mai 2013: cela se fête !

Un printemps européen ?

En finir avec l'Europe

Bastille République Nations n'est pas en kiosque

L'UE fait (aussi) chier le peuple allemand

Hollande : un quinquennat pour rien ?

L'insurrection, c'est pour Noël ?

Pétition pour un reférendum sur le pacte budgétaire

La stratégie du choc

Sortir de l'Euro pour sortir de la crise ?

Protectionnisme : problème ou solution ?

Pour un protectionnisme européen ?

Bientôt la fin du carnaval présidentiel

L'Europe contre la gauche

Et l'Union europenne, bordel ?

Publié par Frédéric Maurin à 21:47pm
Avec les catégories : #ue , #élections européennes , #euro , #austérité , #libre-échange , #élections

7 Mai 2014

Contre les médias aux ordres,

Contre les médias aux ordres,

...Acrimed | Action Critique Médias fait un travail formidable.

Ce n'est pas le tout de le penser, de le dire et de le rappeler, il faut leur en donner les moyens.


Des moyens plutôt modestes d'ailleurs, soit 40 000 euros.

C'est beaucoup ? Pour fixer un ordre de grandeur, une seule page de publicité sur Le Figaro peut atteindre les 220 000 euros

La qualité du travail d'Acrimed, dont les articles ci-dessous vous donneront une idée, mérite bien un petit geste.

1. Appel

Avant-première : Ce sont des euros qu’il nous faut !

Une dizaine de jours avant un appel public, vous êtes averti-e-s : Acrimed menace de se trouver dans une situation très périlleuse d’ici quelques mois et, en tous cas, avant la fin de l’année, en raison de la fonte de nos ressources. Or nous avons absolument besoin de nos deux salariés - le secrétaire administratif et le secrétaire de rédaction - et nous priver de l’un d’entre eux, vraisemblablement le second, constituerait un affaiblissement considérable.

C’est pourquoi nous sommes contraints de lancer un appel à souscription de 40 000 euros. Il suffirait que celles et ceux qui sont inscrits sur cette liste nous accordent 5 euros pour que nous soyons tirés d’affaire.

Nous en dirons plus publiquement, mais d’ores et déjà, vous pouvez visiter notre boutique pour effectuer un don ou adhérer, avec ou sans abonnement à Médiacritique(s)...

Quoi qu’il en soit, en ces temps difficiles, nous faisons mieux que résister. Il serait dommage qu’il en aille autrement dans un futur proche.

2. Débats
3. Sur le site d’Acrimed

3.1. Magazine, Acrimed Hebdo, Flux RSS

Nous vous proposons ci-dessous une sélection… sélective (puisque vous consultez le site régulièrement...) et un peu organisée.

De surcroît, Acrimed vous offre une liste, complémentaire de celle-ci : Acrimed Hebdo. En vous inscrivant, vous recevrez la liste hebdomadaire des articles parus sur notre site. Pour s’inscrire, deux solutions :

- Envoyer un message vide à zelistes@acrimed.org avec, dans le champ "sujet" ou "objet" : subscribe hebdo (sans autre mention).

- Recourir à l’inscription automatisée sur notre site.

- Enfin, vous pouvez également vous abonner au flux RSS. Si vous ne savez pas de quoi il s’agit, pas d’inquiétude : votre navigateur vous expliquera...

3.2. Sélection d’articles (avril-mai 2014)

I. Au fil de de la presse
** Chez « Libé », la censure de Marcelle fait un tabac
Retour sur la censure d’une chronique de Pierre Marcelle da
ns Libération.

** Chez Libération, la censure de Marcelle continue
La direction de Libération en crise a interdit une fois de plus la publication de la chronique hebdomadaire de Pierre Marcelle, « No Smo
king ».

** Mise en examen de Serge Dassault : Le Figaro soigne son propriétaire
... et se met une fois de plus à son s
ervice.

** Silence de La Dépêche sur la mise en examen de son propriétaire, Jean-Michel Baylet
Un exemple de plus de l’influence néfaste des propriétaires de médias sur l’indépendance des réda
ctions.

** Les voies impénétrables de « l’expertise » politique
Quand Le Dauphiné libéré et Métronews s’en remettent à un spécialiste du comportement animal et à un « synergologue » pour éclairer leurs le
cteurs…

** Marche du 12 avril 2014 contre l’austérité : La Tribune amende l’information et l’AFP
Un copier-coller de l’AFP retouché à la
marge.

** La tournée médiatique triomphale de Matthieu Pigasse
Son Éloge de l’anormalité suscite un engouement unanime dans les rédactions, y compris dans celle du
Monde.

II. La vie de la presse
** L’information vaudou. Information en continu, journalisme introuvable
Le dépérissement de l’information en ligne, happée par le «
temps réel ».

** Le Progrès : la nausée et les mains sales (SNJ)
Un « dérapage » qui « consacre la faillite d’une politique éditoriale basée sur le tout faits-di
vers ».

** Direct Matin en flagrant délit de publicité clandestine
Une opération commerciale en « une » accompagnée d’un article à la gloire du produit promu dans les pages intér
ieures.

** Le FigaMonde, nouveau quotidien éco en gestation ?
… spécialisé dans le parc automobile des entre
prises.

** Courrier international, thermomètre de la presse dominante européenne
... exclusivement néo-libérale et austér
itaire.

III. La Coupe du monde de foot
** Les médias français complaisants avec Michel Platini ?
Si ce sont deux éminences du commentaire, Pascal Praud et Pierre Ménès, qui le
disent, alors…

IV. La radio, la télé
** Génocide au Rwanda : propagande pour petits et grands sur France Info
Sur le service public, toutes les occasions sont bonnes pour dédouaner la France de toute responsabilité dans le génoc
ide au Rwanda.

** Otages libérés : mes amis, ne vous attendez à rien de la part d’Olivennes et de Lagardère
Corporatisme et confrat
ernité.

** Lire : d’Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos, La Bonne soupe. Comment le « 13 heures » de TF1 contamine l’info
Un livre paru en 2006, mais qui n’a pas perdu son act
ualité.

** « 90’ Enquêtes » sur TMC : racolages sécuritaires et spectaculaires
Un magazine de propagande du ministère de l’Intérieur (et des fait di
vers) ?

** « C dans l’air », bavardage entre amis sur le service public
Politique politicienne et vulgate libérale, servies par quelques omniprésents et leurs com
parses.

V. Pot-pourri
** Les universités sont exsangues ? Les médias se préoccupent du sort de la ministre
Il faut compter sur une pétition des enseignants-chercheurs pour être informé sur la situation catastrophique du service public d’enseignement et
de recherche !

** Alain Finkielkraut, ses pensées immortelles
Désormais académicien, ses péroraisons n’en auront que plus de valeur aux yeux des médias qui l’encensen
t déjà…

** L’avenir ne se construira pas sans les associations citoyennes ! (communiqué)
« Nous refusons le désastre social qui s’annonce… » par le Collectif des Associations Cito
yennes.

** Valls sondagière : BVA convainc les français malgré eux
Quand sondeurs et commentateurs fabriquent une opinion sur
mesure…

4. Sur d’autres sites

Voici une sélection extraite de notre série : Critique des médias sur le Web. Le numéro de janvier-février est d’ores et déjà consultable en ligne.

- Une nécrologie machiste signée Laurent Joffrin (Tout va bien, 02/05) - « Ce vendredi 2 mai 2014 Le Nouvel Observateur met en ligne une nécrologie de Josette Alia signée par un macho barbichu nommé Laurent Joffrin. Extraits : ‘’elle était de ce groupe d’amazones de la plume qui en remontrait sans cesse aux vedettes machistes de la presse établie. Aussi féminine que féministe’’. »

- Soirée spéciale élections municipales ou soirée Front National ?(Leulier, 27/03) – « En analysant les chiffres des interventions des animateurs, la réponse est rapidement évidente : les animateurs n’interrogent les invités que sur ce sujet-là : « Que pensez-vous du score du Front National ? », « Que pensez-vous du score du Front National dans la ville de … ? », « en cas de triangulaire avec le Front National, quelles sont vos consignes ? », etc. Pujadas d’ailleurs l’annonce lui-même à un moment de la soirée : « Ca sera une des thématiques dominantes de la soirée [le FN] ; il y aura beaucoup de villes avec des triangulaires » (50 :49). Bien sûr les seules triangulaires dont parle Pujadas sont celle PS/UMP/FN. Et le FN n’est pas « une des thématiques dominantes de soirée », mais en fait l’unique thématique de la soirée. Delahousse déclare également, plein de naïveté : « on parle beaucoup du Front National ce soir » (77 :38). »

- Sciences : les journaux racontent n’importe quoi (Courrier International, 13/03) – « En matière d’information, bien souvent, le sujet le plus important perd la bataille de l’audience contre les ragots ou les anecdotes à connotation sexuelle – voire simplement contre quelques photos de chatons. La même tendance serait à l’œuvre derrière un phénomène observé par des chercheurs des National Institutes of Health (NIH, agences gouvernementales américaines en charge de la recherche médicale et biomédicale), dans un article publié par la revue spécialisée Plos One : dans leur traitement de la recherche médicale, les médias ont tendance à privilégier les études scientifiques les moins fiables. »


Prochain magazine : juin 2014

Le site d’Acrimed, observatoire des médias : http:
//www.acrimed.org/



N’hésitez pas à copier/coller et à transmettre tout ou partie des informations contenues dans ce message à celles et ceux qui pourraient être intéressés.

Vous pouvez également nous suivre sur Twitter, nous rejoindre surFacebook et également vous abonner à Médiacritique(s).

Publié par Frédéric Maurin à 09:16am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #presse libre , #médias aux ordres , #acrimed

4 Mai 2014

Européennes : des écologistes abstentionnistes

Européennes : des écologistes abstentionnistes
Démobilisation générale !
En 2009, des écologistes et décroissants appelaient déjà au boycott de l’élection européenne !

Et avec le même objectif d'ouvrir un espace sans précédent aux luttes populaires

Voici leur appel :

Le boycott est l’arme de la démocratie directe ! Les 6 et 7 juin, les Français et les électeurs des vingt-six autres pays européens sont appelés à élire « leurs » représentants au Parlement européen.

La participation à l’élection européenne rend les citoyens européens complices des manipulateurs de Traité de Lisbonne, cette lamentable copie du Traité constitutionnel (TCE), rejeté par 55% des électeurs français. Et autant de Néerlandais. Sans compter tous ceux à qui on n’a pas demandé leur avis.

Sous l’impulsion de Sarkozy, qui se croit toujours président de l’U.E, les députés français se sont affranchis de leur devoir de délégation et de représentation. Ils nous ont trahis ! Accepter d’élire de nouveaux députés européens, c’est accepter que les dénis de démocratie deviennent une habitude. Par cet acte honteux, les députés français ont franchi la ligne, ils ont choisi le camp des notables contre celui des citoyens.

Nous, signataires de cet appel au boycott, refusons de tendre l’autre joue.

Les députés français nous ont floués a posteriori, les députés européens font mieux : ils nous préviennent que nous sommes floués a priori. En effet, ils nous appellent à voter pour un Parlement sans pouvoir et des députés sans mission, quoique grassement rémunérés.

Certains candidats de la gauche radicale ne sont pas très à l’aise lorsqu’il s’agit de détailler leur actions futures : l’un d’entre eux promet de favoriser les référendums d’initiative citoyenne… Étonnante reconversion pour quelqu’un qui s’est tant battu contre le Traité de Lisbonne car cette possibilité offerte aux peuples est une des nouveautés du traité honni… s’il devient, un jour, applicable. En plus, ces référendums nécessitent au minimum un million de signatures de citoyens européens et seront « proposés » à la souveraine Commission laquelle statuera sur leur opportunité. Autant dire que le référendum européen devrait, assez rapidement, figurer sur la liste des espaces démocratiques en voie de disparition.

Car la démocratie, quand il s’agit de l’Union européenne, a des allures de dictature tranquille. Les peuples résignés s’y sont habitués. Seul un boycott politique, argumenté et revendiqué peut nous sortir de la torpeur d’une élection sans enjeu.

Boycotter sans détour cette élection !

Boycotter est un acte de démocratie directe ! Boycotter ne nous empêche pas de faire campagne contre le totalitarisme de l’Union européenne.

Un autre candidat est encore plus fumeux. Il envisage sereinement de mettre en place une Constituante qu’il proposerait à … la Commission.

Personne ne sait comment ce spécialiste des fauchages volontaires parviendra à attirer suffisamment de députés européens pour adhérer à son idée et surtout comment il convaincra la Commission. Par un référendum d’initiative citoyenne, sans doute…

La majorité du Parlement européen serait-elle composé de députés anarcho-communistes, ce qui ne risque pas de se produire avant l’an 3050, que les technocrates de la Commission ne devraient pas accepter avec facilité cette idée de Constituante.

La Commission européenne est le bras armé des capitalistes en Europe. Même si une « actio popularis », emmenée par un ramassis de salopards en salopette, la visait, elle pourrait toujours compter sur la Cour de Justice des Communautés européennes.

Bien planquée dans un véritable bunker au Luxembourg, un paradis fiscal soit dit en passant, cette tanière de super-juges symbolise le totalitarisme juridique d’une construction européenne qui s’est faite sur le déni des peuples. Les arrêts de cette cour suprême sont inattaquables ou presque. Confessionnal ou conseil de discipline, la Cour de Justice se la joue autoritaire. Les représentants des Etats membres y défilent, la tête basse, et en sortent, les fesses rougies.

La Cour de Justice des Communautés européennes est sans doute l’instance la plus discrète mais aussi la plus despotique. Une entité occulte, au service des puissances de l’argent, en quelque sorte puisqu’elle n’a cessé, en quarante ans, de promouvoir le libéralisme le plus violent à coups d’interprétation fantaisistes des traités lorsque les textes n’étaient pas suffisamment précis. Ses pouvoirs ne cessent de s’étendre de traités en traités, les Etats membres perdent de plus en plus leurs prérogatives au bénéfice de cette curieuse institution qui semble les narguer.

On dira que nous exagérons et que les menaces sur la démocratie ne peuvent en être arrivées à ce point critique, qu’il est possible de changer encore la donne. Peut-être mais certainement pas de l’intérieur ! Restent des solutions plus concrètes : la grève générale reconductible dans tous les pays européens dont nous souhaitons qu’elle émerge du mouvement social. Et le boycott comme arme de démocratie massive ! Une pétition qui recueillerait un million de signatures pour le boycott sera une formidable claque aux petits arrangements entre amis. Le boycott permet de refuser le jeu des élections dont la Commission a pipé toutes les règles.

"Nous, les initiateurs et premiers signataires de l’appel au boycott, ne voulons pas changer les règles du jeu mais changer le jeu" . (André Breton)

Nous sommes les initiateurs et premiers signataires de cet appel, rejoignez-nous !

* Ce texte, libre de droits, peut être utilisé sur tous les supports médias en vue de diffuser cet appel. Premiers signataires : (Ordre de signature)
Guy Dutron et la coordination Gauche Alternative du Hainaut (Membre de la CNA de la Coordination des Collectifs Unitaires pour une alternative au libéralisme - Militant SUD - Ecrivain - France)
Geneviève Sabathé (Agde - Hérault - (Ex- Porte parole des Collectifs Unitaires Antilibéraux de l’Hérault - Docteure en Sciences de l’Education - France)
Jacques Lainet (Militant altermondialiste et écologiste radical - Avesnois - Coordination Gauche Alternative du Hainaut - France)
Joëlle Dichi (Militante SUD - Paris - France )
Pierre Dutron (Président du Rassemblement Populaire Wallon - Belgique et Roumanie)
Thérèse-Marie Cardon (Enseignante - CGT Educ’Action Nord - Coordination Gauche Alternative du Hainaut - Cambrésis - France)
Michel Lepesant (Objecteur de croissance - Valence - Drôme - France)
Michèle Barbier (Mère au foyer - Militante citoyenne - Objectrice de croissance - Colombières sur Orb - Hérault - France)
Claude Le Guerranic (Objecteur de croissance - Tarn - France)
Katie Palluault (Militante Féministe - Objectrice de croissance - Val d’Oise - France)
Richard Ramaekers ( RPW - Retraité des services publics - Mouscron - Belgique)
Emeline Laurent ( Etudiante en Environnement - Nord - France)
Pascal Laurent (Demandeur d’emploi Bâtiment - Nord - France)
Martine Hennecart ( Demandeuse d’emploi - Nord - France)
Cécile Pébereau (Militante Altermondialiste - Haute Garonne - France)
Odile de Puthod (France)
Robert Chamayou (Professeur de mathématiques - Colombières sur Orb - Hérault - France)
Andy Leclere (Militante inter mondialiste - anticapitaliste - Liège - Belgique)
Gilbert Saillour ( Altermondialiste & ami de la Confédération Paysanne - 72100 Le Mans - Sarthe - France)
Thierry Fiata (Réceptionniste - Idéaliste - àŽle de la
Réunion)
Audrey Noirot (Liège - Belgique)

Publié par Frédéric Maurin à 18:10pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #Union européenne , #démocratie , #tce , #boycott , #austérité

4 Mai 2014

Européennes : le MRC appelle à l'abstention

Européennes : le MRC appelle à l'abstention

Chevènement, avec nous?

une série de plus en plus longue...

PARLEMENT EUROPÉEN : CETTE ÉLECTION DÉRISOIRE SE FERA SANS NOUS

Communiqué de Jean-Luc Laurent, Président du MRC et député du Val-de-Marne, vendredi 2 mai 2014.

Le Mouvement Républicain et Citoyen ne présentera pas de candidats aux élections européennes et appelle les citoyens à les boycotter en s’abstenant de voter le 25 mai. Les questions européennes sont fondamentales, comme l’ont montré les deux campagnes référendaires de 1992 et 2005 pour lesquelles nous avons répondu présents et activement participé avec Jean-Pierre Chevènement. En 2012, les parlementaires du MRC se sont opposés au traité européen « TSCG » pour signifier leur opposition à cette Europe de la régression, de l’austérité budgétaire et du carcan monétaire que constitue la monnaie unique.

Tous les cinq ans revient ce scrutin dérisoire pour l’élection des députés français au Parlement Européen. Tous les cinq ans revient la même campagne de communication pour « vendre » aux citoyens ce Parlement sans peuple. Cette année, c’est le simulacre de débat européen entre les eurocrates interchangeables Schulz et Juncker qui doit déplacer les foules…

En France, cette élection est devenue totalement incompréhensible depuis la suppression de la circonscription unique nationale en 2004 au profit d’inter-régions ne correspondant à rien. L’an dernier, les députés du Mouvement Républicain et Citoyen ont proposé d’en finir avec ce mode de scrutin mais les grands partis, qui utilisent ce scrutin comme une opération de ressources humaines, ont refusé ce choix de bon sens.

Notre appel au boycott est un « non » républicain de résistance. Le MRC a deux convictions : il est impératif de réorienter radicalement la construction européenne mais cela ne se passera pas au Parlement européen. Le passage d’un euro monnaie-unique à un euro monnaie commune ne se fera pas au Parlement mais au Conseil. C’est la responsabilité du Président de la République de comprendre la crise de la construction européenne et de proposer des solutions à la hauteur des enjeux.

Le fédéralisme européen est mort comme idée, il survit malheureusement dans des institutions, coercitive comme la monnaie unique ou dérisoire comme le Parlement européen. Pour les cinq années qui viennent, le Mouvement Républicain et Citoyen a beaucoup idées mais pas de candidats, des propositions mais pas de listes. Nous ne serons pas muets au cours des trois prochaines semaines et ferons campagne avec ces propositions.

Nous appelons tous les citoyens à consacrer ce dimanche 25 mai à leurs proches et aux activités qui leur sont chères.

02/05/2014

Publié par Frédéric Maurin à 17:42pm - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #mrc , #chevènement , #élections européennes , #abstention , #austérité

24 Avril 2014

De Jean Jaurès, sur François Hollande

Sous la plume de Pascal Riché, Rue 89 interroge Jaurès sur Hollande

Original et pertinent.

Jaurès : « Hollande veut gouverner, mais pas réformer »

Les mots de Jaurès

Toutes les réponses de cette interview imaginaire sont tirées de l’introduction, rédigée par Jaurès en janvier 1904, au recueil de ses discours parlementaires. Il revient sur l’histoire du socialisme et du radicalisme (jusqu’en 1885), et règle des comptes avec les pensées et les actions de Ferry, Guesde, Blanqui, Clémenceau.

Les propos visant Hollande sont en réalité pointés vers Jules Ferry.

Nous avons prélevé quelques extraits, sans modifier le texte. Nous avons remplacé deux expressions :

  • « Politique d’expansion coloniale » est devenu « politique d’aventures post-coloniales » ;
  • « Il y a un siècle » est devenu « Il y a plus de deux siècles ».

Quelques temps de verbes, enfin, ont été modifiés.

Pascal Riché

François Hollande a salué, ce mercredi à Carmaux, la mémoire de Jean Jaurès, dont on fête le centenaire de la mort. Il a rendu hommage à cette « figure consensuelle ». Consensuel ? Nous avons interrogé le socialiste sur la question.

Rue89 : Le président François Hollande vous a rendu hommage, ce mercredi à Carmaux. Quels sont, parmi vos discours, ceux que vous auriez aimé voir cités par le chef de l’Etat ?

Jean Jaurès : L’homme politique qui, mêlé à d’incessants combats, s’attarderait avec quelque complaisance littéraire à l’expression oratoire des luttes passées, serait bien frivole.

OK, OK. Que pensez-vous de son action ?

L’essentiel à ses yeux n’est pas de réformer : c’est de gouverner. Et il ne voit guère d’autre horizon aux gouvernements que leur propre durée.

Ce n’est pas que cet homme remarquable manque de philosophie et de vues générales. Mais il se refuse de parti pris aux perspectives lointaines, et l’idée qu’il se fait du rôle dominant de la bourgeoisie brise presque tout essor.

En sa haine de toute « utopie », il fait bon accueil à des pauvretés. Et l’autre chimère, selon lui, grossière et tyrannique celle-là, c’est le socialisme, c’est le collectivisme.

François Hollande est un ex-socialiste passé au centre, vous êtes un ancien centriste devenu socialiste. Ce chassé-croisé vous rapproche-t-il ?

Depuis que je suis dans la vie publique, la direction essentielle de ma pensée et de mon effort a toujours été la même. J’ai toujours été un républicain, et toujours été un socialiste : c’est toujours la République sociale, la République du travail organisé et souverain, qui a été mon idéal. Et c’est pour elle que dès le premier jour, avec mes inexpériences et mes ignorances, j’ai combattu.

Je n’espère point détruire la légende qui fait de moi un ancien « centre-gauche » passé brusquement au socialisme. Les légendes créées par l’esprit de parti sont indestructibles, et celle-ci a pour elle une sorte d’apparence ; car si, dans la législature de 1885 à 1889, je n’étais inscrit à aucun groupe, si je votais souvent avec la gauche avancée, si je manifestais en toute occasion ma tendance toujours plus nette au socialisme, je siégeais géographiquement au centre ; et cela a suffi, pour bien des hommes, à me classer.

Mais j’étais dès lors, profondément et systématiquement, un socialiste collectiviste. Et dans toutes les paroles que j’ai dites, l’inspiration socialiste est évidente.

« Collectiviste », dites-vous ? Le mot est fort ! Au XXIe siècle, toute la classe politique, y compris la droite et l’extrême droite, se réclame pourtant de vous !

J’ai fait appel aux véhémentes énergies du prolétariat, comme j’y ferais appel demain, si les pouvoirs constitués prétendaient interdire la libre évolution légale au collectivisme et à la classe ouvrière.

Le socialisme veut abolir théocratie, monarchie, capitalisme, et substituer la libre coopération des esprits et des forces à l’autorité du dogme, à la tyrannie du monarque, au despotisme de la propriété.

Si chaque citoyen avait l’instruction du lycée, par quel procédé s’établirait l’égalité absolue, moyen unique de concilier les impérieuses prétentions de tous ? Par le communisme, sans ombre de doute. Le communisme est la seule organisation possible d’une société savante à l’extrême, et dès lors puissamment égalitaire.

Votre ennemi, est-ce la finance ?

Il est inévitable que dans un système social fondé sur la propriété privée, la classe qui détient les grands moyens de production exerce sur les affaires publiques et sur la destinée des gouvernements une influence profonde ou même décisive.

Aujourd’hui encore, malgré les progrès de la démocratie et du prolétariat, la démocratie et la République subiraient une terrible crise si toute la grande bourgeoisie en toutes ses variétés, bourgeoisie de finance, bourgeoisie industrielle, bourgeoisie de négoce, bourgeoisie rentière, bourgeoisie terrienne, se coalisait contre le régime républicain, et engageait contre lui non pas une lutte partielle, incohérente, passagère, mais une lutte totale, systématique, continue.

Grande difficulté à coup sûr et grand problème pour ceux qui, comme nous, veulent conduire la démocratie politique sans secousses à sa forme sociale, et transformer légalement la République semi-démocratique et semi-bourgeoise en République populaire et socialiste.

Quel est votre moteur idéologique ?

C’est le même souci fondamental de rattacher le socialisme à la République, de compléter la démocratie politique par la démocratie sociale. C’est le même appel à la force de la légalité républicaine, si seulement cette légalité n’est pas violentée par l’audace des partis rétrogrades ou déformée par leur perfidie.

C’est la même passion pour la haute culture humaine en même temps que pour l’organisation croissante et la libération économique du prolétariat. C’est la même préoccupation incessante de clore la période de pure critique et de faire apparaître en des projets de loi positifs le caractère organique du socialisme.

C’est le même optimisme à utiliser, au profit du parti socialiste et du mouvement ouvrier, tous les dissentiments de la bourgeoisie, toutes les forces de liberté ou toutes les chances de moindre oppression que nous a léguées la tradition démocratique et révolutionnaire de la France. C’est la même volonté d’aboutir à ces réformes immédiates qui préparent ou même qui commencent la décisive transformation sociale.

Comment résumer le bilan de l’alternance de 2012 ?

Une politique de vexation religieuse sans audace et sans grandeur, une gestion financière imprévoyante qui avait converti en déficit les excédents résultant de la merveilleuse activité de la France, une politique d’aventures post-coloniales incohérente, dispersée, impuissante.

Aussi le pays lassé a-t-il soudain demandé secours aux vieilles forces conservatrices et traditionnelles. Encore un effort, et l’union conservatrice va remettre la main sur la France désabusée.

Quand vous parlez d’aventures post-coloniales, vous faites manifestement allusion aux interventions au Mali et en Centrafrique. S’agit-il selon vous de tentatives de diversion ?

S’il était vrai que la politique coloniale dissipe en entreprises lointaines les énergies démocratiques et suspend ou refoule l’effort intérieur du peuple vers l’égalité politique et sociale, qui aurait plus d’intérêt que les privilégiés à seconder cette diversion ?

Craignez-vous la montée du populisme en France et du FN en particulier ?

Elle habitue le pays à ces confusions déplorables où les partis les plus contraires semblent groupés sous les mêmes formules, et qui préparent les peuples à la confusion suprême, à la suprême tricherie du césarisme démagogue et réacteur.

Nul n’a le droit d’oublier que ce pays a été condamné il y a plus de deux siècles à une révolution extrême de liberté et de démocratie, sans avoir été préparé par une lente éducation et par des institutions progressives à la plénitude de la souveraineté et à la continuité de l’action légale. D’où l’incessante possibilité de rechutes déplorables, d’où le fréquent réveil et l’intermittente maîtrise des forces hostiles que la France nouvelle n’a pas au le temps d’assimiler ou d’éliminer tout à fait.

Comment aller vers le collectivisme ? Par la force ?

Non. Il n’y a pas de classe, même celle des opprimés et des exploités, qui puisse imposer à l’ensemble des hommes son credo social, qui ne pourrait être qu’anticipation chimérique et hasardeuse. La dictature prolongée et systématique du prolétariat serait aussi vaine et peut-être aussi désastreuse que la dictature d’un César philanthrope.

C’est par une évolution de démocratie, c’est selon la loi du suffrage universel, c’est sans coup de force et sans intervention autoritaire des minorités violentes, que s’accomplira lentement d’ailleurs et comme à tâtons la définitive transformation communiste.

La Révolution, ce n’est pas l’organisation autoritaire et dictatoriale d’une société, c’est la remise en liberté du mouvement humain. Le pouvoir révolutionnaire ne doit avoir d’autre fonction que de veiller sur cette liberté.

Il vaut mieux mettre la continuité gouvernementale et parlementaire au service d’un clair idéal : un programme de réformes successives doit préparer et consommer l’ordre nouveau.

L’abstention est de plus en plus forte. Certains intellectuels considèrent que l’élection est un piège, qu’elle n’est plus essentielle à la démocratie. Comprenez-vous leur position ?

Le peuple a tout intérêt à la pleine lumière. C’est en pleine lumière que le prolétariat assurera sa victoire, qui est la victoire de la civilisation. Or, le suffrage universel, malgré ses incertitudes, malgré ses erreurs et ses surprises, c’est la lumière, c’est le plein jour.

La dette publique atteint des sommets. Pensez-vous possible de décider de ne pas la rembourser ?

Je sais bien que la rente, parce qu’elle est servie au rentier sans celui-ci ait le moindre effort à faire, est le symbole le plus pur et l’exemplaire le plus parfait du prélèvement capitaliste.

Mais quelle chimère et quelle contradiction, tout en déclarant que la Révolution ne touchera pas au principe de la propriété, d’inscrire à son programme immédiat la suppression du grand-livre de la dette publique !

Pourquoi abolir cette forme de propriété ? Pourquoi exproprier les uns, selon le hasard des placements faits par eux, et maintenir les autres en possession ?

Quelle que soit l’importance, signalée aussi par Marx, de la rente dans l’évolution de l’économie capitaliste, elle n’est pas tout le système capitaliste ; elle n’en est même pas la base. Et les autres prélèvements du capital sont, du point de vue socialiste, aussi iniques et aussi funestes.

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Avec les catégories : #jean jaurès , #françois hollande , #Parti Socialiste , #Ps , #p

24 Avril 2014

Travail du dimanche : c'est reparti !

Travail du dimanche : c'est reparti !
Laurent Fabius relance le débat sur le travail du dimanche
"En 2013, le déficit du commerce extérieur français s'est élevé à 61,2 milliards d'euros. Laurent Fabius estime possible de le réduire fortement grâce aux dépenses que pourraient faire les touristes dans l'Hexagone ; il pense en particulièrement aux Chinois. La France en accueille 1,5 million par an et ils représentent, par leurs dépenses, des recettes de 500 millions d'euros par an."
Parenthèse:
Le montant de la facture énergétique française, s'élève à lui seul à 68 milliards d'euros, aussi ...avant de compter sur les dépenses des nouveaux riches (exportateurs) chinois en sac LVMH, baisser le thermostat, covoiturer en semaine et pédaler le dimanche aurait un impact rapide et important sur le déficit commercial.
Mais, puisqu'il s'agit avant tout de faire marner le prolo, en attendant la transition énergétique, on va avoir droit à des grands exercices d'objectivité journalistique autour de la juste cause du travail du dimanche.

Parenthèse fermée, vous pouvez retourner à la lecture du Monde Diplomatique :

Mardi 22 avril 2014. Après les bricoleurs, qui ne supporteraient pas de ne pas pouvoir faire leurs courses le dimanche, ce sont les touristes qui se plaindraient… Ce mardi, le ministre Laurent Fabius a estimé qu’il fallait « modifier un certain nombre de dispositions » de la loi interdisant le travail dominical. Sa justification ? « Le touriste qui vient le dimanche et qui trouve un magasin qui est fermé, il ne revient pas le jeudi. » En novembre dernier, Gilles Balbastre analysait cette campagne contre le repos dominical.
Il y a vingt-deux ans, sur le plateau de l’émission « L’heure de vérité » (Antenne 2, 22 décembre 1991), un expert plus familier des cénacles patronaux que des luttes sociales manifestait son soutien à l’ouverture dominicale du magasin Virgin Megastore des Champs-Elysées, à Paris, malgré une importante sanction financière. « Moi, en sortant, je vais aller m’acheter un disque chez Virgin Megastore pour contribuer au financement de l’amende, s’enthousiasmait M. Alain Minc. Il est évident que la non-ouverture le dimanche est un archaïsme. »
Le 1er octobre 2013, M. Minc squatte cette fois le plateau d’iTélé lorsque le journaliste l’interroge : « Est-ce qu’on travaille le dimanche en Allemagne ? Parce que c’est le grand débat du moment en France… » Les Allemands se reposant ce jour-là, l’expert — loin de se démonter — explique aussitôt : « Il faut toujours avoir en tête que les Allemands ont plus les moyens d’être archaïques que nous. » La chaîne Virgin, elle, a mis la clé sous la porte en 2012. Elle avait pourtant obtenu l’autorisation de faire travailler ses salariés le septième jour de la semaine...
En deux décennies, le débat a pris l’allure d’un serpent de mer crevant à intervalles réguliers l’écran du journal télévisé (JT). Comme l’observe M. Karl Ghazi, secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) commerce de Paris, cette période a été rythmée par une « valse à trois temps régulièrement et méthodiquement martelés par le patronat ». Et par les médias.
Au premier temps de la valse, de grands noms de la distribution violent délibérément la législation du travail : Printemps, Ikea et Virgin à la fin des années 1980, Vuitton, Usines Center et le centre commercial de Plan-de-Campagne (Bouches-du-Rhône) au milieu des années 2000, Castorama et Leroy-Merlin en septembre 2013.
Deuxième temps : le front judiciaire. Qu’importe si les enseignes perdent systématiquement les batailles qu’elles engagent : il s’agit surtout d’imposer le « débat » — et une certaine façon de le poser — dans l’espace public et dans la presse. Celle-ci n’éprouvant qu’un désir modéré de protéger le code du travail, elle embraye sans effort. Ingénu, le présentateur de la tranche matinale d’Europe 1, Thomas Sotto, observait, au cours de sa revue de presse du 30 septembre 2013 : « Pour les magasins de bricolage qui ont décidé de braver la loi et d’accueillir leurs clients hier, le “coup de com” est réussi. »
En matière de communication, le secteur de la grande distribution en connaît un rayon. En 1991, l’offensive patronale s’accompagnait d’une campagne concoctée par le publicitaire Jacques Séguéla : « Monsieur le ministre du commerce, si vous avez de bonnes raisons pour interdire aux commerçants d’ouvrir librement le dimanche, c’est que vous avez sûrement de bonnes raisons pour interdire aux Français de vivre librement leur dimanche. » Son association Liberté le dimanche, discrètement financée par Ikea et Virgin Megastore, bénéficie alors d’une large couverture médiatique. « Quand est-ce que ce pays va se réveiller ? Quand est-ce qu’on va aller de l’avant ? Il y a trente ans qu’aux Etats-Unis tous les magasins sont ouverts le dimanche ! », s’exaspérait M. Séguéla au JT de 13 heures sur Antenne 2, le 14 mai 1991. En 2013, une autre agence de communication, Les Ateliers Corporate, relaie le propos des entrepreneurs du bricolage. On découvre que les salariés de Castorama et de Leroy-Merlin regroupés au sein du collectif des Bricoleurs du dimanche, si prompts à soutenir leur direction, ont reçu quelques cours de coaching financés par leurs employeurs.
Réapparaît ainsi régulièrement la figure prototypique de l’employé volontaire, « pris en otage » par le code du travail. De préférence une jeune femme pour qui étudier serait impossible sans ce job d’appoint. En 1989 : « Ça m’a permis de continuer mes études, et puis j’ai deux enfants, ça me permet de les élever tranquillement en semaine (1). » En 2007 : « J’ai commencé le travail en tant qu’étudiante. J’étais en cours toute la semaine, et pouvoir travailler le week-end, c’était vraiment une liberté (2). » En 2013 : « Le but est de me payer un appartement près de mon école. Donc je travaille le samedi et le dimanche ici. On est payés double (3). »
Il est plus rare qu’on popularise les conclusions d’études comme celle de Magali Beffy, Denis Fougère et Arnaud Maurel sur l’impact scolaire du travail salarié. Pourtant, on y apprendrait que « l’occupation d’un emploi régulier réduit significativement la probabilité de réussite à l’examen de fin d’année universitaire. S’ils ne travaillaient pas, les étudiants salariés auraient une probabilité plus élevée de 43 points [de pourcentage] de réussir leur année (4) ». Justement, les étudiants des classes préparatoires ou des grandes écoles travaillent rarement le week-end...
Entière disponibilité à être interviewé, élocution calibrée : les salariés modèles prêts à sacrifier leurs fins de semaine plaisent manifestement davantage aux vedettes des médias — éditorialistes, présentateurs, experts cathodiques largement acquis à la dérégulation du code du travail — que d’autres, acculés par leur hiérarchie à rester dans leur supermarché le dimanche. « Beaucoup de caissières qui manient mal le français ont peur des représailles si elles racontent leurs conditions de travail. Elles ne sont pas de bonnes clientes pour les journalistes », remarque M. Ghazi.
Fernando Malverde, reporter à France 3 Ile-de-France, ajoute : « Le journaliste de base du JT, aujourd’hui, travaille dans un cadre de plus en plus coercitif. Le programme n’est pas choisi par lui, mais de plus en plus par des agences de communication. Il est contraint à une rapidité d’exécution et à un format de plus en plus court. Les salariés de Castorama et de Leroy-Merlin répondent parfaitement aux nouvelles exigences du métier. » Lui-même en fait les frais, quelques jours après le coup de force des géants du bricolage et de l’ameublement : « Monoprix a profité de cette occasion pour annoncer, mardi 1er octobre vers 20 heures, qu’il était contraint de fermer ses magasins à 21 heures à cause d’un recours de la CGT. Le lendemain matin, j’ai dû rapporter un sujet pour le journal de la mi-journée. J’ai eu une demi-heure pour le tourner. »
Le tableau d’une France improbable, peuplée de salariés heureux, se découvre alors comme par magie sous le pinceau des médias, en dépit de quelques pâtés antisyndicaux cherchant à gâcher le joli paysage.
30 septembre 2013. Wendy Bouchard, présentatrice d’Europe 1, reçoit M. Ghazi, dont le syndicat a obtenu plus de 52 % des voix à Monoprix. Elle lui oppose une salve de tweets. Mickael : « Depuis quand le but des syndicats est d’empêcher les gens de travailler ? » Frédéric : « Grâce à la CGT, le travail est bientôt aboli en France ! » Le lendemain, la station de M. Arnaud Lagardère affichera sur son site le « sondage du jour » : « Trouvez-vous normal qu’un magasin soit contraint par un syndicat de ne plus ouvrir après 21 heures ? »
L’histoire de M. Habib Hamdoud n’a fait la « une » ni du site d’Europe 1, ni du quotidien Les Echos (propriété de M. Bernard Arnault, au même titre que l’enseigne Sephora, qui a annoncé son intention d’ouvrir sa boutique des Champs-Elysées la nuit). Embauché après plus d’une cinquantaine de contrats à durée déterminée (CDD) dans plusieurs magasins du groupe, M. Hamdoud a travaillé dans un Auchan City de Tourcoing, dans le Nord. Ce supermarché créé il y a trois ans a libéré ses quatre-vingt-trois salariés de leurs interrogations sur le meilleur moyen d’occuper leurs soirées et leurs dimanches. Ici, on travaille régulièrement jusqu’à 21 heures en semaine et de 9 heures à 13 heures le « jour du Seigneur ». Sans aucune majoration : « On a une direction qui manie beaucoup le bâton, très peu la carotte », précise M. Hamdoud, dont certains collègues enchaînent jusqu’à dix jours d’affilée.
Un jour, M. Hamdoud en a eu assez. Avec l’aide de l’union locale CGT de Tourcoing, il a monté une section syndicale, résisté à sa hiérarchie et obtenu les élections que la direction refusait. En juin 2013, 72 % de ses collègues ont voté pour la CGT. Une autre France que celle dépeinte par les tweets d’Europe 1...
Enfin, le troisième temps de la valse, le plus important. Il s’agit d’obtenir un soutien politique suffisant pour détricoter la loi et les textes de protection des salariés. En 1993, la mobilisation parlementaire a débouché sur la loi Giraud-Balladur. En 2009, sur la loi Mallié-Sarkozy (5). Et en 2013 ?
Pour M. Ghazi, l’enjeu est de taille : « Actuellement, le contrat collectif s’impose encore face au contrat individuel. Le volontariat est un concept très dangereux. Il a pour but d’exploser le contrat collectif et de normaliser la concurrence entre les salariés. » Mais les vingt dernières années nous suggèrent que, dans ce domaine, la bataille menée par le patronat de la distribution n’a pas toujours été couronnée de succès. Car il semblerait que les salariés préfèrent parfois être pris en otage par le code du travail que par leur employeur… Une surprise ? De l’avis de l’économiste Frédéric Lordon, pas vraiment : « On a voulu convertir un corps social à une nouvelle sorte de vie collective, à une nouvelle sorte de vie économique et sociale. Et ce corps social-là, fondamentalement, il ne voulait pas, pour de très bonnes raisons. C’est qu’il avait tout à y perdre. Alors, à mesure de la résistance d’abord anticipée, puis constatée, il a fallu déployer un effort de conviction ou de persuasion de même proportion (6). »
Dans ces conditions, le travail de « pédagogie » de M. Minc paraît loin d’être achevé…
Gilles Balbastre
Journaliste et coréalisateur avec Yannick Kergoat du documentaire Les Nouveaux Chiens de garde (JEM Productions, 2012).
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(1) Journal de 20 heures, TF1, 26 février 1989.

(2) « Mots croisés », France 2, 8 janvier 2007.

(3) Journal de 13 heures, France Inter, 29 septembre 2013.

(4) « L’impact du travail salarié des étudiants sur la réussite et la poursuite des études universitaires » (PDF), Economie et statistique, no 422, Paris, novembre 2009.

(5) Michel Giraud était ministre du travail dans le gouvernement de M. Edouard Balladur en 1993 ; M. Richard Mallié, député de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) en 2009, est l’auteur du texte à l’origine de la loi.

(6) Les Nouveaux Chiens de garde, JEM Productions, 2012.

Travail Politique Entreprise Idéologie Néolibéralisme France

Publié par Frédéric Maurin à 07:14am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #cgt , #médias aux ordres , #grève

23 Avril 2014

1er Mai et 15 Mai 2014, la rue encore

1er Mai et 15 Mai 2014, la rue encore

et encore avec Fakir dans tous les défilés

1er Mai

Communiqué commun CGT, FSU, Solidaires

Suite à leur rencontre le 9 avril, la CGT, la FSU et Solidaires appellent à poursuivre le processus de mobilisation massive des salariés, ouvert à toutes et à tous, notamment en créant les conditions de puissantes manifestations le 1er mai.

Avec les journées d'actions du 15 mai dans la Fonction publique, du 22 mai pour les Cheminots, du 3 juin pour les retraités et des initiatives revendicatives sous des formes diverses dans de nombreuses entreprises, ce 1er mai est une étape et un moteur pour amplifier la mobilisation des salariés.

Le gouvernement et le patronat aggravent l'exploitation des salariés à travers de nombreuses mesures en faveur du patronat, comme celles contenues dans le « pacte de responsabilité ». Le coût du travail est un faux débat, ce qui nous coûte c'est le capital.

Le bilan des élections municipales illustre le décalage entre les attentes et besoins des citoyens et les réponses du politique.

Le Président de la République a entendu mais n'a pas écouté les voix des salariés.

C'est d'un changement de cap dont nous avons besoin et, sans surprise, le discours du nouveau Premier Ministre ne répond pas à cette exigence. La CGT, la FSU et Solidaires affirment qu'il existe des alternatives.

L'augmentation des salaires et des pensions est possible et même indispensable pour améliorer la situation de nombreux salariés, privés d'emploi et retraités, et pour tirer toute notre économie vers le haut. Les aides publiques accordées aux entreprises doivent être remises à plat et évaluées en fonction de leur efficacité économique et sociale.

Une véritable justice sociale basée sur la solidarité entre les salariés, les privés d'emploi et les retraités garantira le financement de notre sécurité sociale.

Pour la solidarité entre les salariés et l'égalité des droits, le choix de la paix et le choix du social, la CGT, la FSU et Solidaires poursuivent avec tous les salariés, dans l'unité syndicale la plus large possible, le débat d'idées pour le progrès social.

Lien : http://paris.demosphere.eu/rv/32121
Source : http://www.cgt94.fr/spip.php?article1145

Déclaration unitaire - 1er mai 2014

CGT URIF - Solidaires - FSU IdF - FO

Comme réponse à la sanction électorale des municipales, le Président de la République vient de nommer Manuel Valls à Matignon. Devant les députés, le nouveau Premier Ministre, vient de préciser le cap politique pour les années qui viennent.

Cela se résume en quelques mots : austérité renforcée, sacrifices et reculs sociaux amplifiés pour les salariés et nouveaux cadeaux pour le patronat et les grands actionnaires du CAC 40 !

C'est la poursuite et l'aggravation des politiques précédentes qui n'ont fait que nous enfoncer dans la crise et la régression sociale. Tous les salariés en payent le prix fort au quotidien.

Avec Manuel Valls, c'est le « pacte de responsabilité » puissance 2 ! Cet autisme politique nous mène droit dans le mur ! Nous poursuivrons notre combat contre ce pacte.

Cette politique d'austérité alimente le terreau sur lequel grandissent les idées les plus réactionnaires, le repli sur soi et la peur de l'avenir. Dans toute l'Europe, les idées d'extrême droite trouvent un écho en avançant des fausses solutions, dangereuses, en faisant mine de reprendre à leur compte les aspirations des salariés ! C'est un leurre pour avancer masqués !

Le Premier Ministre reprend à son compte le trop fameux « coût du travail » cher au patronat. -Thème dominant dans le débat public- sans jamais aborder la cause réelle de la crise actuelle : celle du coût du capital.

Le MEDEF rêvait d'en finir avec le financement de la sécurité sociale, par le biais des cotisations sociales : le nouveau Premier Ministre l'impose dans sa déclaration de politique générale à l'Assemblée. Tout comme il impose le pacte de responsabilité dans un vote global qui ne laisse aucune autre alternative.

Pour faire semblant d'avoir écouté les électeurs, il propose un pacte dit « de solidarité » au moment où ses annonces vont aggraver les sacrifices pour les salariés.

Ce « pacte de solidarité » s'apparente fortement aux « contreparties » avancées comme une compensation aux cadeaux fiscaux et régressions sociales contenues dans le pacte de responsabilités.

Pour nos quatre organisations syndicales régionales, il n'y a pas de contreparties négociables à la fin programmée de la sécurité sociale.

Cerise sur le gâteau, le nouveau gouvernement et le Président de la République annoncent un bouleversement total des structures politiques de notre république. Il se traduirait par une concentration des pouvoirs et l'éloignement des citoyens que nous sommes des centres de décisions remettant en cause la légitimité démocratique des collectivités territoriales.

Face à ces projets néfastes, la seule solution est une mobilisation sociale bousculant tous les scénarios envisagés d'avance qui ne visent qu'une chose au final : satisfaire les appétits des grands actionnaires et limiter toute intervention sociale et citoyenne.

A contrario, si nous voulons sortir de la crise et des difficultés sociales, il faut :

  • Augmenter les salaires, les pensions et les minimas sociaux ! Il y a urgence !
  • Investir dans l'emploi, et la formation professionnelle et initiale.
  • Répartir les richesses et s'attaquer aux logiques capitalistes.
  • Obtenir des droits nouveaux et réels pour les salariés dans les entreprises.
Notre mobilisation peut tout changer !

C'est la raison pour laquelle nos unions régionales CGT/FO/FSU et SOLIDAIRES invitent tous les salariés à se mobiliser ensemble et en masse pour faire de ce 1er mai 2014 une grande journée de mobilisation et de lutte.

Ce premier mai, c'est la journée des travailleurs(es) qui produisent les richesses !

Manifestation le 1er mai 2014 a 15H de Bastille a Nation

Ne laissons pas le MEDEF faire sa loi et imposer ses lois !

Source : http://www.urif.cgt.fr/wordpress/wordpress/?p...

« Programme de stabilité » :

les salariés, les retraités et les privés d'emploi seuls à se répartir la facture !

La CGT dénonce le véritable plan d'austérité que vient de décliner le Premier ministre.

Les précautions oratoires du Premier ministre concernant la défense du SMIC et de notre modèle social ne suffisent pas à masquer l'inégalité de l'équation : 30 milliards d'euros de cadeaux au patronat = 50 milliards sur le dos des salariés, des privés d'emplois et des retraités, qui seront, au bout du compte, les seuls à se répartir la facture.

Ce n'est pas en appauvrissant les salariés que l'on relancera l'économie !

Le gel des prestations sociales et de la revalorisation des retraites, le recul d'un an de l'application du plan pauvreté sont autant de menaces sur le modèle social et la cohésion sociale de notre pays.

La poursuite, pour deux ans encore, du gel du point d'indice pour les fonctionnaires est, quant à elle, une véritable provocation.

Il ne suffit pas de prononcer toutes les cinq minutes les mots « modèle social » pour garantir sa pérennité.

Ce qu'il faut, c'est lui redonner son sens premier : garantir individuellement et collectivement le progrès social. Ce qu'il faut, c'est assurer la relance de la demande par une augmentation significative des salaires, des pensions et des prestations sociales. Ce qu'il faut, c'est assurer la préservation et le développement des Services Publics au service de l'intérêt général. Ce qu'il faut, c'est préserver, garantir notre système de santé, la protection sociale et son financement.

Les clés sont maintenant entre les mains des salariés : seuls le rassemblement et la mobilisation massive des salariés, des privés d'emploi et des retraités sont de nature à changer la donne. La CGT les appellent à exprimer le choix du progrès social dès le 1er mai, mais aussi sur leurs lieux de travail, dans les journées d'action professionnelles, telles que le 15 mai pour l'ensemble des fonctionnaires et le 22 mai pour les cheminots.

Source : http://www.financespubliques.cgt.fr/spip.php?...

Journée mondiale du travail

Osez le féminisme

Comme chaque année depuis sa création, Osez le féminisme ! sera présente dans les cortèges du traditionnel défilé du 1er mai, journée mondiale du travail.

L'occasion pour nous, association féministe de transformation sociale, progressiste et ancrée dans le mouvement social, de :

  • dénoncer les inégalités professionnelles et salariales persistantes,
  • porter nos revendications en matière d'égalité femmes-hommes au travail auprès d'un large public et en particulier ce jour-là auprès de syndicalistes et sympathisant-e-s des syndicats de salarié-e-s qui intègrent encore trop peu la spécificité de la situation faite aux femmes dans et autour de l'emploi,
  • marquer notre opposition aux politiques austéritaires menées depuis des années en France avec son lot de coupes dans les dépenses sociales et de mesures qui ne relancent pas la croissance mais accroissent la précarité voire la pauvreté des femmes tout particulièrement. Les dispositifs publics destinés à compenser, même imparfaitement, les inégalités femmes-hommes, en sont également affaiblis.
  • faire largement connaître l'impact de l'utilisation de critères discriminants d'évaluation des emplois sur les femmes occupant des emplois à prédominance féminine - dans le cadre de la campagne d'Osez le féminisme ! sur le sujet.

Soyons nombreuses et nombreux dans la rue le 1er mai 2014 !

Source : http://www.osezlefeminisme.fr/evenement/01052...

Publié par Frédéric Maurin à 07:57am - Voir le commentaire ()
Avec les catégories : #cgt , #fakir , #presse libre

19 Avril 2014

La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ?

La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ?
Failli titrer Les docteurs avec nous ?" mais "problème démocratique" cela va très bien.
La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ?

Clément Fontan a obtenu son doctorat en sciences politiques à l’IEP de Grenoble en décembre 2012. Dirigée par Sabine Saurugger, sa thèse analyse la manière dont la BCE a étendu son influence politique et ses compétences pendant la crise de la zone euro. Aujourd’hui ATER à l’IEP de Lille et au laboratoire du CERAPS, ses futurs projets de recherche portent sur la constitution d’un ordre économique européen spécifique, basé sur les politiques d’austérité.

Pour citer cet article : Clément Fontan, « La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ? », La Vie des idées, 15 avril 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-BCE-un-probleme-democratique.html

« Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez moi, cela sera suffisant ». Ces quelques mots de Mario Draghi, prononcés à Londres le 26 juillet 2012, ont été l’objet de la majorité des commentaires et des analyses sur l’action de la Banque Centrale Européenne (BCE) pendant la crise. En s’exprimant ainsi, le président de la BCE cherchait à stabiliser les taux d’intérêt des dettes souveraines et ainsi à limiter les risques de défaut sur les dettes des pays périphériques de la zone euro, ce qui menaçait l’existence même de la monnaie commune. Quelques jours après ce discours, la BCE précise cette orientation de politique monétaire en annonçant un nouvel instrument, l’Outrights Monetary Transactions (OMT), un programme d’achat potentiellement illimité des dettes souveraines sur les marchés secondaires (marchés d’échange de titre). Bien que ce programme n’ait encore jamais été activé, la menace qu’il a fait planer a permis aux États de la zone euro de se financer à moindre coût en décourageant les opérateurs de marchés de spéculer sur une montée des taux d’intérêt des dettes souveraines.
Cette annonce a provoqué deux types de réaction qui illustrent bien la ligne de crête sur laquelle la BCE a dû se maintenir pendant la crise. D’une part, certains analystes ont estimé que l’intervention de Mario Draghi avait sauvé la zone euro, le Financial Times le nommant même personnalité de l’année. D’autre part, certains économistes et dirigeants allemands comme Otmar Issing ou Jens Weidmann [1] ont durement critiqué le programme OMT car ils estimaient que la BCE dépassait le cadre de son mandat uniquement focalisé sur la stabilité des prix et alimentait des risques d’aléa moral. Ici, l’aléa moral représente les incitations des États à dépenser plus qu’ils ne devraient car les interventions potentielles de la BCE annuleraient la « discipline du marché » qui restreint l’endettement public.
Le débat public s’est ainsi été focalisé sur l’efficacité des instruments monétaires de la BCE au détriment d’une discussion de fond sur les conséquences politiques des contreparties demandées aux États membres pour ses interventions. Ainsi, comme toutes les mesures antérieures prises par la BCE pour répondre à la crise (sur lesquelles nous reviendrons plus loin), une éventuelle mise en œuvre de l’OMT serait attachée à des conditions spécifiques prenant la forme de mesures de rigueur qui ont pour but de flexibiliser le marché du travail et de réduire le déficit budgétaire par une baisse des dépenses étatiques. Ainsi, la BCE a été un des acteurs majeurs de l’imposition des politiques d’austérité dans les pays de la zone euro en difficulté financière (Grèce, Portugal, Irlande, Italie, Espagne, Chypre). Reformulons ainsi la citation de Mario Draghi en explicitant les conséquences implicites de l’intervention de la BCE : « Dans le cadre de notre mandat, la BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro, [si vous faites ce que nous vous demandons de faire] ».
Cette influence sans précédent de la BCE sur la gouvernance économique de la zone euro pose un problème démocratique important : son indépendance du pouvoir politique ne se justifie que par la restriction de ses compétences au champ monétaire. L’incursion de la banque centrale dans le champ économique limite ainsi encore davantage l’impact du vote des citoyens sur la distribution des richesses au sein de l’espace européen. La question politique majeure qui se pose alors à l’observateur de la BCE est la suivante : Dans quelle mesure la BCE est-elle en droit de contraindre les politiques budgétaires et réglementaires — sur lesquelles elle n’a aucun mandat — au nom du bon fonctionnement de la politique monétaire et des objectifs de stabilité financière ?
Afin de répondre à cette question, il faut d’abord comprendre que la BCE est un acteur politique parmi d’autres, cherchant à défendre et promouvoir ses propres intérêts [2]. Ensuite, il s’agit d’analyser l’impact de la crise de la zone euro sur les rapports de force entre les différents acteurs de l’UEM et par là, la manière dont la BCE a géré les risques provoqués par la crise tout en exploitant les opportunités offertes.
La BCE, un acteur politique renforcé par la crise
Alors que les projets de création d’une monnaie unique européenne datent du rapport Werner de 1971, il a fallu attendre le début des années 1990 pour acter la création de la BCE avec la signature du traité de Maastricht et le 1er janvier 1998 pour qu’elle soit opérationnelle. Parmi les facteurs expliquant l’établissement de la première banque centrale supranationale au monde, le rôle joué par les idées économiques a été déterminant.
D’abord, la création de la BCE s’inscrit dans un mouvement global, qui se déroule depuis les années 1980, de délégation des compétences monétaires à des banques centrales indépendantes. Ensuite, la BCE a été pensée à partir d’un modèle de banque centrale particulier, la Bundesbank, qui était alors la plus puissante en Europe. Afin d’obtenir l’accord des banquiers centraux et des négociateurs allemands sur la création de la monnaie unique, la BCE a donc bénéficié d’un haut niveau d’indépendance corrélé à une focalisation de ses responsabilités sur l’objectif de stabilité de prix. La combinaison de ces deux éléments se comprend ainsi : en échange d’un très faible contrôle exercé par les autorités politiques, la BCE se voit confier des responsabilités restreintes, focalisées sur le contrôle de l’inflation, au détriment d’autres missions traditionnelles des banques centrales comme le soutien à la croissance, le financement des États ou la supervision bancaire.
Ce qu’il faut retenir ici est que la création et les caractéristiques de la BCE sont d’abord le résultat d’une conjonction paradigmatique particulière à un moment précis de l’histoire de l’intégration européenne. Les agents de la BCE vont alors avoir un intérêt particulier à la protection et à la diffusion de ces idées parmi les autres acteurs de l’UEM. La raison est simple, les éléments idéels qui ont participé à « faire » la BCE peuvent tout aussi bien contribuer à la défaire. Ainsi, les différents présidents de la BCE ont appelé, depuis la création de la monnaie unique, à mener des réformes structurelles destinées à flexibiliser les différents marchés des biens et du travail et à strictement respecter les règles inscrites dans le Pacte de stabilité et de croissance. Il existe aussi des raisons « matérielles » à la défense de ces principes : si les États perdent la confiance des opérateurs de marché et ne peuvent plus se refinancer leur dette auprès de ceux-ci, ils pourraient forcer la banque centrale à racheter directement leurs bons du trésor (monétisation des dettes). Cependant, avant le début de la crise financière, la BCE ne disposait pas de leviers leur permettant d’exercer de pression sur les décideurs politiques de l’UEM en faveur de l’implémentation de ces réformes ; ce moment particulier de reconfiguration des systèmes politiques va changer la donne.
Les risques et les opportunités provoquées par la crise de la zone euro
Pendant la crise, la BCE a dû faire face à un paradoxe majeur : elle devait répondre aux risques d’effondrement de la zone euro tout en prenant en compte les tensions engendrées par ses nouveaux instruments monétaires au sein du Conseil des gouverneurs [3].
À partir de mai 2010, la BCE fait face à la transformation de la crise bancaire en crise souveraine en rachetant les dettes souveraines sur les marchés secondaires afin de stabiliser leurs cours par l’instrument du Securities Market Program (SMP). Cet instrument va lui attirer les critiques des partisans du modèle conservateur de politique monétaire, incarné par la Bundesbank. En effet, par le rachat des dettes souveraines, la BCE franchit une ligne rouge que la banque centrale allemande n’avait jamais dépassée depuis les années 1970 et ravive le tabou de la monétarisation de la dette. Ainsi, en réaction au SMP, deux membres importants du Conseil des gouverneurs de la BCE démissionnent : Axel Weber, alors directeur de la Bundesbank, et Jürgen Stark, représentant de l’orthodoxie monétaire au sein du directoire. Le jour de l’annonce de la démission de ce dernier, l’euro atteint sa plus basse valeur depuis six mois et l’index couvrant 90% de la capitalisation boursière mondiale (FTSE All-world index) chute de 3,07%.
Afin de faire face à ces tensions, la BCE n’est pas resté inactive : elle a paramétré le SMP de manière à protéger sa réputation originelle, basée sur le modèle de la Bundesbank. Ce paramétrage révèle le caractère politique de l’action de la BCE pendant la crise ; elle ne s’est pas contentée de maintenir les canaux de transmission de sa politique monétaire comme elle l’a prétendu mais elle a aussi cherché à protéger son héritage institutionnel et par là, son autonomie.
En effet, son utilisation du SMP est restée très limitée, notamment en comparaison avec des programmes similaires des banques centrales américaines et anglaises, ce qui a pu nuire à son efficacité [4]. De plus, la BCE n’a rendu public que le montant hebdomadaire de ses opérations, sans préciser dans le détail la composition des bons du trésor rachetés sur les marchés secondaires. En effet, la BCE a justifié le SMP comme une opération technique destinée à rétablir le bon fonctionnement des canaux de transmission de la politique monétaire ; elle ne pouvait pas dévoiler publiquement que ses achats concernaient exclusivement les bons du trésor des pays en difficulté financière [5] (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne, Italie). Cette révélation aurait mis en cause le principe d’unicité de sa politique monétaire (pas de différenciation selon les pays) et aurait suscité des tensions internes encore plus vives.
Cette protection de sa réputation orthodoxe a alors permis à la BCE d’exploiter la crise financière comme une fenêtre d’opportunité pour étendre son influence sur la gouvernance des politiques économiques des pays de la zone euro. Deux caractéristiques des moments de crise expliquent comment ce glissement des banquiers centraux hors de leur champ de compétences original a été possible.
D’abord, une crise financière provoque un dérèglement des situations routinières dans un système politique et augmente la valeur de certaines ressources stratégiques détenues par les acteurs. Dans le cas de la BCE, sa position d’interface entre les marchés financiers et les autorités politiques combinée à la mise sous pression des États par les opérateurs de marché va lui permettre de peser sur des décisions sur lesquelles elle ne pouvait pas avoir d’influence en temps normal.
Ensuite, les périodes de crise sont des événements uniques qui entraînent une montée de l’incertitude chez les dirigeants par rapport à leurs propres grilles de lecture économique et aux solutions à y apporter. Les agents de la BCE ont alors participé au cadrage de la crise financière comme une crise budgétaire et fiscale afin qu’elle puisse étendre son influence au-delà du domaine monétaire, de manière plus décisive qu’auparavant [6].
L’impact de la BCE sur la gouvernance économique européenne
Le moyen le plus visible par lequel les agents de la BCE ont étendu leur influence sur la gouvernance économique de la zone euro est son monopole sur les liquidités [7]. En temps normal, les capacités d’intervention des banquiers centraux sur les marchés ne sont qu’un outillage technique mais elles acquièrent une dimension politique particulière en temps de crise. En effet, quand les États et les banques commerciales n’arrivent plus à se refinancer sur les marchés, la BCE peut exercer une pression coercitive sur les dirigeants étatiques qui dépendent de son intervention pour éviter un effondrement de leur système bancaire ou une incapacité à rembourser leurs emprunteurs.
Cette pression coercitive des banquiers centraux peut s’exercer de manière officielle aussi bien qu’officieuse. D’abord, la BCE a utilisé ses instruments de rachat de titres souverains à destination des pays ayant fait une demande d’aide financière à leurs partenaires de la zone euro (Grèce, Irlande, Portugal, Chypre), conditionnée à la bonne mise en œuvre des réformes demandées en contrepartie. Dans ce cas, le contrôle des réformes demandées est exercé in situ, dans le cadre des missions de la « troïka » en collaboration avec les agents du Fond Monétaire International (FMI) et de la Commission Européenne.
Ensuite, la BCE a utilisé le SMP de manière davantage officieuse et bilatérale, notamment dans le traitement des tensions sur les dettes italiennes et espagnoles à partir d’août 2011. Dans les deux cas, les dirigeants de la BCE ont envoyé une lettre aux chefs de gouvernements en leur précisant les réformes à mettre en œuvre en contrepartie de l’achat de titres. La divulgation non prévue de la lettre à destination de Silvio Berlusconi par le Corriere Della Serra est en ce sens un document d’archive exceptionnel : les pressions coercitives officieuses à effet immédiat des banques centrales ne sont que très rarement révélées sur l’espace public. La lettre dévoile que la BCE appelle non seulement à réformer des domaines très éloignés de leurs compétences monétaires (libéralisation des services publics, réglementation du marché du travail, système de santé) mais aussi qu’elle précise que ces mesures doivent être adoptées par décret gouvernemental au détriment de la voie parlementaire.
Le contrôle de ces contreparties politiques et budgétaires par la BCE n’appartient pas seulement à l’ordre du discours. La remise en cause de certaines mesures dans la dernière phase de leur mise en œuvre en octobre 2011 par Silvio Berlusconi a ainsi participé à sa chute en novembre 2011. En effet, le 7 novembre, les taux d’intérêts associés à la dette italienne atteignent des records historiques mais ne provoquent pas l’intervention de la BCE sur les marchés secondaires. Cette retenue, voulue comme une manière de faire respecter la conditionnalité de ses achats, a été un des facteurs ayant provoqué la démission du chef de gouvernement italien le même jour. Dès l’annonce du retrait de Silvio Berlusconi, la BCE réactivait le SMP et rachetait des bons du trésor italien.
Par ailleurs, afin d’obtenir des liquidités de la part de la BCE lors de leurs opérations de refinancement, les banques commerciales déposent des titres en contreparties. Pendant la crise, la BCE a utilisé son pouvoir de définir quels titres sont acceptés lors de ces opérations pour faire pression sur la gouvernance économique européenne. L’exemple le plus significatif est celui du débat portant sur la possibilité de faire un défaut partiel sur les dettes des pays secourus financièrement. Soulevée par N. Sarkozy et A. Merckel en octobre 2010, cette option avait pour but d’alléger les coûts du remboursement de la dette grecque et des mécanismes d’aide financière supportés par les citoyens et contribuables de la zone euro en opérant une décote sur la valeur des titres détenus par les opérateurs de marchés privés. Étant donné que la BCE possédait elle-même des titres pouvant être soumis à une décote et que cette option mettait en cause la place centrale des marchés dans le fonctionnement des sociétés, elle s’est positionnée très rapidement en défaveur d’un défaut partiel sur la dette grecque. Bien que la BCE ait été le seul acteur refusant cette option, elle a su peser dans les négociations en menaçant de ne plus accepter les bons du trésor grec dans ses opérations de refinancement, ce qui aurait signifié un effondrement immédiat de l’ensemble du secteur bancaire grec et des risques importants de contagion vers les autres pays. Même si le gouvernement grec a effectué une décote importante sur la valeur de ses titres de dette souveraine, la menace de la BCE lui a permis d’obtenir deux concessions importantes : cette option est restée limitée au seul cas grec alors que les dirigeants l’envisageaient pour d’autres pays, et les titres détenus par la BCE ne sont pas concernés par la décote. En d’autres mots, dans l’exercice de leur rôle de préteur en dernier ressort, les banquiers centraux ont exercé une pression unilatérale sur l’ensemble des dirigeants de la zone euro afin de les forcer à respecter la « discipline des marchés », au détriment des coûts sociaux engendrés par le refinancement de la dette auprès des citoyens.
Au-delà de leur monopole sur les liquidités bancaires, les agents de la BCE ont aussi étendu leur influence au sein des enceintes de l’UEM de manière moins coercitive, par leur expertise sur les questions financières et leur autorité morale sur les représentants étatiques. Lors de mes recherches, j’ai pu effectuer des entretiens avec des agents du Comité Économique et Financier (CEF), une arène cruciale dans la gouvernance de l’UEM qui réunit les conseillers des ministères des finances, ainsi que des agents de la BCE et de la Commission, dont la fonction est de préparer les conseils Ecofin et Européens afférant à la gestion de la crise. Ces entretiens ont révélé que les représentants de la BCE, ici les membres du directoire siégeant au CEF, ont joué un rôle crucial, à la fois dans le timing des décisions prises par les autorités européennes pour répondre à la crise, mais aussi dans le contenu de celles-ci.
En effet, les représentants étatiques considèrent que les agents de la BCE ont un point de vue de praticien sur les marchés et que leur expertise est plus fiable que les régulateurs nationaux ou que les experts des ministères des finances. Par exemple, J.-C. Trichet a convaincu les chefs d’État de créer le Fonds Européen de Stabilité Financière [8] (FESF) en mai 2010 en les avertissant des risques de contagion de la crise grecque à l’ensemble de la zone euro. Or, du fait de la reconnaissance de cette expertise et de leur indépendance du pouvoir politique, les représentants de la BCE sont perçus par les représentants étatiques comme des acteurs neutres, ne cherchant pas le gain politique, à l’inverse des agents de la Commission Européenne. Par ailleurs, à partir du moment où la crise a été cadrée comme une crise budgétaire et fiscale, les positions passées des représentants de la BCE en faveur de l’orthodoxie budgétaire ont gagné une dimension quasi prophétique et leur ont permis de renforcer leur autorité morale au sein du CEF. La réputation orthodoxe des agents de la BCE leur a notamment permis de gagner la confiance des négociateurs allemands et de les convaincre de participer à la création du FESF, ce que les agents de la Commission ne parvenaient pas à faire. Ils ont ainsi endossé le rôle de créateur d’alliances entre les dirigeants étatiques aux intérêts opposés, rôle que la Commission Delors avait joué lors de la création de l’euro.
La centralité des représentants de la BCE dans le processus de résolution de crise explique pourquoi ils ont été perçus comme faisant partie des solutions à la crise sans en avoir été une des causes. Cependant, ces perceptions sont contestables ; un rapport de l’OCDE montre notamment que les politiques monétaires passées ont été la principale cause de la formation de bulles immobilières et par là, de la fragilisation des pays touchés par la crise [9]. Par ailleurs, l’image de neutralité associée au statut d’expert est trompeuse : la mobilisation d’arguments experts est une stratégie classique des acteurs ne disposant pas de légitimité électorale pour peser sur la prise de décision.
Pourtant, l’autorité morale de la BCE et la reconnaissance de son expertise financière ont joué un rôle central dans son acquisition des compétences de supervision financière. Débutée après la chute de Lehman Brothers, la réorganisation du système européen de supervision financière a consacré une place centrale à la BCE qui avait été privée de ces responsabilités à sa création [10]. Ce phénomène s’est d’abord observé lors de la constitution du groupe De Larosière, rassemblant huit personnalités « expertes » — en majeure partie d’anciens banquiers centraux — en charge de proposer des réformes du système européen de supervision financières en amont du processus législatif, puis lors de la création du Comité Européen de Risque Systémique, dont le président est celui de la BCE, et enfin de la création du futur Mécanisme Unique de Supervision qui déléguera la responsabilité finale de la supervision de chaque institution bancaire à la BCE en novembre 2014.
Les décideurs nationaux et les organes supranationaux avaient des motivations bien différentes pour mettre la BCE au centre de cette réforme. Pour les décideurs nationaux, la reconnaissance de l’expertise financière développée au préalable par la BCE leur permettait d’ « importer » à moindre coût cette caractéristique au sein des nouveaux organes de supervision. Pour la Commission Européenne et le Parlement Européen, l’autorité morale de la BCE envers les États a été la principale raison de leur soutien au transfert ; ils pouvaient ainsi s’assurer que les nouveaux organes supranationaux puissent avoir un impact au niveau national ce qu’une structure ad hoc aurait eu plus de difficultés à accomplir. La BCE a ainsi su jouer sur la diversité des motivations des décideurs et législateurs européens pour étendre progressivement ses compétences de supervision et devenir l’acteur le plus important dans ce domaine en Europe.
Le docteur Frankenstein et sa créature
Que retenir de cette analyse politique de l’action de la BCE pendant la crise de la zone euro ? D’abord, les perceptions et les idées des acteurs politiques ont joué un rôle central lors de la prise de décision en temps de crise. Loin de la vision idéalisée des théories de l’intégration européenne qui affirment que la délégation des politiques monétaires est un processus voulu et maîtrisé par les États, l’analyse de la gestion de la crise révèle un processus incertain où le processus de transfert de compétences et le gain d’influence de la BCE dépassent les décideurs politiques. En effet, aucun dirigeant ne pouvait imaginer lors de la création de l’euro que la BCE pourrait un jour forcer la mise en œuvre de réformes socio-économiques au sein de leurs espaces nationaux.
On peut ainsi interpréter l’évolution institutionnelle et politique de la BCE pendant la crise en se référant à l’ouvrage gothique de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne. Mû par la volonté d’améliorer le monde à travers la science, le docteur Frankenstein donne naissance à une créature, faite de morceaux de tissus humains épars, qui échappe progressivement à son contrôle et bouleverse l’existence de son créateur. De manière similaire, afin de faire face aux crises de change des années 1980 et d’éviter le retour des crises inflationnistes des années 1970, les décideurs européens ont créé la BCE sur le modèle de la Bundesbank en lui octroyant un niveau d’indépendance très élevé. Celle-ci s’est progressivement émancipée de son champ de compétences initial pendant la crise et elle bouleverse aujourd’hui l’organisation socio-économique des pays européens en imposant des politiques d’austérité strictes. Or, la qualité de la démocratie européenne dépend de la capacité d’influence des citoyens sur les choix gouvernementaux. L’intervention d’une banque centrale indépendante imposant des politiques souvent rejetées par les citoyens concernés altère le bon fonctionnement de la démocratie européenne et risque ainsi de nuire au projet d’intégration européenne de manière générale. Dans le cadre du dialogue monétaire avec le Parlement Européen, ce dernier a d’ailleurs invité la BCE à « réaliser une auto-évaluation critique portant sur tous les aspects de son activité », y compris son impact sur la gouvernance économique [11], sans disposer pour autant de leviers de pression sur celle-ci.
Enfin, le Parlement précise aussi que le gain de compétences de supervision financière devrait être corrélé à un renforcement du contrôle démocratique sur la BCE et de la transparence sur ses activités. En effet, ces nouvelles missions risquent d’accentuer la porosité déjà existante des trajectoires professionnelles entre le milieu des banques centrales et celui des institutions financières privées, ce qui augmente alors les conséquences négatives d’une éventuelle « capture » de la BCE par les intérêts privés financiers. La créature de Maastricht pourrait ainsi, si l’on ne prend pas garde, devenir malgré sa mission un nouveau vecteur des intérêts financiers privés sur l’organisation des sociétés européennes.
Clément Fontan, « La BCE : un problème démocratique pour l’Europe ? », La Vie des idées, 15 avril 2014. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-BCE-un-probleme-democratique.html
Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais : redaction@laviedesidees.fr.
Notes
[1] Issing est un économiste aux positions orthodoxes marquées et ancien membre du directoire de la Bundesbank (1990-1998) et de la BCE (1998-2006). Weidmann est le directeur de la Bundesbank depuis 2011, et à ce titre membre du Conseil des gouverneurs de la BCE.
[2] En cela, cette approche se rapproche de travaux classiques de science politique, notamment ceux appartenant aux courants néo-institutionnalistes ou du constructivisme stratégique. Les travaux de N. Jabko sur la Commission européenne peuvent notamment être signalés : Nicolas Jabko, L’Europe par le marché, histoire d’une stratégie improbable, Paris, Presses de Sciences-Po, 2009.
[3] La politique monétaire de la zone euro est gérée par une structure fédérale : le système européen des banques centrales qui réunit l’ensemble des banques centrales nationales et la BCE. Les décisions sont prises au sein du Conseil des gouverneurs, qui réunit les directeurs des banques centrales nationales et les six membres du directoire, l’organe exécutif de la BCE.
[4] Le but des programmes d’achat de titres est de convaincre les opérateurs de marchés financier de la détermination de la banque centrale à effectuer ses achats afin de décourager toute activité spéculative, voir Paul De Grauwe, « The European Central Bank as Lender of Last Resort in the Governement Bond Markets », CESifo Economic Studies,No. 59 (3), pp. 520-535, 2014.
[5] La corrélation entre les variations des taux d’intérêts des dettes souveraines et des montants hebdomadaires de titres achetés permet néanmoins aux chercheurs et aux journalistes financiers de déterminer la destination des achats de la BCE.
[6] Ce cadrage n’avait rien d’évident car les racines de la crise sont davantage à trouver dans la mauvaise gestion du risque des secteurs financier et bancaire privés que dans les dépenses étatiques incontrôlées des États. Sur ce sujet, lire l’explication très convaincante de Mark Blyth, Austerity : the history of a dangerous idea. Oxford, Oxford University Press, 2013.
[7] La BCE exerce ainsi la fonction traditionnelle des banques centrales de « préteur en dernier ressort », c’est-à-dire d’autorité supérieure aidant au refinancement des établissements bancaires exposés au manque de liquidité sur les marchés monétaires. Par extension, cette notion peut aussi s’appliquer au marché obligataire souverain.
[8] Le FESF est un mécanisme d’aide financière ad hoc capitalisé à hauteur de 500 milliards d’euros mis en place par les autorités de la zone euro en mai 2010. Il a été remplacé depuis par le Mécanisme Européen de Stabilité. Dans les deux cas, les prêts sont conditionnés à la mise en œuvre de réformes de rigueur.
[9] Rudiger Ahrend, Boris Cournède, Robert W. Price, Monetary Policy, Market Excesses and Financial Turmoil. oecd Economics Department Working Papers, n° 597, 2008.
[10] La séparation entre politique monétaire et supervision financière a été effectuée au nom de l’orthodoxie monétaire (tout autre objectif que la stabilité des prix peut nuire à celle-ci). La BCE a essayé de protéger sa réputation orthodoxe en effectuant un cloisonnement essentiellement symbolique entre ces deux activités, notamment lors des interventions du président de la BCE au Parlement Européen.
[11] La proposition de résolution du Parlement Européen sur le rapport annuel de la BCE est disponible ici.

Publié par Frédéric Maurin à 18:33pm - Voir le commentaire ()
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19 Avril 2014

Le Monde : et une saloperie de plus !

Le Monde : et une saloperie de plus !

Saloperies : Jacques Sapir avait ouvert le bal ici

il y a déjà un mois

Continuons ce mois ci avec le

camarade citoyen Jean-Luc Mélenchon...

Voici pour une fois dans ce blog, une rubrique « people » et « happy few ». Madame Maligorne de l’AFP m’avait invité à son pot de départ de son poste à l’AFP. J’ignorais qu’il s’agissait d’une soirée mondaine.
Je n’en fréquente aucune. Je ne vais d’ailleurs jamais à aucune soirée de quelque sorte que ce soit pour la raison que je n’ai jamais le temps de quoi que ce soit. C’était une exception accordée à la descente d’un train depuis le Parlement européen pour quelqu’un que j’estime.
Je ne savais pas que le Président et le Premier ministre viendraient. Les deux sont venus.
Les deux se sont avancés à ma rencontre alors que je me tenais à distance, non par crainte ni embarras mais pour ne pas donner prise à ce que je redoutais alors, connaissant le degré de perversité de ceux qui se trouvaient dans cette pièce.
Je les pensais bien capables à la fois de vous inviter de façon pressante puis de vous reprocher d’être venu. On m’avait pourtant juré que ce ne serait pas un traquenard.
Cela en fut un. « Le Monde », journal de l’entre-soi, par excellence, consacre au dénigrement de ce pot de départ une page entière. J’y figure en bonne place. Je suis censé avoir « gazouillé » avec François Hollande et même lui avoir « tapoté la joue », invention pure et simple. Mais on voit que « Le Monde » est capable d’écrire à la fois que je « n’aime guère les journalistes » et de me reprocher d’aller au pot de départ de l’un d’entre eux.
Evidemment ici « Le Monde » et sa « journaliste » relaient la campagne du FN après cette soirée dans laquelle Marine Le Pen a vu une image de la connivence des médias avec « les politiques ».
« Le Monde » a aussitôt obtempéré. En fait, la connivence que « le Monde » reproche ici aux journalistes de l’AFP est d’abord celle qu’il pratique lui-même, non pas aux pots de départ de ses employés, mais toute l’année et de toutes les façons possibles avec les partis politiques et quelques ambassades bien connues où il a son rond de serviette.
Qui a vu, comme moi, la même journaliste du « Monde » qui dénigre madame Malicorne de l’AFP blatérer et minauder dans le bar des députés européens à propos des adieux de Cohn-Bendit peut dire qu’une telle connivence est très facile à observer.
La perversité de ce « journal » est autant dans ce procédé de dénonciation que dans ses accompagnements. Ce jour-là, à Strasbourg nous sommes la veille de la parution de ce pamphlet et juste au moment où une équipe de prétendus « décodeurs » met en ligne un répugnant numéro de diffamation de mon travail de parlementaire. La « journaliste » du Monde traine dans le bar des députés, à tu et à toi avec tout le gratin du Parlement européen, en désobéissance avec le règlement qui interdit ce type d’importunités. Elle n’hésite pas à venir tenter de me racoler pour contribuer à son papier sur les adieux de Cohn-Bendit. Le but c’est évidemment, en notant ma réponse, de montrer que le « journal » est impartial, parle avec tout un chacun, et que chacun le reconnaît… Tels sont ces pervers. Telles sont les méthodes de « l’éthique » et de l’indépendance blabla. On connait le catéchisme. A la fin, ces gens-là sont candidats à Béziers pour le Front national.
Le traitement que je subis dans les médias suffit à dire ce que vaut la tentative perverse de cette commensale des buffets mondains. De cet épisode, tirons des leçons. Ne jamais rendre hommage au travail d’un journaliste, ne jamais manifester de sentiments humains à l’égard de quelqu’un de cette profession même si c’est lui qui le propose. Ne jamais accepter une de leurs invitations personnelles même s’ils insistent. Et ne jamais oublier la leçon.
Je prie mes lecteurs de croire que je suis sincèrement désolé d’avoir baissé la garde ce soir-là. J’avais oublié qui sont ces gens. J’ai cru naïvement qu’on pouvait faire des exceptions. Quant au « Monde », il nous rappelle dans cette circonstance au mépris qui lui est dû pour être capable de ce genre d’infamie après tant d’autres. Comme je suis persuadé que personne à l’AFP ne voulait faire de cette soirée le traquenard qu’elle est devenue du fait du « Monde », on aurait dû s’attendre à un retour de bâton de l’une de ces « société des journalistes » qui, pour dix fois moins que les accusations de ce papier, m’ont traîné dans la boue à chaque occasion. Mais si le « Le Monde » est heureusement une vieille gloire finissante dans l’univers médiatique actuel, ce n’est pas le cas dans la profession où continue de régner une dévote soumission intimidée. L’AFP lèchera la main qui la bat. D’autant que le papier du « Monde » tombe dans un moment où l’existence même de l’agence est menacée. Le quotidien joue aussi son rôle pour contribuer à l’abattre. D’après moi, c’est sans doute là la fonction première de cette page pour le reste totalement sans précédent.
Mais nous, que pouvons-nous faire pour répliquer, pour ne pas nous laisser humilier sans combattre ? La seule réponse à faire est la suivante : ne pas acheter « Le Monde ». C’est malheureusement tout ce que nous pouvons faire. Mais ce n’est pas sans efficacité. Pour cela, il faut combattre politiquement « le Monde » en tant qu’organe politique. Dénoncer la ligne éditoriale du journal, se moquer de ceux qui l’achètent pour se faire dire ce qu’il faut penser, rappeler le rôle de l’infect Plantu dans le dénigrement des syndicats et la somme reçue par lui du Qatar, rappeler la contribution quotidienne à la montée de l’extrême droite dans les beaux quartiers grâce aux publi-reportages sur Le Pen, tout cela finira par être utile. Sur les réseaux sociaux, vous pouvez beaucoup agir, noter les bobards, les angles pourris, dénoncer les dessins de Plantu et ainsi de suite. Le journal a déjà une diffusion en déclin permanent. On peut rendre son achat aussi ridicule et stigmatisant que l’était il y a vingt ans l’achat du « Figaro » par un lecteur de gauche. Aujourd’hui mieux vaut acheter celui-ci que celui-là si on veut un journal de droite utile.
L’astuce du « Monde » pour me diffamer
Je crois que jamais personne n’a fait l’objet d’un tel acharnement dans le dénigrement que le fait « Le Monde » contre moi. La publication des « décodeurs » au sujet de mon prétendu absentéisme au Parlement européen est consternante si on y pense du point de vue d’un journal d’information. Le titre à lui seul est un symbole. D’où ce journal tient-t-il que je me sentirai obligé de me justifier de ma façon d’être député ? Pourquoi aurais-je besoin de vouloir « faire croire » quelque chose ? A qui ? « Le Monde » a-t-il la vanité de penser que son point de vue m’importe ? En quoi le fait de publier des explications de votes est-il une « astuce » alors que c’est selon moi un devoir ? Comment les citoyens peuvent-ils savoir sinon quelle est la motivation du vote de leur député ? J’assume toute mon action parlementaire et ma façon de la conduire. J’en suis fier autant que de tout le reste dans lequel elle prend place. J’en connais le résultat dans ma vie : je ne cesse de travailler. La volonté du « Monde » est de me dénigrer pour tâcher de me détruire. Photos truquées ou infamantes, ostracisation totale, dénigrement permanent, tout a été bon contre moi comme contre tous mes amis et camarades ici et dans le monde. « Le Monde » est le soutien implacable de toutes les causes des Etats-Unis, le soutien de l’extrême droite vénézuélienne, argentine, ukrainienne, israélienne et des néo-conservateurs nord-américains, et ainsi de suite. Ce « journal indépendant » est un pion dans un échiquier mondial où il joue son rôle. Par exemple, pour étouffer les révélations d’Assange et celle de Snowden en faisant semblant de les traiter. De me diaboliser comme suite de sa dédiabolisation de l’extrême droite lepeniste. C’est tout. Je le comprends. Ce journal est l’organe central de tout ce que je combats. Je ne discute pas son droit à m’accabler mais sa prétention à le faire d’un point de vue neutre et indépendant. C’est pourquoi j’y réplique. Si le titre était, plus honnêtement, « Minute », je ne protesterai pas. Mais « Le Monde » est un journal qui dissimule ce qu’il est en réalité.
Ici, mon dégoût est d’autant plus vif que ce journal est mal placé pour faire des remarques sur le travail européen. Il ne rend compte d’aucune session parlementaire, n’organise aucun débat au fil de l’année sur les thèmes européens. Il a manqué gravement à son devoir d’information à de nombreuses reprises pour des raisons purement idéologiques. Ainsi quand il a préféré participer au « débat » sur la viande hallal en pleine campagne présidentielle au moment où se discutait le mécanisme européen de stabilité financière. Sur les vingt minutes de mon discours de Montpellier sur ce thème en campagne présidentielle, pour ne citer que cela, « Le Monde » n’a pas relevé une ligne ni même mentionné que j’en ai parlé. Du jour où j’ai lancé la dénonciation du Grand Marché Transatlantique en 2009 jusqu’à la réunion que j’ai tenue sur le thème il y a quinze jours au Parlement de Bruxelles, « le Monde » n’a dit un mot ! La honte est qu’il ait attendu cette semaine pour parler de ce sujet pour la première fois, piqué aux fesses par le dossier publié par « Marianne ». Et comment oublier que ce juge des vertus européennes ait consacré sa rentrée 2012 à une première série de publi-reportages sur les municipales et madame Le Pen comme diversion au vote sur le Traité budgétaire européen. Il est vrai que l’organe central du « oui » mourrait de peur de voir le « non » retrouver sa place. Nous étions bien seuls, alors, à crier alerte. L’Europe n’intéresse pas « Le Monde ». Sauf pour en faire un prétexte.
Le papier des « décodeurs-enfumeurs » montre quelle indifférence au travail politique de terrain est le modèle de ces journalistes de bureau. De tout mon action éditoriale, de réunions et meetings, de mes déplacements incessants, il ne reste rien. Juste une misérable comptabilité au demeurant faussée par sa source que « le Monde » se garde bien de recouper. D’ailleurs, les décodeurs étalent surtout leur méconnaissance crasse de la vie du Parlement européen lui-même. Le temps de parole n’y est pas libre. L’attribution de rapport n’est pas à la demande. Et ainsi de suite. Le plus spectaculaire est que le journal se garde bien de recouper ses sources et davantage encore de les soumettre à examen avant d’en recopier la méthode. « VoteWatch », qu’il prend comme juge suprême, est juste un peu politiquement suspect. « Le Monde » ne le dira pas. En fait, le ciblage sur moi permet d’autres évacuations de problème. Par exemple : que font les autres ? Et surtout les bons amis du « Monde ». Motus. On devine pourquoi.
Si l’on regarde du point de vue de l’intérêt européen, l’acharnement du « Monde » fait leçon. Cela ne servirait à rien de faire vivre le débat sur l’Europe, de s’impliquer, d’écrire et de parler sur le sujet. Mieux vaudrait être sagement assis à son banc plutôt qu’avec les siens dans une manifestation où dans une campagne présidentielle. Mieux vaudrait se contenter d’appuyer sur les boutons de vote en suivant sans réfléchir sa feuille de vote plutôt que de se poser la question texte par texte de ce que l’on doit voter. Le rêve d’un fainéant de décodeur : commenter le travail des autres ! Naturellement, ce serait la mort de la politique et même de la démocratie. Pour ma part je crois que c’est ce que contiennent les méthodes du « Monde », son pilori et sa perversité.
Je crois cependant qu’il faut rendre hommage à l’efficacité partisane du « Monde ». Je pense que le PS et madame Le Pen peuvent lui dire merci. De cette façon, il créé un environnement contre moi parmi les moutons de Panurge de la presse qui vont répétant jusqu’à la nausée les bobards de cette propagande. Chacun rajoutant sa propre avanie. Ainsi quand Jean Michel Thénard, un ancien du glorieux « Libération » désormais « JM. Th » au « Canard Enchainé » note que si je ne suis pas dans l’hémicycle c’est que je suis à la buvette. Rien ne m’aura été épargné.
En attendant, il faudra supporter en serrant les dents. Je ne félicite pas les membres de la rédaction ou du reste de la chaîne de travail au « Monde » qui laissent passer tout ça sans rien dire. Vous êtes de vrais lâches. Inutile de venir me faire des sourires et clins d’œil complices. Vous vous sentez bien dans cette basse besogne ? Ca vous va de publier des photos truquées et des papiers à charge toute l’année et de lêcher les bottes de Marine Le Pen ? C’est du journalisme ça ? C’est le « devoir d’obéissance » sans doute. Vous savez où ça conduit ?
Ceux que ça intéresse trouveront mes motifs d’absences (qui d’autres que moi l’aura fait ?) mes votes et explications de vote, ainsi que l’analyse d’un très grand nombre de dossiers soumis aux votes sur mon blog européen (combien d’autres blog de cette sorte ?). Mon blog européen est une merveille. Cette semaine, je vais éditer un document récapitulatif de réponse qui permettra à mes lecteurs, s’ils souhaitent me venir en aide contre les diffamateurs du « Monde », de diffuser mes arguments. Et retenez la consigne : rendez les coups pour moi qui ne puis faire davantage. N’achetez pas et ne faites pas acheter « Le Monde ». Même un de moins, c’est toujours ça de pris !
Jean-Luc Mélenchon

EN COMPLEMENT
Les « astuces » du Monde pour compenser sa désinformation sur l’Europe
http://antoineleaument.fr/les-astuces-du-monde-pour-compenser-sa-desin...

Publié par Frédéric Maurin à 17:55pm - Voir le commentaire ()
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17 Avril 2014

Frédéric Lordon avec nous ?

Frédéric Lordon avec nous ?

Comment cela, je me répète ?

Avec La Malfaçon

aux - Editions Les Liens qui Libèrent

Un livre qui, dans la perspective des élections européennes, sera au cœur du débat.

L’européisme est devenu le pire ennemi de l’Europe. Ne voulant plus que « l’Europe » intransitivement, c’est-à-dire sans le moindre égard pour ses contenus concrets, prêt s’il le faut à martyriser des peuples entiers, en Grèce, au Portugal ou en Espagne, il est devenu une obstination aveugle auquel il est temps de mettre un coup d’arrêt.
Au-delà de ses pires désastres économiques, sa tare majeure, et congénitale, est politique : le déni absolu de toute expression des souverainetés populaires.
Certains, à gauche, continuent cependant de croire qu’on pourra changer l’euro austéritaire en un euro social. Mais, la crise présente l’a assez démontré, une monnaie unique aimable suppose d’être parachevée par une union politique authentique… que l’européisme présuppose sur le mode de la pure pétition de principe sans jamais vouloir en analyser les exigeantes (et improbables) conditions de possibilité.
Aussi bien l’urgence économique et sociale que la disponibilité immédiate des institutions matérielles et symboliques de la souveraineté commandent alors de réexaminer de près l’option des monnaies nationales.
Sous deux codicilles cependant :
1) reconstruire les concepts de souveraineté et de nation d’une manière qui les rendent irrécupérables par l’extrême-droite ;
2) réaffirmer que défaire la monnaie européenne, de toute façon aussi mortifère que non-viable, n’exclut nullement de continuer à œuvrer pour l’approfondissement résolu de tous les autres liens entre les peuples européens – et enfin de faire Europe autrement que par l’économie ! –, ni même de penser à refaire un commun monétaire européen, sous la forme non plus d’une monnaie unique mais d’une monnaie commune.

Pourquoi il faut sortir de l'euro

Propos recueillis par Hervé Nathan sur Marianne

L'économiste Frédéric Lordon publie "la Malfaçon", réflexion sur la manière dont la monnaie unique européenne a détruit les souverainetés populaires. Le livre le plus important avant les élections européennes. Il a répondu à "Marianne" en exclusivité.

Fut un temps où il était impossible d'émettre la moindre critique sur l'euro. La pensée économique était aussi unique que la monnaie et endormait les 324 millions de citoyens peuplant ladite zone euro. La crise de 2008, la plus longue et profonde depuis 1930, a balayé les certitudes au point que l'euro bashing serait presque devenu tendance. Raison de plus pour être sélectif dans la critique. Celle que nous propose aujourd'hui Frédéric Lordon sort justement du commun. Plutôt que de nous démontrer par a + b qu'on peut sortir de la monnaie unique, que cela ne nous coûtera pas trop cher, que les problèmes économiques du pays en seraient magiquement résolus et que cela ne tirerait pas à conséquences, il affirme au contraire, à raison, qu'il ne s'agira pas d'un dîner de gala.

Absence de démocratie

Si la Malfaçon s'avère, ce que nous postulons, être l'essai le plus important avant les élections européennes du 27 mai prochain, c'est qu'il élève le problème à son vrai niveau, celui de la politique, au sens de savoir qui gouverne la cité. Les traités constitutifs de l'euro ont littéralement congelé la politique économique, l'ont emprisonnée dans des rets si serrés que les peuples n'ont plus le pouvoir de choisir leur avenir, ce qui est bien l'absence de toute démocratie. Le réquisitoire implacable de Lordon, c'est que tout ça n'est pas le fait du hasard : «Que le peuple souverain puisse décider et réviser à sa guise, c'est ce que les puissances qui dominent la construction européenne ne veulent à aucun prix. Il ferait beau voir que le souverain décide contre les intérêts du capital.».

Faut-il le suivre jusqu'au bout ? Au centre de la Malfaçon, il y a l'Allemagne, purement et simplement réduite ici à l'idéologie de la Bundesbank. Or c'est pourtant d'Allemagne, de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, que nous vient l'exigence renouvelée d'un pouvoir européen réellement démocratique. Mais la primauté supposée de la banque allemande sur le pouvoir politique permet de nier toute évolution possible de l'Europe, et donc, non seulement de prôner la sortie de l'euro, mais aussi le détricotage de l'Union européenne elle-même, ce qui est encore autre chose. Lordon ne laisse aucune chance à une «autre Europe». Même s'il s'en défend, le retour au «national» n'est qu'une étape, le point de passage vers un autre monde possible, l'abolition du capitalisme, qui redeviendrait une potentialité dès lors que le peuple serait en possession du pouvoir. On pense irrésistiblement à un «programme de transition», comme aurait dit Léon Trotski, qui amènerait par étapes la société à remettre en cause tout l'ordre social établi. Il n'est pas question de s'interdire l'utopie - à l'heure de la crise, qui le pourrait ? Notre problème à tous, c'est que tandis qu'aucune formation de la gauche ne soutient pour l'heure cette solution, à l'autre bout de l'échiquier politique, une Marine Le Pen a aussi repéré «l'ouvre-boîtes» que serait une sortie de l'euro. Non pas pour aller vers l'émancipation des travailleurs, mais pour ériger à partir de la souveraineté retrouvée un modèle d'Etat autoritaire et de ségrégation. Et elle a une longueur d'avance. n Hervé Nathan

Marianne : Le débat que nous allons avoir n'a pas besoin de faire le procès de l'euro. Nous tenons pour acquis que la monnaie unique, telle qu'elle a été instituée, dysfonctionne, que les règles qui la gouvernent sont, comme vous l'affirmez, «intrinsèquement stupides». Ce qui nous intéresse d'abord, c'est que vous présentez la crise comme «politique avant d'être économique»...

Frédéric Lordon : En effet, je ne situe pas l'enjeu majeur de la sortie de l'euro dans une stratégie économique de dévaluation du change mais dans une entreprise politique de restauration de la souveraineté. Dont la monnaie unique a opéré une invraisemblable destruction. Il faut d'abord y voir l'effet de l'ordolibéralisme allemand [courant libéral apparu dans les années 30] pour lequel le caractère souverain des politiques publiques est une abomination de principe, l'arbitraire et la déraison étatiques par excellence. Sans surprise, c'est en matière de politique monétaire que cette phobie a été portée à son plus haut point. Imposée telle quelle à l'Europe par l'Allemagne, elle a conduit à un modèle qui asservit la conduite des politiques économiques à des règles a priori, celles des traités. Mais dans «politique économique» il y a bien «politique» ! Terme qui se trouve pourtant purement et simplement annulé par réduction à une automatique de la «stabilité». Pour faire bonne mesure, l'Allemagne, anticipant non sans raison que les règles pouvaient être violées, a obtenu que les politiques économiques soient exposées au jugement permanent des marchés de capitaux, instance disciplinaire à la puissance sans équivalent et infaillible garante du respect des normes de l'orthodoxie, le nom convenable dont s'habillent les intérêts de la rente. Les tares économiques de cette construction sont maintenant parfaitement connues. Mais ses tares politiques sont bien pires. L'ordolibéralisme euro-allemand a eu pour effet de barrer l'essence même de la souveraineté politique. Et l'Europe présente nous oblige à répondre à cette question : acceptons-nous de vivre dans un monde d'où toute substance politique a été retirée ?

A vous entendre, on a changé de régime, passant de la souveraineté au pouvoir du capital. Or, on n'a pas l'impression que les buts poursuivis par les gouvernements et les majorités différaient fondamentalement d'aujourd'hui. Le personnel politique du «monde d'avant» est toujours en place. Nous serions passés en dix ans de la lumière à l'ombre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

F.L. : Comme souvent, le paradoxe n'est qu'apparent. Il est tout à fait exact que les orientations présentes de la politique économique française sont en place depuis les années 80, et, en cela, ne doivent rien à l'union monétaire, qui les a redéployées dans son cadre propre. Mais avec une différence radicale : en leur donnant un caractère non seulement supranational mais constitutionnel ! La tare congénitale de l'euro se tient précisément ici : dans le fait d'avoir constitutionnalisé des contenus de politiques publiques, économique et monétaire en l'occurrence. Rêve néolibéral assurément, mais monstruosité scandaleuse à quiconque conserve un peu de sens aux mots de «souveraineté démocratique». On constitutionnalise les principes généraux de l'organisation des pouvoirs publics, ou bien des droits fondamentaux. Mais la sanctuarisation irréversible, sous la norme juridique la plus haute, donc la moins atteignable, de ce que doivent être et de ce que doivent faire les politiques publiques, c'est une infamie qui ruine jusqu'à l'idée même de modernité politique. Il nous reste donc le loisir d'organiser à notre guise la flicaille et les Vélib'. Mais de ce qui pèse le plus lourdement sur les conditions d'existence de la population, les politiques économiques, nous ne pouvons plus discuter : les réponses sont déjà tout écrites et enfermées dans d'inaccessibles traités. C'est une monstruosité politique contre laquelle il faut redire que la démocratie consiste dans le droit irrécusable à la réversibilité, à la possibilité permanente et inconditionnelle de la remise en jeu, dans le cadre de la délibération politique ordinaire. La montée générale des extrêmes droites n'est pas autre chose qu'une pathologie réactionnelle, qui doit tout ou presque à cette atteinte fondamentale à la conception que les collectivités politiques se font d'elles-mêmes comme communautés de destin souveraines.

Vous affirmez donc qu'il faut retrouver la souveraineté. Et, dites-vous, «c'est plus facile dans le cadre national, qu'au niveau européen». Certes, mais on ne parle pas de la même échelle. Au niveau national, on récupérerait les instruments de pouvoir d'un pays de 65 millions d'habitants. Au niveau de la zone euro, de la puissance de feu de 324 millions d'âmes. Par exemple, un protectionnisme européen serait plus productif vis-à-vis du reste du monde qu'un protectionnisme national...

F.L. : Je soutiens en effet que la base nationale a pour rustique vertu que les structures institutionnelles et symboliques de la souveraineté y sont là, tout armées, et prêtes à être instantanément réactivées en cas de besoin. Cependant, qu'une stratégie de protectionnisme à l'échelle européenne soit plus efficace, j'en conviens sans la moindre difficulté. Mais en principe seulement. Car, en pratique, qui peut imaginer un seul instant qu'une Commission intoxiquée de libre-échangisme jusqu'au trognon puisse jamais vouloir une chose pareille ? A moins, bien sûr, qu'il ne se produise une miraculeuse unanimité intergouvernementale pour le vouloir à sa place... Mais, si votre question est plus largement celle de la sortie «par le haut» d'un fédéralisme européen souverain, il y a malheureusement loin de l'idée générale à sa réalisation.

Certes, mais qui est réticent ? Les Allemands ? Non ! Ce sont les Français qui refusent constamment les propositions des Allemands pour rétablir un niveau de souveraineté au niveau européen. Jacques Chirac et Lionel Jospin ont refusé en 2000 les propositions démocratiques de Joschka Fischer. La Cour constitutionnelle de Karlsruhe affirme périodiquement que l'on ne peut pas continuer à gouverner la zone euro sans le consentement des citoyens et demande un saut démocratique...

F.L. : Que l'Allemagne soit plus allante - très relativement - que la France pour se diriger vers un fédéralisme européen, ça ne m'est pas coûteux non plus de l'accorder. Mais quel fédéralisme l'Allemagne a-t-elle en tête exactement ? Comment imaginer qu'elle puisse le concevoir autrement qu'en y reconduisant l'absolu sine qua non du modèle de politique économique qu'elle a imposé à l'Europe, et dont elle a fait, dès le début, la condition non négociable de toute participation ?

L'idée d'un fédéralisme européen est très aimable en principe, mais ses défenseurs oublient systématiquement de s'interroger sur ses conditions de possibilité. Or on ne s'en tirera pas avec un simple bricolage institutionnel qui penserait avoir fait de la politique en posant une nouvelle chambre dotée de quelques prérogatives élargies au milieu de nulle part. Cette croyance formaliste, à laquelle le philosophe Jürgen Habermas a donné le nom de «patriotisme constitutionnel», est pour l'heure une chimère. Car les institutions n'instituent pas leurs propres prérequis, et notamment celui qui garantit un fond de communauté tel que pourra s'appliquer une loi de la majorité européenne, à laquelle une minorité consentira à se soumettre sans avoir aussitôt envie de faire sécession. Or, voici l'expérience de pensée à laquelle je conditionne toute idée fédéraliste européenne : l'Allemagne accepterait-elle, non seulement que soient réintégrées dans le périmètre de la délibération démocratique ordinaire toutes les matières qu'elle s'est évertuée à sanctuariser dans les traités, mais aussi d'être mise en minorité si d'aventure la démocratie européenne décidait de revenir sur l'indépendance de la banque centrale, de monétiser les déficits ou de rompre avec l'obsession anti-inflationniste ? Tant qu'on n'aura pas prouvé que la réponse à cette question peut être positive, l'idée de fédéralisme européen demeurera une abstraction politique nulle et non avenue.

La réponse est non aujourd'hui. Mais les choses changent historiquement. Les Allemands bougent, certes lentement et sans entrain, mais les majorités successives outre-Rhin ont toujours fait le pas nécessaire. Rien ne dit par exemple que la Cour de Karlsruhe ne finisse pas par accepter le soutien que la BCE de Mario Draghi a apporté aux Etats en difficulté... Vous désespérez un peu vite !

F.L. : Comme toute société, l'Allemagne évolue et ses invariants symboliques de longue période (pas si longue d'ailleurs, tout ça ne remonte jamais qu'aux années 20) finiront évidemment par changer, en matière monétaire comme pour le reste. Mais la question est ici toute concrète : quand ? Des peuples crèvent et l'urgence est extrême. Le seul accélérateur de l'histoire possible viendrait de ce que l'Allemagne, à son tour, se mette à souffrir des dégâts que ses principes infligent à toute l'Europe. Eventualité improbable cependant, car les principes allemands sont... adéquats à l'économie allemande !

Certains critiques de l'euro affirment qu'il faut «casser l'euro pour sauver l'Europe». Mais ce n'est pas votre propos : votre projet de monnaie commune, alternative à l'euro, exclut l'Allemagne, et de fait ses satellites : Autriche, Pays-Bas, Finlande, Belgique. Une Europe sans ces pays, ce n'est pas l'Europe...

F.L. : Oui, la monnaie commune se ferait, dans un premier temps, sans l'Allemagne ni ses satellites. Le projet européen y survivrait-il, comme à une sortie unilatérale de l'euro, d'ailleurs ? Je ne sais pas, et, pour tout vous dire, c'est une question que je ne trouve pas très importante. Ou plutôt que je trouve mal posée telle quelle. Il faut en finir avec ce fétichisme européen, qui cherche à «faire l'Europe» sans jamais s'interroger sur les conditions de possibilité politiques de ses lubies successives. Et il faut en finir aussi avec ces imprécations, moitié débiles, moitié hallucinées, qui nous promettent l'enfermement façon forteresse et la régression obsidionale en cas d'abandon de l'euro, comme si la France d'avant l'euro, comme si les 170 nations hors Union européenne n'étaient que des Corée du Nord. La bêtise d'une certaine éditocratie est sans fond. Il n'y a que des avantages à cesser de poursuivre des fantasmes de constructions mal conçues, pensée défectueuse qui a produit suffisamment de désastres pour qu'on s'en avise. On peut ne pas faire monnaie unique ni libre-échange sans rivage, et pourtant continuer d'approfondir tous les autres liens entre peuples, précisément en déshérence aujourd'hui : scientifiques, artistiques, éducatifs, culturels. Incroyable : il y a une vie possible entre les nations hors la circulation des marchandises et des capitaux !

Reste une question politique. Vos propositions, comme celles de Jacques Sapir, ne sont portées que par une formation en France, à l'extrême droite, dont vous dites que vous «l'exécrez». Vous-même, vous êtes pour la sortie du capitalisme. Alors êtes-vous «l'idiot utile» du Front national, c'est-à-dire un homme aux convictions sincères mais qui fournit à d'autres les marrons à retirer du feu ? Que faire pour ne pas être récupéré ?

F.L. : A part répéter que l'entreprise politique du FN m'est odieuse, rien. Ou plutôt si : refuser à toute force la démission intellectuelle et politique qui consent à se laisser dépouiller de tout - euro, mais aussi critique de la finance, et même lutte des classes ! - dès lors que le FN y a mis ses pattes sales. Les idiots utiles me semblent plutôt à trouver du côté des tenants de cette désertion qui a pour effet de laisser au FN le monopole et de la critique et de la défiguration de la critique. Si mon travail a un sens politique, c'est bien celui de lui ravir ce monopole, que d'autres partis, le Front de gauche notamment, s'emparent de ces idées et nous délivrent de ce fléau où d'ailleurs l'européisme abstrait trouve désormais son premier et dernier argument. Car les alliances objectives ne sont pas toujours celles qu'on croit.

Publié par Frédéric Maurin à 19:33pm - Voir le commentaire ()
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